Correspondance de Napoléon – Mars 1814
Bém-Saint-Germaio, 4 mars 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, la nouvelle du préfet de Melun est fausse. Chargez le comte de Lavallette de punir les agents de son administration qui répandent ainsi des bruits controuvés. Le fait est que Bar-sur-Aube n’était pas une position où l’on pût tenir. Il fallait marcher en avant ou se retirer. D’après le mouvement que j’ai fait sur la Marne, il a fallu se retirer. Nous avons eu une affaire ou nous avons perdu 7 ou 800 hommes; mais l’ennemi a perdu le double, et nous n’avons évacué la ville que pendant la nuit.
Il y a à Paris près de 3,000 hommes disponibles; mais le général Hulin ne met aucune activité à compléter les cadres. H faut en charger un général qui s’en occupe spécialement. Vous auriez dû avoir la 2e division de réserve prête, elle aurait dû pouvoir marcher sur Meaux, au secours du duc de Raguse. Encore une fois, tons ces hommes existent éparpillés dans les 5e’ bataillons qui sont dans la 1e division militaire.
Dites au ministre de la marine de répondre à l’amiral Ver Huell de tenir jusqu’à la dernière extrémité ; qu’il n’y a pas de comparaison entre la perte de deux frégates et de 5 ou 600 hommes et l’avantage de tenir pendant cinq ou six mois la Hollande comme bloquée piir la position du fort Lasalle ‘.
Béin-Saint-Germain, 4 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J’ai passé hier matin la Marne à la Ferté-sous-Jouarre ; je me suis
1 La fin de celte lettre manque.
rendu à Château-Thierry; j’ai poussé mon avant-garde jusqu’au village de Rocourt, et je suis venu coucher à Bézu-Saint-Germain.
L’ennemi s’est porté par Neuilly sur Oulchy-le-Château et Oulchy-la-Ville. On croit qu’il s’est retiré sur Reims par Noyant, n’espérant plus pouvoir s’y porter par Fère-en-Tardenois et Fismes.
Vous m’envoyez des lettres de Marmont qui ne disent rien ; l’excessive vanité de ce maréchal ressort dans toutes ses lettres : il est toujours méconnu de tout le monde ; il a tout fait, tout conseillé ; il est fâcheux qu’avec quelques talents il ne puisse pas’ se débarrasser de cette sottise, ou du moins se contenir de manière que cela ne lui échappe que rarement.
Il est nécessaire que toutes les bonnes nouvelles que vous pourriez recevoir du duc de Castiglione, vous les fassiez mettre dans le Moniteur, au fur et à mesure qu’elles vous arrivent.
P, 5. J’ai nommé le général Berkheim pour commander une division de cavalerie au 1er corps; il n’a qu’à s’y rendre.
Confiez au général Souham le commandement de la 2e division de réserve qu’on forme à Paris, et qui doit être complétée actuellement. J’ai donné ordre que tout ce qui reste de mon équipage, du côté de Troyes, se dirige sur Meaux.
Je crois vous avoir mandé que tous les magasins d’artillerie que vous avez formés à Provins et à Brie-Comte-Robert devaient être dirigés sur Meaux. Le parc mobile et les batteries de réserve doivent aussi prendre cette direction.
Envoyez de Paris des ingénieurs des ponts et chaussées et des ouvriers pour raccommoder le pont de Nogent.
Blücher paraît extrêmement embarrassé et change à chaque instant de direction. J’ai l’espérance que cela nous conduira à un résultat. Mon intention est alors de porter la guerre du côté de mes places fortes, en manœuvrant sur les derrières de Schwarzenberg, qui sera obligé de faire volte-face, quand il verra ses hôpitaux, ses magasins, ses parcs et sa ligne d’opération menacés par moi et par le duc de Castiglione.
Fismes, 4 mars 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je suis arrivé à Fismes. L’ennemi a été poussé dans toutes les directions; on lui a ramassé 2,000 prisonniers et pris 4 ou 500 voitures de bagages et caissons. Le duc de Raguse doit être à Sois&ons, et mes coureurs sont sur Reims. L’ennemi paraît se diriger sur Laon et Auesoesv 11. est dans, le plus grand désarroi et a perdu immensément en .hommes, chevaux et charrois-.
