Correspondance de Napoléon – Avril 1807

Avril 1807

 

Osterode, 1er avril 1807

A l’Impératrice

Je reçoit ta lettre du 20, mon amie; je vois avec peine que tu sois malade. Je t’ai écrit de rester à Paris tout le mois d’avril, et d’aller à Saint-Cloud le 1er mai. A la Malmaison, tu peux aller passer les dimanches et un jour ou deux. A Saint-Cloud, tu peux avoir tes cercles à l’ordinaire.

Ma santé est bonne. Il fait encore assez froid ici. Tout est tranquille. J’ai nommé la petite princesse, Joséphine. Eugène doit être bien content.

Tout à toi.

 

 Osterode, 1er avril 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 21 mars. Je vous remercie de ce que vous me dîtes relativement à l’accouchement de la vice-reine d’Italie. Il faut que vous demandiez l’acte de naissance de l’enfant, pour le faire inscrire sur les registres de ma famille; s’il est nécessaire pour cela d’une lettre close, vous m’écrirez.

Je désire que vous réunissiez un conseil qui sera composé des ministres des finances, du trésor public et de l’administration de la guerre, et de MM. Defermon, Lacuée, Bérenger et Cretet, si ce dernier est à Paris. Vous leur communiquerez la note ci-jointe, et vous me ferez connaître le résultat des opinions de ce conseil.

 

Osterode, 1er avril 1807

NOTE

Le désir de ne pas avoir à escompter quatre-vingts millions d’obligations a été souvent exprimé. Le moment d’opérer ce grand bien parait être arrivé.

Ne serait-il pas possible de donner à l’exercice 1809 toutes les obligations de 1808 dont le payement échoit en 1809 ? Cela formerait pour 1808 une diminution de ressources de quatre-vingts millions, et cela ne produirait pour 1809 aucune augmentation, puisque les obligations de 1809 qui échoient en 1810 seraient affectées à l’année 1810. Par ce moyen, les obligations écherraient toutes dans les douze mois le trésor gagnerait cinq à six millions de frais de négociation nos manufactures et notre commerce feraient un gain immense, puisqu’il y aurait quatre-vingts millions de capitaux vacants qui, ne pouvant trouver d’emploi au trésor, seraient placés dans le commerce.

Ce pas paraît être le premier de tous. Comment y arriver ? Voilà la question.

Il y a deux manières d’y arriver. La première en diminuant les dépenses de 1808 de quatre-vingts millions. Il sera possible de payer la solde de la Grande Armée avec les revenus des pays conquis, mais ce ne peut être qu’une économie de quarante millions. C’est au ministre de la guerre à voir à combien se monteront les dépenses de la guerre cette année. En supposant que la Grande Armée reste en Allemagne toute l’année, et que la France n’ait à payer que la solde, si le ministre, avec cette donnée, procure des économies, on pourra diminuer le budget.

Si, au contraire, la création de cinq nouvelles légions, les dépenses de toute espèce qu’il faut faire, soit pour la levée des conscrits, soit pour l’achat des chevaux, etc., ne lui font pas espérer d’économie, alors il sera convenable de voir s’il ne conviendrait pas de faire un emprunt à cinq pour cent.

La réussite de cet emprunt ne peut être douteuse, car il sera couvert par la caisse d’amortissement, qui a déjà une cinquantaine de millions appartenant à la Grande Armée. Cinquante autres seront le résultat de cette guerre, surtout si l’on ne fait aucune diminution dans le budget. On subviendrait au service par soixante ou quatre-vingts millions d’emprunt, et on laisserait soixante ou quatre-vingts millions de l’exercice 1808 à l’exercice 1809.

 

Osterode, 1er avril 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, j’ai fait payer la solde à l’armée, pour les mois d’octobre, novembre, décembre et janvier, sur les fonds provenant des pays conquis. Je ferai également payer les mois de février, mars, avril, mai et juin. Mais beaucoup d’officiers se font payer en bons sur le caissier général; d’où il résulte qu’une partie de la solde se trouve payée par le trésor public. Cela n’est propice qu’à faire beaucoup d’embarras. Mon intention est que la solde soit tout entière passe sur les revenus des pays conquis; que vous soldiez cependant, comme de raison, les mandats du payeur général, et que vous lui envoyiez beaucoup de ces billets, mais que vous ayez avec lui une correspondance suivie pour qu’il vous rembourse en bonnes lettres de change les bons du caissier général, de sorte que la solde ne paraisse en rien sur les comptes du trésor public, du moins jusqu’à ce que j’aie pris une mesure définitive.

