Correspondance de Napoléon – Septembre 1806
Saint-Cloud, 11 septembre 1806 (Cette lettre n’a été expédiée que le 22 septembre)
Au prince Murat
Mon Frère, les formes de nos communications en notre qualité de Protecteur avec les souverains réunis en congrès à Francfort n’étant pas encore déterminées, nous avons pensé qu’il n’en était aucune qui fût plus convenable que d’adresser la présente à Votre Altesse Eminentissime, afin qu’elle en fasse part aux deux Collèges. En effet, quel organe pouvions-nous plus naturellement choisir que celui d’un prince à la sagesse duquel a été confié le soin de préparer le premier statut fondamental ?
Nous aurions attendu que ce statut eût été arrêté par le congrès et nous eût été donné en communication, s’il ne devait pas contenir des dispositions qui nous regardent personnellement. Cela seul a dû nous porter à prendre nous-même l’initiative pour soumettre nos sentiments et nos réflexions à la sagesse des princes confédérés.
Lorsque nous avons accepté le titre de Protecteur de la Confédération du Rhin, nous n’avons eu en vue que d’établir en droit ce qui existait de fait depuis plusieurs siècles. En l’acceptant, nous avons contracté la double obligation de garantir le territoire de la Confédération contre les troupes étrangères et le territoire de chaque confédéré contre les entreprises des autres. Ces obligations, toutes conservatrices, plaisent à notre cœur; elles sont conformes à ces sentiments de bienveillance et d’amitié dont nous n’avons cessé, dans toutes les circonstances, de donner des preuves aux membres de la Confédération. Mais là se bornent nos devoirs envers elle. Nous n’entendons en rien nous arroger la portion de souveraineté qu’exerçait l’empereur d’Allemagne comme suzerain. Le gouvernement des peuples que la Providence nous a confiés occupant tous nos moments, nous ne saurions voir croître nos obligations sans en être alarmé. Comme nous ne voulons pas qu ‘on puisse nous attribuer le bien que les souverains font dans leurs États, nous ne voulons pas non plus qu’on nous impute les maux que la vicissitude des choses humaines peut y introduire. Les affaires intérieures de chaque État ne nous regardent pas. Les princes de la Confédération du Rhin sont des souverains qui n’ont point de suzerain. Nous les avons reconnus comme tels. Les discussions qu’ils pourraient avoir avec leurs sujet ne peuvent donc être portées à un tribunal étranger. La Diète est le tribunal politique conservateur de la paix entre les différents souverains qui composent la Confédération. Ayant reconnu tous les autre princes qui formaient le Corps germanique comme souverains indépendants, nous ne pouvons reconnaître qui que ce soit comme leur suzerain. Ce ne sont point des rapports de suzeraineté qui nous lient à la Confédération du Rhin , mais des rapports de simple protection. Plus puissant que les princes confédérés, nous voulons user de la supériorité de notre puissance, non pour restreindre leurs droits de souveraineté, mais pour en garantir la plénitude.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
A l’empereur d’Autriche
Sérénissime et très-puissant Prince, Monsieur mon très-cher très-aimé bon Frère, nous avons reçu la lettre par laquelle Votre Majesté a bien voulu nous faire part de la résolution qu’elle a prise et effectuée d’abdiquer la dignité de chef suprême de l’empire germanique et la couronne impériale d’Allemagne. Cette communication, à laquelle nous avons été sensible, est pour nous un gage précieux des sentiments de Votre Majesté à notre égard, et nous la prions de croire que nous serons constamment empressé d’y répondre par tous les procédés d’une amitié réciproque. Nous pensons avec plaisir que le nouvel ordre de choses établi en Allemagne et les mesures que Votre Majesté a cru devoir prendre relativement à ses États héréditaires allemands, loin de porter atteinte à la bonne harmonie qui existe heureusement entre nous ne peuvent, en dégageant les rapports futurs de nos deux empires de tout intérêt étrangers, que consolider et resserrer chaque jour davantage les liens qui nous unissent. Notre plus grand désir est de n’avoir, à l’avenir, que des relations de bon voisinage et de parfaite amitié à entretenir avec Votre Majesté; et nous ne cessons de former des vœux pour la prospérité personnelle et pour celle des peuples soumis à son gouvernement.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806.