Envoyez un de vos officiers à Troyes auprès des ducs de Tarente et de Reggio, pour leur faire connaître qu’il est possible que je manœuvre par Vitry, Saint-Dizier et Joinville sur les derrières de l’ennemie, ce qui le fera, disparaître et l’obligera de quitter, la Seine, pour aller en diligence garder ses derrières.. Ce mouvement aura l’avantage de débloquer mes places , d’où je retirerai de nombreuses garnisons et de grands renforts.
J’écris au ministre de la guerre, parlez-lui-en, que; je suis mécontent du général Maison., qui fait des bêtises. Que- le ministre de la guerre lui demande de. ma part; s’il a peur, de mourir; qu’il lui donne l’ordre de réunir les garnisons des places, celle d’Anvers, une partie de celle d’Ostende, et de tomber sur les derrières de l’ennemi. Il est de fait que j’ai là plus de monde que n’en a l’ennemi, mais, par l’inexpérience et1 le défaut d’audace du général Maison, toutes ces forces sont inactives. Que le ministre de là guerre lui défende de ma part d’entrer dans aucune place forte; qu’il réunisse tout a lui et marche ou sur Anvers, sur les derrières de l’ennemi, ou sur le derrière de sa ligne d’opération qui est’pur Avesnes et’JHons. Ce général, qui s’était distingué, n’a pas répondu à la confiance et à l’espérance qu’il avait inspirées. Cependant, je veux bien suspendre encore mon jugement. Le ministre de la guerre lui écrira qu’il faut plus d’activité, d’audace et d’intrépidité qu’il n’en montre.
Le ministre doit écrire aussi au duc de Castiglione qu’il marche; qu’avec les troupes qu’il a il’ battra le dbuble des troupes- ennemies, s’il est le premier au féu et s’il reste constamment’ sous lés coups die fusil1.
Biwneg, 4 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Je reçois votre lettre dut $ mars, oùij&ffais qee heduc de Dalmatie s’est Laissé forcer,. Faites-moi connaître combien de troupes il a sous ses ordres-.. Je ne conçois uien. à dfe pareil résultats. Réunissez le général Dajeao.et le duc de Gonegliano, et rédigez-lui dee inatme
lions peuf une marche <k flanc qui, couvre la Garonna, et reporte la guerre par Tarbes sur Pau et le long des Pyrénées. Les Anglais ne s’avanceront pae, tant qu’île pourront étra coupés. Je ne conçois pas comment, avec dee trouves comme celles-là, le duc de Dalmatie peut êUie battue Écmuezrlui fortement et ferme.. C’est dè\pe uoe très-grande faute que de se laisser attaquer..
Écrauez à ce manàchal qjuuil a montré peu de la. vigueur qu.’on. doit exiger de lui dans tes Gkconsiaoeas actuelles.
Fismes, 4 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cousin, écrivez à Soissons pour faire connaître au général Moreau, qui y commande, que je suis arrivé à Fismes, et de me (tonner des nouvelles du duc de Raguse et du duc de Trévise, qui ont àù. pousser’sur Soisstms. 11 me fiera connaître aussi ce qu’il sait des mouvements de Fennemr.
Fismes, 4 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au général Roussel de ce qu’il n’a pas pris le convoi qu’il avait devant lui, et a arrêté son mouvement au moment de la victoire. S’il avait poussé l’ennemi commee il l’aurait dû, loat la convei aurait! été pris. Je suis d’autant plus,mécontent qu’il n’avait pa& 800’hommes devant lui, et que je lui avaise donné L’ordrer par aa& aida de camp, de poursuivre l’en-nanti sau& relâche r à moins qu’on- ne lui. opposai chut forces trop supécieurea. Fatlas connaître au général Uousael. que le. pejL d.’ac-tiuité qju’U a munira dacs-celi^ circonatanceL m’ai d’autant plus, afflige que cela m’empêcha d’avoir k comauuaicatioa pair le grand, chemin avec. Soissoas.. Si notre cavalerie était fatiguée, celle de llennemi Vêtait hien. davantage f et? aprè^ tout aotuecaualeiûe n!a. pas. fait auire ebose que n’a fait aujourd’hui, l’in/antarie.
