Correspondance de Napoléon – Janvier 1800

Paris, 14 janvier 1800

Au citoyen Gaudin, ministre des Finances.

Le général en chef Moreau se plaint, Citoyen Ministre de ce que les lettres de change qu’on lui a données sur Bâle n’ont pas été acquittées. Son armée est dans la plus affreuse pénurie. Il est urgent d’y faire passer des fonds. Ne pourriez-vous pas obtenir des lettres de change sur Marseille et sur la Corse, pour l’expédition secrète, en en payant le montant dans la décade prochaine? Alors vous feriez passer demain les 400,000 francs à l’armée du Rhin. Ne pourriez-vous pas y joindre 200,000 francs à prendre sur le million qui n’a pas été mis en distribution? Ces 600,000 francs seraient bien utiles en ce moment à l’arnée du Rhin. Faites-moi connaître sur-le-champ, pourquoi vos lettres de change sur Bâle n’ont pas été acquittées.

 

Paris, 14 janvier 1800

Au Général BRUNE,

Vous trouverez, Citoyen Général,

1° Toutes les proclamations qu’a faites le Gouvernement relatives à l’armée de l’Ouest;
2° Copie des demandes et réponses du général Hédouville à quelques citoyens les plus marquants des départements insurgés;
3° Copie de la dernière lettre du général Hédouville;
4° Un état de situation des troupes qui se trouvent à l’armée de l’Ouest.

Le Gouvernement ne fera rien de plus pour les départements de l’Ouest que ce qu’il a fait.

L’armée de l’Ouest est composée de plus de 60,000 hommes sous les armes. Avec de l’activité pour poursuivre les brigands, vous vous mettrez à même de terminer promptement cette guerre – c’est à sa fin qu’est désormais attachée la paix de l’Europe.

Le nommé d’Andigné, qui est arrivé aujourd’hui à Paris, y restera toute la journée de demain. On ne le laissera partir que douze heures après vous.

La suspension d’armes conclue entre le général Hédouville et les chouans ne doit durer que jusqu’au ler pluviôse. Georges, qui commande les rebelles dans le Morbihan, n’y est pas compris.

Je calcule que le 27 au soir vous serez arrivé à Angers; n’y restez que les heures nécessaires pour mettre la 60e demi-brigade et les troupes que vous pourrez ôter de ce département en marche pour le Morbihan, et portez-vous à Nantes.

De là marchez dans le Morbihan, où vous trouverez la 22e et la 72e. Dissipez les rassemblements de Georges. Emparez-vous de ses canons, de ses magasins de blé (il en a une grande quantité sur le rivage, qu’il vend aux Anglais). Enfin commencez à faire sentir tout le poids et les horreurs de la guerre aux révoltés du Morbihan. Qu’au commencement de pluviôse vous soyez assuré,

1° Que les navires anglais qui mouillent sur les côtes du Morbihan n’ont plus aucune communication avec Georges;
2° Qu’ils voient du haut des mâts les drapeaux de la République disperser les brigands et détruire leur espérance.

Des raisons diplomatiques de la plus grande importance veulent que dans les cinq premiers jours de pluviôse les Anglais sachent que des troupes considérables poursuivent Georges, afin qu’ils en envoient la nouvelle en Angleterre.

Cette première opération faite, reportez-vous sur Nantes, sur Angers ou Rennes, selon que les circonstances vous le rendront nécessaire.

Demain le règlement pour l’organisation des pays hors de la Constitution sera signé et vous sera envoyé par un courrier extraordinaire. Les départements d’Ille-et-Vilaine, de la Loire-inférieure, des Côtes-du-Nord, du Morbihan, seront mis hors la Constitution.

Exigez que Nantes, Rennes, Tours, Angers, Blois, etc., se défendent elles-mêmes et n’y laissez que des dépôts; que toutes vos troupes soient à la poursuite des brigands.

Tout individu qui se soumettra, accueillez-le; mais ne souffrez plus aucune réunion de chefs; n’ayez plus aucune espèce de pourparler diplomatique.

Une grande tolérance pour les prêtres; des actes sévères envers les grandes communes pour les obliger à se garder et à protéger les petites. N’épargnez pas les communes qui se conduiraient mal. Brûlez quelques métairies et quelques gros villages dans le Mlorbiban, et commencez à faire quelques exemples.

