Correspondance de Napoléon – Août 1806

Août 1806

 

Saint-Cloud,  août 1806. 

Au général Rapp, commandant la 5e division militaire, à Strasbourg

J’ai reçu votre lettre avec le livret, qui y était joint, des trois colonnes que vous avez fait partir pour la Grande Armée, se montant à 41,200 hommes d’infanterie et 2,000 chevaux. Je désire que vous me fassiez connaître, par un livret pareil, ce qui reste aux dépôts en officiers, sous-officiers et soldats, et en chevaux, et ce qui leur manque pour qu’ils fournissent un plus grand nombre de troupes et de chevaux.

J’ai confronté votre livret avec mes états de situation; j’yvois, que le 3e de ligne devait avoir 800 hommes à son dépôt : vous en avez fait partir 400, il doit en rester 400;

Que le 4e de ligne devait avoir 500 hommes : il n’en est rien parti;

Que le 18e de ligne avait 600 hommes, il en est parti 300, il en doit rester 300;

Que le 24e de ligne avait 470 hommes, il n’en est parti que 140, je suis étonné que vous n’ayez pas fourni les 200 hommes demandés;

Que le 24e avait 650 hommes : il n’en est parti que 2970; pourquoi n’a-t-il pas fourni les 300 demandés ? est-ce défaut d’habillement ou d’équipement ? que le 40e avait 800 hommes : il n’en a fourni que 400, est-ce par la même raison ?

Que les 57e, 88e et 96e n’ont rien fourni;

Que vous n’avez fait partir que 300 hommes du 24e d’infanterie légère, qui est porté à 900 hommes;

Que le 26e n’a fourni que 400 hommes : il doit avoir beaucoup de monde disponible, il a 850 hommes;

Que le l7e de dragons, qui est porté sur mes états comme ayant 143 chevaux, n’en a fait partir que 63 : pourquoi cette différence ? que le 18e, qui avait 108 chevaux, n’en a fourni que 41 ; que le 19e qui avait 200 chevaux, n’en a fourni que 124; que le 27e, qui avait 137 chevaux, n’en a fourni que 89;

Que le 10e de cuirassiers, qui avait 217 chevaux, n’en a fait partir que 129; que le 11e de cuirassiers, qui avait 157 chevaux, n’en a fourni que 123;

Que le 8e de dragons, qui avait 160 chevaux, n’en a fourni que 100; que le 12e de dragons, qui en avait 139, n’en a fourni que 93; que, le 16e de dragons, qui en avait 188, n’en a fourni que 14; que le 2le, qui avait 135 chevaux, n’en a fourni que 120;

Que le 11e de chasseurs, qui avait 137 chevaux, n’en a foui que 87; que le 16e, qui en avait 157, n’en a fourni que 109 ; que le 13e, qui en avait 207, n’en a fourni que 62 : celui-là me paraît le plus extraordinaire; on en avait demandé 180; le régiment paraît en état de les fournir; que le 2le de chasseurs avait 240 chevaux, il n’en a fourni que 187 ;

Que le 8e de hussards, qui en avait 93, n’en a fourni que 52; que le 10e, qui en avait 149, n’en a fourni que 109; enfin que le 8e, qui en avait 138, n’en a fourni que 98.

Faites-moi connaître les raisons de ces différences.

 

Saint-Cloud, 1er août 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre état de situation au 15 juillet. Je suis fâché que le général Marmont ait emmené une artillerie inutile, qui me consomme des chevaux sans raison.

L’officier du génie Somis est trop vieux pour faire utilement un service de montagne. Donnez-lui ordre de se rendre à Venise, où il dirigera les travaux; il y a là le général Poitevin, qui est un officier distingué.

Je vous ai fait connaître que mon intention était que le 2e corps de la Grande Armée se tînt prêt à marcher; il n’y a donc pas un moment à perdre pour l’organiser.

