Correspondance de Napoléon – Mars 1800
Paris, 7 mars 1800
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures
Je vous prie, Citoyen Ministre, de mander chez vous, à l’instant même, l’ambassadeur d’Espagne, et de lui remettre la note ci-jointe:
“L’amiral Bruix vient d’instruire le Gouvernement qu’il n’est bloqué dans le port de Brest que par vingt et un vaisseaux anglais; que, lui, il a dix-sept vaisseaux français dans le meilleur état et parfaitement armés, et que M. de Gravina a quinze vaisseaux espagnols prêts à lever l’ancre; que le Premier Consul trouve humiliant et honteux pour les deux nations d’être bloquées par des forces aussi inférieures; qu’il donne l’ordre par le télégraphe à l’amiral Bruix de sortir sur-le-champ du port pour donner la chasse aux vingt et un vaisseaux anglais; que l’intention de Sa Majesté Catholique, en tenant quinze vaisseaux à Brest, n’a pas été de les rendre inutiles pour l’avantage et la gloire des deux puissances; qu’ainsi le Premier Consul désire que l’ordre soit donné par le télégraphe au général Gravina de seconder la flotte française dans cette sortie. ”
Vous lui ferez sentir que, dans la position actuelle militaire et politique de l’Europe, la sortie de ces deux flottes, n’eût-elle pour objet, que de donner la chasse à l’escadre anglaise pendant vingt-quatre heures, aurait pour les deux nations un résultat extrêmement avantageux.
Paris, 8 mars 1800
AUX PRÉFETS DES DÉPARTEMENTS.
Le vœu et l’espoir du Gouvernement, Citoyens, étaient que votre entrée dans l’administration fût marquée par la paix. Ses démarches pour l’obtenir sont connues de l’Europe; il l’a voulue avec franchise; il la voudra toujours quand elle sera digne de la nation.
Et en effet, après des succès qu’avouent ses ennemis, quelle autre ambition peut rester au Premier Consul que celle de rendre à la France son antique prospérité, d’y ramener les arts et les vertus de la paix, de guérir les blessures qu’a faites une révolution trop prolongée, et d’arracher enfin l’humanité tout entière au fléau qui la dévore depuis tant d’années? Tels étaient ses sentiments et ses vœux lorsqu’il signait la paix à Campo-Formio; ils n’ont pu que s’accroître et se fortifier, depuis qu’une confiance honorable l’a porté à la première magistrature et lui a imposé le devoir plus étroit de travailler au bonheur des Français.
Cependant ses désirs ne sont point accomplis. 1
L’Angleterre respire encore la guerre et l’humiliation de la France. Les autres puissances, pour se déterminer, attendent quelle sera notre attitude et quelles seront nos ressources.
Si nous sommes toujours cette nation qui a étonné l’Europe de son audace et de ses succès, si une juste confiance ranime nos forces et nos moyens, nous n’avons qu’à nous montrer, et le continent aura la paix. C’est là ce qu’il faut faire sentir aux Français, c’est à un généreux et dernier effort qu’il faut appeler tous ceux qui ont une patrie et l’honneur national à défendre. Déployez, pour ranimer ce feu sacré, tout ce que vous avez d’énergie, tout ce que votre réputation et vos talents doivent vous donner de pouvoir et d’influence sur les esprits et sur les cœurs. Portez dans les familles cette juste confiance que le Gouvernement ne veut que le bonheur public, que les sacrifices qu’il demande seront les derniers sacrifices et la source de la prospérité commune. Réveillez dans les jeunes citoyens cet enthousiasme qui a toujours caractérisé les Français; qu’ils entendent la voix de l’honneur et la voix plus puissante de la patrie; qu’ils se remontrent ce qu’ils étaient aux premiers jours de la révolution, ce qu’ils n’ont pu cesser d’être que quand ils ont cru qu’ils avaient à combattre pour des factions. Qu’à votre voix paternelle tout s’ébranle. Ce ne sont plus les accents de la terreur qu’il faut faire entendre aux Français. Ils aiment 1’honneur, ils aiment la patrie: ils aimeront un Gouvernement qui ne veut exister que pour l’un et pour l’autre. Vous trouverez, dans la proclamation ci-jointe et dans l’arrêté qui l’accompagne, tout ce que les Consuls attendent de votre zèle et du courage des Français.
