Correspondance de Napoléon – Mai 1806
Saint-Cloud, 14 mai 1806
NOTE
Les arcs de triomphe seraient un ouvrage futile et qui n’aurait aucune espèce de résultat, que je n’aurais pas fait faire, si je n’avais pensé que c’était un moyen d’encourager l’architecture. Je veux avec les arcs de triomphe nourrir pendant dix ans la sculpture de France, à 200,000 francs. M. Denon me présentera un plan. Le ministre de l’intérieur fait faire un autre arc de triomphe à l’Étoile. Il faut bien s’entendre pour la description de tous les dessins. Il faut que l’un soit l’arc de Marengo et l’autre l’arc d’Austerlitz. J’en ferai faire un autre dans une situation quelconque de Paris, qui sera l’arc de la Paix, et un quatrième qui sera l’arc de la Religion. Avec ces quatre arcs, je prétends alimenter la sculpture de France pendant vingt ans. Il est cependant bon que M. Daru connaisse l’existence des quatre arcs, pour ne pas mettre à l’un ce qui convient à l’autre.
Je prie M. Daru de me faire connaître où en est la statue de Charlemagne, de s’entendre avec M. Cretet au sujet des deux fontaines qui devaient être élevées, l’une sur la place de la Révolution, l’autre sur les terrains de la Bastille; elles sont monumentales; il y faut des statues et des bas-reliefs; ces sujets peuvent être pris, d’abord dans l’histoire de l’Empereur, ensuite dans l’histoire de la Révolution et dans l’histoire de France. Il faut, en vue générale, ne pas perdre une circonstance d’humilier les Russes et les Anglais. Guillaume le Conquérant, Duguesclin , pourront être honorés dans ces monuments.
Saint-Cloud, 14 mai 1806
Au maréchal Augereau
Mon Cousin, j’ai donné ordre au maréchal Berthier de faire payer deux mois de solde à l’armée. Pressez les magistrats de Francfort; il faut qu’ils payent les deux millions de contributions; mes troupes n’évacueront pas la ville qu’ils n’aient été payés. Les habitants de Francfort gagnent assez par le commerce des marchandises anglaises.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
A M. de Talleyrand
Monsieur de Talleyrand, vous verrez, par les lettres de Rome du 30 avril, que le Saint-Siège me demande le Faucon pour la couronne de Naples.
Voici la note à présenter au cardinal Caprara :
“Le soussigné est chargé par S. M. l’Empereur de faire connaître à S. Ém. M. le cardinal Caprara, ambassadeur de Rome auprès de lui, qu’il n’a pu voir qu’avec la plus extrême surprise la note du cardinal Consalvi, daté du 26 avril, par laquelle ce cardinal prétendrait soumettre la couronne de Naples aux droits soi-disant du Saint- Siège. Il n’a pu reconnaître là que l’extrême impéritie et la mauvaise volonté de la cour de Rome, de confondre des circonstances qui ne se ressemblent point; et, pour qu’il ne reste aucun doute sur ses sentiments, Sa Majesté m’a ordonné de les expliquer avec la plus grande simplicité et clarté. Sa Majesté ne cherche pas dans l’histoire à connaître s’il est vrai que, dans des temps d’ignorance, la Cour de Rome ait usurpé le droit de donner des couronnes et des droits temporels aux princes de la terre. En conséquence de cette prétention, la cour de Rome s’attribuerait-elle des droits sur la couronne de Naples ? Mais si l’on trouvait que, dans d’autres siècles, la cour de Rome a détrôné des souverains, prêché des croisades, interdit des royaumes entiers, on rencontrerait aussi que les papes ont toujours considéré leur temporel comme ressortissant des empereurs francais. Et l’Empereur, en montant sur le trône de France, n’a jamais prétendu hériter des droits de la troisième dynastie, dont la souveraineté ne s’étendait pas à la moitié des