Correspondance de Napoléon – Juin 1812
Danzig, 9 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig
Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl de dire au général prussien que tout ce qui est à Pillau appartient à la Prusse; mais que, comme nous sommes en avant, les fusils qui s’y trouvent nous seraient utiles ; que je remettrai un pareil nombre de fusils français à Berlin ; que je ferai de même pour tout ce que l’on sera forcé de prendre à Pillau, munitions pour munitions.
Danzig, 9 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig
Mon Cousin, vous donnerez ordre au général Delaborde, commandant la 1e division de la Garde, de partir le 10 de Marienburg pour se rendre à Königsberg, en faisant de bonnes marches. Donnez ordre au maréchal duc de Trévise de se rendre à Marienburg le 9 pour commander cette division, et de rester à Königsberg avec elle. Donnez-lui l’ordre de former un petit dépôt des hommes malingres et des effets inutiles, comme l’a fait la Garde à Thorn, et d’envoyer ce dépôt à Danzig.
Danzig, 9 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.
Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de partir de Heilsberg pour être rendu le 13, au plus tard le 14, à Friedland, 1° avec l’équipage de pont, 2° avec le bataillon du Danube, 3° avec le 4e bataillon d’équipages de flottille, 4° avec le grand parc du génie, 5° avec le corps du génie de la Garde.
Danzig, 10 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.
Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Istrie de réunir tous les grenadiers à cheval, les dragons et chasseurs de la Garde et leur artillerie, qui ont dû arriver le 10 à Osterode, sur Heilsberg, où ils pourront ainsi arriver le 12 ou le 13. Donnez-lui le même ordre pour l’artillerie de la Garde, à l’exception des parcs dont le général Sorbier est maître de disposer comme il l’entendra.
Donnez ordre à la division Claparède, qui arrive le11 à Osterode, d’en partir le 12 pour se rendre à Bartenstein. Donnez ordre à tous ces corps de compléter, à leur passage à Osterode, leurs vivres en pain.
Donnez ordre à la division Roguet, qui arrive le 12 à Marienwerder, de se procurer là pour dix jours de vivres et d’en partir pour se rendre à Schippenbeil.
Donnez l’ordre au duc de Danzig que la division de la vieille Garde, qui arrive le 13 à Heilsberg, en parle le 14 pour Schippenbeil.
Donnez ordre an duc d’Elchingen d’évacuer Schippenbeil et Bartenstein.
Donnez ordre au petit quartier général, qui est à Heilsberg, de se rendre à Schippenbeil. Donnez ordre à tous mes bagages de se rendre à Schippenbeil. Quant au grand quartier général, présentez-moi un projet pour le diviser mieux qu’il n’a été jusqu’à cette heure. Il faudrait distinguer le quartier général du major général et celui de l’intendant. Je désire envoyer le quartier général de l’intendant à Königsberg, puisque je dois me nourrir par là. Je désire qu’il ait avec lui ses bureaux, le payeur général, le médecin en chef et tous les chefs de service; mais il faut que le chirurgien en chef, les ambulances et tout ce qui est nécessaire pour un champ de bataille rejoignent le petit quartier général. Votre quartier général doit se composer de la partie la moins nécessaire de votre état-major et de vos bureaux.
Donnez ordre au quartier général de partir demain d’Osterode pour être rendu le 13 à Königsberg.
Donnez ordre au prince d’Eckmühl de faire partir son parc du génie, qui arrive le 11 à Königsberg; faites-lui connaître qu’il est convenable qu’il soit rendu le plus tôt possible à Insterburg, parce qu’il pourrait être nécessaire pour les travaux des ponts.
Faites connaître au duc de Tarente la position du corps du prince d’Eckmühl.
Donnez ordre au prince d’Eckmühl qu’aussitôt qu’il sera assuré que le duc de Tarente occupe Tilsit il ait à diriger sa cavalerie légère un peu plus à droite, sur le chemin de Georgenburg.
Donnez ordre au général Éblé, qui doit arriver le 14 à Friedland, de continuer son mouvement le 15, pour être rendu le 16 ou le 17 à Insterburg.
Faites connaître au prince d’Eckmühl qu’il est nécessaire que son quartier général soit rendu le 13 à Insterburg.
Donnez ordre au roi de Naples d’être rendu, avec l’état-major de la cavalerie, le 13 ou le 14 à Gumbinnen.
Écrivez au vice-roi que je viens de recevoir l’état de ses troupes au 18; qu’il est nécessaire que ses marins, ses compagnies du génie et tout ce qui est nécessaire pour aider au passage des ponts gagnent Rastenburg ; que la brigade de cavalerie qui va à Johannisburg doit être la brigade bavaroise, mais que les deux brigades attachées à son corps doivent être à Nikolaiken et à Rhein.
Danzig, 10 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig
Mon Cousin, je pars demain pour me rendre à Königsberg, où je serai le 12 à deux heures du matin. Faites-le savoir à Heilsberg, à Osterode, à Thorn, à Varsovie, au roi de Westphalie et au général Éblé. Faites connaître à Varsovie , au général qui y commande, que, après avoir passé la revue du corps du prince d’Eckmühl, je me rendrai à Varsovie pour voir le 5e corps et la droite; qu’il fasse tout ce qui est nécessaire pour accréditer cette nouvelle. Instruisez le prince d’Eckmühl de mon arrivée le 12 au matin à Königsberg, où je désire le voir avant qu’il en parte.
Donnez ordre qu’un bureau de votre état-major reste encore quelque temps à Osterode, afin de diriger tous les courriers et officiers en dépêche sur Königsberg ou Gumbinnen, selon l’endroit où sera le quartier général.
Danzig, 10 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig.
Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que je suppose que, comme je l’ai ordonné, la tête du corps du général Reynier sera arrivée à Lublin ; qu’aussitôt que la tête des Autrichiens sera arrivée à Zamość, ce que je suppose avoir lieu du 15 au 18, il sera nécessaire que le général Reynier rétrograde à marches forcées sur Praga ; que tout le 8e corps se porte sur Sierock et Pultusk ; que le quartier général du Roi soit porté à Pultusk le 14 et à Ostrolenka le 17, et que le quartier général du prince Poniatowski soit porté à Nowogrod le 18, occupant la ligne de la Písek; ces mouvements ne doivent avoir lieu que du 15 au 18; que le général Saint-Cyr, avec le 6e corps, sera le 16 à Ortelsburg, et aura sa cavalerie légère à Johannisburg ; le vice-roi sera à Rastenburg ; le 3e corps de cavalerie à Lœtzen et Oletzko; que, cette époque arrivée, le 7e corps doit aussitôt que possible repasser la Narew pour venir appuyer le 5e et le 8e corps, en laissant cependant de fortes garnisons à Praga, à Modlin et le long de la Vistule, jusqu’à ce que les Autrichiens, arrivés à Praga, puissent couvrir Varsovie et la gauche de la Vistule.
