Correspondance de Napoléon – Janvier 1814

Paris, 13 janvier 1814.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au général de division Dufour de se porter avec la brigade Jarry à Arcis-sur-Aube, où il réunira également les deux batteries qui de la Fère doivent arriver à Nogent le 16 ou le 17.

Donnez ordre qu’il soit formé quatre régiments provisoires de ca­valerie, un de cuirassiers, un de dragons, un de chevau-légers et un de hussards et de chasseurs, de tous les détachements qui doivent partir de Versailles et qui forment la brigade du général Delort.

En conséquence, il sera nommé un colonel et deux chefs d’esca­drons de cuirassiers, un colonel et deux chefs d’escadrons de dra­gons , un colonel et deux chefs d’escadrons de chevau-légers, et un colonel et deux chefs d’escadrons de hussards ou de chasseurs, pour commander ces régiments provisoires.

Les 600 chevaux qui ont passé à la revue ce matin ou qui sont à Versailles commenceront à former le fond de ces quatre régiments. Les détachements que les dépôts de cavalerie qui sont du côté de Troyes pourront fournir ne devront pas venir jusqu’à Versailles, à moins que ce ne soit nécessaire pour leur équipement, et pourront rejoindre directement la brigade Delort.

Donnez ordre que ces 600 chevaux partent demain de Paris et de Versailles pour arriver le 15 à Meaux, où il est nécessaire que le général Delort ait son quartier général, pour s’occuper de l’instruc­tion et de la parfaite organisation de cette cavalerie.

Il sera attaché une batterie d’artillerie à cheval à la brigade Delort. Faites-moi connaître de quelle batterie on peut disposer pour cette destination. Vous ne lui ferez faire aucun mouvement qu’après me l’avoir soumis.

Remettez-mai l’état du mouvement de la division Dufour, ainsi que des batteries et du génie de cette division.

 

Paris, 13 janvier 1814.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au prince Borghèse de garder toujours à Alexandrie une division de 8,000 hommes, pour y former une réserve et être assuré dans toutes les circonstances de la conser­vation de cette place importante. Recommandez-lui aussi d’y faire entrer une grande quantité de vivres.

 

Paris, 13 janvier 1814.

Au général Nansouty, commandant la cavalerie de la Garde impériale, à Paris.

Le général Nansouty verra Les bureaux de la guerre, et trouvera ci-jointe l’organisation qu’on m’avait soumise pour la formation de deux divisions de cavalerie qu’on devait former à Versailles. J’avais décidé que tout ce qui se trouve dans la 1e division militaire fût monté sans délai par les soins des départements, afin de profiter de tous les hommes qui seraient à Versailles. Je vois que, depuis, on a fait diriger sur Versailles 1,200 hommes à pied qui se trouvaient à Juliers, et prescrit de les répartir entre les différents régiments, sans songer à quels régiments ils appartenaient. Cette mesure me parait très-vicieuse. Il y a dans ce moment déjà arrivés à Paris près de 600 chevaux; il faut les diriger, comme je l’ai ordonné, sur Meaux et en former autant de régiments qu’il y a d’armes différentes : un de cuirassiers, un de dragons, un de chevau-légers, un de chas­seurs et de hussards. Nommez des colonels et des chefs d’escadrons pour les commander, sans comprendre les 1,200 hommes de Ju-Hers. Ces régiments sont portés pour avoir, avec leurs dépôts, 3,230 hommes. Il faudrait savoir si ces hommes sont des hommes disponibles et quels ordres le ministre de la guerre leur a donnés. Pour ces 3,230 hommes il n’y a que 1,043 chevaux. Il faut savoir si ces 1,043 chevaux sont disponibles, savoir si tout ce qui est porté dans la case des chevaux aux dépôts est disponible. On proposait de lever 3,400 chevaux; il faut savoir les mesures qu’on a prises pour lever ces 3,400 chevaux; je sais que les mesures ont été prises pour avoir le harnachement à Paris. Quand je serai instruit de tout ce qui a été fait et de ce qui est en mouvement, je verrai ce qu’il y aura à faire. Je ne vois pas d’inconvénient que les 1,200 hommes qui arri­vent de Juliers soient montés à Versailles, si l’on a pris des mesures pour les remontes et le harnachement à Versailles. Mais il faut avoir l’état des officiers et sous-officiers qui sont dans ces 1,200 hommes et connaître à quels régiments ils appartiennent, ne voulant rien ôter à aucun régiment. Ils seront censés venir à Versailles comme on vient à un dépôt de remonte. Quand je saurai à quels régiments ils appar­tiennent, je statuerai sur ce qui doit être fait de ces 1,200 hommes. Mais, en opérant sur les 3,230 hommes, il faut connaître quels sont les cadres que chacun de ces régiments a à son dépôt, et pour cela il faut prendre connaissance de chaque régiment, de ce qu’il a con­servé aux escadrons de guerre et de ce qu’il a envoyé an dépôt. Il faut avoir là des cadres définitifs de compagnie ou d’escadron, mon intention étant de leur faire joindre leurs régiments aussitôt que faire se pourra. Presque tous les dépôts de cavalerie étaient sur le Rhin, la Meuse, la Moselle, en Alsace et en Franche-Comté. Il faut faire un travail général. Partie de ces dépôts a été enfermée dans les places qui sont déjà bloquées; cela est sans remède. Partie a été dirigée sur d’autres lieux, partie est en Champagne, en Bourgogne et encore en Lorraine. Il faut me présenter un travail pour faire venir tous ces dépôts derrière Paris, ce qui conduira à un coup d’œil général sur toute notre cavalerie, régiment par régiment.

