Correspondance de Napoléon – Mars 1800
Paris, 13 mars 1800
ARRÊTÉ
ARTICLE 1er. – Il y aura un vérificateur général par division militaire, chargé de parcourir continuellement les départements compris dans sa division.
ART. 2. – Les receveurs et payeurs des divisions qui n’auraient point fourni d’obligations verseront la moitié de toute leur recette provenant des contributions directes et indirectes, et généralement de tous les produits affectés au trésor public, dans les lieux, dans les lieux ci-après désignés, à savoir
Les receveurs et payeurs des 1ère, 2e, 14e, 15e, 16e, 17e et 22e divisions, à Paris;
Ceux des 3e, 4e, 5e, 6e, 24e, 25e et 26e divisions, à l’armée du Rhin;
Ceux des 7e, 8e, 9e, 10e et 19e divisions, à l’armée d’Italie;
Ceux de la l2e division, à Rochefort;
Ceux des 11e, 13e et 20e, à Brest;
Ceux des 18e et 21e divisions, à Dijon, à l’armée de réserve.
Ceux qui ont souscrit des obligations y verseront seulement la moitié des contributions indirectes et autres produits destinés an trésor public.
L’autre moitié sera affectée à la solde des troupes en garnison dans la division, et tenue à la disposition du ministre des finances.
ART. 3. – Les vérificateurs généraux seront tenus d’accélérer les mouvements de toute espèce, constateront le progrès des rentrées, hâteront le versement des fonds, en dirigeront l’envoi aux points indiqués par l’article 2, vérifieront les caisses des receveurs et pré posés des contributions, soit directes, soit indirectes, et feront enfin tout ce que leur prescrira le ministre des finances.
ART. 4. – Tous les cinq jours, ils adresseront au ministre des finances l’état des versements qu’ils auront fait effectuer, et généralement de toutes les opérations qu’ils auront faites, en conséquence des ordres qu’ils auront reçus.
ART. 5. – Les payeurs, sous leur responsabilité, préviendront l’officier commandant la gendarmerie du département du jour où ils voudront faire partir les fonds, afin qu’ils soient escortés. Le capitaine de la gendarmerie prendra les mesures pour fournir l’escorte qui mette les fonds en sûreté. C’est lui qui requerra les gardes nationales lorsqu’il jugera la gendarmerie insuffisante.
ART. 6. – Chaque décade, le ministre des finances présentera aux consuls l’état de ces versements et de ces opérations.
ART. 7. – Nulle autre autorité que celle du ministre des finances ne pourra changer, modifier, ni atténuer les dispositions faites par les vérificateurs généraux en vertu du présent arrêté ou des ordres qu’ils auront reçus du ministre auquel ils sont subordonnés.
ART. 8. Le ministre des finances est chargé de l’exécution du présent arrêté.
Paris, 13 mars 1800
ARRÊTÉ.
ARTICLE q 1er. – Le général de division Ferino est revêtu de pouvoirs extraordinaires dans les départements de la Drôme, de Vaucluse, des Basses-alpes et de l’Ardèche.
ART. 2. – Il réunira la gendarmerie nationale, plusieurs colonne de troupes, requerra les gardes nationales dont il pourrait avoir besoin, et se mettra dans le plus court délai, à la poursuite des brigands. Il fera juger par par une commission militaire et exécuter sur-le-champ, ceux qui seront pris les armes à la main.
ART. 3. Les ministres de la guerre et de la police générale sont chargés de l’exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé et qui sera expédié avec les instructions nécessaires.
Paris, 14 mars 1800
ARRÊTÉ
Rapport
On ferait rétrograder les beaux-arts en France, si l’on forçait de partir pour les armées les jeunes élèves qui ont déjà donné des preuves de talent. L’étude de ces arts est longue et difficile; une interruption, même assez courte, dans les travaux, ôte tout espoir de réussite.