Que vos troupes ne manquent ni de pain, ni de viande, ni de solde. Il y a, dans ces départements assez coupables, de quoi entretenir vos troupes. Ce n’est qu’en leur rendant la guerre terrible que les habitants eux-mêmes se réuniront contre les brigands et sentiront enfin
que leur apathie leur est funeste.

Mon aide de camp, chef de brigade, Duroc, part à l’instant même pour Angers. Le général Hédouville remplirait très-bien le poste de votre chef d’état-major on de votre premier lieutenant. Il connaît très-bien les individus et les localités, mais n’a ni assez d’énergie ni assez d’habitude de diriger de lui-rnême des opérations militaires, pour pouvoir commander en chef.

Vous ferez dire aux chefs Châtillon, d’Autichamp (Charles de Beaumont, comte d’Autichamp, 1770-1859, l’un des chefs de l’insurrection vendéenne, qui va faire sa soumission, le 18 janvier), Bourmont (Louis de Ghaine, comte de Bourmont, 1773-1846; signera la paix le 4 février), d’Andigné (Louis Fortuné, comte d’Andigné, 1765-1857; signera la paix le 4 février), Frotté (Marie Pierre Louis de frotté, 1766-1800; malgré sa soumission à Hédouville, sera fusillé le 19 février), que, s’ils accèdent aux proclamations faites par le Gouvernement, ils aient à vous le faire connaître, ainsi que l’endroit où ils se retirent, afin que leurs personnes et leurs propriétés soient respectées. On n’exige d’eux autre chose que la soumission, et d’employer leur influence, même sans proclamation publique, pour dissoudre les rassemblements.

Quant au désarmement, après avoir détruit Georges, dissipé quelques rassemblements et fait quelques exemples, vous y procéderez. Je sens bien que cette opération, qu’il faut toujours faire, ne peut cependant s’effectuer que progressivement et avec le temps.

Le 12e de hussards, fort de 500 hommes à cheval, est parti de Lille et Bruxelles, pour se rendre à Caen, sans perdre de temps et à doubles journées. Dès que vos guides seront arrivés à Rouen, vous les dirigerez sur Rennes.

Le Gouvernement, constant dans sa marche, acquerra tous les jours davantage l’opinion des Français.

Vous avez besoin surtout de remuer un peu les généraux, qui, accoutumés à ne pas être commandés, ne se donnent pas assez de mouvement; ne souffrez pas qu’ils restent dans leurs villes; le poste d’honneur est le bivouac et les granges. Tous ceux que vous jugeriez trop âgés ou hors d’état de commander, vous pouvez les envoyer à Paris: donnez le commandement des divisions à des hommes actifs.

Les généraux Gardanne, Dumoulin, Milhaud, Tilly, Humbert, Guillet, sont rendus ou ont ordre de se rendre à votre armée. Ils sont à votre disposition.

Expédiez-moi des courriers fréquemment.

 

Paris, 14 janvier 1800

Au général Berthier, ministre de la guerre

Le Premier Consul me charge, Citoyen Ministre, de vous prier de faire rassembler demain les gazettes les meilleures, publiées depuis quelque temps, et les brochures ou livres les plus intéressants, parmi lesquels on devra trouver quelques exemplaires de l’ouvrage militaire publié à Hambourg sur la campagne dernière. Tous ces objets seront rassemblés et envoyés à Toulon, partagés en trois paquets, pour être transportés en Égypte par trois bâtiments différents.

Le Premier Consul vous engage à faire connaître aux officiers de l’armée d’Égypte l’avancement qui a été donné à plusieurs d’entre eux; vous pourrez sur-le-champ faire remettre vos dépêches sur cet objet au ministre de la marine.

Par ordre du Premier Consul.

Le Premier Consul me charge de vous dire d’écrire au général en chef Kleber une lettre de félicitation sur l’éclatant succès remporté par l’armée d’Orient à Damiette (le 1er novembre 1799, à Lesbeh, devant Damiette, le général Verdier a rejeté à la mer 7 000 Turcs débarqués), et de lui mander que les Consuls ont appris avec grand plaisir, par la voie de Constantinople, que le ,grand vizir avait rétrogradé sur Damas; il vous prie d’ajouter que le Gouvernement a les yeux sur l’Égypte et n’oublie rien de ce qui doit intéresser l’armée d’Orient.

