Correspondance de Napoléon – Mai 1800

Lausanne, 14 mai 1800

Au général Desaix

Je recois à l’instant, mon cher Desaix, votre lettre du l5 floréal.  Votre première lettre m’avait instruit que vous deviez partir peu de jours après l’aviso qui a conduit l’aide de camp du général Kléber. J’étais donc vivement inquiet de voir un mois s’écouler sans de vos nouvelles; je craignais tout de la foi punique. Mais enfin vous voilà arrivé; une bonne nouvelle pour toute la République, mais plus spécialement pour moi, qui vous ai voué toute l’estime due aux hommes de votre talent, avec une amitié que mon coeur, aujourd’hui bien vieux et connaissant trop profondément les hommes, n’a pour personne.

J’ai recu, il y a deux mois, la capitulation; je n’y ai fait aucune observation, puisque vous l’avez signée; mais comment 16 ou 18,000 Français peuvent-ils redouter 30,000 Turs? Il ne vous fallait pas 6,000 hommes pour les battre, leur enlever leurs canons, leurs chameaux, et les mettre pour un an hors d’état de rien faire.

A mon arrivée en France, j’ai trouvé la République perdue, la Vendée aux portes de Paris; l’escadre, au lien d’être à Toulon était à Brest, et déjà désarmée; Brest même menacé par les Anglais. Il a fallu détruire la Vendée, trouver de l’argent, réarmer l’escadre. Elle partait forte de trente-six vaisseaux avec des munitions de toute espèce et 6,000 hommes de débarquement, lorsque les nouvelles de Constantinople nous ont appris la capitulation.

Mais, enfin, n’en parlons plus; venez, le plus vite que vous pourrez, me rejoindre où je serai.

Je vais descendre en Italie avec 30,000 hommes pour dégager Masséna, chasser Melas; après quoi, je retournerai à Paris. L’avant-garde traverse à r l’heure même le mont Saint-Bernard. Quand vous lirez cette lettre, je serai, j’espère, à Ivrée.

Moreau est à Biberach; il a mis trois fois Kray en déroute.

 

 l.ausanne, 14 mai 1800

Au général de brigade davout

J’apprends avec plaisir, Citoyen, que vous êtes arrivé à Toulon. La campagne ne fait que commencer; les hommes de votre mérite nous sont fort nécessaires. Croyez que je n’ai pas oublié les services que vous nous avez rendus à Aboukir et dans la haute Égypte. Quand votre quarantaine sera finie, rendez-vous à Paris.

 

Lausanne, 14 mai 1800

Au chef d’escadron Colbert

J’ai reçu, Citoyen, votre lettre du 15. Je vois avec plaisir votre arrivée. Je n’oublierai jamais la bravoure que vous avez montrée en Syrie. Soyez le bienvenu.

 

  Lausanne, 14 mai 1800

Aux Consuls de la République

J’ai reçu, Citoyens Consuls, votre lettre du 20 floréal. J’ai reçu, par le même courrier une lettre du général Menou, de Rosette, et plusieurs lettres des généraux Desaix et Davout, qui sont arrivés à Toulon. J’écris aux généraux Desaix et Davout, qui sont deux excéllents généraux, de se rendre, par le plus court chemin, auprès de moi, lorsque leur quarantaine sera finie.

Je désire que vous fassiez mettre dans le journal officiel que les généraux Desaix et Davout sont arrivés à Toulon, avec quelques phrases qui fassent sentir que ces deux généraux ont soutenu, même après mon départ, la réputation qu’ils s’étaient acquise dans les campagnes de Hollande et du Rhin.

 

Lausanne, 14 mai 1800

Au général Mortier, commandant la 17e division militaire, à Paris

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 19 floréal. La plupart des conscrits fournis à la 30e demi-brigades ont déserté avec armes et bagages avant d’arriver à Dijon. Je crains qui’il n’en arrive autant à la 14e. Faites des perquisitions pour connaître ce que sont devenus ces conscrits.

Maintenez Paris tranquille. Cela m’engagera à rester quelques jours de plus absent, ce qui, j’espère, ne sera pas indifférent à M. de Melas.

Je vous salue affectueusement.

 

 Lausanne, 14 mai 1800

Au citoyen Fouché, ministre de la police générale.

J’ai reçu, Citoyen Ministre, les différents rapports que vous m’avez envoyés. Je vois avec plaisir les mesures que vous prenez pour maintenir la tranquillité dans la grande ville.

