Correspondance de Napoléon – Mai 1806

Saint-Cloud, 6 mai 1806.

Au prince Eugène

J’ai envoyé mon aide de camp Lemarois pour commander à Ancône et sur toute la côte, depuis Rimini jusqu’aux frontières de Naples, afin d’empêcher l’introduction des marchandises anglaises et les communications qui alimenteraient Corfou et les escadres russes et anglaises de l’Adriatique. Il sera immédiatement sous vos ordres. Il commandera toutes les troupes qui se trouveront dans les États du Pape, entre les Apennins et la Marche d’Ancône. Vous verrez le nombre de troupes qui y sont. J’imagine que 1,000 ou 1,200 hommes sont nécessaires pour cet objet.

 

 Saint-Cloud, 6 mai 1806

A M. Bérenger

Je n’ai point trop compris votre état des contributions de la Grande Armée. J’ai écrit au ministre des finances, qui est familiarisé avec la forme des états qui me sont remis, et qui me le fera rédiger de manière que je le comprenne rapidement. En attendant, je désire savoir positivement si c’est cinquante millions que j’ai à la disposition de la Grande Armée, ou seulement quarante-six millions. M. Daru prétend que je dois avoir cinquante millions.

 

Saint-Cloud, 6 mai 1806

DÉCISION

Le ministre directeur de l’administration de la guerre fait un rapport sur les moyens d’embarquer, à Lyon, le régiment d’Isembourg. Approuvé, en ayant soin de faire connaître que cela est pour épargner de la fatigue aux soldats et par économie de souliers et d’étapes, et qu’il n’y a aucune mesure pressée. Vous pourrez ordonner au colonel Isembourg, à lui-même, de se rendre à Lyon pour faire tous les préparatifs. On pourrait faire la même chose ponur le 2e bataillon de la Tour d’Auvergne, qui se rend à Avignon.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1806

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES.

L’Empereur désire que le ministre des finances lui fasse connaître par une note, combien produiront au trésor les salines de l’Est; le bail doit être payé en une certaine quantité de quintaux de sel, dont la régie doit tenir compte au trésor, au prix commun des ventes. La régie vendra le quintal : 1° la valeur de sel; 2° deux sous pour le droit général; 3° un sou pour le droit particulier aux salines. Il doit revenir au trésor : l° une somme de trois millions par la valeur de la quantité déterminée des quintaux de sel; 2° deux autres sommes pour le droit général et pour le droit particulier.

Indépendamment de ces payements, les salines ne doivent-elles pas acquitter, sur le sel vendu pour leur compte, le droit général et le droit particulier ?

 

Saint-Cloud, 7 mai 1806

A M. Fouché

Il paraît un quatrième volume de Millot qui contient une infinité de choses absurdes et contraires à la gloire de nos armes. Il est tout à fait indécent que des hommes si ignorants écrivent d’une manière classique sur des choses qui se sont passées de nos jours. Faites supprimer ce volume.

J’entends beaucoup de tripotages sur le régiment de la Tour d’Auvergne. Prenez des renseignements et faites-moi connaître ce que cela veut dire. Rendez-moi aussi compte du duel qui a eu lieu.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je vous envoie le plan de Wesel avec le mémoire des officiers du génie. Mon intention est qu’on lève de suite, sur une grande échelle, le terrain à 1,200 toises de la place sur les deux rives, et qu’on fasse de nouvelles observations sur la possibilité de remplir d’eau les fossés, Puisque l’Issel a de l’eau, pour peu qu’il y en ait, il doit y en avoir assez pour que, dans l’été le plus sec, on puisse maintenir sept ou huit pieds d’eau dans les fossés pendant plusieurs mois. Cette eau n’aurait pas besoin d’être renouvelée, et, dès lors, il serait indifférent que le cours de l’Issel fût intercepté. Dans le mémoire, on propose de relever les escarpes, mais il ne paraît pas qu’il y ait impossibilité de se procurer de l’eau avec un peu de prévoyance.

