Correspondance de Napoléon – Janvier 1800

Paris, 10 janvier 1800

À Berthier

Je désire connaître sur-le-champ, citoyen Ministre:

1° Quels moyens vous avez employés pour remonter la cavalerie;
2° Si le général Gardanne et les autres officiers employés à l’armée d’Angleterre ont eu ordre d’être rendus à leur poste le 24 du courant.
3° Quand aurai-je l’état de notre législation actuelle, relative à la manière de parvenir aux grades dans les différents corps?
4° Quand aurai-je le rapport sur la situation actuelle de l’école du génie et de l’artillerie?
5° Quand aurai-je le rapport sur la situation actuelle de la jurisprudence militaire?
6° Le rapport sur l’organisation actuelle de nos équipages d’artillerie? Serait-il possible et utile d’avoir des chevaux au compte de la République?
7° Le rapport sur les lois, règlements et usages établis pour la comptabilité des différentes parties du service public?
8° Le rapport sur les lois qui déterminent la manière dont se paye la solde des troupes; sur ce qui était en usage jadis et aux différentes époques de la révolution ? Quel parti convient-il de prendre à cet égard?
9° Le rapport sur la onscription ?
10° Le rapport sur les récompenses militaires du 26 nivôse ?

 

Paris, 11 janvier 1800

Aux habitants des départements de l’Ouest

Tout ce que la raison a pu conseiller, le Gouvernement l’a fait pour ramener le calme et la paix au sein de vos foyers; après de longs délais, un délai nouveau a été donné pour le repentir. Un grand nombre de citoyens a reconnu ses erreurs et s’est rallié au Gouvernement. Qu’ils vivent tranquilles à l’ombre des lois qu’ils ont reconnues, sous un gouvernement qui, sans haine et sans vengeance, sans crainte et sans soupçons, protège également tous les citoyens et punit ceux qui en méconnaissent les devoirs.

Il ne peut plus rester armés contre la France que des hommes sans foi comme sans patrie, des perfides instruments d’un ennemi étranger, ou des brigands noircis de crimes que l’indulgence même ne saurait pardonner.

La sûreté de l’État et la sécurité des citoyens veulent que de pareils hommes périssent par le fer et tombent sous le glaive de la force nationale. Une plus longue patience ferait le triomphe des ennemis de la République.

Des forces redoutables n’attendent que le signal pour disperser et détruire ces brigands: que le signal soit donné!

Gardes nationales, joignez l’effort de vos bras à celui des troupes de ligne; si vous connaissez parmi vous des hommes partisans des brigands, arrêtez-les; que nulle part ils ne trouvent l’asile contre le soldat qui va les poursuivre; et, s’il était des traîtres qui osassent les recevoir et les défendre, qu’ils périssent avec eux!

Habitants des départements de l’Ouest, de ce dernier effort dépendent la tranquillité de votre pays, la sécurité de vos familles, la sûreté de vos propriétés. D’un même coup, vous terrasserez et les scélérats qui vous dépouillent et l’ennemi qui achète et paye leurs forfaits.

Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit:

ARTICLE ler. – Il est défendu à tous les généraux et fonctionnaires publics de correspondre en aucune manière et sous quelque prétexte que ce soit avec les chefs des rebelles.

ART. 2. – Les gardes nationales de toutes les communes prendront les armes et chasseront les brigands de leur territoire.

ART. 3. – Les communes dont la populaton excèdede cinq mille habitants fourniront des colonnes mobiles pour secourir les communes d’une moindre population.

ART. 4. – Toute commune qui donnerait asile et protection auy brigands sera traitée comme rebelle, et les habitants pris les armes à la main seront passés au fil de l’épée.

ART. 5. – Tout individu qui prêcherait la révolte et la résistance armée sera fusillé sur-le-champ.

