Correspondance de Napoléon – Mai 1800
Paris, 6 mai 1800
Au général Lacuée, ministre de la guerre par intérim
Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire distribuer jusqu’à concurrence d’une somme de 15,000 francs aux aveugles et estropiés revenus d’Egypte et qui sont à la maison nationale des Invalides.
Auxonne, 8 mai 1800
Au chef de brigade Lemarois, aide de camp du Premier Consul
Vous voudrez bien, Citoyen, vous rendre à chaque poste depuis Dole à Genève. Vous y donnerez l’ordre aux maîtres de poste de se procurer 32 chevaux, qui devront rester à la poste pendant six jours. Ils seront occupés à transporter six convois, chacun de huit voitures d’artillerie; ils devront être faits à six heures de distance l’un de l’autre, sans égard à la nuit.
Chaque convoi d’artillerie sera accompagné d’un officier du train d’artillerie, qui payera les chevaux suivant l’ordonnance.
Le directeur du parc d’artillerie de l’armée, le citoyen Gassendi donnera les ordres pour ces convois. Si les maîtres de poste font quelques difficultés, le citoyen Lemarois s’adressera aux maires des communes et aux sous-préfets, afin qu’ils tiennent la main à l’exécution du présent ordre, qui intéresse essentiellement le service.
Genève, 9 mai 1800
Aux Consuls de la République
Je vous ai expédié, Citoyens Consuls, un courrier de Dijon. J’ai passé à Dijon la revue des conscrits et d’une demi-brigade qui se forme.
Je suis arrivé hier à minuit à Genève. Toute l’armée est en mouvement et dans le meilleur ordre possible.
Je recois à l’instant votre courrier du 16. Je vois avec plaisir que Paris est tranquille. Au reste, je vous le recommande encore, frappez vigoureusement le premier, quel qu’il soit, qui s’écarterait de la ligne. C’est la volonté de la nation entière.
Je ne vous peindrai pas ce que j’ai éprouvé en traversant la France. Si je n’avais sovent changé de route, je ne serais pas arrivé de huit jours.
Je vous expédierai tous les jours un courrier. Envoyez-moi le million que vous annonce.
Tout va parfaitement bien.
Genève, 9 mai 1800
Au citoyen Maret, secrétaire d’État
Je vous remercie, Citoyen, du bulletin que vous m’avez envoyé. J’ai été fort content de la ville Dijon. Il me paraît qu’on y a aussi été fort content de l’armée de réserve.
Les demi-brigades qui étaient sorties de Paris avaient commis quelques excès et élevé quelques nuages. Je désire que vous fassiez connaître la bonne conduite qu’elles ont tenue. Partout j’ai eu à me louer des troupes
Genève, 9 mai 1800
ARRÊTÉ
ARTICLE 1er. Chaque maître de poste de 1a direction de Genève est tenu de se procurer 45 chevaux pour le service extraordinaire de l’armée de réserve.
ART. 2. – Dix convois, chacun composé de neuf à dix voitures, se succéderont immédiatement, à la distance de six heures l’un de l’autre
ART. 3. – Chaque convoi aura un officier d’artillerie du train, qui payera les frais de poste conformément à l’ordonnance.
ART. 4. – Les préfets des départements de l’Isère et du Mont-Blanc, le général d’artillerie de l’armée de réserve et le citoyen Pflieger, inspecteur des postes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté.
Genève, 10 mai 1800
Aux consuls de la République.
D’après les informations que j’ai prises à Genève, Citoyens Consuls, il me paraît que la nomination des juges a été faite un peu trop dans un seul parti. Le citoyen Carelli, président du dernier tribunal criminel du Léman, passe pour un homme de beaucoup d’esprit et probe; il n’a pas été compris. Je désirerais qu’on le place dans le tribunal d’appel de Lyon, en remplacement du citoyen Gavard, démissionnaire. On propose pour remplacer les citoyens Buttini, Vegobre et Rendu, suppléants démissionnaires du tribunal civil de Genève, les citoyens Raimond, Martin Théophile, juges du dernier tribunal, et Lemaire Faccio, assesseur du juge de paix.
Genève, 10 mai 1800
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures.
J’ai lu avec attention, Citoyen Ministre, votre rapport sur l’établissement des préfectures dans les quatre départements du Rhin.
