Correspondance de Napoléon – Septembre 1806

Saint-Cloud, 18 septembre 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, la Prusse continue toujours ses armements, et il ne serait pas impossible qu’il y eût, dans le courant d’octobre, une rupture entre les deux puissances. Jusqu’ici il n’y a rien de décidé. Toutefois les préparatifs se font de part et d’autre avec assez d’activité, l’Autriche proteste de sa neutralité, et il est à croire, vu la situation actuelle de ses affaires intérieures, qu’elle attendra, si elle se décide, l’issue des événements. Quoiqu’il sera temps alors de vous donner des instructions, j’ai cru que je devais d’avance vous instruire du rôle que vous auriez à jouer, afin que vous vous y prépariez.

Vous commanderez en chef mon armée d’Italie, qui ne sera qu’une armée d’observation, vu que je suis bien avec l’Autriche; mais il n’en faudra pas moins exercer une grande surveillance et user d’une grande prudence. Vous aurez sous vos ordres le corps du Frioul composé de 16,000 hommes d’infanterie ayant trente pièces de canon attelées. A cet effet, le général Seras, avec le 13e régiment de ligne, se portera dans le Frioul, quand il en sera temps, de manière qu’il ne reste en Istrie aucune de mes troupes, si ce n’est un gouverneur pour y commander, le bataillon d’Istrie et une compagnie d’artillerie italienne. Pour faire ce mouvement insensiblement, mon intention est que vous donniez d’abord au général Seras l’ordre de se rendre à sa division dans le Frioul, en laissant un général de brigade pour commander à sa place et emmenant avec lui un bataillon du 13e.

Les hôpitaux d’Istrie seront tout doucement et sans secousse évacués sur l’Italie. On laissera deux pièces de campagne de 4 avec le bataillon du 13e qui restera en Istrie, et le reste de l’artillerie de campagne rentrera à la division Seras. Les fusils, les magasins, tout doit être évacué insensiblement sur Palmanova; vous ne devez laisser en Istrie que l’artillerie de côtes, trois compagnies d’artillerie pour défendre les côtes et servir les batteries, mais aucun magasin de fusils. Huit jours après que le premier bataillon du 13e et le général Seras seront arrivés dans le Frioul, vous y ferez venir le reste du 13e, et vous ne laisserez en Istrie qu’une compagnie de ce régiment. Ainsi l’on s’accoutumera insensiblement à ne rien voir dans l’Istrie. Mais, si le départ des troupes fait trop d’effet, vous pourrez y envoyer un autre bataillon et le retirer ensuite. Cela aura l’avantage de jeter dans l’incertitude sur mes projets , et mes peuples d’Istrie ne se croiront point abandonnés. Toute l’artillerie inutile à la défense de Palmanova et d’Osoppo doit être évacuée sur Venise et il ne doit rien y avoir entre l’Isonzo et l’Adige, qui puisse gêner les mouvements de l’armée et tomber au pouvoir de l’ennemi, si  jamais, dans quelques mois, l’ennemi pénétrait dans ce pays. Tous les magasins nécessaires à la défense de Palmanova doivent être enfermés dans cette place.

J’ai appris avec surprise que le million de rations de biscuit que j’y avais fait envoyer a été placé dans les villages voisins; cela n’a pas de sens. Il y a des églises, des maisons nationales; il faut loger les habitants ailleurs, et disposer de ces maisons pour y placer les magasins. Tout doit être organisé insensiblement et sans éclat pour la défense de cette place. Les officiers d’artillerie et du génie commandant de la place, les adjudants de place, un colonel commandant en second, doivent être à leur poste. La garnison sera composée de 500 canonniers, moitié Français, moitié Italiens, et de 1,500 hommes des 3e bataillons du corps du Frioul, que vous organiseriez lorsqu’il en serait temps. Les huit dépôts de l’armée de  Dalmatie, ceux de l’armée du Frioul, ceux de l’armée de Naples, ce qui fait vingt-huit dépôts, auront avant la fin d’octobre plus de 16,000 hommes présents sous les armes, puisque près de 20,000 hommes vont s’y rendre. Le cas arrivant, après avoir renforcé les bataillons de guerre à leur complet, le fonds de ces dépôts formerait les garnisons de Palmanova, de Venise , d’Osoppo, de Mantoue, de Peschiera, de Lesnago. Mais ces dispositions sont des dispositions de guerre, à faire au moment d’une déclaration de guerre et lorsque vous arriveriez à être vraiment menacé d’une invasion. Ainsi vous sentez l’importance de porter une surveillance scrupuleuse à l’organisation des dépôts, au remplacement des officiers réformés ou en retraite, à la nomination des sergents et caporaux, à l’habillement et à l’armement des conscrits, et au renvoi de tous les hommes éclopés et hors d’état de servir.

La défense de Venise pourrait être confiée au général Miollis, qui, s’y enfermant avec tous les moyens de la marine et avec 7,000 hommes des différents dépôts, pourrait faire une longue et brillante défense, jusqu’à ce que la suite des opérations générales parvînt à le dégager.

