Correspondance de Napoléon – Mars 1815

Paris, 21 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que tous les fusils qui se trouvent dans les manufactures d’armes soient dirigés sans délai sur Vincennes, et qu’à compter de ce jour tous les produits reçoivent la même destination. Sous le nom de Vincennes, je comprends la Fère, qui en est la succursale. Faites venir de Corse à Toulon les 5,900 fusils qui se trouvent à Basera; ces armes seront réparées dans les ateliers de Toulon. Le ministre de la marine a l’ordre d’expédier un bâtiment pour les transporter de Bastia à Toulon.

Faites venir à Paris les fusils à réparer qui se trouvent à Montpel­lier, 14,600; à Perpignan, 20,600; à Toulouse, 13,000; à Bayonne, 17,200; total, 66,200. Faites disposer à Paris, Versailles et La Fère des ateliers pour réparer promptement ces 66,200 fusils. Comme ils proviennent du désarmement des troupes, ils doivent avoir besoin de peu de réparations ; on pourra en réparer 2,000 par jour. Ces fusils arriveront successivement à Paris, et, en attendant leur arrivée, on fera les réparations des 4,000 qui sont en magasin.

Ainsi, avant quarante jours, on aura à Paris : fusils réparés, 70,000; existants ou en route, 30,000; existants dans les manufactures ou fabriques, jusqu’au 1er mai, 20,000; fabrication de mai, 24,000; total; 144,000. Si l’on ajoute à ce nombre la fabrication des sept derniers mois, à raison de 24,000 par mois, 168,000, on aura 312,000 pour le nombre total des fusils qui existera à Paris à la fin de l’année.

Dans les grandes places du Nord et dans les grands établissements maritimes, faites monter des ateliers pour les réparations d’armes. Si l’on a besoin du Grand-Commun de Versailles pour rétablissement de ces ateliers, je le ferai rendre. Faites établir un atelier à Lyon, et faites-y transporter le tiers des fusils qui sont à Grenoble, afin d’avoir 36,000 fusils à Lyon. Comme il n’y a à Auxonne ni armes à réparer ni armes neuves, faites-y transporter 10,000 fusils de Grenoble, moitié en état, moitié à réparer, de sorte que les 61,000 fusils de Grenoble seront répartis ainsi qu’il suit : à Auxonne, 10,000; à Lyon, 25,000; à Valence, 5,000; à Grenoble, 21,000; total, 61,000.

A Mézières il y a 24,000 fusils : faites-en transporter 10,000 à Soissons. À Strasbourg il y a 23,000 fusils neufs : faites-en transporter 10,000 à Phalsbourg. Il restera encore à Strasbourg 13.000 fusils neufs, plus 8,000 à réparer, qui le seront en moins de qua­rante jours, ce qui donnera 21,000 fusils. Il n’y a à Metz que 3,500 fusils; il y en a 17,400 à réparer; donnez ordre que ces répa­rations soient faites promptement. C’est à Metz qu’il aurait fallu 16,000 fusils neufs.

Faites monter à Paris des ateliers pour monter 400 fusils par jour, avec des pièces de rechange. Cela donnera du travail à la ville; faites venir des canons de tous côtés et faites monter un atelier de platines en enivse. Faites voir si l’on peut avoir en Angleterre ou en Suisse 100,000 fusils; vous pouvez en faire acheter jusqu’à 200,000.

 

Paris, 27 mar 1815

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je désire avoir l’état de situation des divisions qui composent les ler, 2e, 3e et 6e corps. C’est avec cette armée (hormis la division de Belfort) que j’agirai. J’y réunirai ma Garde, et je par­viendrai à avoir dans mes mains une force mobile de 80,000 hommes.

Je suppose que vous avez donné des instructions pour que, en cas d’événements imprévus, les généraux Reille et d’Erlon se retirent derrière la Sambre, et que vous avez mandé au général Vandamme de porter ses troupes sur Rocroi et sur Mézières. Il est important aussi, comme je vous l’ai fait connaître, que le 6e corps se réunisse promptement à Laon.

L’armée du Nord sera la principale armée ; c’est donc sur celle-là que vous devez porter votre attention. Veillez à ce qu’il y ait des car­touches et des coups de canon à Soissons, à Guise, à Avesnes, à Paris ; il en faut aussi à Maubeuge, Condé, Valenciennes, Philippeville. Il faut enfin tout prévoir et n’omettre aucune précaution.

Un bon ordonnateur, un payeur général, un général d’artillerie, un directeur du parc, un général du génie paraissent indispensables pour cette armée, dont le grand quartier sera probablement porté à Soissons.

