Correspondance de Napoléon – Septembre 1806
Saint-Cloud, 19 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, envoyez l’ordre au général de division Dupont de partir sans délai avec tous ses régiments, infanterie, cavalerie et artillerie, et de se rendre à Mayence, d’où il partira le 28 pour se rendre à Würzburg. En passant à Mayence, il complétera ses cartouches, son armement et ses objets d’artillerie. Il est nécessaire qu’il arrive à Würzburg le 2 octobre.
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Par le même courrier qui portera au général Dupont l’ordre de partir, vous enverrez aux généraux commandant les 25e et 26e divisions militaires l’ordre de compléter sur le pied de guerre les compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 3e et 4e bataillons qui sont dans leurs divisions, appartenant aux corps de la Grande Armé et de les diriger sur Mayence en les adressant au général Dorsenne, qui les organisera en bataillons de six compagnies. Il est indispensable que ces compagnies soient arrivées à Mayence pour le 30 septembre.
Saint-Cloud, 19 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, donnez ordre au gouverneur de Paris de former le 2e régiment d’infanterie légère à deux bataillons bien complets de 1,000 hommes chacun, si cela est possible; de faire la même chose pour les 4e et 12e régiments d’infanterie légère et de faire partir ces bataillons : ceux du 2e léger le 21, par la route de Meaux; ceux 12e léger par la route de Dammartin; et ceux du 4e, un bataillon par la route de Meaux, et un bataillon par la route de Dammartin.
Les deux bataillons du 4e partiront le 22. Faites partir ces troupes par les relais établis pour le transport de ma Garde. Envoyez l’ordre aux détachements du camp de Boulogne et au 28e d’infanterie légere, ainsi qu’à son bataillon d’élite, de ne point faire de séjours et marcher droit sur Mayence, pour y arriver le plus tôt possible. Si le bataillon d’élîte du 28e d’infanterie légère est à portée du Rhin, il serait convenable de le faire embarquer; de cette manière il arriverait sans se fatiguer et très-promptement à Mayence.
Vous donnerez ordre au sénateur maréchal Kellermann de partir dans la journée de demain, pour se rendre à Mayence et y prendre le commandement du corps de réserve, composé des troupes qui trouvent dans les 5e et 26e divisions militaires.
Il commandera les gardes nationales de ces deux divisions militaires. et il réunira à Strasbourg et à Mayence les grenadiers et les chasseurs des gardes nationales qu’il avait levées dans ces divisions pendant la dernière campagne.
Saint-Cloud, 19 septembre 1806
DÉCISION
| Le ministre directeur de l’administration de la guerre demande à l’Empereur d’approuver que les colonels des régiments qui n’ont point complété leurs contingents pour le recrutement de la Garde impériale soient autorisés à fournir des militaires n’ayant que six ans de service , mais remplissant les autres conditions exigées. | Accordé , pourvu qu’ils aient fait la campagne de l’an IX ou celle de la Grande Armée. |
Saint-Cloud, 20 septembre 1806, 6 heures du matin
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je vous envoie le mouvement de l’armée. C’est aujourd’hui le 20 septembre, six heures du matin. J’espère que vous recevrez ma lettre dans la journée du 24, et qu’avant le 3 ou le 4 octobre toutes mes intentions seront exécutées. Je compte être à Mayence le 30 septembre et probablement le 2 ou le 3 à Würzburg. Là je déciderai mes opérations ultérieures.
Il faut que le général Songis prenne des mesures pour que la division du général Dupas, qui se réunit à Mayence, ait dix pièces d’artillerie, mais sans faire faire de pas rétrograde à l’artillerie de l’armée. Cette division est composée des 2e, 12e et 28e d’infanterie légère et du 14e de ligne; je compte y joindre deux autres régiments. Ce sera là le corps d’observation de la France et le corps d’appui de l’armée du roi de Hollande.
Il est convenable qu’aussitôt que vous aurez ordonné tous les mouvements vous vous rendiez à Würzburg. Vous y verrez la situation de cette place, et vous prendrez connaissance de la nature des chemins à Bamberg, à Düsseldorf, et jusqu’à Magdeburg et Berlin, et quelle est la ligne où se terminent les montagnes. Vous aurez soin de bien traiter le grand-duc de Würzburg. Vous marquerez là votre quartier général, sans dire que j’arrive, mais en prenant ce qu’il y a de plus beau, sans cependant le gêner ni l’exposer à aucune dépense.
Vous examinerez la situation du château, quelle garnison on doit y mettre, et les positions à occuper. De là vous viendrez à Mayence, à moins cependant d’accidents extraordinaires et imprévus, auquel cas vous sentez bien que je ne resterai pas à dormir à Mayence.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806, 7 heures du matin
Au maréchal Bessières
Mon Cousin, faites partir par les relais, comme l’infanterie de ma Garde, un équipage de matelots de ma Garde, composé 100 hommes, pour se rendre à Mayence.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au maréchal Bessières
Mon Cousin, je vois qu’il n’est pas nécessaire que ma Garde passe à Worms pour se rendre à Mayence, et que, de Kaiserslautern et de Dürkheim, elle peut y aller directement en passant par Alzey. En faisant usage de cette observation vous épargnerez à ma Ga au moins une journée de marche.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, les places de Wesel et Mayence doivent être mises dans le meilleur état de défense. Les derniers préparatifs doivent être faits. S’il y a quelques manœuvres d’eau à rétablir pour remplir d’eau les fossés de Wesel, il faut le faire. Si l’inondation n’est pas tendue à Mayence, il faut la tendre. Si les ouvrages de l’autre côté du Rhin ne sont pas armés, il faut le faire. S’il n’existe pas quelques baraques pour servir de corps de garde, dans les ouvrages des îles, il faut en construire. Si les ouvrages en terre défendent l’inondation ne sont pas établis, fraisés et palissadés, il faut les construire et les palissader. Si le fort qui défend l’embouchure du Mein n’est pas encore rétabli, il faut le construire, le palissader et faire les travaux provisionnels et pressés sans discontinuer les travaux permanents à Cassel.
