Napoléon, docteur es communication et fabricant de mythes « Mentir comme un Bulletin »

Robert A. Mosher – Traduction : Robert Ouvrard

(Avec l’aimable autorisation des Napoleonic Series)

Né le 15 août 1769, sur l’île de Corse, Napoléone Buonaparte devint, en grande partie grâce à ses propres efforts, Napoléon Bonaparte, Empereur des Français, conquérant de l’Europe et probablement le plus grand soldat de l’Histoire. Le nom de Napoléon Bonaparte survit aujourd’hui comme celui d’un personnage historique et plutôt mythique.  Même aujourd’hui, il est l’une des figures les plus discutées et sur lesquelles on a le plus écrit.  Cela est dû en grande partie à ses propres qualités.  Une partie au moins de ceci est reflété dans les Bulletins de la Grande Armée, écrits sous la supervision de Napoléon, si ce n’est de sa propre main et propagés par son quartier général lorsqu’il était en campagne.

L’historien David Markham a traduit des Bulletins en anglais et les a publiés dans son ouvrage : Imperial Glory: The Bulletins of Napoleon’s Grande Armée, 1805-1814, qui présente la collection complète des Bulletins, ainsi que les Proclamations, décrets, lettres, etc., émanant du quartier-général de la Grande Armée, de 1805 à 1812.  Il s’agit de 37 Bulletins en 1805, 87 en 1806-1807, 30 en 1809 et 29 en 1812.  A ceci, Markham a ajouté les rapports officiels  qui remplacent formellement les Bulletins, en 1813 et 1814, et qui furent envoyés à l’Impératrice, pour être ensuite envoyés au Moniteur.  Il n’y a pas de Bulletin avant la date du couronnement et la création de la Grande Armée en 1805. Markham fait également remarqué qu’il n’existe pas de Bulletins de l’armée française en Espagne, qu’il s’agisse de la période durant laquelle Napoléon s’engage  personnellement (1808-1810) ni plus tard, ni dans l’édition complète des Bulletins en 1822, ni dans l’édition de 1858-1869 de la Correspondance.

Markham, et je pense que cela est correct, range les Bulletins de Napoléon dans la même catégorie que les œuvres écrites par d’autres personnages politiques et militaires historiques ayant écrit sur eux-mêmes et leurs campagnes militaires dans une certaine optique de panégyrique, comme par exemple Jules César dans ses Commentaires. Mais il fait remarquer que César écrivit dans l’espoir de souligner ses efforts pour atteindre le leadership politique, alors que les Bulletins de Napoléon furent écrits après son ascension au trône , et il souligne que leur but fut « de maintenir sa position  et de soutenir les programmes de réformes qu’il espérait développer. ». Toutefois, je pense qu’il est possible d’élargir cette affirmation en ajoutant que, par ses Bulletins, Napoléon essayait également de justifier sa politique intérieure – dont on ne peut dire qu’elle fut totalement réformiste, particulièrement après la mise en place de l’Empire – en même temps l’ensemble de ses engagements politiques,  diplomatiques, militaires et internationaux. A ce sujet, Markham considère que le meilleur ouvrage sur les larges efforts faits par Napoléon pour influencer l’opinion publique reste celui de Robert Holtman (Napoleonic Propaganda, London, Greenwood Press, 1969).

Markham décrit Napoléon comme un “docteur es communication” (master of spin). S’ils ne connaissaient pas cette façon moderne de s’exprimer, au moins les soldats de la grande Armée en avaient compris le sens, puisque « mentir comme un Bulletin » étaient devenu proverbial dans leurs rangs.

Il est clair que le but des Bulletins n’était pas de dénigrer ou critiquer Napoléon, et, de ce fait, on doit s’attende en général à n’y trouver que des aspects positifs. Le lecteur moderne remarquera qu’en fait, ils s’adressent à plusieurs audiences : la Grande Armée et en particulier à ses soldats, le public en général, à l’intérieur de l’Empire ainsi que les populations à travers l’Europe, et, finalement, les rois, les princes et les gouvernements de l’Europe.  Ils étaient publiés dans l’organe officiel, le Moniteur Universel – ou plus simplement le Moniteur. Des copies étaient également envoyées aux autorités locales et étaient apposées sur les murs des églises, dans les jardins des villes et dans les salles officielles.  Les agents à l’étranger, les consuls et les diplomates en expliquaient le contenu à leurs gouvernements. Les journaux, de par le monde, en imprimaient des extraits, soit d’après l’original soit d’après les pages du Moniteur – pratique journalistique habituelle alors, en citant ou en ne citant par les sources.  Napoléon lui-même reconnut qu’il s’agissait bien là des publics pour ses Bulletins, auquel il ajoutait la postérité.  Ce dernier aspect est conforté par un commentaire qu’il fit en 1816 à Sainte-Hélène, et que Las Cases rapporte dans le Mémorial :

L’Empereur vient de parcourir beaucoup de Moniteurs. « Ces Moniteurs, disait-il, si terribles, si à charge à tant de réputations, ne sont constamment utiles et favorables qu’à moi seul. C’est avec les pièces officielles que les gens sages, les vrais talents, écriront l’histoire ; or, ces pièces sont pleines de moi, et ce sont elles que je sollicite et que j’invoque. Il ajoutait qu’il avait fait du Moniteur l’âme et la force de son gouvernement ; son intermédiaire et ses communications avec l’opinion publique, du dedans et du dehors. Tous les gouvernements, depuis,  l’ont imité plus ou moins.