Je vous prie de me faire un rapport sur cette question: ne conviendrait-il pas d’établir des préfectures et sous-préfectures dans les pays cédés à la République par le chef de l’Empire dans le traité de Campo-Formio, et de gouverner, comme vous le proposez, par des commissaires et sous-commissaires, le reste de la rive gauche?
Genève, 10 mai 1800
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures
Je vous fais passer, Citoyen Ministre, plusieurs lettres que vous m’avez communiquées. Vous aurez probablement fait connaître à Beurnonville ce qu’il devait répondre pour la ville de Huissen. Je suis assuré que la Prusse n’a pas été mécontente du peu que nous avons fait pour les provinces transrhénanes.
Je suis arrivé. hier, à Genève; demain je passerai la revue l’armée, qui est déjà quelques marches en avant.
Je désire fort d’apprendre que vous êtes parfaitement rétabli et que vous êtes débarrassé de vos vilains médecins.
Genève, 10 mai 1800
Au citoyen Talleyrand
Dans les arrangements faits, Citoyen Ministre, entre le grand vizir et le général Kleber, nous devons, je crois, nommer trois commissaires à Constantinople. Voyez, je vous prie, à vous entendre avec citoyen Descorches pour cette nomination.
Je désirerais que vous prissiez des mesures pour faire les premières démarches qui nous rapprocheraient de la Porte.
- Bouligny, ambassadeur d’Espagne à Constantinople, s’est parfaitement comporté. Je désirerais lui donner une marque de considération toute particulière. Voyez quelle espèce de présent vous pourriez lui faire de ma part et qui lui serait agréable. Faites en sorte de savoir quel est le but de son ambition, afin de l’appuyer vivement auprès du roi d’Espagne.
J’ai lu le rapport que vous m’avez remis sur les moyens de négocier la paix avec les régences barbaresques. Il me paraît extrêmement important de rétablir cette paix. Je vous renvoie votre rapport; j’en approuve les dispositions, qui sont fort bonnes; mettez-les à exécution.
Genève, 10 mai 1809
Au citoyen Lacuée, ministre de la guerre par intérim
Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, un arrêté que j’ai pris pour la prompte organisation de l’artillerie de siége de l’armée de
réserve. Le général Lacombe Saint-Michel va vous adresser différentes demandes relatives au personnel et au matériel pour quelques objets d’armement. Vous sentez combien il est nécessaire de vous assurer que les mesures qui sont prises dans vos bureaux seront promptement exécutées.
Toutes les mesures prises dans les bureaux d’artillerie pour former l’équipage de campagne de réserve ont été mal conçues; il y avait à Grenoble seul de quoi former trois équipages de campagne comme celui dont nous avions besoin. Ainsi envoyez-nous tous les chevaux que vous pourrez vous procurer à Paris, harnachés et haut-le-pied, en les dirigeant sur Genève par le plus court chemin.
Quartier général, Genève, 10 mai 1800
Au général Lannes
Conformément aux ordres du général en chef, Citoyen Général, vous vous rendrez le 23 à Saint-Maurice avec l’avant-garde que vous commandez, et vous ferez prendre à Villeneuve du biscuit à la troupe pour les 23, 24, 25 et 26. Dans la journée du 24, vous serez rendu à six lieues au delà de Saint-Maurice et le 25, vous vous trouverez an pied du Grand Saint-Bernard. En passant à Saint-Pierre, vous prendrez du biscuit pour trois jours, 27, 28 et 29 inclus.
Le général Mainoni devra réunir les trois bataillons de la 28e, le bataillon helvétique et le bataillon italique à l’hospice da Saint-Bernard, le 24, et leur fera délivrer du biscuit pour quatre jours. Donnez-lui des ordres en conséquence.
Vous prendrez toutes les précautions nécessaires pour accélérer le transport de votre artillerie au Saint-Bernard, et vous ferez filer avec la plus grande rapidité les affûts-traineaux qui vous sont destinés, de manière qu’ils soient arrivés de la montagne avant la tête de la colonne.
Vous calculerez votre marche avec assez de précision pour que le 26, une heure avant le jour, vous ayez passé le Saint-Bernard, et que vous vous trouviez sur les postes avancés de l’ennemi que vous culbuterez.
Vous donnerez l’ordre au 12e régiment de hussards et au 21e régiment de chasseurs d’être rendus le 23 à Vevay.