Ma reconnaissance pour tous les services que vous avez rendu à la République a été encore augmentée par la découverte que vous avez faite du comité anglais.

Le commandant de Dijon vous aura envoyé des lettres à l’adresse du citoyen Normand; ces lettres étaient écrites avec de l’encre sympathique.

Hier, à Lausanne et dans le camp, on a répandu quantité de libelles contre le Gouvernement et spécialement contre moi. Cela me fait pitié.

Les habitants de ce pays se conduisent parfaitement.

 

Quartier général, Lausanne, 14 mai 1800

Au général Duppont, chef d’état-major de l’armée de réserve.

Donnez des ordres pour que le général de division Monnier commande la réserve, composée des 19e demi-brigade légère, 44e de bataille, 70e idem.

La 70e partira de Lausanne le 26, pour rejoindre l’armée.

La 19e légère, qui arrive à Nyon le 27, rejoindra le plus vite possible la 70e. Ordonnez qu’à son arrivée à Gex il s’y trouve un officier de l’état-major de la place de Genève, qui s’assure des fusils dont elle a besoin, ainsi que des cartouches, à raison de cinquante coups par homme. On les leur enverra à leur passage à Nyon.

Quant à la 44e, vous verrez par les dispositions ci-après que le général Monnier en trouvera deux bataillons à Martigny, et successivement le troisième. Le général de brigade Saint-Cyr, le général Schitl, et l’adjudant général qui y est avec la 70e, seront sous ses ordres.

Dites à l’ordonnateur en chef qu’il ait à organiser sur-le-champ tous les services administatifs, ambulances, etc., pour cette division de réserve. Le Premier Consul donnera des ordres pour l’artillerie qu’elle doit avoir.

Donnez des ordres au général Moncey pour lui annoncer qu’il fait partie de l’armée que je commande.

Ordonnez-lui de faire partir le plus promptement possible les deux bataillons de la 44e demi-brigade, mon intention étant que cette demi-brigade entière rejoigne l’armée au Saint-Bernard. En conséquence, le bataillon que le général Moncey devait envoyer au Simplon sera dirigé le plus promptement possible sur Martigny, où il serait nécessaire qu’il arrivât le 30 au plus tard, pour se réunir à la colonne du général Monnier; l’autre bataillon suivra le plus près possible le même mouvement. Donnez l’ordre positif au général Moncey de rassembler environ 1,000 hommes des parties de l’Helvétie le plus à portée du Simplon pour les y envoyer en toute diligence, et qu’ils se réunissent aux 400 hommes du bataillon helvétique, qui est déjà sous les ordres du général Béthencourt; et relevez le bataillon de la 44e, qui, dans ce moment, est au Simplon, de manière que les trois bataillons de la 44e se trouvent le plus promptement possible réunis à Martigny, où ils arriveront successivement rejoindre le général Monnier. Les 1,400 hommes environ qui se trouveront au Simplon suffiront pour le moment, et le général Moncey n’en fera pas passer davantage.

Vous ordonnerez au général Béthencourt de faire passer à Martigny le bataillon de la 44e, qui est au Simplon, du momeent où il aura reçu 600 hommes des 1,000 que le général Moncey a ordre de faire passer à la place de la 44e.

Vous donnerez en instruction à l’officier général commandant le Simplon que l’armée étant à Ivrée marchera vraisemblablement par sa gauche sur le Tessin; qu’il doit chercher à faire croire à l’ennemi qu’il a de grandes forces, et à l’inquiéter en attaquant ses postes, mnais sans imprudence. Vous le préviendrez que le général Moncey a ordre de porter successivement de grandes forces par le Saint-Gothard; qu’ainsi il n’a rien à craindre.

Prévenez le général Moncey que, d’après l’arrêté des Consuls de la République, le général Moreau détache de son armée les troupes ci-après, qui seront aux ordres du général Moncey, savoir:

Un bataillon de la 102e demi-brigade
Un bataillon de la le légère;
Deux bataillons de la 101e demi-brigade;

Ces quatre bataillons, déjà aux ordres du général Moncey un corps de plus de 3,000 hommes;

Deux bataillons de la 102e venant de la division Vandamme;
La 91e demi-brigade de ligne, venant de la division Laval, côté de Mayence;
La 12e demi-brigade légère, venant de la réserve du centre de  l’armée du Rhin ;
La 29e de ligne, venant du corps de Sainte-Suzanne;

Enfin deux demi-brigades qui ne sont pas désignées, tirées des corps des généraux Saint-Cyr et Lecourbe.

