Correspondance de Napoléon – Septembre 1806
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
DÉCISION
| Le général Marescot fait un rapport sur l’état de défense, de Wesel. Avec des blindages et quelques réparations, cette place, approvisionnée d’ailleurs de munitions de guerre et de bouche, est en état de soutenir un siège. | Il résulte de ce rapport que l’on a besoin de blindages. Il faut savoir ce qu’il y a, ce qui est nécessaire et ce qui manque. C’est avec des bois qu’on défend les places et qu’on remédie aux inconvénients. La Prusse devait en avoir beaucoup à Wesel. La Lippe en charrie beaucoup, et on pourrait en tirer de la Hollande. Si, à trois lieue de Wesel, sur les deux rives, on pouvait trouver des bois qu’on enfermerait dans la place, cela seul me suffirait. On pourrait, d’ailleurs, faire passer des places du haut Rhin quelque chose qui pourrait manquer. Enfin, donnez des ordres pour que le génie fasse ce qui est nécessaire, et s’arrange comme si la place devait soutenir un siège à la fin d’octobre. |
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 9 septembre. Je vous ai écrit avant-hier en détail que M. de Laforest devait quitter Berlin si la Saxe était envahie par la Prusse, et que, dans ce cas, il avait ordre de vous en instruire. Du moment que M. de Laforest aura évacué Berlin, vous aurez soin de mettre en marche les corps des maréchaux Ney, Davout et Augereau, sur Bamberg; 4,000 hommes de troupes de Hesse-Darmstadt renforceront le corps du maréchal Augereau, et 6,000 Bavarois le corps du maréchal Bernadotte. Les 24,000 autres Bavarois se réuniront en avant de Munich, hormis ce qui est nécessaire pour garder le fort de Kufstein et les débouchés du Tyrol. Les Wurtembergeois et les Badois se réuniront près de Noerdlingen. Les quatre divisions de dragons et les divisions de grosse cavalerie se mettront en marche sur Bamberg et Würzburg. Faites-moi connaître, par le retour du courrier, quand tout cela pourra être rendu aux lieux désignés; mais ne faites aucun mouvement que Laforest n’ait quitté Berlin.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, j’ai reçu vos lettres du 10 septembre. Je désire que vous m’envoyiez, en détail, l’état des hommes qui partiront de chaque corps pour composer les 3e bataillons et les 4e escadrons. Il ne vous échappera pas que plusieurs régiments de cavalerie et d’infanterie avaient déjà à leurs dépôts beaucoup de monde. J’imagine qu’on aura compris tout ce qui y existait en officiers et sous-officiers, c’est-à-dire, en parlant d’une autre manière, que chaque régiment d’infanterie et de cavalerie aura conservé les officiers et sous-officiers des deux premiers bataillons et des trois escadrons. S’il en était autrement, et qu’on en eût envoyé davantage, il faudrait les faire revenir. Je le répète, il doit y avoir à l’armée le colonel (le major doit être en France), le major si le colonel est absent, les deux chefs d’escadron de cavalerie, les six capitaines, en un mot tous les officiers et sous-officiers qui composent les six compagnies ou les trois escadrons; de même pour l’infanterie.
J’ai lu l’état de situation de l’armée bavaroise. Faites former une division de 6,000 Bavarois, qui pourrait se réunir à Ingolstadt pour être prête à se ranger sous les ordres du maréchal Bernadotte. Il paraîtrait que quatre régiments de ligne, deux bataillons d’infanterie légère et trois régiments de cavalerie, tout cela ayant quinze à seize pièces de canon, feraient une bonne division de 6,000 hommes. Que le roi en réunisse une pareille à Munich pour pouvoir l’envoyer partout où les circonstances l’exigeront; et que le reste soit placé pour garder les débouchés du Tyrol et former les garnisons de Kufstein et de Passau.
J’ai donné un grand mouvement à la cavalerie. On achète des chevaux de tous côtés, et les dépôts, qui ont été vidés dernièrement, se remplissent de nouveau. Ce matin sont partis 1,000 chevaux de ma Garde.
Toutes les fois que vous m’enverrez l’état de situation de la Grand Armée, ajoutez-y celui de l’armée bavaroise, des deux divisions qu se réunissent aux environs d’Ingolstadt et à Munich, avec le détresse des troupes portées dans le Tyrol. Faites-y mettre les noms des généraux et des colonels. Il faut que je me familiarise avec la connaissance de cette armée. Si, dans la dernière campagne, j’en avais bien connu la force, l’affaire d’Iglau ne serait pas arrivée.