Si l’ennemi prenait l’offensive sur la droite de la Narew, soit que le Roi prit la ligne de la Písek, soit qu’il rétrogradât sur celle de l’Omulew, l’ennemi prêterait le flanc au vice-roi, qui tomberait sur sa droite. Si c’était entre la Narew et le Bug que l’ennemi vint à effectuer un mouvement offensif, le 5e et le 8e corps pourraient déboucher par Ostrolenka et Pultusk et tomber sur la droite de l’ennemi. Tandis que l’ennemi s’enfoncerait ainsi dans des opérations qui ne le conduiraient à rien, puisqu’en dernière analyse il trouverait la Vistule, il aurait perdu bien des marches, et la gauche de noire armée, qui aurait passé le Niémen, arriverait sur son flanc et sur ses derrières avant qu’il pût se relever. Que si, au contraire, l’ennemi ne fait aucun mouvement, le Roi doit le menacer, par des mouvements de troupes légères, de se porter sur Grodno et Bialystok; qu’il doit à cet effet faire avancer ses pontons et annoncer ouvertement ce projet; mais le plan général étant de refuser la droite et d’avancer la gauche, ce ne serait réellement qu’après que la gauche aurait passé et que ce mouvement aurait produit son effet sur les cantonnements ennemis de Grodno et de Bialystok, que la droite se mettrait à la poursuite de l’ennemi, afin de l’occuper et de l’empêcher de se porter tout entier sur la gauche, sans pourtant jamais se compromettre ; qu’il est donc indispensable de bien étudier les positions, de ne pas engager d’échauffourée et de bien connaître le plan général des opérations; qu’il doit correspondre souvent avec le vice-roi.
Vous lui manderez que je me rends de ma personne à Königsberg; que probablement je serai le 15 à Insterburg; e qu’il doit adresser ses lettres par Rastenburg, d’où le vice-roi leur donnera une direction ultérieure; qu’il doit toujours faire courir le bruit que j’arrive.
Danzig, 10 juin 1812
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Willenberg
Mon Fils, je vois par votre lettre que vous ne serez arrivé que le 18 à Rastenburg. Le 1er corps sera à Insterburg le 13; le 3e corps sera à Gerdauen ; le quartier général sera à Schippenbeil ; le grand quartier général de la cavalerie (du roi de Naples), à Gumbinnen ; le 2e corps de cavalerie, à Goldap.
Je pars demain matin pour être à la pointe du jour à Königsberg. J’y resterai le 13, le 14, le 15; je crois que je serai le 16 à Insterburg. Vous vous trouverez dans votre position de Rastenburg à vingt lieues de Königsberg, à vingt-quatre lieues de Nowogrod et à une cinquantaine de lieues de Varsovie. Le générai Saint-Cyr, qui se réunit à Ortelsburg, sera à moins de dix-huit lieues de Nowogrod et à quinze lieues de Johannisburg.
Il est nécessaire que vous sachiez ce que fait le prince Poniatowski et les nouvelles qu’il a, afin d’être informé constamment de ce qu’il y a de nouveau sur la droite de l’armée.
Passé le 14, si vous aviez des nouvelles importantes, il faudrait me les envoyer par deux directions : Insterburg et Königsberg. Nous sommes encore en paix avec la Russie; cependant noua voilà au dernier moment. Si l’ennemi prenait l’offensive sur vous, vous vous feriez appuyer par le général Saint-Cyr; le 2e corps, le 3e corps, la Garde, qui sera à Schippenbeil le 14, et même le 1er corps, qui est sur la Pregel, viendraient facilement à votre secours.
Changez votre ligne d’opération; ne la prenez plus par Plock et par Willenberg, mais par Thorn et Osterode sur Rastenburg; cela ne doit pas vous empêcher de tirer les ressources que vous pourrez avoir de Plock.
Si l’ennemi prenait l’offensive sur le 1er corps, vous recevriez des ordres sur ce que vous auriez à faire. S’il prenait l’offensive sur votre droite, c’est-à-dire sur le 5e corps, qui jusqu’à ce jour est toujours derrière l’Omulew, vous tomberiez facilement sur le flanc droit de l’ennemi. S’il le fallait même, le 5e corps pourrait faire des marches rétrogrades pour se joindre aux 7e et 8e corps et attirer l’ennemi sur Pultusk. Vous pourriez, si cela était nécessaire, être appuyé par quelques corps de la gauche et tomber sur la droite de l’ennemi. Entendez bien cela avec le roi de Westphalie et le prince Poniatowski.
La marche de l’armée est un mouvement que je fais par ma gauche en refusant constamment ma droite, puisque le 7e corps, qui marche en partie sur Lublin pour faire croire à l’ennemi qu’il va se réunir aux Autrichiens pour marcher en Volhynie, va, le 12, se reployer rapidement sur Varsovie, ce qui rendra disponible le 8e corps, qui renforcera le 5e. Le 7e corps lui-même sera bientôt disponible par l’arrivée des Autrichiens sur Praga. De sorte que, vers le 20, le 1er, le 2e et le 3e corps, la Garde impériale et deux corps de cavalerie manœuvreront pour passer le Niémen, soit entre Kovno et Grodno, soit entre Kovno et Tilsit. Le 4e et le 6e corps, qui sont sous vos ordres, et un corps de cavalerie, formant le centre, manœuvreront, ayant leurs lignes d’opération sur Thorn et la basse Vistule, pour être toujours liés avec ma gauche. Inquiétez l’ennemi du côté de Grodno, et, lorsque le passage sera effectué, venez à marches forcées pour passer au même pont ou bien passer sur Olitta et Meretch, si l’ennemi ne fait pas de résistance. Je donnerai des ordres pour cela. Vers le 18, le 5e et le 8e corps se placeront à Nowogrod ; quelques jours plus tard, ils seront soutenus par le 7e corps. Cette droite est destinée à garder Varsovie, à se tenir appuyée toujours à la Narew, en communiquant toujours avec vous par sa gauche, mais gardant sa ligne d’opération sur Varsovie; et en cas que l’ennemi fut tellement fort sur Nowogrod que le roi de Westphalie crût devoir reculer de quelques marches, il reculerait sur Pultusk, et l’ennemi vous prêterait son flanc droit à vous, qui avez votre ligne d’opération sur la basse Vistule et qui devez rester réuni avec la gauche. L’armée ayant passé le bas Niémen, toute la droite pourra se porter, selon la circonstance, sur Grodno ou Bialystok, où elle serait jointe par le corps autrichien.
Je vous fais connaître ainsi les diverses combinaisons de ma marche, pour que vous connaissiez bien le rôle que vous avez à remplir et que vous preniez toutes les mesures pour changer votre ligne d’opération, qui, après avoir reculé sur Thora, reculerait, s’il le fallait, sur Danzig, c’est-à-dire sur Marienburg.
