Correspondance de Napoléon – Juin 1812
Königsberg, 16 juin 1812
Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris
Monsieur le Comte Decrès, des critiques s’élèvent sur la conduite du capitaine de vaisseau qui était dans Lorient; on dit qu’il aurait pu sortir et secourir les deux frégates. Il s’est élevé de pareils soupçons sur la conduite du commandant de la Danaé, qui, dit-on, aurait pu sortir lors de l’affaire du Rivoli. Je désire que vous fassiez une enquête sur ces deux faits. (L’Ariane et l’Andromaque ; poursuivies par des bâtiments anglais, ces deux frégates échouèrent à l’île de Croix, et se firent sauter après avoir combattu avec vigueur).
Königsberg, 16 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg.
Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que, si l’ennemi ne fait aucun mouvement offensif, il serait préférable que le général Reynier, au lieu de se replier sur Praga, se portât sur Siedlce, ce qu’il pourrait faire en trois ou quatre marches ; il couvrirait là beaucoup mieux Praga et Varsovie; en supposant qu’il parte le 18 de Lublin, il peut être le 21 à Siedlce; les Autrichiens arrivent le 32 à Lublin; il sera alors en communication avec eux; les Autrichiens venant à Siedlce le 25, et couvrant Praga, le général Reynier pourra filer en deux jours sur Brok et formerait la droite du Roi ; dans toutes ces positions, la principale instruction du général Reynier serait toujours de couvrir Praga et Varsovie; alors il suffirait que des derniers échelons on prît un régiment saxon pour tenir Praga et un autre pour tenir Modlin ; tout le reste pourrait manœuvrer comme je viens de le dire ci-dessus; que nous attendons avec impatience de connaître si Bagration continue son mouvement de Brzesc sur Grodno; que, dans ce cas, il serait convenable que le Roi pressât son mouvement sur notre droite, afin de se trouver plus près de nous que Bagration de Vilna; qu’il serait même convenable que le prince Poniatowski avec son corps d’armée se portât sur Johannisburg, afin d’être plus en mesure d’arriver sur le point du passage, qui sera entre Olitta et Kovno, avant le général Bagration.
Königsberg, 16 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, écrivez au duc d’Elchingen que son corps s’éloigne mal à propos de la route qui lui est tracée, et que partout il porte la dévastation; les Wurtembergeois ont été mal à propos sur la Pregel et interrompent tous les systèmes de l’armée.
Königsberg, 16 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, il faudrait écrire au duc de Reggio qu’il est nécessaire qu’il envoie toutes les voitures de son armée chargées de farine prise à Wehlau verser leur chargement dans les magasins d’Insterburg. Ces voitures reviendront ensuite se recharger à Wehlau. En partant le 17 au matin, ces voitures seront le 17 au soir à Insterburg; elles seront de retour le 18 au soir à Wehlau; elles pourraient donc être le 19 à Insterburg et le 20 à Gumbinnen; quand même elles n’arriveraient que le 21 à Gumbinnen, cela n’aurait pas un grand inconvénient, et le corps du duc de Reggio aurait poussé en avant 4 à 5,000 quintaux de farine.
Écrivez au duc de Danzig et au duc d’Istrie d’envoyer toutes les voitures vides qu’ils auraient et toutes celles qui se trouvent à leur suite pour prendre un chargement de farine à Wehlau. Donnez-leur même l’ordre de vider dans les magasins d’Insterburg les voitures qui seraient chargées, afin d’augmenter d’autant les magasins et de faire partir les voitures le 18 pour Wehlau, de sorte que le 20 ces voitures chargées à Wehlau aient rejoint à Stallupœhnen. Le but de ces mouvements est d’augmenter d’autant les magasins d’Insterburg.
Königsberg, 16 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez ordre à la Garde de partir aujourd’hui pour aller coucher à Tapiau. Ils partiront demain de Tapiau pour s’approcher le plus possible (à une lieue) d’Insterburg.
Königsberg, 16 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, les routes de l’armée entre la Vistule et le Niémen seront les suivantes : on prendra à Thorn les vivres pour deux jours jusqu’à Graudenz; le commandant prussien de Graudenz fournira les vivres pour un jour jusqu’à Marienwerder ; à Marienwerder, les vivres pour un jour jusqu’à Marienburg; là, les vivres pour un jour jusqu’à Elbing; à Elbing, on prendra les vivres pour trois jours jusqu’à Königsberg; à Königsberg, séjour; on prendra les vivres pour un jour jusqu’à Tapiau ; à Tapiau, les vivres pour deux jours jusqu’à Gumbinnen ; à Gumbinnen, deux jours de vivres jusqu’à Wilkowyszki. Ainsi les troupes seront douze jours en route de Thorn à Gumbinnen, y compris le séjour de Königsberg; elles prendront un séjour à Gumbinnen. Ce sera treize jours. Toutes les routes intermédiaires seront supprimées; cependant on conservera à Osterode un commandement avec une garnison prussienne, un garde-magasin, une manutention, et on y entretiendra 10,000 quintaux de farine. Il y aura un pareil établissement à Rastenburg.