Donnez des ordres à tous les corps de retirer leurs troupes des places et d’y faire rentrer les gardes nationales. Que ces troupes soient mises dans de bons cantonnements, en ayant soin de placer sur les derrières les parcs, les munitions, etc. Je pense que les Alsaciens doivent être maintenant dans les places. Donnez au général Rapp des instructions pour qu’il réunisse ces diverses divisions. Comme il serait possible que nos communications avec Strasbourg fussent intercep­tées, c’est principalement dans cette ville qu’il ne faut laisser que le nécessaire, pour pouvoir, si les circonstances l’exigeaient, reployer notre artillerie et nos dépôts sur Vitry, Soissons, la Fère et Paris.

Faites-moi faire une note de ce qui s’est passé dans les autres campagnes. Dites-moi quel a été le résultat des opérations com­binées des armées de Moselle et du Rhin, quelle position l’une et l’autre de ces armées ont dû prendre pour se trouver en mesure de se combiner.

Je suppose que vous avez donné des ordres pour le fort de Vauban et pour les redoutes sur le Rhin.

La division qui se rend à Belfort ne fera point partie du 6e corps, mais d’un corps d’observation du Jura qui sera commandé, ainsi que la 6e division militaire, par le général Lecourbe. Il faut donc lui adresser des ordres et lui envoyer un officier du génie pour les retranchements à faire dans le Jura.

Envoyez-moi le plan sur les moyens de fortifier les hauteurs de Lyon. H serait nécessaire d’y établir quelques redoutes. Cette ville, étant placée entre deux rivières, pourrait être mise facilement en état de défense. Je crois même qu’il doit y avoir une enceinte. Ne serait-il point convenable aussi d’établir, au pont de la Guillotière, du côté du faubourg, d’abord une barrière, ensuite une bonne et solide porte de deux pieds d’épaisseur, appuyée à de bonnes murailles et garnie de deux bons contre-forts, ce qui la mettrait à l’abri de toute attaque de troupes légères, et même de quelques pièces de campagne? Lorsque l’attaque deviendrait sérieuse, on aurait alors la ressource de couper le pont.

Je suppose que vous avez donné des ordres pour les travaux de Grenoble.

 

Paris ; 27 mars 1815.

Au maréchal Ney, prince de3 la Moskowa, en mission, à Lille.

J’ai reçu votre lettre du 25 mars à onze heures du matin. Le comte d’Erlon doit être installé dans son commandement. Le général Reille et le général Exelmans, qui est sous ses ordres, doivent être en marche pour renforcer les places du Nord. Parcourez toute la ligne depuis Lille jusqu’à Landau, et envoyez-moi votre rapport et vos observations. Envoyez-moi des notes sur les commandants mili­taires et sur les officiers d’état-major. Quant à ceux qui sont des nôtres, dites-moi votre opinion sur leur habileté. Donnez-moi les mêmes renseignements» 1° sur les colonels et officiers de troupes, indiquez-moi ceux qu’il faudrait changer comme mal choisis ; 2° sur les préfets, sous-préfets et maires qu’il serait urgent de remplacer; 3° sur la force des gardes nationales, sur leur armement et sur les chefs qu’il serait important de changer. Enfin jetez un coup d’œil sur l’armement et l’approvisionnement des places. Revenez après cela à Paris. Je désire que vous m’envoyiez votre rapport de chaque place où vous passez. Prenez aussi sur votre route des renseignements, et recueillez toutes les nouvelles qui courent sur la position qu’occupent les troupes belges, hanovriennes et autres qui nous seraient opposées, ainsi que sur leurs mouvements.

 

Paris, 27 mars 1815.

Au maréchal Suchet, duc d’Albufera, commandant la 5e division militaire, à Strasbourg.

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 24 mars. Vous savez l’estime que je vous ai toujours portée depuis le siège de Toulon. J’ai vu avec plaisir la conduite patriotique que vous avez tenue dans ces dernières circonstances. Je vous verrai avec plaisir à Paris, pour vous renouveler l’expression de mes sentiments.

 

Paris, 27 mars 18Î5,

Au capitaine Dumoulin, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris.

Rendez-vous à Chartres; vous me ferez connaitre le nombre de troupes qui s’y trouvent, celles qui en sont parties, l’esprit qui règne parmi elles et les habitants, les noms des sous-préfets, des maires , par qui ils ont été nommés, et généralement tout ce qu’il est impor­tant de savoir pour mon service. De là vous vous rendrez à Orléans, à Blois, à Tours, à Angers, à Napoléonville, à la Rochelle, à Bor­deaux, pour remplir la même mission; vous m’écrirez de chaque ville en grand détail. Vous me donnerez fous les renseignements que vous pourrez avoir sur le duc d’Angoulême et sur le nombre de troupes qu’il a avec lui. Vous prendrez note de tous les préfets qui sont arrivés. Comme officier d’ordonnance, vous pourrez voir les généraux commandant Les divisions, les préfets, les maires, officiers de gendarmerie, etc., mais sans exiger rien d’eux en vertu de vos ordres. Ce n’est qu’en parlant avec eux que vous pourrez faire vos observations et connaître l’opinion-

Vous enverrez vos dépêches par la poste, à moins qu’elles ne soient très-pressées.