Il faut qu’il y ait au moins quatre officiers du génie de tout grade à Mayence et six à Wesel. Il faut envoyer une compagnie de mineurs à Mayence, une autre à Wesel, et qu’on organise tout ce qui nécessaire pour la défense souterraine du fort Meusnier et des forts extérieurs, tant à Mayence qu’à Wesel; d’ailleurs ces mineurs pourront servir de chefs d’ateliers aux ingénieurs.
Il faut qu’il y ait à Wesel quatre compagnies d’artillerie, un colonel, un chef de bataillon commandant en second, deux capitaines en résidence, outre les officiers des quatre compagnies. Il faut qu’il y ait à Mayence au moins quatre compagnies d’artillerie. Quand je dis qu’il faut quatre compagnies d’artillerie à Wesel et quatre à Mayence, j’entends que ces compagnies aient tous leurs officiers, sous-officiers, 80 canonniers présents, et forment au moins 400 hommes.
Il faut aussi une escouade d’ouvriers dans chacune de ces deux places, pour réparer tous les affûts et donner à l’artillerie l’attitude convenable. S’il manque des objets d’artillerie, soit à Wesel, soit à Mayence; et des approvisionnements, il faut les y faire passer.
Mon intention est que les officiers du génie et d’artillerie qui seront placés à Wesel et Mayence y soient par mon ordre et que personne ne puisse les ôter de ces deux places pendant toute la campagne. Il faut me présenter, pour chacune de ces places, un colonel et un chef de bataillon de chaque arme, qui seront chargés de défendre Wesel et Mayence, pour ce qui concerne leur arme, et seront pourvus d’une commission ad hoc. Vous sentez qu’il faut des officiers distingués, qui aient l’amour de la gloire et les connaissances nécessaires pour une si importante besogne.
Au premier événement, le premier inspecteur aura soin de jeter le nombre nécessaire d’officiers dans ces deux places. Je suppose qu’il faudrait vingt officiers pour Mayence et douze pour Wesel. On ne les enverrait qu’au dernier moment. Mais ce qui importe, c’est que les deux directeurs et les deux chefs de bataillon de chaque place soient nommés par commission, y restent et n’en puissent sortir, même malades, par congé, parce qu’il n’y a que moi seul qui aie le droit de donner un congé.
Mon intention est que le premier inspecteur du génie se rende à Mayence, où il établira son quartier général. Là il pourra diriger tous les ouvrages de Mayence, Wesel, Juliers, Venloo, Anvers et des places de frontière opposée à la Prusse. Il prescrira tous les ouvrages ordonnés par les projets, arrêtera et ordonnera de son chef les travaux pressés dérivant des circonstances. Il aura soin, si une place menaçait d’être investie, d’y jeter le nombre nécessaire d’officiers du génie, d’approvisionnements et de tout ce qui a rapport à son arme.
Les principaux objets des approvisionnements de siège, savoir les farines, le bois pour les fours, l’eau-de-vie, le riz ou les légumes, doivent être fournis par les munitionnaires, qui doivent réunir dans l’une et l’autre place la quantité de farines nécessaire pour nourrir 10,000 hommes pendant six mois. Il faut surtout que vous leur donniez l’ordre d’avoir la quantité de bois propre à convertir les farines en pain.
Ces vivres seront retirés de là, soit par des envois en Allemagne et pour nourrir la Grande Armée, soit pour des sièges, soit, au retour, en consommations journalières de l’armée. Il me semble que vous n’avez pas d’indemnité à donner sur cela.
Faites-moi un rapport sur cet objet; mais ne perdez pas une heure pour avoir la quantité nécessaire de légumes, bois et subsistances, approvisionnée dans ces deux places.
Faites aussi fabriquer 400,000 rations de biscuit à Mayence. Ainsi donc, sans attendre le rapport que vous me ferez sur la question d’argent, ne perdez pas une heure pour faire approvisionner ces places des objets ci-dessus désignés.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, Boulogne doit être mis en état de défense. Il est probable que depuis la paix on aura négligé les ouvrages de campagne; il est nécessaire que vous donniez l’ordre de les mettre dans le meilleur état.
A Anvers, la Tête-de-Flandre et les redoutes de la rive gauche doivent être relevées et armées de manière que non-seulement la citadelle, mais que toute la ville se trouve à l’abri d’un coup de mai. Il n’y a pas assez d’artillerie; j’ai donné ordre au ministre de la marine d’avoir à Anvers cent cinquante pièces de gros calibre sur affûts marins. Comme il y aura beaucoup de pièces de 36, on en construira plusieurs batteries sur le bord de la rivière pour la défense de ce côté. Le front de Lillo mérite aussi une attention particulière.
Donnez l’ordre au directeur du génie et au commandant de la 24 division militaire de s’y transporter et de faire mettre tout en bon état. Il y a au moins 2,000 hommes de la marine, dont 1,800 conscrits, qui font très-bien l’exercice de l’infanterie, et dont on me donne une bonne opinion. Il y a deux bataillons de dépôt de deux régiments de ligne, qui seront bientôt portés à 2,000 hommes. Il est nécessaire que le général commandant d’armes soit à son poste, qu’il y ait au moins deux compagnies d’artillerie de terre pour l’armement et la manœuvre de l’artillerie de la place. La marine servira les batteries de pièces de 36, qui seront placées le long de la rivière et l’artillerie montée sur des affûts marins.