La communication de l’armée avec Varsovie se fera ainsi : on prendra à Varsovie deux jours de vivres jusqu’à Pultusk ; à Pultusk, trois jours de vivres jusqu’à Willenberg ; à Willenberg, trois jours de vivres jusqu’à Rastenburg, où on prendra trois jours de vivres jusqu’à Gumbinnen. Il y aura des commandants français, des manutentions et magasins de farine à Willenberg et Pultusk.
La communication de Danzig avec l’armée se fera ou par Pillau ou par Marienburg : par Pillau, on prendra à Danzig des vivres pour trois jours jusqu’à Pillau ; à Pillau, des vivres pour deux jours jusqu’à Königsberg, etc. Si la route se fait par Marienburg, on prendra à Danzig des vivres pour deux jours jusqu’à Marienburg, d’où on suivra la ligne.
La communication de Königsberg à Tilsit se fera en prenant à Königsberg des vivres pour un jour jusqu’à Tapiau; à Tapiau, un jour de vivres jusqu’à Lœbau, où on fournira deux jours de vivres jusqu’à Tilsit.
Ainsi il faut à Thorn un commandant de place : il y existe ; il faut à Marienwerder un commandant et une manutention : il en existe à Marienburg, Elbing, Königsberg, Tapiau, Insterburg. Il faut un commandant à Osterode et Willenberg : il en existe un à Pultusk ; il en faut un à Rastenburg. Tous les autres commandants et commissaires des guerres doivent être rappelés.
Il faut avoir soin de mettre des employés français dans les hôpitaux qu’on doit établir et leur donner l’ordre de correspondre avec le général Latour à Elbing et avec le général Hogendorp à Königsberg pour la vieille Prusse.
Vous donnerez l’ordre que les routes de Marienwerder à Marienburg et Elbing et de Marienburg à Dirschau soient raccommodées et entretenues.
Königsberg, 16 juin 1812
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je viens de témoigner mon mécontentement au maréchal Ney sur les désordres que commettent ses troupes.
Je pars cette nuit pour être demain à la pointe du jour à Wehlau, où je passerai la revue du corps du duc de Reggio. J’irai probablement le soir à Insterburg. Je pense que vous avez besoin de toute la journée du 17 pour vous réunir. Je viendrai donc chez vous le 18.
Le 10e corps, que commande le duc de Tarente, doit border le Niémen jusque vis-à-vis Georgenburg; la division prussienne doit être à Tilsit, et la division Grandjean vis-à-vis Georgenburg ; mais celle-ci ne doit être en position que le 19. Votre cavalerie légère, que vous tiendrez sur vos flancs, mais que je désire pourtant voir à la revue, doit avoir des petits piquets pour assurer vos flancs. Envoyez un officier de votre état-major du côté de Georgenburg pour savoir ce qui se passe.
Königsberg, 16 juin 1812
Au général comte Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Wehlau
Monsieur le Général Durosnel, prenez des mesures pour qu’à Wehlau on n’embarque aucune avoine et que les moyens de transport ne soient employés qu’à porter des farines. Mettez des gendarmes d’élite aux différents moulins jusqu’à Gumbinnen. Faites passer des marchés pour les moulures et envoyez du blé dans les moulins. Mettez des sentinelles à Wehlau ; ne laissez passer aucune voiture chargée d’avoine ; qu’elles soient toutes déchargées et rechargées de farine et de riz.
Insterburg, 17 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Insterburg
Mon Cousin, donnez l’ordre aux constructeurs de la Garde de partir en toute hâte pour arriver le plus tôt possible à Stallupœhnen et y construire trois manutentions, chacune de six fours. Donnez ordre au duc de Reggio d’envoyer ses constructeurs en toute diligence à Wirballen pour y construire deux manutentions, chacune de six fours. Donnez ordre au duc de Reggio d’envoyer demain à Gumbinnen ses boulangers, pour prendre la manutention de Gumbinnen demain à minuit.
Insterburg, 17 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Insterburg
Mon Cousin, donnez ordre au général Delaborde de partir demain de Wehlau pour se rendre en arrière d’Insterburg. Il laissera deux bataillons à Wehlau pour la police de la place, la garde des magasins et les travaux d’embarquement et de débarquement.
Donnez ordre au général commandant à Königsberg d’envoyer à Wehlau un bataillon prussien de 500 hommes pour garder les magasins et travailler au chargement et déchargement des bateaux. Aussitôt que ce bataillon sera arrivé, les deux bataillons de la Garde en partiront pour rejoindre à volonté leur division.
Réitérez l’ordre à l’intendant général de réorganiser les magasins de Wehlau , d’Insterburg et de Gumbinnen. Il y a le long de la Pregel beaucoup de moyens de mouture ; mais il faut en tirer parti et les mettre en grande activité, et ils offriront des ressources précieuses à l’armée. Recommandez à l’intendant de faire adresser à l’ordonnateur Joinville l’état de tous les convois dirigés sur le quartier général, soit de Thorn, soit de Königsberg.
Envoyez un officier d’état-major au duc de Reggio pour lui dire que j’ai passé par l’autre rive et qu’ainsi je n’ai pu voir son corps d’armée, mais que je le passerai demain en revue ici, s’il est arrivé avant mon départ; sans quoi je le verrai à Gumbinnen; qu’il peut envoyer quelques boulangers à Insterburg, où ils trouveront de la farine et où ils pourront faire quelques rations de pain.