domaines aujourd’hui soumis à son empire, mais hériter des droits des empereurs francais; et la Cour de Rome ne prétend pas sans doute que Charlemagne ait reçu d’elle l’investiture de son royaume. En conséquence, le soussigné est chargé de demander la reconnaissance pure et simple du royaume de Naples. A défaut de cette reconnaissance, Sa Majesté ne reconnaîtra pas le Pape comme prince temporel, mais seulement comme chef spirituel. Sa Majesté a vu avec beaucoup de peine que le cardinal Consalvi ait eu le mauvais esprit de remettre sur le tapis des questions oiseuses qu’on ne peut plus traiter, et l’ait obligée d’expliquer ainsi son système et ses principes. A cette occasion , le soussigné ne peut s’empêcher de le demander : que veut la secrétairerie d’État de Rome ? quel esprit de vertige s’est donc emparé d’elle ? et quelle conduite que celle que des hommes profondément méchants et ineptes lui font tenir depuis longtemps ! Il faut le dire : le Saint-Siège est las du pouvoir temporel. Du reste, le soussigné est chargé de déclarer que l’Empereur aura, dans tous les temps, pour le chef de l’Église, la considération et les égards qu’ont eus pour lui Charlemagne, Louis IX et les princes les plus chrétiens, sans cependant lui laisser toucher en rien au temporel ni aux droits de la couronne impériale.”
Vous préviendrez le cardinal Caprara que, s’il n’envoie pas la note ci-dessus à sa Cour par un courrier extraordinaire, il peut la faire passer par l’estafette qui part tous les soirs pour Naples, et qui la jetterait à Rome en passant; qu’il peut s’adresser, pour cette transmission , à M. Lavallette. Vous direz à Alquier que, quand on lui parlera de cette note, il dise que je suis très-mécontent; que j’ai des lettres de Consalvi dans lesquelles il écrit qu’il ne veut pas reconnaître le roi de Naples, chose d’autant plus insensée que je ne l’ai pas demandé et n’ai pas besoin de sa reconnaissance. Il peut dire que, si cela continue, je ferai enlever Consalvi de Rome et le rendrai responsable de ce qu’il veut faire, parce qu’il est évidemment acheté par les Anglais. Il verra si j’ai la force et le courage de soutenir ma couronne impériale. Appuyez sur ce mot impériale, et non royale et sur ce, que les relations du Pape avec moi doivent être celles
ses prédécesseurs avec les empereurs d’Occident.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
A M. de Talleyrand
Monsieur de Talleyrand, faites présenter au cabinet espagnol un note officielle pour qu’il ne reçoive plus les bâtiments suédois dans les ports d’Espagne. La conduite de cette puissance, qui fait cause commune avec l’Angleterre, réclame cette mesure de la part de l’Espagne.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
Au cardinal Fesch
Mon Cousin, je vous ai rappelé de Rome parce qu’il n’est plus de ma dignité que vous restiez dans une Cour aussi mal conduite, et qui prend tellement à tâche de me contrarier que je serai, tôt ou tard, obligé de la punir. Mais vous pouvez rester à Rome tout le temps que vous le jugerez convenable, et laisser le soin des affaires à Alquier. Voyez le Pape et dites-lui que la note du cardinal Consalvi m’a fortement indisposé; que cet homme, par bêtise ou par trahison veut perdre les États temporels du Saint-Siège, et qu’il y réussira
J’ai signé un traité avec l’Électeur archichancelier par lequel vous êtes nommé son coadjuteur. C’est encore un secret, mais il est probable qu’avant un mois ce sera une affaire finie. Ainsi vous vous trouverez appelé à une nouvelle carrière, car la dignité de primat de Germanie vous met à la tête du Collège des électeurs.