Il faut mettre en état la place de Blaye. On me dit qu’il y a des brèches, que cette place est dans un état pitoyable. Ordonnez au directeur de commencer les travaux jusqu’à la concurrence de 20,000 francs. Sur le rapport qui vous sera envoyé vous verrez ce qu’il sera convenable de faire.
Je pense que le fort Penthièvre, de la presqu’île de Quiberon, est en bon état; fixez l’attention du général commandant la division sur ce point.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, voici la forme que je désirerais qu’eût le livret qu’on me remet tous les six mois, au 1er février et au ler août, sur la situation du génie et de l’artillerie au 1er janvier et au 1er juillet.
FRONTIÈRE DU NORD
Autant de pages que de places fortes classées par directions d’artillerie.
Telle place a tant de bastions.
La citadelle (si elle en a une) a tant de bastions.
Ses besoins pour réparations sont de tant.
Sa garnison est fixée à tant d’hommes.
Son approvisionnement de bouche est fixé à tant.
Le nombre des casernes pour l’infanterie est de tant.
Le nombre des casernes pour la cavalerie est de tant.
Quelques observations sur ce qui est en bon ou en mauvais état. Palissades existantes, tant.
Palissades nécessaires, tant.
Outils, sacs à terre, brouettes existantes, tant.
Outils nécessaires, tant.
A côté. Artillerie réglée par le décret ou ordre de tel jour :
Pièces existantes, tant.
Manque, tant.
Avec des observations qui m,e fassent connaître ce qu’il y a d’artillerie en bon ou en mauvais état.
Équipages de campagne en dépôt dans la place appartenant à l’équipage du Nord, tant.
On suivrait ainsi pour les affûts et approvisionnements de toute espèce, en distinguant ce qui appartient à la place de ce qui n’y est qu’en dépôt.
On comprendrait dans l’état toutes les places de la Hollande qui défendent la frontière, en distinguant la frontière de Hollande.
De même pour la frontière d’Italie, en faisant la même distinction. Ce seul livret, contiendrait les éléments de tous les calculs et une connaissance parfaite de tout le matériel d’artillerie.
Il faudra placer à la fin une récapitulation qui fasse connaître la quantité d’outils et autres objets appartenant au génie, existant en France;
La quantité de fusils et d’armes d’infanterie de tout calibres, pièces de toutes espèces, fer coulé, etc.
Avec une différence de tout ce résultat à l’état du semestre précédent.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, j’ai lu avec attention le travail du 30 juillet sur l’artillerie de l’armée d’Italie. Je désirerais que sur ces états on ne portât que pour mémoire ce qui est à Naples, soit en pièces, soit en caissons. Il est probable qu’ils ne reviendront qu’en mauvais état ou qu’ils seront laissés pour le bien du pays. Il faut donc les prendre dans un état à part et indépendant de celui de l’artillerie de l’Italie septentrionale. L’état de l’artillerie en Italie est très-satisfaisant. Par vos tableaux nous aurions 251 pièces de campagne dans l’Italiefrançaise, sur lesquelles il ne faut guère compter 30 de montagne; ce qui les réduit à 220, distribuées dans les citadelles de Turin, de Plaisance, dans Alexandrie et Gènes. Nous aurions en Italie (royaume) 107 pièces dont 32 de 3, qu’il ne faut pas compter, 35 dans le royaume de Naples, qu’il ne faut pas compter pour l’Italie, et 3 en Dalmatie, qu’il ne faut ne plus compter que pour mémoire.. Il ne resterait donc plus en Italie que 37 pièces. En canons étrangers, nous en aurions 18 dans l’Italie française, sans compter les pièces de 3, et 60 dans le royaume d’Italie, également sans compter les pièces de 3. En obusiers, nous en aurions 117 dans l’Italie française, et 25 dans le royaume d’Italie, moins 7 qui sont dans le royaume de Naples, ce qui ferait 18. En tout 431 bouches à feu de campagne dans l’Italie française, dont 99 à Turin ou dans la citadelle : rien ne presse de les déranger; 172 à Alexand,rie : elles y sont très-bien; 12 à Fenestrelle, 79 à Gênes : elles y sont fort bien; et 71 à Plaisance : elles y sont fort mal. Il ne faut garder que ce qui est nécessaire pour l’armement de la citadelle, et évacuer tout le reste sur l’arsenal d’Alexandrie.
Dans le royaume d’Italie nous aurions 291 bouches à feu de campagne, dont 80 au parc de Vérone : cela est beaucoup trop; 22 au parc du 2e corps d’armée : elles y sont bien; 12 en Istrie : cela est beaucoup trop; 11 en Dalmatie, sont bien; 55 dans le royaume de Naples, pour mémoire; 63 à Venise et 48 à Palmanova : c’est trop. Il est important que vous me présentiez un projet de décret pour faire évacuer toute l’artillerie de campagne du royaume d’Italie, et ce qui est à Plaisance, sur Alexandrie, Gènes et Fenestrelle, hormis le parc que j’ai demandé, que je suppose attelé, et ce qui est nécessaire à l’armement de Palmanova, d’Osoppo, de Venise, de Mantoue, de Legnago et de Peschiera. Je n’ai désiré avoir dans le royaume d’Italie que les trois parcs de Palmanova, de Vérone et de Pavie, montant à 82 pièces; mais je désire que ce soit indépendamment de ce qui peut se trouver dans le royaume de Naples.