Même lettre à l’officier d’ordonnance Saint-Yon, envoyé en mission dans les départements de l’Est et du Word.

 

Palais des Tuileries, 28 mars 1815.

DÉCRET.

(La minute de ce décret est, en plusieurs endroits, modifiée et corrigée de la main de l’Empereur.)

Article premier.   L’Empereur appelle tous les sous-officiers et soldats qui ont quitté l’armée, par quelque raison que ce soit, à, rejoindre leurs corps et à courir à la défense de la patrie. Il leur donne la promesse spéciale que, aussitôt que la paix actuelle sera consolidée, ceux qui auront rejoint en conséquence du présent décret seront les premiers qui obtiendront des congés pour rentrer dans leurs foyers.

Art. 2. Tous les sous-officiers et soldats qui ont servi dans la vieille. Garde, infanterie, cavalerie et artillerie, ainsi que dans la jeune Garde, et qui sont maintenant chez eux par congé ou par permission autre que par semestre, rejoindront à Paris pour reprendre leurs rangs. Ceux des sous-officiers et soldats appartenant à d’autres corps seront tenus de les rejoindre dans les lieux indiqués par le tableau ci-joint. Toutefois ils seront les maîtres, s’ils ont servi plus de trois ans dans un autre corps et s’ils le préfèrent, de le rejoindre.

Art. 3. Les militaires compris dans l’article précédent qui seront jugés susceptibles de la réforme ou d’être libérés du service recevront leur congé absolu.

Ait. 4. Il sera créé six régiments de tirailleurs et six régiments de voltigeurs de la jeune Garde Impériale. Ces douze régiments seront organisés à Paris par le lieutenant général comte Drouot. À cet effet, les autres soldats en congé illimité qui réuniront les qua­lités requises seront dirigés sur Paris, peur entrer dans la composition de ces régiments, conformément au tableau ci-joint.

Art. 5. Dans chaque régiment d’infanterie, les deux premiers bataillons seront complétés par le 3e; dans chaque régiment de troupes à cheval, les trois premiers escadrons seront complétés par le 4e. Les 3e bataillons et les 4e escadrons seront ensuite portés à leur complet par les hommes rappelés en vertu des articles 1 et 2 du présent décret. L’excédent de ces hommes sera employé successi­vement à former un 4e bataillon (dont le cadre en officiers, sous-officiers et soldats, sera complété sans délai) dans chaque régiment d’infanterie, et un 5e escadron dans chaque régiment de troupes à cheval (dont le cadre sera complété en officiers et sous-officiers sans délai).

Art. 6. Il sera créé un cadre, en officiers , d’un 5e bataillon. Ce cadre sera complété en sous-officiers et soldai», lorsque notre ministre de la guerre l’ordonnera. Les 3″, 4e’ et 5e’ bataillons testeront ju*-qs’à nouvel ordre au dépôt. Les i”* et 2″ bataillons.seront seuls mis eaactivité de servies.

Art. 7. Tous les officiers qui ne seront point compris dans les cadres organisés en vertu des articles précédents resteront en congé dans leurs domiciles, où ils continueront à recevoir la solde d’acti­vité de leur grade, comme disponibles, jusqu’à ce qu’il leur soit donné une destination.

Art. 8. Au moyen des dispositions du présent décret, l’ordon­nance du 9 mars, qui avait prescrit la formation de bataillons dépar­tementaux et d’autres corps, sous diverses dénominations, demeure abrogée et de nul effet.

Art. 9. Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Paris, 28 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, en attendant que vous m’ayez remis le travail pour la formation des différents corps, il est urgent que vous donniez ordre au général Reille de s’avancer sur Valenciennes et au comte d’Erlon de réunir son corps sur Lille; bien entendu que les troupes ne seront pas placées d’une manière hostile, et que Reille occupera Valen­ciennes , Maubeuge et autres débouchés.

 

Paris, 28 mars 1815.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, ministre des affaires étrangères, à Paris.

Monsieur le Duc de Vicence, je désire que vous chargiez Bignon de faire une histoire du congrès de Vienne. On imprimerait à la suite toutes les pièces et les extraits convenables des dépêches de Talleyrand. Cet ouvrage peut être utile, en faisant voir l’avidité et l’injustice de l’étranger. Toutefois ce n’est que quand il sera fait qu’on pourra voir s’il convient d’imprimer.

J’attache aussi beaucoup d’importance à faire faire l’histoire de tous les traités de mon règne, tels que ceux de Campo-Formio, Lunéville, Amiens, Presbourg, Tilsit, Vienne, et de toutes les affaires de Bayonne, avec les pièces originales, mes lettres et les réponses des souverains. Ce travail me semble tenir de près à l’histoire et à la gloire de la nation et à la mienne, puisqu’il doit placer ces évènements sous leur vrai point de vue. Quant aux affaires de Bayonne, on pourrait s’adresser au roi de Naples, pour avoir aussi toutes les lettres et les pièces des princes qu’il a reçues dans le temps.

