Correspondance de Napoléon – Juin 1815
Palais des Tuileries, 11 juin 1815.
RÉPONSE À L’ADRESSE DE LA CHAMBRE DES PAIRS.
Monsieur le Président et Messieurs les députés de la chambre des Pairs, la lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse.
L’entraînement de la prospérité n’est pas le danger qui nous menace aujourd’hui. C’est sous les Fourches caudines que les étrangers veulent nous faire passer!
La justice de notre cause, l’esprit public de la nation et le courage de l’armée sont de puissants motifs pour espérer du succès; mais, si nous avions des revers, c’est alors surtout que j’aimerais à voir déployer toute l’énergie de ce grand peuple; c’est alors que je trouverais dans la chambre des Pairs des preuves d’attachement à la patrie et à moi.
C’est dans les temps difficiles que les grandes nations, comme les grands hommes, déploient toute l’énergie de leur caractère et deviennent un objet d’admiration pour la postérité.
Monsieur le Président et Messieurs les députés de la chambre des Pairs, je vous remercie des sentiments que vous m’exprimiez au nom de la chambre.
ADRESSE DE LA CHAMBRE DES PAIRS.
«Sire, votre empressement à soumettre aux formes et aux règles constitutionnelles le pouvoir absolu que les circonstances et la confiance du peuple vous avaient imposé, les nouvelles garanties données aux droits de la nation, le dévouement qui vous conduit au milieu des périls que va braver l’armée, pénètrent tous les cœurs d’une profonde reconnaissance. Les Pairs de France viennent offrir à Votre Majesté l’hommage de ce sentiment.
Vous avez manifesté, Sire, des principes qui sont ceux de la nation : ils doivent être les nôtres. Oui, tout pouvoir vient du peuple, est institué pour le peuple. La monarchie constitutionnelle est nécessaire au peuple français comme garantie de sa liberté et de son indépendance.
Sire, tandis que vous serez à la frontière, à la tête des enfants de la patrie, la chambre des Pairs concourra avec zèle à toutes les mesures législatives que les circonstances exigeront pour forcer l’étranger à reconnaître l’indépendance nationale et faire triompher dans l’intérieur les principes consacrés par la volonté du peuple.
L’intérêt de la France est inséparable du vôtre. Si la fortune trompait vos efforts, des revers, Sire, n’affaibliraient pas notre persévérance et redoubleraient notre attachement pour vous.
Si les succès répondent à la justice de notre cause et aux espérances que nous sommes accoutumés à concevoir de votre génie et de la bravoure de nos armées, la France n’en veut d’autre fruit que la paix. Nos institutions garantissent à l’Europe que jamais le gouvernement français ne peut être entrainé par les sélections de la victoire.
Palais des Tuileries, 11 juin 1815.
RÉPONSE Á L’ADRESSE DES REPRÉSENTANTS.
Messieurs le Président et Messieurs les députés de la chambre des Représentants, je retrouve avec satisfaction mes propres sentiments dans ceux que vous m’exprimez. Dans ces graves circonstances, ma pensée est absorbée par la guerre immense, au succès de laquelle sont attachés l’indépendance et l’honneur de la France.
Je partirai cette nuit pour me rendre à la tête de mes armées: les mouvements des différents corps ennemis y rendent ma présence indispensable. Pendant mon absence, je verrais avec plaisir qu’une commission nommée par chaque chambre méditât sur nos constitutions.
La Constitution est notre point de ralliement ; elle doit être notre étoile polaire dans ces moments d’orage. Toute discussion publique qui tendrait à diminuer, directement ou indirectement, la confiance qu’on doit avoir dans ses dispositions serait un malheur pour l’État; nous nous trouverions au milieu des écueils, sans boussole et sans direction. La crise où nous sommes engagés est forte. N’imitons pas l’exemple du Bas-Empire, qui, pressé de tous côtés par les Barbares, se rendit la risée de la postérité, en s’occupant de discussions abstraites au moment où le bélier brisait les portes de la ville.
Indépendamment des mesures législatives qu’exigent les circonstances de l’intérieur, vous jugerez peut-être utile de vous occuper des lois organiques destinées à faire marcher la Constitution; elles peuvent être l’objet de vos travaux publics sans aucun inconvénient.
Monsieur le Président et Messieurs les députés de la chambre des Représentants, les sentiments exprimés dans votre adresse me démontrent assez l’attachement de la chambre à ma personne et tout le patriotisme dont elle est animée. Dans toutes les affaires, ma marche sera toujours droite et ferme. Aidez-moi à sauver la patrie. Premier représentant du peuple, j’ai contracté l’obligation, que je renouvelle, d’employer, dans des temps plus tranquilles, toutes les prérogatives de la Couronne et le peu d’expérience que j’ai acquise, à vous seconder dans l’amélioration de nos institutions.
ADRESSE DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS.
Sire, la Chambre des Représentants a recueilli avec une profonde émotion les paroles émanées du trône dans la séance solennelle où Votre Majesté, déposant le pouvoir extraordinaire qu’elle exerçait, a proclamé le commencement de la monarchie constitutionnelle.
Les principales bases de cette monarchie protectrice de la liberté, de l’égalité, du bonheur du peuple, ont été reconnus par Votre Majesté, qui, se portant elle-même au-devant de tous les scrupules comme au-devant de tous les vœux a déclaré que le soin de réunir nos constitutions éparses et de les coordonner était une des plus importantes occupations réservées à la législature. Fidèle à sa mission, la Chambre des Représentants remplira la tâche qui lui est dévolue dans ce noble travail ; elle demande que, pour satisfaire à la volonté publique ainsi qu’aux vœux de Votre Majesté, la délibération nationale rectifie le plus tôt possible ce que l’urgence de notre situation a pu produire de défectueux ou laisser d’imparfait dans l’ensemble de nos constitutions.