L’artillerie qui n’est pas nécessaire dans le royaume d’Italie doit être évacuée sur l’Italie française. Par ce moyen, on n’expose à l’avant-garde que l’artillerie absolument nécessaire, et le reste est en sûreté dans les dépôts de l’Italie française, qui, placés sur les derrières, peuvent être plus facilement secourus et avec plus de loisir. Peu d’objets sont plus importants et méritent plus de fixer l’attention des officiers d’artillerie.
Quant aux affûts, il me semble que nous en manquons, ainsi que de caissons. Car, indépendamment des l42 pièces que j’ai demandées, il n’y a pas d’inconvénient à avoir à Gênes, Grenoble et Alexandrie, une certaine quantité de pièces, d’affûts et de caissons, qui peuvent servir à réparer les pertes de quelque bataille. Quant à l’artillerie de siège, je n’ai que le tableau no 7, qui n’est point suffisant. Je remarque seulement qu’il faudrait, pour défendre Peschiera, 90 bouches à feu dont 10 de 24 et 10 de 18. Cette place est de peu de résistance; au lieu de 4,000 hommes, il n’en faudrait pas 1,200 et les 10 pièces de gros calibre qui y sont pourraient figurer au siège de Mantoue. Je ne voudrais pas de grosses pièces à la citadelle de Vérone par la même raison. Ferrare est démolie; Brescia ne mérite pas qu’on s’en occupe, Orzinovi non plus. Le fort Urban est démoli.
Je désire un tableau qui me fasse connaître la quantité de pièces de siège qui appartiennent à la France, celles qui appartiennent royaume d’Italie; l’approvisionnement que j’ai ordonné, ce qui existe et ce qui manque. En me représentant ce travail sur l’artillerie de siège du royaume d’Italie, présentez m’en un pareil sur l’artillerie de campagne, afin que, par un décret général, je puisse ordonner pour les deux parties des dépenses uniformes et fondamentales, et prescrire des constructions dans les arsenaux de Pavie et de Turin, pour mettre sur le meilleur pied l’artillerie de nos places. Mais dans ce moment-ci ce travail est pressé; je désire l’avoir avant la fin d’ octobre. Ordonnez au général Sorbier d’évacuer de Palmanova toute l’artillerie qui est inutile à l’armement de cette place. De Palmanova le transport n’est point difficile, en se servant de la mer jusqu’à Venise et de là on peut arriver facilement par le Pô à Alexandrie qui doit être le grand dépôt de toute l’Italie, parce que l’on a le temps de l’approvisionner et de le mettre à l’abri de tout revers. Quant à l’artillerie du royaume de Naples, c’est encore un chaos, et il faut attendre que l’ordre soit rétabli dans cette administration pour asseoir ses idées.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, le général de brigade Andréossy est trop âgé pour commander le génie à l’armée; j’ai donné ordre qu’il se rende à Paris. Je n’ai pas assez d’officiers du génie à l’armée; j’en ai besoin de vingt autres. Donnez l’ordre aux officiers dont l’état est ci-joint de se rendre en poste à Mayence avant le ler octobre. Donnez l’ordre au général Chasseloup de se rendre en poste, en traversant le Tyrol, à Augsbourg, où il est nécessaire qu’il soit arrivé avant le 1er octobre; mon intention est de lui confier le commandement du génie de l’armée. Le général Marescot me parait trop nécessaire en France par le genre de guerre que je vais faire; il n’est point impossible l’ennemi puisse faire une pointe sur nos frontières, il faut donc qu’il soit à portée pour qu’il puisse y pourvoir. Vous chargerez des travaux d’Alexandrie le colonel Liédot, qui, s’il était nécessaire, commanderait le génie de la place d’Alexandrie. Donnez l’ordre au général Chambarlhiac, qui est à Naples, de se rendre en poste avec toute diligence à Augsbourg en traversant le Tyrol. Donnez l’ordre à la 3e compagnie du 4e bataillon de sapeurs, qui est à Belle-Île-en-mer, à la 5e, qui est aux îles Saint-Marcouf, et à la 9e, qui est à Ostende, de se rendre à Mayence pour rejoindre la Grande Armée. Donnez l’ordre au 5e bataillon de sapeurs de se rendre à la Grande Armée. Le génie de l’armée d’Italie sera commandé par le général Lery.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, vous trouverez ci-joint un décret pour la formation d’une légion polonaise. Vous ferez appeler le général Zajonchek, pour qu’il vous propose des officiers polonais pour former le cadre du ler bataillon. Mon intention est que les deux tiers au moins des officiers soient polonais; l’autre tiers sera pris parmi les officiers qui n’ont pas servi dans nos rangs, mais qui veulent servir et verser leur sang pour la patrie.
Vous donnerez pour instruction au chef de la légion de pourvoir à son habillement, et d’envoyer des officiers aux avant-postes de l’armée française pour recueillir les déserteurs prussiens et les organiser. Quand le cadre du ler bataillon sera rempli, on formera le second.
Je désire que le général Zajonchek ne prenne point les officiers polonais qui servent dans l’armée et qui y sont utiles, mais qu’il les prenne dans l’intérieur, où il y en a beaucoup de réformés.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, j’ai pris dans le temps, a Braunau, un décret pour appeler les officiers réformés et en former un escadron pour servir à la correspondance de l’armée; j’exigeais spécialement qu’ils sussent parler allemand. Remettez-moi ce décret sous les yeux, et faites-moi connaître ce qui en a empêché l’exécution. Le maréchal Kellermann avait été chargé de le former. Il me semble qu’il m’a dit que l’expérience avait prouvé que cette organisation devait être faite différemment; demandez-lui des renseignements là-dessus.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je vois sur l’état de situation qu’il y a à Ulm un officier du génie, qu’il y en a trois à Augsbourg, deux à Braunau, un i Passau. J’ai ordonné qu’il y eût quatre officiers du génie à Braunau; on peut en laisser un à Augsbourg; il n’en faut point à Passau ni à Ulm.
