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Bruix, Eustache (1761-1805)

Eustache Bruix
Eustache Bruix

Eustache Bruix naquit à Saint-Domingue en 1759 ; sa famille, originaire de Béarn, sa famille comptait plusieurs de ses membres au service militaire de France et à celui d’Espagne.

Porté vers la marine par un penchant irrésistible, à peine eut-il atteint sa quinzième année qu’il embarqua, comme volontaire, sur un bâtiment du commerce. Mais sa famille, qui le destinait à suivre la carrière militaire, ayant obtenu pour lui un brevet de garde de la marine , il passa en cette qualité sur la frégate le Fox, en 1778.

Bruix ne fut point heureux dans sa première expédition, le Fox fit naufrage et se perdit. Cet événement, qui aurait pu dégoûter du métier de la mer un jeune homme dont la vocation eût été moins décidée , ne fit, au contraire, qu’affermir notre jeune élève dans sa résolution, et, à peine arrivé à Brest,  il s’embarqua sur la Concorde, que commandait M. de Cardaillac, son oncle, officier très distingué. Cette frégate s’empara, après une heure de combat, d’un corsaire anglais de 28 canons, et Bruix se fit remarquer dans cet engagement, par son brillant courage.

Embarqué sur la Médée, dans l’escadre de M. de Guichen , il assista aux trois combats livrés à l’amiral Rodney. Ce fut dans cette savante campagne que Bruix, témoin des manoeuvres habiles des deux armées, sentit s’annoncer en lui le génie qui le portait aux grandes combinaisons de la tactique navale , et dès ce moment la théorie de cette science devint l’objet constant de ses études.

Il fut fait enseigne en 1781 , et il servait en cette qualité sur le vaisseau l’Auguste, commandé par Bougainville, lorsqu’en 1783 la guerre qu’avait allumée l’indépendance de l’Amérique cessa tout à coup. Après six ans d’une activité continuelle, la paix semblait inviter Bruix au repos ; mais entrainé par le désir de cultiver et d’étendre ses connaissances , il demanda de l’emploi. Il fut nommé au commandement du Pivert, et pendant quatre années consécutives , il seconda M. de Puységur dans les opérations qui préparèrent la formation des cartes précieuses que l’on doit à cet officier, sur les côtes et les débarquements de SaintDomingue.

Une vie aussi remplie n’avait cependant pas distrait Bruix de l’étude de la théorie , et les connaissances si distinguées qu’il avait acquises lui ouvrirent, à l’âge de vingt-cinq ans, les portes de l’Académie de marine. Nommé lieutenant de vaisseau en 1786, il prit le commandement du brick le Fanfaron, et fit avec ce bâtiment une croisière dans la Manche. En 1792, on lui confia la frégate la Sémillante, qu’on envoyait dans les mers de l’Inde.

Ce fut pendant le cours de cette campagne que Bruix fit un trait de caractère qui le peint tout entier. Ceux qui l’ont connu savent qu’il aimait beaucoup le jeu. La fortune lui avait été si constamment favorable , qu’il avait gagné aux officiers de son état-major tout l’argent qu’ils possédaient, et la somme était, dit-on, assez considérable. Tant qu’on resta à la mer, la perte ne fut pas sensible ; mais aux approches de l’attérage, chacun calcula les privations qu’il allait éprouver; la réflexion amena des regrets, qui, assez indiscrètement exprimés, arrivèrent jusqu’à Bruix.

Proposer à des gens d’honneur de leur rendre un argent qu’on leur a loyalement gagné, c’était s’exposer à blesser leur délicatesse , et cependant Bruix était bien résolu à ne le point garder. Frappé d’une inspiration soudaine, il court à sa chambre , prend la somme à laquelle s’élevait son gain, y joint même une partie de l’argent qui lui appartient, met le tout dans son chapeau, et montant sur le pont : « Messieurs, dit-il « à ses officiers, la fortune m’a favorisé; mais je ne sais pas être heureux aux dépens de mes camarades, » et en disant cela, il jette à la mer le chapeau et tout ce qu’il contenait.