Voici comment je désirerais que les divisions bavaroises fussent formées :
| Division faisant partie du corps du maréchal Bernadotte : | |
| 4 régiments d’infanterie de ligne, que je suppose, présents sous les armes | 4,500 hommes |
| 2 bataillons d’infanterie légère | 1,200 |
| 3 régiments de cavalerie à cheval | 1,000 |
| Artillerie | 500 |
| A peu près | 7,000 |
| Division destinée à être placée entre l’Isar et l’Inn | |
| 5 régiments d’infanterie de ligne, que je suppose présents sous les armes, | 6,000 hommes. |
| 2 bataillons d’infanterie légère | 1,000 |
| 3 régiments de cavalerie | 1,200 |
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A peu près avec l’artillerie
Cette division pourrait être augmentée de toutes les recrues et des moyens de la Bavière. |
9 à 10,000 |
| Troupes placées dans le Tyrol | |
| Un régiment de ligne; deux bataillons d’infanterie légère | 1200 hommes. |
| A Passau, un régiment d’infanterie de ligne, etc. | |
Ce qui ferait une vingtaine de mille hommes, et à l’effectif avec les dépôts, environ 25,000 hommes.
S’il y en avait davantage, ce serait un bien. Je désire avoir un état en règle de la situation de ces divisions.
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Vous avez donné bien tard l’ordre au 21e léger de partir; comme j’en avais également donné l’ordre au ministre Dejean, j’espère qu’il l’aura fait partir de bonne heure.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, je reçois votre lettre du 11 septembre, par laquelle vous m’annoncez que le général Duhesme vous mande que les Anglais ont débarqué à Fondi. Je vois avec peine la précipitation de toutes vos dispositions. Ne vous mêlez point, je vous prie, des duchés de Parme et de Plaisance. Quant à l’idée que vous avez eue des 8,000 Espagnols, je ne sais où vous avez pu la prendre. Tout cela annonce une tête un peu jeune. Il faut plus de calme dans les délibérations. Ce débarquement ne peut être qu’une excursion de brigands, et, quel qu’il puisse être, vous n’y pouvez rien. Il faut bien des jours avant que la brigade du général Laplanche-Mortière soit arrivée à Terracine. Il n’y a pas grand inconvénient qu’on l’ait fait passer à Rome; mais j’aurais autant aimé qu’elle restât à Ancône pour servir de réserve, ou à Pescara pour se réunir à d’autres forces. Lors du débarquement des Russes et des Anglais à Naples, vous fîtes également des mouvements précipités. Il faut plus de calme et de sang-froid. Vous avez fait une disposition imprudente en faisant évacuer entièrement Ancône et n’appuyant pas la brigade Laplanche- Mortière sur l’autre, qui, réunies, forment un corps de réserve de 4 à 5,000 hommes, et qui, séparées, ne sont rien. Que voulez-vous que fassent 12 ou 1500 hommes, si les Anglais ont débarqué en grande force ? S’ils ne sont pas en grande force, comment ne pas penser que le roi de Naples les aurait jetés dans la mer ? Ce n’est pas que je sois très-fâché des mesures que vous avez prises, mais je le suis de ne pas y voir de combinaison et de sang-froid. Si les Anglais avaient débarqué avec 15,000 hommes à Gaète, et que le roi de Naples ne pût pas les culbuter dans la mer, il est évident que vous affaiblissez inutilement un point comme Ancône ou Pescara. Quant aux renseignements du général Duhesme, ils sont pitoyables d’abord parce que Gaète, qu’il dit n’avoir que pour deux jours de vivres, est approvisionnée pour deux mois; et, quand même il n’y aurait pas d’approvisionnements, le commandant en trouve chez les bourgeois, et que d’ailleurs il n’y a que deux jours de marche de Naples. Par mes états de situation, il y a 2,000 hommes à Gaète. Tout cela veut dire que les brigands ont intercepté la route, et qu’il suivent les signaux de quelques bâtiments anglais qui ont voulu les compromettre et les laisser là. Qu’avez-vous à faire dans cette situation ? Rien, rester tranquille et attendre des nouvelles plus claires.