 

Paris, 14 janvier 1800

Au citoyen Forfait, ministre de la Marine et des Colonies (Pierre Alexandre Forfait, 1752-1807. Il sera ministre jusqu’en octobre 1801, puis conseiller d’État, préfet maritime de Gênes en juin 1805)

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Ministre, des lettres qui viennent d’Alexandrie et qu’on m’a envoyées de Toulon par un courrier extraordinaire. Je vois avec peine que ni le Lodi, ni l’Égyptienne, ni l’Osiris ne sont partis; ordonnez qu’ils partent le plus tôt possible, à cinq jours de distance les uns des autres. Le citoyen Victor Maubourg, chef de brigade, portera vos ordres. Vous lui ferez solder ses frais de poste. Vous donnerez l’ordre au commandant de I’Egypienne de l’embarquer à son bord. Vous réitérerez l’ordre au commandant de la marine à Toulon de faire passer par chaque bâtiment les exemplaires du Moniteur publiés depuis deux mois. Le ministre de la guerre doit avoir envoyé dans ses paquets tous les Moniteur précédents.

 

Paris, 14 janvier 1800

Au général Kléber, commandant en chef l’Armée d’Orient

Citoyen Général, le Premier Consul Bonaparte m’a chargé de vous adresser divers ouvrages dont je joins ici la liste; il a pensé qu’il vous serait agréable de les recevoir.

1° La Constitution française.
2° Le Chant du combat, avec la musique.
3° Mémoire sur l’Égypte.
4° Tableau du 18 brumaire.
5° Résultat possible du 18 brumaire.
6° Voyage dans le Finistère en 1794-95.
7° Mémoire sur les insurrections de l’Ouest.
8° Arithmétique décimale, par Lewal.
9° Alphabet universel, par Montigny.
10° Comptes rendus par l’Institut pour l’an VIII.
1l° La Décade philosophique, deux numéros.
12° Le Magasin encyclopédique.
13° Annales de chimie.
14° Connaissance des temps pour l’an X.
15° De la philosophie moderne, par Roederer.
16° De la condition des femmes dans les républiques.
17° L’Anglais cosmopolite.
18° De l’homme, morceau détaché.

Par ordre du Premier Consul

 

Paris, 15 janvier 1800

PAROLES DU PREMIER CONSUL
AU CONSEIL D’ETAT.
Vous venez de fixer le régime des pays où la constitution est suspendue.

Les pouvoirs étendus que le règlement institue m’on, paru ne devoir être déposés que dans la main d’un général magistrat.

J’ai nommé le général Brune. Dans un moment il va se rendre à sa destination; bientôt il reviendra se placer parmi nous.

Je donne avec plaisir cette marque de confiance, et au Conseil d’État, et au général Brune, qui, sans parler de ses services antérieurs, en a déjà rendu d’importants dans le Conseil.

 

Paris 15 janvier 1800

ARRÊTÉ

Les Consuls de la République considérant,

1°. Que les rapports qui existent entre les citoyens d’un même pays sont réglés par les lois particulières à chaque pays; que ceux qui existent entre les habitants et les gouvernements de deux pays ennemis sont déterminés par les lois de la guerre; que ceux qui existent entre les habitants et les gouvernements de deux pays alliés, amis ou neutres, sont fixés par les règles du droit public;
2°. Que la décision du Directoire exécutif qui a autorisé le général en chef de l’armée d’Italie à employer son pouvoir pour l’exécution, sur le territoire ligurien, d’un jugement du tribunal d’Aix, contre des négociants liguriens, est une violation des principes,

Arrêtent ce qui suit:

ARTICLE ler. – Les décisions du Directoire exécutif relativement aux prises du corsaire l’Aventurier sont annulées, ainsi que les actes d’administration qui en ont été la suite.
Art. 2. – Les différends relatifs à ces prises sont remis dans l’état où ils étaient à l’époque où le Directoire exécutif de la République française est irrégulièrement intervenu dans la discussion.
Art. 3. – Les ministres de la justice et des relations extérieures se concerteront pour l’exécution de l’article 2, et pour que justice soit rendue, selon le droit et les formes en usage entre les États indépendants, aux citoyens francais qui sont intéressés dans cette diseussion.

