Correspondance de Napoléon – Mars 1815

Paris, 23 mars 1815.

À M. Collin, comte de Sussy, premier président de la cour des comptes.

J’ai reçu votre lettre du 23 mars. Ma confiance en vous est entière. J’hésite encore à rétablir ou à laisser supprimé le ministère du commerce. Les affaires urgentes se pressent avec tant de rapidité que je n’ai pas encore pu causer de cela avec vous. Dans tous les cas, je vous écris ces deux mots pour vous réitérer l’assurance de mon entière et absolue confiance.

 

Paris, 23 mars 1815.

Au général comte Bertrand, grand-maréchal du palais, à Paris.

Expédiez à l’île d’Elbe Bernotti. Chargez-le de nouvelles pour l’île d’Elbe. Il s’embarquera à Toulon. Écrivez à Lapi qu’on arbore le pavillon tricolore.

Faites revenir de mes effets tout ce qui en vaut la peine. J’attache de l’importance à mon cheval corse, s’il n’est pas malade et qu’il puisse revenir. La voiture de voyage, jaune, la grande voiture et deux de celles de parade valent la peine qu’on les ramène, ainsi que le linge de corps. Je fais présent de la bibliothèque à la ville, ainsi que de ma maison, qui servira de casino, où on laissera exister la bibliothèque.

 

Paris, 23 mars 1815.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc Decrès, vous me proposez d’armer six vaisseaux et quatre frégates à Toulon. Je sais que la croisière de l’île d’Elbe et du Levant était extrêmement mal armée ; elle n’avait pas, je crois, la moitié de ses équipages. Je pense qu’avant de donner aucun ordre il faut attendre les rapports de Toulon et considérer le budget du ministère de la marine.

Je n’ai jamais voulu désarmer mes vaisseaux pour accroître mes ressources sur terre; mais, puisque je trouve la marine désarmée, je veux faire tout ce qui est convenable pour diminuer les dépenses de la marine. Les finances me paraissent dans une grande pénurie.

 

Paris, 23 mars 1815.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc Decrès, je désire que vous donniez ordre que les croisières de Corse et de l’île d’Elbe transportent en France les 3,000 hommes de troupes françaises qui sont en Corse, à l’exception d’un bataillon de 600 hommes qu’on transportera à Porto-Ferrajo, mon intention étant d’abandonner la Corse à ses propres forces. Donnez ordre que des bâtiments légers, frégates ou bricks, aillent souvent mouiller à Porto-Ferrajo. Je donne l’ordre à un officier d’ordonnance du pays de se rendre à Porto-Ferrajo. Donnez ordre à Toulon qu’on expédie une frégate pour porter cet officier et rap­porter des dépêches du pays. Chargez cette frégate de rapporter tout ce qui existe encore des effets que j’ai laissés dans ce pays.

J’approuve tout ce que vous avez fait relativement à la ville de Marseille. Je pense, que le capitaine de la frégate la Fleur-de-Lys doit être jugé par une commission militaire, s’il a passé à l’ennemi.

Les trois frégates, la corvette et les trois bricks peuvent servir à transporter les troupes de Corse à l’île d’Elbe et en France.

Je pense qu’il faut laisser à Ajaccio une frégate et un brick, à Bastia les trois bâtiments légers. Cette croisière sera donc composée d’une frégate, d’un brick et de trois bâtiments légers. Le com­mandant se servira de ces forces pour maintenir les communications de l’île d’Elbe avec la Corse, et il tiendra toujours à Porto-Ferrajo un des bâtiments de sa croisière. Invitez le commandant de la fré­gate à aller à Porto-Longone et à Porto-Ferrajo le plus souvent pos­sible, pour me faire le rapport de tout ce qui se passe.

J’approuve ce que vous proposez pour la croisière du Levant. Recommandez une grande circonspection au commandant, pour ne rien préjuger et ne pas faire croire que ce soit moi qui veuille décla­rer !a guerre.

 

Paris, 23 mars 1815.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Aussitôt que vous aurez des renseignements sur Brest, Rochefort et Toulon, faites-les-moi connaître. Je ne puis encore donner aucun ordre sur les expéditions de Terre-Neuve. Un retard de dix jours ne peut pas donner lieu à un inconvénient sensible. Suspendez donc les départs et attendez dix jours.

Faites-moi aussi, pour mon instruction, une petite note qui me fasse connaître en détail ce dont il s’agit, car je suis assez ignorant sur ces affaires de pêcheries et sur ces établissements que je n’ai jamais possédés.

Les cent cinquante-huit pécheurs peuvent également retarder leur départ de huit jours. L’Angleterre ne va pas tarder à se déclarer.

 

Paris, 23 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, le bataillon polonais qui est à Reims demande à entrer à mon service; je l’accepte. Chargez un général d’en former sur-le-champ un bataillon de six compagnies. Une fois que ce batail­lon sera formé, il me semble qu’on pourrait l’envoyer à Sedan pour l’habiller et le mettre en état.