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, la Prusse continue d’armer; j’espère qu’elle désarmera bien vite ou qu’elle s’en repentira bientôt. Je suis bien avec l’Autriche, qui me proteste de son désir de maintenir la bonne harmonie. Dans cette situation des choses, il faut que Palmanova soit bien approvisionnée, qu’il n’y ait en Istrie que ce que l’ennemi ne pourra prendre et que ce que je puis évacuer promptement sur Palmanova. Si Osoppo est en état d’être approvisionné, prenez des mesures pour qu’il soit. Cependant ne faites aucun mouvement. Ces dispositions sont de simples précautions, et rien n’est plus pacifique que le langage de la cour d’Autriche. Donnez l’ordre aux trois régiments de cuirassiers qui se trouvent en Italie de se tenir prêts à partir; chacun de ces régiments formera trois escadrons forts de 160 hommes chacun et laissera le 1er escadron au dépôt en Italie. Vous donnerez l’ordre que chacun ait sa forge de campagne, et des fers pour faire une route de trente jours, mon intention étant, si les affaires se brouillent, de les faire venir en Allemagne par Inspruck (Innsbruck). Faites-moi connaître si, en cas d’événement, on pourrait défendre Venise dans l’état où elle est, en y jetant les dépôts des armées de Naples, de Dalmatie, d’Istrie et du Frioul, et s’il y aurait assez d’approvisionnements de bouche. Je vous le répète, je n’ai rien à craindre de l’Autriche. Ce sont des précautions qui ne seront sans doute pas nécessaires; mais il faut tout prévoir.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, vous ne m’instruisez pas de l’assassinat du courrier et de la prise de l’estafette de Naples entre Modène et Reggio. Il y a là cependant une grande quantité de cavalerie qui pourrait faire des patrouilles. Il est bien important que la gendarmerie du pays se mette en mouvement, se fasse seconder par la cavalerie, et parvienne à arrêter les assassins et à savoir d’où ils viennent.
Saint-Cloud. 15 septembre 1806
Au roi de Naples
Je reçois votre lettre du 5 septembre. Je ne vois point d’inconvénient aux armoiries que vous voulez prendre. Il paraît qu’il y a une insurrection du côté de Terracine, qui a intercepté les communications, favorisée sans doute par l’aspect de quelques bâtiments anglais. J’imagine que vous n’avez pas tardé à y mettre ordre. Sur le premier avis, le vice-roi a fait partir trois bataillons d’Ancône pour renforcer le général Duhesme. Comme ils sont tirés des dépôts de votre armée, donnez ordre qu’ils continuent leur route sur Naples, et qu’ils ne restent pas à Cività-Vecchia ni aux marais Pontins.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au roi de Hollande
Je reçois votre lettre du 7. Je ne puis que vous réitérer ce que je vous ai déjà dit : ce n’est pas le moment de créer un Ordre, et le temps de vous faire couronner n’est pas arrivé. Ce n’est pas au milieu des troubles de l’époque actuelle qu’il faut songer à cela. Le prince Murat, qui n’en veut faire qu’à sa tête, ne fait que des bêtises ; vous êtes à portée d’en juger. Je vous ai écrit, il y a peu de jours, pour le camp d’Utrecht. Si le 65e est à Nimègue, il est bien; il faudra bientôt qu’il aille à Wesel. Je suis dans un moment de crise avec la Prusse; mais mes moyens sont prêts. Réunissez les troupes qui sont sur vos côtes à Utrecht et du côté de Nimègue, pour pouvoir les porter rapidement sur Wesel. Je vous ai fait connaître qu’en quatre jours vous pouvez vous porter sur Wesel. Cependant j’imagine que cette crise sera bientôt passée, et que la Prusse désarmera et ne voudra pas se faire écraser. Le succès est certain , et je réunirais à vos États l’Ost-Frise et le port d’Emden. La Prusse pacifiée, soit par des explications, soit par des victoires, il faudra penser à l’expédition de Surinam. Vos calculs sont faux. Un vaisseau hollandais ne porte que 450 hommes et une frégate que 140. Il vous faut 6 vaisseaux de guerre. Les transports ne marcheraient point et embarrasseraient votre expédition; il ne vous en faut tout au plus que 2 des anciens bâtiments du commerce des Indes. Consultez votre ministre de la marine et l’amiral Dewinter. Il faut réunir 5 ou 6 vaisseaux de ligne, 3 ou 4 frégates et 2 ou 3 transports, y embarquer a peu près 3,000 hommes et vous emparer de cette colonie, ce qui est très-important, parce que les Anglais ne veulent pas la rendre.
J’approuve votre idée d’empêcher toute communication de la Hollande avec l’Angleterre. J’approuve aussi que vous ne communiquiez vos journaux anglais à qui que ce soit et que vous me les envoyiez.