Présentez-moi donc un projet de décret par lequel j’ordonnerai

1° Que, jusqu’à ce que j’y aie statué définitivement, la solde d’octobre, novembre, décembre, janvier, février, mars, avril, mai et juin sera payée sur les fonds provenant des pays conquis;

2° Que tous les fonds que j’ai mis à la disposition du ministre de la guerre pour le service de la Grande Armée, par mes décrets des ….. qui ne sont pas faits par le trésor public, seront payés également sur les fonds provenant des pays conquis;

3° Que les mandats du caissier général qui ont été envoyés au payeur général pour son service, montant à la somme de …………. seront remboursés par le payeur général à la trésorerie;

4° Que le million de lettres de change créées par mon décret du ….. de Varsovie, sera également remboursé par le payeur général à la trésorerie;

5° Enfin que tous les mandats qui seront envoyés au payeur général, du moment qu’il les aura donnés en payement, seront remboursés par lui à la trésorerie, qui devra être sa caisse de service.

Vous ajouterez que je me réserve, au premier conseil d’administration que je tiendrai à Paris, de statuer définitivement, et que j’entends que la solde de l’armée continue à être faite par le Trésor public et à être mise en réserve dans ses caisses en France, comme si rien n’avait été payé.

 

Osterode, 1er avril 1807

A M. Portalis

Je reçois votre lettre du 20. Je vois avec une vive peine la mort de l’évêque de Vannes.

 

Osterode, 1er avril 1807

Au vice-amiral Decrès

Le roi de Hollande désirerait que , dans les circonstances actuelles, vous ne missiez aucun vaisseau d’Anvers à l’eau. Si cela peut offrir un point vulnérable de plus aux attaques des Anglais, il est certain qu’il ne faut pas s’y exposer. Cependant, si le trajet d’Anvers à Flessingue, où je les considère comme en sûreté, devait être court, je ne vois pas ce qu’il y aurait d’exposé.

Mon arsenal de Venise va mal. Je vous prie de m’envoyer :

1° Un projet de décret pour organiser la marine de mon royaume d’Italie d’une manière économique et telle qu’il serait à désirer que cela fût en France;

2° de me proposer un honnête homme que je puisse faire préfet et chef de l’administration de terre, de mer et civile; tout cela comme roi d’Italie.

Il me parait que Berlin va trés-mal et gaspille.

 

Osterode, 1er avril 1807

Au général Marescot

QUESTIONS SUR LES MOYENS DE DÉFENSE D’ALEXANDRIE.

1° En supposant que cette place put être attaquée au mois de juin, quels sont les moyens à employer pour la mettre en état de défense, pour armer les couronnes qui entourent la place et les rendre susceptibles de se défendre, et pour mettre aussi la vieille enceinte dans le meilleur état possible et l’armer également ?

2° Peut-on , dés à présent, remplir d’eau les fossés ? Combien de temps cette opération exigerait-elle, et combien en faudrait-il pour les mettre à sec ?

3° Résulterait-il quelques inconvénients pour la salubrité de la ville en laissant quelque temps les eaux dans les fossés de la place ?

4° Enfin, à quelle époque pourra-t-on se servir du pont éclusé et quand sera-t-il terminé ? Quand les bois nécessaires à l’éclusement (sic) seront-ils prêts ?

 

Osterode, 1er avril 1807

Au maréchal Berthier

Mettez toute l’île de Nogat sous les ordres du général Vedel.

Donnez ordre qu’à dater du 5 avril, Marienburg et l’île de Nogat ne fourniront rien individuellement aux corps d’armée, ni même au 10e corps. Vous ferez comprendre au maréchal Lefebvre que, l’armée étant réunie là, il faut qu’il se nourrisse par la gauche. Vous ordonnerez que toutes les réquisitions soient faites par le général Vedel. Tout ce qu’en tirait le 4e corps, il le tirera d’Elbing.

Vous ordonnerez au général Lasalle de mettre un escadron à disposition du général Vedel pour la police de l’île de Nogat. Le général Vedel aura soin de mettre de l’ordre et de correspondre avec vous.

Vous ferez mettre à l’ordre : « Sa Majesté l’Empereur a déjà ordonné que le payeur général verssât dans la caisse des payeurs des corps d’armée, pour être remis par ceux-ci aux quartiers-maîtres des régiments, les fonds nécessaires pour payer la solde des mois d’octobre, novembre, décembre et janvier. Elle réitère ledit ordre.

Sa Majesté ordonne que le payeur général fasse sur-le-champ les fonds aux payeurs généraux des corps d’armée, et ceux-ci aux quartiers-maîtres, pour payer la solde de février, ainsi que l’indemnité accordée aux officiers en Pologne.