Insterburg, 17 juin 1812
ORDRE.
Le canal de Bromberg et la navigation de la Netze et de la Warta seront mis dans le meilleur état.
Une commission, composée d’un officier du génie que désignera le directeur de Danzig, du sieur Senft, conseiller à la régence de la Nouvelle Marche, et d’un ingénieur que nommera le ministre de l’intérieur du duché de Varsovie, se réunira le 25 de ce mois à Bromberg.
Cette commission déterminera tous les travaux à faire provisoirement, sans interrompre la navigation.
Elle fera enlever les pilotis qui obstruent les passages et construire les écluses nécessaires, soit en pierre, soit en bois.
Une somme de 100,000 francs, qui sera imputée sur les fonds de réserve de la Grande Armée fixés à 3 millions par le budget du 28 mai dernier, sera mise à la disposition de ladite commission pour être employée, sans attendre une autre autorisation, aux travaux qui seront jugés les plus urgents.
Dans le courant du mois de juillet, la commission nous adressera un rapport sur le système des travaux qu’elle proposera pour accélérer cette navigation, et le devis de la dépense qui devra en résulter.
L’intendant général et le commandant en chef du génie de l’armée sont chargés de l’exécution du présent ordre.
Insterburg, 17 juin 1812
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Insterburg
Mon Fils, l’officier d’ordonnance Tascher m’a remis votre lettre.
Retardez votre mouvement jusqu’à nouvel ordre; car, avant tout, il faut que vous ayez des vivres. En passant à Wehlau, j’ai vu le convoi des voitures que vous avez envoyées, qui vous arrive. Vous devez recevoir aussi le convoi de Königsberg; mais il est fâcheux que vous n’ayez pas envoyé vos voitures faire un voyage sur Pillau. Rassemblez toutes vos troupes sous Rastenburg le 18 et le 19. Faites-moi connaître combien vous avez de pain le 19 au soir. Je me déciderai alors à vous donner un ordre de mouvement. Dans ce pays-ci, le pain est la principale chose.
Insterburg, 17 juin 1812, huit heures du soir.
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Insterburg
Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16 juin. Je ne passerai demain la revue de votre corps que passé quatre heures du soir. Je pense que tout ce temps vous est nécessaire.
Ayez une conversation sérieuse avec la régence pour qu’elle prenne des mesures pour réunir du blé et qu’on puisse alimenter tous les moulins. L’équipage de pont n’arrivera pas demain à Gumbinnen et ne pourra être que le 21 à Wilkowyszki. Je suppose que vous vous êtes assuré de vingt-cinq jours de vivres pour votre corps d’armée indépendamment des farines que portent les treize cents voitures d’équipages auxiliaires. Je suppose que ces treize cents voitures portent 8,000 quintaux. Je compte sur vos vingt-cinq jours de vivres, sur les attelages qui appartiennent à vos compagnies, sur les caissons des corps, sur le 12e des équipages militaires et sur les deux compagnies du 14e. Faites cuire le plus qu’il vous sera possible. Je suppose que, dans la journée de demain et jusqu’au 19 au matin, vos dix-sept fours pourront cuire pour tous mes corps d’armée. Vos boulangers seront sur-le-champ remplacés par ceux du 2e corps, afin que vous puissiez envoyer cuire aux fours de Wilkowyszki.
J’ai passé aujourd’hui la moitié de la journée à Wehlau.
Je crois que 3,000 quintaux de farine vont bientôt arriver à Insterburg. C’est des voitures qu’il faudrait pour les transporter ; ramassez toutes celles que vous pourrez. J’écris au roi de Naples pour qu’il ramasse toutes les voitures de son corps d’armée ; la cavalerie en a une grande quantité, et cela nous ruine absolument. Je mande au roi qu’il dirige toutes ses voitures vides, par convois de cent, sur Insterburg pour s’y recharger, et pour les escorter vous lui fournirez des troupes allemandes. Aussitôt que vos dix-sept fours seront construits devant Wilkowyszki, il faudra en construire une trentaine vis-à-vis Kovno. Je vais faire partir demain matin les constructeurs de la Garde et ceux du 2e corps, qui se joindront aux vôtres pour faire cette construction avec ensemble, non pas positivement au même endroit, mais au moins à quelque distance l’un de l’autre. Ramassez le plus de voitures qu’il vous sera possible, et envoyez-les se charger à l’embarcadère d’Insterburg.
Insterburg, 18 juin 1812
Au général comte Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Welhau
Monsieur le Général Durosnel, s’il y a encore à Tapiau du biscuit, de l’eau-de-vie et des farines, faites-les-y laisser: ils serviront à remonter sur Labiau. Ordonnez au commissaire des guerres de les faire partir pour cette destination ; cela servira à notre premier convoi sur le Niémen. Faites constater ce qui reste encore à Tapiau, afin que nous puissions savoir sur quoi compter pour le Niémen.
Gumbinnen, 19 juin 1812
NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.
Le ministre de la marine fera sentir au conseiller d’État qu’il tombe en enfance. Il y a autant d’ignorance des faits que de pages dans son mémoire (Mémoire intitulé Aperçu d’un projet d’acte de navigation pour l’Empire français, substitué aux licences). Il est tout simple qu’un conseiller d’État, chargé d’affaires de marine, ignore ces questions-là; mais alors, s’il n’est un insensé, il ne doit pas vouloir régenter avant de s’instruire des choses.