Le Conservatoire de Marseille m’a fourni une liste de… élèves qu’il est essentiel de conserver, et pour les fêtes publiques et pour que l’on puisse remplir les cadres du théâtre der Arts. Ce spectacle étant un établissement national, il paraît que ceux qui s’y destinent peuvent être assimilés aux élèves des écoles d’application auxquels la loi accorde des exemptions.
Les élèves qui ont remporté des grands prix dans les écoles de peinture, sculpture et architecture, me paraissent avoir les mêmes titres. Ils seraient en ce moment en I’Italie aux frais du Gouvernement, si les circonstances ne s’y opposaient; mais il paraît juste qu’ils continuent ici leurs études, jusqu’à ce que le Gouvernement, en les envoyant en Italie, remplisse l’espèce d’engagement qu’il appris avec eux.
Il est quelques autres artistes qui, sans avoir obtenu les grands prix, méritent cependant d’être conservés pour les arts. Ceux, par exemple, qui avec l’autorisation du Gouvernement, ont commencé de grands travaux, verraient s’évanouir tout espoir de gloire et le bonheur de leur vie entière, si on les arrachait à l’instant même à leurs ateliers.
Au reste, le nombre des exemptions que je demande aux Consuls est très-borné; je ne l’ai porté qu’à dix-neuf.
Je propose, en conséquence, aux Consuls, le projet d’arrêté ci-joint.
Salut et respect – Le ministre de l’intérieur, Lucien Bonaparte.
Les Consuls de la République après avoir entendu le Ministre de l’intérieur, considérant qu’il importe à la prospérité et à la gloire de la République de conserver aux arts, dont les études sont longues et difficiles, les citoyens qui ont déjà donné des preuves d’un véritable talent, arrêtent:
Les citoyens Guérin ,Harriet, Tannay, Gaulle, Tallamar, Dupaty, Grand-Jean, qui ont obtenu les grands-prix dans les écoles de peinture, sculpture et architecture;
Les citoyens Hyacinthe Jadin, professeur; Jacques-Martial Lamarre, Casimir Éloi, Isidore Montlaur, Bénigne Henry, Jean Bousquier, Charles Manceau, Louis Fournier, Dominique-Prudent Portheaux, élèves désignés par le conservatoire de musique;
Et les citoyens Tahan de Spa, Colas, dessinateur, Casimir Rostan, qui sont chargés des travaux relatifs aux arts,
Sont autorisés à rester dans leurs foyers jusqu’à nouvel ordre.
Les ministres de l’intérieur et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l’exécution du présent arrêté.
Paris, 14 mars 1800
Note au Ministre de l’Intérieur
Le Premier Consul reçoit dans l’instant des lettres de Marseille qui disent que l’exportation éprouve encore des difficultés. Le général Saint-Hilaire a dû employer la force pour faire apporter 8,000 quintaux. Je prie le ministre de l’intérieur de faire sentir à cette ville combien il est urgent qu’elle fournisse aux besoins de la Ligurie et de l’armée
Paris, 14 mars 1800
ARRÊTÉ
Les Consuls de la République, sur le rapport du ministre de la police générale, arrêtent ce qui suit:
ARTICLE 1er. – Les communes de Lyon et de Marseille ne sont plus en état de siège; les autorités civiles et militaires y rentrent respectivement dans les limites constitutionnelles.
ART. 2. – Les ministres de la guerre et de la police générale sont chargés de l’exécution. Cet arrêté ne sera pas imprimé.
Paris, 14 mars 1800
ARRÊTÉ
Les Consuls de la République, considérant que les prisonniers de, guerre sont confiés aux soins et à l’humanité des nations au pouvoir desquelles les a mis le sort des combats, arrêtent:
ARTICLE ler. – Les ministres de la guerre et de la marine assureront par tous les moyens qui sont en leur pouvoir la subsistance et l’habillement des prisonniers de guerre russes, autrichiens et anglais. Ils veilleront à ce qu’ils soient traités avec tous les ménagements qui sont compatibles avec la sûreté publique.