La division du général Malher, dans le corps du marécha1 Ney n’a point d’officier du génie : faites-en nommer un. Les sapeurs sont à Augsbourg, Kehl, Ulm : il ne faut pas qu’il en reste aucun dans ces endroits, hormis la 7e compagnie, qui restera à Braunau. Envoyez l’ordre à la 1e compagnie du 2e bataillon de sapeurs, qui est à Palmanova, de venir rejoindre par le Tyrol son bataillon; elle se dirigera sur Ulm , où elle recevra de nouveaux ordres.
Aucun général de brigade du corps du génie ne commandera son arme dans un corps d’armée. Ils seront tous attachés à l’état-major général. Donnez l’ordre aux généraux de brigade Kirgener et Cazal de se rendre au quartier général. Le général Andréossy est trop âgé, donnez-lui l’ordre de se rendre à Paris, où il prendra les ordres du ministre Dejean. Le général de brigade Kirgener commandera provisoirement en chef le génie de l’armée. Le général Cazal remplira les fonctions de directeur du parc. Je donne ordre d’envoyer encore vingt officiers du génie, qui seront à la suite de l’état-major général. Vous voyez que déjà j’en ai besoin de cinq pour Würzburg et deux autres postes.
Je donne l’ordre que le général Chasseloup se rende en poste à Augsbourg, pour commander le génie à la Grande Armée, et que le général Chambarlhiac se rende à Augsbourg.
Je donne ordre que les 3e, 5e et 7e compagnies de sapeurs rendent à Mayence pour rejoindre la Grande Armée. Je donne aussi l’ordre que le 5e bataillon de sapeurs se rende à la Grande Armée. Il est nécessaire qu’il y ait un petit parc du génie, composé de trois ou quatre mille outils, d’une compagnie de mineurs, des ouvriers du génie, d’une dizaine d’officiers du génie, d’un millier de sapeurs d’une compagnie de pontonniers avec quelques voitures et les moyens de passer une rivière. Ce corps, ainsi composé, sera commandé par le général Cazal, directeur du parc, et aura son commissaire des guerres, et recevra un ordre de mouvement particulier. Il pourra être susceptible d’être divisé en deux corps lorsque les mouvements seront douteux, mon intention étant de le tenir toujours à portée des lieux où je puis en avoir besoin. Je pense que conformément à l’ordonnance, tous les sapeurs, pontonniers et ouvriers sont armés de fusils.
Avons-nous un équipage de pont ? Je n’en vois pas sur l’état de situation; il serait absurde que le général Songis eût laissé une si grande armée sans moyens de passer une rivière. Dans tous les cas, je suis dans la croyance que l’équipage de pont sera avant le 4 octobre à Augsbourg. S’il est à Strasbourg, comment, sans équipage de pont, passerai-je l’Elbe ?
Le corps du maréchal Bernadotte a la 8e compagnie d’ouvriers et une escouade d’une autre compagnie : cela est trop. Le corps du maréchal Davout n’a point de pontonniers et n’a que dix-huit ouvriers. Le corps du maréchal Soult n’a que vingt-quatre ouvriers et point de pontonniers. Il n’y a pas, en général, assez d’ouvriers avec les corps d’armée. Il faudrait au moins trente-six ouvriers par chaque corps. Il n’y a de pontonniers qu’au corps du maréchal Bernadotte, et, par l’état de situation, il parait que tous les pontonniers sont à Augsbourg et à Ulm. Il est nécessaire que vous en envoyiez une compagnie au maréchal Davout, une au maréchal Soult, une au maréchal Augereau, une au maréchal Lefebvre, une à la réserve de cavalerie, une à la Garde; une autre restera au parc.
Dans la 4e division de dragons, commandée par le général Sahuguet, le général Laplanche commande deux régiments; il manque deux généraux de brigade, car les six régiments sont présents. Il manque un général de brigade à la cavalerie légère du maréchal Davout. Il manque deux généraux de brigade à la division du général Beaumont. Il manque un général de brigade au général Nansouty. Il manque un général de cavalerie légère au maréchal Augereau. Il me faut donc un généra1 de brigade de cuirassiers, quatre généraux de brigade de dragons, deux généraux de cavalerie légère pour les maréchaux Davout et Augereau. J’ai ici DurosneI et Defrance; je donne ordre que les généraux Margaron et Saint-Sulpice rejoignent leurs brigades, et que le général Grouchy se rende à sa division. Il y aura à la réserve de cavalerie, sous les ordres du prince Murat, deux brigades de hussards et de chasseurs. Une sera commandée par le général Lasalle, et l’autre par le général Milhaud. Celle du général Lasalle sera composée des 5e et 7e de hussards; celle du général Milhaud, des 11e et 13e de chasseurs. Par ce moyen, le ler corps d’armée, les 3e, 4e, 5e et 6e corps n’auront chacun que trois régiments de cavalerie légère, et le 7e n’en aura que deux. Les régiments de ces brigades de cavalerie légère pourront être changés quand ils seront fatigués. Il faut effacer le général de brigade Dumoulin de dessus les états de situation de la Grande Armée. Il y a un général de trop dans la division Suchet; il faut rappeler le général Rey à l’état-major général. Le général Dupont a un général de division de trop; il lui manque un général de brigade. Je donne l’ordre que tous les adjudants commandants et tous les adjoints à l’état-major qui sont dans l’intérieur se rendent à la Grande Armée.