Ne point instituer d’Ordre et retarder votre couronnement ne constitue point un régime provisoire. Il est tout simple que vous annonciez que votre couronnement n’aura lieu que dans un an et à une époque agréable aux Hollandais. Je n’ai été couronné que six ou sept mois après mon avènement à la couronne; il y a des princes qui ont été six ans sans l’être; le roi de Bavière ne l’est pas encore. Croyez-en mon expérience et mon tact des affaires : qui va lentement va bien; qui se presse fait des sottises. En fait de gouvernement, le principe est de ne jamais revenir. Dans un an la paix aura lieu, ou des victoires auront agrandi vos États, et votre couronnement sera brillant.
Je vous ai demandé un mémoire sur vos places du côté de la Prusse. Approvisionnez-les, mais sans faire de grandes dépenses; vous n’avez pas grand chose à craindre de ces gens-là.
Hâtez-vous de mobiliser vos troupes; réunissez les forces que vous avez disponibles, afin de leur en imposer et de garder vos frontières, pendant qu’avec mon armée d’Allemagne je me jetterai au milieu de la Prusse et marcherai droit à Berlin. Tenez tout cela secret. Correspondez fréquemment avec moi pour me faire connaître en détail tout ce que vous ferez, afin que je connaisse vos ressources en infanterie, cavalerie, etc. , et la situation de vos frontières du côté du Nord.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
Au roi de Hollande
J’ai reçu vos lettres du 12. Je vois avec plaisir que votre camp se forme. Envoyez-m’en l’état de situation en règle, en faisant mettre sur une colonne les présents sous les armes, et sur une autre colonne les malades et absents. Comptez vous-même les présents sous les armes, afin d’être sûr de votre calcul. La lutte, si elle a lieu, ne sera pas longue et sera décidée bien plus vite que la première.
Le général d’artillerie Dedon est à l’armée de Naples et a passé au service du Roi, qui l’emploie. Le général Broussier est passé dans le Frioul, où il commande une division de l’armée de Dalmatie. Mais vous devez être tranquille. Votre premier aide de camp est un bon officier, le général Michaud aussi. Caulaincourt, Broc, sont de bons colonels. Vous avez su bien choisir votre monde. Le générai Drouas, que vous avez en Hollande, est un homme d’honneur; montrez-lui un peu de confiance et vous en tirerez parti.
Faites-moi connaître, combien vous payerez vos chevaux d’artillerie, et s’ils sont bons. Faites-moi connaître si vous avez autour de vous des officiers du génie qui aient été en Hanovre et qui connaissent parfaitement l’Ems et tous les pays jusqu’au Weser. D’ailleurs tout ceci n’est encore que préparatifs, et je suis plus prêt et plus en mesure que mes ennemis.
Faites passer la revue de vos régiments de cavalerie et faites-les compléter en chevaux.
Je suis fort content de Jérôme. Il désirerait bien aussi pouvoir faire une campagne sur terre.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
DÉCISION
| Le ministre de l’administration de la guerre présente un rapport concernant le nombre des chevaux à affecter aux régiments de carabiniers et de cuirassiers, et demande si l’on doit procéder à la formation du 5e escadron. | Je pense que le décret est bon, mais qu’il serait difficile de leur accorder cette année 780 chevaux, parce que l’on n’aurait pas assez d’hommes habiles pour les monter, ni assez de harnachement. Un fonds pour 700 chevaux sera donc suffisant; sauf à faire, en janvier ou en février, les fonds pour le 80 autres. Je fais la même observation pour les dépôts. Les régiments étant près d’avoir 7 à 800 chevaux, les dépôts deviennent moins nécessaires. Cependant je crois que le ministre doit organiser l’escadron du dépôt pou le 1er octobre, et, si la guerre avait lieu, en porter le nombre à 780 chevaux pour la grosse cavalerie On sait très-bien que cela ne fournira pas plus de 700 chevaux devant l’ennemi : car, quoi qu’on fasse, il y a toujours bien 60 à 80 chevaux de la dernière remonte qui n’ont pas quatre ans. On ne saurait trop recommander de prendre des chevaux de cinq ans. Je ne vois point de difficulté d’expédier l’organisation, qui est bonne. |
Saint-Cloud, 16 septembre 1806
A M. de Champagny