Le mouvement de l’armée suivra celui de l’avant-garde, et vous recevrez des instructions ultérieures.
Le général Marmont a ordre d’expédier un officier qui sera chargé de faire monter sur le Saint-Bernard une pièce de 8, un obusier et les pièces de 4 de la division Watrin. Vous donnerez à ce convoi l’escorte que vous jugerez nécessaire, et vous déterminerez le point où ces pièces devront s’arrêter pour attendre la colonne d’attaque.
La division Chabran passera le petit Saint-Bernard le 26, culbutera l’ennemi qui pourrait occuper ce passage, et fera sa jonction avec vous le plus tôt possible.
Instruisez, je vous prie, fréquemment le général en chef de votre position.
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Les troupes à cheval devront prendre de l’avoine pour quatre jours.
Genève, 10 mai 1800
Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies
J’ai lu, Citoyen Ministre, avec la plus grande attention les différents rapports que vous m’avez remis la veille de mon départ.
J’ai trouvé vos observations parfaitement justes sur le mémoire que je vous ai remis, sur Saint-Domingue, surtout en ce qui a rapport à la liberté que l’on voudrait donner aux noirs. Retranchez tout cela dans la copie que vous ferez faire.
Vous trouverez ci-joint le rapport sur l’expédition de Cayenne et de la Guadeloupe, approuvé. J’écris au citoyen Lebrun pour lui recommander de faire de nouveaux efforts pour vous procurer les crédits sur Lima ou Rio de la Plata; et, dans le cas où il y aurait impossibilité de se procurer le crédit, l’on pourrait destiner la division du général Boudet à cette expédition importante. Faites préparer à Rochefort et à Brest quelques goélettes, pour, quinze jours après, faire partir tous les employés que nous voulons envoyer dans ces îles.
J’approuve les deux lettres que vous voulez écrire à Rigaud et Toussaint.
Genève, 1l mai 1800
Aux Consuls de la République
J’ai reçu ce matin, Citoyens Consuls, votre courrier du 17 floréal. Je vois, au n° 4 des notes que vous m’avez envoyées, que l’on réclame toujours pour le citoyen Maris, condamné à mort pour la reddition de Ceva. Je ne sais pas où en est cette affaire; mais je sais que Ceva a été lâchement livrée à des paysans, et qu’épargner le coupable dans cette circonstance n’est point humanité; c’est causer l a mort d’un grand nombre de braves.
Les 100,000 francs qui ont été mis à la disposition du citoyen Boinod, et les 900,000 francs à celle de- l’ordonnateur Lambert, à Lyon, ne pourront pas être soldés, l’argent des conscrits ayant été employé à d’autres objets.
On continue toujours à me rendre compte qu’une grande quantité d’argent se trouve en stagnation chez les receveurs; on dit, entre autres, qu’il y a 300,000 francs chez celui de Grenoble.
Genève, 1l mai 1800, 9 heures du soir
Aux Consuls de la République
Je reçois à l’instant, Citoyens Consuls, votre courrier du 18. Je vous en ai expédié un il y a six heures.
Il y a un mois que le citoyen Saliceti m’a écrit de Corse qu’il ferait partir pour Malte un grand nombre de petits bâtiments chargés spécialement d’huile et de viande salée. Le ministre de la marine été autorisé à faire expédier successivement jusqu’à vingt bâtiments de Toulon et de Marseille.
Le ministre des relations extérieures a chargé le citoyen (Charles Jean-Marie Alquier, 1752-1826, ambassadeur de la République auprès du roi d’Espagne) Alquier à Madrid, de faire partir un grand nombre de bâtiments neutres pour Malte.
J’expédie, avant de me coucher, un courrier en Corse pour accélérer le départ des bâtiments chargés d’huile, de vin et de toute espèce de munitions.
Recommandez aux ministres d’accélérer l’exécution des mesures dont je vous ai parlé ci-dessus.
Vous devez peu compter sur Tunis.
Au reste, je vous avoue que les nouvelles que nous avons reçus me rassurent un peu sur le sort de cette place, puisque je vois qu’elle pourra tenir pendant l’an VIII. Nous serions bien malheureux si, pendant ce temps, nous ne pouvions pas y faire passer des vivres pour attendre l’hiver.