Si Napoleone Buonaparte peut être défini comme un enfant de la Corse, de par sa naissance, Napoléon Bonaparte peut être appelé l’enfant de la Révolution, car sa vie et sa carrière eussent été impossibles sans la Révolution. L’expérience de la Révolution lui enseigna l’importance de l’opinion publique.

Les historiens s’accordent en général à dire que sans la Révolution et les opportunités qu’elle engendra, le jeune officier corse d’artillerie aurait pris sa retraite comme, au plus, le grade de colonel dans l’armée des Bourbons, éventuellement comme instructeur de l’école d’artillerie.

Bien que les violences de la Révolution aient ouvert au jeune officier d’artillerie de nouvelles opportunités, l’environnement politique engendra aussi des dangers. Napoléon fut emprisonné en juillet 1794, peu après le coup d’État du 9 Thermidor qui renversa Robespierre et les radicaux, en raison de son amitié avec le jeune frère du redouté Robespierre. Cependant, le mois d’octobre suivant, après sa remise en liberté, Napoléon accepta de défendre ce même gouvernement modéré, contre un soulèvement royaliste, en faisant usage du canon et « une volée de mitraille » dans les rues de Paris. Napoléon n’était pas favorable aux violences de la rue et, devenu empereur, il écrira, en 1810 (NDLR : à Lebrun, le 26 septembre 1810) « Jamais un peuple n’a raison quand il commence par se révolter »

La notion de “peuple” et de l’opinion évolua au gré de ses expériences. En 1788, le jeune officier écrit à son jeune frère Lucien, au sujet d’une proclamation que ce dernier a fait publier :

J’ai lu votre proclamation. Elle est particulièrement inutile. Il y a trop de mots et pas assez d’idées.  Vous vous laissez aller à de la rhétorique. Cela n’est pas la bonne façon de parler au peuple ; le peuple a plus de jugement que vous ne lui en croyez.

En 1801, le Premier consul Bonaparte déclare au Conseil d’État :

Que m’importe ces faiseurs de bavardage ? Je ne les écoute pas. Pour moi, une seule opinion compte : celle des riches paysans. Tout le reste n’est rien.

Et en 1804, toujours au Conseil d’État :

Nous sommes ici pour guider l’opinion publique, non pour en discuter.

Il écrira le 9 septembre 1804, à Fouché, son ministre de la police :

(Barère) croit toujours qu’il faut animer les masses ; il faut, au contraire, les diriger sans qu’elles s’en aperçoivent.

Et le 10 avril 1806, à Murat :

Je trouve ridicule que vous m’opposiez l’opinion du peuple de Westphalie; que fait l’opinion des paysans aux questions politiques ?

En 1815, au cours d’une conversation, il se laissera à dire :

L’opinion publique est un pouvoir invisible, mystérieux et irrésistible. Rien n’est plus mobile, rien n’est plus vague, rien n’est plus fort.  Quelque capricieuse qu’elle soit, elle est cependant, plus souvent qu’on le croit, sincère, raisonnable et juste.

Enfin, à Sainte-Hélène, en 1817 :

Je me suis toujours accommodé de l’opinion publique et des évènements. J’ai toujours attaché peu d’importance aux opinions individuelles, mais beaucoup à l’opinion publique.

Napoléon eut rarement le moindre doute sur ce que devait être l’opinion publique. Dans une lettre à Fouché du 22 avril 1805, il lui écrit :

Joseph Fouché
Joseph Fouché

Mon intention est donc que vous fassiez appeler, les rédacteurs du Journal des Débats, du Publiciste, de la Gazette de France, qui sont, je crois, les journaux qui ont le plus de vogue, pour leur déclarer que, s’ils continuent à n’être que les truchements des journaux et des bulletins anglais, et à alarmer sans cesse l’opinion, en répétant bêtement les bulletins de Francfort et d’Augsbourg sans discernement et sans jugement, leur durée ne sera pas longue; que le temps de la révolution est fini , et qu’il n’y a plus en France qu’un parti; que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts; qu’ils pourront faire quelques petits articles où ils pourront montrer un peu de venin , mais qu’un beau matin on leur fermera la bouche.

Dans une autre lettre à Talleyrand, de 1806, Napoléon ordonne :

Monsieur Talleyrand, il est de mon intention que les articles politiques du Moniteur soient écrits par le ministre des relations extérieures. Puis, lorsque j’aurai, pendant un mois, observé si elles sont bien faites, j’interdirai aux autres journaux de parler de politique, sauf à copier les articles du Moniteur.

En 1809, Napoléon écrit à son ministre de la guerre :

Toutes les nouvelles doivent être communiquées au Moniteur, mais en même temps il faut prendre soin de supprimer tout ce qu’il est inutile de savoir.

