Correspondance de Napoléon – Mars 1814
Berry-au-Bac, 6 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Le duc de Bassano vous aura envoyé un décret relatif aux 6,000 hommes de la levée en masse de la Marne et aux 6,000 hommes de la levée en masse de l’Aisne.
J’ai envoyé à Reims un cadre de bataillon du 122e, qui était ici, et deux cadres de la jeune Garde.
Je donne ordre également qu’on envoie un cadre de la jeune Garde à Château-Thierry ; j’en ferai laisser un à Laon ; il faudrait que vous envoyassiez sur-le-champ les autres.
Soissons va être repris ; faites repartir sur-le-champ les canonniers qui en formaient la garnison, ainsi que les pièces qu’on en a retirées.
J’ai envoyé un officier du génie pour mettre cette place en état. Envoyez-y pour commandant, non une ganache et un homme usé comme Moreau, mais un jeune homme, chef de bataillon ou colonel, qui ait sa fortune militaire à Caire.
Le bataillon de la Vistule, joint aux deux bataillons de la levée en masse du département de Soissons, et les deux compagnies de canonniers sont suffisantes pour garder cette place.
Vous aurez soin de prendre les mêmes mesures pour la Fère aussitôt que la Fère sera réoccupée.
Vous croyez vous antres à Paris que la France est perdue ; mais, quand on voit les dispositions des paysans et du peuple, on est loin de partager cette idée. On ne saurait être plus satisfait que je le suis de tous les paysans, qui ne demandent que vengeance et à courir aux armes.
J’attends avec impatience le travail de la distribution des cadres entre tous les départements.
Si le duc de Tarente est malade, le duc de Reggio prendra le commandement et le général Sebastiani commandera le 11e corps.
L’armée du prince royal de Suède, réunie à Farinée de Blûcher, bat en retraite sur Laon : je les suis. Je verrai ensuite à manœuvrer sur Chàlons, Vitry et Joinville, et à couper l’armée autrichienne; ce qui la rappellera bien vite sur ses communications.
Faites, comme je vous l’ai dit, un très-bon choix pour Soissons. Envoyez aussi quelques barils de poudre et tout ce qui est nécessaire pour faire sauter le pont en cas d’événement. Que le commandant ait ordre de requérir ce qui est nécessaire pour faire 20,000 sacs à terre et des gabions pour couvrir les canonnière. Soissons est un poste de la plus haute importance pour les ennemis qui veulent marcher sur Paris.
J’espère que le duc de Tarente tiendra à Troyes ; c’est une excellente position ; et, si on veut se battre, l’ennemi n’est pas dans le cas de la forcer. Mais enfin, si l’ennemi prenait la ligne de la Seine, le duc de Tarente doit garder sa position. Le pays n’offre plus aucune ressource, et il faudra dix jours à l’ennemi pour y amener ses magasins. D’ailleurs, travaillée comme elle l’est par l’armée de Lyon, et comme elle le sera par les mouvements que je vais faire, il est certain que l’armée autrichienne ne s’avancera point.
Berry-au-Bac, 6 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
La relation due général Moreau ne le justifie point. Ce n’était pas à lui à raisonner; puisqu’on lui avait donné Tordre de tenir à Soissons, H devait tenir. Il était trop évident que Soissons n’était pas une place forte, mais seulement un poste militaire, gardant le pont de l’Aisne, où il devait tenir jusqu’à la dernière extrémité, comme on doit tenir gardant un déûlé, jusqu’à extinction. Pourquoi n’avait-on pas fait sauter le pont de l’Aisne? Son excuse ne peut être admise; il fallait soixante livres de poudre pour faire sauter ce pont, c’est-à-dire la valeur de vingt gargousses. Ayant tout le temps nécessaire, il pouvait le couper. J’avais ordonné qu’on le coupât et qu’on en établît un provisoire pour maintenir la communication ; j’avais ordonné qu’on brûlât les faubourgs et surtout les auberges, qui nuisaient à la défense, comme il résultait du rapport du général Verdun, qui se justifiait de l’évacuation de la ville après la mort du général Rusca. Comment le conseil de défense n’a-t-il pas vu, par les propositions qu’on lui a accordées, que l’ennemi était dans une situation extraordinaire, et qu’il attachait une importance de circonstance à la possession de Soissons? Enfin la question se réduit à ceci : Si le conseil de défense avait su que l’Empereur était à six lieues de Soissons et que de la défense de ce pont dépendait le salut de l’ennemi, auraient-ils pu le garder jusqu’à quatre heures du soir? S’ils disent oui, ils se trouvent jugés, un poste n’étant qu’une machine de guerre qui doit jouer tout son jeu. Comment est-il possible que de Soissons ils n’aient pas entendu le canon le 2, et comment est-il possible, n’ayant été cernés que le 21 qu’ils n’aient pas su le mouvement de l’Empereur et le mouvement rétrograde de Blücher ? Us savaient aussi que Blücher était engagé entre Meaux et Soissons.