Donnez ordre au 3e bataillon du 8e d’infanterie légère, aux 3e et 4e bataillons des 11e, 35e et 60e de ligne de se rendre à Trévise, Padoue et Vicence, comme je l’ai déjà ordonné. Mon intention est qu’il n’y ait aucun dépôt ni embarras entre la Piave et l’Isonzo. Vous continuerez à laisser sur l’Isonzo les deux divisions du 2e corps de la Grande Armée, l’une composée des 9e de ligne, 82e et 92e, l’autre
des 106e, 53e et 13e.

Vous donnerez ordre que le 3e bataillon du 13e rentre également du côté de Trévise ou de Padoue, de manière que vous aurez au second corps de la Grande Armée trois bataillons du 9e, autant du 84e, autant du 92e; deux bataillons du 106e, deux du 53e.

Vous composerez la garnison de Venise de tous les 3e et 4e bataillons, qui vont s’augmenter successivement par la rentrée des malades laissés en Italie, et maintenant en route pour rejoindre leurs 3e bataillons. Mon intention est qu’aucun homme détaché ne rejoigne l’armée qui est en Dalmatie. Tous les individus sortant des hôpitaux en deçà de l’Isonzo doivent se rendre à leurs dépôts, et, en attendant que vous en ayez un pour les 5e, 23e, 79e et 81e régiments, vous en formerez un provisoire. Je donnerai ensuite des ordres pour que ces individus se rendent en Dalmatie, si cela entre dans nos projets; mais aucun mouvement d’hommes isolés ne doit avoir lieu d’Italie sur l’Istrie sans un ordre positif. Veillez à ce que cela soit ainsi, car j’apprends avec peine qu’un grand nombre d’hommes isolés traversent tous les jours la Croatie pour se rendre en Dalmatie.

Le général Broussier commandera une des divisions du second corps d’armée. Je vous enverrai incessamment un général de division distingué pour commander l’autre division, et un officier d’expérience pour commander tout le corps.

Je vous recommande de nouveau de donner l’ordre qu’il n’y ai en Istrie aucun dépôt, et qu’on n’y laisse que le matériel et l’artillerie strictement nécessaires pour la défense des ports et de la côte.

Que tous les dépôts des 3e et 4e bataillons repassent la Piave, qu’il n’y ait dans le Frioul que le second corps de la Grande Armée composé de six régiments d’infanterie, de deux de cavalerie, ayant son artillerie en état et se trouvant enfin de la même force que celle que le général Marmont commandait.

Le général Marmont a emmené trop de troupes. Je n’avais pas compté sur le 35e; je vous ai déjà mandé de le faire revenir par mer, s’il y avait moyen, et au moins les 3e bataillons des 5e, 23e et 79e. Dans votre état de situation, vous ne me parlez pas de la formation que les dépôts des corps qui sont en Dalmatie et en Italie ont dû recevoir, d’après les ordres que j’ai donnés il y a déjà quinze jours. Ayez soin de vous occuper sans relâche de cet objet et de m’apprendre que tous les dépôts sont organisés et inspectés; il est urgent qu’ils préparent tous les moyens dont ils peuvent disposer,  car ils vont recevoir beaucoup de conscrits dans l’automne.

 

Saint-Cloud, 1er août 1806

Au roi de Naples

Toutes les hypothèses que vous faites sont inutiles. Un an plus tôt, un an plus tard, vous serez maître de la Sicile, et cette Médée n’y aura pas un pouce de terre.

Le général Campredon vient d’arriver; il m’a paru extrêmement fatigué. Du moment qu’il sera reposé, je vous le renverrai; mais je voudrais arrêter avant quelques idées sur les fortifications de Naples. Il est donc convenable que vous lui envoyiez tous les plans nécessaires.

Il vous faut une grande place où toute l’artillerie, tous les dépôts puissent être en sûreté et soutenir un long siège, pour donner le temps à des secours d’arriver.

Où doit être située cette place ? Prendra-t-on Capoue ou toute autre ? C’est une question assez importante. Enfin on ne peut rester en l’air au milieu d’un peuple ennemi qui est inconstant, qui l’a toujours été, et qui, pendant les premières années, sera sans consistance.

Supposez les Français battus en Italie, et qu’on fût obligé de faire la guerre dans le royaume de Naples : il serait convenable d’y avoir une place qui pût renfermer les dépôts, les hôpitaux, les munitions de guerre, et où l’armée pût se rallier et concentrer sa défense.