 

Paris, 23 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, j’ai donné le commandement de la Corse au général de Launay, et j’ai ordonné qu’on mît en arrestation le général Bruslart. Réitérez ces ordres. J’ai donné ordre que les 3 ou 4,000 hommes de troupes françaises qui sont en Corse reviennent à Toulon, et qu’il soit levé quatre bataillons corses pour la garde de l’île. Seront compris dans ces quatre bataillons les deux bataillons déjà levés par ordonnance du roi. Le général de Launay fera tous les changements nécessaires dans le personnel de ces bataillons, pour n’y avoir que des gens affectionnés et en écarter tous les individus de l’ancien parti anglais. Vous donnerez également l’ordre qu’on forme en Corse une gendarmerie composée deux tiers de Corses et un tiers de Français.. Cette gendarmerie sera de la même force qu’en 1813. L’excédent, en officiers et gendarmes, rentrera en France.

Faites demander au général Dalesme s’il veut retourner à l’île d’Elbe. Personne n’est plus propre que lui à commander cette île, qui ne laisse pas que d’être importante.

L’embarquement des troupes de Corse se fera par la marine. Le prince d’Essling se concertera avec l’amiral Ganteaume pour cet objet. Expédiez en Corse, comme porteur de vos ordres, un offi­cier corse.

 

Paris, 23 mars 1815,

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, j’ai signé le décret que  vous m’avez proposé pour les commandes de fusils. Je ne connais rien de plus urgent. Je désire que ce modèle de 1777 soit pour les troupes de ligne, et que tout Le n° 1 soit pour les gardes nationales. Serait-il possible de fabriquer 150,000 fusils n° 1, indépendamment des 150,000 du modèle de 1774 ? Cela ferait alors 400,000 fusils pour cette année. Faites-moi un rapport sur les moyens à prendre pour réparer les vieilles armes. Faites-moi connaître les emplacements, afin que je les rectifie. Il faut avoir constamment au moins 100.000 fusils à Vincennes et 100,000 fusils sur la Loire. Consultez le génie pour me faire connaître le poste sur la Loire où l’on pourrait mettre ces armes à l’abri d’un coup de main. Je désirerais que la manufacture de Tulle fût triplée. Je désirerais également tripler la manufacture de Versailles. Les évé­nements de l’année passée font assez connaître la raison de ces

Je ne vois aucune utilité à loger des troupes et des chevaux à Vincennes. Il faut que tout remplacement soit converti en magasins d’artillerie, à l’exception du logement à réserver pour un bataillon, qui me paraît suffisant pour la défense de ce poste.

 

Paris, 24 mars 1815, au matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, vous n’avez envoyé à Rouen que le général Fressinet; il faudrait là un général qui eût plus de réputation. Donnez ordre au lieutenant général comte Lemarois de s’y rendre comme commandant supérieur; le général Fressinet sera sous ses ordres. Donnez-leur une instruction pour réunir les troupes sur la 15e division, non-seule­ment pour s’assurer du Havre, mais aussi pour avoir une colonne mobile pour agir selon les circonstances.

Il est fort à craindre que le général Chastel et les généraux que vous avez envoyés dans les places du Nord ne se fassent prendre par l’ennemi. Il faut recommander à ceux qui ne sont pas partis de faire attention à la route qu’ils prendront.

Je charge le grand maréchal de vous voir relativement à votre instruction sur la Vendée. Il faut tâcher de rallier et de prendre les troupes dans l’endroit où elles se trouvent. Il n’est pas probable que des corps puissent venir de Châteauroux à Alençon sans être débau­chés. Il faut donc faire plusieurs colonnes sur le point où les routes se réunissent. Le point de Tours me paraîtrait convenable comme point central; mais il faut que les généraux marchent avec prudence.

 

Paris, 24 mars 1815.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’état, à Paris., à Paris

Faites mettre dans le Moniteur, en tête, et faites-le répéter plusieurs jours de suite, que le Moniteur n’est plus le journal officiel; que le texte du Bulletin des lois est seul officiel.

 

Paris, 25 mars 1815, huit heures et demie du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je vous envoie l’extrait d’une lettre écrite de Poulainville par le général Exelmans.

Le général d’Aigremont a envoyé, dans la nuit du 24, un aide de camp avec une mission pour la Maison du roi.

Le duc d’Orléans, par lettre du 23, a dégagé le général Teste et les commandants sous ses ordres des obligations d’observer les ordres qui lui avaient été transmis.

Le comte d’Artois, le duc de Berry, le duc de Raguse, la Maison du roi étaient à Béthune, formant, avec les volontaires, 5 ou 6,000 hommes et douze bouches à feu.

Le général Teste a donné l’ordre d’arrêter les bouches à feu.

Le maréchal Macdonald a accompagné le roi jusqu’à Lille ; on dit qu’il retourne à Paris.

Le général Razout est à Péronne.