 

Osterode, 1er avril 1807

Au maréchal Lefebvre, à Praust

Le jeune Polonais Chlapowski a été fait prisonnier dans la dernière sortie de la garnison de Danzig. Comme je m’intéresse particulièrement à ce jeune homme, je désire que vous le réclamiez et que vous demandiez à M. Kalkreuth son échange. Vous lui direz que c’est mon un intérêt particulier que je porte à ce jeune homme que je connais; il est capitaine dans un des régiments de lanciers de la division Dombrowski.

 

Osterode , 1er avril 1807

Au général Bertrand

Quand vous aurez parcouru tout le bas de la Vistule pour connaître de quelle manière la Nogat coule dans le Frische-Haff, et qu’enfin vous croirez avoir une idée précise de tout le pays, vous pourrez me venir joindre.

Ne pourrait-on pas placer sur nos bateaux une pièce de 12, afin d’être à peu près de même force que les chaloupes anglaises ?

 

Osterode, 1er avril 1807

Au général Clarke

Voici les renseignements que j’ai reçus sur le partisan Schill.

Le 27 mars, le général Henry (Wolodkowicz, général de brigade polonais), à la tête des Polonais, s’est mis à la poursuite de ce partisan, l’a chassé de Lauenburg, de Stolpe et de Schlawe. Schill, avec la moitié de son monde, est rentré dans Kolberg par des chemins détournés. L’autre moitié s’est portée sur la gauche de la place et a été coupée par le général Loison. Soixante et dix hommes sont poursuivis du côté de Rügenwalde par le général Henry.

 

Osterode, 1er avril 1807

Au général Clarke

Il ne faut pas laisser le contingent de Saxe-Weimar à Stettin; je ne m’y fie pas assez pour cela; il doit être sous les ordres du général Belair, pour protéger les communications entre l’Oder et la Vistule.

J’ai vu avec plaisir que vous avez dirigé le 24e de chasseurs sur Thorn. Je désire que vous dirigiez le 3e sur Thorn; une fois à Kolberg, je ne pourrais plus les retirer. Il doit avoir déjà 400 chevaux. Envoyez donc ordre au détachement que vous aviez dirigé sur Kolberg de revenir sur Thorn,

Le général Loison doit avoir de la cavalerie hollandaise que lui a envoyée le maréchal Mortier.

J’ai ordonné que le général Tauenzien, Prussien, ne sortît point de France.

 

Osterode, 1er avril 1807

Au général Caulaincourt, Grand Écuyer

  1. Labiffe, officier d’ordonnance, partira ce soir à six heures pour m’apporter à Finkenstein les dépêches qui seraient arrivées pour moi ou pour le major général; il m’apportera aussi l’état des convois arrivés dans la journée, la situation des subsistances et de la fabrication d’Osterode, ainsi que l’état des effets d’habillement, souliers et fusils arrivés. Si, à six heures, aucune dépêche n’était arrivée pour moi, ni pour le major général, il pourra attendre jusqu’à neuf heures. Il s’arrangera de manière à avoir un cheval en relais et à arriver promptement.
  2. Bongars partira demain à six heures du matin, pour m’apporter les dépêches et les états indiqués ci-dessus pour M. Labiffe; il verra avant de partir si les fours cuisent. Si, à six heures, il n’y avait pas de dépêches, il attendrait jusqu’à neuf heures du matin.
  3. Tascher partira demain à trois heures après midi, et, s’il n’y avait pas de dépêches, il pourrait attendre jusqu’à sept heures soir. Il m’apportera les états indiqués ci-dessus pour M. Labiffe.
  4. Maulnoir se rendra de suite à Mohrüngen, où il fera connaître au général Legrand que je suis à Finkenstein, afin qu’il dirige en conséquence les courriers du maréchal Soult. Il se rendra de là chez le maréchal Soult pour la même chose. Il ira ensuite aux avant-postes, et demain, à neuf heures du matin, quand les reconnaissances du matin seront rentrées, il prendra les ordres du maréchal Soult, et me rejoindra à Finkenstein, où il tâchera d’arriver de bonne heure. Il s’informera aussi de quelle manière vivent les troupes et de la situation des magasins de Liebstadt et de Mohrüngen.

 

Finkenstein, ler avril 1807

(Le château de Finkenstein, construit pour le comte du même nom, gouverneur de Frédéric II, appartient alors au comte Dohna, grand-maître de la Maison du roi de Prusse. « On peut considérer le temps de séjour de l’Empereur dans ce palais comme celui où son génie se développa le plus. Il y déploya une énergie miraculeuse. Il s’occupait personnellement de tout, il gouvernait la France…. » – C. Hendelsman, Napoléon et la Pologne.)