Gumbinnen, 19 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de faire établir ses fours à l’intersection de la route de Wilkowyszki à Kovno et de celle de Kovno à Preny, soit au village de Naugardyszki, soit à Keturek ou Gerwis ; il fera en sorte de s’adosser à quelque église, qui pourra lui servir de magasin. On a isolé les fours à Königsberg, ce qui est un grand inconvénient quand il n’y a pas à portée quelques grands bâtiments pour servir de magasins.
Gumbinnen, 19 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, envoyez un aide de camp au duc de Tarente. Mandez-lui qu’il fasse filer 6,000 quintaux de farine, de celle qu’il a à Labiau à la disposition des Prussiens; de les tenir embarqués pour les faire filer dans le Niémen aussitôt que le passage sera effectué et la rive droite déblayée; qu’il fasse fabriquer à Tilsit 150,000 rations de pain biscuité, pour l’embarquer et l’envoyer à l’armée après le passage ; que je désire qu’il envoie sur la rive droite des officiers pour l’instruire de ce qui se passe; votre aide de camp s’y rendra; qu’il faut que le duc se rende à Tilsit pour connaître le lieu où il pourra jeter son pont, et qu’il doit choisir un emplacement favorable pour le couvrir sur-le-champ d’une bonne tête de pont; qu’il vous fasse connaître combien de jours il faut pour que son équipage de pont arrive à Tilsit, et pour jeter un pont sur la rive droite.
Gumbinnen, 19 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, j’ai envoyé deux gendarmes pour faire venir ici les deux compagnies du 14e bataillon des équipages, qui doivent être à deux lieues et qui portent 1,200 quintaux de farine. Aussitôt que ces deux compagnies seront arrivées, ce qui doit être avant le jour, on versera ces 1,200 quintaux aux magasins de la Garde. On a trouvé ici 200 quintaux de farine. J’ai déjà trouvé une manutention qui n’allait plus par défaut de farine. Ordonnez en conséquence que les 200 quintaux de farine chargés sur les trente voitures du petit quartier général soient déchargés sur-le-champ, que ce déchargement ait lieu avant dix heures du soir, et que les dix-huit fours et ceux de la ville aillent toute la nuit avec la plus grande activité. Mon intention est d’avoir ici pour huit jours de pain pour la Garde, afin de n’avoir plus aucune sollicitude et d’être assuré qu’elle ne manque pas. La Garde et le quartier général formant une consommation de 20,000 rations, il faudra donc 160,000 rations pour huit jours, ce qui emploiera 1,600 quintaux de farine. De ces 1,600 quintaux, 1,200 seront pris sur deux compagnies du 14e, 200 sur les farines qui existent ici et 200 sur celles qui existent dans ce moment aux moulins. Aussitôt que les deux compagnies du 14e seront arrivées, les caissons du petit quartier général reprendront leurs 200 quintaux de farine et se tiendront prêts à partir à dix heures du matin. Il faut qu’on fabrique à tous les dix-huit fours, de manière À pouvoir livrer demain, avant midi, quatre jours de vivres à la Garde. Les boulangers de la Garde resteront toute la journée de demain et toute la nuit, afin de fabriquer pour les quatre autres jours. Toutes les voitures de la cavalerie, toutes celles chargées d’avoine et toutes celles qu’on pourra se procurer dans la ville, seront réunies pour porter ces quatre jours de vivres. Un commissaire des guerres et des détachements seront laissés à cet effet. Donnez les ordres en conséquence. Aussitôt que les deux compagnies du 14e bataillon des équipages auront été déchargées, elles repartiront pour l’embarcadère d’Insterburg, où elles prendront un nouveau chargement de 1,200 quintaux de farine. Vous leur ordonnerez d’être dans la journée de demain à Insterburg, afin d’être de retour ici le 21 et de continuer ensuite leur route sur l’année.
Gumbinnen, 19 juin 1812
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski
Mon Cousin, faites partir le général Haxo pour se rendre demain vis-à-vis Kovno ; il verra la position à prendre par les troupes, et si le passage est facile depuis Kovno jusqu’à Preny, où il sera convenable de placer les batteries et la tête de pont ; enfin il verra la lar-ï geur de la rivière et recueillera tous les renseignements.
Il fera construire des fours à une lieue de Kovno, dans le lieu le plus convenable.
Gumbinnen, 19 juin 1819, dix heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de continuer son mouvement sur Oletzko et Surcalki et de faire en sorte de n’avoir éprouvé qu’un seul jour de retard. Faites-lui connaître que le roi de West-phalie sera après-demain, 21 , réuni à Xouogrod. Donnez ordre au duc de Reggio de faire partir demain la division Legrand pour se rendre à Stallupœhnen avec sa cavalerie légère. Il fera partir après-demain à trois heures du matin les deux autres divisions, en leur donnant une direction différente, afin d’éviter l’encombrement. Qu’il fasse filer son parc d’artillerie et tous ses convois à la hauteur d’une lieue en avant du camp de la 1e division actuelle, afin qu’après-demain la Garde n’éprouve aucun ambarras sur la principale communication.
