Correspondance de Napoléon – Janvier 1810

Paris, 16 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faîtes imprimer et annoncer dans les journaux le Tableau historique de la politique de la cour de Rome, en ôtant tout ce qui est relatif aux évènements actuels, cette partie n’étant pas traitée avec assez de soin.

(Brotonne)

 

Trianon, 17 janvier 1810

A l’Impératrice Joséphine, à La Malmaison

Mon amie, d’Audenarde (écuyer de l’Empereur), que je t’ai envoyé ce matin, me dit que tu n’as plus de courage depuis que tu es à la Malmaison. Ce lieu est cependant tout plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du moins de mon côté.

J’ai bien envie de te voir; mais il faut que je sois sûr que tu es forte, et non faible; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal affreux.

Adieu, Joséphine; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien ingrate.

 

Paris, 17 janvier 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, vous recevrez deux décrets. Par l’un vous verrez que le fonds de 12,500,000 francs, que j’avais affecté aux constructions du Louvre, est porté à 36 millions, qui seront versés par la caisse de l’extraordinaire dans la caisse de la Couronne.

Pendant le temps qu’on mettra à achever le Louvre, ces valeurs écherront au trésor. Par mon second décret, j’ordonne que des fonds provenant de la caisse de l’extraordinaire soient versés au trésor de la Couronne pour les achats faits et à faire pour le domaine de la Couronne, spécialement pour l’acquisition du petit parc de Versailles (procédez sans délai à ces achats), ensuite pour entreprendre et achever le palais de Versailles. Ainsi il ne faut rien porter au budget de cette année des fonds qui avaient été destinés aux travaux à faire à Versailles pour les petites écuries, etc. ou du moins y affecter un fonds spécial, comme celui destiné aux travaux du Louvre. Il faudra porter le million qui devait être dépensé à Versailles en plus pour les travaux de Fontainebleau, afin d’achever ce palais.

 

Paris, 17 janvier 1810.

 

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 

Vous trouverez ci-joint une lettre du roi de Hollande avec un projet de dépêche au ministre des affaires étrangères d’Angleterre.

 

Vous ferez connaître au roi que je n’approuve point ce projet de dépêche, et que je n’approuve point non plus qu’il retourne en Hollande. Cela serait contraire aux circonstances actuelles. Mes troupes ont déjà reçu l’ordre de se diriger sur Düsseldorf et d’entrer en Hollande. Je vous envoie ci-joint trois pièces: 1° un projet de note que vous remettrez à M. de Roell, le ministre des affaires étrangères de Hollande; 2° un projet de procès-verbal d’une séance du conseil de Hollande; 3° un projet de lettre du président de ce conseil au président du conseil d’Angleterre.

 

(Lecestre)

 

Paris, 17 janvier 1810.

 

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 

Je vous renvoie votre rapport sur Rome. Il me paraît faible et contient des choses hasardées. Dire que l’entrée des troupes dans la marche d’Ancône n’était pas un acte d’hostilité, c’est se donner tort et annoncer des prétentions qui effrayeraient l’Europe.

 

Le style n’est pas assez style d’affaires; ce sont des raisonnements qu’il faut, et non des tableaux. Je vous prie donc de retoucher ce rapport et de me le remettre. Enfin, ce rapport n’a point de division ni de plan, et, après l’avoir lu, il n’en reste rien.

 

(Lecestre)

 

 

Paris, 18 janvier 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, donnez ordre au général Miollis d’envoyer à Paris monsignor Gregori, et généralement tous ceux qui montreront des pouvoirs pour les affaires spirituelles, qui ne doivent plus être gérées à Rome.