La citadelle paraît le point principal de la défense ; c’est donc là qu’il faut construire des casernes et magasins. Si l’ennemi attaque la citadelle, on ne manquera pas d’églises dans la ville pour placer les hôpitaux et la partie de la garnison qu’on voudra reposer. Au lieu que, si l’ennemi prenait la ville, on n’aurait plus les moyens de renfermer les munitions et les dépôts de l’armée. Tant que la citadelle n’est pas prise, l’ennemi n’a réellement rien; c’est donc là qu’il faut renfermer les magasins à l’abri, les casernes, les souterrains.

Mon intention est qu’on répare sur-le-champ les deux casernes qui sont dans la ville, mais pour le simple usage, et qu’on me présente les projets pour étab1ir dans la citadelle les magasins, la manutention, les établissements d l’artillerie, à l’épreuve de la bombe. C’est aussi dans la citadelle que devra être l’arsenal. Sept cent milliers de poudre sont beaucoup trop. On pourrait destiner un ou deux des magasins à poudre pour y établir les salles d’artifice et autres manutentions d’artillerie. Ce sont des ouvrages de détail, qui ne peuvent être conçus que lorsque le plan aura été visité par les chefs du génie.

J’avais toujours ouï dire que Wesel avait une inondation. Il parait, par le mémoire des officiers du génie, que cette notion est fausse, mais il faudrait en être certain. Il est dit positivement dans le mémoire que l’inondation est impossible pendant l’été; mais il n’est pas dit qu’elle ne puisse avoir lieu dans les autres saisons de l’année. On sait que les siéges se font souvent dans le printemps ou l’automne, qui sont très-rudes dans ces climats.

Wesel est la position juste que je pourrais désirer pour flanquer la Belgique et soutenir le nord de nos frontières. Elle est, pour l’offensive, la véritable position pour appuyer l’armée qui ferait la guerre à la Prusse. Mais si une fois l’armée française avait repassé le Rhin, la place se trouverait trop isolée, trop hermétiquement bloquée. L’occupation de l’île Büderich et la construction d’une forteresse sur la rive gauche peuvent seules donner à Wesel l’importance nécessaire pour que cette place soit une barrière pour la France, comme sont Strasbourg et Mayence. Il faudrait que cette citadelle et l’ouvrage qu’on ferait pour occuper l’île eussent une communication directe avec la citadelle, de manière que, la ville prise, l’ennemi ne pût empêcher la communication , sinon de jour, au moins de nuit, sinon sur un pont de radeaux, du moins sur des bateaux isolés. Je désirerais qu’on me présentât un projet d’un pont de radeaux qui irait de la rive gauche à l’île de Büderich et de l’île à la citadelle: les voyageurs payeraient un droit de passe et couvriraient la dépense.

Il faudrait que les ouvrages de Büderich fussent faits de manière qu’ils pussent se rattacher aux ouvrages qu’on construirait sur la rive gauche, ou bien à la citadelle, si les nouveaux ouvrages étaient pris. La nature de ces ouvrages, leur position, la manière de conduire progressivement les ouvrages, année par année, de manière que chaque 500,000 francs qu’on dépensera fassent faire un pas vers le but proposé, doivent être l’objet des méditations du corps du génie. Strasbourg, Mayence et Wesel, voilà les brides du Rhin. Ce n’est pas un système de frontières comme en Flandre, système que plusieurs siècles de rivalité entre deux puissances ont pu seuls établir, mais c’est un système de trois grandes places de dépôt, pouvant gagner une campagne et donner à l’Empire une année de répit. Il ne faut pas cependant que les ouvrages qu’on propose passent trois à quatre millions. Je ne comprends dans cette dépense aucune espèce de caserne, si ce n’est les souterrains, qui entreraient dans la construction même de la place. Ainsi je désire que le premier inspecteur du génie réponde sur ces trois questions après avoir vu la place : Wesel petit-il avoir la même force que Mayence et que Strasbourg ? Peut-il jouer le même rôle ? Quels sont les ouvrages nouveaux à établir pour lier la place avec la rive gauche ? La première réflexion qui se présente, c’est que les petits forts qu’on établit à Büderich et sur la rive gauche, il aurait fallu les établir à Wesel, quand même nous n’aurions pas eu Wesel. Cette place prise, ils présenteront encore une résistance considérable. On aura soin de projeter les choses de manière que, par la suite, on puisse constamment les améliorer et donner à ces ouvrages un nouveau degré de force et de résistance qui ait été calculé et prévu au moment où on posera la première pierre. C’est avec les siècles que les millions ne sont rien. Luxembourg aura coûté plus de soixante millions; mais la France et l’Autriche ont été deux cents ans à y dépenser beaucoup d’argent, chacune à son tour.