Si vous restez à Rome, laissez faire à Alquier tout ce qui sera odieux, et restez neutre. Je ne veux pas prendre les États temporels du Pape, mais je veux des satisfactions pour la menace qu’on m’a faite à Austerlitz de chasser mon ministre de Rome.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
A l’archevêque de Ratisbonne, électeur archichancelier de l’empire d’Allemagne (Charles baron de Dalberg)
J’ai reçu votre lettre du 17 février, avec l’ouvrage qui y était joint. Je vous remercie de ce que vous me dites d’aimable. Allant un soir faire une partie de chasse à Rambouillet, je l’emporterai dans ma voiture pour le lire. J’y reconnaîtrai le bon goût et les lumières qui rendent votre société si intéressante et qui m’ont inspiré tant d’estime. Ne doutez jamais de l’intérêt que je porte à vous et aux vôtres.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, je vous instruis que la cour de Pétersbourg vient de donner ordre que les bouches de Cattaro fussent remises à mes troupes. Faites mettre cette nouvelle dans les gazettes d’Italie, et informez-en le général Lauriston et le général Molitor par un courrier extraordinaire.
Mon intention est que le général Lauriston commande à Cattaro et à Raguse.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, le général Lemarois doit être rendu à Ancône; je lui ai donné le commandement des troupes qui sont dans les Etats du Pape; il est sous vos ordres. Ainsi le bataillon suisse et le bataillon
du régiment de la Tour d’Auvergne qui sont à Ancône font partie votre armée, et vous devez les comprendre dans vos états de situation.
J’ai vu avec plaisir la petite affaire de la corvettela Commachiese.Il faut tenir vos trois frégates toujours prêtes à partir, mais ne jamais les faire sortir, à moins que ce ne soit pour croiser à l’entrée du port de Venise et contre des forces très-inférieures. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous autorisiez la sortie d’une bonne flottille de chaloupes canonnières pour protéger les îles d’Istrie et de Dalmatie. Si une corvette venait insulter le port de Venise, vous pourriez faire sortir deux frégates après.
Faites-moi connaître vos moyens en chaloupes canonnières autres petits bâtiments. Tout me porte à penser que les Russes retireront bientôt de l’Adriatique; et je désirerais qu’une portion ces bâtiments pût se rendre à Tarente pour aider à la descente Sicile.
Saint-Cloud, 16 mai 1806
Au roi de Naples
Mon. Frère, je reçois votre lettre de Tarente du 4 mai. Je suis surpris qu’il n’y ait pas à Tarente les affûts nécessaires; le général Saint-Cyr avait été chargé de les entretenir; son absence a été très courte pour qu’ils aient pu être détruits dans cet intervalle, à moins qu’on ne les ait détruits exprès.
Je ne crois pas que le colonel Gentili soit dans le cas d’organiser votre gendarmerie; c’est une organisation à part, qui n’existe dans aucun pays de l’Europe. Il m’a fallu beaucoup de peine pour la monter dans le royaume d’Italie, où elle commence à marcher. C’est la manière la plus efficace de maintenir la tranquillité d’un pays, c’est une surveillance moitié civile, moitié militaire, répandue sur toute la surface, qui donne les rapports les plus précis. Ne croyez pas avec quelques piquets, quelques détachements mobiles, comme vous avez vu la gendarmerie de Corse, obtenir ces résultats; il faut des détachements stationnaires qui apprennent à connaître les localités et les individus. Le seul inconvénient est que cela coûte un peu cher; mais vous avez beaucoup de pays de montagne; vous avez besoin de gendarmerie à pied plus que de gendarmerie à cheval. Elle ne doit pas vous coûter plus de 800,000 francs ou un million par an. Elle sera bientôt composée. Ne découragez pas trop Radet. Empêchez-le de trop publier; cependant il faut quelques circulaires et quelques embarras. Au reste, c’est à vous à le faire marcher plus lentement et comme vous l’entendrez. Si, en dernière analyse, vous n’étiez pas content de Radet, renvoyez-le-moi; je vous le remplacerai par le général de gendarmerie Bucquet, qui organise la gendarmerie de Gênes, de Parme, et que vous avez vu à Boulogne. C’est un homme doux et qui connaît à fond le système de la gendarmerie.