La place de Mantoue, dans laquelle vous mettriez également 6 ou 7,000 hommes des dépôts, serait promptement approvisionnée. Tout votre corps du Frioul deviendrait ainsi disponible. Le 106e, le 3e d’infanterie légère et sept régiments que j’ai en Piémont, vous formeraient trois nouvelles divisions qui porteraient votre corps d’armée à 36,000 hommes d’infanterie; ce qui, avec la cavalerie légère, les cuirassiers et les dépôts de cavalerie de l’armée de Naples, vous formerait une armée de près de 40,000 hommes, force imposante qui, vu les opérations ultérieures de l’Allemagne, contiendrait l’ennemi. En tout cas, vous pourriez manœuvrer entre Venise, Palmanova, Osoppo, Mantoue, Legnago, Peschiera, sans être obligé de vous affaiblir pour munir ces places, les ayant armées et approvisionnées d’avance. Si les événements politiques devenaient très-sérieux, il est probable que vous vous trouveriez rallié par l’armée de Naples, ce qui vous ferait un renfort de 40,000 hommes. Dans la saison où nous entrons, tous les malades vont guérir.

Il est convenable que vous me fassiez connaître l’opinion du général Miollis sur la possibilité de défendre Venise; celle du général Chasseloup, ainsi que celle de votre aide de camp Sorbier, pour, avec le moins de travaux possible, mettre cette place en état de défense; car mon intention n’est pas que vous travailliez sérieusement à ces fortifications avant que la tournure que vont prendre les affaires soit plus prononcée. Si l’opinion de ces différents officiers est que 6 ou 7,000 hommes peuvent se défendre longtemps à Venise, vous y ferez passer sans éclat les approvisionnements de bouche convenables et les vivres, surtout en blé et en farine. Je n’ai point donné l’ordre qu’on désarmât aucune de mes places; ainsi je les suppose toutes armées, même Venise. Il est essentiel cependant que vous vous concertiez avec le général Sorbier pour que toute l’artillerie qui est inutile à leur défense se rende à Pavie et repasse l’Adda. Il ne faut rien laisser, même à Vérone, qu’un parc de campagne qui servirait pour toute votre armée. Ainsi vous ne laisseriez rien à l’ennemi, si les circonstances vous obligeaient à vous retirer en deçà du Mincio ou de l’Adda.

Quant à la Dalmatie, dans une pareille occurrence, le général Marmont devrait laisser une garnison suffisante à Raguse, car je ne suppose point qu’il ait pu s’emparer de Cattaro. Il concentrerait tout son monde du côté de Zara pour pouvoir inquiéter les frontières de la Croatie, les attaquer même, pousser des partis, et obliger l’ennemi à se tenir en force vis-à-vis de lui. Les approvisionnements qu’il aurait soin de réunir en grande quantité à Zara, les munitions de toute espèce qu’il y concentrerait et les forces qu’il aurait, pourraient le mettre dans le cas de prendre l’offensive ou d’aider à votre défense sur l’Isonzo, et obliger l’ennemi à avoir là un corps d’observation. Au pis aller, Zara le mettrait à même de s’y défendre des mois entiers, et d’attendre la solution générale des affaires.

J’aurai le soin et le temps de vous écrire, s’il y avait quelque chose de décidé. Toutefois, j’ai voulu vous donner cette instruction générale, qui vous servira de règle. Dès aujourd’hui vous pouvez, sans scandale et sans bruit, vous occuper de l’approvisionnement de ces places, de leur armement et de l’ensemble de la défense du pays delà de l’Adda. Il faut prendre sur les finances du royaume d’Italie a tout ce qui ne pourra pas être pris sur le fonds mensuel, et, sous différents prétextes, vous assurer du fonds des approvisionnements; l’accessoire sera bientôt complété.

Indépendamment du livret que vous me remettez de l’état situation de l’armée, je désire que vous m’en remettiez un autre qui me fasse connaître le nombre de pièces des places, les principaux objets d’approvisionnement de bouche qui se trouvent dans chacune d’elles, ainsi que les noms des généraux commandants de place, adjudants de place, des officiers du génie et d’artillerie préposés à la défense desdites places. Comme celle que je connais le moins c’est Venise, je désire avoir un plan général à l’appui de ce livret, qui me fasse connaître les différents ouvrages et leur situation.

Il ne faut point, dans ce moment, changer de dispositions avec l’Autriche, n’y provoquer d’aucune manière ni lui donner aucune alarme. Cette instruction est tout hypothétique et fondée sur des suppositions d’événements qui n’auront peut-être pas lieu. Il faut donc laisser ignorer à tout le monde que vous l’ayez reçue, même aux agents que vous ferez concourir à vos dispositions, mais prenez vos mesures insensiblement et peu à peu, de manière que Palmanova et Osoppo soient en état de défense, approvisionnés et prêts à soutenir un siège à la fin d’octobre, et les autres places un peu plus tard. Que votre ordonnateur corresponde continuellement avec les chefs des différents services, et que vos aides de camp travaillent sans relâche à leurs inspections, mais sans que vous fassiez connaître le but où vous voulez arriver : car les opérations une fois commencées, si cela devait être, il faut que rien ne s’évacue, que rien ne donne l’alarme, et que chaque chose se trouve dans l’état où elle devra être.