Mais en même temps, Sire, la Chambre des Représentants ne se montrera pas moins empressée de proclamer ses sentiments et ses principes sur la lutte terrible qui menace d’ensanglanter l’Europe. À la suite d’événements désastreux, la France envahie ne parut un moment écoutée sur l’établissement de sa Constitution que pour se voir presque aussitôt soumise à une charte royale émanée du pouvoir absolu, à une ordonnance de réformation toujours révocable de sa nature, et qui, n’ayant pas l’assentiment exprimé du peuple, n’a jamais pu être considérée comme obligatoire pour la nation.
Reprenant aujourd’hui l’exercice de ses droits, se ralliant autour du héros que sa confiance investit de nouveau du gouvernement de l’État, la France s’étonne et s’afflige de voir des souverains en armes lui demander raison d’un changement intérieur qui est le résultat de la volonté nationale, et qui ne porte atteinte ni aux relations existantes avec les autres gouvernements ni à leur sécurité. La France ne peut admettre les distinctions à l’aide desquelles les puissances coalisées cherchent à voiler leur agression. Attaquer le monarque de son choix, c’est attaquer l’indépendance de la nation. Elle est armée tout entière pour défendre cette indépendance et pour repousser sans exception toute famille et tout prince qu’on oserait vouloir lut imposer. Aucun projet ambitieux n’entre dans la pensée du peuple français; la volonté même du prince victorieux serait impuissante pour entraîner la nation hors des limites de sa propre défense. Mais aussi, pour garantir son territoire, pour maintenir sa liberté, son honneur, sa dignité, elle est prête à tous les sacrifices. Que n’est-il permis, Sire, d’espérer encore que cet appareil de guerre, formé peut-être par les irritations de l’orgueil et par des illusions que chaque jour doit affaiblir, s’éloignera devant le besoin d’une paix nécessaire à tous les peuples de l’Europe, et qui rendrait à Votre Majesté sa compagne, aux Français l’héritier du trône ? Mais déjà le sang a coulé, le signal des combats préparés contre l’indépendance et la liberté françaises a été donné au nom d’un peuple qui porte au plus haut degré l’enthousiasme de l’indépendance et de la liberté. Sans doute, au nombre des communications que nous promet Votre Majesté, les Chambres trouveront la preuve des efforts qu’elle a faits pour maintenir la paix du monde. Si tous ces efforts doivent rester inutiles, que les malheurs de la guerre retombent sur ceux qui l’auront provoquée !
La chambre des Représentants n’attend que les documents qui lui sont annoncés pour concourir de tout son pouvoir aux mesures qu’exigera le succès d’une guerre aussi légitime. Il lui tarde, pour énoncer son vœu, de connaître les besoins et les ressources de l’État; et, tandis que Votre Majesté, opposant à la plus injuste agression la valeur des armées nationales et la force de son génie, ne cherchera dans la victoire qu’un moyen d’arriver à une paix durable, la chambre des Représentants croira marcher vers le même but eu travaillant sans relâche au pacte dont le perfectionnement doit cimenter encore l’union du peuple et du trône et fortifier aux yeux de l’Europe, par l’amélioration de nos institutions la garantie de nos engagements.
La Constitution est notre point de ralliement ; elle doit être notre étoile polaire dans ces moments d’orage. Toute discussion publique qui tendrait à diminuer, directement ou indirectement, la confiance qu’on doit avoir dans ses dispositions serait un malheur pour l’État; nous nous trouverions au milieu des écueils, sans boussole et sans direction. La crise où nous sommes engagés est forte. N’imitons pas l’exemple du Bas-Empire, qui, pressé de tous côtés par les Barbares, se rendit la risée de la postérité, en s’occupant de discussions abstraites au moment où le bélier brisait les portes de la ville.
Indépendamment des mesures législatives qu’exigent les circonstances de l’intérieur, vous jugerez peut-être utile de vous occuper des lois organiques destinées à faire marcher la Constitution; elles peuvent être l’objet de vos travaux publics sans aucun inconvénient.
Monsieur le Président et Messieurs les députés de la chambre des Représentants, les sentiments exprimés dans votre adresse me démontrent assez l’attachement de la chambre à ma personne et tout le patriotisme dont elle est animée. Dans toutes les affaires, ma marche sera toujours droite et ferme. Aidez-moi à sauver la patrie. Premier représentant du peuple, j’ai contracté l’obligation, que je renouvelle, d’employer, dans des temps plus tranquilles, toutes les prérogatives de la Couronne et le peu d’expérience que j’ai acquise, à vous seconder dans l’amélioration de nos institutions.
Paris, 11 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, vous ferez connaître, par estafette et par le télégraphe, au maréchal Suchet, que les hostilités commenceront le 14, et que de ce jour il peut s’emparer de Montmélian. S’il est indispensable qu’il le fasse avant ce temps, à cause des mouvements de l’ennemi, il y est autorisé. Cependant il serait à désirer qu’il ne le fit pas avant le 15.
Paris, 11 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, cent cinquante-huit canons de la marine sont arrivés à Paris : faites en sorte qu’ils se trouvent en batterie vers le 20. Il en arrivera quatre-vingts d’ici au 20. J’attache une grande importance à ce que ces deux cent quarante pièces de canon se trouvent en batterie à peu près à cette époque, afin que je sois absolument sans sollicitude pour la ville de Paris. Recommandez qu’on ne mette pas de pièces de 8 et de 6 en fer ensemble. Comme on a mis de préférence les pièces de 8 sur la rive gauche, il faut aussi mettre les pièces en fer.
Paris, 11 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, faites appeler le maréchal Ney; s’il désire se trouver aux premières batailles qui auront lieu, dites-lui qu’il soit rendu le 14 à Avesnes, où sera mon quartier général.