Il est aussi une question qui doit être le résultat du calcul : c’est de savoir où on doit faire la dépense des établissements militaires. Pas de doute que ce ne soit dans la citadelle plutôt que dans la ville;
mais faut-il les faire dans la citadelle actuelle ou dans les nouveaux ouvrages ? C’est une question qui peut se résoudre. Je désirerais aussi connaître combien il faudrait d’argent pour construire sur la rive gauche une citadelle aussi forte que celle de Wesel. Une citadelle qui me paraîtrait imprenable serait celle qu’on pourrait faire dans l’île de Büderich. Il y a cent vingt toises de l’extrémité de l’île à la rive gauche, et à peu près autant à la rive droite. Cette idée mérite d’être méditée. La nature du terrain de l’île, la possibilité d’y fonder, et beaucoup d’autres considérations doivent décider l’ingénieur. Il semble qu’en occupant en force la rive de l’île Büderich qui regarde la rive gauche du Rhin, l’ouvrage qu’on ferait sur la rive gauche serait soutenu à cent vingt toises par des batteries disposées dans l’île sur une longueur de trois à quatre cents toises.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1806

DÉCISION

Le sieur Elie Feuillans supplie l’Empereur de lui permettre d’offrir une pension de 600 francs à l’un des braves de la Grande Armée. Il n’appartient qu’à l’Empereur de récompenser les braves.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1806

DÉCISION

Le ministre directeur de l’administration de la guerre soumet à l’Empereur un rapport sur la nature des bois indigènes qu’on pourrait approprier à la fabrication des bois de fusils. Il parait que le meilleur bois pour les bois de fusils est le noyer. Avant d’admettre, pour leur fabrication, un autre bois que le noyer, il faudrait savoir s’il n’y aurait pas moyen de le rendre moins cher, en marquant, par exemple, dans les forêts communales et du domaine, les noyers pour être destinés seulement à cet usage. Cela ne pourrait pas faire grand tort à nos ventes. Le prix du noyer tomberait et on l’aurait pour rien. Il faut que M. Gassendi se concerte avec M. Bergon , et qu’ils me présentent un projet là-dessus.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur de Talleyrand, je désire que vous voyiez M. de Vincent; que vous lui disiez que le 5 mai l’ordre doit être parti pour fermer les ports de Fiume et de Trieste aux escadres russes et anglaises; qu’il a dû y arriver le 9; que j’ai en conséquence donné l’ordre que, si le 12 cet ordre n’était pas arrivé, et les ports fermés aux Russes et aux Anglais, mes troupes occuperaient, au lieu de Cattaro , lesdits ports de Trieste et de Fiume; que si la cour de Vienne a tenu parole, j’attendrai encore un mois; à défaut de quoi je ferai occuper Trieste et Fiume, et je retiendrai la place de Braunau jusqu’à ce que les bouches de Cattaro soient évacuées; que c’est moins pour l’occupation en elle-même des bouches de Cattaro, où il n’y a que 1,500 Russes et que je pourrais bien reprendre, que par indignation d’être joué pour la troisième fois par l’Autriche, non du fait de l’empereur, mais des ministres. J’imagine qu’en conséquence de cette conférence M. de Vincent expédiera un courrier à sa cour. Vous en expédierez un à M. de la Rochefoucauld; il fera comprendre que mes troupes ruinent la Bavière, et qu’il n’est point juste qu’elle souffre de la mauvaise foi; qu’il n’y a pas plus de 1,500 Russes à Cattaro, et que, si les Autrichiens veulent le reprendre, ils en sont les maîtres.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1806