Berry-au-Bac, 6 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
L’armée qui est à Troyes n’a éprouvé aucun échec. Le combat de Bar-sur-Aube est une affaire ordinaire, où l’ennemi a perdu plus que nous. Il n’y a pas eu d’affaire à Vendeuvre. On s’exagère donc la situation de ces affaires à Paris. L’ennemi a perdu immensément de monde; les paysans lui en tuent beaucoup ; il a beaucoup de malades et en général un grand dégoût. Il ne bloque aucune de nos places.
Les détails qui nous sont parvenus de Mézières, de Mayence et des autres garnisons sont bons à publier dans les journaux.
C’est un hourra qu’ils ont voulu faire sur Paris, mais qui n’a pas réussi et qui va tourner à leur perte.
Pour Dieu ! Recommandez au général Maison d’entrer en campagne. Faites parvenir aussi des ordres réitérés au général Durutte à Metz, au général Morand à Mayence, et aux différents généraux.
Corbeny, 7 mars 1814, quatre heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Corbeny.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Padoue, aussitôt qu’il aura fait son pain et ses vivres à Roucy, de se rendre à Berry-au-Bac. Donnez ordre au général Colbert, au général Roussel de partira la pointe du jour, pour venir prendre position en arrière de Corbeny.
Écrivez au prince de la Moskova que tous les renseignements que j’ai portent à penser que l’ennemi se serait retiré sur Y Ange-Gardien ; qu’il serait bien important qu’il le fit suivre, pour savoir s’il se retire sur Laon ou sur Soissons; que toutes les probabilités sont qu’il se retire sur Laon; que mon intention est d’y arriver aujourd’hui, aussitôt que j’en serai assuré, avec toute l’armée, tout le monde étant ici réuni entre ici et Berry-au-Bac. Dites-lui que, d’après les renseignements reçus, tout me porte à penser que nous pourrons encore faire de la bonne besogne; que l’ennemi est déconcerté; que l’armée de Winzingerode , que commande aujourd’hui Voronzof, avait pour but de se retirer à Laon par Corbeny et s’est trouvée dérangée de cette route- qu’en arrivant aujourd’hui de bonne heure à Laon, nous pourrons entamer la retraite à ce qui ne serait pas encore passé.
Si l’ennemi occupe encore aujourd’hui sa position, l’intention de l’Empereur est de l’attaquer vigoureusement.
Écrivez au duc de Raguse qu’il est nécessaire qu’il laisse quelque chose pour couvrir Fismes, qui est notre communication ; qu’il laisse donc une partie de sa cavalerie sur Braisne et prenne des mesures convenables pour couvrir Fismes.
- S. Si le duc de Raguse peut jeter un pont à Maizy, cela abrégerait de deux ou trois heures sa marche pour nous rejoindre ici.
Ordre au général Defrance de se porter avec sa division à moitié chemin de Berry-au-Bac à Reims, d’envoyer des patrouilles jusqu’à Reims, et de se porter lui-même, avec toute sa cavalerie, dans cette ville, si cela était nécessaire. Ordre de commencer son mouvement dès la pointe du jour. m
L’Ange-Gardien, 8 mars 1814, onze heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
J’ai battu, hier 7, Winzingerode, Langeron, Voronzof, réunis avec les débris de Sacken. Je leur ai fait 2,000 prisonniers, pris du canon et les ai poussés jusqu’à l’Ange-Gardien, depuis Craonne. Cette bataille de Craonne est glorieuse. Le duc de Bellune et le général Grouchy ont été blessés. J’ai 7 ou 800 hommes blessés ou tués. La perte de l’ennemi est de 5 à 6,000 hommes.
Mon avant-garde est sur Laon. Faites tout adresser par Soissons.
Donnez ces nouvelles au duc de Tarenteet à Oudioot. Je n’ai pas de vos nouvelles depuis le 6. Je me porte bien, quoiqu’il fasse un peu froid.
Je vous embrasse, vous et votre femme.
- S. Faites mettre l’analyse de cette lettre comme nouvelle dans le Moniteur,
Braye, 8 mars 1814
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Braye.