Bien avant son couronnement, Napoléon avait déjà décidé quel devrait être le rôle du Moniteur dans le nouveau régime. Bourrienne raconte qu’une de ses fonctions était de le tenir au courant des nouvelles :

Pendant qu’il se faisait raser, j’avais l’habitude de lui lire les journaux, en commençant toujours par le Moniteur. « Continuez, continuez » me disait-il habituellement lorsque je lisais les journaux français, « je sais ce qu’ils contiennent. Ils ne disent que ce que je leur dit d’imprimer »

Le lecteur des Bulletins verra que la plus grande partie se rapporte aux activités militaires et plans de la Grande Armée et ses opposants – actuels ou potentiels. Il y a les habituels commentaires élogieux sur les soldats, les officiers et les généraux pour telle ou telle action, tout comme, ici et là, des critiques.  Le but de cet article étant d’essayer de montrer comment Napoléon utilisait les Bulletins pour forger son image, j’y ai recherché plus particulièrement les références à sa personne, ses dires et ses actions. Ce ne sont pas, et de loin, ce que l’on trouve dans les Bulletins, de la même façon que les Bulletins ne représentent pas l’unique source contemporaine sur la personnalité de l’empereur, provenant de la cour ou de son quartier général.  Toutefois,  et sans prétention à une présentation définitive, l’art et la manière avec lesquels les Bulletins font référence à Napoléon peuvent être pris comme référence sur la manière dont il entendait être vu par ses contemporains – et par la postérité – puisqu’il fut directement impliqué dans leur préparation et leur publication.

Comme on l’a noté, les Bulletins, ainsi que tous les textes émanant du quartier général de Napoléon, étaient essentiellement le reflet des nouvelles de l’armée et des opérations militaires, et cela ira en croissant durant les années 1812-1814, les nouvelles étant généralement présentées à la troisième personne. Les références les plus fréquentes à la personne de l’Empereur concernent ses déplacements.  Il se s’agit pas seulement de ses allées et venues, mais de faire savoir s’il s’est déplacé à cheval, et s’il était seul ou accompagné de son armée. Il s’agit de montrer que l’Empereur est un homme d’action vigoureux, qui ne s’économise pas et qui partage le sort de ses soldats lorsque l’armée est en campagne.

L’autre plus fréquente référence directe à l’Empereur concerne ses relations avec son armée, ses différentes unités et, plus particulièrement, ses soldats. On le montre fréquemment passant en revue des éléments de son armée, français ou alliés, du plus simple régiment au corps d’armée, et ce de façon de plus en plus fréquente durant la période 1809-1813. De tels épisodes  sont fréquemment liés à l’annonce ou à la remise, par lui-même, de distinctions ou décorations, y compris la Légion d’Honneur, les pensions, etc. On remarquera ici avec intérêt le nombre important  de soldats ou d’unités étrangers, probablement  parce que Napoléon espérait par là se les attacher plus fermement à l’empire.

Quelques exemples suffiront. Le Troisième Bulletin de 1805 (Zumershausen, 10 octobre 1805) rapporte qu’

il pleut beaucoup ; mais cela ne ralentit pas les marches forcées de la grande armée. L’Empereur donne l’exemple : à cheval jour & nuit, il est toujours au milieu des troupes, et partout où sa présence est nécessaire. Il a fait hier quatorze lieues à cheval. Il a couché dans un petit village, sans domestiques & sans aucune espèce de bagage. Cependant l’évêque d’Augsbourg[i][i] avait fait illuminer son palais, et attendu S.M. une partie de la nuit.

Le Sixième Bulletin (Elchingen, 18 octobre 1805) rapporte l’anecdote suivante :

L’Empereur traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnement de voir l’Empereur des français trempé, couvert de boue, autant et plus fatigué que le dernier tambour de l’armée. Un de ses aides de camp lui ayant expliqué ce que disait l’officier autrichien, l’Empereur lui fit répondre : votre maître a voulu me faire ressouvenir que j’étais un soldat ; j’espère qu’il conviendra que le trône et la pourpre impériale ne m’ont pas fait oublier mon premier métier”.

Cette référence à l’empereur d’Autriche suggère qu’il y a là aussi un soupçon de diplomatie personnelle de la part de Napoléon, transmise ici par le biais du Bulletin.

Enfin le Septième Bulletin (Elchingen – 19 octobre 1805) annonce :

L’Empereur n’est pas sorti aujourd’hui d’Elchingen. Les fatigues et la pluie continuelle que, depuis huit jours, il a essuyées, ont exigé un peu de repos. Mais le repos n’est pas compatible avec la direction de cette immense armée. A toute heure du jour et de la nuit, il arrive des officiers avec des rapports, et il faut que l’Empereur donne des ordres. Il paraît fort satisfait de l’activité et du zèle du maréchal Berthier.

Comme il a été dit précédemment, l’un des thèmes favoris des Bulletins sont les revues. Le troisième Bulletin de la campagne de 1805 (Zusmershausen, 10 octobre 1805) offre une description typique, en même temps qu’un portrait de l’Empereur récompensant le courage individuel, au travers d’une anecdote mettant en avant les vertus de la discipline militaire.