J’envoie le général Defrance à la division Nansouty, pour commander les carabiniers, et le général Durosnel au corps du maréchal Augereau. Donnez l’ordre qu’on réunisse les deux brigades de cavalerie légère : celle de hussards à Kronach et celle de chasseurs Lichtenfels.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, les places de Koenigshofen, de Kronach et de Würzburg pouvant devenir les points d’appui de la Grande Armée, il sera nécessaire qu’il y soit nommé de bons commandants et qu’on dirige des compagnies d’artillerie et des officiers du génie. On donnera à l’officier du génie commandant dans chacune de ces places une somme de 30,000 francs pour commencer les travaux. Il y aura dans chaque place un commissaire dés guerres, et on donnera chacun d’eux 30,000 francs pour en commencer les approvisionnements, auxquels on ne touchera pas pour les consommations journalières, à moins que la place ne fût cernée.
On prendra, le 2 octobre, possession des trois places que j’ai indiquées ci-dessus; on les mettra en état d’être à l’abri d’un coup de main. Le 3 ou le 4 octobre au plus tard, on devra placer en batterie dans ces trois places de l’artillerie, qu’on y enverra de Forchheim, de Würzburg et d’Augsbourg. On y disposera sur-le-champ tous les magasins nécessaires et le local convenable pour les hôpitaux de l’armée, et généralement tout ce qui est nécessaire dans les places qui servent de points d’appui aux armées.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je ne sais si je vous ai écrit de faire venir à Mayence l’adjudant commandant Jomini , qui est à Memmingen, employé au 6e corps d’armée. Si je ne l’ai pas fait, donnez-lui l’ordre de se rendre au quartier-général, où mon intention est qu’il soit employé.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, mon intention est que les hussards et les chasseurs suivent le règlement, et qu’à leur entrée en campagne toutes leurs aigles soient envoyées au quartier général. Mon intention est-que les régiments de dragons n’aient qu’une aigle par régiment; les deux autres iront au dépôt. Les cuirassiers et les carabiniers auront leurs trois aigles; la cavalerie légère n’aura point d’aigles. Faites exécuter sur-le-champ ces mesures; vous en sentez l’importance.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au maréchal Brune
Mon Cousin, la Prusse a jeté le masque et a couru aux armes. Différents détachements de votre corps d’armée ont eu ordre de partir pour se rendre en toute diligence sur le Rhin. Le roi de Hollande est à la fête d’une réserve de 30,000 hommes français et hollandais, pour défendre la Hollande et le Nord. Les principales forces sont appuyées à Wesel. Correspondez avec lui, afin que, si vous en aviez besoin, il accourût à grands pas à votre secours. Le général Rampon se rend à Saint-Omer pour requérir les garde nationales des départements du Nord et en former un corps de 6,000 hommes, qui se réunira à Saint-Omer. Ce corps sera partagé en deux brigades de 3,000 hommes chacune, que commanderont les généraux Girard, dit Vieux, et Moreau. Le général Rampon rassemblera, au premier événement, 2,000 hommes du corps de réserve et autant de gendarmerie à cheval, ce qui ferait un corps assez considérable pour vous aider.
Faites travailler aux fortifications de campagne. Exercez vos matelots à la cible. Sept mille conscrits sont dirigés sur les corps qui sont sous vos ordres. Je me repose sur vous, tant pour défendre na flottille de Boulogne que pour garantir Calais, Dunkerque, Ostende et les points de votre commandement depuis la Somme jusqu’à l’Escaut. Je connais votre zèle et vos talents; je me repose sur vous et sur les autres. Faites-moi connaître la situation de vos lignes; faites réparer ce qui est en mauvais état. Ne souffrez aucune communication des côtes d’Angleterre avec votre ville. Peut-être est-il convenable de faire passer les courriers du plénipotentiaire anglais de nuit et avec mystère, et de montrer sur ses pas beaucoup de troupes : c’est une charlatanerie à laquelle nous ne sommes pas accoutumé mais dont il peut être utile de faire usage, afin qu’il porte l’opinion qu’une grande quantité de troupes se réunit à Boulogne. Perfectionnez l’organisation de vos bataillons de marine. Il y aura toujours à Paris un corps de 5 à 6,000 hommes qui, en quatre ou cinq jours, au moyen des relais extraordinaires, pourra se porter sur vous. Je fais marcher, par ce moyen, ma Garde et le camp de Meudon en huit jours sur Mayence. Redoublez de surveillance et d’activité.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au général Lemarois
Monsieur le Général Lemarois, je donne ordre au général Laplanche-Mortière de se rendre à Ancône pour prendre votre commandement. Du moment qu’il sera arrivé, et si même il y avait à Ancône un officier supérieur de distinction auquel vous puissiez confier votre commandement, vous vous rendrez en poste par le Tyrol à Ulm, et de là vous viendrez me joindre où sera mon quartier général. Vous vous arrêterez à Vérone assez de temps pour prendre connaissance de ce qui se passe en Frioul, à Venise et dans le royaume d’Italie.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, le général Duhesme a tort de rester à Rome; son poste est à Cività-Vecchia. Donnez-lui ordre d’y rester. Ne lui laissez pas ignorer d’ailleurs qu’il me revient contre lui des plaintes pour des affaires d’argent.
Comme roi d’Italie, j’ai un chargé d’affaires, à Florence; correspondez avec lui, et ordonnez-lui de faire à la Reine des représentations fortes sur ce qui se passe. Vous-même vous pourriez avoir une correspondance avec la Reine sur cet objet. Par ce moyen , vous parviendrez à faire en Toscane ce que vous voudrez.