 

Paris, 18 janvier 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, présentez-moi à signer des projets de lettres patentes :

1° Pour instituer la principauté de Raab en mémoire de la victoire de Raab, et en faveur du prince Eugène et de sa descendance masculine. J’affecte à la dotation de cette principauté le château de Saverne, à la charge, d’ici à dix ans, de le rétablir et de le mettre en état d’être habité, et un revenu de 500,000 francs constitué de la manière suivante: 50,000 francs de rente sur le canal du Midi, 25,000 francs sur le canal du Loing, 125,000 francs en Galicie, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Saxe, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Westphalie, et 100,000 francs à provenir de vingt bons sur Danzig. Ces 500,000 francs de revenu, à mesure qu’ils rentreront en France, devront être placés en terres, ou en actions de la Banque, ou en cinq pour cent immobilisé;

2° Pour instituer la principauté d’Écouen, en faveur de la princesse de notre sang, protectrice des maisons d’Écouen et de Saint-Denis (la reine Hortense). Cette princesse portera le titre de Princesse Protectrice ; elle devra occuper une aile du château d’Écouen. J’affecte à la dotation de la principauté d’Écouen un revenu de 550,000 francs, savoir:

200,000 francs sur le Mont-Napoléon, 150,000 francs sur le grand-livre de France, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Westphalie, et 100,000 francs à provenir de vingt bons sur Danzig;

3° Pour instituer la principauté de Razüns. Razüns est une petite principauté située dans les Grisons, et que l’Autriche m’a cédée par le dernier traité. Le produit de cette terre est de 5,000 francs. Mon intention est d’y ajouter une dotation composée des revenus ci-après, savoir: 200,000 francs sur le Mont-Napoléon, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Westphalie, 150,000 francs à provenir de trente bons sur la Saxe, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur Danzig; ce qui portera le revenu total de la principauté de Razüns à 555,000 francs. Je me réserve de disposer de cette principauté;

4° Pour instituer la principauté de Katzenelnbogen. J’affecte à la dotation de cette principauté un revenu de 550,000 francs, savoir:

le revenu de Katzenelnbogen, qui est de 100,000 francs; sur le Mont-Napoléon, 200,000 francs; sur le grand-livre de France, 150,000 francs; vingt bons sur la Saxe, représentant un revenu de 100,000 francs. Je me réserve également de disposer de cette principauté;

5° Pour instituer six comtés attachés aux grandes charges de la cour, chaque comté doté d’un revenu de 100,000 francs de la manière suivante:

Un comté pour le grand aumônier, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur la Westphalie;

Un comté pour le grand maréchal, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur la. Saxe ;

Un comté pour le grand chambellan, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur Danzig;

Un comté pour le grand écuyer, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur la Westphalie;

Un comté pour le grand veneur, doté de 50,000 francs sur le grand-livre de France, 50,000 francs en bons de Saxe;

Un comté pour le grand maître des cérémonies, doté de 50.000 francs sur le grand-livre de France, 50,000 francs en bons de Saxe.

Notre intention est que le titre et le revenu soient attachés à la charge et transmissibles avec elle.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre sur Berg-op-Zoom ; il parait que cela est trop détaillé pour n’être pas vrai.

Rendez-vous chez le Roi pour lui faire connaître que, s’il ne remédie pas à l’affront qui a été fait à mes troupes, je les ferai marcher sur Amsterdam, et que je déclarerai la réunion de la Hollande à la France. Vous lui direz que mes troupes venaient occuper militairement ces places, et que je suis le maître de les faire entrer dans Berg-op-Zoom et Breda, qui ont toujours été dans les mains de mes armées; que c’est à lui à prescrire des mesures, sans quoi il sera responsable du sang qui coulera. Vous lui ferez connaître que de chez lui vous vous rendez chez moi.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous voudrez bien donner au prince d’Eckmühl les ordres suivants; vous lui ferez connaître qu’il fera exécuter ces mouvements s’il n’y a rien de nouveau, comme tout porte à le penser.

Au 1er février, les troupes se mettront en mouvement pour prendre les positions suivantes :

Une division du 2e corps se dirigera sur Mannheim, l’autre sur Rastadt; l’artillerie et le parc sur Pforzheim.

Le 4e corps sera réduit à trois divisions; à cet effet, l’état-major et l’administration de la 1e division du 4e corps se rendront à Saint-Omer, avec le 19e de ligne qui fait partie de cette division, le 46e qui fait partie de la 2e division et le 72e qui fait partie du 12e corps.

Ces trois régiments formeront une division qui portera le titre de Division de Saint-Omer et que commandera le général Legrand, qui commande actuellement la 1e division du 4e corps.