L’Empereur a passé en revue les dragons, au village de Zusmarshausen, il s’est fait présenter le nommé Marente, dragon du 4e régiment, un des plus braves soldats de l’armée, qui, au passage du Lech, avait sauvé son capitaine qui, peu de jours auparavant, l’avait cassé de son grade de sous-officier. Sa Majesté lui a donné l’aigle de la légion d’honneur. Ce brave soldat a répondu : “Je n’ai fait que mon devoir ; mon capitaine m’avait cassé pour quelque faute de discipline ; mais il sait que j’ai toujours été un bon soldat.”

(…)

L’Empereur a ensuite témoigné aux dragons sa satisfaction de la conduite qu’ils ont tenue au combat de Wertingen. Il s’est fait présenter, par régiment, un dragon, auquel il a également donné l’aigle de la légion d’honneur.

(…)

Le chef d’escadron Excelmans, aide de camp de S. A. S. le prince Murat, a eu deux chevaux tués. C’est lui qui a apporté les drapeaux à l’Empereur, qui lui a dit : Je sais qu’on ne peut être plus brave que vous ; je vous fais officier de la légion d’honneur.

Le Vingt-Deuxième Bulletin de la campagne de 1806 (Berlin, 29 octobre 1806), décrivant l’une de ces revues, contient une portion d’ironie involontaire. Alors qu’il n’y a aucune…. dans la…. Offerte au maréchal Davout et à ses soldats après la victoire d’Iéna, le 14 octobre, rien cependant n’indique que, alors que l’Empereur a conduit personnellement à la victoire 90.000 soldats face à environ la moitié de Prussiens, les 27.000 soldats de Davout ont, de leur côté, battus presque le double de Prussiens, près d’Auerstaedt. Dans le Bulletin, la bataille prend le seul et unique nom de Iéna :

L’Empereur a passé, le 28, la revue du corps du maréchal Davoust, sous les murs de Berlin.  Il a nommé à toutes les places vacantes; il a récompensé les braves.  Il a ensuite réunit les officiers et sous officiers en cercle, et leur a dit: «Officiers et sous officiers du 3e corps d’armée, vous êtes couverts de gloire à bataille d’Iéna; j’en conserverai un éternel souvenir.  Les braves qui sont morts, sont morts avec gloire.  Nous devons désirer de mourir dans des circonstances si glorieuses.»  En passant la revue des 12e, 61e et 85e régiments de ligne qui ont le plus perdu à cette bataille, parce qu’ils ont dû soutenir les plus grands efforts, l’Empereur a été attendri de savoir morts ou grièvement blessés beaucoup de ses vieux soldats dont il connaissait le dévouement et la bravoure depuis quatorze ans.  Le 12e régiment surtout a montré une intrépidité digne des plus grands éloges.

Les Bulletins racontent également fréquemment les compliments exprimés par Napoléon au sujet d’unités ou de simples soldats et les décorations distribuées immédiatement après la bataille, en dehors de toute revue. Le Vingt-Cinquième Bulletin de la campagne de 1809 (Schönbrunn, 16 novembre 1809) présente ainsi Napoléon offrant une forme particulière de reconnaissance, la commande d’un tableau :

Pendant la guerre dernière, le 78e régiment de ligne avait perdu deux drapeaux dans les grisons; cette perte était depuis longtemps pour ce corps le motif d’une affliction profonde. Ces braves savaient que l’Europe n’avait point oublié leur malheur, quoiqu’on ne pût en accuser leur courage. Ces drapeaux, sujets d’un si noble regret, se sont trouvés dans l’arsenal d’Inspruck ; un officier les a reconnus ; tous les soldats sont accourus aussitôt. Lorsque le maréchal Ney les leur a fait rendre avec pompe, des larmes coulaient des yeux de tous les vieux soldats. Les jeunes conscrits étaient fiers d’avoir servi à reprendre ces enseignes enlevées à leurs aînés par les vicissitudes de la guerre. L’Empereur a ordonné que cette scène touchante soit consacrée par un tableau.

Cette commande fut faite au peintre Charles Meynier (1768-1832) et se trouve aujourd’hui au musée du Château de Versailles.

Le Sixième Bulletin de la campagne de 1809 (Sankt-Pölten) rapporte un évènement semblable :

Le général de brigade Colbert a emmené le 20e de chasseurs à cheval charger un régiment de uhlans, dont 500 ont été faits prisonniers. Le jeune Lauriston, âgé de 18 ans, et qui, il y a à peine six mois, était encore page, a vaincu en combat singulier le commandant des uhlans et l’a fait prisonnier. Sa Majesté lui a donné la croix de la Légion d’honneur.

Une relation semblable figure dans le Quinzième Bulletin de la campagne de 1812 (Slawkowo, 27 août 1812)

Le lendemain de la bataille de Vaultino, Sa Majesté à donné au 12e et 21e de ligne et au 7e léger, un grand nombre de croix de la Légion d’honneur, pour être distribuées aux capitaines, lieutenants, sous-officiers et soldats. La sélection a été faite immédiatement, dans un cercle formé devant l’Empereur, et ont été confirmées par acclamations des troupes.