Au mois de janvier 1793, Bruix fut fait capitaine de vaisseau et nommé au commandement de l’Indomptable. Au moment où il allait sortir avec l’armée navale , il se vit compris dans la mesure générale prise à cette époque contre les officiers de l’ancien corps de la marine. Ce coup inattendu aurait peut-être accablé tout autre que Bruix, il n’éprova que le regret de ne pouvoir servir utilement son pays, et, retiré dans les environs de Brest, il s’occupa de chercher, dans l’emploi des connaissances qu’il avait acquises, des ressources contre l’indigence qui le menaçait ainsi que sa famille.

Rappelé au service en 1794 , il commanda le vaisseau l ‘Eole, et jusqu’en 1796, il fut employé comme major-général de l’armée navale sous les ordres de Villaret-Joyeuse. On le nomma ensuite major-général de la marine à Brest, puis directeur du port.

Vers la fin de l’année quoique sa santé, déjà très affaiblie, lui commandât le repos, il servit encore comme major-général dans l’armée de l’amiral Morard-de-Galles, destinée pour l’Irlande. Cette campagne est trop connue pour que nous en donnions ici les détails; on sait toute l’influence qu’eurent sur ses résultats des circonstances indépendantes du talent et de la volonté des amiraux , et l’on ne pourrait , sans injustice, refuser à Bruix les éloges qu’il mérita par la manière distinguée avec laquelle il s’acquitta de ces pénibles fonctions.

Il était contre-amiral lorsqu’il fut appelé au ministère de la marine.

Pendant environ un an qu’il remplit ce poste éminent, il s’occupa constamment des moyens d’exécuter un plan de campagne qu’il avait conçu. Chargé de diriger lui-même cette expédition , il partit pour Brest au mois de mars 1799 , avec le grade de vice-amiral, et prit le commandement de l’armée navale préparée par ses soins.

Jusque là, Bruix n’avait encore qu’un rang secondaire; il déploya , pour la première fois, dans un grand commandement, le pavillon amiral. Il le montra sur des mers couvertes de flottes ennemies, dont il sut tromper la surveillance. Il ravitailla Gênes, fit sa jonction à Cadix et à Carthagène avec l’armée espagnole et rentra avec elle dans le port de Brest, et mit le sceau à sa réputation par l’habileté de ses manœuvres.

En 1801, Bruix fut chargé du commandement de l’armée navale rassemblée alors sur la rade de l’ile d’Aix; mais les fatigues avaient tellement dérangé sa santé, qu’il se vit bientôt contraint de revenir en toute hâte à Paris invoquer les secours de l’art. Un long repos lui eût été nécessaire ; les médecins le lui prescrivaient, la paix qui venait d’être conclue le lui permettait, la reprise des hostilités le rappela bientôt au poste de l’honneur et du devoir.

Au mois de juillet 1803 , il fut nommé amiral et commandant en chef de la flottille réunie dans les ports de la mer du Nord. Il porta dans ce commandement toute l’activité qui lui était naturelle, mais il ne se fit jamais illusion sur le but ni sur les motifs de cet armement, et souvent il le témoigna à Bonaparte lui-même.

C’est dans cette dernière époque de sa carrière que Bruix déploya toutes les ressources de son génie militaire ; luttant en quelque sorte contre la nature, il montrait, dans un corps usé par l’étude et par les fatigues, un esprit ardent, une imagination vive et forte; mais succombant enfin, et perdant toute illusion, il vit, avec la résignation la plus courageuse , s’approcher le terme d’une vie que lui seul trouvait n’avoir pas été assez bien remplie.

Obligé de quitter le commandement de la flottille, il vint à Paris, et il y mourut le 18 mars 1805, dans sa quarante-cinquième année.

(Source : Charles Mullié)


La tombe d’Eustache Bruix se trouve au cimetière parisien du Père Lachaise

Tombe de l'amiral Bruix au cimetière du Père Lachaise
Tombe de l’amiral Bruix au cimetière du Père Lachaise