Le 2e corps de cavalerie a été formé à une seule division. J’ai donné le même ordre au 1er corps; je ne sais pas s’il a été exécuté. Il me paraîtrait donc nécessaire que le général Nansouty prît des renseignements et me fit un rapport général de la cavalerie. J’ai requis beaucoup de chevaux ; on a fait des marchés pour d’autres : il faut savoir où cela en est. Toutes les mesures qui ont été prises se trouvent contrariées par le mouvement des dépôts. II est donc néces­saire de centraliser tout cela dans un point comme Versailles et de sub­stituer à l’administration des corps une administration centrale à Paris.

Quant à l’armée d’Espagne, tous les dépôts sont dans le Midi; il n’y a rien à changer. Les régiments sont restés dans le Midi. Je vois, par l’état qu’on m’a remis, qu’on a tiré 3,900 hommes de ces diffé­rents dépôts pour Versailles; qu’on y a envoyé 1,124 hommes de ceux qui viennent de Juliers, ce qui est une mesure fausse. Il faut donc joindre ces 1,124 hommes aux 1,200 de la 1e division, ce qui fait 2,324 hommes qui arrivent de Juliers. Il faut connaître à quels régiments ils appartiennent, comme j’ai dit ci-dessus. Quels ordres a-t-on donnés aux 3,900 hommes des régiments d’Espagne ? Sont-ils déjà en route pour Versailles ? Y viennent-ils habillés ?

Les chevaux existant aux dépôts étaient au nombre de 2,000 ; on en porte 3,000 à lever. Quelles mesures a-t-on prises ? Enfin est-on sûr, aux dépôts d’Espagne, d’avoir des cadres complets, car la cava­lerie sans cadres offre peu d’espérance ? Il ne faut rien contremander de ce qu’on a fait, mais il faut que le général Nansouty prenne des renseignements bien positifs, pour m’en rendre compte. J’ai donné l’ordre que lu moitié de la cavalerie de l’armée d’Espagne se rendît à Orléans. Peut-être serait-il avantageux de laisser, pour incorporer dans ce qui resterait en Espagne, ce qu’on tirerait des dépôts; je déciderai là-dessus aussitôt que j’aurai connaissance de cette opération.

Il y a à l’armée le 3e corps de cavalerie, dont les détachements qui le composent appartiennent à l’armée d’Espagne. Ces dépôts se divisent en deux : ceux qui font partie de régiments qui d’Espagne vont venir à Paris ; ceux-là, on leur fera rejoindre leurs régiments, aussitôt que faire se pourra : d’autres appartiennent à des régiments qui restent à l’armée d’Espagne ; il sera convenable de les incorporer définitivement dans le 3e corps, où il y a de bons cadres. Le général Nansouty prendra aussi connaissance de tous les colonels, majors et chefs d’escadrons, pour savoir s’ils existent, ainsi que de tous les cadres, compagnie par compagnie, et où existent ces cadres.

Pour les selles, une grande quantité de selles est à Charlemont. Je m’étais refusé à ce qu’on les fit venir à Versailles ; mais dans la posi­tion actuelle c’est une mesure convenable, non-seulement pour ces harnachements ainsi que pour les bottes et habillements qui appar­tiennent à l’administration de la guerre, de venir à un dépôt cen­tral, à Versailles. Tout ce qui appartient aux corps suivra les dépôts cd arrière de Paris, pour n’avoir plus à se déplacer.

Cuirassiers (Cavalerie réunie à Versailles.) —Le 8e de cuiras­siers doit avoir un escadron ou deux compagnies, 230 hommes ; le 4e cuirassiers, 230, deux compagnies; le 7e, 300, deux compa­gnies; le 14e, 180, deux compagnies, et le 13e, 240, deux compa­gnies; ce qui fera cinq escadrons ou dix compagnies; ce qui ferait une belle brigade de cuirassiers ou un régiment provisoire de cuiras­siers de 1,200 hommes. Il faut y nommer un colonel et deux chefs d’escadrons.

Le 8e de cuirassiers, les 4e et 7e qui sont déjà arrivés, se ren­dront à Meaux, où le colonel et un chef d’escadrons les rejoindront. L’autre chef d’escadrons se rendra à Versailles pour attendre le 13e et le 14e.