Donnez ordre aux constructeurs de fours de la Garde de continuer leur mouvement sur Wilkowyszki, où ils se rendront avec les constructeurs de fours du prince d’Eckmuhl, afin de construire là une manutention de dix fours pour la Garde, à peu près dans le même endroit.
Donnez ordre au maréchal duc de Trévise, à Insterburg, d’y séjourner encore demain, d’y réunir la division Claparède et de la prendre sous son commandement; de faire prendre quatre jours de farine à chacun de ses soldats dans leurs sacs, ce qui leur fera quatre jours de pain, et de se procurer en outre à Insterburg huit jours de pain pour ses deux divisions, ce qui lui fera douze jours de vivres. Vous lui ferez connaître qu’il n’y a rien à espérer d’ici à dix jours. Il prendra les farines dans les magasins d’Insterburg ou à l’embarcadère.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski
Mon Cousin, j’ai retardé le mouvement de la Garde et celui du 2– corps d’un jour. Le 2e a seulement fait avancer sa 1e division sur Stallupœhnen. Je désire apprendre si vos fours de Wilkowyszki sont achevés et quand les fours dont j’ai ordonné la construction à une lieue de Kovno seront achevés et en état de cuire. Il faut que les constructeurs s’accoutument à faire cela en quarante-huit heures, parcee qu’il y aurait bien de l’inconvénient à démasquer des mouvements beaucoup avant. Aussitôt le passage effectué, on devra en construire autant à Kovno. Je ne compte pas attaquer avant le 23 ou le 24. Il me semble qu’il vous arrive aussi tous les jours beaucoup de convois appartenant aux corps d’armée ou aux divisions ; il est bon de laisser arriver tout cela.
J’ai envoyé les constructeurs de la Garde pour construire une manutention pour la Garde, près de celle que vous avez fait faire; il est bon qu’elle ne soit pas éloignée de plus d’une demi-lieue du même endroit.
Je fais jeter le 22 le pont de Tilsit. J’espère que la tête de pont sera faite avant que les Russes se portent à l’attaquer.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio de faire partir sa
ï division, qui est en avant, demain à deux heures du malin, pour se rendre entre StaUapœhnen et Wirballen. La 3e division partira à quatre heures poar se rendre aussi entre StalLupœhnea et VVirballea. Faites-lai connaître que, comme tonte la Garde sait, il est nécessaire que ce départ se fasse promptement. Il sera convenable que ces divisions suivent les directions données par le prince d’Eckmâhl, afin de désencombrer le chemin. La Garde partira à cinq heures dn matin, infanterie, cavalerie et artillerie, pour se rendre à Stallu-pœhnen. Le petit quartier général partira à deui heures du matia pour se rendre à WirbtUen. Le grand quartier général se rendra à Stallupœhnen.
NAPOLÉON.
- S. La 1e division, qui esl à Wirbalkn, partira demain, à la pointe du jour, pour se rendre en avant de Wilkowyszki et y occuper le camp d’une des divisions du prince d’Eckmuhl.
Gumbinnen, 19 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Coasin, doonei Tordre an doc d’Elchmgen de placer ses -poBtonnîen, ses sasears et sa batterie de réserve de 12 à ton avant-garde, tûn qu’ile puissent déboatber avec les premiers bataillons, pour se porter sar le Niémen et favoriser le passage, quand ils en recevront Tordre. Écrivez au vice-roi de placer tout son personnel des posts, ses marins, ses eepeurs et ses batteries de réserve de 12 à son quartier général, afin qae loot cela poisse se porter rapidement sur le lieu du passage et favoriser l’établissement 4es ponts. Écrivez la même chose au prince d’Eckmühl et au duc de Reggio.
Gumbinnen, 19 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi d’être arrivé le 23 à Kal-
w arya avec son corps d’armée, et le 6e corps entre Suwalki et Kal-
, warya. Faites-lui connaître que, comme il est possible que je fasse
eter un pont par le doc d’Elchingen à Preny ou à Balwieriyaiki, Il est à présumer que c’est là qu’il passera. Recommandez-lui de bien faire observer par sa cavalerie légère et le 3e corps les débouchés de Merelch, Grodno et Olitta.
Gumbinnen, 20 juin 1812
ORDRES POUR JÉRÔME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHAL1E,
COMMANDANT LES 5e, 7e et 8e CORPS DE LA GRANDE ABMÉE, A PULTUSK.
L’Empereur ordonne que le 5e corps se mette en marche le 22 pour élre le 25 à Augustowo ; que le 8e se mette en marche le 23 pour se porter sur Raygrod ; que ces deux corps aient avec eux leurs vingt jours de vivres. Le 4e corps de cavalerie couvrira ces deux corps sur la route de Bialystok et de Grodno, et poussera ses postes sur l’une et l’autre direction.
Le 6e corps sera à Suwalki le 23, et le quartier général du vice-roi sera le même jour à Kalwarya. L’équipage de pont qui appartient au 7e corps marchera avec le 5e.
Le 7e corps, qui doit arriver le 21 ou le 22 à Siedlce, marchera le 23 sur Brok, laissant une brigade d’infanterie, avec de la cavalerie et de l’artillerie, à Siedlce, jusqu’à ce que le corps autrichien qui doit arriver le 25 y soit arrivé. Le 2-4, aussitôt qu’il sera certain que l’ennemi ne peut plus mettre d’obstacle à l’arrivée des Autrichiens à Siedlce, cette brigade rejoindra à Brok sa division.