Danzig, 11 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig
Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune que la 1e demi-brigade de marche de la division Lagrange, forte de 2,400 hommes, arrive le 23 juin à Magdeburg; que ce jour-là même les Westphaliens peuvent partir pour Stralsund ; que la 2e arrive le 25 et la 3e le 27 ; que ces demi-brigades peuvent être rendues à Berlin le 1er juillet. Faites connaître que mon intention est que cette division soit ou baraquée ou casernée, et que personne ne loge chez les bourgeois ; qu’il serait bon qu’aucun homme n’entrât à Berlin, et qu’il faut les placer dans des lieux sains, du côté de Spandau, parce qu’il y a de mauvaises maladies à Berlin, que ces jeunes gens gagneraient. La vie des camps leur fera du bien. Vous manderez au duc de Bellune que ce sera vers les premiers jours de juillet que les nouvelles des premières affaires arriveront; que je vois avec plaisir l’arrivée de ces troupes à cette époque, afin que, s’il y avait des affaires douteuses, il se trouvât davantage en force. A la même époque, la division Partouneaux se trouvera tout entière cantonnée du côté de Stettin et la division Heudelet dans la 32e division militaire.
Mandez que je ne veux pas mettre de Français à Küstrin, parce que l’air y est mauvais; qu’il vaudrait mieux, si cela était nécessaire, y mettre un bataillon de Würzburg.
Danzig, 11 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Danzig
Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que, dans sa lettre du 8, il fait connaître que le corps de Bagration remonte sur Brzesc et que le corps d’Essen se réunit à Bialystok ; qu’il est fâcheux que le Roi n’ait pas envoyé, au lieu de sa simple analyse, les rapports originaux, afin qu’on pût les comparer à ceux que nous avons. Mandez-lui que la lettre que vous lui avez écrite le 10 lui fait connaître suffisamment mes intentions; mais que nous sommes tellement éloignés, que c’est aujourd’hui à lui à manœuvrer, selon les circonstances, dans l’esprit général de ses instructions ; que le mouvement du général Bagration sur Brzesc peut avoir pour but de regagner les marches que j’ai sur lui, afin de pouvoir défendre le passage du Niémen et se trouver à portée de couvrir Vilna avec toutes les forces réunies pour donner là une bataille; que, s’il s’aperçoit que les mouvements de l’ennemi ont ce but et que Bagration, de Brzesc, remonte sur Grodno, il doit lui-même accélérer ses mouvements pour se porter sur Ostrolenka et Nowogrod avec son corps d’armée, et se trouver toujours en mesure d’être opposé à la gauche de l’ennemi, c’est-à-dire à l’armée de Bagration; que, si au contraire l’ennemi, s’a percevant que je viens le déborder par sa droite, veut prendre l’offensive sur mes flancs, hypothèse qui a été calculée dans le temps, et veut se diriger soit de Brzesc sur Praga, soit de Bialystok sur Pultusk, dans ce cas il devra aussi activer le passage de ses forces sur Pultusk et Ostrolenka, afin de garder toujours la rive droite de la Narew et de maintenir ses communications avec le vice-roi; que le vice-roi a ordre de s’appuyer toujours sur ma gauche; que sa ligne d’opération est sur Thorn ; que le roi de Westphalie doit toujours garder sa ligne d’opération sur Modlin, se tenir toujours bien réuni, correspondre avec le vice-roi, de sorte que celui-ci puisse tomber sur le flanc droit de l’ennemi; que ce mouvement d’attaque de l’ennemi, qui est assez naturel et qui a été prévu dès le commencement, ne peut en rien influer sur mes opérations offensives ; que l’important est que la droite ne se commette pas contre des forces supérieures et manœuvre réunie, de position en position ; que, si la plus grande partie de l’armée russe se trouvait à cette attaque de flanc, il ne pourrait jamais rien arriver à la droite, qui aurait toujours pour refuge le camp retranché de Modlin et la rive gauche de la Vistule; mais qu’aussitôt qu’un pareil mouvement de la part des Russes serait décidé je tomberais avec toute mon armée sur leur flanc droit et sur leurs derrières; qu’il est bien difficile que l’ennemi s’expose ainsi à une perte totale; que, si toutefois il le faisait, la marche qui vient d’être tracée doit faire connaître au Roi comment il doit agir.
Envoyez un aide de camp intelligent au prince Poniatowski ; qu’il revienne sur Schippenbeil et puisse nous rapporter des nouvelles de la droite et de ce qu’on pense de ce côté. Dites à cet officier de s’assurer si l’ennemi veut prendre l’offensive, ou filer pour regagner sa droite.
Danzig, 11 juin 1812
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Ortelsburg
Mon Fils, je serai demain à Königsberg. Je vous ai expédié hier un officier d’ordonnance; je vous expédie encore un officier avant de partir. Mon petit quartier général se rend à Schippenbeil. Je suppose que vous avez des nouvelles de Varsovie. Je vous ai ordonné d’envoyer directement des officiers au prince Poniatowski et d’envoyer aussi auprès du roi de Westphalie, afin d’avoir des nouvelles de la droite. Mes dernières nouvelles de Varsovie sont du 8 ; on y disait alors que l’armée de Bagration remontait sur Brzesc, de Loutsk où il était, et que celle d’Essen se portait sur Bialystok. Vous avez dû avoir des nouvelles précises de celle d’Essen par le prince Poniatowski et par le préfet de Lomza. Il me semble que je vous avais mandé d’avoir des officiers d’état-major vis-à-vis Grodno et du côté de Lomza. Je suppose que vous connaissez bien la marche que vous devez tenir; instruisez-en le général Saint-Cyr. En supposant les nouvelles vraies que Bagration remonte vers Brzesc, je ne pense pas qu’il puisse y être réuni avant le 16. Quant à Essen, comme il était à peu de distance de Bialystok, s’il a voulu s’y réunir, il y aura été très-promptement. Dans ce mouvement, l’ennemi peut avoir deux buts : ou de filer rapidement sur le nord pour défendre le Niémen, voyant que je lui ai déjà gagné beaucoup de marches, et tâcher d’arriver pour couvrir Vilna, et alors votre rôle se trouve être le même que celui de l’armée; ou bien, de Bialystok et de Brzesc, il prendra l’offensive en tombant sur mon flanc, et débouchant de Bialystok sur Ostrolenka, de Brzesc sur Varsovie, et peut-être même de Grodno.
Je vous ai fait connaître dans ces circonstances ce que vous aviez à faire, qui est toujours de vous appuyer à gauche, de changer votre ligne d’opération et de faire en sorte que l’ennemi n’entame rien. Mais cependant je continue dans mon projet, et, s’il s’enfourne ainsi, je me trouverai avoir passé le Niémen et être sur ses derrières.
Écrivez, je vous prie, au prince Poniatowski et au roi de Westphalie pour savoir si tous ces mouvements sont bien compris. Le Roi, avec ses trois corps de la droite, ayant sa ligne d’opération sur Modlin, doit battre l’ennemi si l’ennemi est inférieur, et lui disputer le terrain s’il est plus fort. En supposant que l’ennemi avec des forces considérables s’entêtât dans son mouvement, je ne verrais pas même d’inconvénient à ce que le Roi se retirât dans le camp retranché de Modlin, en occupant Praga et la rive de la Vistule. Votre ligne d’opération se trouvant sur Thorn, vous n’auriez rien à craindre de cet état de choses.