Toutes ces troupes formeront une force d’environ 15,000 hommes d’infanterie, qui arriveront successivement et très-promptement, à    l’exception de la 19e demi-brigade et des deux bataillons qui y viennent du côté de Mayence.

Il lui vient également en troupes à cheval: le ler dragons, le 6e, le 14e de cavalerie, le 15e, le 21e, le 12e de chasseurs formant environ 2,400 chevaux.

Le général Moncey a déjà à ses ordres plusieurs bataillons des troupes désignées ci-dessus.

Donnez-lui l’ordre de réunir ces troupes au Saint-Gothard, et successivement toutes celles qui arriveront, excepté celles envoyées au Simplon.

Prévenez-le que, le 29 ou le 30, je serai à Ivrée avec l’armée; qu’arrivé là, je me porterai droit sur Milan en suivant le plus court chemin. Il est à supposer que l’ennemi présentera de grands obstacles au Tessin, pendant le temps que je forcerai cette ligne; que, lorsque je pourrai établir ma communication avec l’Helvétie et avec lui par le Simplon, je me ferai joindre par le petit corps qu’il a ordre d’envoyer au Simplon et qui sera aux ordres du général Béthencourt.  Vous le préviendrez que cet officier commande à ce point.

Prévenez encore le général Nloncey qu’il est vraisemblable que, le 9 ou le 3 prairial, je serai à Romagnano et à Arona. Faites-lui sentir combien le corps de troupes qui va se trouver sous ses ordres inquiétera puissamment l’ennemi.

Pendant le cours de mes mouvements, il faut qu’il montre le plus de forces possible et qu’il fasse croire à l’ennemi qu’il en a beaucoup plus qu’il n’en aura réellement, et qu’à chaque instant il le menace de se porter sur Milan.

Il serait possible qu’arrivé à Ivrée, les nouvelles que j’aurais du général Masséna m’obligeassent à me porter droit sur Gênes; dans ce cas, il est également nécessaire que le général Moncey attire 1’attention de l’ennemi en le menaçant, afin qu’il tienne dans le Milanais le plus de forces possible. Prévenez-le que, dans le cas où je ferais ce mouvement, il ne retarderait mon arrivée sur le Tessin que de cinq à six jours, et qu’alors, au lieu des premiers jours de la décade de prairial, je ne serais sur le Tessin que vers la fin de cette décade.

Il est essentiel qu’il manoeuvre de manière à établir nos communications par Bellinzona et Locarno, afin de pouvoir agir de concert pour nos différentes attaques.

Prévenez le général Moncey qu’il y a à Zurich et à Lucerne du biscuit, de l’avoine et de l’eau-de-vie qui le mettront à même de nourrir ses troupes; il y a à Lucerne 1,500,000 cartouches qu’îl doit faire approcher le plus près possible, afin de nous en faire fournir du Saint-Gothard sur le Tessin, si l’ennemi me retenait longtemps sur cette position.

Les traîneaux et les pièces nécessaires au général Moncey sont à Lucerne. Prévenez-le que je lui envoie 50,000 francs par le citoyen Tsssin, aide de camp du général Montchoisy, tant pour les transports que pour les services urgents du moment et pour lever toutes les difficultés qu’il pourrait rencontrer, etc.

Il faut que le général Moncey tâche de nous faire filer, par Berne et par Fribourg, 500,000 cartouches au pied du Saint-Bernard; s’il peut également nous envoyer 1,500 coups de canon de 8, de 4 et d’obusiers, il nous rendra un grand service.

Cet objet est essentiel, et si la prompte exécution tient à l’argent, que cela ne le retienne pas, nous lui en donnerons.

Dites-lui que je pense que toutes ses troupes ne seront pas arrivées avant le 2 prairial, mais qu’il doit toujours commencer à faire filer au Saint-Gothard celles à ses ordres, et à mesure que les autres arriveront.

Ordonnez-lui d’envoyer des officiers au-devant des colonnes popur faire hâter leur marche sans séjour. Que, sans  la situation où se trouve Gênes, ce qui presse infiniment nos mouvements; j’aurais attendu huit jours, ce qui n’est pas possible.

Ordonnez au général Moncey de correspondre fréquemment avec moi par des courriers et par le Saint-Bernard, jusqu à ce que `je sois assez avancé pour communiquer avec le Simplon.