Paris, 11 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, faites venir le maréchal Masséna. S’il désire se rendre à Metz, donnez-lui le gouvernement de Metz et le commandement supérieur des 3e et 4e divisions militaires.
Veillez à ce que Belliard se rende à l’armée du Nord.
Paris, 11 juin 1815.
ORDRE GÉNÉRAL DE SERVICE PENDANT L’ABSENCE DE L’EMPEREUR.
Nous avons réglé, pour être exécutées pendant notre absence, les dispositions suivantes :
Tous les ministres correspondront avec nous pour les affaires de leur département.
Néanmoins ils se rassembleront tous les mercredis de chaque semaine au palais des Tuileries, dans la salle du trône, et sous la présidence de notre frère le prince Joseph, pour les objets relatifs à leurs attributions respectives. Les affaires concernant les opérations des Chambres y seront également traitées ; elles le seront également dans les conseils des ministres, qui se tiendront, sur l’ordre du président, plusieurs jours par semaine et toutes les fois que les circonstances l’exigeront.
Notre frère Lucien prendra séance dans tous les conseils et y aura voix délibérative.
Les ministres d’État, membres de la chambre des Représentants, siégeront aux conseils des ministres, conformément à notre décret de ce jour.
Les ministres porteront au conseil du mercredi les objets de détail et du contentieux de leur administration, lesquels seront remis au secrétaire du conseil pour nous être transmis. Ils seront, à cet effet, portés à notre secrétaire d’État par un officier qui sera désigné par notre ministre de la guerre, et qui se rendra chez les princes et les ministres pour prendre leurs ordres et partir dans les vingt-quatre heures.
Nous entendons, en général, que toutes les affaires qui, dans l’ordre du gouvernement et de l’administration, ont besoin de notre signature, continuent à nous être présentées.
Néanmoins, et dans les cas urgents où il y aurait une détermination à prendre excédant les bornes de l’autorité ministérielle, et sans qu’il soit possible, d’attendre notre décision, l’urgence de cette détermination sera mise en délibération, et, si elle est reconnue, l’objet à déterminer sera délibéré à la majorité des voix. En cas de partage, la voix de notre frère le prince Joseph sera prépondérante.
En conséquence du procès-verbal qui sera dressé par le secrétaire du conseil, et revêtu de la signature du président et des ministres présents, le ministre du département que l’affaire concerne sera autorisé à exécuter les dispositions qui auront été délibérées par le conseil.
Nous entendons nous réserver les décisions sur l’initiative des lois et sur les déterminations à prendre dans le cas où la demande de la présentation d’un projet de loi aurait été faite par l’une des Chambres et adoptée par l’autre.
Quant à ce qui pourra concerner les amendements à faire à trac loi proposée aux Chambres, le conseil prononcera par une délibération qui aura lieu comme il a été dit ci-dessus pour les affaires urgentes.
Le ministre du trésor nous enverra, le 15 de chaque mois, la distribution des fonds pour le mois suivant.
Il ne pourra être fait aucune disposition de fonds que sur une ordonnance ministérielle délivrée en conséquence de la distribution.
Les dépêches télégraphiques transmises à Paris ou à transmettre de Paris seront portées à notre frère le prince Joseph, avant qu’il puisse y être donné coup».
Nos ministres nous écriront aussi souvent qu’ils auront à nous entretenir des affaires importantes de leur département
Dans le cas où ils auraient des craintes sur la sûreté des dépêches, et dans ceux ou nos ministres auraient à nous rendre compte d’une affaire très-secrète et d’une importance extraordinaire, ils pourront faire usage du chiffre du secrétaire d’État.
Notre ministre de la guerre fera choix, chaque jour, pour porter à franc étrier les dépêches qui nous seront adressées, d’un officier assez intelligent et assez adroit pour se diriger de manière à éviter les partis ennemis.
Palais de l’Élysée, 11 juin 1815.
DÉCRET.
Art. Premier. Il est accordé à la veuve du général de division d’artillerie Aubry une pension de 2,000 francs. (Le générai Aubry est le membre du Comité de salut public qui, en 1785, avait retiré le commandement de l’artillerie de l’armée d’Italie au général Bonaparte, et l’avait mis en réforme. Voir dans le tome Ier de la Correspondance, n° 55, la lettre écrite à ce sujet par le général Bonaparte au citoyen Sucy, le 30 thermidor an III (17 août 1795).
Art. 2. Nos ministres de la guerre, des finances et du trésor sont chargés de l’exécution du présent décret.
Laon, 12 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, il y a 500 chevau-légers polonais à Soissons, qui n’ont pas de chevaux : il serait bien important de leur en procurer promptement ; ils sont tous anciens et bons cavaliers. Il y a aussi un dépôt d’infanterie polonaise de 500 hommes, qui m’ont paru dans le désordre : envoyez un inspecteur aux revues qui sera chargé de l’organiser. Il en formera deux bataillons; tous les soldats disponibles seront dans le 1er bataillon; on se servira, pour le 2e, des prisonniers polonais qu’on fera. Il faudrait, pour ce régiment, un colonel polonais intelligent, qui pût envoyer des officiers dans les dépôts de prisonniers pour recruter des Polonais, en leur défendant de recruter des Allemands. J’attache une grande importance à avoir les 500 Polonais à cheval le plus tôt possible. Ils ont 300 selles. L’importance que j’y attache est, en les plaçant aux avant-postes, d’aider beaucoup la désertion des Polonais.
Laon, 12 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, le préfet du département de l’Aisne a 1,500 hommes de la conscription de 1815 qui sont partis. Il y a ici plusieurs dépôts de régiments qui n’ont pas d’hommes et ont des habits, ou en confectionnent, entre autres le 34e, qui est à Soissons. Je pense que, si vous répartissiez cette conscription dans les dépôts qui sont dans ce département, en proportion des habits qu’ils ont, cela ferait des renforts considérables pour l’armée, et vous épargneriez huit jours qu’ils mettent pour aller à Paris et huit jours qu’ils mettent pour revenir; et encore aura-t-on des habits à leur donner à Paris ?