Présentez-moi un homme capable, qui pourrait être chargé de ce travail.

Il est nécessaire que vous envoyiez tous les jours au Moniteur des articles, datés de différents pays, pour faire connaître ce qui se passe; par exemple, les différends de la Suède avec le Danemark pour la Poméranie; les différends avec la Saxe, avec la Bavière, avec le prince d’Orange, qui ne veut pas céder les États de sa Maison en Allemagne, etc. Il faut ainsi alimenter la curiosité publique, en rédi­geant les articles dans un bon sens, qui mette au jour l’avidité de toutes les puissances.

 

Paris, 29 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il faut mander au général Morand que, la Bretagne, Nantes, Angers et les bords de la Loire étant assurés, il est néces­saire qu’il se porte avec des forces convenables sur l’extrémité de la 12e division et sur les confins de la 1e, afin de soutenir le général Clausel et de terminer les affaires depuis la Dordogne jusqu’aux Pyrénées. Il serait nécessaire aussi qu’il dirigeât une autre colonne de troupes, formée de celles qui sont le plus à portée, sur Tou­louse, afin de terminer également dans cette partie du Midi. Aussitôt qu’il s’apercevrait que les affaires sont terminées, il arrêterait le mouvement de ses troupes. Cependant il faut agir et pacifier tant qu’on n’aura pas la certitude que le mouvement est apaisé.

 

Paris, 29 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, j’ai reçu votre état de situation des régiments de
cavalerie au 1er mars. Notre cavalerie ne me paraît pas dans une
situation satisfaisante.  J’aurais désiré avoir l’état des hommes qui
composent chaque réglaient et l’état des selles. Si on n’a pas perdu les selles, il devrait y en avoir une grande quantité.

Sur les 3 ou 4,000 chevaux provenant de la Maison du roi, il faut en faire donner :

1,000 à la Garde, savoir : 210 aux grenadiers, afin de les porter à 800; 240 aux dragons, afin de les porter à 800; 200 aux chas­seurs, afin de les porter à 800; 230 aux lanciers rouges, afin de les porter à 800; 120 à la gendarmerie d’élite;

610 aux carabiniers, savoir : 306 au 1er régiment et 304 au 2e;

1,390 aux cuirassiers, savoir : 20 au 1er régiment, 40 au 2e, 180 au 3e, 180 au 4e , 270 au 5e, 50 au 6e, 180 au 7e, 40 au 8e, 60 au 9e, 40 au 10e, 230 au 11e, 100 au 12*.

Total, 3,000 chevaux.

Donnez Tordre positif au 2* régiment, qui est à Sarrelouis ; an 6*, qui est à Strasbourg; au 7°, qui est à Abbeville; au 9e, qui est à Colmar; au 10e, qui est à Schlestadt; au 11e, qui esta Thionville, et au 12*, qui est à Lille, de compléter dans l’espace de dix jours l’achat de leurs chevaux.

Par ce moyen, tous les régiments de grosse cavalerie seront portés à 500 chevaux, sans (aire plus ou moins d’achats.

Il faut aussi prendre de» mesures pour que les marchés de 954 chevaux, que les régiments de dragons ont passés, soient sur-le-champ réalisés, ainsi que pour les 332 chevaux de lanciers, les 515 de chasseurs et les 258 de hussards ; ce qui fait les 3,239 qui étaient portés au budget de 1815.

Je désire porter tous les régiments de dragons à 500 chevaux, ton» ceux de lanciers à 600, tous ceux de hussards à 600. Vous me ferez connaître le nombre d’hommes existant actuellement, et, s’il y avait des régiments qui n’eussent pas les 700 hommes nécessaires pour avoir 600 chevaux, on les verserait de l’on dans l’autre.

Quant au meilleur moyen de se procurer les chevaux qu’il faudra, je pense qu’il faut laisser subsister les marchés et établir à Versailles un dépôt où les régiments enverront leurs hommes à pied et où l’on payera comptant et à prix fixe les chevaux que les cultivateurs amè­neront. Cette méthode m’a déjà réussi et dispensé des intermédiaires entre les paysans et le gouvernement.

J’aurai donc 4 régiments de la Garde, 3,200 ; 14 régiments de grosse cavalerie, 7,000; 15 régiments de dragons, 7,500; 6 régi­ments de lanciers, 3,600; 15 régiments de chasseurs, 9,000, et 7 régiments de hussards, 4,200.

Récapitulation. — Cavalerie de la Garde, 3,200 ; grosse cavalerie, 14,500; cavalerie légère, 16,800; total, 34,500 chevaux. Faites-moi connaître la dépense que cela occasionnera.

 

Paris, 29 mars 1815.