Les ministres de la justice, des finances et de la guerre, sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l’exécution du présent arrêté, qui sera imürimé au Bulletin des lois.

L’envoi en sera fait par le ministre des relations extérieures à tous les agents de la République résidant en pays étrangers.

 

Paris, 15 janvier l800

Au Citoyen Aune

Au brave Léon,

J’ai reçu Votre lettre, mon brave camarade; vous n’aviez pas besoin de me parler de vos actions. Vous êtes le plus brave grenadier de l’armée après la mort du brave Benezette. Vous avez un des cent sabres sur ceux que je distribue à l’armée. Tous les soldats étaient d’accord que vous étiez le modèle du régiment. Je désire beaucoup de vous voir; le ministre de la
guerre vous en envoie l’ordre. Je vous aime comme mon fils.

 

Paris, 16 Janvier 1800

Note pour le ministre des relations extérieures.

La note officielle, en date du 14 nivôse an VIII, adressée par le ministre de Sa Majesté Britannique, ayant été mise sous les yeux du Premier Consul de la République française, il a remarqué avec surprise qu’elle reposait sur une opinion qui n’est point exacte relativement à l’origine et aux conséquences de la guerre actuelle. Bien loin que ce soit la France qui l’ait provoquée, on se rapelle que, dès le principe de sa révolution, elle avait solennellement proclamé son amour pour la paix, son éloignement pour les conquêtes, son respect pour l’indépendance de tous les gouvernements; et il n’est pas douteux qu’occupée alors et sans partage de ses affaires intérieures, elle eût évité de prendre part à celles de l’Europe et fût demeurée fidèle à ses déclarations.

Mais, par une disposition opposée, aussitôt que la révolution française eût éclaté, l’Europe presque entière se ligua pour la détruire. L’agression fut réelle longtemps avant d’être publique. On excita les résistances intérieures, on accueillit les opposants, on toléra leurs réunions armées, on favorisa leurs complots secrets, on appuya leurs déclamations extravagantes, on outragea la nation française dans la personne de ses agents; et l’Angleterre donna particulièrement cet exemple par le renvoi du ministre accrédité près d’elle. Enfin la France fut attaquée de fait dans son indépendance, dans son honneur et dans sa sûreté, longtemps avant que la guerre fût déclarée.

Ainsi, c’est aux projets d’asservissement, de dissolution et de démembrement qui ont été préparés contre elle et dont l’exécution a été plusieurs fois tentée et poursuivie, que la France est en droit d’imputer les maux qu’elle a soufferts et ceux qui ont affligé l’Europe. De tels projets, depuis longtemps sans exemple, à l’égard d’une aussi puissante nation, ne pouvaient
manquer d’amener les plus fatales conséquences.

Assaillie de toutes parts, la République a dû porter partout les efforts de sa défensive, et ce n’est que pour le maintien de sa propre indépendance qu’elle a fait usage des moyens qui étaient dans sa puissance et dans le courage de ses citoyens. Tant qu’elle a vu que ses ennemis s’obstinaient à méconnaître ses droits, elle n’a compté que sur l’énergie de sa résistance; mais, aussitôt qu’ils ont dû renoncer à l’espoir de l’envahir, elle a cherché des moyens de rapprochement, elle a manifesté des intentions de paix; et, si elles n’ont point toujours été efficaces, si, au milieu des crises intérieures que la révolution et la guerre ont successivement amenées, les précédents dépositaires de l’autorité en France n’ont pas toujours montré autant de modération que la nation elle-même a déployé de courage, il en faut accuser surtout l’acharnement funeste avec lequel les ressources de l’Angleterre ont été prodiguées pour consommer la ruine de la France.