Il peut y avoir des avis pour mettre cette place à Naples même, non qu’aucun homme sensé puisse avoir l’idée d’enfermer cette immense ville dans la place, mais aux. approches de la ville et dans une situation à avoir des feux sur la rade. On aurait le double avantage que la ville serait défendue et qu’elle-même serait contenue, ce qui serait d’un grand résultat. Mais il ne s’agit pas d’avoir une simple citadelle qui ne signifie rien, mais une localité d’une étendue au moins de 3,000 toises. Causez là-dessus avec quelques officiers du génie. Il serait très-avantageux de pouvoir, par une seule place, contenir la capitale, avoir des batteries sur le port, mettre à l’abri tous les établissements d’artillerie, les magasins et les dépôts de ]’armée. En travaillant trois ou quatre ans à cette place, en y mettant trois ou quatre millions par an, on aurait une place qui se défendrait six mois, et qui, contenant 12 à 15,000 hommes, occuperait une armée considérable. Beaucoup de places ne servent de rien. Soit qu’on établisse cette place à Naples, soit qu’on l’établisse à Capoue, il vous en faudra encore deux autres aux extrémités de la Calabre, à Charybde et Scilla, pour lier ces deux parties du royaume, et enfin une à Tarente et dans un meilleur point, s’il est possible d’en trouver, qui puisse, même en perdant la supériorité sur terre, mettre à l’abri nos magasins et nos flottes qui arriveraient à Tarente pour la discussion des affaires du Levant. Il sera ensuite nécessaire d’établir des forts dans les îles et de bonnes redoutes revêtues à la gorge dans le mouillage le plus près de la côte; mais cela n’est que d’un intérêt secondaire. Les plans de Tarente sont déjà faits. Ce qui est le plus important, c’est une belle place de dépôt telle que le roi lui-même puisse s’y enfermer et s’y défendre pendant des années, avec les hommes qui lui sont le plus attachés; car, une fois le royaume de Naples soumis, le principe d’une famille qui y règne est de n’en jamais dépasser les frontières, et d’y périr, s’il le faut, en défendant le territoire; et cette seule idée doit donner une autre direction à l’esprit public.

Une dynastie élevée dans ce principe ne sera jamais vaincue et conservera le trône intact. Vous voyez que, si le roi avait eu une place pareille et s’y fût renfermé au lieu d’aller en Sicile, vous auriez eu deux sièges à faire; vous n’auriez trouvé aucune ressources ni aucune artillerie; en deux ans vous n’eussiez pas pris ces places, et la paix ou d’autres événements continentaux auraient pu le sauver.

 

Saint-Cloud, 1er août 1806

Au roi de Hollande

Je reçois votre lettre du 27 juillet. Les reproches que je faits sont relatifs à la précipitation que vous mettez dans vos opérations. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous vous fassiez faire un rapport général sur vos places fortes. Je désire que vous me le soumettiez. Vous devez penser que je puis avoir un jour la guerre avec la Prusse et l’Autriche réunies, et que des places du coté l’Allemagne me seront utiles. Je ne puis vous donner mon opinion sur les capitulations que vous avez avec les princes de Waldeck et de Saxe-Gotha pour des régiments. Songez bien que vous avez besoin de troupes pour vous former une armée de 30,000 hommes qui vous défende contre les descentes des Anglais et dans toutes les autres circonstances, et qui garde vos colonies. Il ne faut rien précipiter; ce n’est que lorsque vous m’aurez fait connaître la situation de vos troupes, votre manière de les recruter, que je pourrai vous donner mon opinion sur cette question.

Les meilleures troupes, celles auxquelles vous pouvez avoir le plus de confiance, sont les Suisses; elles sont fidèles et braves; mais en général elles ne veulent point aller aux colonies. Lorsque vous m’aurez fait un rapport général sur votre armée et sur vos conditions, on pourra voir s’il est possible de mettre à votre service quelques régiments, soit de Bade, soit de Wurtemberg, soit de Hesse-Darmstadt, lesquels, appartenant à des princes plus puissants, seraient bons et déserteraient moins.