Le général Exelmans est à Poulainville, continuant sa route sur Arras, avec le 6e de lanciers. Le général Huber a dû coucher à Amiens, venant d’Abbeville. Les dragons auront couché à l’Arbret.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, comme j’ai besoin des troupes qui sont à Orléans pour les faire marcher sur-le-champ dans la même direction que le général Morand à la poursuite du duc de Bourbon, je désire que le général Pajol en prenne le commandement et qu’il parte sur-le-champ. Donnez-lui ordre de rassembler tous les régiments, et de renvoyer le colonel du 1er régiment de cuirassiers et le colonel et des officiers du 46e. Faites partir deux colonels pour les remplacer, choisis parmi ceux qui sont à Paris. Envoyez-y le général Guyot, qui a com­mandé le 1er régiment de cuirassiers, et un autre général de cavalerie. Faites revenir à Paris tous les généraux qui étaient employés dans cette division. Écrivez au général Pajol qu’il ait soin de prendre un général de division d’infanterie moins ancien que lui, qui sorte de la Garde, et choisi parmi ceux qui sont ici. Envoyez-lui un bon adjudant commandant et trois ou quatre officiers d’état-major, hommes 9Ùrs, un colonel du 3e de hussards pour remplacer le colonel Moncey, et un autre colonel de cavalerie pour les besoins imprévus, mon intention étant que cette division soit entièrement régénérée. Envoyez-y également une batterie d’artillerie.

Faites dire au 46e (le 50e était devenu le 46e, par suite du changement fait en 1814 aux nu­méros des régiments), que j’ai été surpris que le brave 50e ait conservé si peu d’attachement pour moi, que je n’ai pas reconnu là les soldats qui se sont immortalisés à Gustadt. Faites témoigner ma satis­faction aux hussards et cuirassiers du Ier, qui ont forcé les portes de la ville d’Orléans pour venir me rejoindre et arboré la cocarde nationale.

Envoyez un bon général de brigade pour commander à Orléans et dans le département du Loiret. Faites-vous rendre compte de tous les généraux qui commandent les 20e, 21e et 12e divisions et dans les départements, et remplacez les mauvais par de bons généraux, qui seront sous les ordres du général Pajol, qui les fera installer. Écrivez au général Pajol qu’aussitôt qu’il aura passé la revue des troupes et fait tous les remplacements nécessaires il vous en donne avis par un courrier extraordinaire. Qu’il vous fasse connaître si elles ont des cartouches et tout ce qui leur est nécessaire pour se mettre sur-le-champ à la poursuite du duc de Bourbon.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 22 mars. J’approuve la for­mation d’un équipage de 150 bouches, à feu, formant 650 voitures; mais je ne vois aucune nécessité de les enterrer à Vincennes ni de se presser outre mesure; j’aime autant en avoir une partie à Vincennes et l’autre à Douai. J’ai amené avec moi une quarantaine de bouches à feu. Il y a eu aussi de grands mouvements d’artillerie pour fonder le camp que devait commander le comte d’Artois, et d’autres mouvements ordonnés quelque temps avant qu’on sut mon débarquement. Il est convenable que vous me présentiez un rapport général sur tous ces objets.

 

Palais des Tuileries, 25 mars 1815.

ALLOCUTION À L’ARMÉE.

Au milieu de la cour, les officiers et les sous-officiers se sont formés en cercle, et l’Empereur, placé au centre, les a entretenue pendant

« Grâce au peuple français et à vous, leur a-t-il dit, le trône impérial est rétabli; il est reconnu dans tout l’Empire, sans qu’une goutte de sang ait été versée. Le comte de Lille, le comte d’Artois, le duc de Berry, le duc d’Orléans ont passé la frontière du Nord et sont allés chercher un asile chez l’étranger. Le pavillon tricolore flotte sur les tours de Calais, de Dunkerque, de Lille, d’Arras, de Valenciennes, de Condé, etc. Quelques bandes de chouans avaient cherché à se former dans le Poitou et dans la Vendée ; l’opinion du peuple et la marche de quelques bataillons ont suffi pour les dissiper. Le duc de Bourbon, qui était venu fomenter des troubles dans ces provinces, s’est embarqué à Nantes. »

De vives acclamations ont interrompu l’Empereur.

« Qu’ils étaient insensés, a continué Sa Majesté, et qu’ils connais­saient mal la nation, ceux qui croyaient que les Français consenti­raient à recevoir un prince des mêmes mains qui avaient ravagé notre territoire et qui, à l’aide de la trahison, avaient un moment porté atteinte à nos lauriers ! Le trône des Bourbons est incompatible avec les nouveaux intérêts, comme avec la gloire du peuple français.»

De nouvelles acclamations se sont fait entendre dans tous les rangs.