Paris, 8 mars 1800
PROCLAMATION.
Français, vous désirez la paix. Votre Gouvernement la désire avec plus d’ardeur encore. Ses premiers vœux, ses démarches constantes ont été pour elle. Le ministère anglais a trahi le secret de son horrible politique. Déchirer la France, détruire sa marine et ses ports, l’effacer du tableau de l’Europe, on l’abaisser au rang des puissances secondaires; tenir toutes les nations du continent divisées, pour s’emparer du commerce de toutes et s’enrichir de leurs dépouilles; c’est pour obtenir cet affreux succès que l’Angleterre répand l’or, prodigue les promesses et multiplie les intrigues.
Mais ni l’or, ni les promesses, ni les intrigues de l’Angleterre n’enchaîneront à ses vues les puissances du continent. Elles ont entendu le vœu de la France; elles connaissent la modération des principes qui la dirigent; elles écouteront la voix de 1’humanité et la voix puissante de leur intérêt. Si elles balancent, le Gouvernement, qui n’a pas craint d’offrir et de solliciter la paix, se souviendra que c’est à vous de la commander.
Pour la commander, il faut de l’argent, du fer et des soldats. Que tous s’empressent de payer le tribut qu’ils doivent à la défense commune. Que les jeunes citoyens se lèvent. Ce n’est plus pour des factions, ce n’est plus pour le choix des tyrans qu’ils vont S’armer; c’est pour la garantie de ce qu’ils ont de plus cher, c’est pour 1’honneur de la France, c’est pour les intérêts sacrés de l’humanité.
Déjà les armées ont repris cette attitude, présage de la victoire; à leur aspect, à l’aspect de la nation entière réunie dans les mêmes intérêts et dans les mêmes vœux, n’en doutez point, Français, vous n’aurez plus d’ennemis sur le continent. Que si quelque puissance encore veut tenter le sort dans des combats, le Premier Consul a promis la paix; il ira la conquérir à la tête des guerriers qu’il a plus d’une fois conduits à la victoire. Avec eux, il saura retrouver ces champs encore pleins de souvenirs de leurs exploits; mais, au milieu des batailles, il invoquera la paix, et il jure de ne combattre que pour le bonheur de la France et le repos du monde.
Paris, 8 mars 1800
ARRÊTÉ
Les Consuls arrêtent:
ARTICLE 1er. – Le département qui, à la fin de germinal, aura payé la plus forte partie de ses contributions, sera proclamé comme ayant bien mérité de la patrie. Son nom sera donné à la principale place de Paris.
ART. 2. – Tous les anciens soldats qui auraient obtenu leur congé, tous ceux qui, même faisant partie des compagnies de vétérans, sont encore en état de faire la campagne, tous les jeunes gens de la réquisition et de la conscription, seront sommés, au nom de l’honneur, par une proclamation des préfets et des généraux commandant les divisions, de rejoindre leurs drapeaux avant le 15 germinal. Ceux qui ne seraient attachés à aucun corps se rendront au quartier général de l’armée de réserve, à Dijon, où ils seront armés et habillés. Le Premier Consul les passera en revue dans le courant de germinal.
ART. 3. – Les citoyens français, autres que ceux nommés à l’article 2, qui, dans cette circonstance extraordinaire, voudront accompagner le Premier Consul et participer aux périls et à la gloire de la prochaine campagne, se feront inscrire chez les préfets et sous-préfets. Le ministre de la guerre donnera les ordres nécessaires pour qu’ils soient formés en bataillons volontaires. Ceux qui auraient le moyen de se procurer des chevaux seront formés en escadrons volontaires. Ils seront définitivement organisés à Dijon, et les officiers seront nommés par le Premier Consul.
ART. 4. – Au 20 germinal prochain, les préfets de chaque département enverront au ministre de l’intérieur l’état des jeunes gens qu’ils auront fait rejoindre, et il en sera fait un rapport aux Consuls de la République, qui feront proclamer dans toute la République et à la tête des armées les six départements qui auront le plus fourni, comme les plus sensibles à l’honneur et à la gloire de la patrie.