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la justice, à Paris

Je vous envoie une note. Faites sur-le-champ mettre le séquestre et prenez des mesures pour récupérer ces tableaux. Ils appartenaient au prince Joseph; je les avais fait venir d’Espagne; et, s’ils ont une si grande valeur qu’on dit, ils pourraient être fort utiles pour faire un fonds pour ces pauvres réfugiés espagnols.

 

Palais des Tuileries, 29 mars 1815.

DÉCRET.

Article premier. À dater du présent décret, la traite des noirs est abolie.

Il ne sera accordé aucune expédition pour ce commerce, ni dans les ports de France, ni dans ceux de nos colonies.

Art. 2. Il ne pourra être introduit, pour être vendu dans nos colonies, aucun noir provenant de la traite, soit française, soit étrangère.

Art. 3. La contravention au présent décret sera punie de la con­fiscation du bâtiment et de la cargaison, laquelle sera prononcée par nos cours et tribunaux.

Art. 4. Néanmoins les armateurs qui auraient fait partir, avant la publication du présent décret, des expéditions pour la traite, pour­ront en vendre le produit dans nos colonies.

Art. 5. Nos ministres sont chargés de L’exécution du présent décret.

Napoléon.

 

Paris, 30 mars 1815.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc Decrès, la goélette napolitaine qui arrive à Toulon vient pour avoir des nouvelles ; c’est une opération concertée. Expé­diez trois officiers adroits, vingt-quatre heures l’un après l’autre, avec une copie chiffrée de la lettre que vous remettra le ministre des affaires étrangères. Ils remettront cette lettre, ainsi que le Moniteur depuis le 20 jusqu’à ce jour, au commandant de la goélette. Expé­diez un de ces officiers par Gap, un par Arles et l’autre par la droite ligne. Il faut que ce soient des gens du pays. Renvoyez au ministre des relations extérieures la correspondance relative à Monaco. Enfin réitérez, autant qu’il sera nécessaire, l’envoi d’officiers pour porter vos lettres, des nouvelles et des journaux sur Toulon. Envoyez-en aussi du côté de Bayonne.

 

À Joachim Napoléon, roi de Naples, à Naples.

(Cette lettre est tout entière de la main de l’Empereur. Sans date; présumée de la fin de mars.)

Je suis arrivé. J’ai traversé la France. L’armée, le peuple, les campagnes, les villes sont venus au-devant de moi. Je suis entré le 20 mars dans Paris à la tête du camp d’Essonne, sur lequel le roi comptait. Il s’est retiré à Lille, où il est arrivé le 23. Le 24, voyant que la garnison refusait l’entrée de la ville à sa Maison, et qu’il était sur le point d’être prisonnier, il s’est retiré en Angleterre ; toute sa famille en a fait autant.

Toute la France, hormis Marseille, dont je n’ai pas encore de nou­velles, a arboré les couleurs nationales. Tout est à l’enthousiasme. Les vieux soldats courent en foule à leurs drapeaux, et les campagnes sont décidées à tous les sacrifices.

J’ai une armée en Flandre, une en Alsace, une dans l’intérieur, une qui se forme dans le Dauphiné.

Jusqu’à cette heure, je suis en paix avec tout le monde.

Je vous soutiendrai de toutes mes forces. Je compte sur vous. Aussitôt que Marseille aura arboré la cocarde tricolore, envoyez de vos bâtiments pour que nous puissions correspondre, car je crains bien que la correspondance par l’Italie ne devienne difficile. Envoyez-moi un ministre, je vous en enverrai un sur une frégate dans peu.

 

Paris, 30 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, j’ai donné le commandement de la 12e division au général Morand. Dites-lui de réunir le 40e régiment de ligne, qui est à Rochefort; le 61e, qui est à Nantes; le 71e, qui est à la Ro­chelle, ainsi que toute la cavalerie qui se trouve dans la division et une batterie d’artillerie. Qu’il se mette à la tête de ces troupes et qu’il s’approche de Bordeaux, afin de faire la réunion des troupes, d’en chasser la duchesse d’Angoulême et de faciliter le mouvement du général Clausel. Le général Clausel, aussitôt qu’il sera maître de sa division, mettra en état la ville de Bayonne. Si le général Morand apprend en route que la duchesse est partie et que le général Clausel est maître de Bordeaux, il se dirigera du côté de Toulouse pour dis­siper les rassemblements, se réunir à la division de Nîmes et arrêter le duc d’Angoulême. Pendant ce mouvement, le lieutenant général Morand donnera le commandement à un bon général de brigade. Mandez-lui qu’il peut évacuer Alençon. Recommandez au général Morand de mettre de la promptitude dans l’exécution de ces opéra­tions. Qu’aussitôt que Bordeaux sera soumis il en laisse le comman­dement au général Clausel et se combine avec lui.