« Soldats, a repris l’Empereur, je veux donner devant vous un témoignage particulier de ma satisfaction à la brave garnison de Gre­noble. Je le sais, tous les régiments français auraient agi comme elle, je veux aussi témoigner ma reconnaissance à ce brave bataillon du 5e et à cette compagnie de rumeurs qui, placés dans le défilé, vinrent en entier se ranger autour de leur Empereur, qui seul s’of­frait à leurs coups. Ils ont bien mérité da peuple français, de moi et de vous-mêmes. »

Ici les acclamations ont redoublé et n’ont plus permis à l’Empereur que de dire ces mots :

« Soldats, vous serez constamment fidèles à la grande cause du peuple, à l’honneur français et à votre Empereur ! »

 

Paris, 25 mars 1815.

Au comte Carnot, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur le Comte Carnot, j’ai nommé à la préfecture de Maine-et-Loire le sieur Galeazzini, qui était commissaire général à l’île d’Elbe; il est de la Corse. C’est un homme très-fin et très-capable de suivre les intrigues qui pourraient se tramer dans l’Ouest. Il est à Paris, m’ayant accompagné depuis l’île d’Elbe. Voyez-le et recom­mandez-lui de surveiller de ce côté avec le zèle et l’intelligence que vous lui connaissez.

Il y a d’autres préfectures vacantes où l’on pourra nommer Leroy. Je crois qu’on a conservé Vaublanc; mais on dit qu’il s’est conduit tellement mal qu’il n’est plus possible de le laisser. Metz est, au sur­plus, une trop grande préfecture pour Leroy.

Napoléon.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au comte Carnot, ministre de l’intérieur, à Paris.

Mon intention est que les travaux commencent dans Paris à compter de lundi. Faites-moi un rapport, demain dimanche, sur les travaux qu’il conviendra de reprendre les premiers, en donnant la préférence à l’utilité. Comme les occupations de votre ministère sont trop nom­breuses et trop urgentes pour que vous puissiez, d’ici à demain, vous mettre tout à fait au courant de cette partie, vous serez maître d’ame­ner avec vous le maître des requêtes Bruyère, qui, ayant assisté à mes conseils d’administration, pourra me répondre et m’aider à reprendre le fil des travaux entrepris et que les dernières années ont interrompus.

Mon intention est que, 1° les travaux entrepris au compte de la ville de Paris sur les fonds provenant de la vente des maisons des hos­pices ou sur des fonds spéciaux se fassent à raison de 200,000 francs par mois, ce qui emploiera 1,800,000 francs pour le reste de l’année ; 2° que les travaux à la charge des fonds généraux des ponts et chaussées de votre ministère et des fonds spéciaux déposés à la caisse d’amortissement emploient 100,000 francs par mois; et, comme j’ai destiné en outre un fonds de 100,000 francs par mois sur les fonds de la liste civile de la Couronne, cela fera l’emploi total de 400,000 francs par mois, qui redonneront une activité con­venable aux travaux de Paris.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au général comte de Montesquiou- Fezensac, grand-chambellan, à Paris.

Monsieur le Comte Montesquiou, mon intention est que la surin­tendance des théâtres soit exercée par vous. Vous vous occuperez le plus tôt possible du budget de cette année, s’il n’a pas été fait. Comme cela pourrait vous occasionner quelques dépenses de bureau, vous les porterez dans le budget.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au général comte Bertrand, grand-maréchal du palais.

Monsieur le Comte Bertrand, il y a des conflits dans les emplois de ma Maison. Mon premier maître d’hôtel sera celui que j’avais à Porto-Ferrajo. Le sieur Dousseau sera mon chef de cuisine, le sieur Pierron mon chef d’office. Renvoyez les individus qui auraient des prétentions contraires. Présentez-moi une organisation simple de ma Maison. Je ne veux point de double emploi. Présentez-moi l’état des appointements portés aux anciens budgets, afin que je les fixe de nou­veau comme il conviendra.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au comte de Montalivet, intendant général de la couronne, à Paris.

Mon intention est de réintégrer dans leurs fonctions le sieur Denon, directeur général des musées; David, mon premier peintre; Desmazis, administrateur du garde-meuble; Fontaine, mon premier architecte; le baron Corvisart, mon premier médecin ; le baron Boyer, mon premier chirurgien; le baron Dubois, accoucheur de l’Impéra­trice, et Deyeux, mon premier pharmacien.

 

Paris, 25 mars 1815.

Au comte de Montalivet, intendant général de la couronne, à Paris.

Mon intention est que toutes les maisons qui m’appartiennent dans le carré des Tuileries soient mises en démolition, notamment l’hôtel qu’occupait la secrétairerie d’État.

Je désire que demain, dimanche, vous me remettiez un rapport sur les ordres à donner pour faire cesser les travaux de Versailles et pour commencer les dépenses des travaux du Louvre et des autres établissements de la Couronne, à raison de 100,000 francs par mois, à compter d’avril. Les travaux reprendront lundi prochain.

 

Palais des Tuileries, 26 mars 1815.

RÉPONSE À L’ADRESSE DES MINISTRES.