Les conseillers d’État Petiet et Dejean viennent d’arriver.
Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous fassiez ce que vous croirez juste sur les rapports de la commission des émigrés.
J’ai trouvé quelque chose à faire encore ici pour l’entière organisation de l’armée. Mais tous les chemins de Grenoble, Lyon, Dijon aboutissant à Genève sont chargés de convois. L’armée est en grande marche.
Faites publier cette lettre, si vous le jugez utile, pour rassurer le public sur Malte.
Genève, 1l mai 1800
Au citoyen Bertin, ordonnateur de la marine, à Toulon
Je vous prie, Citoyen Ordonnateur, de faire partir sur-le-champ le courrier que j’expédie en Corse.
Le ministre de la guerre vous aura sans doute écrit pour que vous activiez autant que possible l’envoi de dix bâtiments isolés à Malte.
Ecrivet par chaque bâtiment au général Vaubois (Claude Henri Belgrand, comte de Vaubois, 1748-1839. Gouverneur de l’île, il sera contraint à la capitulation le 4 septembre 1800, après 27 mois de siège) . Faîtes-lui connaître que la France, l’Europe entière attend que Malte tiendra jusqu’à la dernière once de pain. Envoyez-lui une collection de journaux; mandez-lui les victoires brillantes des armées de la République, qui sont maîtresse de la Souabe.
Genève, 11 mai 1800
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures
J’ai reçu, Citoyen Ministre, l’état du département des relations extérieures, du 14 au 17 floréal.
Je ne pense pas qu’il soit convenant de faire des ouvertures au général Dumouriez; ce n’est qu’un misérable intrigant.
Genève, 11 mai 1800
Au citoyen Reinhard, ministre de la République en Helvétie
J’ai reçu, Citoyen Ministre, votre lettre du 15 floréal. La marche des affaires à Berne me paraît bonne. Il est hors de doute qu’au milieu d’une campagne extrêmement active le Corps législatif voulût se donner un peu de repos. Cependant cela ne doit être l’effet que de sa propre volonté.
Je serai le 23 et le 24 à Lausanne. Je crois qu’il est de convenance que vous fassiez connaître à la commission helvétique que les circonstances de la guerre et le désir de protéger le territoire helvétique m’ont décidé à m’approcher du théâtre de la guerre et habiter, pendant quelques jours, différentes villes de la République helvétique.
Genève, 11 mai 1800
Au citoyen Petiet
Vous viendrez, Citoyen, me rejooindre dans cinq ou six jours avec le détachement de la garde qui doit passer ici. D’ici ce temps-là, vous organiserez vos équipages de guerre.
Vous m’instruirez tous les jours de tout ce qui passerait par Genève d’objets relatifs à l’approvisionnement de l’armée, et vous activerez leur acheminement de tous vos moyens.
Vous mènerez avec vous le payeur qui m’est spécialement attaché avec les 500,000 francs en or, qu’il placera sur des mulets.
Il doit arriver plusieurs millions de Paris, dont ce payeur fera recette et qu’il mènera avec lui, hormis ce qui pourra être jugé nécessaire sur les derrières de l’armée. Vous ferez verser tout l’argent provenant des 20e et 18e divisions, à Dijon, pour la solde des corps qui se trouvent encore sur la Saône, faisant partie de l’armée de réserve, ainsi que ses dépôts.
Genève, 1l mai 1800
Au général Augereau, commandant en chef l’armée française en Batavie
Vous avez reçu rordre, il y a un mois, Citoyen Général, de choisir un camp entre Maestricht et Breda. Je désirerais aujourd’i que vous pussiez porter ce camp jusqu’à 8 ou 9,000 Francais et 4 ou 5,000 Bataves, avec un train d’artillerie de campagne proportionné; que vous fussiez en état, au premier ordre, de vous mettre en marche pour Mayence. Vous tireriez facilement des 24e, 25e et 26e divisions, et spécialement de la garnison de Mayene 5 ou 6,000 hommes. Nous nous trouverions donc, par ce moyen improviser un corps d’armée de 18 à 20,000 hommes, qui pourrait se porter dans le coeur de l’Allemagne, donner de vives inquiétudes à l’ennemi et favoriser les grandes opérations militaires.