La Russie se rapproche de moi; elle vient de donner l’ordre de me remettre les bouches de Cattaro, et je pense que l’escadre russe évacuera bientôt l’Adriatique.
Je ne sais point les mesures que vous avez prises pour le placement de vos troupes dans le royaume de Naples. Vous devez avoir de la difficulté à les nourrir. Si cela est, vous savez que je vous ai donné l’autorisation de m’en renvoyer.
Saint-Cloud, 17 mai 1806
A la princesse Élisa
Ma Sœur, j’ai reçu vos lettres. N’exigez aucun serment des prêtres; cela n’aboutit à rien qu’à faire naître des difficultés. Allez votre train; supprimez les couvents. Du reste, marchez prudemment et ne vous aliénez pas l’esprit de vos peuples.
Une estafette part tous les jours de Naples et de Milan. Arrangez-vous pour que vos paquets me parviennent par ce canal, en les envoyant directement au lieu le plus près de vous où passe l’estafette.
Saint-Cloud, 17 mai 1806
Au général Mouton, à l’île d’Aix
Je reçois votre rapport du 13 mai. Envoyez-moi un état de situation des 66e et 82e, compagnie par compagnie, ainsi que de la légion du Midi, du bataillon colonial et du bataillon du 26e. Faites-moi connaître les hommes et l’état de situation de l’armement, de l’habillement et des masses, afin que j’aie une idée très-claire de la situation de ces bataillons.
Les soldats du 93e qui sont à bord de l’escadre vont être bientôt relevés.
Je donne ordre à un commissaire des guerres de se rendre dans ces îles. Un capitaine du génie doit y être rendu. Je lui fais envoyer 30,000 francs. Comme cela pourra souffrir quelques jours de retard vous lui direz qu’il peut toujours commencer.
Faites-moi connaître la situation de l’équipage de campagne à l’île d’Aix. Vos rapports ne me donnent pas des idées claires. Restez jusqu’à nouvel ordre dans l’île d’Aix; faites manœuvrer les troupes qui s’y trouvent. Mon intention est que vous ne quittiez l’île que lorsqu’il y aura des troupes suffisantes pour repousser 15,000 Anglais, s’ils se présentaient. Je sais que ce sont de jeunes soldats que vous avez mais, lorsqu’on a de vieux officiers et de vieux sous-officiers et des soldats de dix-huit mois ou deux ans de service, on peut se battre. Faites-leur faire l’exercice à feu deux fois par semaine.
Vous auriez pu écrire vous-même au directeur du génie pour qu’il se rendît sur les lieux et commençât sur-le-champ les travaux les plus nécessaires.
Indépendamment des états que je vous demande sur l’artillerie, envoyez-moi l’état des pièces qui arment la batterie des Saumonards, qui indique de quelles espèces elles sont, et s’il y a beaucoup de
mortiers à longue portée. Il n’y a pas de mal qu’on essaye de différents exercices. Invitez le directeur de l’artillerie à vous envoyer quelques affûts de plus.
Voici les dispositions que j’ai prescrites pour la défense de l’île d’Aix:
Il y aura un bataillon du 82e, qui est à Napoléon, fort de 800 hommes; tout le 66e, fort de 1,200 hommes; le 3e bataillon du 26e, fort de 800 hommes; les deux bataillons de la légion du Midi, 1,000 hommes; deux compagnies du 3e d’artillerie, de 160 hommes; la compagnie de canonniers piémontais et la compagnie de canonniers vétérans, faisant près de 100 hommes : total : 4,060 hommes.
Il doit y avoir un général de brigade et ses aides de camp, un chef de bataillon d’artillerie, deux capitaines, quatre lieutenant tous d’artillerie, sans y comprendre les officiers des compagnies, un commissaire des guerres, trois officiers du génie, dont un capitaine. Il doit y avoir pour un mois de vivres. Aucun officier ne doit découcher de l’île, sous quelque prétexte que ce soit. Tout ce qu’il y dans l’île aura le traitement du pied de guerre. Comme ce petit camp reste là tout l’été, voyez s’il ne serait pas convenable de faire baraquer et prendre une position centrale dans l’île, pour y asseoir ce camp. Si vous n’avez pas de baraques, demandez des tentes.