Mon Cousin, écrivez au général Corbineau pour lui témoigner ma satisfaction. Qu’il prenne des mesures pour organiser le peuple de Reims et lui donner pour officiers les anciens serviteurs qui sont dans la ville. Qu’il fasse afficher la nouvelle de la victoire que nous avons remportée hier sur Voronzof, Winzingerode et Langeron ; c’est ce qui restait de l’armée russe ; que nous les avons menés battant, sous la mitraille de cent pièces de canon, depuis Craonne jusqu’à F Ange-Gardien.
Écrivez au duc de Raguse de se porter à Corbeny ; de prendre sous ses ordres le duc de Padoue et sa cavalerie (celle de Bordesoulle); de nettoyer mes derrières et de se diriger sur Laon ; mais, ayant pour but avant tout de bien maintenir mes communications, de se mettre en correspondance avec Reims, où commande le général Corbineau ; que nous sommes à l’Ange-Gardien ; que je suppose que dans la journée nous serons dans Soissons ; que j’attends cette nouvelle pour prendre ma marche sur Laon ; qu’en attendant il doit y pousser une avant-garde, avec les précautions convenables.
Braye, 8 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Braye.
Mon Cousin, écrivez aux ducs de Tarente et de Reggio qu’hier nous avons battu les corps d’York, de Voronzof, et le restant du corps de Langeron venu de Mayence; que nous leur avons pris quelques pièces de canon, et que nous les avons poursuivis depuis Craonne jusqu’à l’Ange-Gardien ; que, pendant l’espace de cinq lieues, ils ont été sous la mitraille de quatre-vingts pièces de canon ; que notre perte n’a été que de 5 à 600 hommes tués ou blessés ; que nous aurions pris ce corps, qui était dans un épouvantable désordre, mais qu’il n’y avait pas moyen à la cavalerie de le déborder, parce que l’affaire se passait sur un plateau qui se prolongeait entre deux ravins.
Chavignon, 8 mars 1814, neuf heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Chavignon.
Mon Cousin, le chef d’escadron Gourgaud, avec deux bataillons de la vieille Garde, 300 Polonais , chasseurs et dragons de la Garde, deux pièces de canon, et une compagnie de sapeurs, partira à onze heures du soir pour se rendre à Chivy, tourner la position de l’ennemi, et de là sur Laon. 11 attaquera d’une heure à deux. Le prince de la Moskova sera prêt à minuit pour déboucher et prendre position à Chivy. Le général Belliard, avec la cavalerie Roussel, Colbert et Laferrière, sera à cheval sur la route, à une heure, pour déboucher de suite au grand trot sur Laon, tourner la ville, couper les divers chemins et faire un hourra dans la ville pour prendre tout ce qu’il y a. Il laissera deux batteries à cheval et plusieurs escadrons dans la plaine avant d’arriver à Laon, pour pouvoir se retirer dessus.
Chavignon, 8 mars 1614, dix heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Chavignon.
Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse qu’il doit arriver ce soir, où qu’il arrivera demain, une division venant des places des Ardennes et forte de 4,000 hommes ; que cette division est destinée à faire partie de son corps d’armée ; qu’il se mette sur-le-champ en communication avec elle par des hommes du pays; que cette division n’a pas de cavalerie ; qu’hier il n’y avait personne à Rethel ; que l’ennemi ne bloque aucune place; que la garnison de Verdun va à Bar-sur-Ornain; que la garnison de Mets va jusqu’à Nancy; que j’ai ordonné également que le général Durutte réunît les trois quarts des troupes qui sont dans les places de la 3a division ; cela formera une division de 12,000 hommes et complétera parfaitement son corps d’armée.
Chavignon, 10 mars 1814.
Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.
Écrivez à l’officier de gendarmerie qui est auprès du Pape de le conduire, par la route d’Asti, Tortone et Plaisance, à Parme, d’où il le remettra aux avant-postes napolitains.
L’officier de gendarmerie dira au Saint-Père que, sur la demande qu’il a faite de retourner à son siège, j’y ai consenti, et que j’ai donné ordre qu’on le transportât aux avant-postes napolitains.
Chavignon, 10 mars 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 9. L’armée que j’ai battue à Craonne était l’armée russe, commandée par Sacken réuni à Winzingerode. Ils ont considérablement perdu et se sont retirés à Laon, où ils se sont réunis aux corps de Bülow, d’York et de Kleist, qui forment l’armée prussienne. La position de Laon leur étant extrêmement favorable, je me suis contenté hier de les observer et de les reconnaître. Cette armée est plus dangereuse pour Paris que celle de Schwarzenberg. Toutefois je vais me rapprocher de Soissons pour être plus près de Paris; mais, jusqu’à ce que j’aie pu engager cette année dans une affaire qui la compromette de nouveau, il est difficile que je me porte ailleurs.