Le 26e léger et le 18e de ligne, qui font partie de la 1e division du 4e corps, passeront à la 2e division du même corps qui sera ainsi composée de quatre régiments. Cette division se réunira tout entière à Düsseldorf.

La 3e division du 4e corps se rendra dans les villes hanséatiques; la 4e division du même corps se rendra à Hanau et Fulde; la brigade de cavalerie légère du général Piré marchera avec la 2e division; la brigade du général Bordesoulle marchera avec la 3e division, et la brigade du général Castex avec la 4e. La brigade de cavalerie légère que commande le général Jacquinot se mettra en marche pour Magdeburg avec les cinq régiments de la division Gudin. Les six régiments de grosse cavalerie de l’ancienne division Nansouty, que commande actuellement le général Bruyère, se rendront à Hanovre. Ces cinq régiments d’infanterie, ces trois régiments de cavalerie légère et les six régiments de carabiniers et cuirassiers formeront les 12,500 hommes d’infanterie et les 6,000 hommes de cavalerie à répartir entre les villes de Magdeburg, Hall, Halberstadt et Hanovre, qui doivent être nourris et soldés par le roi de Westphalie.

La division Morand et la division de cuirassiers Saint-Germain se rendront à Bayreuth.

La division Friant, avec la division de cuirassiers du duc de Padoue et la brigade de cavalerie légère du général Pajol, faisant cinq régiments d’infanterie et sept de cavalerie, et les Portugais, resteront dans l’Innviertel et dans la province de Salzburg.

Le quartier général du prince d’Eckmühl sera placé à Ratisbonne.

Le prince d’Eckmühl vous rendra compte de l’exécution de vos ordres pour donner aux troupes cette position, qui sera la deuxième position de l’armée d’Allemagne. Ce mouvement commencera le 1er février, sera achevé vers le 15.

Dans le mois de février, je vous ferai connaître mes intentions pour la troisième position à faire prendre à l’armée.

Réitérez les ordres pour que les Hessois, Badois et tous les alliés quelconques, infanterie, cavalerie, artillerie et sapeurs, etc., soient renvoyés à leurs corps.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, le corps d’observation de Hollande n’existe plus, il faut porter dans le livret des divisions militaires les troupes qui se trouvent dans les 17e et 31e divisions. Je désire que les états des armées de Naples, d’Italie et d’Illyrie soient compris dans les mêmes livrets, ainsi que le camp de Boulogne qui sera placé dans la 16e division, en distinguant les troupes qui sont composées de celles qui ne le sont pas. ; ainsi, pour avoir l’état général de la situation de mes troupes, je n’aurai que le livret des divisions militaires, le livret des armées d’Espagne et de Portugal, le livret d’Allemagne, le livret d’artillerie et du génie et le livret des régiments par ordre numérique. Faîtes-moi faire une récapitulation de l’état de mes troupes au 1er janvier 1810, par division militaire, par armée et par corps. Faîtes-en ôter ce qui ne serait pas à la solde de la France et en Portugal, les Italiens, les Napolitains, etc. On mettra un article à part pour les étrangers qui sont payés par le trésor.

Écrivez au roi de Naples et au vice-roi de vous envoyer tous les mois des états de situation, afin que vous puissiez toujours me faire bien connaître la situation de mes troupes.

(du Casse)

 

Paris, 19 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut que vous voyiez le ministre d’Amérique. Il est par trop ridicule qu’il écrive des choses qu’on ne comprend pas. Je préfère qu’il écrive en anglais, mais longuement et de manière que nous comprenions, que, dans des affaires si importantes, il se contente d’écrire des lettres de quatre lignes. Parlez au secrétaire qui est ici, parlez aussi au secrétaire qui arrive d’Amérique. Envoyez, par un courrier extraordinaire, une dépêche chiffrée en Amérique, pour faire comprendre que ce gouvernement n’est pas représenté ici; que son ministre ne sait pas le français, est un homme morose avec lequel on ne peut pas traiter; que tous les obstacles seraient levés si l’on avait eu ici un envoyé à qui parler. Écrivez en détail là-dessus. Faites-moi connaître quel effet a fait aux États-Unis la lettre d’Altenburg, ce qu’on a fait et ce qu’on propose. Écrivez en Amérique de manière que le Président puisse savoir quel imbécile on a envoyé ici.