Paris, 8 mars 1800
ARRÊTÉ
Les Consuls de la République arrêtent:
ARTICLE ler. – Il sera créé une armée de réserve forte de 60,000 hommes.
ART. 2. – Elle sera directement commandée par le Premier Consul.
ART. 3. – L’artillerie sera commandée par le général Saint-Rémy; le parc, par le chef de brigade Gassendi (Jean-Jacques Basilien, comte Gassendi, 1748-1828); le génie, par le premier inspecteur du génie Marescot (Armand Samuel, comte Marescot, 1758-1832. Il va diriger le passage du Grand Saint-Bernard et le siège du fort de Bard)).
ART. 4. – L’ordonnateur Dubreton remplira les fonctions d’ordonnateur en chef.
ART. 5. – Les différents corps et les conscrits qui doivent composer cette armée se mettront sur-le-champ en marche pour Dijon; ils seront cantonnés dans les villes à vingt lieues à la ronde.
ART. 6. – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté. Il prendra toutes les mesures pour faire réunir à Dijon tous les objets nécessaires pour l’armement, l’habillement et l’équipement de l’armée de réserve.
Paris, 8 mars 1800
AUX OFFICIERS MUNICIPAUX ET NOTABLES
DE LA VILLE D’AMSTERDAM
L’Europe veut la paix, et depuis trois mois les efforts de la République n’ont pas eu un autre but. C’est trop longtemps souffrir des maux que la guerre entraîne; il faut que l’année ne se termine point sans voir enfin l’humanité consolée et le commerce rétabli.
J’ai tout préparé pour rendre la campagne décisive; mais, afin d’en mieux assurer le succès, j’aurais besoin sur-le-champ d’un fonds extraordinaire de 10 ou 12 millions; et, comme dans une cause qui est commune les efforts doivent être réciproques, je m’adresse à vous, Citoyens; je vous envoie le général Marmont, conseiller d’État, et je le charge de vous présenter un plan d’après lequel les avances qui seraient faites par le commerce et les citoyens d’Amsterdam an Gouvernement français trouveraient la certitude de leur remboursement dans les plus fortes garanties.
Connaissant le bon esprit dont les citoyens d’Amsterdam et leurs magistrats se sont montrés constamment animés, je n’hésite point, dans une circonstance aussi décisive, à réclamer leur zèle; et, comme il n’y a pas un moment à perdre, je supprime tout intermédiaire pour leur adresser des propositions qui, bien loin de froisser aucun de leurs intérêts, leur mériteront une part utile et honorable dans les succès qui pourront être obtenus.
Le général Marmont leur donnera, à cet égard, des assurances qu’ils sauront apprécier et dont je garantis l’effet.
Recevez, Citoyens, l’assurance de ma parfaite estime.
Paris, 8 mars 1800
A l’amiral Bruix
L’amiral Mazarredo, Citoyen Général, a envoyé au général Gravina l’ordre de sortir pour donner la chasse à l’escadre anglaise; c’est à
vous à faire le reste.
Je ne cesserai pas de vous recommander ces quatre points:
1°. Passer hors de vue du continent d’Espagne et de Portugal;
2°. Passer le détroit de nuit, et si vous êtes obligé de le passer de jour, masquer le plus possible la direction que vous prendrez;
3°. Naviguer constamment hors des vues des côtes de Sardaigne, de Sicile et d’Afrique;
4°. Ne pas vous arrêter plus de soixante et douze heures devant Malte.
Cependant, si avec vos 3,000 hommes d’embarquement, joints aux 3,000 que pourrait fournir l’escadre pour vingt-quatre heures, et à la garnison vous pouviez prendre les deux régiments à la solde de l’Angleterre qui font le blocus de cette place, ce serait un beau trophée pour votre retour. Toute bataille qui se donnera en présence de l’escadre française, après le découragement où sera l’ennemi de se voir abandonné de ses forces navales, sera avantageuse. Au reste vous agirez selon les circonstances.
En faisant votre expédition pour l’Egypte, vous y destinerez vos meilleurs marcheurs; et, dans votre retour, faites tout le mal possible au commerce napolitain et impérial.
L’on m’assure que Perrée a eu le bonheur d’entrer dans Malte; cette nouvelle n’est pas certaine.