Au roi de Prusse
Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté. Les assurances qu’elle me donne de ses sentiments me sont d’autant plus agréables que tout ce qui se passe depuis quinze jours me donnait lieu d’en douter. Si je suis contraint à prendre les armes pour me défendre, ce sera avec le plus grand regret que je les emploierai contre les troupes de Votre Majesté: Je considérerai cette guerre comme une guerre civile, tant les intérêts de nos États sont liés. Je ne veux rien d’elle; je ne lui ai rien demandé. Toutes les fois que les ennemis du continent ont fait courir de faux bruits, je lui ai fait donner les assurances les plus positives de ma constance à persister dans les liens de notre alliance. C’est à elle à voir si elle n’a pas donné trop légèrement confiance au parti qui Cour a été si prompt et si chaud à seconder les desseins de nos ennemis communs. J’ai une telle opinion de sa justice, que je m’en rapporte à elle pour savoir qui a tort, dans cette circonstance, de la Prusse ou de la France. Tous les renseignements qu’on lui a donnés sont faux. Cela seul, dont elle est à présent convaincue, doit lui prouver que je suis à l’abri de tout reproche. Si Votre Majesté m’eût dit que les troupes que j’ai en Westphalie lui donnaient de l’inquiétude, je les eusse retirées pour lui plaire. Je suis ami ou ennemi franchement. Ceux de ses ministres qui ont traité ses affaires et que j’ai admis à mon audience peuvent le lui témoigner. Je tiens plus que par le cœur à Votre Majesté, jetiens à elle par la raison. Toutefois je viens de faire aussi des dispositions pour me mettre en mesure contre ses troupes, qui menacent d’attaquer mon armée d’Allemagne. Je l’ai fait, parce que j’aurais été coupable envers mon peuple si je ne m’étais pas prémuni contre les préparatifs formidables qu’elle fait; préparatifs qui sont si avancés, que les troupes de sa capitale sont parties, même après la lettre qu’elle m’a écrite. Je dois le dire à Votre Majesté, jamais la guerre ne sera de mon fait, parce que, si cela était, je me considérerais comme criminel : c’est ainsi que j’appelle un souverain qui fait une guerre de fantaisie qui n’est pas justifiée par la politique de ses États. Je reste inébranlable dans mes liens d’alliance avec elle. Que, par sa réponse, elle me fasse connaître qu’elle les repousse, qu’elle ne veut mettre sa confiance que dans la force de ses armes, je serai obligé de recevoir la guerre qu’elle m’aura déclarée; mais je resterai le même, au milieu des combats, après des victoires, si la justice de ma cause m’en fait obtenir. Je demanderai la paix, regardant cette guerre comme une guerre sacrilège, puisqu’elle n’est propre qu’à faire triompher et sourire nos ennemis. Que Votre Majesté me réponde au contraire qu’elle a contremandé ses dispositions, et je contremanderai les miens de grand cœur; nos ennemis seront déjoués, et, j’ose le dire, ma conduite froide et impassible dans cette circonstance sera pour elle et pour ses ministres une garantie de la confiance qu’elle doit mettre dans mes dispositions, qui ne seront jamais influencées ni par l’intrigue et les instigations étrangères, ni par la chaleur des sentiments effervescents, mais qui seront uniquement dirigées par la saine politique et l’intérêt de mes peuples.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
NOTE POUR UNE DÉPÊCHE A M. LAFOREST
Monsieur, le nouveau ministre de Prusse a remis à S. M. l’Empereur ses lettres de créance, et M. de Lucchesini ses lettres de rappel. Sa Majesté a eu un long entretien avec ces deux ministres et doit les avoir convaincus de son désir de vivre en paix avec la Prusse et de l’impossibilité politique de la guerre, parce que, pour un prince qui met autant de réflexion dans ses opérations, faire la guerre à une puissance à laquelle il n’a rien à demander, avec laquelle il n’a rien à démêler, serait un véritable acte de folie. Il faudrait que l’Empereur fût susceptible de céder au désir de jeunes officiers qui voudraient aussi faire la guerre à la Prusse, et aux différents partis qui se forment dans les grandes villes.
L’Empereur ne peut estimer la conduite du cabinet de Berlin a cela de commun avec toute l’Europe. Si quelquefois même il ne consultait que son cœur, il ne serait pas impossible qu’il désirât d’humilier le cabinet de Prusse. Mais la raison d’État fera que l’Empereur sera toujours ami de la Prusse. Sa politique s’étend sur le Midi et non sur le Nord. Il est ridicule de penser que l’Empereur voulût faire la guerre à la Prusse pour que la Bavière eût Baireuth et le duc de Clèves, Münster. La France n’a donc jamais pensé à rien faire qui pût donner de l’inquiétude à la Prusse. Elle lui a donné, au contraire, dans toutes les circonstances, des assurances de sa protection et de l’intérêt qu’elle mettait à rendre plus intimes ses relations avec elle. Cependant la Prusse a couru aux armes sans aucun prétexte; ses mouvements continuent, et, même aujourd’hui où le cabinet croit avouer qu’il a eu tort et qu’il s’était persuadé sans raison que la France en voulait à la Prusse, on continue le même système. L’Empereur, voyant ainsi son système de paix dérangé, ses troupes qui commençaient à évacuer l’Allemagne contraintes d’y rester, les armements de la Prusse surtout coïncidant avec la non-ratification de la Russie, se trouve dans la nécessité de se préparer à une nouvelle lutte et de lever de nouvelles troupes. Il est vrai que, de différents points de l’intérieur de la France, des troupes sont en marche, et que l’Empereur n’attend plus que votre courrier pour mettre en mouvement la réserve qu’il a à Paris et sa Garde. Nous passerons donc l’hiver en présence. La Prusse s’épuisera pour maintenir sur pied une armée inutile, et le moindre motivement que fera la Russie ou une autre puissance, des suspicions de part et d’autre décideront du commencement des hostilités.