ART. 2. – Ils prendront d’ailleurs toutes les mesures nécessaire pour accélérer l’échange des prisonniers.
Paris, 14 mars 1800
INSTRUCTION POUR LE CHEF DE DIVISION CASTAGNIER
Commandant les frégates l’Incorruptible, la Désirée, la Poursuivante, la Carmagnole
Les frégates l’lncorruptibe, la Désirée, la Poursuivante et la Carmagnole, armées au port de Dunkerque sous le commandement du citoyen Castagnier, se rendront successivement sur la rade de Flessingue, pour y compléter leurs équipages et leurs vivres, et former en division.
Le Citoyen Castagnier fera ses dispositions pour être en état de prendre la mer avant la fin de germinal (15 avril).
L’objet de la mission qui lui est confiée est de s’emparer des bâtiments anglais qui font la pêche de la baleine, soit dans les parages de l’ouest, entre l’Islande et la côte orientale du Groenland, soit dans le détroit de Davis, soit enfin dans les parages de l’est ou nordest de l’Islande, jusqu’à la hauteur du cap Nord de la Laponie.
Les baleiniers se portent souvent à des latitudes beaucoup plus élevées, à 77, 79 degrés et même au-dessus, principalement entre le Groenland et le Spitzberg; mais le citoyen Castagnier ne cherchera point à pénétrer si avant dans les glaces du pôle: la navigation y serait trop difficile, trop dangereuse pour les grandes frégates qui composent la division sous son commandement. Il bornera ses recherches aux parages compris entre le 59e et le 72e parallèle. Il n’est pas possible de lui indiquer lequel des parages renfermés dans ces limites doit être préféré à un autre: les Anglais ne s’attachent à aucun en particulier. Un hiver plus ou moins rigoureux, des vents qui ont soufflé avec violence d’une partie ou d’une autre et surtout l’état de la mer, lorsque les vaisseaux baleiniers sont parvenus aux glaces, décident chaque capitaine sur le parage où il lui convient d’établir sa pêche. Dans cette incertitude, il est nécessaire que le citoyen Castagnier divise ses forces et en destine une partie pour les parages de l’ouest, et l’autre pour ceux de l’est. Il pourra indiquer pour point de rendez-vous le port de Patreks-Fiörd, situé à la côte nord-ouest de l’Islande, à 66 degrés un tiers de latitude.
Le citoyen Castagnier est prévenu que les vaisseaux baleiniers combinent leur départ des ports d’Angleterre et leur route de manière à être rendus sur les parages de la pêche dans le mois de germinal (avril), et que leurs opérations sont ordinairement terminées avant la
fin de thermidor (la mi-août).
Le citoyen Castagnier causerait sans doute un grand préjudice à l’Angleterre par la prise ou la destruction d’une partie des baleiniers anglais qui seraient occupés à la pêche, ou par leur dispersion, qui pourrait rendre nul le produit de l’année. Mais la perte serait plus grande pour l’ennemi, et la France tirerait de cette expédition un avantage plus réel, si le citoyen Castagnier pouvait s’emparer de plusieurs bâtiments qui auraient terminé leur pêche et en faire parvenir le produit dans les ports de la République. Pour remplir ce second et important objet, il conviendrait que, vers le milieu de messidor (commencement de juillet), il établit une croisière sur les îles Shetland, où les baleiniers se rassemblent avant que de faire leur retour dans les ports d’Angleterre. Mais cette croisière exige une surveillance active et continuelle, parce qu’il se pourrait que les Anglais détachassent quelques vaisseaux pour aller attendre dans le parage des Shetland les baleiniers qui ont coutume de s’y réunir.