Lfi. générai Wattien a suivi le géoftcal Bûcdâsoulie, tandifr quîil avait des ordres du général Roussel et du général Grouchy, sous le commandament desquels’ il est : suspendez-le de. sas fonctions et faites-le traduire au quartier général par-devant une commission d’enquête.
Témoignez mon mécontentement au général Bordesoulle de ce qu’il s’avise de donner des ordres à des généraux qui ne sont pas sous son commandement et bouleverse ainsi le service; dites-lui que j’espère que cela n’arrivera plus.
Nommez un général pour prendre le commandement de la brigade Wattier, et faites en sorte qu’elle rejoigne sur-le-champ la division Roussel.
Fismes, 5 mars 1814, au matin.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, les 600 Polonais du général Pac viennent d’arriver; ils sont superbes. Prenez des mesures efficaces pour que les 200 hommes qu’il y a encore soient habillés, équipés, armés et envoyés sur-le-champ. 11 y a, outre cela, 1,200 Cosaques polonais : recommandez au général Préval de prendre des mesures convenables pour les équiper et les envoyer sur-le-champ.
Envoyez-nous également une compagnie d’artillerie à cheval avec son matériel ; elle sera attachée aux Polonais, et tous ces Polonais seront attachés à ma Garde.
Fismes, 5 mars 1814, huit heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cousin, le général Pac se rendra à Maizy, avec mon officier d’ordonnance Grezet, ses 600 chevaux, une compagnie de sapeurs, une compaguie de 50 hommes, canonniers et ouvriers d’artillerie, que fournira le général Dulauloy, enfin avec deux pièces d’artillerie légère de la Garde. 11 requerra sur-le-champ les ouvriers et charpentiers des environs et fera travailler aussitôt à l’établissement d’un pont sur chevalets. Le général Pac me fera connaître le plus tôt possible si je puis espérer d’avoir ce pont, parce que dès ce moment j’y porterai l’armée.
11 y a à Berry-au-Bac un pont de pierre. Un détachement de 50 dragons de la Garde a passé la nuit à Roucy. Le général Pac leur enverra Tordre à Roucy de se porter sur-le-champ à Berry-au-Bac pour garder le pont. L’officier de dragons réunira tous les hommes armés des environs. Le général Pac le fera soutenir par 100 hommes ou par 200 hommes, selon le besoin.
A Berry passe la route de Laon à Reims. Il est probable que sur cette route il y a des bagages et des traînards à ramasser. C’est aussi cette raison qui me fait penser que reunemi n’aura pas détruit ce pont, puisqu’il lui était nécessaire pour sa communication de Reims à Laon. S’il était nécessaire, le général Pac y enverrait une de ses deux pièces.
Aussitôt qu’il sera assuré que le pont de Berry existe, et s’il était difficile d’établir un pont à Maizy, le général Pac se porterait sur Berry.
Fismes, 5 mars 1814, huit heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Bellune de se rendre à Fismes avec ses deux divisions; qu’il fasse connaître l’heure à laquelle il arrivera. Demandez-lui des renseignements sur les Cosaques qui étaient entre Fère et Dormans. Écrivez également à ce sujet au maire de Fère-en-Tardenois.
Donnez ordre au duc de Padoue de prendre position à Fère-en-Tardenois , et de vous faire connaître l’heure à laquelle il arrivera aujourd’hui.
Donnez ordre au prince de la Moskova de se porter sur Maizy. Il aura sous ses ordres le général Pac avec 800 Polonais. 11 fera marcher en avant une compagnie de sapeurs, afin d’établir à Maizy un pont sur chevalets pour passer l’Aisne.
Il soutiendra, s’il est nécessaire, le poste de cavalerie que j’ai au pont de Berry-au-Bac.
Il est nécessaire que ce pont de chevalets soit fait dans la journée, et que le prince de la Moskova arrive le plus tôt possible.