Au général Songis

Envoyez de l’argent au commandant de l’artillerie devant Danzig. Les pièces venues de Graudenz ne sont approvisionnées qu’à 150 coups; vous savez que c’est comme s’il n’y avait rien.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

Mon Amie, je t’écris un mot. Je viens de porter mon quartier général dans un très-beau château, dans le genre de celui de Bessières, où j’ai beaucoup de cheminées, ce qui m’est fort agréable; me levant souvent la nuit, j’aime à voir le feu.

Ma santé est parfaite. Le temps est beau, mais encore froid. Le thermomètre est de quatre à cinq degrés.

Adieu, mon amie; tout à toi.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 22 mars. Il n’y a rien ici de nouveau. Je suis venu porter mon quartier général à Finkenstein, qui est une très-belle maison de campagne appartenant à M. le comte de Dohna, grand maître de la Maison du roi de Prusse. Vous pouvez faire mettre dans le Moniteur la note suivante.

« D’Elbing. – On nous annonce l’Empereur. Nous l’attendons d’un moment à l’autre ici. Il y a beaucoup de cavalerie cantonnée dans les environs de notre ville, et tous nos ateliers sont occupés à travailler pour cette cavalerie. On estime à 4,000 le nombre des chevaux que les Francais ont tirés de l’ile de Nogat, qui est sans contredit un des plus beaux pays de la Prusse. Des trains considérables d’artillerie sont arrivés de Varsovie par la Vistule devant Danzig. »

 

Finkenstein, 2 avril 1807

DÉCISION

Le ministre de l’intérieur propose à l’Empereur d’établir au Collège de France quatre nouvelles chaires d’Histoire de France, d’Éloquence française, de Poésie française, d’Histoire littéraire et critique. Histoire militaire de France;
Histoire de la législation en France;
Chaire d’éloquence, poésie;
Histoire littéraire critique.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je reçois votre lettre du 30 à neuf heures du soir, où je vois que les affaires avec la cour de Vienne traînassent toujours.

J’ai porté mon quartier général ici; c’est un pays où le fourrage est abondant et où ma cavalerie peut vivre. Je suis dans un très-beau château, plus beau que celui de Grignon, qui a des cheminées dans toutes les chambres, ce qui est une chose fort agréable. Vous y aurez un fort bel appartement, si vous venez m’y joindre.

Voyez M. Aldini. S’il a un travail à me présenter, il peut venir; sinon , il n’y a pas d’inconvénient qu’il reste à Varsovie, où il est mieux.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à Florence pour témoigner mon mécontentement du mauvais esprit que le ministre de la police donne aux affaires. Écrivez à Paris dans le même sens à M. de Masserano. Demandez l’arrestation des nommés Decimi, Benino et Cavini, qui ont donné de grands repas pour célébrer les prétendus avantages des Russes; ils sont de Sienne.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, j’ai déjà fait la distribution des 30,000 paires de souliers que vous avez dirigées sur Marienwerder, ainsi que des 20,000 que vous avez dirigées sur Osterode. Sur ces 20,000, il n’en est arrivé que 11,000. Il faut d’abord compléter l’expédition des 20,000 paires sur Osterode , et, outre l’expédition de ces 50,000 paires, il faut en faire une autre aussi de 50,000 paires, savoir : 35,000 paires par eau sur Marienwerder et 15,000 sur Osterode. Faites de tous côtés venir des souliers; les chemins sont mauvais et boueux, et la consommation des souliers sera énorme.

Ce qu’il faut surtout envoyer à Osterode, c’est de la farine. Il n’est encore rien arrivé à Marienwerder de ce que j’ai demandé. Ordonnez aux commissaires des guerres de Culm et de Neuenburg, Mewe et Marienwerder de correspondre avec l’ordonnateur du quartier général qui est à Riesenburg. Il faut établir à Marienwerder un grand hôpital. Il faut en établir un à Mewe et à Neuenburg. Comme je vous ai déjà fait connaître mes intentions là-dessus, je suppose que vous aurez envoyé des médecins et des employés d’hôpitaux dans ces trois places.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

A M. Daru

J’ai donné l’ordre au major général de faire établir 9 fours à Riesenburg, 3 à Finkenstein, 9 à Marienwerder, et, comme cela a déjà été annoncé, 6 à Mewe et 6 à Neuenburg.