Je pense qu’il faut diriger la conscription de l’Alsace sur les dépôts de l’armée du Rhin; l’idée qu’ils reviendront en Alsace quand ils seront habillés sera un nouveau motif de zèle pour les citoyens. La même chose pour l’armée de la Moselle.
Vous prendrez la moitié de toute la conscription pour la Garde et laisserez l’autre moitié dans les dépôts les plus voisins ; vous dirigerez celle du Nord et du Pas-de-Calais sur les dépôts de la Somme.
Le Dauphiné est menacé ; si vous en retiriez la conscription, cela ferait un mauvais effet. Il faut en laisser la moitié pour les dépôts de l’armée des Alpes ; la moitié de celle de la 8e division pour les dépôts de l’armée du Var.
Indépendamment des sept bataillons qu’a fournis le département de l’Aisne, ce département a, prêts à entrer dans Laon, 2,000 fusiliers, et à entrer dans Saint-Quentin, 2,000 fusiliers. Il est hors de doute que, dans ce département, on trouverait autant d’hommes qu’il y aurait d’armes. Je réitère la demande de 12,000 fusils, qu’on répartirait entre Avesnes, Guise, Soissons et Laon. Faites-moi connaître quand ils y seront rendus. Ordonnez, dans ces quatre places, l’établissement d’une salle d’armes.
Les gardes nationales du Nord continuent à arriver. Le maréchal Soult, qui en a fait la revue, me mande qu’il leur manque 10,000 fusils. Il faut faire les dispositions pour en avoir le plus tôt possible, car des gardes nationales sans fusils ne servent à rien.
Laon, 12 juin 1815.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, Laon est beaucoup plus susceptible de faire une bonne place que Soissons ; mais l’avantage de Soissons est de se trouver sur l’Oise.
Le génie a demandé 40 pièces pour armer Laon ; il faut activer l’arrivée de ces pièces.
Je ne trouve ni à Laon ni à Soissons les approvisionnements que l’on m’avait promis pour l’armée.
Avesnes, 13 juin 1815.
ORDRE DU JOUR.
POSITION DE L’ARMÉE LE 14.
Le grand quartier général sera à Beaumont.
L’infanterie de la Garde impériale sera bivouaquée à un quart de lieue en avant de Beaumont et formera trois lignes : la jeune Garde, les chasseurs et les grenadiers. M. le duc de Trévise reconnaîtra l’emplacement de ce camp. Il aura soin que tout soit à sa place, artillerie, ambulances, équipages, etc.
Le 1er régiment de grenadiers à pied se rendra à Beaumont.
La cavalerie de la Garde impériale sera placée en arrière de Beaumont, mais les corps les plus éloignés n’en doivent pas être à une lieue. .
Le â* corps prendra position à Leers, c’est-à-dire le plus près possible de la frontière, sans la dépasser. Les quatre divisions de ce corps d’armée seront réunies et bivouaqueront sur deux ou quatre lignes : le quartier général au milieu, la cavalerie en avant, éclairant tous les débouchés, mais aussi sans dépasser la frontière et la faisant respecter par les partisans ennemis qui voudraient la violer. Les bivouacs seront placés de manière que les feux ne puissent être aperçus de l’ennemi; les généraux empêcheront que personne ne s’écarte du camp; ils s’assureront que la troupe est pourvue de 50 cartouches par homme, quatre jours de pain et une demi-livre de viande; que l’artillerie et les ambulances sont en bon état, et les feront placer à leur ordre de bataille. Ainsi le 2e corps sera disposé à se mettre en marche le 15, à trois heures du matin, si l’ordre en est donné, pour se porter sur Charleroi et y arriver avant neuf heures.
Le 1er corps prendra position à Solre-sur-Sambre, et il bivouaquera aussi sur plusieurs lignes ; observant, ainsi que le 2e corps, que ses feux ne puissent être aperçus de l’ennemi, que personne ne s’écarte du camp, et que les généraux s’assurent 9e l’état des munitions, des vivres de la troupe, et que l’artillerie et les ambulances soient placées à leur ordre de bataille. Le 1er corps se tiendra également prêt à partir le 15, à trois heures du matin, pour suivre le mouvement du 2e corps, de manière que, dans la journée d’après-demain, ces deux corps manœuvrent dans la même direction et se protègent.
Le 3e corps prendra demain position à une lieue en avant de Beaumont, le plus près possible de la frontière, sans cependant la dépasser, ni souffrir qu’elle soit violée par aucun parti ennemi. Le général Vandamme tiendra tout le monde à son poste, recommandera que les feux soient cachés et qu’ils ne puissent être aperçus de l’ennemi. Il se conformera d’ailleurs à ce qui est prescrit au 2e corps pour les munitions, les vivres, l’artillerie et les ambulances, et pour être prêt à se mettre en mouvement le 15, à trois heures du matin.
Le 6e corps se portera en avant de Beaumont, et sera bivouaqué sur deux lignes, à un quart de lieue du 3e corps. M. le comte de Lobau choisira remplacement, et il fera observer les dispositions générales qui sont prescrites par le présent ordre.
- le maréchal Grouchy portera les 1er, 2e, 3e et 4e corps de cavalerie en avant de Beaumont, et les établira au bivouac entre cette ville et Walcourt, faisant également respecter la frontière, empêchant que personne ne la dépasse et qu’on se laisse voir, ni que les feux puissent être aperçus de l’ennemi ; et il se tiendra prêt à partir après-demain, à trois heures du matin, s’il en reçoit l’ordre, pour se porter sur Charleroi et faire l’avant-garde de l’armée. Il recommandera aux généraux de s’assurer si tous les cavaliers sont pourvus de cartouches, si leurs armes sont en bon état, s’ils ont les quatre jours de pain et la demi-livre de viande qui ont été ordonnés.