Au général Junot

J’ai lu votre lettre. Je n’ai pu voir qu’avec la plus grande peine votre conduite dans cette circonstance. Comment avez-vous pu oublier l’immense supériorité que vous donne la confiance connue que j’ai en vous, pour mettre aux arrêts un administrateur, un préfet, qui a aussi ma confiance ? Vous me connaissez assez pour savoir que je ne pèche point par trop de complaisance pour mes amis. Je désire donc que vous fassiez les premiers pas. Le préfet, en venant travailler chez vous, par cela seul vous a donné la plus grande marque de déférence. Il doit correspondre avec le ministre, et c’est mon intention ; sans cela, l’administration de Parme et de Plaisance deviendrait un chaos, et, quelque bien que vous puissiez faire , je finirais par être mécontent de vous. Parme doit suivre la marche générale qui est suivie dans l’Empire. Je pensais que vous aviez assez de tact pour ne point abuser ainsi de votre autorité,. Cela me blesse et fait tort à mon discernement. Vous avez traité un préfet comme vous auriez pu faire un caporal de votre garnison. Il y a là un défaut de tact et un oubli de vous-même qui me paraît inconcevable. Ce que vous avez fait est sans exemple. Je n’ai qu’un mot à vous dire si cela s’arrange à la satisfaction du préfet et du pays, je l’oublierai; sinon , je ne vous emploierai de ma vie dans aucune affaire civile. Pendant tout ce temps, le service ira mal à Parme. Je suis très fâché que vous ayez sacrifié le bien de mon service à de vains prétextes. Tout ce que vous pourrez me dire ne fera rien sur mon opinion. Vous avez eu tort, tort que je trouve d’autant plus injuste, que le préfet a envoyé des pétitions pour demander un duché pour vous, démarche que j’ai trouvée très-inconvenante.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

A M. Champagny

Écrivez à M. Nardon que je reconnaîtrai, par la manière dont il se conduira, le véritable attachement qu’il porte à mon service; qu’il doit continuer à correspondre avec les ministres et à me rendre compte de tout par leur canal; qu’il ait pour le gouverneur général les égards qu’il lui doit ; que le gouverneur général n’a point le droit de le mettre aux arrêts, manière arbitraire de se conduire et qui est inconnue dans la hiérarchie de l’ordre civil; mais qu’il ne doit plus être question de cette affaire; que Sa Majesté espère que, d’une part comme de l’autre, on voudra plaire à l’Empereur en faisant bien marcher le pays et en vivant bien ensemble; que ce mouvement  de vivacité, de la part du gouverneur général , serait moins pardonnable dans tout autre que chez lui, dans la tête duquel il n’entre point de différence de commander à l’ordre civil ou militaire; mais que lui-même s’en est repenti, puisque immédiatement après il levé les arrêts.

La présence d’un militaire pour gouverneur général, dans un pays si éloigné, est indispensable pour imposer aux habitants et mettre l’ordre civil à l’abri de discussions avec des subalternes militaires.

 

Saint-Cloud , 9 mai 1806

DÉCISION

M. de Rémusat fait connaître que mademoiselle Contat demande à se retirer du théâtre, et qu’elle réclame une représentation à son bénéfice. Je ne suis pas obligé d’accorder une représentation à une actrice. Puisque Mlle Contat est en état de servir, il faut qu’elle continue. Savoir si la retraite est obligée : elle est toujours censée accordée à la personne qui ne peut plus servir.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

A M. Champagny

Monsieur Champagny, après toutes les difficultés qu’il y a à placer l’arc de triomphe sur la place de la Bastille, je consens qu’il soit placé du côté de la grille Chaillot, à l’Étoile, sauf à remplacer l’arc de triomphe sur la place de la Bastille par une belle fontaine, pareille à celle qu’on va établir sur la place de la Concorde.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

A M. Mollien

Je lis votre rapport du 7 mai sur la situation du payeur de la Grande Armée. Je trouve que vous faites dans vos états trop de soustractions et d’additions, ce qui les rend compliqués, au lieu de les simplifier. Vous vous analysez quatre on cinq fois dans votre rapport; il ne faut s’analyser qu’une seule fois, et présenter un seul état qui comprenne la recette et la dépense;   sans quoi cela me fatigue extraordinairement la mémoire. Il résulte de cet état que, pour les besoins du service pour payer la solde de janvier et d’avril, de février et de mai, il faudrait dix-sept millions; qu’il n’y en a en caisse que douze, et que 3,069,000 francs ont été dépensés. Je demande l’état de dépense de ces 3,069,000 francs.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