Le 8e corps sera affaibli par uu régiment laissé à Modlin et un autre laissé à Praga. Si, dans l’intervalle du 22 au 25, l’ennemi se portait sur Varsovie, la brigade qui sera à Siedlce se portera sur Praga et Sierock, et le corps qui sera à Brok se portera sur Pultusk et Ostrolcnka; mais cette hypothèse est peu probable. Le général Reynier sera toujours chargé de couvrir Varsovie, Praga et Modlin.
Le 24 et le 25, où Tannée prendra l’offensive, les Autrichiens étant en position à Siedlce, si l’ennemi n’a rien tenté d’offensif, le roi de Westphalie pourra donner ordre au 7e corps de s’approcher de Bialystok et Grodno, en supposant que la marche du Roi et les mouvements de l’armée accélèrent le mouvement de l’ennemi sur Vilna.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.
Mon Cousin, faites connaître au duc de Tarente qu’il est nécessaire qu’il réunisse 150,000 rations de pain biscuité à Tilsit, pour qu’il puisse les envoyer à l’armée par le Niémen, aussitôt que nous aurons passé cette rivière et que nous serons maîtres des deux rives. Je désire également qu’il réunisse à Labiau 6,000 quintaux de farine sur des bateaux, a6n de leur faire remonter le Niémen aussitôt que nous serons maîtres de la rivière.
Gumbinnen, 20 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.
Mon Cousin, le duc de Trévise aura le commandement de la 2e division de la Garde, commandée par le général Roguet, de la 1e, commandée par le général Delaborde, et de la division Clapa-rède. H partira demain avec les divisions Delaborde et Claparède pour se rendre à Gumbinnen. Il emportera pour douze jours de vivres en pain et farine; 60,000 rations de biscuit sont à sa disposition à l’embarcadère d’Insterburg, il les y fera prendre. Je suppose que le général Claparède a eu un jour de séjour aInsterburg; s’il n’en avait pas eu, on lui en accorderait un. Le général Roguet, qui arrivera le 21 à Insterburg, recevra des ordres de prendre pour quinze jours de vivres, en pain, farine et biscuit, à l’embarcadère. Il est nécessaire que le duc de Trévise ait un chef d’état-major, et que l’administration de la Garde organise ses ambulances et toutes ses administrations.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen.
Mon Cousin, envoyez un ingénieur géographe faire le croquis de la position qu’occupe aujourd’hui le corps du prince d’Eckmûhl; envoyez-en un également .pour faire celui qu’occupe la réserve de cavalerie. L’un suivra le prince d’Eckmûhl et l’autre le roi de Naples, pour m’envoyer cela tous les soirs. Vous en enverrez, pour le même objet, un au corps du duc d’Elchingen et un auprès du roi de Westphalie (le vice-roi ayant des ingénieurs géographes, il est inutile de lui en envoyer); de sorte que j’aie la position de toutes les brigades de cavalerie, des divisions et des parcs mise sur des croquis. Donnez ordre de m’envoyer cela tous les jours.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, donnez ordre à l’équipage de pont qui arrive aujourd’hui 20 à U ilkowyszki de diriger sur Maryarnpol, demain 21, un équipage capable de jeter un pont de 60 toises, avec une compagnie de pontonniers ; la compagnie de pontonniers qui est au 3e corps, les sapeurs du 3e corps s’y réuniront. Cet équipage de pont sera aui ordres du duc d’Elchingen. Le reste de l’équipage de pont se dirigera sur Kovno, sous les ordres et la garde du prince d’Eckmuhl, qui réglera son mouvement de manière que cet équipage ne soit pas compromis et soit toujours couvert par ses troupes. Il serait convenable que cet équipage arrivât dans la nuit du 22 au 23.