(Dans leur Adresse à l’Empereur, les ministres s’exprimaient ainsi :

Sire, la Providence, qui veille sur nos destinées, a rouvert à Votre Majesté le chemin de ce trône où vous avaient porté le choix libre du peuple et la reconnaissance nationale. La patrie relève son front majestueux; elle salue pour la seconde fois du nom de libérateur le prince qui détrôna l’anarchie, et dont l’existence peut seule aujourd’hui consolider nos institutions libérales.

La plus juste des révolutions, celle qui devait rendre à l’homme la dignité et tous ses droits politiques, a précipité du trône la dynastie des Bourbons : après vingt-cinq ans de troubles et de guerres, tous les efforts de l’étranger n’ont pu réveiller des affections éteintes on tout à fait inconnues à la génération présente. La lutte des intérêts et des préjugés d’un petit nombre contre les lu­mières du siècle et les intérêts d’une grande nation est enfin terminée.

Les destins sont accomplis; ce qui seul est légitime, la cause du peuple, a triomphé. Votre Majesté est rendue au vœu des Français; elle a ressaisi les rênes de l’État au milieu des bénédictions du peuple et de l’armée.

La France, Sire, en a pour garants la volonté et ses plus chers intérêts; elle en a pour garant tout ce qu’a dit Votre Majesté au milieu des populations qui se pressaient sur son passage.

Les Bourbons n’ont rien su oublier ; leurs actions et leur conduite démentaient leurs paroles. Votre Majesté tiendra la sienne ; elle ne se souviendra que des services rendus à la patrie; elle prouvera qu’à ses yeux et dans son cœur, quelles qu’aient été les opinions diverses et l’exaspération des partis, tous les citoyens sont égaux devant elle, comme ils le sont devant la loi.

Votre Majesté veut aussi oublier que nous avons été les maîtres des nations qui nous entourent, pensée généreuse qui ajoute une autre gloire à tant de gloire acquise.

Déjà Votre Majesté a tracé à ses ministres la route qu’ils doivent tenir; déjà elle a fait connaître à tous les peuples, par ses proclamations, les maximes d’après lesquelles elle vent que son Empire soit désormais gouverné. Point de guerre au dehors, si ce n’est pour repousser une injuste agression; point de réaction au dedans ; point d’actes arbitraires ; sûreté des propriétés ; libre circulation de la pensée : tels sont les principes que vous avez consacrés.

Heureux, Sire, ceux qui sont appelés à coopérer à tant d’actes sublimes. De tels bienfaits vous mériteront dans la postérité, c’est-à-dire lorsque le temps de l’adulation sera passé, le nom de Père de la patrie; ils seront garan­tis à nos enfants par l’auguste héritier que Votre Majesté s’apprête à couronner au Champ-de-Mai.

Les sentiments que vous m’exprimez sont les miens. Tout à la nation et tout pour la France, voilà ma devise.

Moi et ma famille, que ce grand peuple a élevés sur le trône des Français, et qu’il y a maintenus malgré les vicissitudes et les tempêtes politiques, nous ne voulons, nous ne devons et nous ne pourrons jamais réclamer d’autres titres.

 

Palais des Tuileries, 26 mars 1815.

REPONSE A L’ADRESSE DU CONSEIL D’ÉTAT.

(Le Conseil d’État avait présenté à l’Empereur l’Adresse suivante :

Sire, les membres de votre Conseil d’État ont pensé, au moment de leur première réunion, qu’il était de leur devoir de professer solennellement les
principes qui dirigent leurs opinions et leur conduite.

Ils viennent présenter à Votre Majesté la délibération qu’ils ont prise à l’unanimité et vous prier d’agréer l’assurance de leur dévouement, de leur reconnaissance, de leur respect, et de leur amour pour votre personne sacrée.)

Les princes sont les premiers citoyens de l’État. Leur autorité est plus ou moins étendue, selon l’intérêt des nations qu’ils gouvernent.

La souveraineté elle-même n’est héréditaire que parce que l’intérêt des peuples l’exige. Hors de ces principes, je ne connais pas de légitimité.

J’ai renoncé aux idées du grand Empire, dont depuis quinze ans je n’avais encore que posé les bases. Désormais le bonheur et la consolidation de l’Empire français seront l’objet de toutes mes pensées.

 

Palais des Tuileries, 26 mars 1815.

RÉPONSE À L’ADRESSE DE LA COUR DE CASSATION.

Dans les premiers âges de la monarchie française, des peuplades guerrières s’emparèrent des Gaules. La souveraineté, sans doute, ne fut pas organisée dans l’intérêt des Gaulois, qui furent esclaves ou n’eurent aucuns droits politiques; mais elle le fut dans l’intérêt de la peuplade conquérante. Il n’a donc jamais été vrai de dire, dans au­cune période de l’histoire, dans aucune nation, même en Orient, que les peuples existassent pour les rois : partout il a été consacré que les rois n’existaient que pour les peuples. Une dynastie créée dans les circonstances qui ont créé tant de nouveaux intérêts, ayant inté­rêt au maintien de tous les droits et de toutes les propriétés, peut seule être naturelle et légitime, et avoir la confiance et la force, ces deux premiers caractères de tout gouvernement.