J’avais ordonné que tous les convois de biscuit qui arriveraient à Osterode, lorsque ce qui est en magasin passerait 150,000 rations, fussent envoyés ici. Il y en a dans ce moment 180,000 rations; mais, comme il me faut faire mon mouvement, envoyez l’ordre que tout ce qui y arrivera désormais en biscuit et en eau-de-vie soit dirigé ici. Je veux avoir à Finkenstein 150,000 rations de biscuit, 100,000 de pain biscuité, 200,000 rations d’eau-de-vie, et de la farine pour faire aller les trois fours pendant dix jours ;

A Riesenburg 200,000 rations de biscuit, 200,000 de pain biscuité, 400,000 d’eau-de-vie, et de la farine pour aller les neuf fours pendant dix jours;

Marienwerder, Marienburg, et Neuenburg, approvisionnés conformément aux dispositions déjà ordonnées.

Toutes les administrations resteront à Riesenburq; un commissaire des guerres de la Garde restera à Finkenstein avec des boulangers de la Garde pour servir les trois fours. En outre, les boulangers de la Garde serviront trois fours à Riesenburg. L’administration n’en aura plus que six à servir dans cette place, et elle en servira neuf à Osterode, quatre ayant été remis au 3e corps.

Il y aura un commissaire des guerres du quartier général à Osterode, Culm, Marienwerder, Mewe, Neuenburg, qui rendront compte au commissaire ordonnateur du quartier général, de manière que tous les soirs il puisse envoyer la situation de ses magasins au maréchal Duroc.

Tous les convois de farine venant de Varsovie et de Thorn continueront à être dirigés sur Osterode.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

DÉCISION

Le major général soumet à l’Empereur une lettre adressée à l’intendant général par la princesse Pauline, demandant un congé pour M. Michelot, inspecteur principal des fourrages, chargé par elle de suivre à Paris quelques affaires. Refusé. Chacun doit rester à son poste. Employez M. Michelot aux avants-postes; il est actif.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

Au général Lemarois, à Varsovie

Ayez soin de ne pas trop appauvrir les magasins de Varsovie. Il faut que vous mainteniez toujours l’approvisionnement de Pultusk, Sierock, Willenberg pour dix jours, et en farines, à Varsovie, de quoi alimenter la manutention pendant dix jours et les moulins pendant vingt. Il faut faire successivement venir de Blonie , Rawa, Lenczyca, de manière qu’on ne se trouve pas embarrassé.

Je vois, par l’état de situation du 15 mars, qu’il n’y aurait que 3,000 quintaux de blé. On fait trop de pain; il y en avait 24,000 rations; ce pain se gâte. Je vois qu’il n’y a que 1,000 quintal de farine à Praga et 1,000 à Modlin; c’est trop peu. Comme il y 8,000 quintaux à Blonie, 5,000 à Lenczyca, qu’il y en a 3,000 à Lowicz, faites-en venir de ce côté, avec 4,000 quintaux de farine où de seigle.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

Au général Rapp, à Thorn

Je rencontre toujours des hommes isolés, sans fusils, qui ont passé par Thorn et qui ont des feuilles de route du commissaire des guerres de Thorn, et qui sont même maladifs. Il vaut mieux les envoyer à leurs dépôts respectifs; cela me fait des malades à l’armée et voilà tout. Prenez donc des mesures pour qu’il ne sorte personne de Thorn sans avoir capote, souliers et fusil. Combien y-a-t-il de pièces de canon en batterie à Thorn ? Quelle est la situation des ouvrages avancés ? Combien y a-t-il d’ouvriers qui travaillent tous les jours ? Enfin, la place est-elle à l’abri d’un coup de main ou en état de se défendre ? Y a-t-il de l’eau dans les fossés ? A-t-on fait les batardeaux pour cela ? Il est très-pressant que j’aie des idées précises là-dessus. D’un moment à l’autre vous pouvez en avoir besoin.

 

Finkenstein, 2 avril 1807

A l’Impératrice

Mon amie, je t’écris un mot. Je viens de porter mon quartier général dans un très beau château, dans le genre de celui de Bessières, où j’ai beaucoup de cheminées; ce qui m’est fort agréable, me levant souvent la nuit; j’aime à voir le feu.

Ma santé est parfaite. Le temps est beau, mais encore froid. Le thermomètre est de 4 à 5 degrés.

Adieu, mon amie.

Tout à toi.