Donnez ordre au duc d’Elchingen de partir demain de Kalwarya et de porter son quartier général à Maryampol, de n’envoyer aucunes troupes à plus d’une demi-lieue sur la route de VVilkouyszki et de IVilkouyszkt à Kovno, où le gros de l’armée se trouve. Vous lui ferez connaître qu’il trouvera à Maryampol un équipage de pont capable de jeter un pont de 60 toises, qu’il prendra sous ses ordres; qu’il y joindra, comme je l’ai ordonné, sa batterie de réserve, ses sapeurs et tous les moyens qu’il aura pour effectuer un passage. Donnez-lui ordre, aussitôt que les fours de Maryampol seront construits, d’en faire construire près de Preny, mais pourtant assez loin pour que l’ennemi ne s’en aperçoive pas. Son équipage sera tenu un peu en arrière. Faites-lui savoir que le quartier général sera demain 21 à Wilkouyszki, que je désire qu’il tienne son corps réuni le plus possible et qu’il observe avec sa cavalerie les débouchés d’Olitta et de Meretch.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, faites connaître au prince Schwarzenberg que je compte que le 25 il sera à Siedlce ; qu’à cette même époque le général Reynier sera à Sierock ; que dans cette situation, si l’ennemi partait de Brzesc pour se porter sur Varsovie, le général Schwarzenberg se porterait alors sur Praga, Modlin, Sierock, se réunirait au général Reynier, qui marcherait avec lui, soit pour attaquer l’ennemi si l’ennemi était plus faible, soit, dans le cas contraire, pour couvrir Sierock, Modlin et la rive droite de la Narew ; que le 23 le roi de Westpbalie sera à Augostowo, le général Gouvion Saint-Cyr à Suwalki, le vice-roi à Kalwarya, et toute la gauche de rarmée, avec le quartier général, sur Movno; qu’il est probable que, dans la journée du 23 au- 24, les hostilités commenceront, et que l’offensive que prendra la gauche de l’armée en Courlande et sor Vtlaa accélérera le mouvement 4e l’armée ennemie de notre droite sur notre gauche ; que, dans cet état de choses, le prince Schwarzenberg pourra se concerter avec le général Reynier pour marcher, soit par Bialystok, soit par Bnesc, à la suite de l’ennemi et lui faire tout le mal convenable, sans perdre de vue toutefois qoe son but principal doit être de couvrir Varsovie et Modlin; qu’il est à espérer que, dans la journée du 26, il sera instruit de ce qui se sera passé à Kovno le 24 et le 25 ; ce qui donnera des lumières sur la situation de l’ennemi et le mettra à même de recevoir des instructions pour ses mouvements ultérieurs.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, écrivez an prince de Schwarzenberg que, étant instruit que les envois d’argent de Vienne avaient éprouvé des retards et qu’il avait besoin d’argent, vous envoyez l’ordre au payeur générai de remettre 500,000 france à sa disposition; que, le payeur n’arrivant ici qu’après-demain, on ne sait pas s’il y a suffisamment de fonds à Varsovie pour faire cette dépense; qu’en tout cas vous donnez ordre au payeur de Varsovie, s’il a les fonds, de les remettre au payeur autrichien, et, s’il ne les a pas, de les remettre du moins jusqu’à la concurrence de ce qu’il a. M. de Parr, en passant à Varsovie, s’informera auprès da payeur s’il peut payer.
Gumbinnen, 20 juin 1812
Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Gumbinnen
Monsieur l’Officier d’ordonnance d’Hautpoul, portez les lettres ci-jointes à Wilkowyszki, au prince d’Eckmühl et au roi de Naples. Rendez-vous ensuite aux avant-postes, auprès du général Bruyère; parcourez les avant-postes sur toute la ligne de Kovno jusqu’à Preny, et retournez auprès du général Bruyèree où vous resterez pour prendre parfaite connaissance des localités, en attendant mon arrivée, à moins qu’il ne survienne quelque chose de très-important; auquel cas vous viendriez m’en rendre compte. Voyez bien surtout les environs du village de Preny, où. la rivière fait un coude, et le lieu où il faudrait établir des batteries et construire le pont vis-à-vis Kovno.
Gumbinnen, 20 juin 1812, huit heures du soir
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Wilkowyski
Mon Cousin, je reçois vos différentes lettres. J’ai mis à Tordre do jour le général Subertie et le général wurtembergeois. J’ai supprimé la brigade vurtembergeoise et l’ai mise à l’ordre de l’armée, c’esfi-à-dire de l’Europe. J’ai fait écrire au prince royal qu’il courait risque d’avoir les plus grands désagréments s’il n’y mettait ordre ; mais de votre côté tàcbez d’arrêter on des pillards, pour l’envoyer au préfet de l’armée, qui le fera fusiller.
Vous verrez par les ordres que j’ai donnés que je désire que les équipages passent en droite ligne par la route de Kovno (par la route de Skraudze). Je détache un équipage de pont de 60 toises sur Maryampol/J’ai besoin de faire mon principal passage à Kovno, à cause de l’intersection des deux rivières et âe la plus grande proximité de Tilsit, d’où je dois tirer mes approvisionnements ; mais l’armée est si grande, que je ferai jeter un pont à Preny, où je ferai passer le duc d’Ekhiftgen et le vice-roi’ L’équipage d’ailleurs peet de partout aller à Preny; de Skraudze il peut aller à Preny; quand même il serait plus bas, il peut encore y aller. 11 faut donc que cet équipage passe sur la route de Skraudze; mais il est bien important que l’équipage et les troupes ne soient pas vus. Vous ne devez pas occuper Maryampol, où le corps du duc d’Elchingen est placé. N’allez pas non plus sur Zapiecyszki, parce que le chemin est impraticable et démasquerait tous nos mouvements. Ayez bien soin de ne montrer aucun homme d’infanterie, ni aucun cuirassier. Il faut que le premier homme d’infanterie que verra l’ennemi soit un pontonnier. Laissez vos boulangers aux fours de Wilkowyszki, afin d’y faire cuire toutes les journées des 21 et 22 pour votre compte, à moins toutefois que vous n’ayez du biscuit. J’ai réduit la ration de la Garde à 12 onces de pain, 5 onces de farine et 1 once de riz ; par ce moyen on épargne beaucoup de pain. Il a passé ici depuis hier des chariots qui vous portent plus de 4 à 5,000 quintaux de farine pour vous.
Gumbinnen, 20 juin 1812
ORDRE DU JOUR.