Quel que soit le succès de ses recherches et de ses croisières, le citoyen Castagnier combinera tellement ses opérations qu’il puisse détacher avant le milieu de thermidor (commencement d’août) deux frégates, qui devront porter sur le parallèle et à peu de distance du cap nord de la Laponie. Elles croiseront à cette hauteur, pour surprendre et intercepter les bâtiments anglais qui, vers cette époque font leur retour de la mer Blanche.
Cette seconde partie de l’expédition confiée au citoyen Castagnier est cependant subordonnée à la possibilité d’une expédition dans la baie d’Hudson, et le Premier Consul de la République a cru devoir lui laisser l’alternative. Cette dernière pourrait se concilier avec la course sur les baleiniers, S’il renonçait seulement à la croisière sur le cap Nord; car, quoique la pêche de la baleine et la navigation dans la baie d’Hudson aient une limite de temps déterminée, les époques auxquelles l’une et l’autre expédition pourraient avoir lieu diffèrent assez pour qu’elles puissent être combinées, et assez peu pour qu’il soit possible de les terminer dans une même saison. La croisière sur les Shetland peut être abandonnée vers la fin de messidor (15 juillet), et ce n’est que vers le milieu de thermidor (les premiers jours d’août) qu’il convient de se présenter à l’entrée de la baie d’Hudson, pour en sortir avant le 15 de fructidor (les premiers jours de septembre).
Si le citoyen Castagnier, d’après ses réflexions, d’après les évènements de sa campagne et l’état des bâtiments sous ses ordres, estime qu’il doit préférer l’expédition de la baie d’Hudson à la croisière du cap Nord contre les navires qui reviennent de la mer Blanche, il mettra tout en usage non-seulement pour détruire les principaux établissements de la compagnie d’Hudson : le fort du Prince of Wales (du Prince de Galles), à l’entrée de la rivière Churchill ; celui d’York sur une pointe saillante entre les embouchures de la rivière de Hayes et de Nelson, et celui d’Albany, à l’entrée de la rivière de ce nom, dans la partie méridionale de la baie ; mais encore pour s’emparer des bâtiments de la compagnie qui viennent charger les pelleteries de l’Amérique du Nord. S’il prévoyait trop de difficultés à détruire les forts et principalement le dernier, le plus enfoncé dans la baie, ou que cette opération lui parût exiger plus de temps que ne le comporte la navigation dans cette partie, il se bornerait à assurer les navires de la compagnie, qui probablement, à l’époque de l’arrivée des frégates françaises, auraient reçu à bord leurs cargaisons Ces bâtiments sont armés de canon, mais leurs forces, fussent-elle réunies, ne sont pas en état de résister à celles que le citoyen Castagnier aura à sa disposition.
Dans tout le cours des expéditions dont la conduite lui est confiée il distribuera les frégates et autres bâtiments qu’il a sous son commandement de la manière, qui lui paraîtra la plus propre à en préparer et à en assurer le succès.
Il est instruit que la pêche des Anglais n’est protégée que par une ou deux frégates de moyenne force, et quelques bâtiments de force inférieure destinés à maintenir la police parmi les pêcheurs Plus encore qu’à les défendre en temps de guerre contre l’ennemi, qui rarement est tenté d’aller troubler leurs opérations parmi les glaces; mais, comme les baleiniers occupent plusieurs parages et que les bâtiments protecteurs doivent se partager pour entretenir l’ordre dans toutes les parties, il n’est pas à présumer que, nulle part, le citoyen Castagnier les trouve réunis. Dans tous les cas, les bâtiments qu’il a sous ses ordres sont de force à se montrer partout avec la supériorité. On peut compter que les expéditions confiées au citoyen Castagnier seront terminées vers le milieu de fructidor (commencement de septembre) ; il fera son retour au port de Flessingue, et prendra toutes les précautions que lui impose à cette époque la possibilité de trouver
dans ce parage les Anglais réunis en forces supérieures.