 

Palais des Tuileries, 26 mars 1815.

RÉPONSE À L’ADRESSE DE LA COUR DES COMPTES.

Ce qui distingue spécialement le trône impérial, c’est qu’il est élevé par la nation, qu’il est par conséquent naturel, et qu’il garantit tous les intérêts : c’est là le vrai caractère de la légitimité. L’intérêt impérial est de consolider tout ce qui existe et tout ce qui a été fait en France dans vingt-cinq années de révolution; il comprend tous les intérêts et surtout l’intérêt de la gloire de la nation, qui n’est pas le moindre de tous.

 

Palais des Tuileries, 26 mars 1815.

RÉPONSE À L’ADRESSE DE LA COUR IMPÉRIALE DE PARIS.

Tout ce qui est revenu avec les armées étrangères, tout ce qui a été fait sans consulter la nation, est nul. Les cours de Grenoble et de Lyon et tous les tribunaux de l’ordre judiciaire que j’ai rencontrés, lorsque le succès des événements était encore incertain, m’ont mon­tré que ces principes étaient gravés dans le cœur de tous les Français.

 

Palais des Tuileries, 26 mars 1815.

RÉPONSE À L’ADRESSE DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.

J’agrée les sentiments.de ma bonne ville de Paris. J’ai mis du prix à entrer dans ses murs à l’époque anniversaire du jour où, il y a quatre ans, tout le peuple de cette capitale me donna des témoi­gnages si touchants de l’intérêt qu’il portait aux affections qui sont le plus près de mon cœur. J’ai dû pour cela devancer mon armée et venir seul me confier à cette garde nationale que j’ai créée, et qui a si parfaitement atteint le but de sa création. J’ambitionne de m’en conserver à moi-même le commandement.

J’ai ordonné la cessation des grands travaux de Versailles, dans l’intention de faire tout ce que les circonstances permettront pour achever les établissements commencés à Paris, qui doit être constam­ment le lieu de ma demeure et la capitale de l’Empire. Dans des temps plus tranquilles, j’achèverai Versailles, ce beau monument des arts, mais devenu aujourd’hui un objet accessoire.

Remerciez en mon nom le peuple de Paris de tous les témoignages d’affection qu’il me donne.

 

Paris, 26 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je pense qu’il faut donner l’ordre au général Morand de se rendre à Nantes avec les troupes venues d’Alençon, de Châteauroux et de la Loire, et de centraliser là une armée active, pour se porter partout où il serait nécessaire.

 

Paris, 26 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il faut envoyer sur-le-champ M. Denniée, intendant général de la maison militaire du roi, et les autres employés du même service, au-devant de la maison du roi, qui demande à se sou­mettre, afin d’en recevoir les chevaux, les armes et l’équipe­ment, etc. Vous sentez l’importance de conserver tout ce matériel.

 

Paris, 26 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, actuellement que tous les mouvements de l’Est et du Nord sont terminés, il faut former des corps d’observation.

Le 1er sera composé de tous les corps qui sont dans la 16e divi­sion. À cet effet, le 1er et le 2e bataillon de tous ces régiments se réuniront au camp. Le 3e bataillon seul et le dépôt resteront dans les places. Vous donnerez au comte d’Erlon l’autorisation de faire les changements qu’il jugera convenables dans les commandants et offi­ciers des gardes nationales. Ce corps d’observation se réunira à Lille.

Le 2e sera commandé par le général Reille, et composé de l’infanterie et de la cavalerie qu’il a avec lui ; il se réunira à Valenciennes et Maubeuge.

Faites-moi connaître combien de divisions de cavalerie et d’infan­terie on pourrait ainsi former dans le Nord.

Il faudra successivement renforcer ces deux corps d’observation par les 3e bataillons, aussitôt qu’ils auront été complétés par le rappel des semestriers et des congés illimités, ainsi que par les anciens soldats qui rejoindront.

Le 3e corps d’observation sera formé des troupes qui sont à Chàlons et dans la 2e division militaire. Le duc de Plaisance en conser­vera provisoirement le commandement ; on y enverra un officier plus habile, aussitôt qu’il sera nécessaire. Ce corps se réunira à Mézières.

Le 4e corps se composera de tout ce qui est dans les 3e et 4e divi­sions militaires. On laissera les 3e bataillons et les gardes nationales dans les places. Le général Gérard commandera ce corps, qui se réunira à Thionville.

Le 5e corps sera composé de tout ce qui se trouve dans les places d’Alsace. Le duc d’Albufera le commandera; il le réunira près de Strasbourg, ne laissant que les 3e bataillons et les dépôts dans les places avec les gardes nationales. Donnez-lui l’autorisation de chan­ger dans la garde nationale tous les officiers qui ne seraient pas sûrs.

Le 6e corps sera réuni près de Chambéry, pour couvrir les Alpes. On y enverra les régiments qui sont dans les 7* et 8e divisions. Le général Dessaix les commandera.