Mais, si les voeux de Sa Majesté Britannique, comme elle en donne l’assurance, d’accord avec ceux de la République française, sont pour le rétablissement de la paix, pourquoi, au lieu d’essayer l’apologie de la guerre, ne pas mettre son soin à la terminer; et quel obstacle peut empêcher un rapprochement dont l’utilité est sentie et commune, surtout quand le Premier Consul de la République française a personnellement donné tant de preuves de son empressement à mettre un terme aux calamités de la guerre et de sa disposition à maintenir l’observation rigide des traités conclus?

Le Premier Consul de la République française ne pouvait pas douter que Sa Majesté Britannique ne reconnût le droit des nations à choisir la forme de leur gouvernement, puisque c’est de l’exercice de ce droit qu’elle tient sa couronne; mais il n’a pu comprendre comment, à côté de ce principe fondamental et sur lequel repose l’existence des sociétés politiques, le ministre de Sa Majesté a pu placer des insinuations par lesquelles il tend à s’immiscer aux affaires intérieures de la République, et qui ne sont pas moins injurieuses pour la nation française et pour son gouvernement que ne le seraient pour l’Angleterre et pour Sa Majesté une sorte de provocation vers le régime républicain, dont l’Angleterre adopta les formes au milieu du siècle dernier, ou une exhortation à rappeler au trône cette famille que la naissance y avait placée et qu’une révolution en a fait descendre.

Si, à des époques peu éloignées et quand le système constitutif de la République française ne présentait ni la force ni la solidité qu’il renferme aujourd’hui, Sa Majesté Britannique a cru pouvoir provoquer elle-mêrne un rapprochement et des conférences de paix, comment ne serait-elle pas empressée de renouer des négociations auxquelles l’état présent et réciproque des affaires promet une marche prompte? De toutes parts la voix des peuples et de l’humanité implore la fin d’une guerre marquée déjà par de si grands désastres et dont la prolongation menace l’Europe d’un ébranlement universel et de maux sans remède. C’est donc pour arrêter le cours de ces calamités, ou afin que leurs terribles conséquences ne soient reprochées qu’à ceux qui les auraient provoquées, que le Premier Consul de la République française propose de mettre sur-le-champ un terme aux hostilités, en convenant d’une suspension d’armes et en nommant immédiatement, de part et d’autre, des plénipotentiaires qui se rendraient à Dunkerque ou dans toute autre ville non moins avantageusement située pour la rapidité des communications respectives, et qui travailleraient sans aucun retard au rétablissement de la paix et de la bonne amitié entre la République française et l’Angleterre.

Le Premier Consul offre, à cet égard, de donner les passe-ports nécessaires.

 

Paris, 16 janvier 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’Armée du Rhin

J’ai reçu votre lettre du 12 nivôse, Citoyen Général; non-seulement je me suis occupé de vos diverses demandes, mais les besoins de l’armée que vous commandez sont à chaque instant présents à ma pensée.

J’ai donné ordre au ministre de la guerre de placer des demi-brigades dans les principales places de l’arrondissement de l’armée du Rhin, en choisissant les corps qui ont le plus souffert; elles y seront complétées à 3 000 hommes. Il a dû vous faire connaître les dispositions que je lui ai prescrites à cet égard; elles vous mettront à même de précipiter sur l’ennemi l’élite des troupes qui vous obéissent.

Le général Lecourbe ne peut être oublié; il recevra l’armure qui lui est destinée.

Les 1,200,000 francs pour lesquels vous aviez reçu des lettres de change sur Bàle et sur Strasbourg seront acquittés; un agent est parti en poste pour lever tous les obstacles qui s’y étaient opposés.

La lettre que je vous envoie ci-jointe, du ministre des finances, fera connaître les raisons qui avaient fait différer les payements que vous aviez droit d’attendre.

600,000 francs partent aujourdhui de Paris pour l’armée du Rhin.

 

Paris, 17 janvier 1800

Au général lefebvre, commandant les 15e et 17e divisions militaires

Je reçois, Citoyen Général, le rapport que vous me faites sur les événements qui viennent de se passer dans le département de l’Orne.

Faites connaître au général Merle et au commissaire du Gouvernement Marceau que j’attends, pour leur donner une marque publique de la satisfaction que j’éprouve de leur conduite, que les rebelles qui sont encore dans le département de l’Orne aient vécu.

Le brigadier-fourrier du 9e régiment, Bache, sera promu au grade de sous-lieutenant.