Dragons. — Le 5e dragons doit fournir quatre compagnies ou deux escadrons, 400 hommes. Ce régiment étant à Provins, il sera inutile de le faire venir à Versailles.

Le 17e dragons doit fournir quatre compagnies ou 500 hommes ; le 4e dragons, deux compagnies ou 240 hommes; le 14e dragons, quatre compagnies ou 380 hommes. Ce régiment provisoire se réu­nira également à Meaux. Il faut lui nommer un colonel de dragons et deux chefs d’escadrons. Le colonel de dragons se rendra à Meaux, où le 5e de dragons se porte aujourd’hui.

Chevau-légers. — Le 1er chevau-légers doit fournir deux compa­gnies; le 2e, deux compagnies; le 5e, deux compagnies; le 9e, deux compagnies; le 3e, deux compagnies; le 4e, une compagnie; ce qui fera un régiment provisoire de chevau-légers. Nommer un colonel et deux chefs d’escadrons.

Chasseurs. — Le 3e de chasseurs était à Joinville et le 24e à Joigny ; il serait inutile de les faire venir à Versailles. Il faudrait tirer des trois autres dépôts qui sont à Troyes de quoi compléter un régiment provisoire.

CAVALERIE VENANT D’ESPAGNE.

Dragons. — 12e dragons, deux escadrons ou quatre compagnies; 16e, deux escadrons ou quatre compagnies ; 21e, un escadron ou deux compagnies; 26e, un escadron ou deux compagnies; 27e, un esca­dron ou deux compagnies ; ce qui fait un régiment provisoire de dra­gons de l’armée d’Espagne, de quatorze compagnies.

Cavalerie légère. — 5e chasseurs, deux escadrons ou quatre com­pagnies; 13e, deux escadrons ou quatre compagnies; 22e, deux escadrons ou quatre compagnies; 10e, un escadron ou deux compa­gnies; 2e hussards, deux escadrons ou quatre compagnies ; 12e, deux escadrons ou quatre compagnies, ce qui fait un régiment provisoire de cavalerie légère. Désigner un colonel et deux chefs d’escadrons pour chacun de ces deux régiments provisoires de l’armée d’Espagne.

 

Paris. 13 janvier 1814.

Au général comte Bertrand, grand-maréchal du palais, à Paris

Je vous envoie une note du conseiller d’État Costaz. Vous y verres que la partie de Paris qui n’a pas de murailles se monte à 400 toises. Il faut donc, sous quelque prétexte, faire préparer sur-le-champ des corps d’arbres pour des palissades qu’on pourrait placer, lorsque le moment serait arrivé, en avant de la palanque actuelle, qui est faible. Il faut aussi commander la quantité de palissades nécessaires pour faire un tambour aux trente principales portes et pour condam­ner les autres. Enfin il faut préparer un bon nombre de chevaux de frise pour pouvoir les employer où il sera nécessaire. Tout cela doit se faire sans que les ouvriers se doutent de l’usage auquel on le destine.

 

Paris, 13 janvier 1814.

À M. de la Besnardière, chargé du portefeuille des relations extérieures, à Paris.

Je vous envoie deux lettres (Ces lettres annonçaient la défection de Murat), une du duc d’Otrante et une du vice-roi, pour être jointes aux pièces du portefeuille de Naples.

 

Paris, 14 janvier 1814.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je donne ordre au major général d’en­voyer le général Monthion à Chalons pour y former un dépôt d’état-major.

Donnez ordre que la levée en masse s’exécute dans les départe­ments des Ardennes, de la Marne et de la Meuse.

Donnez ordre que les dix-huit bataillons de la réserve qui arrivent à Troyes en janvier et dans les quinze premiers jours de février accé­lèrent leur marche et brûlent les petites étapes.

Accélérez par tous les moyens l’arrivée des fusils et des munitions à Paris.

Envoyez une estafette extraordinaire au duc de Dalmatie et au duc d’Albufera.

Réitérez au duc de Dalmatie les ordres de faire partir la moitié de sa cavalerie, d’accélérer sa marche et de diriger en outre sur Paris 12,000 hommes de ses meilleures troupes par différents che­mins et en poste. Faites-lui connaître que l’ennemi est sur la Moselle et à Vesoul. Vous ordonnerez également au duc de Dalmatie de se mettre lui-même en marche avec toute son armée, en ne laissant que ce qui sera nécessaire pour former rideau, et de se porter sur la Loire aussitôt que les premiers bruits qui nous sont parvenus de la ratification du traité de Valençay par les Espagnols seront pleinement confirmés.

Par l’estafette extraordinaire que vous expédierez au duc d’Albufera, donnez-lui ordre de diriger une division de 8 à 10,000 hommes de son armée, en poste, et les deux tiers de sa cavalerie sur Lyon, et de se préparer à se mettre lui-même en marche avec le reste de son armée, aussitôt qu’il aura la nouvelle que le traité a été ratifié en Espagne.