Le Premier Consul de la République est persuadé que le citoyen Castagnier emploiera avec autant de zèle que d’intelligence tous les moyens que la guerre autorise pour nuire au commerce des ennemis et procurer à la République les avantages qu’elle doit retirer des expéditions dont la conduite lui est confiée. Il saura ajouter, dans cette occasion, de nouvelles preuves à celles qu’il a déjà données de
son patriotisme et de son habileté.
Paris, 15 mars 1800
Aux Magistrats de la ville de Francfort
J’ai recu votre lettre du 5 ventôse (24 février).
De tous les fléaux qui peuvent affliger les peuples, la guerre est un des plus terribles.
Votre intéressante ville, entourée des différentes armées, ne doit espérer la fin de ses maux que dans le rétablissement de la paix.
L’Europe entière connaît le désir du peuple français pour terminer cette guerre, qui n’a déjà que trop duré. Rien ne m’a coûté pour seconder son désir, et, si la paix n’avait pas lieu, c’est que des obstacles insurmontables s’y seraient opposés; alors la cause du peuple français sera celle de toutes les nations, puisque la guerre pèse sur toutes.
Si le peuple français est assez fort pour suffire à sa cause, il ne lui est pas moins important que l’Europe en connaisse la justice et s’intéresse au succès de ses armes.
Paris, 15 mars 1800
Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin
Je ne vous reçois qu’aujourd’hui votre lettre du 21 (12 mars). Il a été arrêté hier de vous envoyer 1,400,000 francs; je vais donner des ordres pour qu’on les fasse partir en argent.
Puisque la saison paraît encore dure, et que vous voyez des difficultés à vous nourrir dans les positions que je vous ai indiquées, retardez le mouvement
La 1ère division de l’armée de réserve, forte à peu près de l2,000 hommes, partira après-demain de Paris. Les deux autres divisions sont parties de Nantes et de Rennes depus le 21.
Je pense que le 15 germinal, la réserve sera assez près de vous pour que toute votre armée vous soit disponible
Le général Dessolle partira le 26. Il résulte des conférences que j’ai eues avec lui qu’il serait nécessaire que vous donnassiez les ordres
les plus prompts:
1° Pour réparer les chemins de Brunnen à Altorf, de manière que l’infanterie et la cavalerie pussent y passer;
2° Réparer les chemins de Stanz à Brunnen et Altorf, de manière que l’infanterie et la cavalerie pussent y passer ;
3° Réunir à Lucerne 100,000 boisseaux d’avoine et 5 à 600,00 rations de biscuits et d’eau-de-vie;
4° Faire construire à Wasen quelques fours;
5° Accélérer le plus possible la flottille du lac de Constance, pour avoir, si cela est possible, la supériorité sur ce lac. Je vais vous envoyer deux ou trois officiers de marine pour commander vos barques.
L’on m’assure à l’instant, de différents côtés, que les 25,000 Russes qui sont à Jersey ont eu ordre de retourner chez eux. Si cela se vérifie, je me trouverai à même d’augmenter la réserve d’une bonne division de 8 à 10,000 hommes.
Quant aux besoins d’extraction de blé de Suisse, il me semble que je vous avais autorisé à faire ce que vous croiriez utile, et de la manière que vous jugeriez convenable, et d’en faire part au ministre de l’intérieur, qui a ordre d ratifier tout ce que vous auriez fait.
Un vaisseau de 64, anglais, a échoué vis-à-vis de Brest.
Paris, 16 mars 1800
Au citoyen Fouché, ministre de la police générale
J’ai l’honneur de vous envoyer, Citoyen Ministre, un arrêté pris par les Consuls pour la répression du brigandage dans les départements du Lot, Lot-et-Garonne, de la Dordogne, de la Corrèze, de la Charente-Inférieure. Les Consuls désirent que vous annonciez à ces départements que le Gouvernement compte dans cette circonstances sur le concours de leur zèle. Un sentiment d’honneur doit s’unir dans tous les citoyens à celui de leur propre sûreté. Ne voient-ils pas que des Français, qui tous s’honorent d’être des soldats, ne peuvent sans honte abandonner à quelques brigands leurs propriétés, la vie même de leurs concitoyens? Ne rougissent-ils pas de rester paisibles spectateurs de ces attentats, comme si ce n’était pas sur eux-mêmes qu’ils se commettent? Si les gardes nationales sédentaires ne laissaient pas inutiles entre leurs mains les armes que la liberté leur a confiées, si, prêtes à seconder la surveillance des autorités, leur zèle se manifestait par une courageuse vigilance, l’audace des brigands serait contenue, et le Gouvernement n’aurait pas à s’affliger de tant de malheurs particuliers, et aurait moins de crimes à punir.