DÉCISION

Le ministre de la guerre soumet à l’approbation de l’Empereur une liste de douze officiers que le prince d’Isembourg désire être conservés dans son régiment. J’ai déjà rejeté ces nominations, et elles n’eussent pas dû m’être représentées. Mon intention est que l’on ne me propose aucun Français ni aucun homme qui ait servi dans nos rangs, ces régiments devant servir de débouchés pour ceux qui ne peuvent pas servir dans la ligne.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, tous les cantonnements de la gauche du Danube peuvent s’étendre jusqu’à Würzburg, si cela est nécessaire, surtout pour la cavalerie. Il faut rester dans la situation où l’on est, jusqu’à ce qu’il y ait une finale pour les affaires de Cattaro.

Les corps de l’armée doivent être pourvus abondamment de moyens d’habillement, puisque la masse d’habillement a continué à être payée aux dépôts sur le pied du complet en temps de paix. Il leur reviendra sans doute un rappel en supplément, au moment de la première revue; mais cependant les dépôts devraient avoir des moyens considérables.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je vous envoie un décret pour faire payer la solde aux corps du général Marmont. Prenez de l’argent où vous voudrez, mais il faut que, quarante-huit heures après que vous aurez reçu ce décret, les fonds soient envoyés aux payeurs, pour que la solde soit sur-le-champ mise au courant. Je vous recommande les bataillons d’élite des 81e, 13e et 9e de ligne. Je serais bien fâché que ces braves gens, qui se sont tant distingués, souffrissent de l’arriéré de leur solde. Faites faire un décompte particulier de ce qui leur est dû, envoyez-leur l’argent par la voie la plus prompte. Vous leur ferez connaître l’intérêt que je leur porte pour les services qu’ils m’ont rendus, les témoignages d’amour qu’ils m’ont donnés et la bravoure qu’ils ont montrée. Écrivez aux chefs des bataillons de vous en voyer un état particulier. Recommandez aux généraux qui commandent en Istrie et en Dalmatie de ne pas exposer sans fruit ces braves grenadiers, de mettre de préférence en avant les soldats des basses compagnies , et de garder ces hommes éprouvés pour des réserve.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, j’ai reçu vos lettres de Catanzaro et Cariati, du Mavril. Je donne ordre que l’on me fasse, aux relations extérieures, un travail sur les différents objets dont vous me parlez, sur vos armoiries, sur votre pavillon , etc. Je crois que ce que vous proposez est ce qui sera jugé le plus convenable. J’ai vu la prise de la Bergère, qui a été un peu imprudente d’aller attaquer une frégate. Les moyens de la marine de Venise sont bien peu de chose; ils sont employés à fournir aux Iles de la Dalmatie, diversion qui influe sur la Sicile, en attirant les forces des Russes. J’ai donné ordre à M. Lavallette de vous envoyer tous les jours, par l’estafette de Naples, les journaux et les nouveautés qui paraîtront ici.

 

Saint-Cloud, 9 mai 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, ce n’est pas par l’ordonnateur que vous devez me faire passer les renseignements que je vous demande sur la manière dont a vécu mon armée d’Italie depuis le 11, vendémiaire, c’est par le ministre de la guerre. Prenez des renseignements sur la nature des réquisitions qui ont été faites; je crois être certain qu’on a requis du pain, du vin, de la viande et du sel. Prenez ces renseignements à part, indépendamment de ceux de l’ordonnateur.

 

Saint-Cloud, 11 mai 1806

A M. Fouché

Je lis dans le journal de l’Empire un article relatif à un mariage de mademoiselle Tascher. Il est incroyable que M. Fiévée perde ainsi la carte. Il est vraiment nécessaire de changer ce rédacteur. Il ne devait point imprimer un pareil article sans mon approbation : c’est tout ce qu’auraient pu faire les journaux dans le temps qu’ils ne connaissaient ni égards, ni surveillance. Ordonnez-lui de démentir cette nouvelle dans son prochain journal, en disant que c’est une chose hasardée qu’il ne savait pas.