Aussitôt que je connaîtrai les projets de l’ennemi, je me rapprocherai de ma personne de Schippenbeil, afin d’être plus à portée de donner des ordres.
Mais, je vous le recommande, disposes des piquets de manière à avoir fréquemment des nouvelles du prince Poniatowski et de la droite. Indépendamment des postes, qui souvent sont mai montées, vos officiers peuvent prendre des chevaux de piquets placés toutes les trois lieues.
Königsberg, 13 juin 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, les cohortes commençant à arriver du côté de Cherbourg, je crois qu’il serait nécessaire de faire filer une des demi-brigades qui s’y trouvent sur Bayonne. Cela aurait le double avantage d’ôter des consommateurs d’un point où le service des subsistances est difficile, et de renforcer la réserve de Bayonne.
Je crois aussi vous avoir mandé d’y envoyer la 5e demi-brigade, formée des détachements des 26e, 82e et 66e, qui se réunit dans la 12e division militaire et qu’il faut compléter. Je suppose que vous avez dirigé également le 3e et le 105e sur Bayonne. Il est nécessaire d’avoir beaucoup de forces de ce côté. Envoyez-y quelques généraux de brigade.
Faites une circulaire pour activer l’habillement des cohortes. Il y a de rembarras dans quelques endroits. Les préfets des chefs-lieux doivent faire toutes les avances nécessaires pour presser les confections.
Königsberg, 13 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez ordre à la 7e division de se réunir pour que j’en passe la revue demain 14, après-midi, et de partir le 15 pour se rendre à Labiau, sous les ordres du duc de Tarente. Deux bataillons de cette division resteront à Königsberg pour en augmenter la garnison. Vous donnerez l’ordre au duc de Tarente de se mettre en mouvement le 16, pour occuper le 18, avec une partie du corps prussien, Tilsit, et le 19, avec la division Grandjean, le pays vis-à-vis Georgenburg. Ces divisions pourront se placer à deux lieues en arrière, de manière qu’elles aient leurs avant-postes et compagnies de voltigeurs sur la rivière. La gauche des Prussiens sera à Labiau; la cavalerie légère couvrira toute la rivière et correspondra par sa droite avec la division de cavalerie légère du général Bruyère.
La cavalerie du duc de Reggio poussera de Wehlau des postes sur le corps du duc de Tarente. Le prince d’Eckmühl aura ses deux brigades sur le chemin de Georgenburg à Tilsit.
Königsberg, 13 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, je vous envoie une lettre de l’ordonnateur Deschamps, en date de ce jour, qui fait connaître la mauvaise situation où se trouve le 2e corps sous le rapport des subsistances. La faute en; est tout entière au duc de Reggio et à l’ordonnateur. Si le duc vous l’avait écrit tous les jours pour vous faire connaître sa situation, et si l’ordonnateur avait de même écrit à l’intendant général, on aurait su à quoi s’en tenir et on y aurait pourvu. Écrivez au duc de Reggio qu’il ne rend aucun compte. Donnez-lui l’ordre d’envoyer ses rapports deux fois par jour ; d’écrire ce qu’il y a de nouveau et ce qui est relatif à l’administration ; que son corps est le seul dont on ne connaisse pas tous les jours la situation. Écrivez aussi à son chef d’état-major pour lui témoigner mon mécontentement : du moment où j’ai connu la pénurie où se trouvait le 2e corps, j’ai ordonné que, indépendamment des 4,000 quintaux qui lui ont été accordés à Wehlau par ma décision de ce matin, on lui en envoyât aujourd’hui 2,000 de Königsberg, et que 4,000 autres quintaux fussent également à la disposition du duc de Reggio à Königsberg; j’ordonne encore que 200,000 rations de biscuit et 40,000 rations de pain biscuité soient mises à sa disposition ; mais il est indispensable qu’il envoie des voitures. Faites connaître à ce maréchal qu’il doit se rendre à Wehlau et de là suivre le mouvement de l’armée; qu’il ne restera qu’un jour à Wehlau ; qu’il est donc important qu’il prenne des mesures pour avoir tous ces approvisionnements, qui lui assureront vingt ou vingt-cinq jours de vivres.
Königsberg, 13 juin 1812
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig, au duc d’Istrie et au général Sorbier, commandant l’artillerie de la Garde, de diriger leurs mouvements de manière, sans cependant trop fatiguer leurs troupes, à arriver le 17 ou le 18 à Insterburg. Donnez ordre au grand et au petit quartier général de diriger leur marche de manière à être le 17 à Insterburg.
Königsberg, 13 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de partir de Gumbinnen le 16 au matin, et de porter son quartier général le 18 à Wilkowyszki ; de placer la division Bruyère sur les trois directions d’Insterburg, de Kovno et de Preny, les deux divisions de cuirassiers du 1er corps entre Stallupœhnen et Wirballen, et de porter le quartier général du 2e corps le 17 à Kalwarya, la cavalerie légère sur la direction d’Olitta, de Meretch et de Grodno.
Le 3e corps de cavalerie doit porter, le 17, son quartier général à Oletzko, ayant des postes dans la direction de Meretch et de Grodno.
Les 1er et 2e corps obéiront au roi de Naples; mais le 2e corps rendra compte au duc d’Elchingen, qu’il couvre, de toutes les nouvelles qu’il apprendra.
Le 3e corps restera sous les ordres du vice-roi ; mais il recevra l’ordre de l’état-major général de la cavalerie pour s’y conformer, toutes les fois que cela ne sortira pas du système dans lequel se trouve le vice-roi.
NAPOLÉON.
- S, Adressez des ordres directement, pour la 2e division de cavalerie et pour la 3e, au duc d’Elchingen et au vice-roi, en leur faisant connaître l’ordre que ces divisions doivent recevoir du roi de Naples.
Königsberg, 14 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, il est temps que vous pensiez à organiser les derrières de l’armée et que vous preniez vos mesures pour que cette organisation soit complète. Le service des hôpitaux, celui des magasins, celui des postes et même celui de la police, n’est organisé nulle part. Les commandants d’armes ne sont pas encore établis. J’ai nommé un gouverneur de la vieille Prusse, qui réside à Königsberg. Il faut qu’il y ait des commandants de place à Pillau, à Tapiau, à Wehlau, à Insterburg, à Gumbinnen, à Stallupœhnen, à Wilkowyszki ; il faut qu’il y en ait à Elbing, Marienburg, Marienwerder, Bromberg, Thorn et Posen. La ligne de communication de l’armée à Königsberg sera par Wilkowyszki, Insterburg et Wehlau. Celle de l’armée avec la France sera par Insterburg, Wehlau e Friedland, Guttstadt, Osterode, Thorn, Posen, Berlin, Magdeburg et Mayence.