ART. 6. – Le général commandant l’armée de l’Ouest fera tous les réglements nécessaires pour l’organisation des gardes nationales, pour prescrire les arrondissements que les grnades communes doivent surveiller, et il donnera les ordres pour que toutes les troupes, les compagnies franches, les colonnes mobiles soldées, soient exclusivement employées à parcourir la campagne et poursuivre les rebelles.

 

Paris, 11 janvier 1800

À Berthier

Je désire savoir, Citoyen Ministre, si la lettre du général baraguey d’Hilliers au prince Charles est vraie. Vous ferez sentir au général Moreau combien cette lettre est propre à favoriser la levée en masse. Les généraux de division ne doivent pas correspondre avec les généraux ennemis sans autorisaton du général en chef. Le général Moreau prendra les mesures et donnera les ordres les plus évères pour qu’aucune correspondance avec l’ennemi n’ait lieu qu’en conséquence de ses ordres.

 

 

 

 

 

Paris, 11 janvier 1800

DÉCISION
Le ministre de la guerre propose de nommer le citoyen Jean-Baptiste-Jacques Haener lieutenant dans le 10e de chasseurs à cheval

Voulant donner une preuve particulière de ma satisfaction à ce brave régiment, la place sera donnée à un sous-lieutenant qui sera désigné au ministre de la guerre par le chef de brigade. Le ministre écrira pour cet objet et dans ce sens au régiment. L’avancement sera fait sur le corps.

 

Paris, 11 janvier 1800

DÉCISION
Le ministre de la guerre propose de nommer le citoyen Marchant au grade de chef d’escadron.

Si c’est celui qui était consul à Tripoli et qui a refusé en Égypte de marcher à l’ennemi, refusé.

 

Paris, 12 janvier 1800

ARRÊTÉ

ARTICLE ler. – Le primidi de chaque décade il se tiendra un conseil général des finances; le quartidi, un conseil d’administration de la guerre; le sextidi, un conseil d’administration de la marine.

ART. 2. – Il y aura, le 8 de chaque mois, un conseil d’administration de la justice; le 18, un conseil d’administration des relations extérieures, et le 28, un conseil d’administration de l’intérieur et de la police générale.

ART. 3. – Le directeur du trésor public assistera à chaque conseil d’administration et des finances; le ministre des finances sera nécessairement présent au conseil des finances; il assistera, quand il le jugera convenable, à ceux d’administration des autres départements.

ART. 4. – Les ministres se feront accompagner, pour les conseils d’administration, par les premiers commis chargés de leur comptabilité, et par les chefs de division de leur département, lorsqu’ils leur auront été désignés à cet effet.

ART. 5. – Le secrétaire d’état tiendra, sur des registres séparés, le procès-verbal des séances du conseil général des finances et des conseils dadministration.
La veille des jours assignés à chacun des conseils d’administration, il prendra les ordres des Consuls pour la convocation de ceux des conseillers d’État qu’il sera jugé nécessaire d’y appeler.

ART. 6. – Ces divers conseils se tiendront chez le Premier Consul, à neuf heures et demie du soir.

 

Paris, 12 janvier 1800

À Gaudin

Je vous ai demandé, Citoyen Ministre, 400,000 livres pour une expédition secrète. Jusqu’à ce qu’on puisse classer cette dépense, elle sera couverte par un bon sur les fonds extraordinaires mis à ma disposition; 300,000 francs doivent être pris sur les fonds de la guerre, et 100,000 francs sur les fonds de la marine. Cet argent sera versé à Ajaccio, département du Liamone, dans la caisse du payeur de la division commandée par le général Cervoni.