Quant au général Marmont, il faut lui écrire simplement que la guerre avec la Russie, s’il n’a pas pu s’emparer de Cattaro, il ne sera plus temps de le faire, puisque l’ennemi s’y sera renforcé et approvisionné; que des armements considérables se font en Prusse, et qu’il ne serait pas impossible que la guerre avec cette puissance vint à éclater; que l’Autriche proteste de sa neutralité et de sa ferme résolution de n’être pour rien dans ces armements; que cependant, vu son éloignement, il doit se comporter selon les circonstances; que son point d’appui doit être Zara, et qu’il doit agir pour sa défensive d’une manière isolée, et, réunissant toutes ses troupes sur la frontière d’Autriche, la menacer constamment et l’obliger à tenir un corps d’armée devant lui; qu’en cas qu’il fût attaqué par des forces supérieures, Zara doit être son réduit, que ses moyens militaires de guerre et de bouche doivent être concentrés dans cette place; qu’il doit y faire un camp retranché de ses troupes de manière à attendre dans cette position le résultat des opérations générales; et, s’il arrivait que l’Autriche ne divisât point ses forces, il doit la menacer du côté de la Croatie, de manière à opérer une puissante diversion. Il est nécessaire que vous lui envoyiez un chiffre très-difficile à trouver, qui lui servirait à correspondre avec Lauriston, qui commanderait à Raguse avec une garnison suffisante. Au moyen de ce chiffre, vous communiqueriez avec Lauriston par mer et par terre. Vous sentez toute l’importance d’avoir un bon chiffre que vous pourriez confier à Méjan; il faut même essayer de vous en servir pendant la paix pour voir si vous vous entendez bien. Si la guerre venait à avoir lieu, il sera convenable que le général Marmont organise des postes de correspondance, qui viendraient à Venise, de là à Rimini et dans la Romagne, porter des nouvelles et en recevoir, surtout si Ancône était bloquée. Le général Vignolle pourrait envoyer en temps de guerre des états de situation en chiffres, ce qui n’aurait aucun inconvénient, et me ferait bien connaître la situation des affaires. Écrivez an général Marmont que tout ceci est une instruction générale pour lui seul, dont il ne se servirait que dans le cas bien éventuel d’une guerre avec l’Autriche. Les affaires se méditent de longue main, et, pour arriver à des succès, il faut penser plusieurs mois à ce qui peut arriver.

Lisez tous les jours cette instruction, et rendez-vous compte le soir de ce que vous aurez fait pour l’exécuter, mais sans bruit, sans effervescence de tête, et sans porter l’alarme nulle part.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1806

Au roi de Naples

J’ai pris un décret qui a décidé le nombre d’hommes que j’accordais des régiments français pour votre Garde. Je n’en accorderai pas davantage. Ne formez pas une Garde trop nombreuse. Il est politique de ne pas donner de jalousie à la Garde impériale. C’est en voyant de loin qu’on remédie aux inconvénients, et celui-là un jour pourrait en être un très-grand. Trois mille hommes !  Ma Garde n’a pas davantage. Je suis obligé d’envoyer des officiers pour remplacer ceux que vous avez pris, et cela me fait un accroissement de dépense considérable. Mes quinze gendarmes d’élite ne sont pas bien traités à Naples; faites-les venir à Milan. Cela est très-important parce qu’ils écrivent à leurs camarades, et moi-même je suis porté à être blessé qu’on reconnaisse ainsi une preuve d’estime que j’ai donné en envoyant à Naples des hommes de ma Garde. Ils avaient un service; ceux qui le leur ont ôté, qui les ont mis à pied , ont mal fait. Ils n’ont aucune idée de ce qu’ils doivent aux convenances et à moi. On a eu tort de vouloir leur faire quitter ma Garde sans m’en prévenir. Je ne puis savoir que mauvais gré aux officiers qui ont quitté leurs corps sans ma permission. Les généraux m’ont écrit et se sont mis en règle avant; les colonels et les capitaines devaient en faire autant. Ce sont là des choses très-importantes, parce qu’après être passés ainsi à votre service ils pourraient s’accoutumer à passer à un autre; au lieu que, lorsqu’il a rempli toutes les formes, un honnête homme s’estime en règle.

Quand vous recevrez cette lettre vous ne serez pas loin d’octobre qui est la saison où les malades guériront. Je pense qu’il est prudent de ne pas laisser de malades en Calabre et de les évacuer sur Capoue.

L’horizon est un peu troublé en Europe. Il serait possible que j’en vinsse bientôt aux mains avec le roi de Prusse. Je vous ai déjà écrit là-dessus. Occupez la Calabre , Scilla et Reggio sans bruit, retirez-en tous vos malades; de sorte que, si les circonstances le voulaient impérieusement, toutes vos troupes se concentreraient sans embarras devant Naples, sans que vous fussiez retardé par rien. Cette disposition, vous seul la devez connaître; elle doit s’exécuter comme une chose naturelle, et, dans le fait, elle est conforme aux principes de la guerre et aux sages dispositions militaires. Le fond de la botte prête le flanc; si les Anglais armaient considérablement, il serait bon que vos malades se trouvassent à l’abri dans une ville comme Naples ou Capoue; c’est dans mon opinion à Capoue que vous devez mettre tous vos malades. Vous n’avez pas actuellement d’autres mesures à prendre. D’abord il est possible que, sous huit ou dix jours, tout s’arrange, ou que, si l’on ne s’arrange pas, les Prussiens soient tellement battus aux premières affaires que tout soit fini en peu de jours. Toutefois,  exécutez à la lettre tout ce que je vous dis. Si Capoue est jugée en état de soutenir un siège, vous pouvez la faire armer, puisqu’elle contiendra vos hôpitaux et qu’il serait impossible de les laisser exposés au pillage et à un coup de main. Vous pouvez commencer à y faire transporter l’artillerie, comme point central de vos moyens. Je vous le répète, si cette lettre est lue par d’autres que par vous, vous gâtez vos affaires. J’ai l’habitude de penser trois ou quatre mois d’avance à ce que je dois faire, et je calcule sur le pire. Vous gâtez donc vos affaires en laissant pénétrer ce que je vous écris.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1806, 11 heures du soir