L’armée de Schwarzenberg est diminuée par les détachements qu’elle a faits sur ses derrières, et paraît craindre de se compromettre en passant la Seine.
Le duc de Raguse, qui marchait de Berry-au-Bac sur Laon, est arrivé près de cette ville. 11 avait constamment poussé l’ennemi; mais à la nuit, comme il prenait position, il y a eu un .hourra de l’ennemi qui a mis du désordre dans son infanterie; ses soldats ont perdu la tête, et il a été obligé de se replier de plusieurs lieues, un peu en désordre, en abandonnant plusieurs pièces de canon. Ceci n’est qu’un accident de guerre, mais très-fâcheux dans un moment où j’avais besoin de bonheur. C’est ce qui m’a déterminé à ne pas attaquer aujourd’hui, car j’avais déjà pris mes dispositions pour engager vigoureusement l’ennemi, quelle que fût la supériorité de son nombre.
Je pense qu’il vous faut réunir les ministres pour aviser aux moyens de lever 30,000 hommes dans toute cette population qui se réfugie à Paris et dans tous les ouvriers qui se trouvent sans ouvrage. Cette levée se ferait sous le titre de la levée en masse des gardes nationales. Puisque vous avez des fusils, cela doit être facile. Tons les ouvriers qui ne savent que faire seront très-bien placés. Cette mesure me paraît indispensable. La garde nationale doit y concourir, puisque, par là, les propriétaires n’auront plus à craindre la révolte des prolétaires, et les feront au contraire concourir à la défense de la ville. Voyez ce qu’il est possible de faire là-dessus.
Chavignon, 11 mars 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai reconnu la position de l’ennemi à Laon. Elle était trop forte pour pouvoir être attaquée sans beaucoup de pertes. J’ai donc pris le parti de revenir sur Soissons. Il est probable que l’ennemi aurait évacué Laon dans la crainte d’y être attaqué, sans l’échauffourée du duc de Raguse, qui s’est comporté comme un sous-lieutenant. L’ennemi a fait des pertes énormes; il a attaqué hier cinq fois le village de Clacy et a toujours été repoussé.
La jeune Garde fond comme la neige. La vieille Garde se soutient. Ma Garde à cheval aussi fond beaucoup. Il est indispensable que le général Ornano prenne tous les moyens pour remonter tous les dragons et chasseurs, et d’abord les vieux soldats.
On trouvera les deux millions que vous me demandez pour Pré-val; donnez ordre qu’on les lui fournisse, et que quelques travaux nécessaires à Paris, comme ateliers de charité, soient organisés.
Je pense que quelques redoutes sur les hauteurs seraient utiles, surtout comme effet moral. Il faut donner vos ordres pour qu’on commence des redoutes à Montmartre.
Soissons, 11 mars 1814, quatre heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Brienne.
Mon Cousin, faites connaître au duc de Trévise que mon intention est qu’il commande tout ce qui est sur la rive droite; savoir : la 2e division de vieille Garde, la division de jeune Garde qui ese avec lui, et qui sont à Crouy ; la division Roussel, les divisions Charpentier et Boyer, qui sont à Cuffies, et les Polonais du comte Pac.
Il est nécessaire que le générât Charpentier ait une avant-garde sur Clamecy, d’infanterie et de cavalerie, avec deux pièces de canon; qu’il ait des postes sur Letiry, et un autre sur le mont de CufGes ; et qu’il observe bien le chemin de la Fère.
Le général Roussel aura une avant-garde sur les hauteurs de Crouy et à la ferme de la Perrière, de manière à éclairer tout le chemin jusqu’à LafTaux et à l’Ange-Gardien. On peut barricader la ferme de la Perrière, de manière à en faire un bon poste. On barricadera également le village de Crouy.
Soissons, 11 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Donnez ordre au prince de la Moskova, au lieu de venir occupe Saint-Médard, d’occuper le faubourg de Saint-Vaast, sur la rive droite de l’Aisne; Saint-Médard sera occupé par la cavalerie du général Colbert.
Donnez ordre à la division Exelmans , la 3e de la Garde, de venir occuper le faubourg de Compiègne dit Saint-Christophe. Donnez ordre à l’autre division de la Garde, la 2e division , de venir occuper le faubourg de Reims dit Smnt-Créjrin. Donnez ordre à la vieille Garde d’entrer en ville, et de se loger chez l’habitant. Donnez ordre au général Belliard de venir en ville.