Le 7e corps observera les Pyrénées; il sera composé de tous les régiments qui sont de ce côté. Le général Clausel le commandera.

Enfin il y aura un corps de réserve de l’intérieur, qui formera le 8e corps et sera réuni autour de Paris. Il sera commandé par le comte de Lobau.

Faites-moi former cet état des différents corps, afin d’en arrêter définitivement l’organisation.

Réunissez aussi un comité de défense sous la présidence du général Dejean, qui y appellera les officiers du génie qui connaissent le mieux les différentes frontières, pour déterminer les positions convenables où doivent être placés les différents corps d’observation, en répartissant la surveillance des débouchés des frontières entre les diffé­rents corps.

 

Paris, 26 mars 1815, an soir.

À Monsieur Fontaine, premier architecte à Paris.

J’ai ordonné à l’intendant de la Couronne de me faire un rapport sur les travaux à faire; mais comme mon intention est de ne pas perdre un moment, je vous autorise à remettre dès demain en activité les ateliers de la nouvelle galerie et les travaux extérieurs du Louvre. Employez les ouvriers nécessaires pour dépenser 200,000 francs, indépendamment de ceux que vous mettrez à la démolition des mai­sons qui m’appartiennent sur le Carrousel. S’il était possible, je dé­sirerais même démolir mes écuries ; mais est-il possible de les rem­placer ?

 

Paris, 26 mars 1815.

Au comte Carnot, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur le Comte Carnot, je recevrai dimanche prochain l’Université, en même temps que l’Institut. Je désire donc que l’Université soit promptement organisée. Présentez-moi un projet de décret pour la rétablir telle qu’elle était organisée l’année dernière. Proposez-moi, en même temps, les personnes que je dois nommer pour cette réorganisation. Écartez-en celles qui, telles que le sieur de Bonald, ont énoncé des principes obscurs, propres à égarer l’opinion et à cor­rompre la jeunesse. Je désirerais que vous pussiez me remettre ce travail mercredi prochain.

 

Paris, 27 mars 1815.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc (sic) Decrès, faites-moi connaître ce que Brest, Rochefort, Toulon, Cherbourg et les autres établissements maritimes peuvent m’offrir en troupes, en équipages, en ouvriers des arsenaux pour la défense de ces villes.

Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour me présenter le commandant d’armes ou le gouverneur à envoyer dans ces grands établissements.

II est nécessaire que le général de terre qu’on enverra ait la confiance des troupes de terre et des marins, afin que les administrations concourent d’un bon accord à toutes les opérations que les circonstances pourraient exiger.

 

Paris, 27 mars 1815.

À M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris.

Monsieur le Due de Gaète, on a destitué plusieurs receveurs généraux et beaucoup de receveurs particuliers. On a destitué également en Bourgogne un grand nombre d’agents forestiers, parce qu’ils s’étaient armés pour repousser l’invasion de l’ennemi. On a enfin fait de nombreux changements dans toutes les administrations de finances. Mon intention est de remettre en place tous les employés destitués, contre lesquels il n’y aura pas eu de reproches fondés, et notamment les Militaires.

Je désire que vous me fassiez incessamment un rapport sur tous les changements qui ont eu lieu.

 

Paris, 27 mars 1815.

Au comte Carnot, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur le Comte Carnot, ayant remis les guides nationales dans votre ministère, ii est indispensable que vous formiez sur-le-champ un bureau, dirigé par un officier supérieur, pour prendre connaissance de tout ce qui a été fait relativement aux gardes nationales, et faire, sans délai tous les changements convenables dans ses chefs. Mon intention est d’organiser la garde nationale dans toutes les parties de l’Empire, mais surtout dans ses bonnes provinces, en Dauphiné, en Franche-Comté, en Alsace, en Lorraine, dans les Vosges, dans les 3e et 4e divisions militaires, dans la 2e, dans la Champagne, dans la Picardie et dans les départements du Nord. Il faut qu’une partie soit armée et puisse servir et protéger le territoire; mais, il faut la faire commander par des officiers réformés, ou par des personnes sur le patriotisme desquelles on n’ait aucun doute. Cette opération est si importante, qu’aussitôt qu’il sera possible je désire avoir votre rapport sur l’organisation de votre bureau des gardes nationales, qui sera chargé de tous les détails et des nominations à tous les emplois.

Je pense qu’en attendant vous devez autoriser le comte d’Erlon à opérer dans la 10e division tous les changements d’officiers qu’il croira utiles et qui seraient urgents. Donnez la même autorisation au duc d’Albufera pour l’Alsace; au général Gérard, pour les 3e et 4e divi­sions ; au duc de Plaisance, pour la 2e; au prince d’Essling, pour la 8e; au général Lasalcette, pour la 7e; au général Dessaix, pour la 19e; au général Lemarois, pour les 15e et 14e; au général Caffarelli, pour la 13e; au général Morand, pour la 12e; au général Clausel, pour les 11e et 21e, et au général Pajol, pour la 22e. Je n’ai pas encore de renseignements clairs sur ce qui se passe à Nîmes, c’est-à-dire dans les 9e et 10e divisions; mais vous pouvez donner au général Delaborde, qui est là, l’autorisation nécessaire pour de semblables changements. En leur donnant ce pouvoir, faites une circulaire pour leur faire connaître qu’on doit placer, de préférence, les officiers réformés ou qui ont servi, et ôter tous ceux qui, par leurs intérêts ou leurs opinions, seraient contraires à la cause nationale. Cette opération est urgente et doit se faire sans délai.