Réitérez vos ordres pour qu’aucun homme isolé ne passe les places de Thorn, Marienwerder et Marienburg ; mais qu’ils y soient réunis pour être ensuite envoyés à l’armée par compagnies de marche de 100 hommes au moins. Ordonnez au général de l’artillerie d’avoir des fusils à Thorn, ainsi qu’à Marienwerder et Marienburg, dans les ouvrages des têtes de pont, afin d’armer tous les hommes isolés qui y passeraient, revenant des hôpitaux.
Lorsque l’armée aura passé le Niémen, on fera la mène chose : on désignera deux ou trois points où tous les hommes revenant des hôpitaux devront être réunis, et d’où ils ne partiront que bien armés et bien habillés.
Remettez-moi l’état des officiers propres à être commandants d’armes, et proposez-moi le travail d’organisation des places.
Königsberg, 14 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, j’ai ordonné d’établir à Königsberg des hôpitaux pour 12,000 malades. Ordonnez au gouverneur de faire choisir sur-le-champ les locaux nécessaires. Écrivez au prince d’Eckmühl de faire choisir également les locaux nécessaires aux hôpitaux que j’ai ordonné d’établir à Gumbinnen et à Stallupœhnen pour 1,000 hommes chacun; au roi de Naples, pour ceux qui seront établis à Wilkowyszki, Wirballen, Kalwarya et Mayampol ; au duc de Reggio, pour ceux de Wehlau et de Tapiau, et à l’ordonnateur de ma Garde, pour celui d’Insterburg; au duc d’Elchingen, pour ceux de Goldap, Angerburg et Darkehmen. Chacun de ces hôpitaux devant recevoir 1,000 malades, j’aurai sur la Pregel et l’Aile des hôpitaux pour 24,000 malades ou blessés. Défendez en conséquence toute évacuation, sans mon ordre, plus bas que La vieille Prusse.
Königsberg, 14 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, votre aide de camp m’apporte votre seconde lettre sur la navigation de la Pregel. Je viens d’ordonner que 20,000 quintaux de blé fussent répartis entre Wehlau, Insterburg et Tapiau, pour être convertis en farine. J’ai envoyé 50 gendarmes d’élite au général Durosnel, que j’ai chargé de commander la place de Wehlau jusqu’à ce que ce grand approvisionnement fût consommé et qu’on eût nommé un commandant de place. Je le charge aussi de nommer des garde-magasins provisoires et de prendre toutes les mesures de conservation nécessaires. Organisez de même les magasins à Insterburg, à Gumbinnen, à Wilkowyszki; les hommes que vous aurez mis là seront ensuite remplacés par les garde-magasins de l’armée, quand le quartier général arrivera. Faites aller jusqu’à Gumbinnen tout ce qui est transporté par terre; ce sera toujours une marche de plus en avant. Vous devez avoir reçu du major général l’ordre que votre corps soit réuni le 17 à Gumbinnen. Le duc de Reggio doit être le 16 à Wehlau, et la Garde le 17 à Insterburg. Je compte que vous avez une manutention à Gumbinnen ; quand elle sera établie, envoyez-en construire une à Wilkowyszki. Placez des relais comme vous l’avez ordonné. Si les bateaux ne peuvent porter que 10 quintaux, il faudrait réunir 500 bateaux, ce qui ferait des moyens de transport pour 5,000 quintaux par voyage. Il serait convenable que, toutes les ressources que peut offrir le pays, vous les employassiez à faire transporter des farines de Wehlau sur Insterburg, et tous les moyens de transport qui partent de Königsberg iraient droit à Gumbinnen. D’après ce que m’a dit l’ordonnateur Thomas, il paraît qu’il va envoyer environ 8,000 quintaux sur Gumbinnen. Il est important de réexpédier aussitôt ces voitures sur Wehlau, pour faire un nouveau voyage de Wehlau à Insterburg.
Königsberg, 15 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez ordre au commandant et à l’état-major du 17e bataillon d’équipage de flottille, avec tous les marins de cet équipage qui se trouvent à Danzig, d’en partir sans délai pour Königsberg. Il restera seulement une compagnie pour le service de Danzig. Une compagnie complète du même 17e bataillon sera chargée de la défense de Pillau ; elle aura deux petites canonnières ( qui existent déjà ) et trois à quatre grands canots, les meilleurs marcheurs qu’on pourra trouver à Königsberg et Pillau, qu’on armera d’autant d’avirons qu’ils pourront en porter, et qui serviront d’abord au passage de la pointe du Nehrung à Pillau, ensuite à faire sentinelle sur la passe et à se porter sur toute péniche et autres petits bâtiments qui tenteraient d’insulter la passe. En cas que Pillau fût attaqué, cette compagnie, forte de 80 hommes, servirait aux batteries. Une autre compagnie du même équipage fera le même service à Memel, où il y aura trois petites chaloupes canonnières françaises, indépendamment des quatre ou cinq prussiennes qui y existent. Les six autres compagnies de cet équipage seront employées jusqu’à nouvel ordre, une avec l’équipage de siège et de pont du génie de l’année, une avec l’équipage de siège de Magdeburg, les quatre autres resteront pour la navigation des deux lacs, du Niémen et de la Pregel. Il est inutile de mettre cinq marins par bâtiment ; il n’est pas même nécessaire d’en mettre dans tous ; il suffit d’en avoir un certain nombre pour correspondre dans un convoi, et de pouvoir, en cas d’événement, les réunir pour aider à un coup de main. Le 4e bataillon de la flottille sera tout entier réuni pour le passage des ponts.
Le bataillon de l’Escaut sera partagé en deux; deux compagnies resteront à Danzig et deux seront attachées aux ateliers de Kœnigs-berg. En conséquence, vous donnerez ordre que deux des compagnies qui sont à Danzig, charrons et autres, en partent sans délai pour se rendre à Königsberg.
Königsberg, 15 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez Tordre au gouverneur de Königsberg de faire cesser tous les travaux qui se font au camp de Lochstaedt. Vous lui ferez connaître que j’ai à Pillau 25 ouvriers et une compagnie d’artillerie prussienne. Il fera placer la compagnie d’artillerie moitié dans les ouvrages du Nehrung et moitié dans la place, mêlée avec les canonniers français. Le bataillon du 61e ayant quitté la ville de Pillau, il n’y aura plus qu’un bataillon de Bade dans la ville; donnez l’ordre d’y envoyer un des deux bataillons saxons qui sont à Königsberg, de sorte qu’à Pillau et au Nehrung il y aura un bataillon de Bade, 700 hommes (vous ferez rentrer tous les détachements qu’il doit avoir en arrière ) ; un bataillon saxon, 700 hommes ; un bataillon westphalien, 700 hommes; deux compagnies d’artillerie française de l’équipage de siège (qui y resteront jusqu’à ce que celles qui sont en route y soient arrivées), 200 hommes; une compagnie d’artillerie prussienne, 100 hommes; enfin une compagnie d’invalides prussiens, 100 hommes; de sorte qu’il y aura en tout 2e500 hommes.