Vous sentez combien un projet de cette nature doit être secret. Affectez, au contraire, de vouloir vous porter à l’embouchure de l’Escaut et sur les côtes. Arrangez-vous de manière que, vingt-quatre heures après l’ordre que vous en recevriez, vous puissiez vous mettre en marche et suivre votre destination. Dans quinze jours, il est possible que l’armée de réserve soit au coenr de l’Italie et lie l’armée du Rhin à celle d’Italie; c’est alors’que votre rôle commencerait.
Vous sentez que tout ceci est fondé sur ce que nous aurons alors la croyance que, pour un mois ou six semaines, l’Angleterre ne veut pas attaquer la Hollande, et c’est spécialement par cette considération que le secret et la célérité sont indispensables.
Prenez toutes les mesures pour faire monter le 16e de dragons.
Genève, 11 mai 1800
Au citoyen Saliceti, ou, en son absence, au général commandant la 23e division militaire
Je vous expédie, Citoyen Commissaire, un courrier extraordinaire pour activer les convos que vous m’avez promis de faire passer à Malte. Je viens de recevoir des nouvelles du général Vaubois; il aura spécialement besoin de 600 mesures d’huile, de 300 quintaux de riz, de 600 quitaux de fèves, de 300 quintaux de haricots, de 50,000 pintes de vin, de 10,000 pintes d’eau-de-vie.
Si, indépendamment de ces objets, vous parvenez à y envoyer 600 quintaux de blé, farine, ou biscuit, un peu de lard ou de viande salée, vous aurez rendu au commerce de la france le plus grand service qu’on puisse lui rendre dans la circonstance actuelle.
Envoyez successivement, un à un, quinze ou vingt bâtiments. N’épargnez pas l’argent; engagez votre crédit personnel: je ferai tout solder.
Ecrivez à Malte par tous les bâtiments, et faîtes-leur conmnaître les nouvelles d’Europe, en leur faisant sentir que la France, l’Europe entière attendent que, tant qu’ils auront une bouchée de pain, ils resteront fermes à leur poste.
Je suis parti de Paris le 16 et suis à Genéve depuis trois jours. L’armée de réserve passe les grandes Alpes.
L’armée du Rhin a passé le fleuve, a battu l’ennemi sur les hauteurs de Stockach le 13, où elle lui a fait 7,000 prisonniers et pris neuf pièces de canon.
Le 15, elle l’a battu de nouveau à Moesskirh, et lui a fait 1,800 prisonniers. Elle est maintenant à la hauteur d’Ulm. L’ennemi est en pleine retraite.
Quand vous lirez ceci, il est possible que l’Italie soit au pouvoir de la République.
Vous participerez à la gloire de la campagne, si vous contribuez à approvisionner Malte. Il est encore temps, car cette place a encore des vivres pour plusieurs mos.
Genève, 1l mai 1800
Au général Brune, à Dijon
L’armée de réserve, Citoyen Général, est en marche pour entrer en Italie. Dès l’instant qu’elle y aura pris position, elle se trouvera faire partie de l’armée d’ltalie, et alors je prendrai un arrêté quii vous nommera commandant de l’armée de réserve. En attendant, vous allez prendre le commandement de la 18e division, de tous les dépôts de l’armée de réserve, et vous occuper avec la plus grande activité de l’armement, équipement et organisation des conscrits qui arrivent à Dijon.
Laissez filer sur Genève la 72e et tous les régiments de cavalerie qui ont été mis en marche de Paris.
Mettez tous les conscrits qui vous arrivent dans la 17e légère, et dans les deux demi-brigades de l’armée d’Orient. Avant que ayez porté ces corps chacun à 3,000 hommes, je renverrai de l’armée d’Italie huit à dix corps qui ne sont qu’à 4 ou 500 homme que vous reformerez.
Le 10e de dragons a reçu ordre de partir de la Batavie pour se rendre à Dijon, ainsi que les 1le et 18e de cavalerie. Ces régiments ne seront guère arrivés que vers la fin de prairial. La 14e de ligne a reçu le même ordre.
Je vais me rendre de ma personne en Italie. Les événements vont se succéder avec une grande rapidité. Notre supériorité au Rhin est très-constatée: de longtemps l’ennemi ne peut plus prendre, de ce côté-là, l’offensive. D’ici à quinze ou vingt jours, tout cela va produire des résultats qui me mettront à même de vous assigner un rôle conforme au rang que vous tenez dans la République, en même temps qu’ils placeront la République au rang de gloire et de considération qu’elle n’eût jamais dû perdre.