Fismes, 6 mars 1814, neuf heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cou ski, donnez ordre au doc de Trévise de se .porter sur Braisne, au il arrivera le ,plus tôt possible; il fera établir .sur-le-champ à Pont-Arcy un pont de chevalete ; il prendra À cet effet les compagnies de sapeurs du duc de Raguse.
Le général Pac, avec 1,000 Polonais A cheval,, se trouve à Maizy, où je fais jeter un pont de chevalets.
Faites connaître au duc de Raguse que les agents que jUù envoyés •cette miit.à Sôissons ont êié jusqu’aux pentes àe ia ville,, et ont tu, de l’autre côté de l’Aisne, de grands feux ; qee mon intention eest>ëe passer l’Aisne à Berry, où j’ai un pont de pierre, à Maizy, où je fais jeler un pont de chevalets, et à Pout-Arcy, où le duc de Trévise a Tordre d’établir aussi em epont de chevalets.
Je pense que lui, avec son corps, doit barrer la route de Château-Thierry, en se tenant dans la position de Busancy et Hartennes; il se porterait sur Soissons si l’ennemi évacuait ‘la eville. Il se portera sur Braisne aussitôt que le pont d’Arcy sera lerminé.
Nous devons être entrés oe matin a (Reims.
Fismes, 5 mars 1814, dix heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Envoyez sur-le-champ un ofucierau marècbftl Key à Maizy, peur le prévenir que nous sommes entrés à cinq heures du matin à Reins; que nous avons pris 1,209 ‘hommes, 100 officiers, dont {plusieurs cokraels; qu’en parc de dix-huit pièces de canon s’est dirigé sar Laon par le pont de iBerry-au-Bac ; qu’eM eerait très^inep#rteBt d’envoyer le plus tôt possible de la ewatkevie àe ePac pour couper cette route à Berry., oe elle ebit faire 4a ‘prises importantes.
Fismes, 5 mars 1814, onze heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cousin, la division Exelmans se rendra sur-le-champ à Berry-au-Bac. eLe prince de la ‘Moskova, avec le général Pac, s’y rendra également. La vieille Garde à pied s’y rendra sur-le-champ, ainsi que toutes les batteries de réserve. Le quartier général y sera ce soir. Le général Roussel s’y rendra. Le duc de’Trévise, qui arrive à Braisne, se rendra également à Berry-au-Bac.
Le duc de Raguse, s’îl n’est pas entré à Soissons, se rendra cette nuit à Braisne. Vous lui ferez connaître que nous nous sommes emparés de Reims, où nous avons fait 2,000’prisonniers et pris 200 ofCciers, 3,000 hommes aux .hôpitaux et (beaucoup de bagages ; que je vais marcher demain .sur Laon par .Berry-au-Bac, où il y a un pont de pierre.
Le général Curial aura ordre de marcher toute la journée pour arriver demain à Berry-au-Bac. Le duc de Bellune y arrivera le plus tôt possible. Il fera connaître où il couchera ce soir.
Même ordre pour le duc de Padoue.
Même ordre pour tout le parc .du génie.
Enfin toute l’armée se réunira à Berry-au-Bac.
.Recommandez au duc de Trévise que nous ayons demain,, de bonne heure, sa cavalerie à Berry-au-Bac,, pour former notre avant-garde, afin de marcher sur Laon.
Fismes, 5 mars 1814, onze heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Fismes.
Mon Cousin, envoyez sur-le-champ ordre au général Corbineau de prendre le gouvernement de ‘la vif le de Reims. Il organisera les gardes nationales et défendra la ville. Lorsque la division Laferrière partira, il gardera avec lui 100 chevaux. 11 fera connaître le nombre d’hommes qui se trouvent dans la Tille, armés soit de fusils de chasse, soit d’autres fusils. Il aura plein pouvoir pour l’organisation de la garde nationale. Il réunira tous les gardes forestiers et tous les anciens mirrtaires, et défendra la vifle envers et contre tous. Envoyez ordre au général Laferrière de rester à Reims la journée, de faire venir sa batterie ée canon et d’aider à l’organisation de la ville, sous les ordres du général Corbineau, qui en est nommé gouverneur. Il enverra de gros partis et deux pièces de canon au pont de Berry-au-Bac, pour >cenaerver£e pont. On doit ramasser les armes des hommes qui sont aux hôpitaux et des prisonniers qu’on a faits, pour armer ta garde nationale de Reims. Le général Corbineau fera sur-le-champ une proclamation pour faire connaître aux habitants de la ville de Reims qu’ils doivent réparer la tache qui pèse sur eux pour s’être rendus à 150 malheureux Cosaques.