Cependant, s’il y avait moyen de faire arrêter ce coquin, et de le faire mettre à Fenestrelle, ce serait une bonne chose.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au roi de Naples
Les armements se poursuivent de part et d’autre avec activité. Donnez l’ordre au général du génie Chambarlhiac de se rendre en poste à Ulm, en Bavière, où il recevra de nouveaux ordres. Le général de brigade Montbrun vous est inutile et peut-être nuisible, et il me sera très-nécessaire pour la guerre légère. Donnez-lui également l’ordre de se rendre à la Grande Armée. Renvoyez le général Laplanche-Mortière à Ancône pour y commander; j’ai besoin de rappeler Lemarois près de moi. Mettez la plus grande célérité dans ces mouvements. Voilà le mois d’octobre, les maladies vont finir. Les Anglais, ballottés par les tempêtes, ne pourront plus suivre le même plan d’opérations. D’ailleurs, à force d’opérations inutiles, ils finiront par se dégoûter. Lisez et relisez la dernière lettre que je vous ai écrite, et exécutez-en les dispositions insensiblement, mais constamment.
Du moment que le bruit des armements sera parvenu à Naples, dites qu’on s’arrangera, et, à la nouvelle des premières hostilités, dites qu’on agit de concert avec l’Angleterre pour obliger la Prusse à rendre le Hanovre. Cela paraîtra vraisemblable, lord Lauderdale étant toujours à Paris.
Si vous n’avez pas besoin du général Espagne, renvoyez-le à Milan, où il fera partie de l’armée d’Italie. Si le général Dombrowski ne vous est pas utile non plus, envoyez-le à Paris, d’où je le ferai partir pour l’Allemagne. Ce général polonais pourrait ne pas m’être inutile.
N’ayez aucune inquiétude. Vous n’apprendrez mon arrivée à l’armée et le commencement des hostilités que par nos succès. La conscription marche à force; 20,000 hommes passent les Alpes pour rejoindre vos dépôts; 40,000 hommes remplissent mes cadres. Je vais appeler la réserve. Les gardes nationales sont partout sur pied.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
Au roi de Hollande
Je reçois votre lettre du 17 septembre. Un courrier parti hier vous porte l’ordre de réunir à Wesel le 65e et le 72e, toute votre cavalerie, la moitié de votre infanterie hollandaise et quinze pièces attelées. Il est nécessaire que vous fassiez mettre dans vos gazettes qu’un nombre considérable de troupes arrive de tous les points de la France, qu’il y aura à Wesel 80,000 hommes commandés par le roi de Hollande. Je désire que ces troupes soient en marche dans les premiers jours d’octobre, parce que c’est une contre-attaque que vous ferez pour attirer l’attention de l’ennemi pendant que je manœuvre pour le tourner. Toutes vos troupes doivent se porter sur le territoire de la Confédération et se répandre jusqu’à ses limites sans le dépasser ni commettre aucun acte d’hostilité. Ce n’est pas le temps des jérémiades, c’est de l’énergie qu’il faut montrer. J’ai déjà beaucoup soulagé vos finances. Renforcez vos cadres; formez des gardes nationales, donnez une direction à vos journaux. Je ne ferai jamais qu’une paix honorable, ou j’écraserai tous mes ennemis. Si vous ne pouvez pas être de votre personne à Wesel le ler octobre, il faut que le général Michaud s’y trouve et prenne le titre de commandant de votre avant-garde. Formez les deux premiers bataillons des régiments français à 1,150 hommes, et placez les 3e bataillons dans des places fixes où se rendront les conscrits pour être habillés; il en arrivera plus de 600 à chaque régiment avant un mois. Ne craignez rien pour l’île de Walcheren; les Anglais ne prendraient pas si facilement Flessingue; d’ailleurs le général qui y commande couperait les digues, et ils seraient noyés. Indépendamment du camp de Boulogne, je réunis à Saint-Omer une division de 6,000 hommes de gardes nationales, commandés par le général Rampon. Je serai le 30 septembre. Tout ceci n’est que pour vous; tout doit être secret et mystère. Comme l’Impératrice compte, pendant que je serai en Allemagne, porter sa cour à Mayence, la reine de Hollande pourra s y rendre, si cela lui convient. Si vous ne pouvez pas être à Wesel le ler octobre, il est nécessaire que vous y soyez rendu le 6. Comme j’imagine que vous pouvez avoir besoin de quelques généraux, si vous le désirez, je vous enverrai le général de division Lagrange. Je pense que toute l’artillerie des places de Berg-op-Zoom, Breda et des places qui garantissent mes frontières du Nord, est prête, et qu’en quinze jours vous pourriez en ordonner l’armement. Le résultat de tout ceci accroîtra vos Etats et sera une paix solide; je dis solide parce que mes ennemis seront abattus et dans l’impuissance de remuer de dix ans.
Saint-Cloud, 20 septembre 1806
DÉCISION
| Vilcot, ancien militaire, âgé de cent deux ans, se recommande à la bienveillance de l’Empereur. | Il me sera présenté dimanche. Il aura 2,400 francs pour indemnité de voyage, et une pension annuelle de 600 francs. |
Saint-Cloud, 21 septembre 1806
ORDRE POUR LES GÉNÉRAUX DUROC ET CAULAINCOURT
Mon intention est d’être le 29 à Mayence; je partirai donc mercredi ou jeudi, à six heures du matin. Je veux passer par Metz, où je m’arrêterai autant de temps que je pourrai , de manière à arriver le 29, avant midi , à Mayence. Je ne veux cependant pas rester plus de huit ou dix heures à Metz. On écrira à Metz pour que le général qui y commande, ou tout autre, ou le dépôt de cavalerie, me procurent 7 ou 8 chevaux et une voiture pour visiter tous les établissements.