 

Saint-Cloud, 11 mai 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, si du procès il résulte quelque chose de défavorable au préfet de Bologne, nul doute qu’il ne faille le retirer de Bologne et le placer ailleurs. Mais s’il n’est point compromis directement, je ne vois pas pourquoi il serait changé. Avec un fonctionnaire de cette importance, les scrupules d’un cardinal ne suffisent pas, et il serait dangereux qu’ils fussent des motifs suffisants pour déplacer des préfets. Il faut punir le préfet s’il est coupable; mais s’il est innocent, il faut qu’il reste à sa place. C’est ce que le procès éclaircira.

Guicciardi a raison; il doit avoir la conduite des affaires de police de Venise avec celles du reste du royaume; mais il a tort de se formaliser de ce que Lagarde vous écrit.

Les affaires officielles doivent passer par le canal de Guicciardi, mais les correspondances confidentielles que vous pouvez avoir ne regardent pas les ministres. Je ne trouve pas convenable votre raisonnement que Lagarde et Guicciardi se détestent. On peut se détester et correspondre; quand il s’agit de mon service, on doit mettre bas toutes les passions. Il faut donc les garder tous deux et ordonner à Lagarde de correspondre avec Guicciardi, et l’autoriser à vous écrire directement quand il aura quelque chose d’important à vous faire connaître. Tout ce que vous avez fait avant la réunion de Venise ne peut vous lier. Aujourd’hui que l’État est un, la police doit être une.

La forme définitive à donner à la constitution ne sera pas facile à trouver. Il faut partir du principe que tant que je conserverai le couronne, je veux conserver le pouvoir législatif; quand elle passera en d’autres mains, je verrai alors ce qu’il sera convenable de faire. Je trouve le Conseil d’État assez nombreux, puisqu’il est aussi nombreux que celui de Paris, mais je ne vois point de difficultés d’augmenter les Collèges, la seule chose qui puisse être faite actuellement par un statut.

Occupez-vous sans cesse de Palmanova; rien ne m’intéresse davantage. J’ai reçu les plans de Lauriston sur Zara; mais je voudrais avoir un mémoire en règle qui me fît connaître, pièce par pièce, cette place. Écrivez donc aux officiers du génie de faire enfin leur métier et de me faire connaître la situation des places.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

A M. Gaudin

J’ai reçu votre état des fonds de la Grande Armée déposés à la caisse d’amortissement. Je vois, par l’état no 1, que j’ai cinquante-quatre millions en caisse, moins 3,900,000 francs de traites qui paraissent n’avoir aucune valeur. Le produit réel des contributions de la Grande Armée est donc de 50,100,000 francs; et je crois cependant qu’il n’a été versé à la caisse d’amortissement que 46,721,000 francs : différence 3,379,000 francs. Sur ces 3,379,000 francs, il y a 2,600,000 francs en obligations de la banque de Vienne, que vous ne portez pas comme existant à la caisse d’amortissement. Il reste donc une différence de près de 700,000 francs. Faites-moi connaître les raisons de cette différence.

Je vois également que, ce qui a été dépensé à la Grande Armée se monte à 21,400,000 francs, et cependant vous ne portez, comme ayant été perçu en billets de banque, état n° 1, que 19,900,000 francs : différence 1,500,000. Je vous prie de me donner de nouveaux éclaircissements sur cet objet.

 

Saint-Cloud. 13 mai 1806

Au roi de Bavière

Monsieur mon Frère, je sais que vos peuples souffrent, et je suis vraiment peiné que l’événement extraordinaire de l’invasion des bouches de Cattaro ait retardé l’évacuation de l’Allemagne par mes troupes; mais les protestations de la cour de Vienne sont telles, que j’ai lieu d’espérer qu’avant qu’il soit peu cet état de choses finira.