Fismes, 5 mars 1814, onze heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, faites mettre la note suivante dans le Moniteur : u S. M. l’Empereur et Roi avait le 5 son quartier général à Bercy-au-Bac sur l’Aisne. L’armée ennemie de Blücher, Sacken, York, Winzingerode et Bülow était en retraite; sans la trahison du commandant de Soissons, qui a livré ses portes, elle était perdue. Le général Corbineau est entré le 5 à Reims, à quatre heures du matin. Nous avons battu l’ennemi aux combats de Lizy-sur-Ourcq et de May l. Le résultat des diverses affaires est de 4,000 prisonniers, 600 voitures de bagages, plusieurs pièces de canon et la délivrance de la ville de Reims. e
Fismes, 5 mars 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je croyais que le duc de Raguse avait été hier à Soissons ; mais le général qui commandait dans cette place a eu l’infamie de l’évacuer sans tirer un coup de fusil. Il s’est retiré avec tout son monde avec les honneurs de la guerre et quatre pièces de canon ; il est à Villers-Cotterêts. Je donne ordre au ministre de la guerre de le faire arrêter, juger par un conseil de guerre et passer par les armes. Il faut qu’il soit fusillé au milieu de la place de Grève et qu’on donne beaucoup d’éclat à cette exécution.. Il faut faire imprimer la sentence avec un bon considérant. On nommera cinq généraux pour le juger. Cette affaire nous fait un tort incalculable. J’aurais été aujour-
1 May-en-Mulcien.
2 Le général Moreau (Jean-Claude), qui avait rendu Soissons, fut traduit
devant un conseil de guerre et condamné à mort, mais cette sentence ne fut pas
exécutée ; voir sur la reddition de Soissons la lettre n° 21451.
d’hui à Laon, et il n’y a pas de doute que l’armée ennemie était perdue et tombait en dissolution. Actuellement, il faut que je manœuvre et perde beaucoup de temps à faire des ponts. Veillez à ce qu’on fasse en6n un exemple.
- S. J’ai fait attaquer Reims à trois heures du matin. Nous y avons fait 2,000 prisonniers et plus de 100 officiers, dont plusieurs colonels, et pris beaucoup de bagages. J’écris à la Régente de faire tirer le canon.
Fismes, 5 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie le rapport d’un homme qui m’arrive aujourd’hui des Ardennes.
Envoyez ordre qu’on laisse toutes les places des Ardennes aux gardes nationales, et que toutes les garnisons se réunissent à Mézières et de là se dirigent sur l’armée, qui sera à Laon.
Je fais donner l’ordre, comme vous le pensez bien, par mille et une voies différentes ; mais trouvez aussi à Paris des moyens sûrs de le faire parvenir.
Faites publier un extrait de ces nouvelles dans les journaux.
Fismes, 5 mars 1814.
DÉCRET.
Considérant que les peuples des villes et des campagnes, indignés des horreurs que commettent sur eux les ennemis et spécialement les Russes et les Cosaques, courent aux armes, par un juste sentiment de l’honneur national, pour arrêter des partis de l’ennemi, enlever ses convois et lui faire le plus de mal possible, mais que dans plusieurs lieux ils ont été détournés par le maire ou par d’autres magistrats,
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
Article premier. Tous les maires, fonctionnaires publics et habitants qui, au lieu d’exciter l’élan patriotique du peuple, le refroidissent ou dissuadent les citoyens d’une légitime défense, seront considérés comme traîtres et traités comme tels.
Art. 2. Nos ministres sont chargés de l’exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des loie.
Berry-au-Bac, 5 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Berry-au-Bac.