Le général Colbert seul restera à Saint-Paul, occupera Saint-Médard et poussera des partis sur Bucy-le-Long.
Soissons, 12 mars 1814, cinq heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Mon Cousin, donnez ordre au général Colbert de passer aujourd’hui, à sept heures du matin, le pont de l’Aisne avec son artillerie, sa cavalerie et son infanterie. Il passera sur le pont de pierre et prendra position au faubourg de Reims. Il fera connaître lorsqu’il sera arrivé à ce faubourg.
Soissons, 12 mars 1814, six heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Mon Cousin, prévenez le duc de Trévise qu’on a fait mettre trente pièces de canon sur les remparts de la tête de pont de Soissons et huit pièces de 12 sur la rive gauche, aux deux saillants de l’Aisne, qui peuvent croiser leurs boulets en avant de Saint-Paul ; que deux batteries sont également sur la rive gauche, à droite et à gauche du pont, pour suivre la rive gauche et balayer toute la plaine. Faites-lui connaître que le général Colbert doit quitter à sept heures du matin Saint-Paul, pour passer sur la rive gauche, et que tous les parcs de réserve ont eu ordre de passer sur cette rive, aGn qu’il y ait moins d’embarras sur l’autre rive.
Soissons, 12 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Mon Cousin, écrivez au commandant de Fismes que je suppose qu’avec ses deux bataillons il est à l’abri des Cosaques; qu’il fasse barricader la ville et appelle auprès de lui les gardes nationales des environs ; qu’il écrive par des agents du pays au maire de Fère-en-Tardenois, pour que ce maire le tienne exactement instruit de tous Les mouvements de l’ennemi sur la Marne ; qu’il se fasse également écrire par d’autres maires. Mandez également à ce commandant d’écrire à Reims, par des gens du pays, s’il y a quelques Cosaques sur la route.
Écrivez au duc de Raguse que je n’ai aucune idée de ce qu’est aujourd’hui son corps ; que, s’il n’a pu encore m’envoyer l’état de ses pertes, il devait du moins m’envoyer l’appel du soir, pour que je puisse juger de sa situation dans ce premier moment. Recommandez-lui d’expédier, par des gens du pays, l’ordre au général Janssens , qui est à Hetbel, de venir le joindre. Dites-lui que le général Janssens peut passer l’Aisne à Berry-au-Bac ou à Neufchâtel ; qu’avec les facilités qu’il trouvera dans les gens du pays, et l’occupation que l’ennemi a contre nous, ce général doit parvenir facilement à nous joindre; que cette jonction est d’une haute importance. Expédiez de votre côté un homme de Soissons à Rethel pour donner le même ordre et les mêmes instructions au général Janssens; recommandez-lui de marcher vite et d’éviter l’ennemi, ce qui lui sera facile avec l’aide des gens du pays. Il serait heureux qu’il put entrer dans Reims.
Écrivez au général Corbineau de lui adresser de Reims à Rethel le même ordre et les mêmes instructions.
Par ces trois voies, faites passer l’ordre au général Durutte de réunir tout ce qu’il a de disponible à Metz et Verdun, infanterie, cavalerie et artillerie, et d’y joindre les trois quarts de ce qu’il a à Luxembourg, Thionville et Longwy ; de prendre des chevaux partout pour s’organiser quatre bonnes batteries d’artillerie, et de manœuvrer avec ces forces pour venir nous rejoindre, soit par Reims, soit sur Soissons, soit où nous serons ; qu’avec l’aide des gens du pays il lui sera facile de prendre une route qui ne le compromette pas et de savoir où nous sommes ; que l’ennemi, étant partout tenu en échec, n’a nulle part, hormis le point où sont les armées, de forces capables de lui tenir tête.
Chargez-le de transmettre l’ordre au général Broussier, commandant à Strasbourg, de prendre toutes les troupes de ligne qui sont à Strasbourg et Kehl, en remplaçant à Kebl les troupes de ligne par des gardes nationales ; de faire lever le siège de toutes les petites places telles que Schlestadt, Landau, etc., et de se réunir avec les garnisons pour former un corps d’armée actif, en ne laissant dans ces places que juste ce qu’il faut pour les défendre avec les gardes nationales.
Ces puissantes diversions inquiéteront l’ennemi et dégageront d’autant l’armée qui défend Paris.