Si, à votre retour à Malte, la Sardaigne était à nous, vous feriez toutes les dispositions pour faire passer ce dette île à malte tous les secours possibles.
Mazarredo est ici. Il est très difficile de lui faire entendre une expédition raisonnable. D’ailleurs, il paraît que rien n’est prêt pour l’expédition de Mahon.
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On s’occupe à réunir le plus possible de vivres à Toulon, où trois vaisseaux et deux frégates vénitiennes en sont chargés. Ils lèveront l’ancre dès l’instant qu’on aura de vos nouvelles.
Paris, 9 mars 1800
RÉPONSE AU DISCOURS DES ORATEURS DU TRIBUNAT.
Les Consuls de la République reconnaissent dans ce que vous venez de leur dire le bon esprit qui a animé le Tribunat pendant toute la session.
Toute espérance de paix continentale n’est pas encore entièrement évanouie, et, s’il est hors du pouvoir de la République de réaliser promptement le dernier des voeux que vous venez de manifester au nom du Tribunat, l’union et l’élan de tous les Français leur est un sûr garant que le premier sera remplie
Paris, 10 mars 1800
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures
Vous ferez connaître, Citoyen Ministre, au citoyen Otto, commissaire du Gouvernement à Londres, que le Gouvernement consentira à l’échange du général Don pour Napper Tandy et ses compagnons, et que, si cela ne convient pas au Gouvernement anglais, le Gouvernement français consentira à l’échange des généraux Hermann, Don et Mack, contre les généraux Colli, Pérignon et Grouchy. Le citoyen Otto fera sentir, par une note séparée, et qui suivra la première de cinq jours, combien est peu digne de la nation anglaise la menace d’appesantir le joug des prisonniers français en Angleterre. Serait-il possible que la nation de Newton et de Locke s’oubliât à ce point-là? En effet, les prisonniers ne peuvent ni ne doivent répondre de la conduite de leur gouvernement. Ils sont tout entiers à la générosité de celui qui les a pris. Ces principes étant ceux du Gouvernement français, il n’imitera jamais le droit odieux de représailles.
Paris, 12 mars 1800
Au citoyen Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur
Vous voudrez bien, Citoyen Ministre, faire connaître ma satisfaction aux départements du Nord et de la Seine-inférieure de l’activité qu’ils ont mise dans la levée du quarantième cheval. Vous me ferez passer les noms des administrateurs et commissaires de ces deux départements.
Cette opération traîne dans les départements de la Dyle, de Jemmapes et de la Meuse-inférieure. Prenez, je vous prie, des mesures pour l’activer.
Paris, 12 mars 1800
Au citoyen Lacuée, Conseiller d’État
Je prie le citoyen Lacuée de relire avec attention 1a loi sur la gendarmerie, du 28 germinal an VI, et le règlement du Directoire exécutif qui suivit cette loi, et de me présenter un projet de règlement qui tienne lieu de cette loi.
Le citoyen Lacuée trouvera ci-joint quelques observations qui m’ont frappé en parcourant la loi du 28 germinal.
NOTE
1°. – L’article 149 défend aux autorités civiles et militaires d’employer la gendarmerie à porter leurs dépêches: c’est cependant à l’inexécution de cette loi que l’on doit en grande partie l’inactivité de la gendarmerie.
2°. – Revoir le titre III; il ma paraît qu’un chef de division de gendarmerie, et à plus forte raison un chef d’escadron et un capitaine, n’a pas le droit de réunir plusieurs brigades sans une réquisition. Il faut réformer ce titre. Les officiers de gendarmerie doivent avoir le droit de réunir les brigades pour escorter les diligences, faire des battues sur les chemins, dans les bois, et dresser des embûches aux brigands: opérations qui ne se peuvent faire qu’avec le secret de l’organisation militaire; ils doivent pouvoir aussi se trouver aujourd’hui dans un canton, et le lendemain à dix lieues.
3°. – Il y aura près du ministre de la police un chef de division de gendarmerie qui pourra, si cela est nécessaire, avoir le grade d’adjudant général ou de général de brigade, lequel sera chargé de la correspondance avec tous les chefs de division, et de rédiger, tous les cinq jours, un extrait de cette correspondance et des bulletins et procès-verbaux.