La reconnaissance impériale ne se limitait pas aux distinctions décorations individuelles, comme le montre le Quatorzième Bulletin de la campagne de Russie (Smolensk, 23 août 1812)

Le jour suivant, à trois heures du matin, l’Empereur a distribué des récompenses sur le champ de bataille, à tous les régiments qui s’étaient distingués. ; et comme le 127e, qui est un nouveau régiment, s’était bien comporté, Sa Majesté l’a récompensé  en lui donnant le droit d’avoir une aigle, un privilège qu’il n’avait pas encore eut, n’ayant encore jamais été présent sur un champ de bataille.

Le 127e avait été formé en 1811 à Hambourg, à partir de l’ancienne Légion Hanovrienne et de conscrits. Malheureusement, son aigle fut bientôt abandonné, sur le champ de bataille de Krasnoie, aux Cosaques du Don, et se trouve désormais dans la cathédrale de Saint-Petersbourg.

Le Cinquante-Huitième Bulletin de la campagne de 1806-1807 (Preussisch-Eylau – 9 février 1807) raconte un autre épisode concernant une aigle perdue par un bataillon durant la bataille d’Eylau, probablement capturée par l’ennemi. .

L’aigle d’un des bataillons du 18e régiment ne s’est pas retrouvée; elle est probablement tombée entre les mains de l’ennemi.  On ne peut en faire un reproche à ce régiment; c’est, dans la position où il se trouvait, un accident de guerre; toutefois l’Empereur lui en rendra un autre, lorsqu’il aura pris un drapeau à l’ennemi.

Les Bulletins rapportent également plusieurs fois des anecdotes décrivant les rapports de Napoléon  avec des officiers et des soldats mortellement blessés, et présentant leurs dernières paroles ou leur serments d’attachement à l’Empereur.

Tel est le cas du Quinzième Bulletin de la campagne de 1805 (Braunau, 31 octobre 1805)

Le 8e régiment de dragons a soutenu sa vieille réputation. Un maréchal-des-logis de ce régiment ayant eu le poignet emporté, dit devant le prince, au moment où il passait : Je regrette ma main, parce qu’elle ne pourra plus servir notre brave Empereur. L’Empereur, en apprenant ce trait, a dit : «Je reconnais bien là les sentiments du 8e. Qu’on donne à ce maréchal-des-logis une place avantageuse, et selon son état, dans le palais de Versailles.»

Le Soixante-Troisième Bulletin de la campagne de 1806-1807 (Osterode, 28 février 1807), relate un épisode encore plus triste :

Le capitaine des grenadiers à cheval de la Garde impériale, Auzouy, blessé à mort à la bataille d’Eylau, était couché sur le champ de bataille. Ses camarades viennent pour l’enlever et le porter à l’ambulance. Il ne recouvre ses esprits que pour leur dire : “Laissez-moi mes amis; je meurs content, puisque nous avons la victoire, et que je puis mourir sur le lit d’honneur, environné des canons pris à nos ennemis et des débris de leur défaite. Dites à l’Empereur que je n’ai qu’un regret; c’est que, dans quelques moments, je ne pourrai plus rien pour son service et pour la gloire de notre belle France. A elle mon dernier soupir. L’effort qu’il fit pour prononcer ces paroles épuisa le peu de forces qui lui restaient.

Les maréchaux, les généraux et même les proches de Napoléon étaient tous exposés aux risques des batailles et l’Empereur fut souvent capable de gestes de reconnaissance.

Ce même Soixante-Troisième Bulletin (Osterode, 28 fÉvrier 1807) relate la mort du général d’Hautpoul, tué à la tête de la 2e division de cuirassiers à la bataille d’Ostrolenka. L’Empereur ordonna que les canons capturés ce jour là soient utilisés pour faire une statue du général.

Sa Majesté a envoyé à Paris les seize drapeaux pris à la bataille d’Eylau. Tous les canons sont déjà dirigés sur Thorn. Sa Majesté a ordonné que ces canons seraient fondus, et qu’il en serait fait une statue en bronze du général d’Hautpoul, commandant la 2e division de cuirassiers, dans son costume de cuirassier.

Ce projet, cependant, ne fut pas réalisé et on ne possède, de nos jours, que les esquisses.

A propos de canons, le Soixante-Cinquième Bulletin, écrit quelques jours plus tard (10 mars 1807) que :

L’Empereur n’a jamais perdu le moindre canon dans les armées qu’il a commandé, soit durant les premières campagnes d’Italie ou en Egypte, soit à l’Armée de Réserve, ou à celle d’Autriche et de Moravie, de Prusse et de Pologne

De telles remarques ne seront plus d’actualité à la fin de son règne.