Écrivez, tant au général Janssens qu’au général Durutte et au général Broussier, qu’ils doivent faire remplir au complet tous leurs cadres et surtout leurs 5ee bataillons, par un appel des gardes nationales de la levée en masse.
Recommandez au général qui commande à Strasbourg, s’il peut faire insurger les montagnes des Vosges, d’y envoyer des fusils.
Soissons, 12 mars 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
J’ai vu avec peine que vous ayez parlé à ma femme des Bourbons et de l’opposition que pourrait y faire! l’empereur d’Autriche. Je vous prie d’éviter ces conversations. Je ne veux pas être protégé par ma femme. Cette idée la gâterait et nous brouillerait. Et à quoi bon lui tenir de pareils discours? Laissez-la vivre comme elle vit; ne lui parlez que de ce qu’il faut qu’elle sache pour signer, et surtout évitez les discours qui la feraient penser que je consens à êlre protégé par elle ou par son père. Jamais, depuis quatre ans, le mot de Bourboir ni de l’Autriche n’est sorti de ma bouche. D’ailleurs tout cela ne peut que troubler son repos et gâter son excellent caractère.
Vous m’écrivez toujours comme si la paix dépendait de moi; cependant je vous ai envoyé les pièces. Si les Parisiens veulent voir les-Cosaques, ils s’en repentiront, mais encore faut-il leur dire la vérité.
Je n’ai jamais cherché les applaudissements des Parisiens. Je ne sais pas un caractère d’opéra. D’ailleurs il faut être plus pratique que vous ne l’êtes pour connaître l’esprit de cette ville, qui n’a rien de commun avec les passions9 de 3 ou 4,000 personnes qui font beaucoup de bruit. 11 est tout simple, et c’est plus expéditif, de déclarer qoe l’on ne peut pas faire une levée d’hommes que d’essayer de 1e faire.
L’empereur d’Autriche ne peut rien, parce qu’il est faible et mené par Metlernicb, qui est acheté par l’Angleterre : voilà le secret de tout.
Je vous embrasses.
Soissons, 12 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, la convention du duc d’Otrante est
1 et2 Mot douteux. — 3 Cette lettre est entièrement de la main de
ridicule, en ce qu’elle fait revenir mes garnisons par mer, c’est-à-dire en les mettant entre les mains des Anglais. Écrivez pour qu’elles reviennent en toute hâte, et par terre, sur Gênes.
Soissons , 12 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je suis surpris que rien n’ait encore été fait pour honorer la mémoire du général Reynier, qui a eu une carrière si distinguée. Faites mettre dans le Moniteur l’oraison funèbre qu’a prononcée le pasteur Marron et que je suppose être bien faite. Faites faire aussi au ministère de la guerre une notice; qu’on jette quelques fleurs sur la tombe d’un homme qui a bien servi, qui était honnête.homme, et dont la mort est une perte pour la France et pour moi. Aussitôt que sa femme m’aura annoncé sa mort, je lui ferai une réponse qui pourra être également imprimée.
Soissons. 12 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, j’approuve que le corps franc du colonel Simon reste dans les environs de Meaux et batte tout le pays entre Meaux, Sézanne et Arcis-sur-Aube. Avec de l’intelligence, il doit, dans toutes les opérations qu’il tentera, se grossir des paysans armés. Autorisez-le à requérir les habitants, à faire sonner le tocsin et à faire des proclamations.
Soissons, 12 mars 1812.
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Duc Decrès, il serait bien important que l’escadre de Rochefort trouvât l’occasion de sortir et de se rendre soit à Toulon, soit à Brest, soit à Cherbourg.
Soissons, 12 mars 1814.
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, Mantoue.
Mon Fils, je reçois une lettre de vous ‘ et une de la vice-reine qui sont de l’extravagance ; il faut que vous ayez perdu la tête. C’est par dignité d’homme que j’ai désiré que la vice-reine vint faire ses couches à Paris, et je la connais trop susceptible pour penser qu’elle puisse se résoudre à se trouver dans cet état au milieu des Autrichiens. Sur la demande de la reine Hortense, j’aurais pu vous en écrire plus tôt; mais alors Paris était menacé. Du moment que cette ville ne l’est plus, il n’y aurait rien de plus simple aujourd’hui, que de venir faire ses couches au milieu de sa famille et dans le lieu où il y a le moins de sujets d’inquiétude. Il faut que vous soyez fou pour supposer que ceci se rapporte à de la politique. Je ne change jamais ni de style ni de ton, et je vous ai écrit comme je vous ai toujours écrit.