Prévenez le général Dessaix, qui commande à Lyon, de faire marcher deux pièces d’artillerie, 300 hommes de cavalerie et 400 d’in­fanterie au pont de la Drôme. Si les Marseillais s’avançaient, qu’il organise un millier d’hommes à Lyon et à Valence pour renforcer sa colonne.

Recommandez au général Lasalcette de maintenir libre le Dauphiné, et donnez-lui une colonne d’infanterie et de cavalerie, qu’il placera à Gap avec les gardes nationaux du Dauphiné.

Envoyez plusieurs Provençaux au prince d’Essling pour l’instruire que des forces considérables marcheront sur Nîmes et sur Toulouse, et qu’il est temps qu’il rassemble ses troupes et qu’il montre un peu d’énergie.

Vous investirez le général Morand d’un pouvoir extraordinaire pour commander les quatre colonnes mobiles qui agiront sur le pays entre la Loire et le Midi.

Vous lui ferez connaître qu’il est autorisé à employer les officiers du pays, réformés ou a la suite.

Vous lui enverrez un millier d’exemplaires du Moniteur depuis le 20 mars jusqu’à ce jour, afin qu’il les répande partout, à Laval, la Flèche et Tours.

Mandez-lui qu’il peut laisser à Angers une colonne mobile com­posée d’un régiment de cavalerie, d’un régiment d’infanterie et de deux pièces d’artillerie, s’il en a, pour se porter, selon les circon­stances, sur la rive droite ou sur la rive gauche de la Loire; qu’il peut en former une autre de la même force dans le cœur de la Vendée; qu’il réunisse le reste de ses troupes pour se porter sur Tou­louse et sur Nîmes et en chasser le duc d’Angoulême.

Ainsi il aura quatre .colonnes. La première sera composée d’un régiment de cavalerie et d’un régiment d’infanterie, pour se porter sur la rive droite ou la rive gauche de la Loire. La deuxième 9 composée également d’un régiment d’infanterie et d’un régiment de cavalerie, commandée par un général de brigade qu’il désignera, se rendra dans le centre de la Vendée. La troisième, formée des trois régiments de Nantes, Rochefort, la Rochelle, et de la cavalerie, ralliera le régiment qui se trouve à Blaye et favorisera la soumission de Bordeaux. La quatrième» qui sera commandée, sous les ordres du général Morand, par un lieutenant général que vous désignerez, se réunira du côté de Limoges et se portera sur Nîmes et Toulouse par des mouvements combinés.

Vous lui ferez connaître qu’il est autorisé à chasser les préfets et les sous-préfets et à les remplacer provisoirement, lorsque ce seront des hommes sur lesquels il y aura des doutes ; qu’il faut qu’il expédie une estafette tous les jours et qu’il tâche de se mettre en commuai-cation avec le général Merle, qui est à Nîmes.

Envoyez-lui l’état des troupes qui se trouvent de ce côté et de celles qui marchent avec le général Clausel sur Bordeaux.

Dites-lui qu’il est même autorisé à faire des proclamations.

Napoléon.

  1. S. Envoyez au général Morand le maréchal de camp de gen­darmerie Buquet, avec autorité sur la gendarmerie des pays que doit parcourir le général Morand.

 

Paris, 30 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, le corps du général Reille, qui se composera de cinq divisions et de près de 30,000 hommes, est formé. Il manque un régiment à la 5e division, qui est celle du général Dufour. Dans la 3e division de cavalerie de ce même corps, on a compris le 4e de cuirassiers : ce régiment doit en être ôté, tous les cuirassiers étant réunis à part. Donnez des ordres pour que le quartier général de ce corps soit à Valenciennes, et que les divisions soient placées à Valenciennes, Maubeuge et autres débouchés.

Donnez ordre que le 1er corps d’observation soit formé sans délai et composé de quatre divisions, chacune de quatre régiments, confor­mément à votre état. Nommez quatre généraux de division et huit généraux de brigade pour commander; envoyez-y les adjudants géné­raux nécessaires et attachez à chaque division une batterie d’artillerie. Faites former deux divisions de cavalerie légère, chacune de quatre régiments, comme dans votre état. Cependant la 2e division n’aura que deux régiments de dragons, le 12e de cuirassiers devant être ôté. Chaque division aura une batterie d’artillerie légère. Le général Drouet, comte d’Erlon, qui commande ce ler corps, le réunira autour de Lille et couvrira les débouchés de la frontière, depuis le lieu où finissent les cantonnements du général Reille jusqu’à l’extré­mité de la gauche.

La 1e division de ce 1er corps portera le n° 1 ; la 2e le n° 2; la 3e le n° 3; et la 4e, le n° 4. La 1e division de cavalerie de ce corps portera le n° 1 ; la 2e, le n° 2.

Les cinq divisions du 2e corps porteront les n° 5, 6, 7, 8 et 9. Les trois divisions de cavalerie porteront les n° 3, 4 et 5.