4°. – Les chefs de division de gendarmerie doivent avoir le droit de réunir toute la gendarmerie dans un département qui en aurait besoin.
5°. – Faire un titre pour l’escorte des diligences, courriers de malle et circulation des deniers publics.
6°. – Établir la gendarmerie à pied, au lieu de la gendarmerie à cheval, dans les pays montagneux, et, dans les pays coupés, diminuer la gendarmerie à cheval et augmenter la gendarmerie à pied.
7°. – Présenter un tableau de comparaison de ce que coûte une compagnie de gendarmerie à cheval, avec une compagnie de gendarmerie à pied.
Paris, l2 mars 1800
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures
Je vous prie, Citoyen Ministre, d’expédier un courrier extraordinaire au citoyen Alquier, et, comme cette dépêche renfermera des détails militaires, de l’écrire en entier de votre main.
Vous ferez connaître au citoyen Alquier la note que vous avez écrite à M. Muzquiz (Ambassadeur de l’Espagne en France), motivée sur la nécessité de donner la chasse an petit nombre de vaisseaux anglais qui sans cesse viennent nous narguer jusque sous les batteries de Brest. Il est donc possible qu’à l’heure qu’il est les deux escadres soient sorties.
Si cette sortie réussit et que l’escadre anglaise prenne chasse devant les escadres combinées, la circonstance sera on ne peut plus favorable pour remplir les voeux de Sa Majesté Catholique, de ramener la guerre dans la Méditerranée.
Dans ce cas, le Premier Consul désirerait pouvoir, 1° débloquer Malte, 2° reprendre Mahon.
Il faudrait que les six vaisseaux qui sont au Ferrol, les quatre qui sont à Cadix et les troupes destinées à l’expédition de Mahon se trouvassent prêtes afin que, dès l’instant que les deux escadres auraient, par leur entrée dans la Méditerranée, éloigné les escadres ennemies, on pût se porter à Mahon.
Les deux escadres réunies, après avoir fait passer des secours à Malte, manœuvrerait de manière à protéger l’expédition de Mahon et à contenir les forces ennemies qui pourraient venir dans la Méditerranée.
Il est nécessaire de faire sentir au ministère espagnol la grande confiance que le Gouvernement français a dans M. Gravina, surtout pour l’exécution.
Paris, 12 mars 1800
ARRÊTÉ.
Article 1er. – Le général du génie Dejean (Jean-François-Aimé, comte Dejean, 1749-1824. En juin il sera chargé de veiller à l’exécution de la convention d’Alessandria. Il sera plus tard ministre de l’administration de la guerre), conseiller d’État, partira dans la journée de demain pour se rendre à Brest, à Lorient et Quiberon.
ART. 2. – Il inspectera, dans le plus grand détail, le génie, l’artillerie et le magasin des vivres.
ART. 3. – Il ordonnera aux Directeurs les travaux qui sont nécessaires. Il prendra des notes sur le général commandant à Brest, sur les officiers de son état-major, sur les officiers employés dans le génie et l’artillerie.
ART. 4. – Il conférera avec l’ordonnateur, le commandant de armes et le général commandant, afin de s’assurer si les mesures sont prises pour, en cas de descente des Anglais, mettre le port et la ville de Brest en état de résister jusqu’à l’arrivée des secours.
ART. 5. – Il nommera un état-major pour chaque fort, et laissera les instructions nécessaires pour que les ouvriers de l’arsenal, les troupes de la marine et de terre, soient organisés et distribués pour la défense de la place.
ART. 6.- – Il rassurera si les travaux ordonnés au fort Penthièvre sont achevés.
ART. 7. – Il prendra tous les renseignements sur l’esprit qui anime les ouvriers, soldats et la garde nationale, et leur fera connaître que le Gouvernement s’occupe sans relâche de subvenir à leurs besoins. Il sera de retour, au plus tard, au 15 germinal.
ART. 8. – Il se comportera avec la prudence nécessaire pour ne donner aucune espèce d’alarme.
ART. 9. – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté.
Paris, 12 mars 1800
Au général Brune, commandant l’armée de l’Ouest
Je reçois, Citoyen Général vos lettres du 19 ventôse (10 mars). Faites votre possible pour que le bataillon de la 58e ne s’embarque pas et qu’il se rende sur-le-champ à Dijon.