Le Dixième Bulletin de la campagne de 1809 (Ebersdorf, 23 mai 1809) relate la visite de Napoléon au chevet de Lannes :

La mort de Lannes Boutigny
La mort de Lannes Boutigny

Le duc de Montebello a eu la cuisse emportée par un boulet, le 22, sur les six heures du soir. L’amputation a été faite, et sa vie est hors de danger. Au premier moment on le crut mort; transporté sur un brancard auprès de l’Empereur, ses adieux furent touchants. Au milieu des sollicitudes de cette journée, l’Empereur se livra à la tendre amitié qu’il porte depuis tant d’années à  ce brave compagnon d’armes. Quelques larmes coulèrent de ses yeux, et, se tournant vers ceux qui l’environnaient : “Il fallait, dit-il, que dans cette journée mon cœur fût frappé par un coup aussi sensible, pour que je pusse m’abandonner à d’autres soins qu’à ceux de mon armée.” Le duc de Montebello avait perdu connaissance; la présence de l’Empereur le fit revenir; il se jeta à son cou en lui disant: « Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la conviction d’avoir été et d’être votre meilleur ami. “

La réaction de Napoléon à l’égard d’une autre perte durant la campagne de 1813, sera rapportée dans le Moniteur du 30 mai, dans un rapport de l’armée, transmise par l’Impératrice Marie-Louise :

A 7 heures du soir de cette journée du 22, le Grand Maréchal du Palais, le duc de Frioul, se trouvait sur une petite éminence, avec le duc de Trévise et le général Kirgener, tous trois ayant mis pied à terre, et à une distance suffisante du feu, lorsque l’un des derniers boulets tirés par l’ennemi s’abattit près du duc de Trévise, …. Le bas du corps du Grand Maréchal et tua le général Kirgener. Le duc de Frioul devina aussitôt qu’il était atteint mortellement, et il expira douze heures plus tard.

Aussitôt que les sentinelles furent placées et que l’armée eut pris ses bivouacs, l’Empereur se rendit voir le duc de Frioul. Il le trouva parfaitement maître de lui-même et …… L’Empereur donna  sa main à l’Empereur, qui la pressa sur ses lèvres. « Toute ma vie, lui dit-il, a été consacrée à votre service, je ne regrette pas de la perdre, mais l’usage que j’aurais pu encore en faire pour vous ! » « Duroc, dit l’Empereur, il y a une autre vie ! C’est là que vous m’attendrez, et où  nous nous retrouverons un jour ! » « Oui, Sire, mais ce sera dans 30 ans, lorsque vous aurez triomphé de tous vos ennemis et réalisé tous les espoirs de notre pays. J’ai vécu en honnête homme. Je n’ai rien à me reprocher. Je laisse une fille derrière moi; Votre Majesté prendra la place d’un père auprès d’elle. »

L’Empereur, prenant la main droite du Grand Maréchal, resta un quart d’heure, la tête appuyée sur sa main droite, dans un profond silence. Le Grand Maréchal fut le premier à rompre le silence. « Ah ! Sire !, s’écria-t-il, partez, ce spectacle vous rend triste ! » L’Empereur, s’appuyant sur le duc de Dalmatie et sur le Grand Ecuyer, quitta le duc de Frioul, ne pouvant dire que ces mots : « Adieu donc, mon Ami ! » Sa Majesté retourna à sa tente et ne voulu recevoir personne de la nuit.

Les Bulletins rapportent également les décisions de Napoléon concernant les soldats tués et leurs familles. Encore présent sur le champ de bataille d’Austerlitz, il promet, dans une Proclamation, une pension à vie pour les veuves des généraux tués durant la bataille, promesse qu’il concrétise, et élargit, dans une décret du 7 décembre :

Camp impérial d’Austerlitz, 7 décembre 1805

DÉCRET

ARTICLE 1-. – Les veuves des généraux morts à la bataille d’Austerlitz jouiront d’une pension de 6,000 francs leur vie durant; les veuves des colonels et des majors, d’une pension de 2,400 francs; les veuves des capitaines, d’une pension de 1,200 francs; les veuves des lieutenants et sous-lieutenants, d’une pension de 800 francs; les veuves des soldats, d’une pension de 200 francs.
ART. 2. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret, qui sera mis à l’ordre du jour de l’armée et inséré au Bulletin des Lois.

Dans un autre décret, il adopte les enfants des tués, et prend soin de leur éducation aux frais de l’empire, au palais de Rambouillet (pour les garçons) et de Saint-Germain (pour les filles). Enfin, tous ces enfants recevront l’autorisation d’ajouter le prénom Napoléon à leurs noms et prénoms.

Camp impérial d’Austerlitz, 7 décembre 1805

DÉCRET

ARTICLE 1er-. – Nous adoptons tous les enfants des généraux, officiers et soldats français morts à la bataille d’Austerlitz.
ART. 2. – Ils seront tous entretenus et élevés à nos frais; les garçons dans notre palais impérial de Rambouillet, et les filles dans notre palais impérial de Saint-Germain. Les garçons seront placés, et les filles mariées par nous.
ART. 3. – Indépendamment de leurs noms de baptême et de famille, ils auront le droit d’y joindre celui de Napoléon. Notre grand juge, ministre de la justice, fera remplir toutes les formalités voulues à cet égard par le code civil.
ART. 4. – Notre grand maréchal du palais et notre intendant général de la couronne sont chargés de l’exécution du présent décret, qui sera mis à l’ordre du jour de l’armée et inséré au Bulletin des lois.