Mon intention est que vous voyiez si tout est parfaitement organisé, que vous en preniez le plan et que vous puissiez me rendre compte de tout. Voyez si le général Dufresse qui s’y trouve parait avoir l’activité et les moyens nécessaires pour être chargé de la défense.
Que deux fois par semaine les troupes réunies fassent les mouvements de ligne, s’exercent à tirer à la cible, etc. Des récompenses seront données par la caisse des corps aux meilleurs tireurs , et je les ferai rembourser. Mettez tout cela en train. Visitez avec la plus grande attention la légion du Midi. J’ai fait donner l’ordre au colonel de s’y rendre. Passez-en une revue, compagnie par compagnie, bataillon par bataillon. Entrez dans les plus grands détails, de manière que vous puissiez m’instruire des abus qui existent dans ce corps. Faites connaître aux grenadiers du 66e que je leur ai accordé des bonnets de grenadiers.
Quand ce petit camp sera réuni, inspectez-le en détail, afin que je puisse être certain non-seulement que l’île sera bien défendue, mais même que, si je veux les embarquer, ils puissent s’embarquer du soir au matin.
J’ai donné ordre à un bataillon de 800 hommes du 112e, qui se rend à Bordeaux, de remplacer le 66e à Oléron. Pendant votre séjour à l’île d’Aix, vous pourrez visiter en grand détail les îles de Ré et d’Oléron.
Saint-Cloud, 17 mai 1806
Au vice-amiral Decrès
Monsieur Decrès, l’hôpital qui est à l’île d’Aix a besoin de réparations. Il faudrait en planchéier les salles pour que les malades ne marchassent point sur la terre humide. Il serait nécessaire d’établir aussi un petit corps de garde à l’entrée de cet hospice. Faites-lui donner les fournitures dont il a besoin; il n’est pas ce qu’il devrait être.
Il paraît qu’on demande, dans l’escadre de Rochefort, de faire peindre les bâtiments, et que les règlements ne sont pas exécutés dans cette partie. Tâchez de faire activer la mise à la mer de l’Ajax.
Saint-Cloud, 11 mai 1806
Au vice-amiral Decrès
Monsieur Decrès, faites-moi connaître le jour où l’expédition doit se réunir à Toulon sera prête à partir. Je désire que vous présentiez des projets d’expéditions à faire pour ravitailler la Martinique, la Guadeloupe et l’île de France, et de croisières à établir, pour inquiéter le commerce ennemi. Toutes ces expéditions devraient être prêtes à partir avant le mois d’août, avoir leurs instructions cachetées et être en rade, sans communication avec la terre de manière qu’aux premiers jours de septembre tout puisse parti. Je désire que vous me fassiez un plan là-dessus conforme à nos moyens. .
Il faudrait faire partir dix bonnes croisières, qui couvriraient toutes les mers.
Trois croisières pourraient partir de Cadix, deux composée deux vaisseaux chacune, et une composée d’un vaisseau et d’une frégate.
On ferait partir de Brest deux croisières, l’une de deux vaisseaux, l’autre d’un vaisseau et de cinq frégates.
On ferait partir de Lorient une croisière d’un vaisseau et de deux frégates.
On ferait partir de Rochefort trois croisières composées en tout de quatre vaisseaux et de cinq frégates;
De Cherbourg, une croisière de deux frégates.
On ferait partir en outre des bricks de tous les ports pour croiser. Il faudrait adopter, pour ces dix croisières , un système vaste et nouveau. Il ne faudrait plus aller reconnaître ni la Martinique ni la Guadeloupe, mais attaquer le commerce ennemi dans ses communications avec les côtes de l’Amérique espagnole, du Brésil, du continent de l’Amérique. Une seule croisière serait destinée à porter des troupes à la Martinique et à la Guadeloupe, et une serait destinée pour les Grandes Indes, où il serait nécessaire d’envoyer au moins deux frégates.