 

Paris, 19 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la note de Hollande, à laquelle j’ai retouché et qui demande à être revue avec attention.

Portez-la-moi ce soir aussitôt que vous l’aurez mise au net. Retouchez aussi le procès-verbal et la lettre du ministre de Hollande. Ces deux pièces doivent être faites de concert avec le roi de Hollande.

 

  1. S. Faites connaître au Roi qu’il ne peut pas s’en aller; que cela contrarierait la marche des affaires; qu’on croirait la crise passée; que, s’il s’en allait, je réunirais le pays. Parlez au Roi des notes et des pièces y jointes.

 

Paris, 19 janvier 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il faut donner des renseignements plus positifs sur Walcheren. Faîtes venir en surveillance à Beauvais tous ceux qui out eu des places sous les Anglais et surtout tous ceux d’origine anglaise.

 

Qu’est-ce que c’est que le général B…… qui aurait eu 15.000 ducats d’une compagnie de contrebandiers ?

 

Donnez ordre que les nommés Rocolt, Vanderwalen et Mock, de Flessingue soient arrêtés et conduits sous bonne escorte dans une maison de force. Faites faire des enquêtes pour savoir s’il y a des preuves contre eux de leur mauvaise conduite pendant le séjour des Anglais afin qu’on puisse les traduire à une commission militaire.

 

(Brotonne)

 

 

Paris, 20 janvier 1810

A l’impératrice Joséphine, à La Malmaison

Je t’envoie, mon amie, la boite que je t’avais promise avant-hier et qui représente l’île Lobau. J’ai été un peu fatigué hier. Je travaille beaucoup et ne sors pas.

Adieu, mon amie.

 

Paris, 20 janvier 1810

A M. Maret ; duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous réunissiez le prince de Neuchâtel et le duc de Frioul, pour former un conseil pareil à celui qui a été tenu à Vienne, et que

1 ° vous me fassiez connaître quels sont les individus de l’armée d’Allemagne auxquels j’ai accordé des titres et ceux que j’aurais oubliés; quels sont les individus de la même armée auxquels j’ai accordé des dotations, ceux que j’aurais oubliés et ceux à qui il conviendrait d’accorder de nouvelles dotations.

2° Vous me présenterez le même travail pour l’armée d’Espagne, sous le rapport des dotations et des titres: il y a, entre autres, le général Bonet,  qui s’est distingué en Espagne et que je voudrais récompenser.

3° Présentez-moi le même travail sur les officiers employés dans l’intérieur et sur les officiers de la marine.

4° Présentez-moi le même travail sur les sénateurs, conseillers d’État, préfets, ministres et administrateurs quelconques, employés civils. Il est nécessaire que ce travail me soit remis bien en règle au 1er février.

 

  1. S. Faites connaître au prince de Neuchâtel et au duc de Frioul ma volonté là-dessus.

Paris, 20 janvier 1810Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites insérer dans le Moniteur un extrait de la dépêche du général Loison, du 1er janvier, dans laquelle il rend compte de la destruction des bandes insurgées. Vous ferez connaître les services essentiels que le général Loison a rendus dans cette circonstance. Écrivez au roi d’Espagne que mon intention est que, sur le total de 1,500,000 francs de contributions que le général Loison a levées, il soit assigné 400,000 francs pour le service de l’artillerie et 400,000 francs pour le service du génie.

Vous ferez part de cette décision à mon ministre de la guerre à Paris.

Vous ferez mettre dans le Moniteur une note extraite de la lettre du général Solignac, en date du 5 janvier, dans laquelle il annonce la défaite de Cuevillas, ainsi qu’une autre note de toute l’expédition du général Milhaud, dans laquelle il a détruit les bandes de l’Empecinado.

Vous aurez soin que, dans ces notes, on ne prononce jamais le mot Polonais ou Allemands.