J’ai ordonné que 6,000 quintaux de farine de Pillau fussent envoyés à Königsberg; vous ordonnerez que l’on renvoie de Königsberg à Pillau, et par les mêmes bateaux, 6,000 quintaux de grains, que Ton fera moudre dans les environs, les communications par eau rendant les transports faciles; de sorte qu’il y aura les 12,000 quintaux de farine qui doivent exister dans les magasins de Pillau. Il ne restera alors à Königsberg qu’un seul bataillon saxon. Vous y ferez venir le bataillon westphalien resté à Marienburg et à Elbing. J’ai d’ailleurs ordonné que les bataillons de marche français qui sont à Thorn se rendissent à Königsberg; vous en réitérerez l’ordre. Le premier des trois bataillons de la Vistule formé à Posen doit se rendre à Thorn; lorsque le second sera formé, il se rendra à Thorn pour remplacer le premier, qui viendra à Königsberg, et, lorsque le troisième sera formé, il remplacera à Thorn le second, qui viendra également à Königsberg. Vous donnerez l’ordre qu’ils ne séjournent pas à Posen aussitôt qu’ils seront habillés. Si leurs fusils ne sont pas arrivés à Thorn, ils en prendront à Königsberg, où le gouverneur leur fera donner des fusils prussiens de Pillau ; de sorte que dans peu de jours il y aura à Königsberg un bataillon saxon, un bataillon westphalien , trois bataillons de marche français, deux bataillons polonais.
Il doit y avoir à Pillau une compagnie entière de marins du 17e bataillon, forte de 80 hommes. Vous donnerez l’ordre que le régiment de chevau-légers saxon qui doit arriver à Thorn dans le courant de juin se dirige sur Königsberg. Vous donnerez l’ordre au gouverneur de Danzig d’envoyer un bataillon de Bade pour tenir garnison à Marienburg et à Elbing. Il y aura à Danzig 4 bataillons de Bade, 2 bataillons prussiens, 1 bataillon de Wurtemberg, et les dépôts du le corps, sans compter que dans sept jours il doit y arriver 7 bataillons de Berg. Aussitôt que ces 7 bataillons y seront arrivés; un bataillon de Berg se rendra à la pointe du Nehrung, et le bataillon westphalien qui y est partira pour Königsberg pour rejoindre son régiment, mon intention étant de le mettre en ligne. Cela diminuera la garnison de Danzig, qui se trouvera n’être plus que de 14 bataillons. Les deux bataillons de la Méditerranée venant de Vérone doivent arriver incessamment à Glogau : je crois vous avoir ordonné qu’aussitôt que ces bataillons y seraient arrivés les deux bataillons saxons qui y sont en partiraient pour Königsberg; de sorte qu’il y aura alors 2 bataillons polonais, 4 bataillons saxons, 2 bataillons badois, 1 bataillon du grand-duché de Berg, 2 bataillons westphaliens, plus le régiment de chevau-légers saxon, 2 pièces de canon westphaliennes, 4 pièces de canon saxonnes; ce qui formera une division de 6,000 hommes avec six pièces de canon. Vous ordonnerez au gouverneur de Königsberg d’aller lui-même, le plus tôt possible, à Pillau et au Nehrung, de faire mettre des signaux de correspondance entre Pillau et Danzig, de manière à pouvoir se parler pour transmettre des signaux d’alarme. Si l’ennemi tentait quelque chose par mer sur Königsberg, le gouverneur de Danzig enverrait au secours une division par le Nehrung; et de même, si Danzig était attaqué, le gouverneur de Königsberg enverrait une division a son secours. Il est nécessaire que ces deux commandants s’entendent. Il faut nommer un commandant d’armes à Königsberg, un intendant et un commissaire des guerres, de manière que le service s’y fasse en règle. Il faut y laisser un officier de gendarmerie, parlant allemand , avec des gendarmes français ; il prendra sous ses ordres une partie de la compagnie des gendarmes prussiens. Il faut envoyer on armurier établir un atelier à Pillau pour réparer les fusils qui y sont, que je prends à mon compte ; j’en rendrai un pareil nombre au roi de Prusse de ceux venant de France. Il faut aussi disposer des troupes prussiennes qui sont ici. Des trois compagnies d’artillerie, une est à Pillau, les deux autres partiront pour Tilsit pour être à la suite du général Grawert; il les laissera à Memel pour l’armement de cette place, mon intention étant de l’armer aussitôt qu’elle sera occupée. Tous les autres corps resteront sous les ordres du gouverneur. La cavalerie pourrait être distribuée en petits détachements à Insterburg, Gumbinnen, Stallupœhnen, Rastenburg, Osterode, avec un commandant d’armes dans chaque poste. Ces commandants d’armes prussiens rendraient compte au gouverneur. Ici, à Osterode et à Rastenburg, il y aurait un commandant d’un grade supérieur qui commanderait chacun une portion du territoire. On peut avoir ainsi 1,500 hommes pour la police, la sûreté de l’armée et les convois. Les Français arrêtés seraient envoyés aux commandants supérieurs d’Osterode, de Rastenburg et de Gumbinnen, qui les adresseraient ensuite au gouverneur pour être jugés et punis. 2 ou 300 chevaux resteraient ici à la disposition du gouverneur pour son secours et pour se porter partout, ainsi que la valeur d’un bataillon pour aider au service de la ville. Vous déterminerez le point du Nehrung qui sépare le commandement de Danzig de celui de Pillau. On établira une police sévère pour les pêcheurs; le meilleur moyen serait de ne les laisser pêcher que dans le Frische-Haff : ce serait ôter aux ennemis qui voudraient tenter quelque chose contre Danzig ou Königsberg les moyens d’être instruits. Vous ferez connaître au général commandant à Pillau qu’il y a trop de pièces contre la mer et que l’on a négligé la terre; le danger est plutôt du côté de la terre; aucun ennemi ne sera assez insensé pour passer à 300 toises des batteries; il doit se trouver du côté de la terre en état de soutenir un siège contre un ennemi qui débarquerait pour cela, et donner le temps à la garnison de Danzig de venir à son secours.
Königsberg, 15 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez ordre au général d’artillerie d’Arancey, commandant l’équipage de siège à Elbing, d’envoyer en poste un officier supérieur de son parc pour prendre connaissance de la navigation de Labiau à Tapiau, et de la double communication qui existe avec le Niémen par le canal de Frédéric et par le Curische-Haff. Cet officier restera à Labiau et à Tapiau ; il vérifiera par lui-même tous les passages et prendra tous les renseignements nécessaires pour que l’équipage de siège, quand j’aurai donné l’ordre de le mettre en mouvement sur le Niémen, éprouve dans ces passes le moins de difficultés possible. Il se pourrait que , d’après les renseignements que fournira cet officier, le général d’Arancey put se procurer à Elbing beaucoup de petits bateaux qui eussent les dimensions convenables pour faire le trajet d’Elbing au Niémen, sans qu’on fût obligé de décharger. Il me semble qu’il se trouve de ces bateaux à Elbing.