Paris, 16 mars 1800 (date présumée)
Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin
Le général Dessolle vous fera part, Citoyen Général, de mes vues pour la campagne qui va s’ouvrir. Il vous dira que personne s’intéresse plus que moi à votre gloire personnelle et à votre bonheur.
Les Anglais embarquent à force! Que veulent-ils? Je suis aujourd’hui une espèce de mannequin qui a perdu sa liberté et son bonheur.
Les grandeurs sont belles, mais en souvenir et en imagination.
J’envie votre heureux sort; vous allez, avec des braves, faire de belles choses. Je troquerais volontiers ma pourpre consulaire pour une épaulette de chef de brigade sous vos ordres.
Je souhaite fort que les circonstances me permettent de venir vous donner un coup de main. Dans tous les cas, ma confiance en vous, sous tous les rapports, est entière.
Paris, 17 mars 1800
A l’amiral Mazarredo
L’amiral Bruix, Monsieur, me mande à l’instant, par le télégraphe, que vingt et un vaisseaux anglais seulement bloquent la rade de Brest, qu’il est prêt à lever l’ancre avec dix-sept vaisseaux français, et que M. Gravina, avec quinze vaisseaux espagnols, est également prêt de son côté. Je désire, en conséquence, que vous fassiez passer à M. Gravina, par le télégraphe, l’ordre de se joindre aux dix-sept vaisseaux français, afin que ces trente-deux vaisseaux donnent la chasse sur-le-champ à l’escadre anglaise. Dans la position actuelle de l’Europe, j’attache, Monsieur, la plus grande importance à 1a sortie des deux escadres, ne feraient-elles que chasser pendant vingt quatre heures l’escadre anglaise, et rentrer après. Je regrette, Monsieur, que votre éloignement ne vous permette pas de vous y trouver, et le moindre retard ferait perdre l’occasion.
Paris, 18 mars 1800
Au citoyen Jean Debry, membre de l’Institut
Je reçois, Citoyen Tribun, votre lettre du 19 (10 mars).
Je crois qu’il n’était pas convenable que ce fût vous qui portiez le vœu du Tribunat, et vous devez le sentir par la réponse que j’ai faite.
Comment, effectivement, annoncer l’espoir de la paix sans, au préalable, témoigner un désir de vengeance de l’affront qui a été fait à la nation entière dans votre personne, surtout vous ayant devant les yeux ?
Vous ne seriez pas juste si vous doutiez de l’empressement que je mettrai à saisir la première occasion de vous donner une preuve d’estime toute particulière que j’ai pour vous.
Paris, 19 mars 1800 (28 ventôse an VIII)
À Joseph
- de Staël est dans la plus profonde misère, et sa femme donne des dîners et des bals. Si tu continues à la voir, ne serait-il pas bien que tu engageasses cette femme à faire à son mari un traitement de mille à deux mille francs par mois? Ou serions nous donc déjà arrivés au temps, où l’on peut, sans que les honnêtes gens le trouvent mauvais, fouler aux pieds non seulement les mœurs, mais encore des devoirs plus sacrés que ceux qui réunissent les enfants aux pères?