Le 3e corps sera composé de deux divisions d’infanterie, qui por­teront les n° 10 et 11. Envoyez-y les généraux de division et de bri­gade nécessaires. Le duc de Plaisance le commandera provisoirement. Chaque division se composera de trois régiments, comme dans votre état, jusqu’à ce qu’on puisse la renforcer d’un quatrième. La division de cavalerie portera le n° 6 et aura une batterie d’artillerie à cheval. Ce corps se réunira à Mézières et garnira la frontière, depuis la droite du général Reille jusqu’au 4e corps.

Le 4e corps sera commandé par le général Gérard, à qui vous donnerez sur-le-champ ordre de s’y rendre. Il aura le commande­ment des 3e et 4e divisions militaires ; ce corps sera composé de trois divisions qui porteront les n° 12, 13 et 14. Le quartier général sera d’abord à Metz, et le corps s’étendra sur toute la frontière, depuis le 3e corps jusqu’à l’Alsace. Aussitôt qu’il sera possible, on renfor­cera chaque division d’un régiment, afin de les porter toutes à quatre régiments. Chaque division aura une batterie d’artillerie à pied. La division de cavalerie, qui sera la 7e, sera composée de quatre régi­ments de dragons et d’une batterie d’artillerie à cheval, les cuiras­siers et carabiniers ne devant pas y être compris.

Le 5e corps formera trois divisions, qui seront complétées, aussitôt que faire se pourra, à quatre régiments. Ces divisions porteront les n° 15, 16 et 17; chacune aura une batterie d’artillerie. Le général Rapp commandera ce corps et le réunira à Strasbourg. Il aura en même temps le commandement de toute la 5e division militaire. Il sera formé deux divisions de cavalerie, chacune de quatre régiments de cavalerie légère, ou de dragons; les cuirassiers ne devront pas compter dans cette formation. Chaque division aura une batterie d’artillerie à cheval. Ces deux divisions de cavalerie porteront les n° 8 et 9.

Par ce moyen, j’aurai dix-sept divisions d’infanterie avec dix-sept batteries d’artillerie à pied et neuf divisions de cavalerie avec neuf batteries d’artillerie à cheval, sur mes frontières du Nord et du Rhin.

Si vous n’aviez pas, dans la 5e division militaire, de quoi former la 2e division de cavalerie, vous pourriez me proposer de prendre dans ce qui est autour de-Paris, et trouver aussi le moyen de com­pléter tout à quatre régiments.

Écrivez aux dépôts pour qu’on mette en marche, aussitôt qu’ils seront habillés et armés, tous les hommes disponibles pour renforcer les deux premiers bataillons, et pour qu’on forme les 3e bataillons partout où il sera possible d’en former trois; enfin dirigez tous ces détachements sur les lieux où les bataillons vont être placés dans l’armée active. Il serait convenable que chaque bataillon eût au moins 500 hommes; et, aussitôt que le 3e bataillon pourra être porté à 400 hommes, il faudra le faire partir pour rejoindre le régiment.

Vous formerez trois divisions de réserve de cuirassiers. Mon inten­tion est de mettre à leur tête trois généraux de division, de premier ordre, qui aient déjà eu des commandements généraux de cavalerie. Nommez le général Milhaud pour commander la 1e, qui se réunira à Douai et sera sous les ordres du comte d’Erlon; elle se composera des 1er, 4e, 7e et 12e de cuirassiers. Désignez deux généraux de bri­gade distingués pour les commander, et attachez-y une batterie d’ar­tillerie à cheval.

La 2e division de cuirassiers se réunira du côté de Metz; elle se composera du 2e et du 3e de cuirassiers et de la brigade des carabi­niers; proposez-moi un commandant pour cette division. Elle sera sous les ordres du général Girard. Elle aura également une batterie d’artillerie à cheval.

La 3e division se réunira en Alsace. Les 5e, 6e, 9e et 10e régiments la composeront.

Il faudrait encore former une 4e division de cavalerie près de Metz ; le 8e et le 11e régiment de cuirassiers en feront partie. Vous y mettrez le 1er régiment de dragons et un autre régiment de dragons, qui sera le plus beau que vous puissiez tirer de ceux qui sont autour de Paris.

Ce travail fait, vous me ferez connaître ce qui reste de régiments de cavalerie légère et de dragons, mon intention étant d’en former successivement des divisions de réserve, mais au fur et à mesure qu’on pourra les remplacer dans les divisions actives.

Vous donnerez le mouvement à toutes ces troupes. Vous ferez connaître aux généraux que rien ne montre que des hostilités doivent avoir lieu ; qu’ils peuvent donc tenir commodément leurs troupes dans des cantonnements, mais qu’il n’en faut pas moins prendre d’avance des mesures pour s’organiser.

Écrivez au ministre de l’intérieur pour lui faire connaître la quan­tité de gardes nationales qu’il faut enfermer dans les places pour rendre disponibles les troupes qui s’y trouvent.