Au général Dejean

Monsieur Dejean, le ler régiment des grenadiers de ma Garde, composé de deux bataillons formant un total de 1,000 hommes partira demain, à dix heures du matin, et ira coucher à Claye. Il en partira le 20, à la pointe du jour, pour se rendre à Meaux.

Le 2e régiment de grenadiers partira de Paris le 20, à six heures du matin, et ira coucher à Meaux.

Les chasseurs de ma Garde, composés de quatre bataillons formant 2,000 hommes, partiront le 20 et iront coucher à Dammartin.

A Dammartin et à Meaux, il y aura 100 charrettes attelées chacune de quatre colliers, capables de porter 10 hommes, qui seront prêtes sur la place de Meaux, le 20 à dix heures du matin, pour porter le même jour à la Ferté les 1,000,hommes du 1er régiment des grenadiers de ma Garde.

Le même jour il y aura à Dammartin 100 voitures organisées de la même manière, qui seront prêtes à huit heures du matin, pour transporter le 1er régiment des chasseurs de ma Garde à Villiers-Cottecets. Il y aura deux routes, celle des grenadiers par Metz, et celle des chasseurs par Luxembourg.. Sur la première, il y aura quatorze relais de Meaux à Worms, et sur la seconde, treize de Dammartin à Bingen.

Les tableaux ici-joints vous feront connaître l’organisation des relais et leur emplacement.

A défaut d’une voiture à quatre colliers, il y aura deux voitures à deux colliers.

Vous ferez partir, avant deux heures du matin, deux commissaires( des guerres pour s’entendre avec le sous-préfet de Meaux, pour que les relais de Dammartin et de Meaux soient prêts le 20, et que ceux de la Ferté-sous-Jouarre soit prêt pour le lendemain 21, à six heures du matin.

Du moment que le sous-préfet aura fait toutes ces dispositions, l’un des commissaires des guerres se rendra auprès du sous-préfet de Soissons pour faire organiser les relais de Villers-Cotterets et de Soissons.

L’autre se rendra auprès du sous-préfet d’Épernay pour faire organiser les relais de Paroy, d’Épernay, de Chalons et de Sainte Menehould.

Le premier se rendra ensuite auprès du préfet de l’Aisne pour faire former les relais de Laon, Neufchâtel et Rethel. De là, il se rendra à la sous-préfecture de Rethel pour faire préparer ceux de Rethel et de Vouziers, et ainsi de suite.

Comme le temps est très-court pour les premiers relais, j’ai donné l’ordre au maréchal Bessières d’écrire au sous-préfet de Meaux par un officier d’état-major, qui arrivera avant quatre heures du matin de manière que, lorsque les commissaires des guerres arriveront, le sous-préfet aura déjà pris ses dispositions.

Chaque cheval sera payé à raison de 5 francs par jour. Les propriétaires des chevaux pourvoiront eux-mêmes aux fourrages.

Vous préviendrez chaque sous-préfet que les voitures doivent être payées par le major commandant chaque régiment, au moment de l’arrivée des voitures et sur la quittance du préposé que le sous-préfet aura commis pour commander le relais; de sorte que chaque sous-préfet vous enverra incontinent le reçu du payement.

Mon intention est qu’on réunisse à Worms assez de bâtiments pour transporter les grenadiers à Mayence, par eau, au moment de leur arrivée.

Vous autoriserez les commissaires des guerres à prendre les mêmes mesures pour Bingen, suivant les renseignements qu’ils recueilleront sur les lieux.

Ces mouvements doivent être combinés de manière que tous les régiments de grenadiers et de chasseurs à pied de ma Garde soient arrivés à Mayence le 28 au plus tard.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, je vous envoie des pièces relatives à l’emprunt que désire faire le roi de Naples, qui parait en avoir besoin. Je vous ai déjà fait connaître dans quelle vue cet emprunt devait être fait. C’est un objet qui mérite d’être médité.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, je vois dans l’état des recettes du payeur de l’armée d’Italie que le versement du receveur des contributions, ce qui probablement veut dire la recette, de Venise, est porté pour une somme peu considérable pour plusieurs mois, puisqu’elle n’est portée que pour 17 à 18,000,000 francs par mois; c’est bien peu. Quant aux dépenses, je trouve une dépense accidentelle et imprévue de 1800000 francs et une gratification extraordinaire de 300,000 francs; cela mérite quelque explication. Je trouve aussi que les dépenses ne sont pas bien classées, puisqu’il y a un article Subsistances militaires – Services réunis de 3,440,000 francs; nous ne connaissons pas cette manière de compter dans notre budget. Cette somme doit être répartie sur la boulangerie, la viande, etc. Dans le fait, la boulangerie, la viande, les fourrages, sont portés pour des sommes qui ne sont pas assez fortes.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au roi de Hollande

Les circonstances deviennent tous les jours plus urgentes. Ma Garde est partie en poste et fait en six jours la route de Paris à Mayence. Le camp de Meudon part de la même manière. Mon intention est qu’au reçu de la présente lettre vous fassiez partir les 65e et 72e pour Wesel, de manière qu’ils y soient arrivés le 1er octobre; que vous dirigiez également la moitié de vos troupes sur la même direction avec toutes les divisions d’artillerie, au fur et à mesure que vous pourrez les faire partir, et que vous composiez vos divisions de six pièces.