Votre commandement, quoique réduit à peu de troupes, ne laisse pas que d’être intéressant dans ce moment-ci, ne serait-ce que sous le rapport de l’intérieur.
La moitié des contributions provenant des départements de la 18e et de la 20e division, ainsi que l’argent provenant des coonscrits est destinée à subvenir aux dépenses de votre armée; activz-en la rentrée afin de pouvoir payer la solde des troupes qui sont s,ous vos ordres.
Je me suis aperçu, en passant la revue des différents corps, qu’il y avait des conscrits absolument hors d’état de faire la guerre ; il y en a même d’estropiés. Il est bien nécessaire que vous passiez vous même la revue des conscrits, et que vous renvoyiez chez eux ceux qui seront hors d’état de faire la guerre, avant qu’on leur ait délivré les armes et les habits.
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J’ai achevé cette lettre à Lausanne, d’où je vous expédie votre courrier
Quartier général, Lausanne, 12 mai 1800
Au général Dupont, chef d’état-major de l’armée de réserve
Donnez l’ordre à l’artillerie des trois divisions Boudet, Loison et Chambarlhac, de partir demain 23 pour se rendre à Villeneuve, où elle parquera et se complétera en approvisionnements, cartouches, etc., et où elle passera la revue du général Marmont.
Ordre à la division Boudet de se rendre le 24 à Bex, près Saint-Maurice.
Ordre à la division Loison de se rendre à Aigle, bourg à deux lieues en avant de Villeneuve, le 24.
Ordre à la division Chambarlhac de se rendre à Villeneuve le 24. Vous donnerez l’ordre à chacune de ces divisions de prendre, en
pssant à Villeneuve, du biscuit pour les 25, 26, 27, 28 et 29 inclus.
Donnez des ordres pour que toutes les troupes à cheval, à l’exception des 12e de hussards et 2le de chasseurs, du 15′ de chasseurs et des deux escadrons du 11e de hussards, qui ont des ordres pour rejoindre les divisions auxquelles ils sont attachés, soient réunies le 25 à Lausanne, pour y passer la revue du Premier Consul.
Le général d’Harville se rendra en conséquence à Lausanne, et vous préviendrez de ces dispositions le général Murat, afin qu’il prenne les ordres du général en chef pour cette revue.
Ayez soin de prévenir l’ordonnateur en chef de ces mouvemnts, ainsi que les lieutenants généraux, en ce qui les concerne.
Donnez des ordres pour que tous les petits dépôts des corps soient centralisés à Genève, où tous les conscrits arrivés isolérnent ou en petits détachements se rendront avant de rejoindre leurs demi-brigades, et où ils seront armés, etc.
Les grands dépôts resteront toujours dans les lieux qui auront été désignés dans la 18e division, conformément aux dispositions mises à l’ordre du jour.
Ordonnez que, dans toutes les demi-brigades, on, fasse tirer, dèsdemain, quelques coups de fusil à tous les conscrits; qu’on leur fasse connai^tre de quel oeil on mire pour ajuster, et enfin de quelle manière on charge son fusil.
Chargez un officier d’état-major de se rendre à Villeneuve, où il veillera à ce que tous les corps, en passant, aient 50 coups par homme et deux pierres à feu.
Prescrivez à l’ordonnateur en chef qu’il ait à ordonner au payeur de remettre des fonds aux payeurs des divisions pour acquitter solde, ainsi qu’il est prescrit dans l’ordre du jour.
l’armée, avant de passer à Villeneuve, doit être payée de tout qui lui est dû de la solde de l’an VIll jusqu’au ler prairial. Le payeur restera responsable de l’exécution de cet ordre.
Ordonnez de ma part, que le payeur fasse remettre ce soir à l’aide-de-camp Duroc, qui part pour se rendre à l’avant-garde 50,000 pour la solde. Cette somme sera versée dans les mains du payeur de la division Watrin, qui acquittera également ce qui peut-être dû à la 28e. Les italiens doivent être payés aussi ecactement que l’armée.
Donnez l’ordre à tous les équipages de l’armée et au quartier général d’être rendus le 24 à Villeneuve.