Faites sentir ces raisons à M. de Haugwitz; dites-lui bien que des armements que l’Empereur considérait comme une folie avant le refus de l’empereur de Russie de ratifier le traité deviennent aujourd’hui une offense. Demandez-lui s’il est vrai que la Prusse veuille de gaieté de cœur la guerre, c’est-à-dire sa ruine. Faites sentir à M. de Haugwitz qu’il sera impossible que l’Empereur reconnaisse rien si ce n’est l’intégrité du royaume de Prusse, et la disposition où il est de ne lui rien demander; qu’il sera impossible qu’il adhère à aucun arrangement, à aucune confédération du Nord, tant qu’on aura l’air de la lui dicter par la force; que, tant qu’on restera dans cette situation hostile, on n’obtiendra rien de lui ; que si, au contraire, on désarme, si on déclare que les armements ont été l’effet des craintes qu’ont calmées les assurances que j’ai données, si l’on fait parvenir assez promptement ces déclarations pour que les troupes que Sa Majesté met en marche ne passent pas le Rhin, et surtout Sa Majesté elle-même et le corps de sa Garde, aucun de ces corps ne passera le Rhin ; le contre-ordre qui sera donné à tous les mouvements offensifs de la France répondra au désarmement qui sera ordonné par la Prusse, et insensiblement les troupes françaises, comme il était dans l’intention de Sa Majesté, évacueront l’Allemagne; elles seraient déjà bien près du Rhin sans cette nouvelle circonstance. Si on veut la guerre, on peut rester armé; si on veut la paix, on doit désarmer.
Vous ferez ces différentes communications avec prudence, modération et sagesse, car l’Empereur désire véritablement ne pas tirer un coup de fusil contre la Prusse. Il regardera cet événement comme un malheur, parce qu’il vient troubler des intérêts déjà assez compliqués, qu’il l’empêche d’évacuer l’Allemagne avec honneur ; et il est de fait que l’Empereur attendait son armée à Paris pour le 15 octobre.
Mais autant vous mettrez de prudence, de bonnes manières et de raisonnement pour porter la Prusse au désarmement, autant vous serez impérieux, exigeant, si les troupes prussiennes entraient en Saxe et la forçaient à armer contre moi. Vous déclarerez à M. Haugwitz, par avance et en forme de conversation, que, si cela arrivait, vous avez ordre de demander vos passe-ports, et que dès ce moment, la guerre serait déclarée. Vous en instruirez, par un courrier extraordinaire, le maréchal Berthier, afin que les troupes se mettent en règle; et, si effectivement, après vos instances, la Prusse persistait à occuper le Saxe, vous quitteriez Berlin.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
NOTE POUR UNE DÉPÊCHE A M. DURAND
Faites connaître à mon ministre à Dresde l’inconséquence et la folie des armements de la Prusse; que mon intention n’est pas de laisser violer le territoire de la Saxe, qu’il doit s’en expliquer dans ce sens avec le cabinet de Dresde; que je ne souffrirai pas que, soit que la Saxe veuille se déclarer indépendante, royaume de Saxe en réunissant à sa couronne les princes de sa Maison, soit qu’elle veuille faire partie de la Confédération du Rhin ou de celle du Nord, elle soit influencée d’aucune manière; mais ce que je demande, c’est qu’elle ne fasse aucun armement, que les Prussiens n’entrent pas sur son territoire; car, à la première entrée en Saxe, M. de Laforest a ordre de quitter Berlin et la guerre est déclarée; que lui-même alors fera comprendre qu’il ne peut regarder cet événement que comme un acte d’hostilité de la Saxe contre la France; que dans les circonstances présentes, il doit parler avec beaucoup de douceur, tâcher de captiver la Saxe, et, si on lui demande conseil, dire que la Saxe doit être indépendante, sous la protection de la France, de l’Autriche, de la Russie et de la Prusse, réunir à elle les princes de sa Maison et se déclarer royaume de Saxe; qu’elle aura 2,600,000 habitants et qu’elle sera aussi considérable que le royaume de Suède.
Il ne doit rien mettre par écrit, mais parler avec douceur; car, après tout, je n’attache point à ces affaires une importance majeur : ce qui m’intéresse beaucoup, c’est que la Saxe n’arme pas, que les Prussiens n’entrent pas en Saxe. Le cabinet de Dresde doit dire au cabinet prussien que le ministre de France a déclaré que, si la Saxe Prusse armait et qu’elle reçût les Prussiens chez elle, l’Empereur le regarderait comme une déclaration de guerre.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
NOTE POUR UNE DÉPÊCHE A M. BIGNON
Écrire à mon ministre à Cassel que, si l’Électeur arme, il quitte le pays, vu qu’il ne doit pas prendre part à la querelle de la Prusse. Si l’on n’arme pas, il ne dira rien; mais, au premier mouvement, il déclarera à M. de Weiss que, si l’Électeur arme, il a ordre de demander ses passe-ports.