Il faut donc, Citoyen Ministre, que vous preniez toutes les mesures convenables pour que les 400,000 livres existent le plus tôt possible dans la caisse de ce payeur, et qu’elles soient destinées à subvenir à la dépense de la solde des nouvelles levées qu’on propose de faire dans les départements du Golo et du Liamone, et aux frais de nolis des bâtiments qui seront frétés pour la division Cervoni. Vous préviendrez le payeur qu’il ne devra rien solder que sur l’ordonnance du commissaire ordonnateur de ladite division, autorisée par le citoyen Saticeti, délégué extraordinaire des Consuls dans les départements du Golo et du Liamone, ou sur l’ordonnance du commissaire de la marine, attaché à la flottille de la division du général Cervoni, visée par l’officier supérieur de la marine commandant la-dite flottille, et autorisée par le délégué-extraordinaire Saliceti.

Mon intention étant que le présent ordre ne soit vu que de vous, il est nécessaire que vous fassiez vous-même toutes les dispositions qu’il prescrit, et que vos ordres soient écrits de votre propre main.

Vous remettrez, Citoyen Ministre, la commission destinée au payeur, et vos instructions pour ce citoyen, au citoyen Saliceti lui- même , qui s’en rendra porteur.

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Les 200,000 francs qui ont été portés dans l’état de distribution du conseil des finances d’hier, pour les fournisseurs de la 23e division militaire (c’est-à-dire la Corse), seront envoyés directement à l’ordonnateur de la 23e division militaire, et, pour éviter les risques que courrait cet argent dans la traversée, vous tâcherez de vous procurer des lettres de change sur Bastia.

100,000 francs partiront cette décade, et les autres 100,000 francs la décade prochaine. Ces 900,000 francs sont destinés au service ordinaire de cette division. Ils n’ont rien de commun avec les 400,000 francs désignés dans la lettre.

 

Paris, 12 janvier 1800

À Berthier

L’intention du Gouvernement, Citoyen Ministre, est de lever six bataillons dans les départements du Golo et du Liamone, bataillons seront organisés de la manière suivante:

Ils seront composés de neuf compagnies, ayant chacune 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 2 sergents, 4 caporaux, 1 tambour, 67 hommes; total, 78 hommes.

L’état-major sera composé ainsi qu’il suit: 1 chef de bataillon, 1 adjudant-major, l adjudant sous-officier, 1 quartier-maître;
total, 4

Le bataillon offrira un total, compris l’état-major, les officiers et sous-officiers, de 706 hommes, et les six réunis, un total de
4 236 hommes.

Vous donnerez au général de division Cervoni l’ordre de se rendre Corse, en toute diligence, à l’effet d’y prendre toutes les mesures convenables pour la formation de ces six bataillons.

Les officiers seront choisis par le délégué extraordinaire des Consuls, le citoyen Saticeti, qui a recu une instruction spéciale du Gouvernement sur le mode adopté pour la formation de ces bataillons.

Les six bataillons seront réunis deux à deux, sous les ordres d’officiers supérieurs; tous les six composeront la brigade du général de brigade Casalia.

Il ne sera fourni à ces bataillons ni armement, ni habillement; chaque homme qui y sera admis sera tenu d’apporter son fusil et ses cartouches, pour lesquelles on lui délivrera la poudre et le plomb nécessaire.

Les conscrits des départements du Golo et du Liamone seront tenus de prendre service dans lesdits bataillons. Il sera fourni aux individus qui les composeront 24 onces de pain par jour, et 10 sous par jour pour leur tenir lieu de solde, d’armement, d’habillement et d’équipement.

Les appointements des officiers seront les mêmes que ceux des officiers des demi-brigades; mais ils n’auront ni rations de fourrage, ni gratifications d’entrée en campagne, ni indemnité de logement.

Vous donnerez l’ordre, Citoyen Ministre, au général de division Ambert, commandant la 23e division militaire, de compléter deux bataillons de la 23e demi-brigade d’infanterie légère et deux bataillons de la 86e demi-brigade de bataille, de manière que chacun de ces bataillons offre 800 hommes présents sous les armes, ce qui portera leur force totale à 3,200 hommes lesquels, réunis, composeront la brigade du général de brigade Sibaud.