Le Premier Consul, qui est au milieu de l’armée, compte sur le zèle et les talents du général Moncey, tant par les difficultés que présente la promptitude du mouvement que par son importance.

Vous enverrez cet ordre par l’aide de camp du général Moncey et un double par un courrier.

 

Quartier général, Lausanne, 14 mai 1800

Au général Dupont, chef d’état-major de l’armée de réserve

Prévenez le général Turrreau que je compte être arrivé le 28 avec l’armée à Ivrée, en passant par le grand Saint-Bernard;

Que l’ennemi, nécessairement s’affaiblira devant lui pour réunir ses forces; qu’en conséquence il est nécessaire qu’il se porte avec toutes les forces possibles sur Suse; qu’il laisse de simples dépôts dans les places fortes, qui, d’ailleurs doivent avoir des gardes nationales pour fournir des secours pour le service; qu’il ait avec lui le 4e et le 9e régiment de chasseurs et le 21e de cavalerie, et le plus d’artillerie et de cartouches possible.

Arrivé à Suse, il se mettra en communication avecl’armée par Lanzo et Ponte; de mon côté, j’enverrai des reconnaissances dans ces deux villes pour avoir de ses nouvelles.

Prévenez le général Turreau que mon intention est de le réunir à l’armée, à Ivrée, marchant par sa gauche, et passant le plus loin possible de Turin, et cependant par un chemin où il puisse traîner son artillerie.

Prévenez-le encore que j’espère que notre jonction sera faite vers le 1er ou 2 prairial, et qu’alors, cette division réunie à mon armée, je manoeuvrerai suivant les circonstances.

Dites-lui que le Premier Consul, qui est au milieu de l’armée, et moi, comptons sur son zèle et son talent pour l’exécution de ce mouvement important.

Recommandez-lui de me donner des nouvelles à Aoste par le petit Saint-Bernard, où je compte être le 26.

Le général Turreau laissera le commandement de la partie qui formait l’aile gauche de l’armée d’Italie à l’officier général qu’il jugera le plus capable.

Le général Turreau réglera les dépôts qu’il doit laisser dans les places et les postes qu’il jugera le plus nécessaire de faire garder pendant son mouvement.

Envoyez ces ordres par le courrier Belin, et par duplicata par un officier d’état-major, qui viendra me rejoindre à Aoste par le petit Saint-Bernard, au moment où le général Turreau se sera rendu maître de Suse.

Vous sentez qu’il n’y a pas un instant à perdre pour faire parvenir ces ordres.

Le général Turreau m’enverra un état exact des troupes qu’il aura avec lui, ainsi que de son artillerie, et un autre de ce qu’il aura laissé dans les places et dans les postes qu’il aura jugé indispensable de garnir.

 

Lausanne, 14 mai 1800

Au citoyen Petiet, conseiller d’état

Je me suis rendu, Citoyen, hier à Villeneuve. Vous verrez qu’il était arrivé quatre bateaux portant en tout 430,000 rations de biscuits, 3 à 400,000 rations d’eau-de-vie et fort peu d’avoine.

Je vous prie:

I° De vous faire remettre l’état des bateaux qui seraient partis de Genève pour Villeneuve indépendamment des quatre ci-dessus, et de la quantité de rations qu’ils portent;
2° De vérifier ce qui reste en magasin à Genève, afin de pouvoir, par la réunion de ces trois pièces, connaître la totalité du biscuit sur lequel nous pouvons compter. Il me semble qu’il est difficile que cela arrive aux 1,500,000 que l’on m’a dit être confectionnées et pour lesquelles on a fait les fonds.

Il n’y avait pas encore de souliers arrivés à Villeneuve; c’est article dont vous connaissez l’importance.

Le plus tôt que vous me rejoindrez sera le mieux.

Cette armée-ci a bien besoin d’un administrateur.

 

Lausannne, 14 mai 1800

Au général Masséna, commandant en chef l’armée d’Italie

Je suis à Lausanne depuis deux jours, Citoyen Général. L’armée est en grand mouvement. L’aide de camp que vous m’avez envoyé vous fera connaître verbalement la situation des choses ici.

Vous êtes dans une position difficile; mais ce qui me rassure, c’est que vous êtes dans Gênes: c’est dans des cas comme ceux où vous vous trouvez qu’un homme en vaut vingt mille.

Je vous embrasse.

 

Lausanne, 14 mai 1800

Au général Saint-Hilaire, commandant la 8e division militaire, à Marseille

L’armée de réserve, Citoyen Général, entre dans le Piémont.  Lorsque vous lirez cette lettre, je serai avec 30,000 braves dans le cœur de l’Italie.