Saint-Cloud , 12 septembre 1806
Au maréchal Bessières
Mon Cousin, faites faire la levée de tous les chevaux que ma Garde a chez les paysans; faites compléter les harnais, de manière à atteler 1,200 chevaux. Faites faire des fers, non-seulement pour les besoins actuels de toute la cavalerie, mais encore pour pouvoir en emporter un bon approvisionnement. Faites lever les boulangers et tout le monde nécessaire pour se mettre en route. Mon intention est que la Garde ait au moins 24 caissons, seulement pour les vivres. Si chaque régiment de cavalerie et d’infanterie avait besoin de caissons pour les bagages, faites-moi connaître le nombre qui serait nécessaire. Donnez ordre à l’officier du génie de se tenir prêt à marcher avec la garde. Qu’il voie le ministre et le général Marescot pour se procurer 2,000 bons outils, lesquels seront chargés sur 6 gros caissons qui suivront la Garde. Remettez-moi une situation claire qui me fasse connaître ce qui pourrait partir d’ici à quatre ou cinq jours. Ayez soin qu’on retrempe les armes qui en auraient besoin, qu’on arrange les épinglettes, qu’on complète les tire-bourre et les petits bidons, tant pour la cavalerie que pour l’infanterie ; enfin qu’on fasse tout ce qui est convenable pour se tenir parfaitement en état. Faites-moi connaître le nombre d’outils que porte chaque caisson de la Garde, même les ambulances. Ces ambulances me paraissent une fort bonne institution ; il faudrait en avoir vingt au lieu de dix. Si la Garde donnait en réserve, il y aurait beaucoup de blessés; si elle ne donnait pas, ces ambulances serviraient à l’armée. L’expérience de la dernière campagne doit vous faire connaître ce qu’il faut de boulangers. La Garde aura 8,000 bouches. Je joindrai probablement à la Garde 8,000 hommes de troupes de la ligne, ce qui fera 16,000. Il faut avoir un nombre double de boulangers. L’ordonnateur pourra avoir quelques fours de campagne. Un bon four peut faire du pain pour 3,000 hommes. Ainsi, avec deux fours, on ferait une ration complète pour la Garde, et une demi-ration pour 16,000 hommes. Il faut vous souvenir que la Garde est obligée de laisser souvent des boulangers en arrière et d’en envoyer en avant.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
Au général Lemarois
Monsieur le Général Lemarois, j’ai vu avec intérêt la réussite de vos expéditions sur l’ile de Tremiti. Je vous en sais bon gré. Vous ferez aussi tout ce que vous pourrez pour envoyer des approvisionnements à Raguse. Voici le moment où les mers vont être très-praticables.
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, je ne reçois pas d’état de situation ni de nouvelle de la Dalmatie. Marmont, il me semble, se tient trop loin; il pourrait se tenir à Zara. Il serait plus à portée de correspondre avec vous et de surveiller la province.
Il pourra être fâcheux pour la ville de Venise que vous la priviez des ornements que lui a donnés le Pape. Ne pourrait-on pas les placer dans la cathédrale ?
Saint-Cloud, 12 septembre 1806
Au roi de Naples
Mon Frère, je vous ai mandé que la Russie n’avait pas ratifié. La Prusse arme d’une manière ridicule; toutefois elle désarmera bientôt ou elle le payera chèrement. Rien n’est plus indécis que ce cabinet.
La cour de Vienne fait de grandes protestations, auxquelles son extrême impuissance me fait croire. Quoi qu’il en soit, je pourrai faire et ferai face à tout. La conscription que je viens de lever est en marche de tous côtés; je vais appeler ma réserve; je suis muni de tout et je ne manque de rien. Guerre ou paix, je ne diminuerai pas votre armée. Il est possible que, dans peu de jours, je me mette à la tête de ma Grande Armée. J’ai là près de 150,000 hommes, et je puis avec cela soumettre Vienne, Berlin et Saint-Pétersbourg. Il y aura dans le nord de l’Italie une armée assez formidable. Tenez secrètes toutes ces dispositions, qu’il est inutile de laisser connaître . Il est bon qu’on ne les apprenne que par la victoire.
Poussez vivement vos ennemis; chassez-les de la presqu’île; reprenez Cotrone, Scilla et Reggio. Les négociations avec l’Angleterre continuent toujours; mais la paix ou la guerre sera décidée dans huit jours. Fox est tout à fait hors des affaires, accablé par la maladie, qui le conduira probablement au tombeau. Jérôme est débarqué; je l’ai reconnu prince; je lui ai donné le grand cordon de la Légion d’honneur; j’ai arrêté son mariage avec la princesse Catherine fille du roi de Wurtemberg. Comme pour lui je serai obligé de provoquer un plébiscite, c’est-à-dire la sanction du peuple sur son droit de succession à la couronne, je désirerais que Lucien ne laissât pas échapper cette occasion.
N’ayez sur les affaires politiques aucune inquiétude; marchez comme si de rien n’était. Si véritablement je dois encore frapper, mes mesures sont bien prises, et si sûres, que l’Europe n’apprendra mon départ de Paris que par la ruine entière de mes ennemis. Il est bon que vos journaux me peignent occupé à Paris de plaisirs, de chasses, de négociations. Si on parle des armements de la Prusse, qu’on laisse entrevoir qu’ils ont eu lieu d’accord avec moi; du reste, M. de Humboldt a dû recevoir ses ordres pour se rendre, comme ministre de Prusse, près de vous. Je ne poserai jamais les armes que vous n’ayez Naples et la Sicile. Je vous ai recommandé Pescara; qu’il y ait suffisamment de poudre, d’affûts, un commandant d’armes, un officier du génie, un d’artillerie, un garde-magasin , un commissaire des guerres, une garnison de 4 à 500 hommes, des vivres pour un mois, l’ordre aux troupes qui sont dans les Abruzzes de s’y renfermer en cas d’événements, en en faisant part au général qui commande à Ancône. Si l’ennemi parvenait à débarquer et à jeter un millier d’hommes dans cette place, il se mettrait bientôt en état d’y soutenir un siège, et cela aurait beaucoup d’inconvénients.