Vous ordonnerez pareillement au général Ambert de compléter une compagnie d’artillerie de ligne à 100 hommes; de lui faire donner six pièces de campagne, avec un pare contenant les cartouches et les outils de pionniers, etc., nécessaires pour une colonne de 7,000 hommes. Un chef de bataillon et deux officiers du corps du génie, le chef de brigade de la gendarmerie nationale, avec la moitié de la gendarmerie de la 23e division militaire qu’il commande, ainsi que 100 chasseurs à cheval qui ont dû passer en Corse, seront attachés à cette colonne, et le général divisionnaire Ambert mettra toutes ces forces à la disposition et sous les ordres du général divisionnaire Cervoni. Vous commanderez., Citoyen Ministre, à l’ordonnateur de la 23e division militaire d’organiser une ambulance pour ces troupes, et vous leur attacherez un commissaire ordonnateur et deux commissaires des guerres.

Le général de division Cervoni recevra ses instructions militaires par le canal du citoyen Saliceti, et il se concertera avec ce délégué pendant tout le temps des opérations qu’il doit exécuter.

J’ai donné des ordres secrets et directs au ministre des finances; ainsi vous n’avez aucune disposition à faire pour cet objet, c’est-à- dire pour pourvoir à la solde des bataillons de nouvelle levée.

Le restant des troupes qui composent la 86eet la 23e demi-brigade tiendra garnison dans les citadelles de Bastia et d’Ajaccio.

Toutes les dispositions ci-dessus devant être extrêmement secrètes, je vous invite, Citoyen Ministre, à faire vous-même les différents ordres qui les concernent, et à les remettre en main propre au citoyen Saliceti.

La 1e compagnie de chacun des bataillons de la 23e demi-brigade qui font partie de l’expédition, servira de compagnie de grenadiers, et, en conséquence, tous les hommes de ces compagnies qui n’auront pas la taille requise pour les compagnies de grenadiers seront incorporés dans les autres compagnies, et les deux premières compagnies ci-dessus désignées seront complétées par des hommes ayant cette taille. Elles jouiront, dès l’instant qu’elles seront en pays ennemi, de la paye affectée aux grenadiers, sans que cela puisse tirer à conséquence ou être continué, lorsque les compagnies titulaires des grenadiers de cette demi-brigade, qui sont à Malte, l’auront rejointe.

 

Paris, 12 janvier 1800

Au citoyen Saliceti

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Commissaire:

1° Votre commission de délégué extraordinaire dans la 23e division militaire;

2° Une lettre pour le ministe de la plice générale pour qu’il vous donne les passe-ports dont vous avez besoin;

3° Votre instruction militaire sur la conduite que vous devez tenir dans ces départements et les opérations militaires que vous devez entreprendre;

4° Le minsitre de la guerre a ordre de vous remettre en mains propres les ordres nécessaires pour la levée de six bataillons dans les départements du Golo et du Liamone, faisant un total de 4236 hommes, ainsi que les notes nécessaires ppour les généraux Casalta, cervoni et Ambert. Ce dernier tiendra à votre disposition deux bataillons de la 23e et deux bataillons de la 86e qu’il complétera à 800 hommes, la moitié de la gendarmerie de la 23e division militqire, une compagnie d’artillerie complétée à 80 hommes, des officiers du génie et 100 hommes de chasseurs avec les selles.

5° Vous vous rendrez chez le ministre de la marine, qui a ordre, 1° de remettre au citoyen Sapey six lettres de marque ppour la Méditerranée; 2° de faire partir le plus tôt possible, de Toulon pour Ajaccio, trois tartanes canonnières armées de pièces de 24 et de 18, le chebec le Cerf, un autre chebec de même force, et deux gros bricks au moins de la force du Lodi.

Cette flottille doit avoir pour trois mois de vivres, un mois d’eau, et en outre 100 000 rations de biscuit. Elle doit être commandée par un général de division.

Vous trouverez ci-joint un ordre cacheté que vous lui remettrez, dans la rade d’Ajaccio, et par lequel je lui ordonne d’être à votre disposition et de seconder toutes vos opéations.