Le Dix-Septième Bulletin de la campagne de Prusse (Postdam, 25 octobre 1806) rapporte un fait similaire :

En route, l’Empereur étant à cheval, pour se rendre de Wittemberg à Postdam, a été surpris par un orage, et à mis pied à terre dans la maison du grand-veneur de Saxe.  S. M. a été fort étonnée de s’entendre appeler par son nom par une jolie femme; c’était une Egyptienne, veuve d’un officier français de l’armée d’Egypte, et qui se trouvait en Saxe depuis trois mois; elle demeurait chez le grand-veneur de Saxe, qui l’avait recueillie et honorablement traitée.  L’Empereur lui a fait une pension de 1200 fr. et s’est chargé de placer son enfant.  “C’est la première fois, a dit l’Empereur, que je mets pied à terre pour un orage; j’avais le pressentiment qu’une bonne action m’attendait là.”

Finalement, les Bulletins reflètent les aléas des attitudes, intérêts et besoins en matière de diplomatie.

Le Dixième Bulletin de la campagne de 1805 (Augsburg, 22 octobre 1805) rapporte que l’Empereur a mis de côté 20.000 fusils pris aux Autrichiens, pour qu’ils soient remis à l’armée et à la garde nationale bavaroise.

L’Empereur vient de faire présent aux bavarois de 20,000 fusils autrichiens pour l’armée & les gardes nationales.

Le thème de l’aide à accordée à la Bavière revient quelques semaines plus tard.  Le Vingt-Troisième Bulletin (Schönbrunn, 14 novembre 1805) relate que l’Empereur a présenté à l’Électeur de Bavière 15.000 mousquets pris dans les arsenaux de Vienne et que tous les canons antérieurement pris à la Bavière par l’Autriche leur seront rendus.

Le Trentième Bulletin de la campagne de 1805 (Austerlitz, 3 décembre 1805) retranscrit un dialogue diplomatique pris sur le vif, entre Napoléon et un officier (envoyé) russe. Ici, l’audience potentielle inclus la Grande Armée, le public français mais aussi les « têtes couronnées de l’Europe ».

Contre l’usage de l’Empereur, qui ne reçoit jamais avec tant de circonspection les parlementaires à son quartier-général, il se rendit lui-même à ses avant-postes. Après les premiers compliments, l’officier russe voulut entamer des questions politiques. Il tranchait sur tout avec une impertinence difficile à imaginer ; il était dans l’ignorance la plus absolue des intérêts de l’Europe et de la situation du Continent. C’était en un mot un jeune trompette de l’Angleterre. Il parlait à l’Empereur, comme il parle aux officiers russes, que depuis longtemps il indigne par sa hauteur et ses mauvais procédés. L’Empereur contint toute son indignation, et ce jeune homme qui a pris une véritable influence sur l’empereur Alexandre, retourna plein de l’idée que l’armée française était à la veille de sa perte. On se convaincra de tout ce qu’a dû souffrir l’Empereur quand on saura que sur la fin de la conversation, il lui proposa de céder la Belgique et de mettre sa couronne de fer sur la tête des plus implacables ennemis de la France

Le Bulletin commente cette conversation :

Si la France ne peut arriver à la paix qu’aux conditions que l’aide-de-camp Dolgoroucki a proposées à l’Empereur, et que M. de Novosilzof avait été chargé de porter, la Russie ne les obtiendrait pas, quand même son armée serait campée sur les hauteurs de Montmartre

Ces observations prédisent en fait exactement ce qui se passera en 1814, quand les troupes russes “camperont sur les collines de Montmarte” et que Napoléon sera forcé d’abdiquer et de s’exiler à l’île d’Elbe.

Le Trente-et-Unième Bulletin (Austerlitz, 5 décembre 1805) contient, quant à lui, un message diplomatique relativement différent, par le moyen de la description d’une rencontre de l’Empereur avec un autre officier russe :

Il ne faut point taire un trait qui honore l’ennemi : le commandant de l’artillerie de la garde impériale russe venait de perdre ses pièces ; il rencontra l’Empereur : Sire, lui dit-il, faites-moi fusiller, je viens de perdre mes pièces. – Jeune homme, lui répondit l’Empereur, j’apprécie vos larmes; mais on peut être battu par mon armée et avoir encore des titres à la gloire.

La aussi il s’agit une anecdote destinée à une audience multiple, et permettant à Napoléon de glorifier ses soldats et, en même temps, d’ouvrir une petite fenêtre aux Russes, en reconnaissant leur valeur.

Le Deuxième Bulletin de la campagne de Prusse (Auma, 12 octobre 1806) donne à Napoléon l’opportunité d’adresser une série de messages au sujet d’un autre ennemi politique et militaire, le prince Louis de Prusse :

La mort du prince Louis de Prusse
La mort du prince Louis de Prusse

Voyant ainsi la déroute de ses gens, le prince Louis de Prusse, en brave et loyal soldat, se prit corps à corps avec un maréchal-des-logis du 10e régiment de hussards.  Rendez-vous, colonel, lui dit le hussard, ou vous êtes mort.  Le prince lui répondit par un coup de sabre; le maréchal-des-logis riposta par un coup de pointe, et le prince tomba mort.  Si les derniers instants de sa vie ont été ceux d’un mauvais citoyen, sa mort est glorieuse et digne de regrets.  Il est mort comme doit désirer de mourir tout bon soldats.  Deux de ses aides de camp ont été tués à ses côtés.  On a trouvé sur lui des lettres de Berlin, qui font voir que le projet de l’ennemi était d’attaquer incontinent, et que le parti de la guerre, à la tête duquel étaient le jeune prince et la reine, craignait toujours que les intentions pacifiques du roi, et l’amour qu’il porte à ses sujets ne lui fissent adopter des tempéraments, et ne déjouassent leurs cruelles espérances.  On peut dire que les premiers coups de la guerre ont tué un de ses auteurs.