Au milieu de ces événements, je ne néglige pas la mer; il est tels calculs qui peuvent, d’un mois à l’autre, me rendre maître de la Méditerranée.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, apportez-moi demain le projet d’une circulaire à écrire aux rois de Bavière, de Wurtemberg et aux autres princes confédérés, pour leur apprendre l’état de la question Vous ferez tout rouler sur l’indépendance de la Saxe. Je pense qu vous devez envoyer chercher le ministre de Saxe pour lui demander s’il n’a rien à vous dire.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, j’ai fait donner l’ordre à mon ministre à Berlin d’en partir sur-le-champ si la Prusse envahissait la Saxe. Au premier bruit qui vous en reviendra, vous porterez votre quartier général, les corps des maréchaux Ney, Augereau, Davout et la division Dupont sur Würzburg, où sera la réunion de l’armée. La Bavière fournit 6,000 hommes pour renforcer le corps du maréchal Bernadotte. Hesse-Darmstadt fournira 4,000 hommes pour renforcer le maréchal
Augereau. Vous préviendrez sur-le-champ les cours alliées que, la Prusse ayant envahi la Saxe, j’ai donné ordre à mes ministres de retirer, ayant garanti l’indépendance de la Saxe. Vous donnerez rendez-vous aux corps de Wurtemberg et de Bade à la hauteur de Noerdlingen sur la route de Würzburg. Vous écrivez à Rapp, à Strasbourg, pour qu’il m’en prévienne par le télégraphe, et une heure après, je pars pour Würzburg. Vous vous arrangerez de manière à ce que je trouve de vos nouvelles à Mayence. Cependant toutes les lettres de la Prusse sont amicales, et je ne crois pas qu’elle envahisse Saxe. Toutefois ma résolution bien déterminée est de ne pas plus laisser envahir la Saxe que je n’ai laissé envahir la Bavière. Vous ne manquerez pas de prévenir le grand-duc de Berg pour qu’il ait à se rendre de sa personne à Würzburg, en prévenant le commandant de Wesel de faire avertir le roi de Hollande, et pour qu’on approvisionne Wesel et qu’on tienne cette place en état. Dans le cas où M. Laforest quitterait Berlin, la Bavière aurait soin de faire armer et approvisionner les châteaux de Kufstein et de Passau, et de réunir ses troupes, hormis une division de 6,000 hommes, en avant de Munich, de manière à pouvoir se porter au secours du maréchal Soult, mais sans trop alarmer l’Autriche, qui persiste à vouloir rester neutre si la querelle s’engage. Il n’y a pas d’inconvénient que vous préveniez les généraux qui commandent les corps des maréchaux Ney et Davout de se tenir prêts à partir d’un moment à l’autre. Vous ferez partir également toute la cavalerie sans exception; il ne restera, du côté de l’Inn, que le corps du maréchal Soult et 20,000 Bavarois. Les corps wurtembergeois et badois seront du côté de Sordlingen. Tout le reste de mon armée se réunirait entre Würzburg et Bamberg. Le même jour où vous apprendrez que M. Laforest a quitté Berlin, le maréchal Bernadotte entrera dans Bayreuth.
Quand je dis l’envahissement de la Saxe, je n’entends pas l’occupation de quelques cantons, mais l’occupation de la province ; vous le saurez d’ailleurs par le départ de Laforest et de Durand.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
Au maréchal Berthier
Mon Cousin, lorsque je vous ai ordonné de faire éloigner mes troupes de Nuremberg, les circonstances étaient différentes. Aujourd’hui, au contraire, il me semble qu’il faut réunir beaucoup de troupes autour de cette ville qui, étant riche, est dans le cas d’en supporter les frais. Jusqu’à ce que le bon sens soit revenu à la Prusse et qu’elle ait désarmé, il est bon qu’on y soit en force. Il serait même possible que je donnasse bientôt l’ordre au maréchal Ney de se rapprocher de Würzburg.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
Au prince royal de Bavière
J’ai reçu votre lettre de Genève. J’ai appris avec plaisir votre bonne santé. J’espère ne pas tarder à apprendre que vous avez passé les Alpes et que vous avez trouvé la princesse Auguste bien portante. Elle sera heureuse de vous voir, et je me fais un vrai plaisir de ce bonheur, dont elle a besoin dans l’état de maladie attaché à sa situation. J’aurais éprouvé du regret de votre départ, si je n’espérais que vous séjournerez encore ici quelque temps, et que j’aurai le plaisir de vous voir à votre retour. Dans quelque circonstance que vous vous trouviez, comptez toujours sur ma parfaite amitié et sur mon désir de vous être agréable.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
Au roi de Naples
Tout annonce que M. Fox est mort. Lord Yarmouth a été reçu en triomphe à Londres parce que l’on savait qu’il était du parti de la paix. La maladie de M. Fox a consterné la nation. Ces événements ont un peu ébranlé les ministres, et l’espoir de la paix n’est pas perdu. Le ministre anglais qui est ici est malade à ne voir personne; il n’a pu, par conséquent, avoir de conférence depuis son dernier courrier. La Prusse me fait mille protestations, mais je n’en prends pas moins mes précautions. Sous peu de jours elle aura désarmé ou elle sera écrasée. L’Autriche proteste de ses intentions pacifique ! La Russie ne sait ce qu’elle veut. Son éloignement la rend impuissante. Voilà en deux mots la situation des affaires.
Mon idée est qu’avant deux jours la paix du continent sera plus consolidée que jamais. Quant aux affaires d’Angleterre, je ne puis rien conjecturer. Ce n’est point par la politique que les affaires se décident chez eux, mais par des imbroglios d’intérêt d’intérieur Cependant les dernières nouvelles portent que M. Fox est l’agonie et qu’il n’est pas encore mort, mais ses amis le pleurent comme tel.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
Au général Lacuée
Je vous envoie un projet de décret pour la formation d’un régiment de fusiliers de la Garde. Il est impossible d’avoir des vélites suffisamment, et cela me coûte trop cher. Former le tableau des masses de manière que ce régiment ne coûte pas plus que ceux de la ligne, à l’exception des officiers et sous-officiers, qui seront traités comme ceux de ma Garde. Je n’exclus pas cependant quelque amélioration pour les soldats, parce qu’il faut qu’ils soient mieux tenu et un peu plus à leur aise que les soldats de la ligne. Mettez dans une colonne séparée ce que ce régiment me coûterait en le traitant comme un régiment de ligne, et dans une autre colonne ce que vous pensez qu’il faille lui accorder de plus.