J’aurai dans ma voiture l’Impératrice; le prince Jérôme ira dans une des voitures qui m’accompagnent.
Je ne veux pas avoir plus de quatre voitures avec moi, sauf à envoyer devant ou en faire marcher derrière les autres.
L’impératrice n’emmènera que Mme Turenne. MM. d’Harville et Ordener l’accompagneront; M. Rémusat se rendra devant à Mayence.
Le grand maréchal du palais pourra marcher en avant, de manière à se trouver à Mayence un jour avant moi.
- Caulaincourt, Mortier et Savary marcheront avec moi. Les deux écuyers généraux, qui ont leurs chevaux, pourront
se rendre directement à Mayence.
Il est inutile que je traîne à ma suite des fourgons de cartes et bagages. Comme il y a deux routes, ils peuvent partir par l’autre route ou aller devant, pour arriver la veille à Mayence.
Le maréchal Bessières et tous les officiers de la Garde doivent être partis en avant; le maréchal Bessières et le grand écuyer se rendront ensemble pour qu’ils n’encombrent point les routes.
- Maret partira vingt-quatre heures après moi et se rendra en droite ligne à Mayence.
- le général Clarke se rendra directement à Mayence, où il devra être arrivé le 28 au soir.
Saint-Cloud, 21 septembre 1806
NOTE POUR M. DENON
Demander à M. Denon s’il est vrai qu’on ait retardé hier l’entrée du Muséum, et qu’on ait ainsi fait attendre le public. On ne peut rien faire qui soit plus contraire à mon intention.
Saint-Cloud, 21 septembre 1806
Monsieur Champagny, on m’assure que les Maltais qui sont en Corse sont dans la plus grande misère. Je désire que vous m’apportiez mercredi un rapport qui me fasse connaître ce que je leur avais accorde, et pourquoi ils ne sont pas payes. Je désirerais que vous m’apportassiez également mercredi une note qui me fit connaître ce qu’il faudrait faire pour encourager la culture du coton en Corse, où l’on dit qu’il vient très-bien. Ce serait un moyen de donner du travail
à ces Maltais, qui ont l’usage de ces cultures.
Saint-Cloud, 21 septembre 1806
Au roi de Bavière
Monsieur mon Frère, il y a plus d’un mois que la Prusse arme, et il est connu de tout le monde qu’elle arme contre la France et la Confédération du Rhin. Nous cherchons ses motifs sans pouvoir les pénétrer. Les lettres que Sa Majesté Prussienne nous écrit sont amicales. Son ministre des affaires étrangères a notifié à notre envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire qu’elle reconnaissait la Confédération du Rhin et qu’elle n’avait rien à objecter contre les arrangements faits dans le midi de l’Allemagne. Les armements de la Prusse sont-ils le résultat d’une coalition avec la Russie, ou seulement des intrigues des différents partis qui existent à Berlin et de l’irréflexion du cabinet ? Ont-ils pour objet de forcer la Hesse, la Saxe et les villes hanséatiques à contracter des liens que ces deux dernières puissances paraissent ne pas vouloir former ? La Prusse voudrait-elle nous obliger nous-même à nous départir de la déclaration que nous avons faite que les villes hanséatiques ne pourront entrer dans aucune confédération particulière, déclaration fondée sur l’intérêt du commerce de la France et du midi de l’Allemagne, et sur ce que l’Angleterre nous a fait connaître que tout changement dans la situation présente des villes hanséatiques serait un obstacle de plus à la paix générale ? Nous avons aussi déclaré que les princes de l’empire germanique qui n’étaient point compris dans la Confédération du Rhin devaient être maîtres de ne consulter que leurs intérêts et leurs convenances; qu’ils devaient se considérer comme parfaitement libres; que nous ne ferions rien pour qu’ils entrassent dans la Confédération du Rhin, mais que nous ne souffririons point que qui que ce fût les forçât de faire ce qui serait contraire à leur volonté, à leur politique, aux intérêts de leurs peuples. Cette déclaration si juste aurait-elle blessé le cabinet de Berlin, et voudrait-il nous obliger à la rétracter ? Entre tous ces motifs, quel peut être le véritable ? Nous ne saurions le deviner, et l’avenir seul pourra révéler le secret d’une conduite aussi étrange qu’elle était inattendue. Nous avons été un mois sans y faire attention. Notre impassibilité n’a fait que tous les brouillons qui veulent précipiter la cour de Berlin dans la lutte la plus inconsidérée. Toutefois les armements de la Prusse ont amené le cas prévu par l’un des articles du traité du 12 juin, et nous croyons nécessaire que tous les souverains qui composent la Confédération du Rhin arment pour défendre ses intérêts, pour garantir son territoire et en maintenir l’inviolabilité. Au 200,000 hommes que la France est obligée de fournir, elle en fournira 300,000, et nous venons d’ordonner que les troupes nécessaires pour compléter ce nombre soient transportées en poste sur le bas Rhin. Les troupes de Votre Majesté étant toujours restées sur le pied de guerre, nous invitons Votre Majesté à ordonner qu’elles soient mises sans délai en état de marcher avec tous leurs équipements de campagne, et de concourir à la défense de la cause commune, dont le succès, nous osons le croire, répondra à sa justice, si toutefois, contre nos désirs et même contre nos espérances, la Prusse nous met dans la nécessité de repousser la force par la force.
(Des lettres analogues furent adressées au roi de Wurtemberg, aux ducs de Berg, de Bade et de Hesse-Datmstadt, au prince Primat et au Collège des princes de la Confédération du Rhin.)