Pour que cette opération marche d’ensemble, il faut que toutes les autorités soient épurées ; mais ce travail serait trop long s’il fallait attendre qu’il partît de Paris. Je pense qu’il faudrait, par une circu­laire, autoriser les préfets à suspendre les sous-préfets, les maires et autres autorités qui ne seraient pas attachés au gouvernement im­périal. Mandez aussi aux préfets de vous faire connaître tous les dé­placements qui ont eu lieu dans les diverses administrations ou régies de leurs départements, et surtout dans les eaux et forêts, d’où l’on a ôté de bons citoyens pour placer des émigrés. Vous autoriserez, en con­séquence, les préfets à se concerter avec le général commandant la division, pour rectifier les déplacements qui auraient eu lieu dans les administrations de leurs départements, en haine d’opinions poli­tiques, etc. Ils pourront déplacer, à cet effet, ceux qui auraient été nommés depuis le 1er avril 1814, et rétablir ceux qui seraient dans le cas de reprendre leur place. Vous leur ferez connaître que cette latitude extraordinaire de pouvoirs que vous leur donnez après avoir pris mes ordres ne doit être que pour quinze jours, à dater de la ré­ception de votre lettre. Faites part aux généraux commandant les divisions de cette décision. Vous aurez soin, aussitôt que vous serez instruit des déplacements, de m’en rendre compte sur-le-champ, pour que je confirme ou rapporte les mesures provisoires que les préfets auraient prises.

 

Paris, 27 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, mon intention est que vous me présentiez un plan pour mettre à l’abri d’un coup de main les places de la Fère, Soissons et de Château-Thierry. Il faudrait que ces trois places, et surtout la Fère, fussent en état de défense dans trente ou quarante jours.

 

Paris, 27 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il paraît que le duc d’Angoulême était le 23 en avant d’Avignon, couvrant la Provence. Je suppose que les évènements de Paris leur feront sentir la nécessité de s’en aller. Cependant, comme il a derrière lui l’Espagne, il serait nécessaire de se préparer à dissiper ce rassemblement. Faites-moi connaître les troupes qu’il y a en Languedoc et en Provence, et qui les commande; joignez-y l’état des troupes qui sont sur la rive gauche de la Loire, en y com­prenant Orléans, afin d’organiser tout cela et de pacifier tout le Midi. Le général Clausel, qui est de ce côté, commandera le corps d’ob­servation qu’il sera nécessaire de former du côté des Pyrénées.

 

Paris, 27 mars 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il y a en France quarante-huit escadrons de cuiras­siers; je désire en former trois divisions d’observation. Présentez-moi un projet d’organisation de ces trois divisions, et indiquez-moi, le lieu où sont les régiments, pour les former. J’ai soixante escadrons de dragons ; je désire également en former quatre divisions de réserve, ce qui ferait sept divisions de réserve, formant plus de cent escadrons. On attacherait une batterie d’artillerie légère à chaque division.

Je voudrais spécialement réunir ces deux armes en Flandre et en Alsace.

Les lanciers, les hussards et les chasseurs seraient attachés aux différents corps dont je vous ai ordonné la formation ce matin; mais les sept divisions de cavalerie seraient sous les ordres de trois géné­raux supérieurs de cavalerie. Il entrait, je crois, dans les moyens de votre budget d’acheter 7 ou 8,000 chevaux; je pense qu’il faudrait donner suite à cet achat, afin d’avoir ces divisions en état. Présentez-moi le travail.

J’ai dicté hier, à un de vos chefs de division, des ordres pour rappeler les militaires en semestre et en congés illimités. Il paraît que la différence consiste en ce que les semestriers étaient soldés et que les congés illimités ne l’étaient pas. Il faut que l’une et l’autre classe rejoigne ses drapeaux, afin de pouvoir compléter les 3e et 4e bataillons. Les officiers à la demi-solde serviront à former les 5e ba­taillons, qu’on cherchera ensuite à compléter.

J’ai également ordonné la formation de douze régiments de jeune Garde. Présentez-moi une circulaire pour rappeler tous les vieux militaires qui ne sont ni en semestre ni en congé, pour entrer dans cette formation. Le surplus que cet appel donnera, on l’emploiera pour les 4e et 5e bataillons. Par ce moyen, l’armée arrivera à un premier état respectable.

Mon intention est que chaque division d’infanterie ait une batterie d’artillerie à pied et, indépendamment de ce, quelques batteries de réserve de 12.