Mon Cousin, donnez ordre au général Durutte de sortir de \Uiz avec toute ta garnison, et de se réunir aux garnisons de Verdun, de Longwy, de Thionville et de Luxembourg, en laissant seulement à Luxembourg 5 à 600 hommes pour garder les portes; de former ainsi un camp volant et de tomber sur les corps que l’ennemi aérait laissés devant les places. Faites une douzaine d’expéditions de cet ordre et envoyez-les par plusieurs voies. Vous pouvez en envoyer six au général Corbinetn avec ordre de les expédier directement par des hommes du pays. Faites la même chose pour le général Janssens, qui commande à Méaières. Donnez-leur ordre de réunir toutes les garnisons des Ardennes de laisser peu de monde dans les places, et de former ainsi un camp volant pour tomber sur les derrières de l’ennemi.
Berry-au-Bac, 5 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Berry-au-Bac.
Mon Cousin, donnez ordre à Drouot de faire partir deux cadres de la jeune Garde et le cadre du 122e pour se rendre à Reims, où ils seront complétés par un appel de 2,400 hommes armés, qui seront pris sur les gardes nationales de la levée en masse de l’arrondissement de Reims. Chargez le général Corbineau de suppléer à l’armement 3e ces gardes nationaux avec les fusils ennemis qu’il a trouvés à Reims. Envoyez un officier, capitaine ou chef de bataillon, comme commandant de la place de Reims, sous les ordres du général Corbineau, qui en est gouverneur. Aussitôt que la gendarmerie de la Marne sera arrivée à Reims, les 50 gendarmes que vous y avez envoyés rejoindront le quartier général. Mandez au général Corbi-aeau qu’indépendamment de ces 2,400 gardes nationaux, qui seront ainsi troupes de ligne, il doit lever à Reims au moins 2,400 hommes de gardes nationales ; que je l’autorise à en nommer les officiers, qu’il choisira parmi les hommes surs et solides; qu’ainsi il aura 4,800 hommes pour défendre la ville; qu’il doit faire palissader toutes les portes, raccommoder les brèches, et enfin mettre la ville à l’abri d’un coup de main ; qu’il doit aussi organiser une compagnie de cancaniers gardes nationaux; qu’aussitôt qu’elle sera formée je lui ferai envoyer de Paris huit pièces de canon e ce qui, avec la batterie qu’il a, fera seize pièces de canon. Il serait nécessaire d’envoyer à Reims un commissaire des guerres et d’y former on hôpital.
Berry-au-Bac, 5 mars 1814, au soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Brienne.
Monsieur le Duc de Feltre, je suis arrivé ici à quatre heures après midi. Le corps de Winzingerode voulait nous empêcher de passer ; mais, quand il a vu l’infanterie, il n’a plus laissé que des Cosaques et des Baskirs. Nous avons passé au pas de charge le beau pont que nous avons ici sur l’Aisne. Nous avons pris quelques hommes et deux pièces de canon. Nous avons pris le prince Gagarine, qui commandait leur arrière-garde. Voilà un petit remède au grand mal que m’a fait la trahison du commandant de Soissons.
Berry-au-Bac, 5 mars 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, il y a 12,000 gardes nationaux à Lyon : il faut faire faire à Lyon 12,000 blouses (ce qui les babillera sur-le-champ ) et leur donner des gibernes de bufJQeterie noire et des sacs de peau de mouton. Parlez-en au ministre de l’administration de la guerre.
Il faut envoyer une partie de ces gardes nationaux à Brianjçon, au fort Barraux et autres places des Alpes, et en retirer tout à fait les troupes de ligne qui 6’y trouvent.
Berry-au-Bac, 5 mars 1814.
Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris.
Monsieur le Comte de Montalivet, je désirerais que vous réunissiez les ministres de la guerre et de l’administration de la guerre pour arrêter les principes suivants : les compagnies de grenadiers et de chasseurs des gardes nationales seront habillées de l’uniforme même des gardes nationales. Toutes les autres compagnies seront habillées de l’habit gaulois ou blouses bleues, et auront des shakos et des gibernes en buffleterie noire. Par ce moyen, chaque ouvrier, chaque bourgeois met sa blouse et se trouve en uniforme. Les blouses servent d’ailleurs de capotes.