Avant le 1er octobre je serai à Mayence; il est nécessaire que vous vous trouviez de votre personne, du ler au 2 octobre, à Wesel, ayant les deux régiments ci-dessus formant près de 5,000 hommes, toute notre cavalerie et la moitié de vos troupes avec vingt ou trente pièces d’artillerie; ce qui vous formera un corps de 11 à 12,000 hommes. Vous les cantonnerez aux environs de Wesel. Vous recevrez, au reste, un ordre ultérieur sur les diversions que vous devez opérer.

Vous tiendrez l’autre division de vos troupes entre Utrecht et Wesel, de manière à pouvoir l’appeler près de vous, ou servir d’avant-garde ou marcher du côté de la mer, si les circonstances l’exigeaient.

Comme mon intention n’est pas d’attaquer de votre côté, je désire que vous entriez en campagne le premier pour menacer l’ennemi; les remparts de Wesel et le Rhin , à tout événement, vous serviront de refuge.

Vous recevrez de nouvelles instructions plus tard.

Envoyez-moi l’état de la formation de vos divisions et de votre camp.

Si vous avez du biscuit en Hollande, faites-en filer quelques centaines de milliers de rations sur Wesel, qui a besoin d’approvisionnement.

Quoique vous ne soyez pas bien organisé, marchez toujours sur Wesel, où vous tiendrez la défensive avant de prendre réellement l’offensive. Vous avez plus d’un mois pendant lequel vous pouvez faire tous vos préparatifs.

Mais il n’en est pas moins très-important que vous soyez rendu dans les premiers jours d’octobre à Wesel.

Faites marcher toute votre cavalerie, afin de couvrir le duché de Berg et les terres de la Confédération de ce côté.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, on a volé un courrier, venant de Naples, entre Modène et Reggio. C’est le résultat d’une intrigue anglaise à la tête de laquelle se trouvent un nommé Custodi et plusieurs prêtres retirés en Toscane. Écrivez d’une manière pressante et ferme pour qu’on chasse ce nommé Custodi, et pour qu’on dissipe ce rassemblement d’intrigants qui s’est formé dans ce pays.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, j”ai dicté ce matin pendant deux heures à Clarke, pour ordonner tous les mouvements de l’armée, mais il paraît que ce ne sera que vers minuit qu’il aura mis son travail au net. Comme, parmi le grand nombre d’instructions que je lui ai dictées, celle relative à la place de Braunau et à la défense de l’Inn se trouve copiée, je ne veux pas perdre un moment pour vous l’envoyer. Je n’ai pas besoin de vous dire que le mystère et le secret doivent présider à ces opérations. Le roi de Bavière sera ainsi garanti par un corps de ses troupes et mes positions sur l’Inn. D’ailleurs, l’Autriche ne bougera point, du moins jusqu’à ce qu’elle voie quelle sera l’issue des événements. Je désire que vous n’instruisiez de rien Andréossy, mais qu’il reste encore à Vienne et qu’il continue à correspondre avec vous, pour bien nous faire connaître la situation des affaires.

J’ai envoyé directement l’ordre au corps du maréchal Ney de se réunir à Ulm, ainsi qu’à la cavalerie de la division de dragons du général Beker.

J’ai fait donner l’ordre au maréchal Davout de réunir tout son corps à OEttingen. Ces mouvements sont les plus pressés. Vous devez donner ordre au parc qui est à Augsbourg et au grand quartier général de se tenir prêts à partir. Donnez le même ordre à tous les corps du maréchal Soult. Tout part d’ici en grande diligence et par des moyens extraordinaires.

Le roi de Hollande commande l’armée du Nord. Il n’y a pas d’inconvénient à faire mettre dans les journaux d’Allemagne qu’à peine formé, le camp d’Utrecht a été levé; que les 16,000 hommes de troupes hollandaises de ce camp, renforcées de 15,000 hommes de troupes auxiliaires françaises et de 30,000 hommes qui s’y rendent des dépôts de l’intérieur, doivent former l’armée du Nord, commandée par le roi de Hollande, et qui sera forte de 80,000 hommes.

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Dans douze heures au plus tard vous recevrez tous les ordres de mouvement.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au maréchal Berthier

NOTE SUR LA DÉFENSE DE L’INN ET L’OCCUPATION DE BRAUNAU.

Le maréchal Soult laissera le 3e régiment de ligne tout entier dans Braunau, sous les ordres du général de division Merle. L’adjudant commandant Lomet, un colonel du génie et six officiers du génie d’un rang inférieur, un colonel d’artillerie, quatre compagnies d’artillerie française, une escouade d’ouvriers, une compagnie de sapeurs, quatre ou cinq officiers d’artillerie en résidence, et deux commissaires des guerres, y seront également laissés, ainsi qu’un régiment de cavalerie.