Le duc d’Albufera restera à Paris, disponible pour, selon les cir­constances, commander plusieurs corps.

Écrivez des circulaires aux préfets pour qu’ils se concertent avec les généraux et commandants des corps, afin de monter tous les hommes à pied que nous avons. Assurez l’argent pour que le marché des 3,000 chevaux se réalise sans délai. Je pense que, si vous faites partir de Paris des chevaux et du per­sonnel du train, il faut laisser le matériel, puisque vous devez le trouver à Douai, à Metz et à Strasbourg.

Proposez-moi actuellement la formation du 6e corps ou corps de réserve, qui se réunira à Paris. Il le faudrait au moins de trois divi­sions. qu’on porterait à douze régiments; mais, quand il ne se composerait d’abord que de neuf, ce serait un bon fonds, et on l’augmenterait ensuite par des troupes de l’intérieur. Il faudrait aussi y attacher une division de cavalerie légère et une de dragons, qui pren­draient les n° 10 et 11.

 

Paris, 30 mars 1815, dix heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il est très-surprenant qu’on n’ait retiré de la Maison du roi que 500 chevaux ; demandez des comptes au général Lauriston et rendez-l’en responsable.

Il faut de suite renvoyer les Cent-Suisses dans leur pays et leur donner des feuilles de route, sans qu’ils passent par Paris. Ordon­nez aux grenadiers à cheval de se rendre à Beauvais. Ordonnez au général Guyot de prendre les bons et de s’emparer des armes et des chevaux de ceux qui ne lui paraîtront pas dignes d’entrer dans la Garde. Vous donnerez l’ordre aux maires, aux préfets et aux sous-préfets, etc., d’arrêter partout les hommes des compagnies rouges de la Maison du roi, quels qu’ils soient, de prendre leurs armes et leurs chevaux, et de diriger sur Paris les chevaux et les armes. Cette opération se fera, qu’ils soient en route ou chez eux, et sans avoir égard si les chevaux ont été fournis par eux ou par le roi.

Donnez aussi l’ordre de faire le dépouillement des officiers de la Maison du roi, et que tous ceux qui seraient dangereux soient mis en arrestation. Vos circulaires devront avoir leur exécution par la voie de la gendarmerie, par celle des commandants de place, des commissaires des guerres, des maires, des sous-préfets et des préfets. Vous voudrez bien ordonner au comte d’Erlon de faire faire des patrouilles dans tous les lieux où pourraient se trouver des hommes de la Maison du roi, afin de faire prendre leurs chevaux et de les faire désarmer.

Enfin vous devrez faire remplacer le général d’Aigremont, qui est à Amiens et qui doit y avoir été mis par le roi. Vous y enverrez à sa place un bon général. Il y a, en général, beaucoup de plaintes sur un grand nombre d’officiers qui avaient été placés par le roi ; remplacez ceux qui sont mauvais et changez de lieu les autres.

Faites-vous rendre compte aussi des hommes qui commandent les départements et les divisions militaires, afin de déplacer ceux qui se seraient prononcés pour le roi; il en est de même pour les commandants de places importantes.

 

Paris, 30 mars 1815, onze heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, faites partir le général Grouchy pour la 7e et la 19e division, dont il aura le commandement supérieur, et investissez-le des pouvoirs nécessaires pour prendre les gardes nationales et les diriger sur les points du territoire de la 7e et de la 19e division qu’elles doivent garder. Faites partir le général Piré et deux généraux de brigade dont les opinions soient bien prononcées, pour que le général Grouchy puisse les placer selon les circonstances. Il serait convenable qu’ils partissent dans la nuit.

Napoléon.

  1. S. Envoyez à Lyon le général Radet, avec mission pour la gendarmerie des 7e, 8eet 19e divisions militaires.

 

Paris. 31 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que tous les déserteurs piémontais qui arrivent à Grenoble ou sur les frontières soient dirigés sur Chalon. Nommez les officiers nécessaires pour en former d’abord un bataillon, et, quand le premier sera organisé, vous nommerez d’autres officiers pour le second. Donnez connaissance de cette disposition aux com­missaires des guerres.

 

Paris, 31 mars 1815.

À M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Quand pourrez-vous me faire connaître la situation financière, en suivant votre méthode, de tous les exercices arriérés, et en partant de votre dernier compte que nous avions arrêté, mais qui n’a pas été publié au Corps législatif ?

 

Paris, 31 mars 1815.

À M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Il y aura besoin de 1,500,000 francs en Alsace pour approvision­ner les places fortes, et peut-être d’autant dans le Nord. Cette avance de 3 millions, prise sur le courant et en argent comptant, serait dif­ficile pour le trésor; est-ce que vous ne pourriez pas disposer de traites et de rescriptions de ventes de bois ? On m’assure qu’il y en a pour 7 millions dans la caisse de Strasbourg.  Présentez-moi un décret là-dessus.