Le Seizième Bulletin (Wittemberg, 23 octobre 1806) offre une variante diplomatique, Napoléon récompensant ses soldats au détriment de son ennemi, l’Angleterre

L’Empereur a ordonné de faire présent, sur la grande quantité de draps anglais trouvés à Leipsick, d’un habillement complet à chaque officier, et d’une capote et d’un habit à chaque soldat.

De nombreux Bulletins décrivent les décisions punitives prises par Napoléon en 1806, dans le cadre de sa campagne diplomatique à l’égard de plusieurs principautés allemandes, concernées par la création de la Confédération du Rhin. Le Vingt-Septième Bulletin (Berlin, 6 novembre 1806) rapporte :

L’Empereur a ordonné que les forteresses de Hanau et de Magdebourg soient détruites, que tous les magasins  et arsenaux soient expédiés á Mentz, que toutes les troupes soient désarmées et que, partout, les armoiries souveraines de Hesse-Cassel soient enlevées.

Le Trente-Deuxième Bulletin (Berlin, 16 novembre), quant à lui, précise :

Le roi de Hollande a fait prendre possession du Hanovre par le corps du général Mortier.  Les aigles prussiennes et les armes électorales en ont été ôtées ensemble.

L’Empereur offrait des encouragements en même temps que des punitions.

Ainsi, le Quarante-Deuxième Bulletin (Posen, 15 décembre 1806) rapporte que :

S. M. a désapprouvé la levée des contributions frappées sur les Etats de Saxe-Gotha et Saxe-Meinungen, et a ordonné de restituer ce qui a été perçu. Ces princes n’ayant point été en guerre avec la France, et n’ayant point fourni de contingent à la Prusse, ne devaient point être sujets à des contributions de guerre.

Napoléon vise une autre audience, lorsqu’il fait dire au Trente-Septiéme Bulletin (Posen, 2 décembre 1806) :

Voici la capitulation du fort de Czentoschau.  Six cents hommes qui enfermaient la garnison, trente bouches à feu, des magasins sont tombés en notre pouvoir.  Il y a un trésor formé de beaucoup d’objets précieux, que la dévotion des Polonais avait offerts à une image de la vierge, qui est regardée comme la patronne de la Pologne.  Ce trésor avait été mis sous le séquestre, mais l’Empereur a ordonné qu’il fût rendu.

Mais, dans le Cinquantième Bulletin (Varsovie, 13 janvier 1807), ce sont les Turcs et les Russes que Napoléon vise directement :

Des lettres arrivées de Bucharest donnent des détails sur les préparatifs de guerre de Barayctar et du pacha de Widdin.  Au 20 décembre, l’avant-garde de l’armée turque forte de 15,000 hommes, était sur les frontières de la Valachie et de la Moldavie.  Le prince d’Olgoroucki s’y trouvait aussi avec ses troupes.  Ainsi l’on était en présence.  En passant à Bucharest, les officiers turcs paraissaient forts animés; ils disaient à un officier français qui se trouvait dans cette ville: «les Français verront de quoi nous sommes capables.  Nous formons la droite de l’armée de Pologne, nous nous montrerons dignes d’être loués par l’Empereur Napoléon.»

 

Les exemples ci-dessus montre que Napoléon fit un usage varié des Bulletins. Il cherchait à resserrer les liens avec les soldats français et à bâtir des      avec ceux des pays alliés, en mettant en lumière leur commune expérience. De la même façon, les gestes charitables racontés assuraient les soldats que leurs familles seraient prises en charge quoiqu’il puisse leur arriver sur le champ de bataille. Il ….. son dialogue diplomatique par les anecdotes choisies et les homélies qui y étaient insérées, mettant en avant son désir de paix ou sa détermination á défendre son empire et ses alliés, avec les moyens qu’il jugeait appropriés.

Bibliographie

Chandler, David.  Dictionary of the Napoleonic Wars.  New York: MacMillan Publishing Company, 1979.

Chandler, David.  Napoleon’s Marshals.  New York: MacMillan Publishing Company, 1987.

Herold, J. Christopher. The Mind of Napoleon, A Selection from His Written and Spoken Words. New York: Columbia University Press, 1969.

Markham, J. David.  Imperial Glory: The Bulletins of Napoleon’s Grand Armée, 1805-1814.  London: Greenhill, 2003.

Smith, Digby.  Napoleon’s Regiments:  Battle Histories of the Regiments of the French Army, 1792-1815.  London: Greenhill, 2000.

Pour la version française de cet article, on a fait usage des Bulletins tels qu’ils sont présentés sur ce site. Les citations du Mémorial viennent de l’édition Garnier de 1948.