La citadelle de Passau sera armée et approvisionnée; elle sera gardée par un bataillon bavarois.

La forteresse de Kufstein sera armée et approvisionnée; elle sera également occupée par un bataillon bavarois.

Le corps de l’armée bavaroise, fort d’environ 15,000 hommes tiendra position entre l’Inn et l’Isar. Il aura des avant-postes retranchés dans le château de Buurghausen. Il entretiendra des patrouilles, le long de la frontière bavaroise, de telle sorte qu’on puisse empêcher la garnison de Braunau d’être insultée par la simple fantaisie des généraux autrichiens.

Le maréchal Soult se rendra personnellement à Braunau, ainsi que des officiers généraux du génie et de l’artillerie, et un commissaire des guerres désigné par l’intendant général de l’armée, afin de constater l’état des munitions d’artillerie et les approvisionnements de bouche de toute espèce qui se trouvent dans la place de Braunau; on y enverra tout ce qui pourrait manquer, et les ordres les plus exprès seront donnés pour que la consommation journalière de garnison de Braunau soit fournie par Munich, afin de réserver les magasins de la place pour le moment du blocus, s’il devait avoir lieu. Le service de la place de Braunau devra être établi de manière qu’il se fasse rigoureusement.

Un bataillon bavarois, destiné à s’enfermer dans cette place avec la garnison française, sera campé sur la gauche de l’Inn et à la tête du pont de Braunau, du côté de la Bavière. On y construira une tête de pont ou une forte redoute, tracée de manière à être protégée par le feu de la place, et qu’on conserverait aussi longtemps que possible, même en cas que la place fût cernée et que l’ennemi fût sur la rive gauche de l’Inn.

Le maréchal Soult conviendra d’un chiffre avec le général Merle, et ce chiffre sera envoyé au major général de la Grande Armée.

Il doit y avoir dans Braunau des vivres pour huit mois.

Le général Merle choisira pour commander en second un général de brigade ayant sa confiance, et qui serait utile en cas d’événements.

On voit que le général Merle aura sous ses ordres :

3e régiment de ligne
Artillerie
Sapeurs
Bataillon bavarois, qui doit camper à la tête du pont
Artillerie bavaroise, formant une compagnie
3,.000 hommes
400
100
800
100

Avec une si belle garnison de 4,000 à 4,500 hommes et au delà, ayant des vivres pour huit mois, et abondamment pourvue d’artillerie, n’ayant, parmi les officiers du génie, que des sujets choisis et connus pour avoir envie de se distinguer, ayant surtout deux ou trois mois devant soi, pendant lesquels on peut s’occuper de tout ce qui peut être avantageux à la place, on peut y faire la plus brillante résistance, et, dans aucun cas, on ne doit se rendre sans avoir soutenu plusieurs assauts au corps de la place.

On fera venir sans retard beaucoup de bois du Tyrol; avec du bois, des outils et des bras, on ferait une place là où il n’en existerait aucune.

A Braunau, on a l’avantage de l’eau, et on peut établir des ouvrages avancés et des lignes de contre-attaque de manière à prolonger la défense de la place assez pour être secouru.

Du reste, rien ne porte à penser que l’Autriche ait des vues hostiles, et on doit agir en conséquence.

Personne ne doit passer en ville, pas même les voyageurs. Le gouverneur ne doit jamais s’éloigner de la place de plus de la portée du canon; il ne doit jamais dîner hors de la ville; et, lorsqu’il en sort, le commandant en second doit se trouver sur les remparts.

La solde de la garnison de Braunau devra être assurée pour trois mois, et l’argent nécessaire pour cet objet devra être déposé chez le payeur. Quant aux travaux que le soldat exécutera, ils ne seront pas salariés et ne peuvent l’être : c’est déshonorer le soldat, qui doit faire un travail de cette nature uniquement par honneur.

On maintiendra la meilleure harmonie avec les Bavarois.

On plantera des poteaux à portée du canon de la place, portant pour inscription : Territoire de Braunau. Aucun corps armé étranger ne doit y entrer.

Le gouverneur communiquera avec prudence avec mon ministre à Vienne et aura soin qu’en cas que ses lettres soient interceptées elles ne puissent rien compromettre. Il enverra chaque jour un rapport de tout ce qui parviendra à sa connaissance à Munich et au major général de l’armée.

On lui recommandera surtout, ainsi qu’à tout officier de la garnison, de ne tenir aucun propos, devant vivre avec les Autrichiens dans la meilleure intelligence, quoique sur ses gardes.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au maréchal Berthier

J’ai donné directement les ordres au roi de Hollande pour qu’il se trouve le 2 octobre avec son corps d’armée à Wesel.

Le maréchal Augereau se réunira à Francfort le 2 octobre, ayant des postes de cavalerie et une petite avant-garde à Giessen.

Le maréchal Lefebvre se réunira à Koenigshofen le 3 octobre. Ce mouvement s’exécutera plus tôt si l’ennemi était en force à Halle.

Le maréchal Davout sera réuni à Bamberg, avec tout son corps d’armée, au plus tard le 3 octobre.

Le maréchal Soult sera réuni à Amberg (hormis le 3e de ligne qui reste à Braunau) et sera prêt à partir le 4 octobre, avec tout son corps.

Le prince de Ponte-Corvo sera réuni à Bamberg le 2 octobre. Il y sera réuni avant cette époque, si les dispositions des Prusse paraissent être de faire des mouvements hostiles.