Que l’on juge des mœurs de Mme de Staël comme si elle était un homme; mais un homme qui hériterait de la fortune de M. de Necker, qui aurait longtemps joui des prérogatives attachées à un nom distingué, et qui laisserait sa femme dans la misère, lorsqu’il vivrait dans l’abondance, serait-il un homme avec lequel on pourrait faire société?
Paris, 19 mars 1800
ARRÊTÉ
ARTICLE ler. – Les nommés Vandeck et Gevert, courtiers de navire et d’affrètement, seront arrêtés partout où ils se trouvent comme ayant attenté à la sûreté intérieure de la République. Les scellés seront apposés sur leurs papiers. Ces individus seront transférés, sous bonne et sûre escorte, à Paris, dans les prisons du Temple.
ART. 2. – le ministre de la police générale enverra, en toute diligence, des agents secrets dans les départements réunis et dans les ports de la Somme, du Pas-de-Calais et de la Seine-inférieure, pour prendre des renseignements sur les lieux où se trouveront ces étrangers et des mesures pour leur arrestation.
Paris, 19 mars 1800
Au général Gardanne, commandant la 14e division militaire, à Caen
J’ai reçu, Citoyen Général, vos différentes lettres. Je vous rends la justice qui vous est due pour l’activité que vous avez mise à consolider la tranquillité dans la 14e division.
Je suis bien fâché que vous soyez prisonnier de guerre, et de ne pouvoir vous employer à l’armée de réserve. J’ai donné les ordres pour activer votre échange. Je désire fort qu’il ait lieu promptement. Dans tous les cas, vous êtes dans un poste où vous pouvez encore rendre des services essentiels à la patrie.
Paris, 19 mars 1800
Au général Berthier, ministre de la guerre
Une vingtaine de brigands infestent le département de la Creuse. Je vous prie, Citoyen Ministre, d’ordonner au chef de la division de gendarmerie dont ce département fait partie de réunir un piquet de 60 hommes, et de se rendre lui-même dans ce département pour, de concert avec l’adjudant général qui y commande et le préfet, prendre des mesures pour la destruction de ces brigands.
Adressez quatre congés en blanc pour quatre conscrits au préfet de la Creuse. Ces quatre congés seront motivés pour avoir rendu des services essentiels. Le préfet donnera ces congés aux quatre conscrits qui ont promis, moyennant ce, de faire arrêter les brigands. Ces congés ne seront délivrés par le préfet qu’après leur arrestation.
Paris, 19 mars 1800
Au général Commes, commandant la 10e division militaire
Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 21(12 mars). Les nouvelles qu’elle contient sont bien affligeantes.
Lorsque les malveillants montrent tant d’activité, comment les bons citoyens en montrent-ils si peu? Comment les administrations tant civiles que militaires montrent-elles tant de lâcheté? Comment avec les troupes que vous avez à votre disposition, n’avez-vous pas pu faire repentir les individus, quels qu’ils soient, qui ont osé mettre leur volonté particulière en opposition à la loi? Comment la garde nationale de Toulouse ne sentirait-elle pas que c’est obéir à la loi et servir le peuple que de réprimer les mouvements séditieux?
Le pain n’est pas cher à Toulouse, et les insurrections sont un grand moyen de le renchérir ou de produire une famine factice.
Le préfet Richard vous remettra cette lettre; secondez-le avec zèle que je vous connais. N’oubliez pas que la faiblesse produit des guerres civiles, et que l’énergie maintient la tranquillité et la 1a prospérité des États.
Le Gouvernement a mis sa confiance en vous; je vous ai connu brave, montrez-vous tel.
Paris, 19 mars 1800
Au général Moreau, commandant en chef de l’armée du Rhin
Je vous prie, Citoyen Général, de me faire connaître si un ingénieur de la marine s’est rendu à l’armée du Rhin pour diriger constructions sur le lac de Constance. S’il y a des moyens en bois, je désirerais que vous fissiez construire des chaloupes canonnières à la suédoise, qui vous assureraient la supériorité sur la flottille ennemie.