Saint-Cloud, 13 septembre 1806
Au maréchal Bessières
Mon Cousin, j’ai l’intention de former six bataillons de dragons à pied, chacun de six compagnies, chaque régiment de dragons fournissant deux compagnies de 100 hommes chacune. Il faudrait pour l’état-major de ce corps trois majors; chacun commanderait deux bataillons; l’un sera fourni par les grenadiers vélites, et un autre par les chasseurs vélites; ils seront attachés, l’un aux grenadiers sous les ordres du général Hulin, l’autre aux chasseurs sous les ordres du général Soulès. Un autre major serait fourni par la ligne. Il faudrait voir si des corps de la ligne on ne pourrait pas tirer six chefs de bataillon, six adjudants-majors, douze adjudants sous-officiers, intelligents et sachant bien leurs manœuvres. Par ce moyen, ce corps tiendrait par la tête à la Garde.
Saint-Cloud, 14 septembre 1806
A M. Fouché
Il y a une société de Dames de l’institution chrétienne à Poitiers, sous l’influence de prêtres connus sous le nom de Pères de la foi. Le mémoire ci-joint vous fera connaître en détail ce dont il s’agit. Faites faire une enquête sur les faits, et vous m’en rendrez compte. Tout cela me paraît de l’intrigue jésuitique.
Saint-Cloud, 14 septembre 1806
A M. de Barral, archevêque de Tours
J’ai reçu votre lettre, j’ai fait usage des renseignements que vous m’avez donnés; j’agrée le zèle qui vous anime.
Saint-Cloud, 14 septembre 1806
A M. Fouché
Je vous envoie copie des ordres que je donne au ministre de la guerre pour la formation d’un petit camp volant dans la 13e division militaire. C’est à vous à correspondre sur-le-champ avec le général Boyer, à lui envoyer tous les renseignements dont il aura besoin , et même quelques hommes connaissant bien le pays et qui puissent le guider dans ses recherches. Indépendamment des 6,000 francs que le ministre de la guerre lui fera payer pour dépenses extraordinaires, vous lui enverrez 6,000 francs pour dépenses secrètes, car c’est surtout par l’espionnage qu’on peut arriver à un heureux résultat. C’est à vous à diriger cette petite guerre; c’est à vous à indiquer non-seulement les localités à faire fouiller, mais encore les chemins à occuper. Écrivez au général Boyer ces indications, et suivez vous-même tous ses mouvements sur une grande carte de Cassini, en en raisonnant avec les hommes qui connaissent bien le pays et qui ont fait la guerre avec les chouans.
Saint-Cloud, 14 septembre 1806
Au général Dejean
Monsieur Dejean, mon intention est de former un petit camp volant dans la 13e division militaire. Ce camp volant se réunira à Pontivy.
Il sera composé de trois compagnies de grenadiers et de trois compagnies de voltigeurs du 86e régiment, complétées à 80 hommes; de trois compagnies de grenadiers et de trois compagnies de voltigeurs du 47e; de trois compagnies de grenadiers et de trois compagnies de voltigeurs du 70e; ce qui fera près de 1,500 hommes.
Chacun de ces régiments fournira un chef de bataillon pour commander ses six compagnies.
Le général de brigade Boyer commandera tout le camp volant. Les vivres de campagne seront fournis à ces troupes.
Le premier inspecteur de la gendarmerie nommera trois chefs d’escadron de la gendarmerie ayant une connaissance parfaite des départements du Morbihan et des Côtes-du-Nord. Il y joindra le nombre de brigades nécessaire, à pied et à cheval , prises parmi celles qui font partie de la 4e légion, de manière à avoir des gendarmes partout.
Vous ferez remettre 6,000 francs au général Boyer pour dépenses extraordinaires. Vous lui rembourserez tous les mois ses dépenses, à mesure qu’il vous en rendra compte. Les dépenses secrètes lui seront abonnées sur sa simple déclaration. Pour tout brigand arrêté parles colonnes mobiles, allant en Angleterre ou en revenant, pour tout rebelle connu pour avoir fait la guerre dans la Vendée sans avoir été amnistié, il sera accordé une gratification à la colonne qui l’aura arrêté. Les cinq hommes qui ont enlevé l’évêque de Vannes et les deux qui ont été si imprudemment relâchés seront recherchés avec la plus grande activité. Les colonnes qui les arrêteront auront 1,000 écus de gratification pour chacun de ces brigands.
Vous ordonnerez au général Boyer de correspondre avec les préfets des départements où il se trouvera, et directement avec le ministre de la police.