Saint-Cloud, 17 mai 1806
Au prince Eugène
Mon Fils, j’approuve que vous ayez annulé la nomination de MM. Rosetti et Gherardi. Un banqueroutier ni un homme déshonoré ne seront jamais de mon choix.
Saint-Cloud, 19 mai 1806
A M. Mollien
Monsieur Mollien, j’ai attaché sept auditeurs aux ministères des finances et du trésor public, et à la section des finances. Je désire que vous chargiez spécialement trois d’entre eux d’accompagner les vérificateurs du trésor public qui ont le plus de talent, afin que ces jeunes gens apprennent, en suivant ces opérations, à pénétrer dans le labyrinthe de la comptabilité.
Saint-Cloud, 19 mai 1806
Au roi de Naples
Mon Frère, je reçois votre lettre du 8 mai. Je vois avec plaisir que vous êtes content de l’esprit des Napolitains. Ne faites pas commencer le feu du siège de Gaète que vous n’ayez beaucoup de pièces en batterie et que vous n’ayez réuni au parc un grand nombre de munitions. Quoi qu’on puisse vous dire, ne croyez pas que l’on se batte à coups de canon comme à coups de poing. Une fois le feu commencé, le moindre manquement de munitions pendant l’action rend inutile ce qu’on avait fait d’abord. Vous n’aurez Gaète qu’avec un siège en règle. Deux affûts par pièce ne sont pas trop. Il vous faut une grande quantité de sacs à terre, de fascines, de saucissons préparés d’avance. Au moment où le feu commencera, qu’il y ait 9 à 10,000 hommes d’infanterie devant la place, pour pouvoir suffire aux tranchées et aux assauts. Établissez des batteries de mortiers et de boulets rouges pour éloigner les vaisseaux. Rien de tout cela ne doit commencer à tirer qu’au dernier moment. Il faut que , pendant douze jours que doit durer le siège de Gaète, le feu aille toujours croissant. En attendant, il faut y avoir un bon commandant et au moins 5 ou 6,000 hommes, partie Français, partie Italiens. Il faut élever les batteries, construire des places d’armes, pour être à l’abri des redoutes, pour s’opposer aux sorties; enfin réunir tous les moyens. Désormais rien ne vous presse pour prendre Gaète; l’Europe est et sera tranquille. Il y a peu de Russes à Corfou; la moitié même est déjà arrivée en Crimée. Les 2 ou 3,000 hommes que les Anglais pourront envoyer à Gaète ne seront pas en Sicile.
Dans la situation actuelle de l’Europe, où la guerre n’est pas à craindre, la Sicile est tout, et Gaète n’est rien; quand j’entends rien, pour ces deux mois : il faut l’avoir avant le mois de septembre; jusque là rien n’est à craindre; et, si d’ici là vous pouvez entrer en Sicile , les vaisseaux de guerre et bâtiments de toute espèce qu’il y aura devant Gaète, on ne les aura pas en Sicile, et c’est là le grand point. Ce qui est aussi très-important pour vos opérations, c’est d’être maître de Cività-Vecchia et de toute la côte jusqu’à Piombino. Je vous ai écrit d’y envoyer un régiment d’infanterie, un de cavalerie et un général. Il parait que vous aimez à garder toutes vos troupes. Vous avez certainement trop de cavalerie. Dans le doute de ce vous ferez, j’ai ordonné qu’on envoyât à Cività-Vecchia un bataillon suisse qui est à Ancône. Un bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne doit être à Ancône. Le général Lemarois doit y être arrivé; il a besoin d’un régiment de cavalerie; j’imagine que vous le lui avez envoyé. Il faut boucher hermétiquement toute la côte d’Italie aux Anglais et à toute communication avec Corfou. Ordonnez au général qui commande devant Gaète de n’avoir aucun parlementaire avec Sidney Smith; c’est un bavard et un intrigant qui ne cherche qu’à tromper.