Le maréchal Ney sera réuni à Anspach le 2 octobre. Les six divisions de cavalerie de la réserve se mettront en mouvement et seront arrivées en position le long du Mein, depuis Kronach jusqu’à Würzburg. Le 3 octobre, la grosse cavalerie sera du côté de Würzburg.

Le 2 octobre, on prendra possession du château de Würzburg, qu’on armera et approvisionnera. On prendra possession de Koenigshofen et du château de Kronach, et on le mettra en état de défense.

Le parc général se rendra à Würzburg, le petit quartier général à Bamberg, les gros bagages à Würzburg; tout cela en position le 3 octobre.

Tous les commandants d’armes de la Souabe et de la Bavière seront rappelés, excepté celui d’Augsbourg et d’Ingolstadt, et dirigés sur la nouvelle ligne d’opérations jusqu’à Würzburg et Bamberg.

Le général qui commande en Souabe commandera à Francfort; un autre commandera tout le pays de Würzburg.

La gendarmerie des divers corps d’armée sera affaiblie, afin d’établir, à une journée en arrière de chaque grande route qu’on prendra, un détachement commandé par un officier supérieur, pour arrêter les traînards et maraudeurs et empêcher le désordre.

On mettra à l’ordre que les généraux aient les aides de camp et les officiers d’état-major, sans en prendre dans la Grande Armée, excepté aux dépôts.

Le major général expédiera tous les ordres sans délai et m’enverra l’itinéraire de la route de chaque colonne. Chaque corps d’armée, en arrivant au rassemblement, aura quatre jours de pain. Il faudra ordonner qu’on y prépare du pain pour dix jours, afin qu’il y en ait toujours pour quatre jours au moment où l’on voudrait partir pour entrer en campagne.

Les troupes de Bade se réuniront à Mergentheim; les troupes de Wurtemberg à Ellwangen. Les troupes de Bavière prendront la position qui a été indiquée dans le temps, entre l’Isar et l’Inn, et occuperont les forteresses de Passau et de Kufstein. Une division de 6,000 hommes sera sous les ordres du prince de Ponte-Corvo et devra être rendue, prête à partir avec le corps d’armée, le 2 octobre. Les troupes de Darmstadt, au nombre de 7,000 hommes, se réuniront sous les ordres du maréchal Augereau.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Augereau et à tous mes généraux de s’opposer ouvertement à la levée d’aucuns chevaux pour la Prusse, et, au contraire, d’en augmenter leurs équipages le plus possible.

Je reçois vos lettres du 15; je viens de mettre un million à votre disposition; payez avec cela les dépenses les plus pressantes. Faites bien la distinction des dépenses du ministère de M. Dejean d’avec celles de votre ministère; faites-les classer par chapitres du budget; vous ferez ordonnancer par l’ordonnateur ce qui est du ressort du ministère de l’administration de la guerre, et vous ferez ordonnancer ce qui est du ressort du ministère de l’administration de la guerre.

Les marmites et les bidons seront trop longs à venir; faites-les acheter chez les habitants, en payant; recommandez qu’on ne fasse pas de vilenie, et faites-les payer sur vos fonds.

Ma Garde est toute partie; tout sera rendu le 30 à Mayence. Mes chevaux y seront, je pense, pour ce jour. Cependant il n’en est pas moins nécessaire que je trouve à Bamberg quelques chevaux, si les miens tardaient de quelques jours à arriver.

Faites voir, je vous prie, ce qui se passe à Halle; on m’assure qu’il y a déjà là des rassemblements de troupes prussiennes.

J’ai ordonné qu’on réunit à Mayence une grande quantité bidons; mais, encore une fois, cela n’arrivera pas.

Faites distribuer les 2,500 capotes aux corps qui en ont le plus besoin. Faites partir les souliers pour Würzburg. Quant aux capotes, écrivez aux colonels d’en faire faire en France; à dater du 1er octobre, les masses d’habillement sont tellement augmentées, qu’ils peuvent très-bien les faire faire.

Écrivez au payeur de l’armée, qui doit être à Strasbourg, de se rendre à Mayence, où il est nécessaire qu’il soit arrivé le 29 septembre.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au général Dutaillis

Monsieur le Commandant par intérim de notre 6e corps de Grande Armée en l’absence du maréchal d’empire Ney, au reçu de la présente, vous voudrez bien faire toutes les dispositions nécessaires pour réunir notre dit 6e corps d’armée à Ulm, où il est indispensable qu’il soit rendu, au plus tard, le 28 septembre, prêt à marcher, avec quatre jours de vivres, et prêt à recevoir les ordres de notre major général, étant nécessaire que notre dit 61 corps de la Grande Armée soit rendu, dès le 2 ou 3 octobre, sur la ligne d’opérations. Vous voudrez bien également faire connaître au corps du général Beker qu’il doit suivre le même mouvement.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au maréchal Bessières

Mon Cousin, donnez l’ordre à votre chef d’état-major de partir le 23 pour se rendre à Mayence en toute diligence, afin de tout préparer pour l’organisation de la Garde au fur et à mesure de son arrivée. Il est nécessaire de faire partir les boulangers et tous les autres ouvriers de la Garde par les voitures établies pour les transports de la Garde, afin qu’ils arrivent aussi promptement qu’elle. Donnez également ordre aux commissaire ordonnateur, chirurgiens et employés de la Garde d’être tous rendus le 30 septembre à Mayence. Vous-même, vos aides de camp et le reste de votre état- major, partirez le 24, afin d’arriver le 28 à Mayence, pour accélérer l’organisation des corps de ma Garde et préparer tout ce qui est nécessaire pour votre dépôt. Vous ferez partir le reste de la Garde à cheval de toute arme le 21, de manière que, le  21 au soir, il ne reste plus à Paris personne à partir.