Monsieur Champagny, je vous renvoie vos lettres. Vous écrirez M. Nardon qu’il se mêle de ce qui le regarde; qu’il a eu tort d’écrire au vice-roi pour lui offrir de disposer de mes troupes; que le maniement des troupes ne le regarde nullement; qu’il a eu plus grand toi d’écrire aux différents colonels, et que tout ce qu’il a fait là montre peu de tête. Voilà bien du tapage pour un courrier qui aurait été arrêté entre Reggio et Modène ! Il eut été beaucoup plus simple de prévenir le vice-roi et de l’engager à ordonner des mesures pour la sûreté du passage de l’estafette. Quant au courrier arrêté à Rome le fait est faux. Faites bien connaître à M. Nardon qu’il ne doit se mêler d’aucune manière du mouvement des troupes, surtout pour des choses étrangères à sa préfecture. Cette légèreté excessive et cette jeunesse de tête de ce préfet me fait sentir la nécessité d’envoyer quelqu’un de grave pour commander à Parme. Faites venir le sénateur Pérignon, et faites-lui connaître que je le nomme gouverneur général des États de Parme et de Plaisance, comme l’était le général .Junot. Vous me présenterez le décret de sa nomination et ses instructions. Il aura 100,000 francs de traitement et 25,000 francs pour ses frais d’établissement. Vous mettrez dans ses instructions que le préfet aura ses fonctions administratives, mais que toute initiative de gouvernement appartiendra au gouverneur général; que le préfet travaillera avec lui , et qu’il correspondra aussi avec vous. Vous recommanderez au gouverneur général de ne rien déranger aux finances, qui suivent la marche générale de l’État.
Saint-Cloud, 16 septembre 1806
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez donc à M. Alquier que le moindre événement ne le fasse pas changer et alarmer de cette manière; qu’il y a assez de troupes à Naples pour y être à l’abri de toute crainte; que, dans les affaires les mieux conduites, on ne peut prévoir quelque insurrection et des mouvements partiels.
Je trouve dans la dépêche de M. de Stadion, du 7 septembre, une grande preuve de mauvaise foi. Comment ignorait-il que le courrier russe allait à Cattaro porter la nouvelle de la guerre et de la non-ratification de la Russie, ce qui, certainement, n’est pas la même chose que la remise des bouches de Cattaro ?
Saint-Cloud, 16 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je viens de voir le maréchal Davout, qui m’a fait connaître le bon état dans leque1 se trouve son corps d’armée. Je vous ai, je crois, déjà demandé des renseignements pour connaître si tous les corps avaient leurs ambulances. Je désire avoir un prompt rapport sur cet objet. Chaque régiment doit avoir son ambulance, chaque division doit avoir la sienne, et chaque corps d’armée doit en avoir une. Chaque division de corps d’armée doit avoir 4 ou 500 outils de pionniers, outre 1,500 pour chaque corps d’armée. Ne perdez pas un moment pour organiser cette partie si importante. Sans outils, il est impossible de se retrancher ou de faire aucun ouvrage, ce qui peut avoir des conséquences bien funestes et bien terribles. J’imagine que vous avez un officier général commandant le génie; ne fût-ce qu’un colonel, il est indispensable qu’il y ait un officier qui commande et qui corresponde avec les autres officiers du génie. Un troisième objet qui mérite votre attention , ce sont le bidons et les marmites; ordonnez aux corps d’acheter le nombre qui leur est nécessaire.
Saint-Cloud, 16 septembre 1806
Au vice-amiral Decrès
Faites-moi connaître si vous avez donné des ordres pour que tous les équipages de Rochefort soient désorganisés, afin d’y prendre le meilleurs hommes pour les 4 frégates que commande le capitaine Soleil. Désorganiser une escadre de 5 vaisseaux pour armer quelques frégates est une folie à laquelle je ne puis pas croire. Il me semble que j’ai entendu dire aux marins qu’on désorganisait la marine en faisant changer perpétuellement les équipages. Mon intention est donc qu’il n’y ait pas un homme, des 5 vaisseaux de ligne qui sont Rochefort, qui s’embarque sur les frégates, et que les changements ne se fassent qu’entre les frégates.
Saint-Cloud, 16 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, j’ai reçu votre lettre du 2 septembre. Je ne me mêle point du mariage du prince de Bavière et pas davantage de celui de sa sœur. Il a paru que sa famille désirait le marier en Espagne; je ne vois pas d’inconvénient à cela. La mélancolie de la princesse tient à son état actuel; son père qu’elle va voir la remettra de bonne humeur.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, si la Prusse nous déclarait la guerre, Mayence paraîtrait devoir être le pivot des mouvements contre cette puissance. Par le Mein on doit arriver à Würzburg en peu de jours. Je désire que le munitionnaire puisse se procurer, dans le plus court délai, 15,000 quintaux de farine, afin que, si on en avait besoin, on pût les faire transporter rapidement sur Würzburg.