Si vous ne chargez pas Masséna de l’expédition de Sicile, envoyez-le à Gaète, et qu’il y demeure de sa personne. Jourdan a l’activité et la prudence nécessaires pour garder Naples et les côtes environnantes. Reynier est tout aussi capable que tout autre de prendre la Sicile. Je ne saurais trop vous recommander d’avoir beaucoup d’officiers d’artillerie et du génie. Ne faites pas commencer le siège de Gaète que vous n’ayez des pièces, des affûts, des munitions, des gabions, des outils, des sacs à terre, etc., et 10,000 hommes d’infanterie; sans cela on aura l’opinion d’un échec, on retardera prise de la place, et on consommera des munitions précieuses. Quand vous en serez là, on pourra tirer du château Saint-Ange, d’Ancône, etc., de la poudre et tout ce qui est nécessaire pour augmenter vos moyens. Quant à moi, je pense qu’il eût été possible de prendre Gaète il y a deux mois. Dans la situation des choses peut-être vaut-il mieux qu’elle ne soit pas prise, si vous entrevoyez le moment de bientôt entrer en Sicile. Que Gaète ne diminue en rien vos ressources et n’affaiblisse point vos moyens pour l’expédition de Sicile. Gaète ne résistera pas à une attaque suivie, si vous ne manquez pas d’artillerie ni de munitions. Sans aucune espèce de doute, vous pouvez l’enlever en douze jours; mais, pour cela, il faut bien des milliers de poudre, bien des affûts, des gabions, des fascines, des outils et un bon nombre d’officiers du génie. Il faut, au siège de Gaète, au moins vingt officiers du génie et beaucoup d’officiers d’artillerie. Je désire bien avoir votre situation au 15 mai, votre répartition, et que vous me fassiez connaître comment vous organisez votre expédition de Sicile. Par les états de situation que j’ai , je vois qu’il n’y a que les 10e et 62e, formant moins de 3,000 hommes, devant Gaète. Je ne vois pas qu’en général il y ait là tous les moyens nécessaires pour faire les travaux préparatoires du siège. Je ne vois pas assez de compagnies d’artillerie , pas assez d’infanterie. Il faut aussi quelque cavalerie pour surveiller les côtes. Vous pouvez mieux placer votre armée, qui ne laisse pas que d’être considérable. La cavalerie pourra vous servir sur plusieurs points de la côte. J’ai toujours eu l’habitude, à Boulogne et sur toutes les côtes de la Bretagne , de la Normandie, etc., de faire exercer les chasseurs et les hussards aux manœuvres du canon, de manière qu’ils accouraient partout où il était nécessaire pour aider au service des batteries.
Il faut mettre devant Gaète un de vos principaux généraux. Je n’y vois que le général de brigade Lacour; c’est bien peu de chose. Girardon vaudrait mieux que Lacour. Il faut y mettre quatre ou cinq généraux de brigade pour commander à la tranchée et faire vraiment le service. La plus grande partie de vos officiers du génie doit être au siège de Gaète.
Malgré tout le bon esprit qui règne dans votre royaume, ne vous y fiez pas trop; n’armez pas trop de monde ; cela vous est inutile et ne peut être que dangereux. Au moindre mouvement qu’il y aurait sur le continent, cela tournerait contre vous; au lieu qu’avec une armée de 40,000 hommes, que vous avez en infanterie, cavalerie, artillerie, Français, Italiens et Polonais, vous pouvez disposer de 15,000 hommes pour l’expédition de Sicile, en mettre 9,000 devant Gaète, et vous trouver encore avec une réserve de 16,000 hommes. Il n’y a pas de jour que je n’écrive pour organiser comme il faut vos dépôts de cavalerie et d’infanterie; on m’en envoie l’état de situation tous les cinq jours, et on y porte une grande attention.