Le ministre de la marine vous donnera des lettres pour l’ordonnateur de la marine à Toulon, qui vous autoriseront à vous concerter avec lui pour le prompt départ des 1500 hommes de conscrits et des objets que le ministre de la guerre fait passer en Corse.

6° Le ministre des finances a ordre de vous remettre, pour le payeur du département du Liamone, le brevet de payeur de la division Cervoni; de verser 400 000 francs dans la caisse de ce payeur, qui ne seront soldés que sur ordonnance de l’ordonnateur de la division Cervoni, ou du commissaire de la marine attaché à la division Cervoni, et visée par nous.

Le ministre de la marine ignore absolument où doit se rendre cette flottille; ignorez-le vous-même, et, s’il vous en parle, pensez que c’est pour Malte ou la Toscane.

Le ministre de la guerre ne connaît autre chose que la levée extraordinaire des troupes; laissez-lui penser que c’est pour renforcer l’armée d’Italie, vu que les Corses sont très propres à la guerre de montagnes.

Le ministre des finances ne sait autre chose, sinon qu’il y a une expédition extraordinaire. Laissez-lui entrevoir, s’il désire pénétrer ce secret, que c’est une grande opération tendant à couper l’armée impériale, en se portant en Toscane ou à la Spezzia.

Si la moindre chose transpire de votre expédition, elle est manquée. Ainsi, il faut que vous vous rendiez à Toulon incognito, que vous y restiez le moins de temps possible, et que vous ne laissiez entrevoir autre chose sinon que vous vous retirez chez vous.

Le ministre des finances a ordre de faire passer 200,000 francs à Bastia pour les besoins ordinaires de la division, ce qui n’a rien de commun avec les 400,000 francs pour l’expédition.

Arrivé en Corse, laissez entrevoir, jusqu’à ce que les mesures soient prises pour la levée des bataillons, que votre principal objet est de tâcher d’approvisionner Malte.

Lorsque toutes vos opérations seront démasquées, prenez toutes vos mesures pour qu’aucun bâtiment n’aille ni à Gênes ni en France.

Vous trouverez ci-joint une proclamation aux habitants des départements du Golo et du Liamone.

 

Paris, 12 janvier 1800

INSTRUCTION POUR LE CITOYEN SALICETI.
DÉLÉGUÉ EXTRAORDINAIRE DANS LA 23e DIVISION MILITAIRE.

Les ministres de la guerre, de la marine et des finances ont donné les ordres pour que tout ce qui est nécessaire à l’expédition que le Gouvernement projette contre la Sardaigne soit prêt.

Les six bataillons de levée extraordinaire faite dans ces deux départements et les quatre bataillons de la 23e et de la 86e seront réunis, avec tous les bâtiments que l’on pourra prendre à Ajaccio, Calvi, Cap-Corse, etc., le 25 février, à Bonifacio. On choisira le trajet le plus court. On s’emparera de Sassari et de tout le nord de la Sardaigne, de Porto-Conte. on aura soin alors de s’emparer des îles de la Magdeleine et d’Asinara. Deux compagnies franches levées à Bonifacio tiendront garnison dans l’une et l’autre de ces îles.

On établira un gril à boulets rouges, et on fera placer le mieux qu’il sera possible les canons qui se trouvent à Porto-Conte, afin de mettre les bâtiments qui seraient dans ce port à l’abri de l’attaque
des corsaires et frégates.

Ensuite on se portera sur Cagliari.

On lèvera plusieurs bataillons sardes et on y établira un gouvernement provisoire.

On fera passer en Provence et à Malte le plus de blé qu’il sera possible.

On prendra les signaux de reconnaissance de la marine afin de reconnaître les vaisseaux de guerre français qui pourraient se présenter à Cagliari ou à Porto-Conte.