Cependant il faut que cela ne me coûte rien, c’est-à-dire que les 15,000 quintaux de farine servent à l’approvisionnement ordinaire. Cette quantité est, je crois, nécessaire pour nourrir 150,000 bommes pendant dix jours. Le munitionnaire ne doit pas être en peine de se les procurer. Si l’armée rentre, une grande partie rentrera par Mayence, et cet approvisionnement lui servira. Si, au contraire, l’armée guerroie, et qu’on en ait besoin, on le ferait venir à Würzburg, et on le lui payerait. Présentez-moi un rapport sur la manière la plus avantageuse de parvenir à ce but.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, 3,600 quintaux métriques de blé ne sont pas suffisants pour Wesel; faites-en réunir le double, c’est-à-dire 7,200. Par ce moyen, la moitié de cet approvisionnement restera toujours en cas de siège, et l’autre moitié pourra servir pour le passage et pour tout ce qui précéderait un siège. Le munitionnaire doit fournir à cet approvisionnement de manière à ce qu’il n’en coûte rien, car il y aura toujours beaucoup de troupes à Wesel et aux environs. Veillez à ce qu’il y ait à Maëstricht, Juliers et Veuloo, une quantité d’approvisionnements capable de faire un fonds suffisant pour en nourrir la garnison pendant quelque temps. Ordonnez au munitionnaire d’envoyer à Wesel du riz, des légumes en quantité correspondante aux autres approvisionnements, ainsi que de l’eau-de-vie.
Faites filer sur Wesel les 102,000 rations de biscuit qui sont à Wissembourg et Haguenau, pour y servir également de fonds d’approvisionnement.
Assurez-vous s’il y a à Wesel des moulins, et si l’on ne peut pas les empêcher de moudre; et, dans le cas où les moulins ne seraient pas indépendants de l’ennemi, ordonnez qu’on ait toujours une grand quantité de farine en magasin.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au général Rapp, commandant la Ve division militaire
Je reçois l’état de situation des 4,000 hommes qui peuvent partir. J’ai accordé des fonds à tous les régiments de cavalerie pour les remontes. Veillez à ce qu’ils passent des marchés pour acheter leurs chevaux. Je n’ai point, dans les situations que tous m’avez envoyées, celles des compagnies de grenadiers des 3e et 4e bataillons. Envoyé moi cette situation , que je désire avoir.
Quelle serait, par exemple, la force d’un bataillon de six compagnies qui serait formé des compagnies des 3e, 4e, 18e, 57e et 88e régiments de ligne, qui sont à leurs e bataillons, et d’un autre bataillon qui serait formé avec les compagnies de carabiniers des 7e, 10e, 16e et 24e légers, qui se trouvent à leurs 3e bataillons de dépôt ? Faites-moi connaître aussi la situation des voltigeurs.
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Si j’avais besoin de réorganiser les gardes nationales que Kellermann avait organisées à Strasbourg, seraient-elles de bonne volonté ? Auraient-elles leurs habits ? Combien étaient-elles? Si les circonstances le voulaient, seraient-elles dans le cas de tenir garnison à Strasbourg, ou même à Mayence ? Vous sentez que ceci est pour vous seul; que c’est votre opinion que je vous demande. Vous ne devez même pas laisser pénétrer que je vous ai fait ces questions.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je vous envoie l’expédition d’un décret que j’ai pris pour la remonte de la cavalerie. Comme tous les régiments ont reçu 20,000 francs à Strasbourg pour leur fourrage, à leur rentrée en France, vous leur ordonnerez de prendre 10,000 francs sur ce fonds pour acheter des chevaux, et ils les remplaceront à la masse de fourrage, lorsque l’ordonnance du ministre Dejean sera arrivée, et que ces 10,000 francs leur seront payés. J’ai pris un décret qui met un million à votre disposition. L’ordre n’en arrivera que dans quelques jours au payeur de la part du ministre du trésor public; mais cela ne vous empêchera pas de le voir, et de disposer des sommes nécessaires pour tous les services urgents et pressants. Que chaque corps complète son ambulance, et se procure ses marmites et ses bidons. Vous garderez sur ce million ce qui vous sera nécessaire pour vos dépenses secrètes.