En attendant, j’ai ordonné que tout le biscuit que j’ai à Augsbourg, Ulm, etc., fût transporté à Braunau, afin que, lorsque mes troupes évacueront, ce biscuit soit mis à la disposition des ministres de Votre Majesté, pour être distribué à ses peuples. J’ai également ordonné qu’on mît à sa disposition 30,000 quintaux de blé, à Strasbourg et à Mayence, que Votre Majesté fera distribuer à ses peuples comme elle le jugera convenable. Je désire que Votre Majesté dispose également de 10,000 quintaux de blé dans mon royaume d’Italie, et je donne ordre à Milan qu’ils soient remis à Vérone aux personnes que Votre Majesté voudra charger de les recevoir. Elle s’en servira comme elle le jugera à propos pour le soulagement de ses peuples.

J’ai ordonné que Votre Majesté fût mise en possession de tout le Tyrol italien. Je la prie seulement de s’engager à ne mettre aucune troupe et à ne faire aucune fortification en deçà de Trente, dans une ligne qui sera tracée et passerait par Roveredo; mais Votre Majesté comprend bien que cette condition n’est pas pour elle, et seulement pour l’avenir. J’autorise le maréchal Berthier à passer cette convention avec le ministre de Votre Majesté et à la mettre sur-le-champ en possession de tout le Tyrol italien.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

Au général Lacuée, Président de la section de la guerre au Conseil d’État

Je désirerais que le directeur de la conscription et le président  du comité des revues fût le même homme, et je ne vous cache pas que je ne vois que vous pour occuper la première fois cette place et diriger ces affaires de manière qu’elles aillent. J’ai envoyé le premier projet au Conseil d’État; je vous envoie celui-ci. Confondez les deux projets en un seul.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

Au général Junot

Je vois avec plaisir l’énergie que vous mettez dans votre gouvernement. Les quarante-quatre individus qui ont été condamnés à mort et aux galères sont une mesure salutaire qui servira d’exemple et refrénera par la suite ces peuples qui voulaient se livrer à leur inconstance naturelle.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, vous trouverez ci-joint mes observations, que j’ai dictées à Aldini, sur le budget de 1806; faites-moi connaître les vôtres. Vous verrez que j’ai accordé des fonds pour le Reno, pour le canal de Pavie et le nettoiement des lagunes de Venise. Je fais examiner par des ingénieurs francais les projets que vous m’avez envoyés sur le Reno et le canal de Pavie. Faites faire les préparatifs pour commencer ces travaux. Je prends un grand intérêt à la navigation du Mincio, afin que, de Venise et de Mantoue, je puisse communiquer avec le Tyrol. J’ai fait des fonds pour cela; faites travailler dès cette année.

J’ai laissé un fonds de réserve de 5,565,000 francs dont je ferai la distribution. J’ai augmenté la liste civile d’un million , vu l’accroissement du royaume par la réunion de Venise.

Je n’ai pas approuvé le projet de code judiciaire que vous m’avez envoyé; j’y ai substitué celui que j’ai adopté ici. Je le fais traduire; je vous l’enverrai dans la semaine. J’ai signé une nouvelle organisation des tribunaux, plus économique que celle qu’on m’a proposée.

Si vous avez besoin des auditeurs qui étaient avec M. Dauchy, vous pouvez les garder; si vous n’en avez pas besoin , envoyez-les à Naples, où le Roi S’en servira.