 

Parie, 14 janvier 1814.

Au général comte Bertrand, grand-maréchal du palais, à Paris

Dirigez mes chevaux sur Chalons.

 

Paris, 14 janvier 1814.

ORDRES AU MAJOR GÉNÉRAL.

Envoyer une estafette an général Maison pour lui dire qu’il ait soin de jeter un coup d’œil attentif sur Ostende et Nieuport et d’en assurer les garnisons; que l’Empereur s’en rapporte à son zèle et à sa prudence pour faire tout ce que les circonstances pourront exiger.

Expédier l’ordre au général Curial, qui est à Metz, de se rendre à Châlons-sur-Marne, pour y prendre le commandement de toutes les troupes qui s’y trouvent, soit de la Garde, soit de la ligne, artil­lerie, etc., d’activer l’instruction, de correspondre tous les jours avec moi.

Écrire au ministre de la guerre de désigner un officier pour com­mander la levée en masse dans les Ardennes; en désigner également un pour le département de la Marne.

Écrire au général sénateur Beurnonville, qui commande dans les Ardennes, pour la levée en masse.

Écrire demain au préfet de Chalons pour la levée en masse, pour qu’il ait à réunir les anciens militaires du département, former des corps francs et mettre tout en mouvement et en armes pour la défense du pays.

Indépendamment de la lettre que j’écrirai aux préfets, écrire au ministre de l’intérieur pour qu’il leur écrive directement.

Ordre au général qui commande les deux bataillons qui sont à Meaux d’en partir demain matin pour se rendre à Châlons-sur-Marne.

Lettre au ministre de la guerre pour lui faire connaître que l’in­tention de l’Empereur est qu’il donne l’ordre aux dix-huit bataillons de la réserve, qui doivent arriver dans le courant de janvier et février à Troyes, d’accélérer leur marche en brûlant les séjours.

 

Paris, 15 janvier 1814.

ORDRES DICTÉS AU MAJOR GÉNÉRAL.

Le ministre de la guerre remettra un état de situation de l’armée de Lyon. Elle se compose d’une brigade de dix-huit bataillons, dite Réserve de Genève. Dans ces dix-huit bataillons l’Empereur a incor­poré, de la levée des 300,000 hommes, 20,000 conscrits, qui étaient destinés pour Alexandrie.

Il faut donc remettre l’état de cette armée ainsi augmentée, et proposer de créer de nouveaux bataillons aux dépôts des corps qui se trouvent avoir trop d’hommes pour les cadres des bataillons existants. Ces 20,000 hommes d’augmentation dans ces dix-huit bataillons ont dû exiger, de la part de l’administration de la guerre, de nou­velles mesures pour l’habillement, et de la part du ministère de la guerre, de nouvelles mesures pour l’armement. Il faut connaître les mesures qu’a prises le ministre de l’administration de la guerre et savoir si Sa Majesté peut compter avoir ces bataillons habillés ; dans le cas contraire, on prendrait des mesures à Lyon.

Sa Majesté avait ordonné que plusieurs bataillons de Marseille et de Toulon se rendissent à Alexandrie pour accroître Ma réserve d’Alexandrie. Ces bataillons ne doivent pas être partis. Il faut leur envoyer par estafette Tordre de partir en toute diligence pour Lyon, et accroître l’armée de Lyon de tous les bataillons que Ton peut tirer de la 8e division militaire, de la 7e ou de la 9e, quelque desti­nation qu’aient pu avoir ces bataillons dans les projets de novembre et de décembre.

L’armée de Lyon sera donc composée, par aperçu (en remettre l’état exact), de dix-huit bataillons de la réserve de Genève ; de dix ou douze autres bataillons qu’il paraîtrait nécessaire à l’Empereur de créer, afin qu’ils puissent contenir les 20,000 conscrits prélevés des 300,000 hommes et que Sa Majesté a donnés à ces corps; de cinq ou six bataillons qui étaient destinés à la Grande Armée ou à l’armée d’Alexandrie; de dix du douze bataillons de la division de réserve de Nîmes. Cela formera une quarantaine de bataillons ; ce qui, joint aux quinze ou vingt bataillons de gardes nationaux destinés à l’armée de Lyon par le décret du 6 janvier, à la division de 8 ou 9,000 hommes de l’armée de Catalogne et aux deux tiers de la cava­lerie de cette armée, qui se rendent à Lyon, formera une armée de premier ordre, dont on remettra l’état à l’Empereur.

Le duc de Castiglione, les généraux Marchand, Dessaix, Poncet, Musnier, le général qui commande la division de Nîmes, seront les généraux employés à cette armée.

Le major général prendra au ministère de la guerre l’état de situa­tion de la réserve de Bordeaux, de celle de Montpellier, de celle de Toulouse, de celle de Nîmes.