Prenez des mesures pour bien connaître les noms des régiments qui composent les camps de Magdeburg, de Hameln et de Breslau, et tous les mouvements des Prussiens.
Je pense qu’il serait nécessaire de faire faire du biscuit à Bamberg et à Würzburg. Cependant je voudrais que cela se fit sans éclat, pour ne pas trop démasquer ce que j’ai le projet de faire, si jamais l’ennemi me pousse à bout.
J’imagine que la place de Braunau est en bon état. J’imagine aussi que les régiments de cavalerie ont leurs forges de campagne et leurs fers, et que tous les corps ont leurs capotes. Vous pouvez disposer, sur le million, des sommes nécessaires pour faire confectionner des capotes, sauf à se mettre en règle auprès du ministre Dejean, qui retiendra cet argent sui les masses d’habillement.
Employez, si cela est nécessaire, 250,000 francs pour les vivres, et réunissez beaucoup de farines du côté de Bamberg et de Würzburg.
Vous pouvez vous concerter avec M. de Montgelas sur la manière de faire des achats et de les faire filer sur les différents points le plus secrètement possible. Mais il faut que tout cela y soit réuni très promptement .
Donnez ordre au payeur général et au parc, qui se trouvent à Augsbourg, de se tenir prêts à marcher au premier ordre.
Ayez un commandant du génie qui ait des correspondances avec les commandants du génie des différents corps d’armée. Que ce soit un officier général où un colonel, peu importe. Qu’il ait autour de lui de jeunes officiers du génie dont on puisse se servir pour des missions. Que chaque corps d’armée ait la quantité d’outils que j’ai prescrite.
Mayence va devenir le point d’appui de tous les mouvements de l’armée.
Faites-moi connaître combien il faudrait de jours à des bateaux pour remonter de Mayence à Würzburg.
Prévenez bien les officiers du génie que mon intention est, dans la prochaine campagne, de remuer beaucoup de terre; qu’il faut donc qu’ils aient beaucoup d’outils.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, je remarque, sur l’état de situation général de la Grande Armée, que vous n’avez que cinq aides de champ; je crois qu’il serait nécessaire que vous y joignissiez trois lieutenants, jeunes gens actifs et qu’on pourrait faire courir pour porter des ordres. Je remarque que vous n’avez que cinq capitaines adjoints à l’état-major : il vous en faudrait le triple. Je remarque aussi que le général Andréossy n’a qu’un seul aide de champ : il faut qu’il en ait deux aussi. Il me semble qu’il y a peu d’officiers du génie à l’état-major : il faudrait le double de ce que j’y vois, surtout beaucoup de lieutenants et de sous-lieutenants. Je vois que le corps du prince de Ponte-Corvo n’a point d’adjudants généraux; que le chef d’état-major n’à qu’un seul aide de champ : il faut qu’il prenne les trois qu’il doit avoir. Le général de division Rivaud n’a qu’un aide de camp; le général Maison, un ; le général Werle, un; le général Van-Marisy, un; le général Nansouty, un; les généraux Lahoussaye et Saint-Germain, un; le général Sahuc, un -:cela n’est pas suffisant. Au corps du maréchal Davout, le général Daultanne n’a qu’un aide de camp, le général de division Morand n’en a que deux : il lui en manque un; le général Brouard n’en a qu’un; le général Kister n’en a point; le général de brigade Dnfour n’en a qu’un; le général Merle, un, le général Saint-Hilaire, deux; les généraux Ferey et Raimond-Vivier, chacun un; les généraux Ledru et Dufour n’ont pas le nombre suffisant; le général Milhaud n’en a qu’un; le général Latour-Maubourg, un; le général de division Beaumont, un; le général Lasalle, un; le général de division Dupont, un; le général Conroux, un; le général de division Beker n’a que deux aides de camp; le général Maillard n’en a pas. Je remarque que la division Gazan n’a qu’un adjoint : il lui en faut deux. Donnez ordre à tous ces généraux de compléter le nombre d’aides de camp qu’ils doivent avoir selon l’ordonnance et de ne prendre aucun officier faisant partie de la Grande Armée, mais de le prendre parmi les adjoints des divisions de l’intérieur ou parmi les officiers de cavalerie et d’infanterie des dépôts qui sont en France.