Königsberg, 15 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, donnez ordre sur-le-champ à Bromberg que les 30,966 fusils conduits par des Saxons et destinés à l’insurrection soient dirigés sur Elbing, où ils resteront embarqués jusqu’à nouvel ordre. Le général Latour me fera connaître le jour de leur arrivée. Donnez ordre que les 35,000 fusils venant de France par Magdeburg et destinés également à l’insurrection se rendent à Thorn. Réitérez l’ordre à Mayence, à Wesel, à Magdeburg et au ministre de la guerre, pour que tous les fusils, sabres et autres armes destinées pour l’insurrection soient dirigés sans délai sur la Vistule.
Königsberg, 15 juin 1812.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Königsberg
Mon Cousin, le général de brigade Sokolnicki sera attaché à ma
Maison militaire, tant pour me servir d’interprète que pour être chargé
d’un service spécial près de moi. Donnez-lui des ordres en conséquence. Il jouira du traitement de général de division français.
Königsberg, 15 juin 1812
A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Rastenburg
Mon Fils, vous recevrez l’ordre de porter votre quartier général le 20 à Oletzko et d’y être avec votre corps d’armée, de placer les Bavarois à Lyk et le 3e corps de cavalerie près de Seyny. Le roi de Westphalie aura, le 30, son quartier général à Nowogrod. Le duc d’Elchingen sera à Kalwarya; le prince d’Eckmühl, à Wilkowyszki; le duc de Reggio, à Gumbinnen; la Garde, après le 1er corps. Mon quartier général sera probablement ou à Wilkowyszki ou à Stallupœhnen. Le duc de Tarente sera à Tilsit, en position vis-à-vis Georgenburg. Le corps autrichien du prince Schwarzenberg sera à cette époque à Lublin. Cet ensemble vous sera nécessaire pour juger les mouvements. Je calcule que le général russe Wittgenstein sera retenu avec ses trois divisions vis-à-vis Georgenburg, Tilsit et Memel, et un embarquement a lieu par le Haff pour le menacer; que les quatre autres divisions de l’armée de Tolly, avec la Garde impériale, pourront se trouver sur Kovno et Olitta; que le général Essen, avec ses quatre divisions, pourra se trouver entre Grodno et Meretch, le général Bagration sur Brzesc et Bialystok. Dans cette situation, mon intention est de passer entre Kovno et Olitta. Je pourrai jeter quatre ou cinq ponts à la fois et y passer avec les 1er, 2e, 3e corps et la Garde, et même avec les 4e et 6e corps, débouchant rapidement sur Vilna. Dans cette supposition le roi de Westphalie pousserait rapidement de Nowogrod sur Bialystok pour suivre Bagration. Je compte que les premiers coups seront tirés le 22 ou le 23, du côté de Kovno. Comme je serai à mon quartier général de Gumbinnen le 18 et le 19, je vous ferai passer de là mes ordres pour les mouvements ultérieurs. Je vous dirigerai sur Kalwarya ou Seyny, selon les circonstances. Il faut que le 6e corps appuie toujours sur vous. Le passage une fois effectué, si l’ennemi abandonnait la rivière, je suppose que vous avez des bateaux avec vous ; vous avez des pontons et des marins et vous pourriez facilement jeter un pont d’une soixantaine de toises; ce qui pourrait vous abréger votre route d’une marche et vous dispenserait de venir passer sur les ponts que j’aurais jetés. Vous devez d’ailleurs trouver quelques moyens de passage dans le pays. Combien avez-vous de bateaux ? Il est convenable que vous instruisiez le général Saint-Cyr de mes projets; que vous ayez l’œil sur ce que fait l’ennemi du côté de Grodno; que vous soyez en grande, sûre et rapide communication avec le prince Poniatowski, et que vous ne vous fiiez pas à la poste pour cela, mais que ce soit par le moyen de piquets de cavalerie, dont les chevaux servent aux officiers en dépêche, que la correspondance puisse avoir lieu.
Je n’ai pas besoin de vous recommander le secret sur ces dispositions.
Ralliez toutes vos troupes, surtout vos troupes françaises. Si vous avez des cartouches sur vos derrières, faites-les avancer pour servir aux remplacements. Continuez à faire approvisionner Willenberg, si cela est possible, à moins que vos convois ne puissent venir jusqu’à votre camp. Je suppose que vous partirez de Rastenburg avec vos vingt jours de vivres, puisque j’ai fait mettre 900,000 rations à votre disposition. Toutefois, si ce que je vous ai donné ne suffisait pas, je ne verrais pas d’inconvénient à vous donner encore 10,000 quintaux de farine à Wehlau, pourvu qu’il vous fût possible de les envoyer prendre. En partant de Rastenburg, formez-y un hôpital; laissez-y un très-bon commandant de place et un détachement de cavalerie et de gendarmerie. Veillez à ce que la poste reste organisée. Indépendamment du commandant, laissez-y un officier qui ait votre confiance et qui puisse diriger tous les courriers de Varsovie et de la droite sur le lieu où je serai.
Königsberg. 15 juin 1812
A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie
Mon Frère, le major général vous a fait connaître vos ordres, suivant lesquels vous devez avoir votre quartier général le 20 à Nowogrod, le vice-roi à Oletzko et les Bavarois à Lyk. Tout me porte à penser que les premiers coups de fusil auront lieu du 22 au 23. Les corps russes de la gauche ne pourront donc guère en être instruits que le 24 ou le 25. Je n’ai rien à ajouter aux instructions générales que je vous ai données, ni pour le cas où l’ennemi prendrait l’offensive ; il me semble que tout a été prévu, et que dans ce cas mes intentions vous ont été bien expliquées.
Je porte demain mon quartier général à Wehlau, après à Insterburg, et le 18 à Gumbinnen. Adressez-moi vos dépêches par Rastenburg. J’ordonne au vice-roi de laisser là un commandant de place intelligent et un peu de gendarmerie. Le commandant de place dirigera les courriers.
Aussitôt que j’aurai passé le Niémen, je me résoudrai peut-être à marcher sur Vilna. Alors je prêterai le flanc à l’armée de Bagration. Il sera donc nécessaire que vous le suiviez de près pour que vous puissiez prendre part au mouvement que je ferai contre cette armée. Si je parvenais à la séparer du reste des troupes russes et que je pusse tomber sur son flanc droit, il faudrait que vous fussiez en mesure de l’attaquer en même temps que je l’attaquerai.
J’ai vu deux bataillons de vos brigades qui m’ont paru bien; je les ai remis en ligne, parce que j’ai pensé que c’était le meilleur moyen de les rapprocher de vous. Aussitôt qu’on pourra se rejoindre, je les remettrai dans votre corps.
La nouvelle de la paix des Turcs avec la Russie est controuvée. J’ai reçu des lettres de Bucarest du 28, et la paix n’était pas faite.
Faites toujours courir le bruit que je viens à Varsovie. Ne touchez pas à vos vingt jours de vivres. Vous ne devez y toucher qu’en présence de l’ennemi. On se plaint beaucoup de la discipline de vos troupes : on dit que chacun fait ce qu’il veut. Maintenez Reynier et Vandamme.