L’équipage de ponts sera bivouaqué derrière le 6e corps et en avant de l’infanterie de la Garde impériale.
Le parc central d’artillerie sera en arrière de Beaumont.
L’armée de la Moselle prendra demain position en avant de Philippeville. M. le comte Gérard la disposera de manière à pouvoir partir après-demain 15, à trois heures du matin, pour y joindre le 3e corps et appuyer son mouvement sur Charleroi, suivant le nouvel ordre qui lui sera donné. Mais le général Gérard aura soin de bien garder son flanc droit et en avant de lui sur toutes les directions de Charleroi et de Namur.
Si l’armée delà Moselle a des pontons à sa suite, le général Gérard les fera avancer le plus possible, afin de pouvoir en disposer.
Tous les corps d’armée feront marcher en tête les sapeurs et les moyens de passage que les généraux auront réunis.
Les sapeurs de la Garde impériale, les ouvriers de la marine et les sapeurs de la réserve marcheront après le 6e corps et en tête de la Garde.
Tous les corps marcheront dans le plus grand ordre et serrés. Dans le mouvement sur Charleroi, on sera disposé à profiter de tous les passages, pour écraser les corps ennemis qui voudraient attaquer l’armée ou qui manœuvreraient contre elle.
Il n’y aura à Beaumont que le grand quartier général ; aucun autre ne devra y être établi, et la ville sera dégagée de tout embarras.
Les anciens règlements sur le quartier général et les équipages, sur l’ordre des marches, la police des voitures et bagages et sur les blanchisseuses et vivandières, seront remis en vigueur. Il sera fait à ce sujet un ordre général. Mais, en attendant, MM. les généraux commandant les corps d’année prendront des dispositions en conséquence, et le grand prévôt de l’armée fera exécuter ces règlements.
L’Empereur ordonne que toutes les dispositions contenues dans le présent ordre soient tenues secrètes par MM. les généraux.
Par ordre de l’Empereur, le maréchal de l’Empire, major général,
Duc de Dalmatie.
Avesnes, 14 juin 1815, au matin.
Au prince Joseph, président du conseil des ministres, à Paris.
Mon Frère, je porte ce soir mon quartier impérial à Beaumont. Demain 15, je me porterai sur Charleroi, où est l’armée prussienne; ce qui donnera lieu à une bataille ou à la retraite de l’ennemi. L’armée est belle et le temps assez beau ; le pays parfaitement disposé.
J’écrirai ce soir si l’on doit faire les communications le 16e. En attendant, il faut que l’on se prépare.
Adieu.
Avesnes, 14 juin 1815, au matin.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.
Mon Cousin, je passerai la Sambre demain 15. Si les Prussiens n’évacuent pas, nous aurons une bataille.
Suchet doit s’emparer de Montmélian et s’y fortifier.
Recommandez qu’il y ait 10,000 fusils à Lyon pour armer la garde nationale, et que les pièces soient en batterie.
Faites mettre les trois cents pièces de la marine en batterie à Paris; qu’elles y soient avant le 25 de ce mois. Faites instruire les compagnies de canonniers des lycées ; faites-les aller au polygone à Vincennes, le jeudi.
Ne prodiguez pas les fusils aux fédérés; nous en avons grand besoin partout. Je dirige la manufacture de Maubeuge sur Paris; si vous la croyez mieux à Soissons, vous pouvez la retenir là.
Écrivez à Lecourbe qu’il doit s’opposer au passage du Rhin; après, au passage des Vosges et du Jura. D’abord, il doit soutenir la position de Belfort; après, il doit soutenir Langres et la Saône; après, l’Aube et la Seine; enfin, l’Yonne.
Suchet doit, en dernière analyse, défendre Lyon, la Saône et le Rhône.
Rapp doit défendre l’Alsace le plus possible ; ensuite les Vosges ; ensuite la Meurthe et la Moselle; enfin la Meuse, la Marne, etc.
Avesnes, 14 juin 1815.
À L’ARMÉE.
Soldats, c’est aujourd’hui l’anniversaire de Marengo et de Friedland, qui décidèrent deux fois du destin de l’Europe. Alors, comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux ; nous crûmes aux protestations et aux serments des princes que nous laissâmes sur le trône ! Aujourd’hui, cependant, coalisés contre nous, ils en veulent à l’indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont commencé la plus injuste des agressions. Marchons donc à leur rencontre : eux et nous ne sommes-nous plus les mêmes hommes?
Soldats, à Iéna, contre ces mêmes Prussiens aujourd’hui si arrogants, vous étiez un contre trois; à Montmirail, un contre six.
Que ceux d’entre vous qui ont été prisonniers des Anglais vous fassent le récit de leurs pontons et des maux affreux qu’ils ont soufferts !
Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la Confédération du Rhin, gémissent d’être obligés de prêter leurs bras à la cause des princes ennemis de la justice et des droits de tous les peuples. Ils savent que cette coalition est insatiable. Après avoir dévoré douze millions de Polonais, douze millions d’Italiens, un million.de Saxons, six millions de Belges, elle devra dévorer les États de deuxième ordre de l’Allemagne.
Les insensés ! Un moment de prospérité les aveugle. L’oppression et l’humiliation du peuple français sont hors de leur pouvoir. S’ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.
Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir; mais, avec de la constance, la victoire sera à nous : les droits, l’honneur et le bonheur de la patrie seront reconquis.
Pour tout Français qui a du cœur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr !
Beaumont, 14 juin 1815.
ORDRE DE MOUVEMENT.