La Garde prendra dans la journée pour six jours de pain que les soldats porteront sur eux. La ration sera composée de la manière suivante : 12 onces de pain, 5 onces de farine, 1 once de riz. Ces vivres seront pour le 20, le 21, le 22, le 23, le 24 et le 25.
Il sera distribué demain six autres jours de vivres à la Garde. Les régiments laisseront à cet effet des piquets et des voitures par bataillon pour les porter.
Les boulangers resteront aujourd’hui et demain 21 à Gumbinnen pour fabriquer du pain. La Garde aura ainsi des vivres pour les 26, 27, 28, 29, 30 et 1er juillet.
Il est recommandé aux soldats de ménager leurs vivres et d’en avoir soin. Les officiers feront des inspections tous les matins pour s’assurer que chaque soldat n’a mangé que le jour de vivres qu’il devait, et qu’il a le reste pour le nombre de jours voulu.
Gumbinnen, 20 juin 1812.
1er BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE. (On ne trouvera pas ci-après tous les Bulletins de la Grande Armée pendant la campagne de 1812 : la Commission n’a cru devoir reproduire que les Bulletins dont le texte manuscrit porte des corrections de l’Empereur et ceux qui, en raison de leur importance exceptionnelle, ne sauraient être considérés comme l’œuvre de l’état-major, et ne peuvent être attribués qu’à l’Empereur).
A la fin de 1810, la Russie changea de système politique : l’esprit anglais reprit son influence ; l’ukase sur le commerce en fut le premier acte.
En février 1811, cinq divisions de l’armée russe quittèrent à marches forcées le Danube et se portèrent en Pologne. Par ce mouvement, la Russie sacrifia la Valachie et la Moldavie.
Les armées russes réunies et formées, on vit paraître une protestation contre la France, qui fut envoyée à tous les cabinets. La Russie annonça par là qu’elle ne voulait pas même garder les apparences.
Tous les moyens de conciliation furent employés de la part de la France : tout fut inutile.
A la fin de 1811, six mois après, on vit en France que tout ceci ne pouvait finir que par la guerre; on s’y prépara.
La garnison de Danzig fut portée à 20,000 hommes. Des approvisionnements de toute espèce, canons, fusils, poudre, munitions, équipages de pont, furent dirigés sur cette place ; des sommes considérables furent mises à la disposition du génie pour en accroître les fortifications. L’armée fut mise sur le pied de guerre. La cavalerie, le train d’artillerie et les équipages militaires furent complétés.
En mars 1812, un traité d’alliance fut conclu avec l’Autriche; le mois précédent, un traité avait été conclu avec la Prusse.
En avril, le 1er corps de la Grande Armée se porta sur l’Oder; le 2e corps se porta sur l’Elbe; le 3e corps sur le bas Oder; le 4e corps partit de Vérone, traversa le Tyrol et se rendit en Silésie.
La Garde partit de Paris.
Le 22 avril, l’empereur de Russie prit le commandement de son armée, quitta Pétersbourg et porta son quartier général à Vilna.
Au commencement de mai, le 1er corps arriva sur la Vistule, à Elbing et à Marienburg ; le 2e corps, à Marienwerder ; le 3e corps, à Thorn ; le 4e et le 6e corps, à Plock ; le 5e corps se réunit à Varsovie; le 8e corps, sur la droite de Varsovie; le 7e corps, à Pulawi.
L’Empereur partit de Saint-Cloud le 9 mai, passa le Rhin le 13, l’Elbe le 29, et la Vistule le 6 juin.
Gumbinnen, 21 juin 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 11 juin, qui me rend compte de l’arrivée des six cohortes de garde nationale à Cherbourg. Cela étant, je pense qu’il est convenable de diriger les deux demi-brigades qui étaient destinées à la garde de Cherbourg sur Bayonne, pour en augmenter la réserve ; car j’attache une grande importance à avoir là une force considérable qui puisse remédier à ce qu’on pourra faire dans le Nord. Faites-moi connaître quelle sera, dans le courant de juillet, la situation de la réserve de Bayonne.
Dirigez les 3e bataillons du 127e et du 128e sur Berlin, par la route qui les éloigne davantage de la 32e division militaire; mais ne faites partir ces soldats que lorsqu’ils seront déjà un peu disciplinés.
Gumbinnen, 21 juin 1812.
ORDRE DICTÉ AU MAJOR GÉNÉRAL.
Ordre au roi de Naples de faire appuyer le 2e corps de cavalerie de Maryampol sur la route de Kovno, sans cependant montrer ni cuirassiers ni artillerie sur la rive gauche, et que de la rive droite on n’aperçoive pas plus de mouvement qu’à l’ordinaire ; mais de le disposer de manière que Sa Majesté puisse faire passer, le 23 à midi, si elle le trouve convenable, le pont de Kovno à tout le 1er et le 2e corps de cavalerie avec ses soixante pièces d’artillerie légère, de manière qu’on puisse battre la campagne et avoir desnouvelles de l’ennemi. Sa Majesté sera ce soir à Wilkowyszki, où il est convenable que le roi de Naples l’attende.
Le 3e corps de cavalerie reçoit l’ordre d’être rendu le 23 entre Maryampol et Preny, sans cependant faire des marches qui fatiguent la cavalerie.
Adresser l’ordre au vice-roi et au roi de Naples.