 

Saint-Cloud, 1er août 1806

Au roi de Hollande

Les circonstances peuvent exiger que vous réunissiez à Utrecht un camp de troupes hollandaises, le plus considérable que vous pourrez, de 18,000 hommes, si cela est possible. J’ai donc besoin que vous me fassiez connaître de quels corps et de quelles armes il sera composé. Il pourrait occuper les mêmes positions qu’occupait le corps du général Marmont.

 

Saint-Cloud, 1er août 1806

Au roi de Hollande

Le 21e régiment d’infanterie légère qui arrive à Wesel n’a point ses carabiniers; j’avais cependant donné ordre que ce qu’il y avait de ce régiment en Hollande s’y rendît. Que voulez-vous que je fasse d’un régiment sans carabiniers qui va marcher à l’ennemi ? Je suis fort mécontent de cette inexécution de mes ordres, qui me paralyse un régiment.

 

Saint-Cloud, 1er août 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il n’y a pas d’inconvénient, puisque vos ordres sont partis, que la Grande Armée se trouve sur un pied respectable. J’ai seulement retenu les détachements et les 3e, et 4e bataillons qui sont à Boulogne, Anvers, Paris, et j’ai laissé continuer tout le reste des mouvements. Rapp, à qui j’ai donné provisoirement le commandement de la 5e division, me rend compte que trois colonnes, formant 4,200 hommes d’infanterie et 2,000 chevaux, ont passé le Rhin.

 

Saint-Cloud, 2 août 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie des lettres du duc de Clèves. Je vous prie de me les renvoyer lorsque vous en aurez pris connaissance. Mon intention est que vous expédiiez à Berlin un courrier extraordinaire à M. Laforest, pour l’informer confidentiellement de ce qui se passe. J’envoie l’ordre positif au duc de Clèves de ne se permettre aucune espèce d’hostilité directe ni indirecte envers la Prusse. Le but de votre dépêche à M. Laforest sera donc de lui faire connaître que, si le cabinet prussien apprenait qu’il fût arrivé quelque chose de grave, il doit déclarer que, dans un moment où je ne fais point ma paix avec l’Angleterre pour ne pas priver la Prusse du Hanovre, je n’ai certainement point le dessein de rien faire contre elle; que, si le duc de Clèves n’a point été prévenu, c’est que j’on n’avait pas prévu que les pays fussent occupés par des troupes prussiennes. Je n’ai pas besoin de vous dire que, s’il ne se passe rien, M. Laforest ne doit rien dire. Réitérez-lui qu’à tout prix je veux être bien avec la Prusse, et laissez-le, s’il le faut, dans la conviction que je ne fais point la paix avec l’Angleterre à cause du Hanovre.

 

Saint-Cloud, 2 août 1806

Au prince Joachim

Mon Cousin, je reçois votre lettre. La résolution où vous êtes de repousser par la force les Prussiens du pays qu’ils occupent est une véritable folie; ce serait alors vous qui insulteriez la Prusse, et ceci est très-contraire à mes intentions. Je suis en bonne amitié avec cet puissance, je cesse de faire la paix avec l’Angleterre pour lui conserver le Hanovre; jugez après cela si je voudrais me brouiller avec elle pour des bêtises. Je veux m’entendre à l’amiable avec elle. S’il y des troupes prussiennes dans les pays que vous devez occuper, gardez-vous de leur faire aucune offense, et ne donnez aucun prétexte. Je suis, encore une fois, en bonne harmonie avec la Prusse. Vos propos doivent être très-rassurants. Je ne puis vous exprimer la peine que j’éprouve en lisant vos lettres; vous êtes d’une précipitation désespérante. Votre rôle est d’être conciliant et très-conciliant avec les Prussiens, et de ne faire aucun pas qui leur nuise. Le premier mal vient de l’occupation de Werden, que vous ne deviez pas occuper. Ce n’était pas votre affaire.