Les officiers d’état-major se rendront demain à Vevay.
Je partirai demain matin, avec le Premier Consul, pour me rendre à Vevay, y passer la revue à midi; de là j’irai à Villeneuve voir la situation des choses, et je reviendrai le soir coucher à Lausaun.
Vous êtes le maître de venir avec moi, ou de rester si vous jugez avoir à travailler à Lausanne dans la journée de demain. Dans tous les cas, faîtes toujours partir vos chevaux pour Villeneuve, et une partie des bureaux de l’état-major.
Le 24, je repartirai en poste pour rejoindre mes chevauix à Villeneuve, et de là à l’avant-garde.
Mettez à rordre du jour qu’il sera retenu 30 sous à chaque homme qui aura perdu une baïonnette.
Ordonnez au général Lechi de marcher à grandes journées pour rejoindre l’avant-garde.
(Par ordre du Premier Consul – vraisemblablement signé par Berthier)
Lausanne, 13 mai 1800
Aux Consuls de la République
J’ai recu votre courrier du 19. Il faudrait être bien circonspect sur ces affaires de délégations. I1 est constant que toutes les caisses
de départements sont pleines. Il serait donc essentiel de s’occuper sans relâche d’empêcher cet argent de séjourner, et de l’utiliser pour le service public.
J’ai passé hier la revue de l’armée. Toute cette partie de la Suisse est absolument française; le soldat est accueilli dans les différentes maisons comme il 1e serait dans la sienne.
La légion italique va défiler tout entière en Italie, où le général en chef l’organisera comme il l’entendra.
Je ne sais pas ce que vous aurez fait pour la revue du quintidi; mais, si mon absence se prolongeait, elle pourrait donner lieu à de grands inconvénients
J’ai des nouvelles de Masséna du du 10 floréal. Il était absoluement cerné dans Gênes, se battant tous les jours et ayant constamment de petits avantages. J’espère que dans la première décade de prairial il sera dégagé.
Lausanne, 13 mai 1800
A Joséphine
Je suis depuis hier à Lausanne. Je pars demain. Ma santé est assez bonne. Ce pays-ci est très beau. Je ne vois pas d’inconvénient, d’ici dix à douze jours, à ce que tu viennes à ma rencontre; mais il faudra marcher incognito, et ne pas dire où tu vas, parce que je ne veux pas que l’on sache ce que je dois faire. Tu peux dire que tu vas à Plombières.
Je t’enverrai Moustache qui vient d’arriver.
Milles choses tendres à Hortense. Eugène n’arrivera que d’ici à huit jours: il est en route.
Vevay, 13 mai 1800
Au général Lannes
Le général en chef a reçu, Citoyen Général, la lettre dans laquelle vous lui annoncez que l’avant garde sera réunie, le 22 au soir, à Martigny. Il me charge de vous recommander la précaution qu’exige la nature du terrain que vous allez traverser; les gens
du pays et le commissaire ordonnateur Dalbon, qui l’a habité longtemps, vous donneront des renseignements utile, et on ne peut trop en recueillir, d’après les difficultés que présente le passage du Saint-Bernard.
Le général Berthier espère que vous aurez franchi le passage de la montagne du 25 au 26, ainsi qu’il a été convenu. Arrivé à Aoste, vous réunirez toute votre avant-garde pour vous porter sur le château de Bard. Ne vous présentez devant cette forteresse qu’avec toutes vos forces. Lorsque vous vous serez emparé des hauteurs qui la do-minent, défendez le feu de la mousqueterie, qui ne ferait que consommer inutilement des cartouches; occupez-vous de suite à placer vos bouches à feu sur un mamelon d’où fl’on peut canonner avec avantage; placez deux obusiers sur le chemin, et, lorsque ces deux batteries seront prêtes, faites-le canonner avec vivace. Au moment où elles auront produit leur effet sur la couverture que les ennemis ont faite sur leurs batteries et qu’il y aura prise ppour la mousqueterie, vous permettrez la fusillade, qui pourra alors être très-utile et accélérer la reddition du fort.
Le général Marescot a l’ordre de se rendre à l’avant-garde pour s’occuper de tout ce qui est relatif à l’attaque du fort de Bard. Je vous préviens en outre que le général en chef se trouvera à Aoste en même temps que l’avant-garde.