Si vous arrivez sur Bialystok et Grodno, il sera convenable d’organiser le pays. Vous chargerez le prince Poniatowski de ce soin. Il y mettra des Polonais. Vous trouverez là des ressources considérables.
Les Saxons ont avec eux un équipage de pontons ; faites venir à vous sur-le-champ ces pontons ; je vois que les Polonais en ont aussi ; cela vous sera précieux ; les Saxons, venant derrière, n’en ont pas besoin. Je vous ai déjà demandé des renseignements sur le nombre de pontons que vous avez.
Königsberg, 15 juin 1812
Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Gumbinnen
Mon Cousin, le major général vous envoie un ordre de mouvement suivant lequel votre corps doit être réuni à Wilkowyszki le 20. De Gumbinnen il n’y a que deux marches; en partant le 19, vous serez donc le 20 à Wilkowyszki. Les deux bataillons du 25e vous rejoignent et passent aujourd’hui à Königsberg. J’ai ordonné qu’il n’y eût pas un seul homme du 111e demain à Königsberg. Les 4e et 6e bataillons du 25e sont partis de Danzig; celui du 61e est également parti de Pillau. Un détachement de 200 hommes du 25e que vous aviez laissé près d’Elbing, a eu ordre de rejoindre. Il est probable que du 22 au 23 on se battra, et que ce sera à deux marches plus loin que Wilkowyszki. Il est donc convenable que vous réunissiez le plus tôt possible vos détachements, et principalement vos troupes françaises. Vous avez pour vos escortes les troupes du Mecklenburg et les autres troupes allemandes; vous pouvez donc ne pas donner ces corvées aux troupes françaises et les ménager. Il me semble que vous ne suivez pas assez ce système, qui est important. Comme vous êtes éclairé par la cavalerie du 1er corps de réserve sur les directions de Kovno et Olitta, placez votre cavalerie légère sur la direction de Georgenburg, entre le Niémen et vous. Ayez des officiers d’état-major du côté de Georgenburg et ailleurs, qui vous instruisent promptement du mouvement offensif que ferait l’ennemi. Consultez vos états de situation, et rappelez tous vos détachements. Aussitôt que les voitures qui vous sont expédiées de Königsberg, et qui vous portent à Gumbinnen 10 à 12,000 quintaux de farine, seront arrivées, je crois qu’il serait convenable qu’après leur déchargement vous les renvoyassiez sur-le-champ à Insterburg pour s’y recharger, et alors ce qu’elles apporteraient d’Insterburg filerait jusqu’à votre camp de Wilkowyszki.
Königsberg, 16 juin 1812
A Madame de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, à Paris
Madame la Comtesse de Montesquiou, je reçois votre lettre du 6 juin. Je ne puis que vous témoigner ma satisfaction des soins que vous prenez du Roi. J’espère que vous m’apprendrez bientôt que les quatre dernières dents sont faites. J’ai accordé pour la nourrice tout ce que vous avez demandé ; vous pouvez lui en donner l’assurance.
Königsberg, 16 juin 1812
Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris
Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je reçois votre rapport du 5 juin. Les prêtres, étant sujets comme les autres, sont soumis au même serment. Mais il faut distinguer : il y a le serment ecclésiastique, qui a été prescrit par le Concordat; la seule peine que j’impose au prêtre qui ne veut pas le prêter, c’est la perte du bénéfice ecclésiastique dont il jouit. Mais le serment d’obéissance aux constitutions de l’Empire et de fidélité à l’Empereur est dû par tous les citoyens ; ceux qui refusent de le prêter encourent la peine portée par mon décret. Écrivez donc à l’évêque, et faites comprendre à ces malheureux combien ce refus serait contraire à leurs devoirs. Quand ils auront prêté ce dernier serment, ils sortiront seulement de leur exil. Pour qu’ils puissent rentrer dans leurs bénéfices, il faut qu’ils prêtent le serment du Concordat.
Königsberg, 16 juin 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, le bataillon de la garde du prince Borghèse et celui de la Grande-Duchesse étant remplacés par des gardes nationales, je désirerais que ces deux bataillons demandassent eux-mêmes à se rendre à l’armée; et, cela étant, vous les dirigeriez sur Berlin. Cela ferait une pépinière d’officiers et de sous-officiers qui me seraient utiles. La cohorte de Toscane et une de celles du Piémont feraient le service du palais de ces deux princes.
Königsberg, 16 juin 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre à la première brigade napolitaine, qui est à Vérone, de se mettre en marche pour se diriger sur Nuremberg, où elle recevra de nouveaux ordres. Vous me ferez connaître quand elle y arrivera.
Donnez ordre à la 2e brigade de se diriger de Bologne sur Vérone.
Le général de division Detrès restera avec la 2e brigade.
Königsberg, 16 juin 1812
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, tous les cadres qui composent la division Lagrange auront bientôt rejoint. Il faut faire rentrer d’Espagne tous les cadres inutiles. Il y a, je crois, dans l’intérieur un bon nombre de cadres qui ne sont pas pleins. Faites-moi un rapport sur tout cela.
La formation des cohortes n’avance pas; vous ne m’avez encore envoyé aucun état d’officiers à confirmer.
Je crois vous avoir mandé qu’il était convenable de faire filer sur Bayonne les demi-brigades qui étaient à Cherbourg. C’est 4,000 hommes environ qui seront utiles à Bayonne, et dont le départ soulagera la Normandie sous le rapport de la consommation. Si les circonstances d’Espagne devenaient urgentes, vous pourriez encore, sans attendre mes ordres, diriger également sur Bayonne la demi-brigade de Pontivy. Vous voyez que cela ferait à Bayonne une masse de forces très-considérable, puisque cela y réunirait deux cohortes, quatre demi-brigades formant, je crois, 16 bataillons, et 5 ou 6 bataillons de la réserve de Bayonne; cela ferait donc un total de 22 à 24 bataillons ou 15 à 18,000 hommes; réserve qui mettrait dans le cas, surtout après l’été, de secourir efficacement le Nord.
Je vous recommande de porter une attention spéciale sur tous les dépôts de cavalerie de l’armée d’Espagne, afin de pouvoir en tirer 3 à 4,000 chevaux, qu’on joindrait à cette réserve.
Faites également partir les 10e, 11e et 12e brigades pour Berlin; elles sont fort inutiles en France, et rien ne porte à penser que les Anglais puissent rien tenter.
J’ai ordonné que le régiment de marche de Paris fût dissous à son arrivée à Berlin ; les cadres rentreront en France.
Je désirerais qu’on pût faire revenir les deux bataillons du 29e, qui sont en Catalogne, sur Erfurt, où ils seront réunis aux deux autres bataillons du même corps. J’ai ordonné que le 5e bataillon du même régiment vînt à Lyon, ce qui me rendrait disponible un très-beau régiment.
Portez un soin particulier à bien organiser la réserve de Baronne, en en formant une bonne division, composée de trois brigades. Ils peuvent camper dans les baraques que j’ai fait faire, qui sont excellentes pour les troupes, et s’y bien exercer.