Réitérez l’ordre positif au sieur Brossier de ne pas perdre un moment pour lever tout le pays entre l’Isonzo et le Tagliamento ; ce pays m’importe aujourd’hui beaucoup plus que l’intérieur du Milanais. Il est douteux que les Autrichiens nous donnent ces cartes, et bientôt nous évacuerons ce pays sans les avoir. J’ai donné des ordres au ministre de la guerre, mais il y aura nécessairement du retard de son côté. Que, douze heures après la réception de cette lettre, tous les ingénieurs partent pour l’Isonzo; on peut cependant en laisser deux ou trois pour le travail, qui se fera avec plus de lenteur, du nord du Milanais.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai lu avec attention le mémoire de M. Joubert, d’où il résulte que les communes n’auraient rien fourni. Cependant vous m’aviez parlé de six millions, et je dois vous avoir accordé plusieurs sommes sur les distributions mensuelles pour solder les réquisitions qui ont été faites. L’observation que vous faites que l’on doit solder aux communes tous les bons qui leur ont été signés, sans avoir égard à l’admission, ou non, du commissaire ordonnateur, est une raison mauvaise, et c’est autoriser la friponnerie et la vénalité des communes, qui ne doivent jamais être mises dans le cas de couvrir les friponneries des commissaires des guerres. Faites-moi dresser un état de ce qui a été dépensé, soit du trésor d’Italie, soit de ce que j’ai accordé du trésor public de France, pour payer les réquisitions des communes; et toutes les pièces que l’ordonnateur n’a pas admises, non-seulement ne doivent pas être payées, mais on doit procéder contre les individus qui ont reçu , pour les obliger à restituer. Après toutes les plaintes que vous m’avez portées, je suis surpris d’apprendre que ces réquisitions ne vont qu’à 2 on 300,000 francs.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous alliez Capo d’Istria. Je suis très-alarmé de ce que vous me dites qu’il y a des dysenteries dans ma division d’Istrie. Faites-lui passer tous les secours qu’il vous sera possible. Le riz, dans pareil cas, est une bonne nourriture.

Je vous envoie une lettre du général Marmont qui me parait inquiétante. J’ai déjà donné des ordres pour que la solde fût payée à son corps d’armée; mais faites-lui donner quelque chose de plus parce que, tant qu’il sera dans le Frioul, il est tout simple qu’il ai des besoins et qu’une si grande quantité de troupes renchérisse le denrées dans ce pays.

Saint-Cloud, 13 mai 1806

Au roi de Naples

Je reçois vos lettres des 28 et 30 avril. Cent pièces de gros canons à Tarente sont beaucoup trop. C’est de l’artillerie française que j’avais envoyée de Mantoue. Faites-en passer à Gaëte et à Reggio Mais il est nécessaire de conserver de grands moyens d’artillerie, á Tarente; c’est le point qui est destiné à jouer le plus grand rôle un jour.

J’ai vu avec plaisir que le marquis de Rodio avait été fusillé.

Vingt mille conscrits de la levée de 1806 seront avant la fin de l’année en Italie, pour recruter tous mes cadres. Le moyen que vous proposez pour recruter quatre régiments français par des Napolitains est mauvais; vous n’aurez bientôt plus de réserve sur quoi vous puisiez compter. Jusqu’à un nouveau temps, mon intention est de laisser à votre disposition quatre ou six régiments français complétés au pied de guerre, pour le service de votre royaume. Cette troupe, dans laquelle il n’y aura pas de Piémontais, mais tous Français de l’intérieur, vous forment une réserve qui vous mettra à l’abri de tout. Il vaut mieux former deux on trois régiments napolitains; je n’ai pas d’inconvénient à les faire servir en France, où ils prendront de l’attachement pour le pays et une habitude de discipline et d’ordre qu’ils ne contracteront jamais chez eux. Je n’ai point fait autrement pour mon royaume d’Italie, et je m’en suis bien trouvé. Tenez la main à ce qu’aucun Napolitain n’entre dans les régiments français; ce serait tout perdre. Vous ne sauriez à quoi vous fier dans des événements extraordinaires. Ceci doit être votre politique, au moins pour dix ans.

Les voyages que vous faites sont d’un très-bon effet. En vous montrant partout avec des troupes, c’est le moyen d’accoutumer le pays à votre gouvernement.

Je vous ai recommandé de renvoyer les cadres des 3e et 4e bataillons et des 4e escadrons dans le royaume d’Italie; il faut que je me fasse avec cela une réserve d’une vingtaine de mille hommes. Les conscrits ne peuvent venir de France aux extrémités du royaume de Naples sans habits; il faut qu’ils se forment même un peu avant. Je reçois tous les dix jours la revue de vos dépôts; j’en ferai partir une partie pour vous rejoindre.

Je vous recommande de bien payer votre armée et de renvoyer tout ce que vous ne pourrez pas payer.

 

Saint-Cloud, 13 mai 1806

A M. Fouché

J’ai donné la permission à M. et Mlle de Léon de retourner à Paris.

Faites leur connaître que je leur ai accordé la fin de leur exil à la demande de Mme de Mortemart.