La division Dupont se rend sur l’Inn; vous ne devez en disposer en rien. Vous ne savez pas ce que je fais. Restez donc tranquille. Avec une puissance comme la Prusse, on ne saurait aller trop doucement. La division Dupont a ordre de se cantonner depuis Cologne jusqu’à Coblentz, et de là rejoindre l’armée. Ne dérangezaucune de mes dispositions.

 

Saint-Cloud, 3 août 1806

Au roi de Naples

Je reçois vos lettres du 24. Vous pouvez dire au maréchal Masséna, que j’ai fait mettre en liberté Ardant.

Après avoir vu avec attention tout le profil de Gaète, je crois que c’est une trop mauvaise place pour l’occuper. Une place que l’on bat en brèche sans que l’on ait couronné le chemin couvert, et dont la brèche est praticable sans passer le fossé et sans faire sauter la contrescarpe, est une mauvaise place. Je n’ai aucune idée de Capoue; je ne connais pas Pescara : j’ai peine à croire cependant qu’il faille 3,000 hommes pour défendre cette place.

Quand même la guerre renaîtrait sur le continent, je me contenterais de reprendre à l’armée de Naples le même nombre de troupes que je lui enverrais de ses dépôts, c’est-à-dire la valeur de quatre régiments et les trois quarts de la cavalerie qui s’y trouve; avec cela j’aurais suffisamment.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous prie de lire avec attention ce rapport sur Bordeaux. Faites-moi connaître ce que vous pensez du maire et des adjoints. Causez-en avec Pérignon, Jaubert et Grammont. Mou intention est au reste de ne point souffrir dans ces places des hommes opposés aux opérations du Gouvernement et beaux-frères d’agitateurs. Éclairez-vous là-dessus, et faites-moi connaître comment on pourrait les mieux remplacer.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

A M. Fouché

Si le baron de Vernazza est à Turin, faites-le arrêter et conduire Paris, comme étant retourné auprès du roi de l’île de Sardaigne.

S’il n’y est pas, faites mettre le séquestre sur ses biens, par la même raison, et faites-le inscrire sur la liste des émigrés.

Donnez ordre que l’abbé Pullini se rende en surveillance dans quelque petite ville du Languedoc que vous désignerez. On n’est point assez sévère pour des hommes qui ont eu des intelligences avec le roi de Sardaigne. Donnez ordre au général Menou et aux préfets de correspondre avec vous pour vous faire connaître ces individus; mon intention n’est pas de les ménager. Tout individu ayant correspondu directement ou indirectement avec le roi de Sardaigne ou ses agents doit ne pas être souffert en Piémont et doit être l’objet d’une mesure extraordinaire.

Je suis fâché que vous ayez accordé à Mme Turgot la permission de revenir à Paris; elle a été impliquée dans la conspiration Georges. Mon intention est que tous les individus compromis dans un si grand attentat soient tenus éloignés de la capitale. Ce n’est pas faire la police que ne pas y tenir la main. Vous autorisez également Beuquet de la Pommeraye à revenir. Quelle est donc cette folie de rappeler à Paris de mauvais sujets incorrigibles ? En général je désire que vous ne laissiez revenir aucune des personnes exilées sans mon autorisation. Vous jouez trop avec les éléments de la tranquillité publique. Il me semble que Mme Turgot a été tellement compromise qu’elle doit ne jamais revenir dans la capitale et être l’objet d’une surveillance spéciale. Chargez M. Réal de me faire un rapport sur tous les individus qui ont été impliqués directement ou indirectement dans la conspiration de Georges. Pas un ne doit rester à Paris. Le moindre mal de cette douceur mal entendue est d’accoutumer ces gens-là à regarder comme des peccadilles ce qui est tramé contre le Gouvernement. Il faut que tous les jours un crime de cette nature devienne plus grave.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au roi d’Espagne