Renvoyez les généraux et officiers isolés dont vous n’avez pas besoin; gardez moins de cavalerie, si elle vous coûte trop cher; mais veillez à ce que les régiments de dragons et de chasseurs achètent des chevaux dans le royaume de Naples. Il serait malheureux que les régiments de cavalerie que j’ai là se perdissent. Tenez la main à ce qu’ils aient toujours au moins 500 chevaux; ce sera une petite dépense, et cela maintiendra ma cavalerie en haleine et en bon état. Quand on est ensuite pressé, on n’a plus le temps. J’imagine que vous avez de la cavalerie autour de Gaète, et que le service se fait bien sur toute la côte de Cività-Vecchia et de Gaète à Naples.
Mes troupes sont toujours en Allemagne, que je ne veux pas évacuer que je n’aie les bouches de Cattaro; mais un courrier parti de Saint-Pétersbourg a porté l’ordre de me les remettre; ainsi je crois que cela va bientôt finir. Si j’étais menacé de la guerre, je vous dirais : Prenez Gaète, concentrez-y tous vos moyens, et ajournez l’expédition de la Sicile. Dans ma position actuelle, je vous dit l’inverse.
Moins vous ferez attention à Sidney Smith, moins vous en parlerez, et mieux cela vaudra.
Il faudrait punir les officiers qui étaient chargés de conduire le prisonniers et les ont laissés échapper. Cette manière insouciante de servir est bien coupable.
Les affaires avec la Hollande sont arrangées, et avant peu Louis sera roi de Hollande. Il a bonne volonté, mais sa santé continue d’être médiocre.
Il paraît que l’escadre où se trouve Jérôme, qui a été aux Grandes Indes, a pris un grand convoi anglais et trois vaisseaux de guerre. Je n’ai point d’inquiétude sur cette escadre.
Vous ne me parlez point encore de l’établissement de l’estafette: j’imagine cependant qu’elle doit vous arriver.
Saint-Cloud, 20 mai 1806
A M. de Champagny
Monsieur Champagny, j’ai attaché comme auditeurs au ministère et à la section de l’intérieur MM. Stassart, Chaillou, Lafond, Mau bourg, Mounier, Pepin de Belle-Isle, Tournon, Molé, Campan et Barante. Jusqu’à ce moment, vous n’avez encore rien organisé pour leur donner du travail. Je désire que vous les employiez de manière qu’ils soient utiles et qu’ils apprennent les affaires. Vous pouvez les charger de l’instruction des mises en jugement et de diverses autres affaires spéciales qui, par leur nature, doivent être délibérées au conseil. Vous pouvez aussi leur faire faire des inspections dans les magasins, les prisons, les hospices, les maisons de force, les dépôts de mendicité. Vous pouvez leur donner des missions spéciales pour vous rendre compte de la situation des travaux qui s’exécutent sous vos ordres. A leur retour de ces voyages, ils vous rendraient compte non-seulement de l’objet fixé de leur mission, mais des observations qu’ils auraient faites dans les départements qu’ils auraient parcourus. Ainsi, sur les dix auditeurs que j’ai attachés à votre ministère et à la section de l’intérieur, six pourraient être toujours en course; quatre seraient employés à l’instruction des affaires auprès de votre ministère, donneraient à la section les renseignements qui seraient nécessaires, et y développeraient les motifs de vos propositions.
Saint-Cloud, 21 mai 1806
A M. Fouché
Les mémoires de M. de Vauban que vous m’avez remis sont assez importants; mais en les lisant on voit qu’il doit y avoir des pièces justificatives qu’il serait intéressant d’avoir.
Je désire connaître par quelle circonstance le préfet de police l’a arrêté. C’est un homme qui paraît retors et intrigant. Faites-moi connaître son âge, ses moyens d’existence et ce qu’il a fait depuis fructidor.