Mon intention est qu’il y ait toujours au moins 800 hommes de ces forces en mouvement par pelotons; qu’ils cernent les forêts de Grandchamp et les repaires où les chouans avaient l’habitude de se retirer; qu’ils ne marchent jamais en grande troupe, puisqu’ils n’ont pas à craindre une grande résistance; mais qu’il y ait constamment en mouvement vingt-sept patrouilles, neuf sous les ordres de chaque chef d’escadron, chacune composée d’une trentaine hommes et de 5 ou 6 gendarmes à pied et à cheval. Lorsque le général Boyer croira avoir de bons renseignements, il pourra lui-même marcher avec les vingt-sept patrouilles qui, secondées par la gendarmerie locale, peuvent embrasser un grand espace de terrain. Il arrêtera tous les gens suspects, donnera des passe-ports et fera toutes les recherches qui pourront le conduire à des découvertes. C’est surtout par l’espionnage qu’il pourra parvenir à d’heureux résultats. Les brigands dont il est fait mention ci-dessus, aussitôt après leur arrestation, seront traduits devant une commission militaire que le général Boyer sera autorisé à nommer, et exécutés sur-le-champ,. Vous ferez connaître à ce général que j’attends de son zèle et de son activité non-seulement la prise de ces sept brigands, mais encore celle d’un grand nombre d’autres qui infestent ces départements. Il entretiendra une discipline sévère parmi ses troupes, et pourvoira, par les fonds qui lui seront remis, à ce que les soldats ne manquent de rien. Ils jouiront des vivres de campagne et auront le vin. Le général Boyer doit s’entendre avec les curés, les maires, les sous-préfets, et paraître à la fois sur les points les plus éloignés. Il fera un rapport journalier au ministre de la police. Il fera connaître les forêts qu’il a fouillées et la distribution et le nombre de ses patrouilles. En formant les patrouilles à un nombre aussi considérable que celui de trente ou trente-six, c’est afin qu’elles puissent se subdiviser en quatre ou cinq parties. Si les officiers de gendarmerie sont habiles, si l’on s’étudie à faire ces battues sans causer le moindre dommage aux habitants et aux propriétés, si l’on y met autant d’activité que de prudence, on aura les plus heureux résultats de ces petits mouvements. Du reste mon intention est qu’il ne soit fait dans les journaux aucune mention de ces dispositions.
Saint-Cloud, 14 septembre 1806
A M. de Talleyrand
Monsieur le Prince de Bénévent, je désire que vous écriviez mon ministre à Florence pour qu’il fasse les réclamations les plus fortes contre une réunion de fanatiques qui, sous le prétexte de religion , veulent troubler l’Italie. Ces individus, dont voici la note, se réunissent en un tribunal d’inquisition. Il est indispensable qu’un tel tribunal soit détruit, et que la police du pays surveille ces individus, qui seront responsables du moindre événement. Ordonnez-lui de demander l’expulsion du nonce du Pape, qui est piémontais et ne cesse de se mal comporter.
Saint-Cloud, 15 septembre 1806
TRAVAIL SUR LA RÉPARTITION DES VÉTÉRANS
Le décret du 4 germinal an VIII, relatif aux vétérans nationaux, n’a pas été exécuté; mon intention est d’arriver insensiblement son exécution. En conséquence, vous ordonnerez les dispositions suivantes :
Chaque bataillon de vétérans nationaux sera formé à trois compagnies, ce qui formera neuf compagnies pour chacune des de brigades.
Ces neuf compagnies seront réunies en une même administration de bataillon. Ainsi, au lieu qu’il y ait dix demi-brigades de vétérans, il n’y aura plus que dix bataillons de neuf compagnies chacun; ce qui fera quatre-vingt-dix compagnies.
Ce travail se fera de la manière suivante :
PREMIÈRE DEMI-BRIGADE
Les deux compagnies qui sont à Orléans se rendront à Versailles. Le gouverneur de Paris passera la revue des 1e et 2e bataillons de la Première demi-brigade, les réduira chacun à trois compagnies, en donnant la retraite aux officiers et sous-officiers les plus hors d’état de servir.
La même opération sera faite pour le 3e bataillon, qui est à Nantes, par le général de division Travot. Ces trois compagnies continueront à rester dans le château de Nantes.
Le gouverneur de Paris choisira dans les trois bataillons de la 1e demi-brigade le meilleur chef de bataillon et les meilleurs officiers pour former l’état-major. Chaque capitaine s’adressera au chef de bataillon pour les affaires administratives.
DEUXIÈME DEMI-BRIGADE
Le général commandant la 6e division militaire fera, pour le ler bataillon de la 2e demi-brigade, la même opération qui a été faite pour les bataillons de la 1e; après quoi les trois compagnies de ce bataillon se mettront en marche pour se rendre, deux dans la citadelle d’Alexandrie et une à Gavi.
Le général Menou fera la même opération pour le 2e bataillon ; les trois compagnies seront placées, deux à Turin et une à Fenestrelle.
Le général commandant la 8e division militaire fera la même opération pour le 3e bataillon , et ses six compagnies, réduites à trois, se rendront, l’une à Savone, pour y tenir garnison; la seconde à la Lanterne de Gènes, et la troisième à l’Éperon.
Par ce moyen, il y aura au delà des Alpes un bataillon entier, dont le chef de bataillon et l’administration seront à Alexandrie.
TROISIÈME DEMI-BRIGADE
Le général commandant la 12e division militaire fera la même opération pour le 1er bataillon de la 3e demi-brigade. Ses trois compagnies seront placées, une à l’île de Ré, une à l’île d’Aix et une à l’île d’Oléron.
Le général commandant la 13e division militaire fera la même opération au 2e bataillon. Ses trois compagnies seront placées, une à Saint-Malo, une à Saint-Brieuc et une à Lorient.