Le major général engagera le ministre de la guerre à expédier des ordres pour que, douze heures après leur réception, c’est-à-dire le 16 ou le 17, tous les conscrits habillés, armés, qui se trouvent à la division de Bordeaux, soient placés dans autant de bataillons qu’il y a de fois 600 hommes.

Ainsi, s’il y a déjà 4,000 conscrits, comme on le pense, on en complétera six bataillons bien habillés, bien armés, et on les mettra en marche sur Paris.

Si ces hommes n’étaient ni armés ni habillés, on les habillerait et armerait dans le plus bref délai, et, dès qu’il y aura un bataillon prêt, bien armé, bien habillé, il partira pour Paris; et successive­ment les autres bataillons.

Faire sentir au général l’Huillier l’importance de la promptitude de ce mouvement pour couvrir la capitale.

Il faut avoir les itinéraires de ces bataillons pour pouvoir changer leur route, si cela était nécessaire.

Il faut demander au général l’Huillier la situation des cadres, afin de connaître combien il y aura de cadres qui n’auront pas de conscrits.

Faire connaître le nombre de cadres que l’armée d’Espagne a diri­gés sur Bordeaux; on croit que c’est dix. Bordeaux devait recevoir 10,000 hommes; cela compléterait donc tous les cadres. Mais le général d’Hastrel assure que le général l’Huillier ne recevra pas plus de 5,000 hommes; si cela était, il y aurait des cadres de reste. Il serait important de faire le travail ici et de le faire vérifier par les généraux sur les lieux, à Bordeaux, à Toulouse, à Nîmes, à Mont­pellier, afin de diriger sur Paris tous les cadres qui n’auront pas de conscrits.

On fera la même opération pour la division qui est à Nîmes, hor­mis qu’on la dirigera sur Lyon.

Il ne sera rien fait à la division qui est à Toulouse ni à celle qui est à Montpellier; on en demandera seulement la situation.

Indépendamment des ordres à envoyer par estafette à midi, il fau­dra cette nuit expédier un officier d’état-major avec une instructif détaillée et les états des quatre divisions de réserve de Bordeaux, de Toulouse, de Nîmes, de Montpellier.

Cet officier ira à Bordeaux, vérifiera la situation de la division de réserve et fera exécuter les mesures. Il rendra compte de la situation des choses. De là il se rendra à Nîmes pour la même opération. Il verra, en passant à Toulouse et à Montpellier, l’état de situation des divisions de réserve dans ces deux places. Il reviendra ensuite sur-le-champ à Paris.

 

Paris, 16 janvier 1814. (Cette lettre, qui fut adressée par le duc de Vicence au plénipotentiaire autrichien, à la date de Châtillon-sur-Seine 25 janvier, avait été dictée, à Paris, par l’Empereur, dès le 16 janvier.)

Au prince de Metternich, ministre des affaires étrangères d’Autriche.

Prince, les retards qu’éprouve la négociation ne sont du fait ni de la France ni de l’Autriche, et ce sont néanmoins la France et l’Au­triche qui en peuvent le plus souffrir. Les armées alliées ont déjà envahi plusieurs de nos provinces. Si elles avancent, une bataille va devenir inévitable, et sûrement il entre dans la prévoyance de l’Au­triche de calculer et de peser les résultats qu’aurait cette bataille, soit qu’elle fût perdue par les alliés, soit qu’elle le fût par la France.

Écrivant à un ministre aussi éclairé que vous l’êtes, Prince, je n’ai pas besoin de développer ces résultats. Je dois me borner à les faire entrevoir, sûr que leur ensemble ne saurait échapper à votre pénétration.

Les chances de la guerre sont journalières. À mesure que les alliés avancent, ils s’affaiblissent, pendant que les armées françaises se renforcent, et ils donnent, en s’avançant, un double courage à une nation pour qui désormais il est évident qu’elle a ses plus grands et ses plus chers intérêts à défendre. Or les conséquences d’une ba­taille perdue par les alliés ne pèseraient sur aucun d’eux autant que sur l’Autriche, puisqu’elle est en même temps la puissance principale et première entre les alliés et Tune des puissances centrales de l’Europe.

En supposant que la fortune continue d’être favorable aux alliés, il importe sans doute à l’Autriche de considérer avec attention quelle serait la situation de l’Europe le lendemain d’une bataille perdue par les Français au cœur de la France, et si un tel événement n’entraî­nerait pas des conséquences diamétralement opposées à cet équilibre que l’Autriche aspire à établir, et tout à la fois à sa politique et aux affections personnelles et de famille de l’empereur François.

Enfin l’Autriche proteste qu’elle veut la paix : mais n’est-ce pas se mettre en situation de ne pouvoir atteindre ou de dépasser ce but, que de continuer les hostilités, quand de part et d’autre on veut arriver à une fin ?

Toutes ces considérations m’ont conduit à penser que, dans la position actuelle des armées respectives et dans cette rigoureuse sai­son, une suspension d’armes pourrait être réciproquement avanta­geuse aux deux parties.