Demain 15, à deux heures et demie du matin, la division de cavalerie légère du général Vandamme montera à cheval et se portera sur la route de Charleroi. Elle enverra des partis dans toutes les directions pour éclairer, le pays et enlever les postes ennemis; mais chacun de ces partis sera au moins de 50 hommes. Avant de mettre en marche la division, le général Vandamme s’assurera qu’elle est pourvue de cartouches.
A la même heure, le lieutenant général Pajol réunira le 1er corps de cavalerie et suivra le mouvement de la division du général Domon, qui sera sous les ordres du général Pajol. Les divisions du 1er corps de cavalerie ne fourniront point de détachements ; ils seront pris dans la 3e division. Le général Domon laissera sa batterie d’artillerie pour marcher après le 1er bataillon du 3e corps d’infanterie; le lieutenant général Vandamme lui donnera des ordres en conséquence.
Le lieutenant général Vandamme fera battre la diane à deux heures et demie du matin ; à trois heures, il mettra en marche son corps d’armée et le dirigera sur Charleroi. La totalité de ses bagages et embarras seront parqués en arrière, et ne se mettront en marche qu’après que le 6e corps et la Garde impériale auront passé. Ils seront sous les ordres du vaguemestre général, qui les réunira à ceux du 6e corps, de la Garde impériale et du grand quartier général, et leur donnera des ordres de mouvement.
Chaque division du 3e corps d’armée aura avec elle sa batterie et ses ambulances; toute autre voiture qui serait dans les rangs sera brûlée.
- le comte de Lobau fera battre la diane à trois heures et demie, et il mettra en marche le 6e corps d’armée à quatre heures pour suivre le mouvement du général Vandamme et l’appuyer; il fera observer, pour les troupes, l’artillerie, les ambulances et les bagages, le même ordre de marche qui est prescrit au 3e corps.
Les bagages du 6e corps seront réunis à ceux du 3e, sous les ordres du vaguemestre général, ainsi qu’il est dit.
La jeune Garde battra la diane à quatre heures et demie, et se mettra en marche à cinq heures; elle suivra le mouvement du 6e corps sur la route de Charleroi.
Les chasseurs à pied de la Garde battront la diane à quatre heures, et se mettront en marche à cinq heures et demie pour suivre le mouvement de la jeune Garde.
Les grenadiers à pied de la Garde battront la diane à cinq heures et demie, et partirent à six heures peur suivre le mouvement des chasseurs à pied.
Le même ordre de marche pour l’artillerie, les ambulances et les bagages » prescrit pour le 3e corps d’infanterie, sera observé dans la Garde impériale.
Les bagages de la Garde seront réunis à ceux des 3e et 6e corps d’armée, sous les ordres du vaguemestre général, qui les fera mettre !en mouvement.
- le maréchal Grouchy fera monter à cheval, à cinq heures et demie du matin, celui des trois corps de cavalerie qui sera le plus près de la route, et il lui fera suivre le mouvement sur Charleroi ; les deux autres corps partiront successivement à une heure d’intervalle l’un de l’autre. Mais M. le maréchal Grouchy aura soin de faire marcher la cavalerie sur les chemins latéraux de la route principale que la colonne d’infanterie suivra, afin d’éviter l’encombrement et aussi pour que sa cavalerie observe un meilleur ordre.
Il prescrira que la totalité des bagages restent en arrière, parqués et réunis, jusqu’au moment où le vaguemestre général leur donnera l’ordre d’avancer.
- le comte Reille fera battre la diane à deux heures et demie du matin, et il mettra en marche le 2e corps à trois heures ; il le dirigera sur Marchienne-au-Pont, ou il fera en sorte d’être rendu avant neuf heures du matin. Il fera garder tous les ponts de la Sambre, afin que personne ne passe; les postes qu’il laissera seront successivement relevés par le 1er corps; mais il doit tâcher de prévenir l’ennemi à ces ponts pour qu’ils ne soient pas détruits, surtout celui de Marchienne, par lequel il sera probablement dans le cas de déboucher, et qu’il faudrait faire aussitôt réparer s’il avait été endommagé.
A Thuin et à Marchienne, ainsi que dans tous les villages sur sa route, M. le comte Reille interrogera les habitants, afin d’avoir des nouvelles des positions et forces des armées ennemies, il fera aussi prendre les lettres dans les bureaux de poste et les dépouillera pour faire aussitôt parvenir à l’Empereur les renseignements qu’il aura obtenus.
- le comte d’Erlon mettra en marche le 1er corps à trois heures du matin, et le dirigera aussi sur Charleroi, en suivant le mouvement du 2e corps, duquel il gagnera la gauche le plus tôt possible, pour le soutenir et l’appuyer au besoin. Il tiendra une brigade de cavalerie en arrière, pour se couvrir et pour maintenir par de petits détachements ses communications avec Maubeuge. Il enverra des partis en avant de cette place, dans les directions de Mons et de Binche, jusqu’à la frontière, pour avoir des nouvelles des ennemis et en rendre compte aussitôt; ces partis auront soin de ne pas se compromettre et de ne pas dépasser la frontière.
- le comte d’Erlon fera occuper Thuin par une division; et, si le pont de cette ville était détruit, il le ferait aussitôt réparer, en même temps qu’il fera tracer et exécuter immédiatement une tête de pont sur la rive gauche. La division qui sera à Thuin gardera aussi le pont de l’abbaye d’Aulne, où M. le comte d’Erlon fera également construire une tête de pont sur la rive gauche.
Le même ordre de marche prescrit au 3e corps pour l’artillerie, les ambulances et les bagages, sera observé aux 2e et 1er corps, qui feront réunir et marcher leurs bagages à la gauche du 1er corps sous les ordres du vaguemestre le plus ancien.