Voici les corps qui doivent composer ma Garde :

Deux régiments de chasseurs à cheval . . . . . 1,200 hommes.
Deux régiments de grenadiers à cheval . . . . . 1,200
Un régiment de gendarmerie d’élite . . . . . . 460
L’escadrons de mameluks . . . . . . . . . . . 80
Deux régiments de chasseurs à pied . . . . . . 2,000
Deux régiments de grenadiers à pied . . . . . . 2,000
Quatre divisions d’artillerie de vingt-quatre pièces
de canon; un parc composé de douze pièces de
canon, plus 1,000 hommes d’artillerie . . . . . . 1,000
Quatre bataillons de dragons à pied,
chaque bataillon composé de quatre compagnies . . . . . . 2,400
Quatre bataillons de grenadiers et de voltigeurs,
composés des 3e et 4e bataillons, formés
dans les 5e, 25e et 26e divisions militaires . . . . . . . . 2,400

Ce qui fait plus de 12,000 hommes, infanterie, cavalerie et artillerie. Comme ces bataillons auront besoin de chefs de bataillon, de capitaines et d’adjudants-majors, ne laissez aux bataillons des vélites qu’un chef de bataillon et faites partir l’autre avec les quatre meilleurs capitaines, lieutenants et sous-lieutenants, lesquels seront rendus à Mayence avant le 30 septembre et seront employés aux différents bataillons.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au prince Joachim

J’ai reçu votre lettre. Je ne sais pas quelle est la force de votre régiment; ainsi je ne puis rien vous prescrire sur ce corps.

Le roi de Hollande commandera mon armée du Nord, qui sera de 80,000 hommes; son quartier général sera à Wesel. Votre duché sera sous ses ordres militaires. Si votre régiment est en état de faire quelque chose, il prendra ses ordres et fera partie de son armée. Laissez cependant un commandant militaire dans votre duché et un ministre à Wesel, pour s’entendre avec le roi de Hollande et lui procurer tout ce qui sera nécessaire. Le roi sera chargé de couvrir et garantir vos États.

Dirigez vos bagages et vos chevaux sur Francfort, et cela le plus promptement possible. Il me suffit qu’ils y arrivent le 29 septembre et, si ce temps est plus que suffisant, vous pourrez leur faire faire une marche sur la rive gauche du Rhin pour masquer votre mouvement. Restez encore quelques jours dans votre pays, à Düsseldorf, et aidez en ce que vous pourrez à l’approvisionnement de Wesel.

Envoyez la situation de votre régiment au roi de Hollande, activez sa formation le plus possible. Faites reconnaître les cantonnements des Prussiens et les noms des régiments qui occupent camps de Hameln et environs, ainsi que la force des compagnies des bataillons.

Tenez toutes ces dispositions secrètes, et ne dites rien.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous donnerez l’ordre aux maréchaux Davout et Ney, qui se trouvent à Paris, d’être rendus à leurs corps d’armé pour le 28 septembre.

Vous donnerez l’ordre au régiment italien qui est au Havre de se rendre à Paris sans faire de séjour.

Vous donnerez l’ordre au régiment d’Isembourg, qui est à Montpellier, de se rendre à Toulon sans séjour.

Vous donnerez ordre au 16e de ligne, qui est à Toulon, de placer son 30 bataillon et dépôt au fort Lamalgue, et de compléter ses deux premiers bataillons au grand complet de guerre, s’il est possible avec ce qui est disponible du 3e bataillon, et de se rendre à Gênes.

Vous donnerez l’ordre au 3e bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne, qui est à Sarzana, de se rendre à Gênes, où il tiendra garnison. Vous donnerez ordre au 67e, qui est à Gênes, de former ses deux premiers bataillons au grand pied de guerre et de laisser son 3e bataillon à Gènes, où il occupera les deux postes importants de la Lanterne et du fort de l’Éperon. Ses deux premiers bataillons se dirigeront sur Alexandrie.

Vous donnerez l’ordre au bataillon du 32e régiment d’infanterie légère, qui est à Grenoble, de se rendre à Toulon.

Vous recommanderez au général commandant la 8e division militaire de confier la garde du fort Lamalgue, comme le poste le plus important, au 3e bataillon du 16e régiment de ligne, qui va être renforcé par près de 1,000 conscrits; de se servir, du reste, du régiment d’Isembourg pour la garde de la ville, de l’arsenal, des îles d’Hyères et de toute la côte, et du 32e d’infanterie légère, qui est composé de Génois et d’Italiens, pour occuper des postes importants, indépendants de l’influence et de la garde du régiment d’Isembourg, qui est tout composé d’Allemands.

Pressez l’organisation des régiments suisses, dont j’ai déjà nommé quelques officiers d’état-major, et celle du bataillon valaisan, qui doit servir à la garnison et à la police de Gènes.