Indépendamment des six bataillons dont la formation a été ordonnée pour commencer l’expédition, on pourra en lever trois autres lorsqu’on sera maître de la Sardaigne.

C’est surtout sur le désir qu’ont les Sardes de secouer le joug du roi de Sardaigne, sur les partisans qu’on trouvera dans le pays en maintenant une bonne discipline, que l’on doit fonder l’espérance du succès.

C’est le secret de cette opération qui peut la rendre possible, et qui peut donner le temps de s’emparer du pays, de s’y organiser et fortifier de manière à prévenir les efforts des puissances ennemies et à les rendre vains.

Les Consuls de la République comptent spécialement pour le succès de cette entreprise, sur les talents militaires du général Cervoni, sur l’activité du citoyen Saliceti et la connaissance qu’il a du pays et des moeurs de ses habitants.

 

Paris, 12 janvier 1800

Vous voudrez bien, Citoyen Ministre, donner les ordres nécessaires pour faire passer le plus tôt possible à Ajaccio, département du Liamone, trois chaloupes canonnières ou tartanes, armées soit de pièces de 24, soit de pièces de 18, et le chebec le Cerf qui vient d’Egypte, ainsi qu’un autre chebec à peu près de même force, et enfin deux gros bricks armés, au moins de la même force que le Lodi

Vous nommerez un chef de division pour commander cette flottille; arrivé à Ajaccio, il y attendra un paquet cacheté qui lui sera remis par le commandant de la place et qui contiendra des ordres ultérieurs. La flottille aura des vivres pour trois mois et de l’eau pour un mois, et, indépendamment de ces provisions, 100,000 rations de biscuit. Si ces bâtiments ne suffisaient pas pour porter ces rations, vous y feriez joindre un transport.

 

Paris, 12 janvier 1800

AU CHEF DE DIVISION
COMMANDANT LA FLOTTILLE EN STATION A AJACCIO.
Vous êtes, Citoyen, avec toute votre flottille et les approvisionnements, sous les ordres du Citoyen Saliceti, délégué extraordinaire des Consuls dans les départements du Golo et du Liamone; secondez-le de tout votre zèle et de vos talents.

 

Paris, 12 janvier 1800

AU CITOYEN SIEYÈS, PRÉSIDENT DU SÉNAT CONSERVATEUR.

L’évacuation du palais du Luxembourg, qui est très prochaine, nécessite l’ouverture de l’armoire à trois clefs où quelques papiers secrets sont déposés. Vous avez une des trois clefs: voulez-vous bien, Citoyen Président, l’adresser au Premier Consul?

Par ordre du Premier Consul. (même lettre au Citoyen Gobier)

 

Paris, 13 janvier 1800

AU CITOYEN TALLEYRAND, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.

Nous avons diminué, Citoyen Ministre, le nombre des troupes que nous avions en Batavie. Il ne faut pas que la solde, l’habillement et la nourriture des troupes que nous en avons tirées fassent l’objet d’une question.

Je pense donc que vous devez, dans une note que vous remettrez au ministre batave à Paris, ou que vous ferez remettre par Semonville au Directoire exécutif batave, faire connaître que le Gouvernement français désire,

1° Que la solde, l’habillement et la nourriture des 18,000 hommes qui ont quitté la Batavie soient payés à la caisse du ministre de la guerre de France à dater du jour où lesdites troupes ont quitté le territoire batave;
2° Que l’on remette tout de suite au ministre de la guerre de France un million pour pouvoir couvrir les dépenses du premier mois;
3° Que l’on prenne des arrangements pour nous donner un mois d’avance, moyennant quoi on arrêterait les troupes qui sont en marche pour se rendre en Batavie.

Il faut tâcher de mener cela un peu vertement. Il vous sera facile de motiver cela, en disant que ces troupes ne cessent pas d’être employées pour les Bataves en se battant sur le Rhin, puisque c’est pour arriver à un traité qui nous mettra à même de remplir, et même au delà, ce que nous avons promis à la République batave.