11 est fâcheux pour le siècle où nous vivons que votre réponse au roi de Bavière vous ait valu l’estime de toute l’Europe; quant à moi, je ne vous ai pas fait compliment, parce que vous n’avez fait que votre devoir et que c’est une chose simple. Toutefois vous en avez déjà la récompense, même dans l’opinion de l’ennemi, de qui le mépris pour votre voisin est au dernier degré.
Je vous écris une lettre en chiffre pour vous faire connaître mes intentions.
e LETTRE DU PRINCE EUGÈNE A L’EMPEREUR.
eSire, j’ai reçu ce matin les ordres de Votre Majesté, eu date du 19, concernant le départ de la vice-reine de Milan. J’ai étée profondément affligé de voir, par la forme de cet ordre, que Votre Majesté s’était méprise sur mes véritables intentions, en pensant que j’eusse jamais eu celle de laisser la vice-reine dans des lieux qu’auraient occupés les ennemis de Votre Majesté, à moins d’un obstacle physique. Je croyais, par toute ma conduite, avoir mérité que Votre Majesté ne mît pins mes sentiments en doute.
e La santé de ma femme a été très-mauvaise depuis trois mois ; les derniers événements, en redoublant ses inquiétudes, avaient encore aggravé son mal. Je vais lui communiquer les intentions de Votre Majesté, et, dès que sa santé le lui permettra, elles seront remplies. Je le répète, Sire, elles ne pouvaient nous chagriner que par les motifs injustes qui vous les auraient suggérées, et qni sont étrangers, j’ose le dire , à votre cœur paternel.
e Eugène
> Voila, 27 février 1814, an soie. e
Soissons, 12 mars 1814.
A LA PRINCESSE AUGUSTE,
VICE-REINE DU ROYAUME DeITALIE, A MILAN.
Ma Fille, j’ai reçu votre lettre. Comme je connais la sensibilité de votre cœur et la vivacité de votre esprit, je ne suis pas étonné de la manière dont vous avez été frappée. J’ai pensé qu’avec voire caractère vous feriez de mauvaises couches dans un pays qui est le théâtre de la guerre et au milieu d’ennemis, et que le meilleur parti à prendre pour votre sécurité était de venir à Paris. Je ne vous l’ai pas mandé plus tôt, parce que Paris était alors en danger, et je ne voyais rien à gagner à vous placer au milieu des alarmes de Paris, au lieu de celles de Milan. Mais, aussitôt que le danger de Paris a été passé, j’ai cru que ce voyage avait toutes sortes d’avantages pour votre état. Reconnaissez votre injustice, et c’est votre cœur que je charge de vous punir.
Soissons, 12 mars 1814, cinq heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Mon Cousin, donnez ordre au bataillon du 9e de tirailleurs qui est à Compiègne de partir demain de bonne heure pour se rendre à Soissons.
Donnez ordre au général qui commande les escadrons réunis, et qui est au Chàtelet, de partir demain à la pointe du jour pour se rendre à Soissons, il laissera seulement quelques partis pour observer les barques jusqu’à Compiègne.
Au lieu de donner l’ordre au général Charpentier de se porter à Sermoise, donnez-lui Tordre de se porter à la tête du pont de Soissons, et de faire son mouvement à la nuit, de manière à n’être pas vu de l’ennemi. Il laissera quelques partis de cavalerie dans les lieux où il se trouve.
Soissons, 12 mars 1814, six heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Mon Cousin, faites exécuter les dispositions suivantes.
Les divisions Colbert et Letort, sous les ordres du général Sebas-tiani, avec deux batteries d’artillerie à cheval, partiront sur-le-champ pour se rendre à Braisne. La division Exelmans partira ce soir également pour se rendre entre Sermoise et Braisne.
Le prince de la Moskova partira avec la brigade Boyer (Pierre), augmentée du 122e et du régiment de la Vistule. 11 mènera les douze bouches à feu de la division Boyer. Si cette division n’a pas les douze bouches à feu et quatre caissons de cartouches d’infanterie, il mènera une batterie de la division Meunier. Il laissera la division Meunier à Soissons, sous les ordres du duc de Trévise. Le prince de la Moskova ira ce soir aussi loin que possible, pour arriver de bonne heure à Reims demain. Le service de la place sera fait par le bataillon de l’Aisne.