Elle pourrait être établie par use convention en forme ou par un simple échange de déclarations.

Elle pourrait être limitée à un temps fixe ou indéfini, avec la con­dition de ne la pouvoir faire cesser qu’en se prévenant tant de jours d’avance.

Cette suspension d’armes me semble dépendre plus particulière­ment de l’Autriche, puisqu’elle a la direction principale des affaires militaires.

Et j’ai pensé que, dans l’une et l’autre chance, l’intérêt de l’Autriche était que les choses n’allassent pas plus loin et ne fussent pas poussées à l’extrême.

C’est surtout cette persuasion qui me porte à écrire aujourd’hui confidentiellement à Votre Excellence.

Si je m’étais trompé, si cette démarche absolument confidentielle devait rester sans effet, je dois prier Votre Excellence de la regarder comme non avenue.

Vous m’avez montré tant de confiance personnelle, et j’en ai moi-même une si grande dans la droiture de vos vues et dans les nobles sentiments qu’en toutes circonstances vous avez exprimés, que j’ose espérer qu’une lettre que cette confiance a dictée, si elle ne peut atteindre son but, restera entre Votre Excellence et moi.

 

Paris, 11 janvier 1814.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je viens de donner ordre au ministre de la guerre d’armer Troyes, Vitry, Soissons; Assurez-vous demain, avant la parade, que les dispositions nécessaires ont été prises, et du nom des officiers à envoyer dans ces places.

Ordonnez au général Monthion et au général Rogniat de mettre Chalons à l’abri d’un coup de main. S’il y a à Chalons des officiers du génie et d’artillerie dont on puisse disposer, que l’on en envoie sur-le-champ à Vitry pour accélérer et surveiller les travaux.

J’aurai demain parade à dix heures, et je ferai partir, après la parade, beaucoup de troupes pour Chalons.

Il est nécessaire que vous partiez demain soir pour vous rendre dans cette ville. Assurez-vous que les ordres que j’ai donnés pour l’approvisionnement de Chalons et pour l’établissement des ateliers de manutention sont exécutés. Envoyez, par l’estafette de ce soir, copie de mon ordre sur cet objet au général Rogniat et à l’intendant général Marchant. Il est nécessaire que ces ateliers et les magasins soient placés sur la rive gauche de la Marne. Quand j’ai parlé de Chalons, j’ai compris les fermes et les villages qui ne sont qu’à une lieue de cette place et qui seront jugés convenables à l’établissement de ces ateliers de manutention. Ordonnez que Chalons soit mis à l’abri d’un coup de main et en tel état que je puisse défendre cette place; faites abattre les arbres qui seront nécessaires pour former des palissades; qu’on n’épargne rien. S’il se trouve à Chalons un officier du génie qu’on puisse envoyer à Soissons, qu’on le fasse partir sur-le-champ.

Faîtes reconnaître par des officiers d’état-major tous les ponts qui sont sur la Marne, depuis Vitry jusqu’à Charenton.

Ordonnez l’organisation de la garde nationale à Arcis-sur-Aube, afin qu’elle serve à la garde du pont.

Faites connaître aux différents généraux que vous vous rendez à Chalons et que mon quartier général ne lardera pas à y être trans­porté.

Recommandez au duc de Trévise, dans le cas où l’ennemi serait trop en force et qu’il ne pût pas tenir à Langres, de faire évacuer toutes les pièces qui sont dans cette place sur Vitry et sur Troyes, et de se rapprocher lui-même de Chalons, mais lentement et seulement autant que cela serait nécessaire.

Faites connaître au duc de Tarente que je vais porter mon quar­tier général sur Chalons.

J’ignore où est le général Ruty. Je suppose qu’il n’est pas loin de Chalons et qu’il aura transporté sur la rive gauche de la Marne tous les équipages du parc. Il est nécessaire de prendre de promptes me­sures pour atteler toutes les pièces de canon qu’il amène. Il est très-important qu’il y ait cinq cents pièces à Chalons. Faites-moi con­naître si tout le grand quartier général est à Chalons. Il est nécessaire que les généraux Ruty et Rogniat, l’intendant général Marchant et le payeur s’y rendent sur-le-champ, pour pouvoir donner tous les renseignements qui pourraient être demandés.

 

Paris, 17 janvier 1814.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général la Hamelinaye, qui doit commander la 2e division de la réserve, de partir demain pour se rendre à Troyes; il y trouvera le 3e bataillon du 122e, qui est fort de 700 hommes. Il recevra dans peu de jours un autre bataillon du 121e, et successivement d’autres bataillons.

Il prendra le commandement des troupes et fera mettre sur-le-champ la ville à l’abri d’un coup de main. Il formera et exercera la garde nationale.

Vous enverrez avec lui un officier du génie pour faire aux portes les travaux nécessaires pour mettre la ville à l’abri des Cosaques et des troupes légères.