Il sera nécessaire que vous arrêtiez les distinctions que doivent avoir les chefs de bataillon et autres officiers et sous-officiers ; ces distinctions consisteront en une broderie sur la blouse.
Ce vêtement me parait si commode, que peut-être un jour je l’adopterai pour les troupes de ligne; mais cela me paraît être éminemment bon pour les gardes nationales, puisque cet uniforme couvre absolument toute espèce d’habit bourgeois qu’on peut avoir dessous. Je suppose que cela coûtera fort peu. Les compagnies de grenadiers et de chasseurs auraient également des blouses, au lieu de capotes, par-dessus l’uniforme ordinaire.
Cette lettre est commune aux ministres de la guerre et de l’administration de la guerre. Cela me paraît une chose économique, prompte et utile. C’est excellent pour tous les bataillons des levées en masse. Les officiers des troupes de ligne où sont incorporées les levées en masse porteraient ces blouses avec les distinctions, pour leur servir de capotes.
Berry-au-Bac, 6 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Berry-au-Bac.
Mon Cousin, donnez ordre à la cavalerie du duc de Trévise, qui est à Braisne, de venir nous rejoindre. Envoyez un courrier, qui fera le plus de diligence possible, porter aux ducs de Trévise et de Raguse l’ordre de venir sur-le-champ ici, s’ils ne sont pas entrés à Soissons. S’ils sont entrés à Soissons, les ducs de Trévise et de Raguse marcheront jusqu’à trois lieues de Soissons ( mon quartier général sera ce soir à Corbeny), afin d’arriver tous ensemble à Laon.
Berry-au-Bac, 6 mars 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Berry-au-Bac.
Mon Cousin, si la maladie du duc de Tarente ne lui permet pas de garder le commandement, il doit le donner au duc de Reggio, et, dans ce cas, le général Sébastiani commandera le corps du duc de Tarente. Faites connaître au duc de Tarente les succès que nous avons obtenus ; que j’espère qu’il tiendra à Troyes , qui est une bonne position; que dans aucun cas il ne doit quitter la Seine, où il doit tenir jusqu’au 12 au moins; que je vais aujourd’hui à Laon chasser les corps du prince de Suède et de Blücher, auxquels tous les jours nous faisons beaucoup de mal ; que je fais sortir de mes places des Ardennes et de la Moselle deux fortes divisions de troupes ; que l’ennemi ne les bloque pas, et que je compte me jeter sur le flanc droit de leur grande armée par Saint-Dizier et Joinville, dans le temps que le duc de Castiglione se jettera sur leur flanc gauche par Bourg, Lons-le-Saulnier, qu’il occupe déjà, et Besançon, dont il a fait lever le siège; que l’ennemi n’est nulle part aussi fort qu’il le dit; que la garnison de Mayence tient la campagne et s’est réunie à celle de Landau ; que l’ennemi ne bloque aucune de nos places ; que c’est un coup de main qu’il a voulu faire sur Paris et qu’il a manqué.
Envoyez la copie de cette lettre au duc de Reggio.
Berry-au-Bac, 6 mars 1814, midi.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, si le duc de Tarente est malade, il faut qu’il remette commandement au duc de Reggio et que le général Sébastiani prenne le commandement du 11e corps. On m’assure que dans ce moment ils ont évacué Troyes. Je ne puis croire à cette ineptie. Il n’y a pas de plus belle position que celle de Troyes, où l’ennemi est obligé de manœuvrer sur les deux rives. Je vais pousser aujourd’hui l’ennemi sur Laon. Après cela, je marcherai par Chalons sur Arcis.
Il est indispensable qu’on tienne cinq ou six jours la position de la Seine à Nogent, Bray et Montereau.
On ne peut pas être plus mal secondé que je le suis ; j’ai laissé à Troyes une belle arméee une belle cavalerie, mais il y manque l’âme. Certainement cette armée, en bataille rangée, est plus forte que tout ce que le prince de Schwarzenberg peut lui opposer. Voyez le ministre de la guerre. Le pire de tout, c’est un commandant malade. Le ministre de la guerre donnera le commandement au duc de Reggio et le corps du duc de Tarente au général Sébastiani.