Le général, de brigade Legendre pourrait être envoyé à la division Dupont; vous lui donnerez l’ordre d’attendre, pour rejoindre cette division, le premier moment où les deux divisions seront à proximité.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, vous m’avez fait connaître que vous placeriez la division de chasseurs de réserve de l’armée de Naples en deçà du Pô, cependant elle reste toujours à la même place, ce qui doit rendre les fourrages très-chers. La 1e division de la réserve de l’armée de Naples, que commande le général Ponchin, est placée dans les quatre villes ,de Rimini, Cesena, Faenza et Forli. Il y a deux régiments à Rimini, deux à Cesena, deux à Forli et un à Faenza; aujourd’hui que chacun de ces régiments n’est que de 200 hommes, cela n’a pas d’inconvénient; mais, lorsqu’ils vont recevoir chacun 7 à 800 conscrits, deux régiments seront trop dans une ville. Je désire que vous me fassiez un rapport là-dessus. La 2e division que commande le général Valori est tout entière à Bologne; ces régiments, qui ne forment aujourd’hui que 1,600 hommes, y sont bien; mais, lorsqu’ils formeront une force de 7,000 hommes, tout cela ne pourrait pas rester à Bologne. Il est convenable de les diviser dès aujourd’hui. On peut facilement en laisser trois à Bologne. Il faut placer le reste ailleurs. Faites-moi également un projet sur le placement de cette division.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, j’imagine que Raguse est approvisionnée; voilà l’hiver; les moyens d’y faire passer des approvisionnements deviendront encore plus faciles; il faut y en envoyer une quantité suffisante. Recommandez à l’ordonnateur de porter le plus grand soin dans l’administration, car je vois qu’on a envoyé là beaucoup de blé d’Ancône et de Venise, et je ne vois pas les magasins s’augmenter considérablement.
Saint-Cloud, 17 septembre 1806
Au roi de Naples
Je viens de recevoir la nouvelle que M. Fox est mort. Dans les circonstances actuelles, c’est un homme qui meurt regretté des deux nations.
Le commandant de Terracine paraît être un polisson. Il a répand par toute l’Italie qu’il n’y avait que deux jours de vivres à Gaète ;il a fait l’important et jeté l’alarme à Rome et aux environs, Tancez le de ma part. Je ne sais ce que c’est que ce colonel- il s’appelle Lécuyer. Vous ne feriez pas mal de vous défaire de pareilles gens. Comme s’il se pouvait qu’il n’y eût à Gaète que deux jours de vivres, et qu’on n’en pût trouver, ne fût-ce que chez le bourgeois !
J’apprends de Pescara que le corps du général Tisson y a laissé beaucoup de malades, et que le général Dombrowski en laisse dans un dénuement tel, qu’ils n’ont pas seulement de paillasses. Envoyez-y donc un commissaire des guerres et mettez Dombrowski à Naples avec les Polonais. C’est un homme incapable de commander une province. Un major ou un colonel français y voudrait mieux. L’idée que des malades sont ainsi abandonnés et manquent de tout est terrible. Il est peut-être à regretter que ces corps vous soient arrivés si tôt. Un mois plus tard, tous vous seraient arrivés en bonne santé. Il faudrait à Pescara un hôpital et un approvisionnement.
Saint-Cloud, 18 septembre 1806
Au vice-amiral Decrès
Je désapprouve entièrement ce que vous avez ordonné pour l’escadre du contre-amiral Allemand. Je reconnais bien là l’esprit de la marine, de toujours crier sur les abus et de les renouveler toujours. Donnez ordre que tout soit rétabli sur cette escadre comme cela était. Les changements ne doivent rouler que sur les frégate. Je désire bien que vous ne changiez rien aux équipages des vaisseaux. J’avoue que je ne comprends rien à ce mouvement : désorganiser l’escadre formée depuis trois ans pour un avantage presque nul, je ne puis le comprendre. D’après cette manière de faire, je ne trouve pas étonnant qu’on ne veuille pas de bataillons marins organisés. Quant à la question d’avoir un assez grand nombre de marins pour ne pas être obligé de changer les équipages, c’est une chimère. Dans aucun pays du monde on n’a eu des marins proportionnés aux besoins.
Saint-Cloud, 18 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon fils, vous trouverez ci-joint un rapportdu 18 septembre du ministre de la guerre sur l’approvisionnement de draps d’Alexandrie. Envoyez quelqu’un dans cette place, et faites vérifier si ces draps sont arrivés, ce qui en est parti et ce qui en est arrivé aux dépôts.
Chargez de cela le général Charpentier, qui répondra en détail sur chaque article. Les conscrits vont vous arriver en grande quantité.
(Mémoires du prince Eugène)