Vous donnerez ordre au duc de Trévise de prendre sous son commandement, 1° la division Charpentier; 2° la division Boyer (de Rebeval); 3° la division Curial; 4° ses deux divisions et la division Meunier ; 5° la cavalerie du général Roussel ; G0 la cavalerie polonaise du général Pac; 7° enGn la brigade des escadrons réunis; tout cela sous les ordres du général Trelliard ; ce qui lui fera cinq divisions, formant la valeur de 8 à 9,000 hommes d’infanterie et 4,000 de cavalerie. 11 recevra des instructions sur ce qu’il doit faire.
Donnez ordre au général Friant de partir avec la vieille Garde, ses deux batteries d’artillerie, deux batteries de 12 et les batteries à cheval de la réserve de la Garde, à deux heures du matin, pour arriver demain de bonne heure à Reims. Le général Friant mènera avec lui les sapeurs et les marins de la Garde, avec des officiers du géoie de la Garde, le général Blein ; et il y joindra deux compagnies de pontonniers et deux compagnies de sapeurs, avec les outils nécessaires et un équipage de pont de six bateaux. Toute l’artillerie devra ce soir parquer sur la route de Reims, ainsi que les voitures d’équipages militaires qui suivront le général Friant. Ils parqueront à une lieue de Soissons, sur la route de Reims, de manière que demain matin le général Friant trouve tout cela en colonne sur la route et n’ait aucun embarras. 11 laissera ici tous les hommes écloppés.
Donnez ordre à l’équipage de pont, au parc d’artillerie et au reste du parc du génie, hormis deux compagnies de sapeurs qui seront laissées au duc de Trévise, de partir demain à cinq heures du matin pour se rendre à Fismes. Les pontonniers, canonniers et ouvriers du parc formeront une escorte; il y sera joint toutefois deux bataillons de la jeune Garde formant 1,000 hommes, que le général Drouot désignera, en attendant celui du 15e qui est reposé.
Vous donnerez ordre au général Neîgre de compléter les approvisionnements de Sotssons dans la nuit, et de laisser un chef de bataillon d’artillerie pour y commander.
La garnison de Soissons sera composée, 1° de deux bataillons de jeune Garde que désignera le duc de Trévise; 2e du bataillon de l’Aisne; 3°de 60 écloppés de la vieille Garde et de 3 ou 400 écloppés de la jeune Garde, que le duc de Trévise y laisserait dans le cas où il serait obligé d’abandonner Soissons. De sorte qu’il y restera avec l’artillerie environ 1,500 hommes.
Les hommes éclopés de la Garde seront mis dans les cadres du bataillon de la Garde qui reste ici.
Le général Neigre me rendra compte ce soir de tout l’armement et de l’approvisionnement qu’il laissera ici.
Donnez ordre au duc de Raguse, par un courrier extraordinaire, de partir demain, à six heures du matin, pour se rendre à Reims. Vous lui ferez connaître que je m’y porte par la route de Fis mes. Le duc de Raguse mènera avec lai la division Defrance. Il laissera un corps d’observation au pont de Berry-au-Bac et des postes de cavalerie aux différentes positions où il en avait aujourd’hui.
Soissons, 13 mars 1814, huit heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Soissons.
Mon Cousin, envoyez sur-le-champ un courrier au duc de Raguse pour lui faire connaître que le général Sébastian!, avec 2,000 chevaux, couche ce soir à Rraisne; que le prince de la Moskova couchera près de Braisne avec son corps ; qu’à minuit je pars avec la vieille Garde ; qu’il est nécessaire qu’il se tienne prêt à partir avec la division Defrance, le 1e corps de cavalerie et toute son infanterie pour former notre avant-garde, mon intention étant d’attaquer demain Saint-Priest devant Reims, de le battre et de reprendre la ville ; it faut qu’il laisse les postes de cavalerie qu’il a placés à Vailly et le long de la rivière, et qu’il continue à tenir également un poste de cavalerie à Berry-au-Bac ; nous aurons ainsi dans la main une trentaine de mille hommes, dont 7 ou 8,000 de cavalerie et plus de cent pièces de canon; qu’il fasse toutes ses dispositions pour pouvoir partir demain, à la petite pointe du jour; il est bien important qu’il laisse un corps d’observation à Berry-au-Bac, et qu’il envoie des paysans pour nous instruire s’il débouchait quelque chose de l’autre côté; que j’espère que nous pourrons attaquer demain à deux ou trois heures après midi; que je serai demain à Fismes, probablement de bonne heure; qu’il n’ébruite pas trop sa marche par des coureurs, il vaut mieux arriver en masse.
Il serait bien important de pouvoir prendre quelques coureurs ennemis en leur tendant une embuscade, afin d’avoir des nouvelles de l’ennemi.