Napoléon

 

 

Finkenstein, 3 avril 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, vous recevrez demain un grand article de Constantinople, que vous ferez imprimer dans le Moniteur. Il suffit, quant à présent, de vous dire que les affaires vont au mieux de ce côté-là, que les Anglais ont échoué et ont été obligés de repasser le Bosphore. Vous pouvez faire mettre dans le Moniteur cette courte note : « Nous recevons des nouvelles officielles de Constantinople. Les affaires vont au mieux de ce côté. Les Anglais ont complètement échoué et ont été obligés de repasser le détroit des Dardanelles, et la Porte montre une énergie qui a confondu les Anglais et les Russes. A demain les détails. »

 

Finkenstein, 3 avril 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, vous me dites que vous avez besoin d’ar8ent : il est parti hier 1,500,000 francs de Breslau pour Varsovie. Ainsi cet argent ne tardera pas à vous arriver.

En lisant avec attention les états que, l’intendant général m’a envoyés, je vois que Varsovie a fourni tout ce qu’elle devait fournir. Autorisez donc M. Pradel à passer des marchés pour l’approvisionnement en grains, foin, avoine et viande. On payera sur les 1,500,000 francs qui viennent de Breslau, et M. Pradel enverra un courrier à l’intendant général pour lui faire connaître tout ce qu’il a fait avec votre approbation.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, il est très convenable que vous disiez à M. de Vincent, en forme de conversation, et que vous écriviez à M. Andréossy, que 30,000 Espagnols sont déjà entrés sur mon territoire et sont en marche pour se rendre en Hanovre. Il n’y aurait pas de mal même d’en faire mettre un article dans les journaux de Varsovie, sous la rubrique de Madrid, en disant, sans parler de la division d’Étrurie, que 6,000 hommes de cavalerie espagnole, et 24,000 hommes d’infanterie, sont déjà rendus sur les Pyrénées et arrivent le 1er du mois de mai sur l’Elbe.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous enverrai demain le récit de toute l’affaire de Constantinople, avec les pièces officielles. Vous pourrez les faire imprimer dans la Gazette de Varsovie.

Expédiez sur-le-champ un courrier à Constantinople. Dites à Sebastiani que j’ai donné des ordres pour que tout ce qu’il demanderai en Dalmatie parte sur-le-champ ; que l’entretien , la solde de mes troupes à Constantinople seront à mes frais, et qu’il suffira que la Porte leur donne des vivres; que j’ai donné ordre au vice-roi d’Italie de lui envoyer 200,000 francs pour subvenir aux premières dépenses de mes troupes à Constantinople; que je suis très-fâché que, par un motif d’économie, il ne m’ait pas expédié l’officier persan; qu’il ait à me l’envoyer sur-le-champ. Ce n’est pas le moment de regarder à l’argent.

Écrivez à l’officier que j’ai à Widdin , M. Mériage, qu’il assure l’aga de ma protection, et lui offre armes, poudre et tout ce dont je puis disposer; que je ne lui demande que d’être fidèle à la Porte et de marcher franchement contre l’ennemi commun.

Témoignez à Sebastiani ma satisfaction de sa conduite. Il remettra la lettre ci-jointe au Grand Seigneur.

Dans la traduction de la lettre de l’empereur de Perse, on a oublié la date; il m’est très-intéressant de la connaître. Je vous envoie une réponse. Le général Sebastiani la fera porter en Perse par un de ses officiers ; et, comme il va lui arriver un grand nombre d’officiers d’artillerie et du génie, je désire qu’il en charge un officier qui puisse apprécier les forces de cet empire; ce que n’a pu faire M. Jaubert, qui n’est pars militaire.

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Vous ne recevrez que par le courrier de demain mes lettres au Grand Seigneur et à l’empereur de Perse.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

Au Sultan Selim

Mon ambassadeur m’apprend la bonne conduite et la bravoure des Musulmans de Constantinople contre nos ennemis communs. Tu t’es montré le digne descendant de Selim et de Soliman. Tu m’as demandé quelques officiers, je te les envoie. J’ai regretté que tu ne m’eusses pas demandé quelques milliers d’hommes; tu ne m’en as demandé que 500 ; j’ai ordonné aussitôt qu’ils partissent. J’entends qu’ils soient soldés et habillés à mes frais, et que tu sois remboursé des dépenses qu’ils pourront t’occasionner. Je donne ordre au commandant de mes troupes en Dalmatie de t’envoyer les armes, les munitions et tout ce que tu demanderais. Je donne le même ordre à Naples, et déjà des canons et des canonniers ont été mis à la disposition du pacha de Janina. Généraux, officiers, armes de toute espèce, argent même, je mets tout à ta disposition; tu n’as qu’à demander. Demande d’une manière claire, et tout ce que tu demanderas , je te renverrai sur l’heure.

Arrange-toi avec le schah de Perse , qui est aussi l’ennemi des Russes; engage-le à tenir ferme et à attaquer vivement l’ennemi commun.