Le 4e corps (armée de la Moselle) a reçu ordre de prendre aujourd’hui position en avant de Philippeville. Si son mouvement est opéré et si les divisions qui composent ce corps d’armée sont réunies, M. le lieutenant général Gérard les mettra en marche demain, à trois heures du matin, et les dirigera sur Charleroi. Il aura soin de se tenir à hauteur du 3e corps, avec lequel il communiquera, afin d’arriver à peu près en même temps devant Charleroi; mais le général Gérard fera éclairer sa droite et tous les débouchés qui vont sur Namur. Il marchera serré en ordre de bataille, et fera laisser à Philippeville tous ses bagages et embarras, afin que son corps d’armée, se trouvant plus léger, se trouve à même de manœuvrer. Le général Gérard donnera ordre à la 14e division de cavalerie, qui a dû aussi arriver aujourd’hui à Philippeville, de suivre le mouvement de son corps d’armée sur Charleroi, où cette division joindra le 4e corps de cavalerie.
Les lieutenants généraux Reille, Vandamme, Gérard et Pajol se mettront en communication par de fréquents partis, et ils régleront leur marche de manière à arriver en masse et ensemble devant Charleroi. Ils mettront, autant que possible, à l’avant-garde des officiers qui parlent flamand, pour interroger les habitants et en prendre des renseignements; mais ces officiers s’annonceront comme commandant des partis, sans dire que l’armée est en arrière.
Les lieutenants généraux Reille, Vandamme et Gérard feront marcher tous les sapeurs de leurs corps d’armée (ayant avec eux des moyens pour réparer les ponts) après le premier régiment d’infanterie légère, et ils donneront ordre aux officiers du génie de faire réparer les mauvais passages, ouvrir des communications latérales et placer des ponts sur les courants d’eau où l’infanterie devrait se mouiller pour les franchir.
Les marins, les sapeurs de la Garde et les sapeurs de la réserve marcheront après le premier régiment du 3e corps. Les lieutenants généraux Rogniat et Haxo seront à leur tête ; ils n’emmèneront avec eux que deux ou trois voitures; le surplus du parc du génie marchera à la gauche du 3e corps. Si on rencontre l’ennemi, ces troupes ne seront point engagées, mais les généraux Rogniat et Haxo les emploieront aux travaux de passages de rivière, de têtes de pont, de réparation de chemins et d’ouverture de communications, etc.
La cavalerie de la Garde suivra le mouvement sur Charleroi et partira à huit heures.
L’Empereur sera à l’avant-garde, sur la route de Charleroi. MM. les lieutenants généraux auront soin d’envoyer à Sa Majesté de fréquents rapports sur leurs mouvements et les renseignements qu’ils auront recueillis. Ils sont prévenus que l’intention de Sa Majesté est d’avoir passé la Sambre avant midi, et de porter l’armée à la rive gauche de cette rivière.
L’équipage de ponts sera divisé en deux sections ; la première section se subdivisera en trois parties, chacune de 5 pontons et 5 bateaux d’avant-garde, pour jeter trois ponts sur la Sambre. Il y aura à chacune de ces subdivisions une compagnie de pontonniers.
La première section marchera à la suite du parc du génie après le 3e corps.
La deuxième section restera avec le parc de réserve d’artillerie à la colonne des bagages; elle aura avec elle la 4e compagnie de pontonniers.
Les équipages de l’Empereur et les bagages du grand quartier général seront réunis et se mettront en marche à dix heures. Aussitôt qu’ils seront passés, le vaguemestre général fera partir les équipages de la Garde impériale, du 3e corps et du 6e corps; en même temps, il enverra ordre à la colonne d’équipages de la réserve de cavalerie de se mettre en marche et de suivre la direction que la cavalerie aura prise.
Les ambulances de l’armée suivront le quartier général et marcheront en tête des bagages ; mais, dans aucun cas, ces bagages, ainsi que les parcs de réserve de l’artillerie et la seconde section de l’équipage de ponts, ne s’approcheront à plus de trois lieues de l’armée, à moins d’ordres du major général, et ils ne passeront la Sambre aussi que par ordre.
Le vaguemestre général formera des divisions de ces bagages, et il y mettra des officiers pour les commander, a6n de pouvoir en détacher ce qui sera ensuite appelé au quartier général ou pour le service des officiers.
L’intendant général fera réunir à cette colonne d’équipages la totalité des bagages et transports de l’administration, auxquels il sera assigné un rang dans la colonne.
Les voitures qui seront en retard prendront la gauche, et ne pourront sortir du rang qui leur sera donné que par ordre du vaguemestre général.
L’Empereur ordonne que toutes les voitures d’équipages qui seront trouvées dans les colonnes d’infanterie, de cavalerie ou d’artillerie, soient brûlées, ainsi que les voitures de la colonne des équipages qui quitteront leur rang et intervertiront l’ordre de marche sans la permission expresse du vaguemestre général.
À cet effet, il sera mis un détachement de 50 gendarmes à la disposition du vaguemestre général, qui est responsable, ainsi que tous les officiers de la gendarmerie et les gendarmes, de l’exécution de ces dispositions, desquelles le succès de la campagne peut dépendre.
Par ordre de l’Empereur. Le maréchal de l’Empire, major général, Duc de Dalmatie.
Beaumont, 15 juin 1815, trois heures du matin.
Au prince Joseph, président du conseil des ministres, à Paris.
Mon Frère, l’ennemi faisant des mouvements pour nous attaquer, je marche à sa rencontre. Les hostilités vont donc commencer aujourd’hui; ainsi je désire que l’on fasse les communications qui ont été préparées. Informez-en le duc de Vicence. (Communications à faire aux Chambres; elles comprenaient un rapport du duc de Vicence à l’Empereur sur l’hostilité des puissances coalisées contre la France, et sur les tentatives vainement faites par le gouvernement de l’Empereur pour arriver à des négociations. (Voir le Moniteur du 17 juin, où se trouve le rapport du duc de Vicence.)