Vous ferez extraire de la correspondance du général Suchet un historique de ses dernières opérations en Aragon, de la prise de Venasque, des combats d’Alfarras et de sa marche sur Teruel et Mora., après les combats livrés par le général Musnier, vers Alcafliz et Batca, à la garnison de Tortose.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre à la 1e division de ma Garde, que commande le général Roguet, de commencer son mouvement le 25 pour se rendre à Bayonne, où elle sera toute réunie le 5 février.

Donnez le même ordre aux deux régiments de marche de cavalerie de la Garde de se diriger également, de leur cantonnement autour de Bordeaux, sur Bayonne.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Lagrange, qui se trouvera le 25 février à Logroño avec une partie de sa division, qu’il doit faire des incursions à cinq ou six marches de Logroño pour attaquer les brigands, les détruire et maintenir libres les communications à quarante lieues aux environs, se concertant avec les commandants de la Navarre, des Biscayes, de Burgos et de l’Aragon; qu’il doit faire des colonnes mobiles et profiter du temps que sa division séjournera là, pour pacifier et désarmer le pays.

Écrivez la même chose au général Solignac. Les dragons qui arrivent le. . . février à Burgos le mettront à même, de concert avec les troupes des commandements de Valladolid, Santander et Bilbao, de poursuivre les brigands à cinq ou six marches, de les défaire et d’en débarrasser le pays.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au général Buquet que, aussitôt que les seize premiers escadrons de gendarmerie qui sont placés depuis Bordeaux jusqu’à Saint-Benoît auront chacun plus de 150 hommes présents sous les armes, mon intention est qu’il les répartisse de la manière suivante: le ler à Irun, le 2e à Hernani, le 3e à Tolosa, le 4e entre Tolosa et Vitoria, le 5e à Vitoria, le 6e à Miranda, le 7e à Briviesca, le 8e à Burgos, le 9e à Lerma, le 10e à Aranda, le 11e entre Aranda et Somo-Sierra, le 12e à Somo-Sierra, le 13e à Buitrago, le 14e à Cabanillas, le 15e à Alcobendas, le 16e à Madrid.

Les quatre autres escadrons de gendarmerie seront de réserve pour se porter partout où il serait nécessaire pour renforcer la ligne ou pour rester à Madrid, où je désire avoir six escadrons pour s’en servir au besoin. Aussitôt que les six premiers escadrons seront en état de marcher, vous ordonnerez au général Buquet de les répartir depuis Bayonne jusqu’à Miranda et de les pousser successivement jusqu’à Madrid, à mesure que les autres pourront les remplacer.

Vous ferez connaître ces dispositions au duc de Dalmatie, en lui envoyant la composition de ces escadrons qui, étant forts de 4,000 hommes et de 1,600 chevaux, sont suffisants pour maintenir une parfaite sûreté sur toute la ligne, depuis la France jusqu’à Madrid.

Vous lui ferez connaître également que mon intention est que la ligne de communication de Bayonne et de Madrid passe par Somo-Sierra, comme étant la plus courte et la moins exposée aux incursions des troupes qui viendraient de Portugal. Vous donnerez ordre que 300 hommes d’infanterie avec trois ou quatre pièces de canon soient toujours places à Somo-Sierra, et que l’on travaille à la redoute que j’avais ordonnée sur cette montagne, afin que ce point de communication avec Madrid ne puisse jamais être intercepté, et que, pénétrant jusqu’à Salamanque, Valladolid et le Guadarrama, l’ennemi soit encore loin de couper le passage de Somo-Sierra. Vous demanderez au duc de Dalmatie un projet pour étendre l’inspection des chefs d’escadron de gendarmerie sur la route à dix lieues à droite et à gauche, afin qu’ils puissent en assurer les alentours.

Dans ce système, des magasins considérables et des manutentions sont nécessaires à Aranda et à Burgos. Les troupes prendraient du pain à Burgos, Aranda et Buitrago. Cette ligne sera désormais celle des opérations de l’armée d’Espagne, l’Aragon étant soumis; au lieu que celle de Valladolid peut être interceptée au moindre mouvement du Portugal.

Informez de ces dispositions le général Hédouville, pour qu’il vous fasse connaître quand les six premiers escadrons de gendarmerie qui sont dans son commandement pourront se mettre en mouvement.