Vous savez combien les mots font aux soldats: ainsi faites connaître aux différentes demi-brigades qu’elles composent la 2e et la 3e division de l’armée de réserve.
Vous aurez reçu l’ordre du ministre de la guerre de faire partir la 19e légère. Cependant, si les deux bataillons de la 9e légère étaient plus sous votre main, vous pourriez les faire partir en place.
Envoyez-moi l’ordre de route de vos différentes troupes, afin que je sache où elles couchent chaque jour.
Je désire avoir une division de réserve à Rennes. Il me parait que c’est le point central d’où elle se peut porter dans la Manche, à Brest ou à Quiberon. Je désirerais que cette division fût composée d’une demi-brigade légère et de quatre de ligne, d’un parc de douze pièces d’artillerie, dont quatre à cheval, et de quelques escadrons de cavalerie. Il faudrait que cette division restât toujours réunie et cantonnée dans un cercle de dix lieues de Rennes. Donnez, pour la commander un général de division qui ait fait la grande guerre et deux généraux de brigade et un adjudant général.
On emploierait les deux mois qui restent d’ici à la fin de mai à armer, recruter et exercer cette division, de manière qu’elle pût être le point d’appui autour duquel se grouperaient les gardes nationales et les troupes dispersées dans l’intérieur, pour repousser une descente. Choisissez les meilleurs corps, ceux qui n’auraient pas fait la campagne passée, pour composer cette division. Que ces 15,000 hommes soient dans le cas d’en battre 30,000.
Je passe, le 25 (16 mars), la revue des 24e, 43e, 96e, qui forment la 1ère division de l’armée de réserve, avec 3,000 hommes de cavalerie et dix-huit pièces d’artillerie. Cela fera 13,000 hommes qui partent le lendemain.
Donnez le mouvement pour que vos départements fournissent promptement les chevaux qu’ils doivent pour la levée du quarantième.
J’espère avoir, le 10 germinal (31 mars), à Dijon, 50,000 hommes.
Il parait que, dans la Mayenne, le désarmement ne va pas aussi bien qu’on pourrait le désirer.
Le ministre de la guerre donne l’ordre pour que le général Béthencourt remplace le général d’Arnaud, qui me paraît beaucoup trop lent.
Profitez du moment d’enthousiasme que peuvent produire les dernières proclamations, pour faire partir les bataillons que vous avez formés dans le pays. Il est possible qu’ils vous suivent avec plaisir.
Si nous avons la guerre, j’espère que nous nous en tirerons très- brillamment; si nous avons la paix, les puissances étrangères seront convaincues que nous étions dans le cas de les y forcer.
J’aurais bien désiré qu’avant de venir ici vous eussiez pu jeter un coup d’œil sur Brest, parler aux matelots, et vous assurer par vous- même si les forts de cette ville, la garnison, l’état-major, sont organisés de manière à nous ôter toute inquiétude. Vous y feriez les changements que vous croiriez nécessaires.
Paris, 12 mars 1800
Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin
Le ministre de la guerre, Citoyen Général, vous aura envoyé la proclamation et la création de l’armée de réserve. Elle ne sera pas sur le papier. Le 26 (17 mars), la 1ère division part de Paris. Elle est composée des 24e, 59e, 96e et 43e, faisant 9,000 hommes, avec douze pièces d’artillerie et quatre régiments de hussards et de dragons, faisant 15,000 hommes.
A 1’heure qu’il est, la 2e division, composée des 6e légère, 22e et 40e de ligne et de six pièces de canon, doit être partie de Nantes. La 3e division part également de Nantes dans la décade; elle est composée des 19e légère, 58e et 60e de ligne et six pièces d’artillerie.
Toutes ces demi-brigades sont à 2,500 hommes et seront, arrivées à Dijon, à 3,000.
Tout cela marche en colonne et ensemble. Aussi j’espère qu’avant le 15 germinal (5 avril) nous aurons près de 50,000 hommes à Dijon.
La 4e division se forme à Paris; elle ne sera prête que dans première décade de germinal.