J’ai battu les Russes dans une grande bataille ; je leur ai pris 75 canons, 16 drapeaux et un grand nombre de prisonniers. Je suis à quatre-vingts lieues en avant de Varsovie, et je vais profiter de quinze jours de repos que je donne à mon armée pour me rendre à Varsovie et y recevoir ton ambassadeur.

Je sens le besoin que tu as de canonniers et de troupes. Je les avais offerts à ton ambassadeur; il n’en a pas voulu, dans la crainte d’alarmer la délicatesse des Musulmans.

Confies-moi tous tes besoins. Je suis assez puissant et assez intéressé à tes succès, tant par amitié que par politique, pour n’avoir rien à te refuser.

Ici, on m’a proposé la paix; on m’accordait tous les avantages que je pouvais désirer; mais on voulait que je ratifiasse l’état de choses établi entre la Porte et la Russie par le traité de Sistova, et je m’y suis refusé. J’ai répondu qu’il fallait qu’une indépendance absolue fût assurée à la Porte, et que tous les traités qui lui avaient été arrachés pendant que la France sommeillait fussent révoqués.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

Au Schah de Perse

Je reçois ta lettre qu’a apportée à Constantinople ton serviteur Iusuf-Aga. J’ai ordonné à mon ambassadeur de t’envoyer celle-ci par un de ses officiers.

Beaucoup de troupes du Don, qui étaient opposées à toi, sont venues en Pologne. J’en ai fait prisonnières un grand nombre.

Le sultan Selim désire vivre en paix avec toi, resserrez vos liens; les petites mésintelligences doivent disparaître devant les véritables ennemis. J’ai écrit à Constantinople qu’on fasse venir ici l’officier que tu as envoyé, afin que je puisse causer avec lui en détail sur toi et sur ton armée.

Arrête toutes les communications des Anglais avec les Indes;  intercepte leurs courriers; ils sont amis des Russes et nos ennemis. Apprends-moi bientôt que tu as obtenu dans cette campagne de nouveaux succès et que tu as fait du mal à l’ennemi commun.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je vous instruis des bonnes nouvelles que je reçois de Constantinople. L’amiral Duckworth, avec huit vaisseaux de guerre anglais, a forcé le détroit des Dardanelles le 19 février, après avoir essayé quelques coups de canon. Il a rencontré, près de Gallipoli, un vaisseau de 74 et cinq frégates turcs, dont les équipages étaient à la mosquée pour la fête du Baïran , et les a brûlés. Il s’est présenté devant Constantinople; on a couru aux armes. Douze officiers d’artillerie et du génie, que j’ai envoyés de Dalmatie, sont arrivés dans la même nuit. On a mis 500 pièces de canon en batterie en cinq jours; on en a envoyés aux Dardanelles. Le Grand Seigneur a déclaré dans la mosquée qu’il ne séparerait pas sa cause de celle des Français. L’escadre anglaise a été forcée de repasser les Dardanelles, et dix vaisseaux turcs l’ont suivie. Les régences barbaresques ont reçu l’ordre de courir sur les bâtiments anglais. Les marchandises anglaises sont saisies. Les Anglais qui se trouvent en Turquie sont arrêtés. L’armée turque paraît passer le Danube et cerner Bucarest, où les Russes n’ont que peu de forces. Faites mettre ces détails dans la Gazette de Breslau. Vous pouvez faire dater ces nouvelles de Constantinople, du 3 mars.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je vous avais mandé que je vous avais envoyé 1,400 hommes de cavalerie non montés. J’ai craint que vous ne puissiez les monter, surtout à cause des selles. Je ne vous en ai, en conséquence, envoyé que 1,100. Mais, sur la lettre que vous m’avez écrite que vous avez pris des mesures pour en monter 1,500, et qu’ils le seraient au 15 avril, je vous en enverrai davantage. Allez de l’avant, et si vous pouvez en monter un plus grand nombre, je vous les enverrai. Les hommes appartenant au 5e corps doivent être dirigés sur Varsovie. Je préfère qu’ils se reposent deux jours de plus. Faites-leur distribuer capotes, habits, souliers, chapeaux et armes. La considération sur le double emploi de l’habillement est sensée; mais c’est un objet sur lequel on ne doit pas s’arrêter à la guerre. Il y a plusieurs manières de les envoyer : si vous les envoyez isolés, ils resteront perdus dans l’armée. Il faut les organiser en bataillons provisoires de 400 hommes, avec des officiers et sous-officiers pour les commander, en réunissant les hommes appartenant à un même corps d’armée; et quand vous aurez ainsi un bataillon des 1er, 3e, 4e et 6e corps, vous les dirigerez sur Thorn. Formez en compagnie ceux du 5e corps , au complet provisoire de 100 à 120 hommes, et dirigez-les sur Varsovie, également bien équipés et armés, et sous les ordres d’officiers et sous-officiers, désignez-leur des lieux de repos sur toute la route, afin qu’ils ne fassent pas de trop de fortes marches.