 

Paris, 20 janvier 1810

A la maréchale Soult, duchesse de Dalmatie

J’ai reçu votre lettre du 4 janvier. Je suis fâché des mauvais bruits que des avocats brouillons ont fait courir sur votre mari. Je n’ai jamais eu qu’à me louer du zèle qu’il a montré pour mon service et des preuves d’attachement qu’il m’a données.

(Brotonne)

 

Paris, 20 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les relations extérieures ont la planche d’une gravure représentant l’empereur en habits impériaux. Je désire qu’il soit donné à chaque ministre un exemplaire de cette gravure avant la lettre et qu’on en conserve quelques exemplaires aux relations extérieures pour faire des présents. Quant aux exemplaires après la lettre, mon intention est qu’il en soit envoyé un exemplaire à chacune des villes dont je nomme les maires et que le reste soit donné au graveur pour les vendre pour son compte. On en tirera après la lettre le plus qu’on pourra.

 

  1. Envoyez-en trois cents exemplaires au vice-roi d’Italie pour les répandre dans toute l’Italie et trois cents à Rome.

 

(Brotonne)

 

21 janvier 1810, Palais des Tuileries,.

ALLOCUTION AUX DÉPUTÉS DE SAONE-ET-LOIRE

Messieurs les Députés du collège du département de Saône-et-Loire, tout ce que le président de votre assemblée m’a dit sur le bon esprit qui y a régné m’a fait plaisir. Soyez unis entre vous et avec les villes voisines. Il ne faut conserver le souvenir du passé que pour connaître la grandeur du danger que la patrie a couru. La monarchie et ce trône sont aussi nécessaires à l’existence et au bonheur de la France que le soleil qui nous éclaire; sans eux, tout est trouble, anarchie et confusion.

 

Paris, 21 janvier 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Je vous envoie l’état des jeunes gens des départements de la Belgique qu’on me propose de nommer auditeurs. Prenez des renseignements sur leur compte, et faites-m’en un rapport particulier. En nommant ces jeunes gens auditeurs, j’ai deux buts: d’abord d’attacher les Belges au Gouvernement et de ne pas les laisser se considérer comme étrangers à la France, ensuite de mettre en place des gens qui, par leur fortune, pourront soutenir leur rang.

 

Paris, 21 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre rapport du 20 avec les lettres qui y étaient jointes. Écrivez au général d’Agoult qu’une brigade du général Reynier doit être arrivée dans la Navarre; qu’il doit écrire à ce général et au général Lagrange, qui est à Logroño, pour demander de nouveaux renforts, s’il en a besoin; qu’il faut pacifier la Navarre et détruire tous les germes d’insurrection qui s’y trouvent, et qu’il ait raison de la bande de Mina.

 

Paris, 21 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, il faut demander au gouvernement badois quatre compagnies de 160 hommes chacune, formant 6 à 700 hommes, pour recruter les régiments badois qui sont en Espagne. Ce détachement se rendra à Orléans pour faire partie de l’arrière-garde.

 

Paris, 21 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, passez une note au ministre de Hollande pour se plaindre de l’infâme conduite qu’on tient envers le sieur La Rochefoucauld, qu’il paraît qu’on persiste à recevoir les bâtiments américains en Hollande, qu’il est cependant évident que les Américains qui viennent en Hollande sont des Anglais, puisque les vrais Américains sont sous l’embargo.

(Brotonne)

 

 

Paris, 21 janvier 181O.

 

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

 

Donnez l’ordre au sieur d’Oultremont, du département de l’Ourthe, de se rendre à Paris. Quand il y sera arrivé, vous lui déclarerez qu’il y doit rester jusqu’à ce que vous lui ayez fait connaître mes intentions.

 

Donnez également ordre au sieur Van der Leyen, de Krefeld, département de la Roër, de se rendre à Paris. Vous lui direz d’y prendre domicile jusqu’à nouvel ordre, et que si, dans six mois, ses deux fils, qui sont à Leipsick et à Francfort, ne sont pas revenus en France et placés dans un lycée ou un autre établissement, selon leurs âges, je ferai confisquer ses biens.