Poussez toute la cavalerie du côté de Nice, afin que, du moment que Masséna sera débloqué, il puisse se mettre à la poursuite de l’ennemi.

Un grand nombre d’officiers et soldats blessés sont arrivés d’Egypte au lazaret. Faites-leur donner tous les secours qui seront en votre pouvoir. Envoyez-moi l’état de ce qui leur serait dû. Je donne ordre au ministre des finances de faire verser 50,000 francs à cet effet à Toulon.

 

 Lausanne, 14 mai 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

Le ministre de la guerre m’a remis, Citoyen Général, votre lettre de Biberach, du 20 floréal.

Vous venez d’illustrer les armes françaises par trois belles victoire. Cela abattra un peu 1’orgueil autrichien.

J’ai reçu de Gênes des nouvelles du 13; Masséna se défend toujours avec beaucoup d’opiniâtreté, mais il est cerné par des forces considérables.  Les Génois se comportent avec un dévouement sans exemple pour notre cause.

L’armée de réserve commence à passer le Saint-Bernard. Elle est faible; il y aura des obstacles à vaincre, ce qui me décide à passer moi-même en Italie pour une quinzaine de jours.

Il est indispensable que vous formiez un bon corps de troupes au général Moncey. Celui que vous lui destinez est bien faible: d’ailleurs il ne pourrait jamais être réuni à temps. Par exemple, la 29e a deux bataillons à Mayence; la 91e est aussi du côté de Mayence: ces deux corps arriveront très-certainement trop tard. Il est indispensable que vous les remplaciez et que vous manœuvriez de manière à réunir 18 à 20,000 hommes présents sous les armes, sous les ordres du général Moncey, afin qu’il puisse déboucher par le Saint-Gothard dans la première décade de prairial. On ne doit rien épargner pour sauver la ville de Gênes et le quartier général d’une de nos armées, qui se trouve bloqué dans cette place.

Les Anglais font tous les jours quelques petits débarquements sur les côtes de Provence, et il est hors de doute qu’un débarquement assez considérable est en pleine mer.

Le général Ferino, avec un petit corps de troupes, est à la poursuite d’un noyau de Vendée qui se forme dans l’Ardèche et Vaucluse.

Si la diversion que le Gouvernement a ordonnée par le Saint-Gothard ne se fait pas avec toute la diligence et le zèle qu’exigent les circonstances, il pourra arriver que 12 à 14, 000 hommes que nous avons dans Gênes soient faits prisonniers, avec le quartier général, et que l’armée de réserve soit battue. Il faudra bien alors que vous fassiez un détachement de 20,000 hommes pour soutenir le Midi. Vous aurez à lutter contre l’armée d’Italie autrichienne, et même il faudrait tirer de votre armée des secours pour l’intérieur, parce que des succès pareils à ceux-là donneraient une secousse générale aux Vendéens.

Vous voyez les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.

Le succès de la campagne peut dépendre de la promptitude avec laquelle vous opérerez la diversion demandée. Si elle s’exécute d’un mouvement prompt, décidé, et que vous l’ayez à cœur, l’Italie et la paix sont à nous.

Je vous en dis déjà peut-être trop. Votre zèle pour la prospérité de la République et votre amitié pour moi vous en disent assez.

Lausanne, 15 mai 1800

Aux Consuls de la République

J’ai reçu votre lettre du 21 floréal. Les besoins du moment ne pas assez pressants pour faire des opérations ruineuses. Je désirerais donc bien que l’on n’en fît plus sur les délégations; nous en avons assez retiré pour les opérations précédentes.

L’avant-garde passe dans ce moment-ci le Saint-Bernard; elle est commandée par le général Lannes.

J’ai passé aujourd’hui la revue de la cavalerie.

Restez quelques jours sans donner des nouvelles de l’armée réserve; dites seulement qu’elle est en pleine marche.

Il sera peut-être bon de faire mettre dans quelques journaux autres que le journal officiel, que j’ai traversé la Suisse et que j’ai passé par Bâle, afin de dérouter ceux qui voudraient répandre de mauvaises nouvelles et alarmer les bons citoyens.

Nous aurons quelques obstacles à vaincre; le transport de 1’artillerie par les Alpes ne sera pas un des moindres; mais enfin toute espèce de moyens seront employés.

Je vous salue affectueusement.