Ainsi donc n’envoyez jamais moins de 400 hommes sur Thorn, moins de 100 à 120 sur Varsovie, et toujours avec des officiers et sous-officiers. Si vous manquez d’officiers, donnez-leur des officiers d’état-major. J’attendrai le retour de ce courrier pour vous envoyer un plus grand nombre d’hommes de cavalerie à pied. Ainsi je vous envoie 1,100 hommes, dont 190 cuirassiers, 500 dragons et 480 hommes de cavalerie légère. Puis-je vous en envoyer 1,000 autres, et faut-il vous envoyer des détachements de cuirassiers ou de cavalerie légère ? Si vous pouvez passer la revue de toutes les compagnies ou bataillons provisoires que vous expédierez à l’armée, si vous pouvez leur donner une chemise par homme, ce ne sera que mieux. Envoyez-moi l’itinéraire que suivent le trésor, les régiments Wurtembergeois, infanterie et cavalerie; car il faut que je sache toujours où se trouvent toutes les parties de mon armée.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8 mars, relative aux tracasseries de la cour de Rome. J’imagine que les évêques que j’ai nommés touchent leurs revenus. Il faut leur écrire qu’ils se rendent dans leurs diocèses, et qu’ils en prennent au moins l’administration, si leur conscience ne leur permet pas d’y exercer leurs fonctions épiscopales.

Je vous envoie une lettre au Saint-Père que vous ferez passer à Rome. Après cela; s’il ne revient pas, il n’en faut plus parler. En temps et lieu je ferai repentir la cour de Rome de sa mauvaise conduite; mais ce n’est pas le moment.

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Toutes réflexions faites, je n’écrirai pas au Pape. Je ne veux pas me jeter dans les tracasseries avec ces nigauds. Le plus court est de s’en passer.

 

Finkenstein, 3 avril 1807

Au Roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre lettre du 15 mars. Je vois avec plaisir que vos troupes se portent bien et que tout va bien chez vous. Portez attention à la bonne discipline de vos troupes; un mois de relâchement cause un mal qui ne peut être réparé que par six mois de soins. Si vous formez un camp, placez-le entre Naples et la Calabre. Il serait ridicule de rien faire qui pût faire penser que la capitale pût être évacuée. Il est probable que les 6,000 Anglais qui sont partis de la Sicile sont retournés dans l’Océan. J’attends d’ailleurs des renseignements là-dessus. Nous sommes encore ici au milieu des neiges, et probablement le soleil commence chez vous à devenir trop chaud.

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Au moment même je reçois des lettres du 3 mars, de Constantinople. Les Anglais ont échoué complètement, et cet empire montre une énergie qui m’est très-importante et confond les ennemis communs. Les Anglais ont essuyé un échec qui leur sera sensible.

 

Finkenstein, 4 avril 1807.

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 2 mars. Portez, je vous prie, une grande attention au double approvisionnement du blé que j’ai ordonné avant de partir. L’expérience n’apprendra-t-elle donc rien, et faudra-t-il attendre que l’on soit dans le besoin ? C’est l’objet auquel M. Champagny doit porter toute son attention. Les mais et les si ne sont pas de saison, et il faut avant tout qu’il réussisse. Vous aviez déjà le manifeste de la Porte, mais je suis surpris de ne pas voir dans le Moniteur les pièces relatives à la déclaration de guerre de l’Angleterre à la Porte, que je vous ai envoyées. Si elles n’y avaient pas été mises quand vous recevrez cette lettre, prenez des mesures pour les y faire mettre.

 

Finkenstein, 4 avril 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin , vous verrez dans le Moniteur différentes lettres envoyées par mes agents sur le Danube, ainsi que les nouvelles de Constantinople. Les choses marchent bien de ce côté-là, et les Russes y paraissent singulièrement embarrassés. Il est probable qu’ils seront battus et obligés d’évacuer la Valachie. La Porte se comporte mieux qu’on n’aurait osé l’espérer.

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Je pars cette nuit à franc étrier pour Varsovie, où je serai demain. J’y resterai deux jours pour donner audience aux ambassadeurs de Perse et de Turquie, et prendre quelques arrangements d’administration intérieure de Pologne