Il est nécessaire que vous fassiez venir en poste six pièces ‘de ca­non avec leurs caissons; elles seront servies par des canonniers gardes nationaux qui seront formés à Troyes. Faites en sorte que ces pièces et un dépôt de 300,000 cartouches soient à Troyes avant le 24.

Vous nommerez un autre général, de ceux qui sont à Paris, pour aller prendre le commandement de Vitry. Vous lui donnerez un offi­cier du génie et un officier d’artillerie. Il requerra les gardes natio­nales, les gardes forestiers, les gardes champêtres et les hommes de bonne volonté. Il fera couper, partout où il sera nécessaire, les arbres qui devront être convertis en palissades, pour mettre la ville à l’abri d’un coup de main.

Dirigez six pièces de campagne sur Vitry, et ordonnez, pour les servir, la formation d’une compagnie d’artillerie de gardes nationales, qui sera composée de tous les anciens canonniers qu’on pourra réunir.

Faites partir dans la nuit un officier général pour commander à Soissons. Donnez-lui un officier du génie et un officier d’artillerie. Il aura les mêmes ordres pour mettre la place en état de défense.

Faites diriger du Nord huit ou dix pièces avec leurs caissons sur Soissons, et faites-y réunir un dépôt de 300,000 cartouches.

Il est important que ces deux points, qui doivent flanquer la droite et la gauche de l’armée, soient en bon état et à l’abri d’an coup de main.

Je fais partir de la cavalerie, de l’infanterie et de l’artillerie pour Chalons, où je compte porter incessamment mon quartier général.

 

Paris, 17 janvier 1814.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris.

J’ai ordonné à un général de se rendre à Troyes. Un général se rendra également à Soissons, et un à Vitry. J’ai ordonné la mise en état de ces trois places. Vous écrirez aux préfets, sous-préfets et maires qu’ils doivent rester dans ces places et seconder par tous les moyens possibles l’organisation de la garde nationale urbaine, de celle des environs, et la mise en état de défense de ces trots places.

Je porte mon quartier général à Chalons.

Il est nécessaire que ces places soient à l’abri d’un coup de main. J’y envoie des cartouches et de l’artillerie. Il faut qu’on y forme trots compagnies d’artillerie, en appelant les officiers et soldats qui ont servi dans cette arme, pour servir les pièces urbaines.

Faites comprendre l’importance de cela aux préfets. Qu’ils pren­nent les mesures nécessaires ; qu’ils ne se laissent arrêter par rien, et qu’on travaille avec la plus grande activité à faire ce qui est con­venable.

 

Paris, 17 janvier 1814.

Au maréchal Victor, duc de Bellune, commandant le 2e corps, à Void.

Monsieur le Duc de Bellune, l’Empereur désapprouve que vous ayez abandonné Nancy. Sa Majesté vous ordonne de ne pas quitter la Moselle sans vous battre. Elle trouve que vous avez fatigué vos troupes par de grandes marches, et que vous avez donné de l’audace à l’ennemi en évacuant sans raison. Cela oblige le duc de Raguse et le duc de Trévise à faire également un mouvement rétrograde ; cela amène l’ennemi sur nous, et fait le plus grand tort à nos affaires.

On est surtout très-peiné de voir que vous ayez évacué Nancy de­vant de la cavalerie sans avoir attendu l’infanterie.

Le prince vice-connétable, major général, Alexandre.

 

Paris, 17 janvier 1814.

Au général Dulauloy, commandant l’artillerie de la Garde, à Paris.

Les deux batteries de la division du général Rottembourg partent demain. Donnez ordre que les batteries qui sont à la Fère se rendent en droite ligne à Chalons. Remettez-moi un état qui me fasse bien connaître la situation de l’artillerie. Vous m’avez envoyé un résumé qui fait connaître le lieu où sont les batteries, mais qui n’indique pas la quantité de pièces, de caissons, de rechanges, de chevaux, de soldats du train et de canonniers.

Je compte avoir à Chalons, 1° les deux batteries qui partent avec la division Rottembourg ; 2° les deux batteries qui sont avec la 2e di­vision; 3° les deux batteries qui sont avec la 1e division; 4° les deux batteries à cheval qui viennent de Metz ; 5′ les trois batteries de la Fère.

Si celle du maréchal Mortier n’est pas partie, faites-la rester sur Chalons. Le maréchal Mortier, qui nous rejoindra, se trouvera avoir deux batteries de 12, trois à cheval, deux de vieille Garde.

Je dois avoir à Chalons, avant le 24 janvier, cent soixante bou­ches à feu.

Le reste de l’artillerie de la Garde sera une batterie d’artillerie à cheval et quatre batteries à pied, total cinq batteries ou trente bouches à feu, avec le général Roguet au nord.

J’aurai donc cent soixante-six pièces de canon à Chalons. Il est important que ces cent soixante-six pièces de canon aient un approvisionnement simple, mais qu’il y ait à Vincennes un double appro­visionnement. Faites-moi connaître combien vous avez de cartouches. Présentez-moi un rapport sur tout cela.