Monsieur mon Frère, j’ai tardé à répondre à la dernière lettre de Votre Majesté. Je désire contribuer à donner au prince de la Paix une preuve signalée de l’amitié toute particulière que Votre Majesté lui porte. Le roi d’Angleterre m’ayant paru sincèrement animé du désir de mettre fin à la présente guerre, j’ai autorisé M. le général Clarke, mon secrétaire du cabinet et mon conseiller d’État, à entrer en conférence avec lord Yarmouth, et les premières ouvertures ont été assez satisfaisantes de part et d’autre pour que le cabinet de Saint-James ait jugé convenable de donner un caractère authentique et des pouvoirs pour négocier, conclure et signer un traite définitif à lord Yarmouth et à lord Lauderdale. Ce dernier est arrivé aujourd’hui même dans ma capitale. Votre Majesté jugera sans doute convenable d’envoyer à Paris un ministre chargé de ses instructions et de ses ordres. Il ne me reste qu’a réitérer à Votre Majesté l’expression des sentiments de la sincère amitié que je lui porte.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

A la reine d’Espagne

Madame ma Sœur, je ne saurais assez remercier Votre Majesté des choses aimables qu’elle veut bien me dire sur les évènements de la dernière campagne. Je la prie d’être convaincue de l’intérêt que je porterai constamment à sa fille la reine d’Étrurie, qui se distingue par tant de belles qualités. Elle ne doutera pas non plus du désir que j’ai de trouver des circonstances qui me mettent à même de lui donner des preuves de la parfaite amitié que je porte à Votre Majesté.

 

Saint-Cloud, le 5 août 1806

DÉCISION

Le prince de Neuchâtel écrit que les libelles récemment publies en Allemagne contre l’Empereur ont été répandus par les libraires Kopfer de Vienne, Enrichde Linz et Stein de Nuremberg M. le prince de Bénévent fera une note très-forte à M. de Metternich à ce sujet. Il fera sentir combien je suis indigné que la cour de Vienne ait recours à des moyens si lâches, après que j’ai tenu envers elle une conduite aussi généreuse; il demandera l’arrestation et la punition exemplaire des auteurs et colporteurs de ces libelles.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, tous les libelles qu’on répand en Allemagne sortent de la ville de Nuremberg. Faites connaître au Sénat de cette ville que si, sur-le-champ, il ne fait pas arrêter les libraires et brûler tous ces libelles, avant de quitter l’Allemagne, je punirai la ville de Nuremberg d’une manière exemplaire.

 

Saint-Cloud, le 5 août 1806

DÉCISION

Il est demandé une place d’élève à l’école militaire de Fontainebleau pour le jeune Fontbonne, fils d’un général mort à l’armée d’Italie. Le faire interroger pour savoir s’il a les qualités nécessaires, et me le proposer pour une place d’élève à l’école militaire Fontainebleau .

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au général Decaen

Vous ferez connaître à l’artillerie et au génie ma satisfaction de la conduite de ces deux corps à Gaète, ainsi qu’aux régiments composant l’armée assiégeante. J’ai ordonné que quatre places dans la Légion seraient accordées aux officiers et quatre aux sous-officiers et soldats de chacun de ces régiments. Je désire que vous me fassiez un rapport sur les officiers, sous-officiers et soldats du génie et de l’artillerie qui se sont plus particulièrement distingués.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, j’imagine que vous avez fait arrêter les libraires d’Augsbourg et de Nuremberg. Mon intention est qu’ils soient devant une commission militaire et fusillés dans les vingt-quatre heures. Ce n’est pas un crime ordinaire que de répandre des libelles dans les lieux où se trouvent les armées françaises pour exciter les habitants contre elles : c’est un crime de haute trahison. La sentence portera que, partout où il y a une armée, le devoir du chef étant de veiller à sa sûreté, les individus tels et tels, convaincus d’avoir tenté de soulever les habitants de la Souabe contre l’armée française, sont condamnés à mort. C’est dans ce sens que sera rédigée la sentence. Vous mettrez les coupables au milieu d’une division, et vous nommerez sept colonels pour les juger. Vous ferez constater, dans la sentence, que les libelles ont été envoyés par les libraires Kupfer, de Vienne, et Enrich, de Linz, et qu’ils sont condamnés à mort comme contumax; lequel jugement sera exécuté, s’ils sont saisis, partout où se trouveront les troupes françaises. Vous ferez répandre la sentence dans toute l’Allemagne.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au maréchal Lefebvre