 

Paris, 13 janvier 1800

AU CITOYEN TALLEYRAND.

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur le traité qu’a la France avec la République batave; de me mettre sous les yeux tous les traités qui ont été passés, depuis la guerre, entre les deux Républiques, avec une carte où sera la ligne de démarcation et la désignation des pays que nous avons promis à la Hollande, marqués en jaune; vous y joindrez un rapport sur ce que vous pensez qu’on pourrait tirer de la Hollande, si nous lui cédions Flessingue, et vous tracerez la marche qu’il faudrait donner à la négociation pour parvenir à ce but.

S’il était vrai que pour cet objet on pût tirer de la Hollande,

1° 12 millions escomptables avant la fin davril,
2° 18 escomptables avant la fin de septembre prochain,
3° 10 à 15 dans tout l’an IX, je crois que cela serait tellement de conséquence dans notre position actuelle,

je crois que cela serait tellement de conséquence dans notre position actuelle, qu’il faudrait regarder cette négociation comme aussi importante que celle que nous serions dans le cas d”ouvrir avec la cour de Londres ou de Vienne.

 

Paris, 13 janvier 1800

Au citoyen Talleyrand

Quatre millions nous seraient très-essentiels dans le moment actuel. Il parait que Hambourg pourrait nous les donner. je sais qu’ils ont sollicité les Hollandais d’être leurs médiateurs auprès de nous; que cela flatterait la vanité hollandaise. Il serait possible que le ministre batave à Paris eût connaissance de cette affaire. Ma réponse au sénat de Hambourg les a tellement déconcertés, qu’ils n’osent faire aucune démarche. Ils croient même qu’il existe quelque arrangement entre nous et la Prusse pour livrer Hambourg. Tirez parti de tout cela; faites-vous dire par le ministre batave que son gouvernement prend le plus grand intérêt à la ville de Hambourg, qu’il verrait avec plaisir son raccommodement avec nous. Dites alors, de votre côté, que, quel que soit le degré de convoitise qu’une puissance d’un certain ordre pourrait avoir pour cette ville intéressante, et les offres mêmes que cette puissance paraîtrait disposée à nous faire, le Gouvemement français peut se raccommoder avec Harnbourg, et que, lorsque nous serons dans cette disposition, nous serons fort aises de donner au Gouvernement hollandais une preuve de notre considération en l’acceptant pour médiateur.

Six ou même quatre millions, s’ils pouvaient nous être soldés, pourraient nous valoir le gain d’une campagne.

 

Paris, 13 janvier 1800

Au citoyen Talleyrand

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport,

1° Sur l’historique des négociations avec le Portugal;
2° Les conditions que l’on était parvenu à arrêter;
3° Les raisons qui ont fait manquer les négociations;
4° Le plan à adopter pour les renouer;
5° Le plan à suivre pendant le cours des négociations;
6° Et enfin sur les secours pécuniaires que vous pensez que l’on pourrait tirer du Portugal.

S’il était vrai que, dans la position des choses, on pût en tirer 8 à 9 millions, cela serait d’une importance majeure, puisque cette augmentation de moyens, affectée, par exemple, à l’armée d’Italie, nous donnerait 30 probabilités de plus sur 100; ce qui nous donnerait presque la sûreté de reconqnérir l’Italie. Car cela tient à 8 on 10,000 chevaux d’attelage pour traîner les équipages d’artillerie nécessaires au siège des places, ce qui ne représente qu’un capital de 5 à 6 millions que, dans la situation actuelle, nous ne pouvons fournir.

J’entre dans tous ces détails, Citoyen Miinistre, pour vous faire connaître la position réelle de la République, et dès lors le degré d’intérêt que cette position doit donner aux différentes affaires.

Nous avons quintidi un conseil extraordinaire diplomatique à neuf heures du soir; vous pouvez me présenter les différents rapports que je vous ai demandés par les trois notes de ce soir.