Donnez ordre qu’à Chalons tout parque sur la rive gauche de la Marne.

 

Paris, 17 janvier 1814.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vérone.

Mon Fils, vous aurez su par les différentes pièces qui ont été pu­bliées tous les efforts que j’ai faits pour avoir la paix. J’ai depuis envoyé mon ministre des relations extérieures à leurs avant-postes. Ils ont différé de le recevoir, et cependant ils marchent toujours.

Le duc d’Otrante vous aura instruit que le roi de Naples se met avec nos ennemis. Aussitôt que vous en aurez la nouvelle officielle, il me semble important que vous gagniez les Alpes avec toute votre armée. Le cas arrivant, vous laisseriez des Italiens pour la garnison de Mantoue et autres places, ayant soin d’emmener l’argenterie et les effets précieux de ma Maison, et les caisses.

 

Paris, 17 janvier 1814.

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin.

Mon Cousin, je vous ai déjà mandé de retenir en Piémont les troupes que vous avez, pour être assuré de la garnison d’Alexandrie.

Retenez aussi tous les conscrits qui n’auraient pas dépassé Plaisance et seraient destinés pour la Toscane et Rome; faites-les incorporer dans les bataillons qui sont à Alexandrie. Donnez le même ordre à Gênes, pour qu’on retienne tout ce qui longerait la Rivière pour aller en Toscane. Il est préférable à tout d’avoir une bonne réserve à Alexandrie.

 

Paris, 18 janvier 1814.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’ordre que vous avez donné au général d’Aboville d’envoyer de l’artillerie à Soissons est bien ; mais l’ordre que vous avez donné au général Ruty ne vaut rien; j’ai besoin de toute son artillerie de campagne : donnez-lui contre-ordre.

On a envoyé à Troyes des pièces de 4 sans boulets ; c’est assez bête. L’officier d’artillerie qui a fait cela doit être sévèrement puni.

L’artillerie est mal guidée. On m’assure qu’on a laissé 150,000 coups de canon de campagne dans Mayence, de sorte qu’on en est aujourd’hui dépourvu. C’est la faute du général Ruty. En évacuant l’artillerie sur Metz, on devait évacuer les munitions. 11 faut prendre des mesures pour faire venir en toute diligence à Paris des pièces et des munitions.

Vous ne m’avez pas rendu compte des mesures prises pour confec­tionner des cartouches à balles et à boulet. 11 en faut au moins 150 à 200,000. Tous nos ports doivent être pleins de mitraille. Les boulets de 6 sont ceux dont se sert la marine ; si la terre en manquait, la marine pourrait en fournir. Mais comment la Fère, Douai, Amiens, Abbeville en seraient-ils dépourvus? Faites-moi un rapport là-dessus. Il me faudra 300,000 coups de canon sous bien peu de temps; il me faudra aussi des cartouches. On me dit qu’il commence à en arriver à Vincennes.

En général, je ne vois pas qu’on ait l’activité qu’exigent les circon­stances. Pour les ateliers d’armes, les ordres ne sont pas donnés convenablement à la situation des choses. Dans ce moment, le transport des fusils de Saint-Étienne à Auxonne est une absurdité. On m’assure qu’il y a à Charleville 26,000 fusils, et à Liège 150,000 bois de fusil qui pourraient être utilisés. Il faudrait avoir un comité d’artillerie comme le génie a un comité de défense, lequel prendrait tous les jours connaissance des progrès de l’ennemi et de nos convois qui sont en route, et donnerait des ordres.

Les transports doivent se faire aussi par tous les moyens et de toutes les manières.

 

Paris, 18 janvier 1814.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au général Maison que je ne comprends point sa correspondance. Pourquoi ne vous a-t-il pas fait connaître l’ennemi qu’il a devant lui, et pourquoi a-t-il pris l’épou­vante sans raison ? Il ne rend aucun compte, de sorte que je ne sais que par la marine et la police les affaires du 11, du 12 et du 13, et le dernier état des choses. Demandez-lui les circonstances de tous ces combats, à quels régiments ennemis il a eu affaire, et comment tout s’est passé. Dites-lui que rien ne porte à penser qu’il y ait là des forces considérables ; que, s’il avait réuni ses moyens sur Anvers, il aurait chassé l’ennemi au-delà de Breda; qu’au lieu de cela il alarme la Belgique et enhardit l’ennemi par sa contenance timide.

Écrivez aussi à M. de Pontécoulant (Le sénateur Pontécoulant, commissaire extraordinaire en mission dans le Nord) que j’ai vu avec peine que, pendant son voyage à Anvers, il n’a fait qu’accréditer aussi beaucoup de mauvaises nouvelles ; que sa contenance est de même trop timide ; que, le général Maison étant revenu devant Anvers et le duc de Tarente étant sur la Meuse, il n’y avait aucune raison de craindre pour la Belgique; enfin que tout cela est d’une faiblesse déplorable.