J’imagine que Dessolle (Jean-Joseph Dessolle, 1767-1828) arrivera demain. Masséna a dû concentrer sur Gênes toutes les forces qui étaient sur les Alpes. Il a 40,000 hommes ; s’il joue bien, qu’il ne se fasse pas de craintes chimériques, il ne doit pas craindre 60,000 hommes ; et, pour que l’ennemi ait 60,000 hommes d’infanterie en bataille contre lui, il faut qu’il en ait au moins 90,000 dans son armée, tant pour tenir garnison dans ses places que pour le corps d’observation à Bellinzona et à Milan et 90,000 hommes d’infanterie supposent l20,000 hommes, en y joignant la cavalerie et l’artillerie. Ni l’une ni l’autre ne peut, vous le sentez, faire grand’chose dans la Rivière de Gênes.
Au reste, quand nous nous trouverions obligés d’évacuer Gênes, ce n’est plus cela aujourd’hui qui décidera la paix et donnera le succès de la campagne.
Ne laissez à Mayence et dans vos places que des dépôts. Réunissez tout votre monde de Strasbourg à Constance.
Avec une avant-garde de 30,000 hommes et un corps de réserve de 50,000 hommes, on peut parler bien haut.
Je ne me souviens pas si je vous ai écrit que 1,500,000 francs sont dus à la caisse de Mayence par des particuliers, et que les tribunaux donnent des délais ridicules. Faites-les payer militairement en envoyant des garnisons chez les débiteurs. Je crois que la créance est pour des achats de bois. Votre commissaire à Mayence connaît cette affaire.
Il est parti, la décade dernière, 1,500,000 francs pour votre armée.
Je vous salue comme ami.
Paris, 12 mars 1800
Au général Masséna, commandant en chef l’armée d’Italie
Votre aide de camp Reille, Citoyen Général, m’a remis votre lettre du 9 ventôse. Les nouvelles que je reçois de Marseille m’annoncent qu’à l’heure qu’il est plusieurs bâtiments chargés de blé sont partis pour Gênes; ainsi, j’espère que vous vous trouverez un peu mieux approvisionné.
Vous aurez reçu, par un courrier extraordinaire, ma lettre du 14 ventôse, par laquelle je vous faisais connaître le parti que vous aviez à prendre, en concentrant autour de Gênes les forces du col de Tende et des Alpes, afin de pouvoir prendre promptement votre parti et profiter des fautes que fera l’ennemi, en entreprenant de vous attaquer en même temps par les Rivières du Levant et du Ponant.
Tous les préparatifs se font ici avec la plus grande activité pour organiser à Dijon une armée de réserve et pour faire marcher les jeunes gens.
La campagne ne va pas tarder à s’ouvrir du côté du Rhin. Les coups que nous porterons attireront l’attention des ennemis. Melas, que vous avez contre vous, n’est pas un homme très-habile. Il n’a pas vos talents militaires, ni votre activité.
Les Russes, que vos troupes paraissaient estimer, sont aujourd’hui chez eux.
La création de l’armée de réserve vous met à même de retirer tout ce qui est possible de Lyon et des 7e et 8e divisions.
N’ayez point de ligne, mais tenez toutes vos troupes réunies et groupées autour de Gênes, en tenant vos dépôts dans Savone.
Voilà les vrais principes militaires; en agissant ainsi, vous battrez 50,000 hommes avec 30,000, et vous vous couvrirez d’une gloire immortelle. Le Gouvernement et le public sauront apprécier les difficultés que vous aurez eu à vaincre.
Si vous étiez obligé d’évacuer Gênes absolument, appuyez-vous à Savone.
Reille partira sous quatre ou cinq jours et vous portera le plan de campagne.
Des agents sont partis pour le Languedoc, afin d’activer l’exportation des blés. On en fait descendre beaucoup par le Rhône.
Je ne peux vous peindre mon indignation contre ces malheureux fournisseurs.
Toutes les décades il part un million pour votre armée.
Je suis extrêmement peiné de la situation pénible où vous vous trouvez; mais je compte sur votre zèle et vos talents.
Paris, 12 mars 1800
Au citoyen Forfait, ministre de la marine
Pourquoi donne-t-on, Citoyen Ministre, une livre de boeuf aux prisonniers anglais, tandis que la ration du soldat n’est que demi-livre?