Charleroi, 15 juin 1815, neuf heures du soir.
Au prince Joseph, président du conseil des ministres, à Paris.
Monseigneur, il est neuf heures du soir. L’Empereur, qui est à cheval depuis trois heures du matin, rentre accablé de fatigue. Il se jette sur son lit pour s’y reposer quelques heures. Il doit remonter à cheval à minuit. Sa Majesté ne pouvant écrire à Votre Altesse me charge de lui mander ce qui suit :
L’armée a forcé la Sambre près Charleroi et placé des avant-gardes à moitié chemin de Charleroi à Namur et de Charleroi à Bruxelles. Nous avons fait 1.500 prisonniers et enlevé six pièces de canon. Quatre régiments prussiens ont été écrasés. L’Empereur a perdu peu de monde. Mais il a fait une perte qui lui est très-sensible : c’est son aide de camp, le général Letort, qui a été tué sur le plateau de Fleurus en commandant une charge de cavalerie. L’enthousiasme des habitants de Charleroi et de tous les pays que nous traversons ne peut se décrire. Ce sont les mêmes sentiments qu’en Bourgogne.
L’Empereur désire, Monseigneur, que vous fassiez part de ces nouvelles aux ministres, et que vous voyiez l’usage qu’il convient d’en faire.
Il est possible qu’il y ait demain une affaire très-importante.
Le premier secrétaire du cabinet,
Baron Fain.
Charleroi, 15 juin 1815, au soir.
BULLETIN DE L’ARMÉE.
Le 14, l’armée était placée de la manière suivante :
Le quartier impérial à Beaumont.
Le 1er corps, commandé par le général d’Erlon, était à Solre, sur la Sambre.
Le 2e corps, commandé par le général Reille, était à H am-sm> Heure.
Le 3e corps, commandé par le général Vandamme, était sur la droite de Beaumont.
Le 4e corps, commandé par le général Gérard, arrivait à Philippeville.
Le 15, à trois heures du matin, le général Reille attaqua l’ennemi et se porta sur Marchienne-au-Pont. Il eut différents engagements dans lesquels sa cavalerie chargea un bataillon prussien et fit 300 prisonniers.
À une heure du matin, l’Empereur était à Jamioulx-sur-Heure.
La division de cavalerie légère du général Domon sabra deux bataillons prussiens et fit 400 prisonniers.
Le général Pajol entra à Charleroi à midi. Les sapeurs et les marins de la Garde étaient à l’avant-garde pour réparer les ponts; ils pénétrèrent les premiers en tirailleurs dans la ville. Le général Clary, avec le 1er de hussards, se porta sur Gosselies, sur la route de Bruxelles, et le général Pajol sur Gilly, sur la route de Namur.
À trois heures après midi, le général Vandamme déboucha avec son corps sur Gilly.
Le maréchal Grouchy arriva avec la cavalerie du général Exelmans.
L’ennemi occupait la gauche de la position de Fleurus. À cinq heures après midi, l’Empereur ordonna l’attaque. La position fut tournée et enlevée. Les quatre escadrons de service de la Garde, commandés par le général Letort, aide de camp de l’Empereur, enfoncèrent trois carrés; les 26e, 27e et 28e régiments prussiens furent mis en déroute. Nos escadrons sabrèrent 4 ou 500 hommes et firent 1,500 prisonniers.
Pendant ce temps, le général Reille passait la Sambre à Marchienne-au-Pont, pour se porter sur Gosselies avec les divisions du prince Jérôme et du général Bachelu, attaquait l’ennemi, lui faisait 250 prisonniers et le poursuivait sur la route de Bruxelles.
Nous devînmes ainsi maîtres de toute la position de Fleurus.
À huit heures du soir, l’Empereur rentra à son quartier général à Charleroi.
Cette journée coûte à l’ennemi cinq pièces de canon et 2,000 hommes, dont 1,000 prisonniers. Notre perte est de 10 hommes tués et de 80 blessés, la plupart des escadrons de service, qui ont fait les charges, et des trois escadrons du 20e de dragons, qui ont aussi chargé un carré avec la plus grande intrépidité. Notre perte, légère quant au nombre, a été sensible à l’Empereur, par la blessure grave qu’a reçue le général Letort, son aide de camp, en chargeant à la tête des escadrons de service. Cet officier est de la plus grande distinction. Il a été frappé d’une balle au bas-ventre, et le chirurgien fait craindre que sa blessure ne soit mortelle.
Nous avons trouvé à Charleroi quelques magasins. La joie des Belges ne saurait se décrire. Il y a des villages qui, à la vue de leurs libérateurs, ont formé des danses, et partout c’est un élan qui part du cœur.
Dans le rapport de l’état-major général, on insérera les noms des officiers et soldats qui se sont distingués.
L’Empereur a donné le commandement de la gauche au prince de la Moskova, qui a eu le soir son quartier général aux Quatre-Chemins (Les Quatre-Bras), sur la route de Bruxelles.
Le duc de Trévise, à qui l’Empereur avait donné le commandement de la jeune Garde, est resté à Beaumont, malade d’une sciatique qui l’a forcé de se mettre au lit.
Le 4e corps, commandé par le général Gérard, arrive ce soir à Châtelet. Le général Gérard a rendu compte que le lieutenant général Bourmont, le colonel Clouet et le chef d’escadron Villoutreys ont passé à l’ennemi. Un lieutenant du H6 de chasseurs a également passé à l’ennemi. Le major général a ordonné que ces déserteurs fussent sur-le-champ jugés conformément aux lois.
Rien ne peut peindre le bon esprit et l’ardeur de l’armée. Elle regarde comme un événement heureux la désertion de ce petit nombre de traîtres, qui se démasquent ainsi.