Le général commandant la 12e division militaire fera la même opération pour le 3e bataillon. Une des trois compagnies sera placée aux Sables, la seconde à Napoléon et la troisième à Nantes. Le chef de bataillon et l’administration resteront à Nantes.
QUATRIÈME DEMI-BRIGADE
La 4e demi-brigade, qui est à Paris, sera convertie en un bataillon de neuf compagnies de la même manière.
CINQUIÈME DEMI-BRIGADE
Le général commandant la 7e division militaire réduira le ler bataillon de la 5e demi-brigade à trois compagnies, lesquelles se dirigeront sur Plaisance.
Il réduira également le 3e bataillon à trois compagnies, qu’il enverra à Plaisance.
Le général commandant la 8e division militaire fera la même opération pour le 2e bataillon, et dirigera également les trois compagnies de ce bataillon sur Plaisance.
Le chef de bataillon demeurera à l’arme.
Arrivées à Plaisance, les neuf compagnies seront ainsi réparties, une à Bardi, une à la citadelle de Plaisance, une à la poudrière de Parme, une à la Spezzia, une à Sarzana, une à Chiavari, trois compagnies resteront à Parme pour le service de l’administration.
Il y aura ainsi deux bataillons au delà des Alpes, le 2e et le 5e.
SIXIÈME DEMI-BRIGADE
La 6e demi-brigade sera réduite par les généraux des divisions où elle se trouve, chaque bataillon à trois compagnies. Une sera placée à Givet et Charlemont, une à Montmédy et Bouillon, une à Sedan, une à Anvers, une à Maëstricht, une à Venloo, une à Juliers et deux à Wesel. Le chef de bataillon restera à Venloo.
SEPTIÈME DEMI-BRIGADE
La 7e demi-brigade subira la même réduction, qui sera faite par les généraux des divisions où elle se trouve. Une compagnie sera placée à Perpignan, une à Mont-Louis et Bellegarde, une à Bayonne, une à Blaye, une à Agde, une à Cette, une à Saint-Jean-Pied-de-Port, et deux sur les points les plus importants de cette frontière des Pyrénées, depuis l’embouchure de la Garonne jusqu’à l’embouchure du Rhône.
HUITIÈME DEMI-BRIGADE
La 8e demi-brigade subira la même réduction. Une compagnie se tiendra à Lille, une à Cambrai, une à Condé, une à Saint-Omer, une au Havre, une à Dieppe, une à Cherbourg, une à Granville et une u Mont-Saint-Michel.
NEUVIÈME DEMI-BRIGADE
La même opération sera faite pour la 9e demi-brigade. Il sera placé une compagnie à Thionville,, une à Longwy, une à Luxembourg, une à Sarrelouis et Bitche, une à Metz, une à Verdun, et trois sur les points les plus importants.
DIXIÈME DEMI-BRIGADE
La 10e demi-brigade, qui est à Paris, sera réduite de la même manière.
La compagnie ligurienne, qui est à Entrevaux et Colmars, se portera à Briançon.
Les vétérans piémontais qui sont à Turin et Fenestrelle formeront deux compagnies.
NOTE POUR LA RÉPARTITION DES VÉTÉRANS
En temps de paix, j’ai des troupes dans les places fortes; en temps de guerre, j’y ai des dépôts et des gardes nationales. Mon but est de mettre les vétérans dans les pays où je ne puis me servir des gardes nationales. Ainsi il faudrait un bataillon de neuf compagnies à Alexandrie, un autre bataillon de neuf compagnies dans la citadelle de Turin, lequel fournirait deux compagnies à Fenestrelle et une compagnie à Gavi; ce qui ne ferait que six compagnies, suffisantes pour la garde de la citadelle, de Turin et de l’arsenal.
Un bataillon de neuf compagnies serait nécessaire à Gênes. Il fournirait une compagnie à Savone, une au golfe de la Spezzia, une à Sarzana, une à Chiavari. Il ne resterait plus que cinq compagnies pour Gênes.
Un bataillon de neuf compagnies, à Parme, fournirait une compagnie au château de Plaisance, une à Bardi et une à la poudrière; six compagnies resteraient à Parme. En cas d’événement, les compagnies de Bardi, de la poudrière et du château de Plaisance en formeraient la garnison , ou même elles pourraient se replier sur Alexandrie.
Un bataillon à Nice, dont une compagnie à Scarena; une au fort Montalban, une à Vintimille, une à Monaco, une à Antibes, une aux îles Sain te-Marguerite, et trois compagnies à Nice, qui pourraient fournir un détachement à Colmars et à Entrevaux.
Un bataillon dans les îles où il n’y a pas de gardes nationales : deux compagnies aux îles d’Hyères, une au fort Lamalgue, une à Briançon, une aux châteaux d’If et de Ratoneau, deux à Toulon, etc.
Un bataillon à Mayence, dont une compagnie à Wesel, etc.
Un bataillon à Wesel, réparti entre Wesel, Maestricht, Juliers, Venloo , Ostende et Anvers.
Un bataillon aux îles de Ré, d’Aix, d’Oléron , d’Yeu, à BIaye, Bayonne, etc.
Un bataillon pour Nantes et la partie de la Bretagne jusqu’à Brest. Un bataillon depuis Brest jusqu’à Cherbourg.
Il paraîtrait qu’il n’y en a pas besoin dans toutes les places des Ardennes, du Nord, de l’Alsace, de la Sarre, parce qu’il y aura des dépôts; en en temps de guerre, une garde nationale que l’on solde est bientôt formée.