J’ai reçu votre lettre du 28 juillet. Vous ne rentrerez à Paris qu’avec l’armée. Si l’on ne se bat pas, il faudra que vous restiez tranquille, si l’on se bat, vous aurez un commandement digne de votre grade et de votre ancienneté.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je suis fâché que vous ayez fait rétrograder le 11e régiment de ligne. Dans la saison où nous sommes, rien ne dégoûte plus le soldat que ces marches et contre-marches. Le général Marmont ayant donné ordre aux deux bataillons du 11e de retourner dans le Frioul, il eût mieux valu les laisser revenir. Il faut éviter les contre-ordres; à moins que le soldat n’y voie une grande raison d’utilité, il prend du découragement et perd la confiance. Ce régiment aura donc fait six contre-marches dans un pays ingrat et dans cette horrible chaleur; cela est bien léger.

 

 Saint-Cloud, 5 août 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, il paraît que les Anglais s’adoucissent. Les négociations sont ouvertes en forme. Lord Lauderdale et lord Yarmouth sont les deux négociateurs anglais. Le premier est arrivé ce matin. Comme le roi d’Angleterre sait que je veux rester maître de Naples et de la Sicile, on peut regarder ce point comme entendu; toutefois rien n’est encore décidé. Vous aurez un beau royaume; ce sera à vous à pas vous endormir sur le trône et à organiser vigoureusement vos finances, de manière à avoir une bonne marine et une bonne armée. Il ne faut point perdre de vue que la force et une justice sévère sont la bonté des rois. Vous confondez trop la bonté des rois avec la bonté des particuliers. J’attends de savoir la quantité de biens que vous avez confisqués en Calabre , le nombre de révoltés dont avez fait bonne justice. Faites fusiller trois personnes par village, des chefs des rebelles. N’ayez pas plus d’égards pour les prêtres que pour les autres.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au roi de Hollande

Mon Frère, je sens que vous avez besoin de Français pour votre Garde; mais il ne faut point les prendre dans le même corps, et surtout ne pas organiser votre Garde d’une manière aussi coûteuse que la mienne. Si vous voulez avoir 600 hommes de troupes françaises, je crois que le mieux est de les composer de conscrits de choix pris dans les départements, auxquels vous donnerez une masse plus forte, pour que leur habillement soit plus soigné. J’ai été moi-même obligé d’avoir recours à cette méthode, car l’armée ne peut pas me fournir tous les soldats dont j’ai besoin pour ma Garde. Toutefois, si vous persistez à vouloir d’anciens soldats, il faut en prendre tant par corps; mais le nombre de 600 est bien considérable.

L’organisation de votre armée doit marcher d’un seul pas. Je crois que vous n’avez pas de conscription en Hollande. Vous avez besoin de troupes pour vos colonies et pour le continent. Il faut que vous m’envoyiez un mémoire là-dessus, afin que nous calculions les choses de manière que vous ayez des soldats et non de la canaille, et que cela ne nuise pas trop à l’armée française.

 

Saint-Cloud, 5 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, mon intention est que tous les militaires qui obtiennent les Invalides pour des blessures reçues dans la guerre de la troisième coalition soient admis à l’hôtel des Invalides de Paris. Donnez des ordres en conséquence.

 

Saint-Cloud, 6 aout 1806

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES

Le projet sur les missions à l’intérieur, tel qu’il est rédigé, n’organise pas de manière à atteindre le but qu’on se propose.

L’utilité de ces missions se réduit aujourd’hui à quelques départements de montagnes et à ceux de l’ouest. Il faudrait donc avoir une vingtaine de prêtres qu’on élèverait, non point à Lyon, mais à Paris, et qui parleraient le bas-breton et les idiomes particuliers des habitants des montagnes du Languedoc. Ce n’est ni dans les villes, ni dans les autres départements que les missions peuvent être utiles.

Quant aux missions étrangères, il faut voir s’il ne serait pas plus avantageux de les placer à Versailles.

Il ne conviendrait pas de donner les Minimes de la Place des Vosges à l’un de ces établissements. Ce local est beaucoup trop étendu. Il serait beaucoup plus propre à placer les sœurs de la Charité, s’il n’était également plus à propos de les établir à Versailles.