Correspondance de Napoléon – Février 1814
Nogent, 9 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 7 février, par laquelle je vois que les deux bataillons de Paris sont armés ; faites-les donc partir pour Montereau.
Je vois avec satisfaction, par ce compte, que les gardes nationales ont 20,000 fusils; ce qui fait 20,000 hommes disponibles.
Portez un grand soin à la formation de ces divisions, et envoyez-m’en l’état exact le plus tôt possible.
Autorisez-les à tirer à la cible, afin de s’exercer.
Il me semble que, par deux bataillons, il doit y avoir un major de la ligne, et qu’il faut former, sous les ordres d’un général de brigade, autant de brigades qu’il y a de fois quatre bataillons. Il faut beaucoup d’officiers avec des troupes neuves.
Attachez des canons à ces troupes.
Je suppose que Soissons est en état de défense.
Nogent, 9 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, j’ai à Paris vingt-quatre cadres de bataillons de la Garde, je donne ordre que chaque bataillon soit porté d’abord à 280 hommes, et successivement à 400, à 600 et 800 hommes ; qu’on en forme deux divisions composées de trois brigades chacune ; chaque brigade composée de quatre bataillons.
Ces divisions seront commandées par les généraux Charpentier et Boyer. Je suppose que les généraux Delaborde et Dumoustier ne sont pas encore en état de servir ; car alors c’est à eux que ce commandement reviendrait naturellement.
Mon intention étant qu’il y ait trois brigades par division et quatre bataillons par brigade, lorsque chaque bataillon sera porté à 280 hommes, ce qui doit être fait dès à présent, chaque brigade aura 1,120 hommes, chaque division 3,360. Lorsque chaque bataillon aura 400 hommes, chaque brigade aura 1,600 hommes, et chaque division 4,800. Lorsque les bataillons auront 600 hommes, les brigades en auront 2,400, les divisions 7,200.
Lorsque les bataillons auront 800 hommes, les brigades auront 3,200 hommes, et les divisions 9,600.
Il faut moins de 6,000 conscrits pour la première organisation, 9,600 pour la deuxième, 14,800 pour la troisième, 16,000 pour la quatrième : or on a plus de 6,000 conscrits dans ce moment : la première organisation peut donc être terminée. Donnez des ordres pour qu’elle soit formée sans délai et prête à se porter hors de Paris.
S’il manque des généraux de brigade, attachez à ces divisions quelques-uns des généraux qui se trouvent dans ce moment à Paris.
Il faut à ce corps d’armée une batterie à cheval et quatre batteries à pied ; une à cheval et deux à pied existent, il en faut deux autres à pied : prenez-les dans les compagnies qui viennent d’Espagne. Chargez le général Ornano d’organiser sur-le-champ ces deux batteries, pour que ce corps de 12 à 16,000 hommes puisse se porter en avant de Paris, lorsqu’il sera nécessaire, avec trente-huit bouches à feu.
Il est nécessaire que vous organisiez sans délai trente batteries de six à huit pièces. Quatre seront servies par les compagnies de marine, seize par les compagnies qui viennent d’Espagne et les compagnies dont les cadres sont à Paris; l’École polytechnique, les Invalides serviront neuf batteries destinées pour le service de Paris; ce sera donc vingt-neuf batteries, dont cinq à cheval pour l’armée. Ce qui formera une réserve de deux cent vingt-deux pièces. Mon intention est que sur ce nombre il y ait dix batteries de 12.
Il faut s’occuper de la formation de cette réserve à Vincennes, puisque en supposant les choses au pire, toutes les barrières de Paris seront occupées par la garde nationale; et les dépôts d’Infanterie de la ligne, et l’armée, augmentée des réserves de la Garde, de trente à quarante bataillons du général Fririon et deux cents pièces, se trouveront en situation de faire échouer les attaques de l’ennemi et de le battre.
Le matériel existe, les canonniers existent, la formation du corps d’armée peut donc se faire rapidement.
Mais on pourra manquer de soldats du train et de chevaux : ne serait-il pas possible d’y suppléer par un marché ? Il doit y avoir une grande quantité de messageries et de rouliers qui, dans les circonstances actuelles, ne peuvent employer leurs hommes et chevaux.
Nogent, 9 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je reçois votre courrier du 8 à onze heures du soir. Le ministre de la police vous donne de faux renseignements. Je crois qu’il ne sait pas interroger; il dit que le sieur Bonne, officier supérieur, du corps des ingénieurs géographes, a vu l’ennemi à la Ferté-sous-Jouarre : envoyez-le chercher; il vous dira que ce n’est pas cela, mais qu’on lui a dit seulement que l’ennemi s’approchait; ce qui est bien différent. À Vieux-Maisons, c’est la même chose.
J’ai toujours reconnu que la police fait un mal affreux par son peu de jugement; elle alarme sans éclairer. Je lui avais donné une méthode d’interroger que j’avais fait imprimer, où toutes les questions sont prévues ; ce qui mettrait à l’abri de pareilles erreurs ; je désire que vous recommandiez à la police de donner à tous ses agents de ces imprimés pour les diriger dans leurs informations.
Nogent, 9 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, s’il n’y a pas de raison que j’ignore, la mesure de mettre huit pièces de la Garde à la disposition du général Hulin est mauvaise. Il ne manque pas de canons à Vincennes, et il ne manque pas à Paris de moyens de les atteler. Retenez donc les vingt-deux pièces de canon dans la main d’Ornano. La Garde a un esprit à part; il ne faut en rien distraire pour la ligne. Si vous ne donnez pas au général Hulin des pièces de la Garde, il verra à s’en organiser.
Il faut accoutumer la garde nationale à faire seule le service des barrières, parce que, quand on ôtera les troupes de ligne de Paris pour les porter en avant, la garde nationale se croira perdue. Vous pouvez mettre des corps de garde beaucoup moins considérables aux barrières qui ne sont point menacées.
Recommandez au ministre de la guerre de compléter toutes les compagnies de canonniers, d’en faire venir des cadres des dépôts et de les compléter en conscrits; je dois en avoir à Paris trente qui serviront plus de deux cents pièces de canon ; ce qui est nécessaire.
Je partage votre opinion sur les prières de Sainte-Geneviève, je crois que cela n’aboutit à rien du tout; ce n’était qu’une dévotion particulière de l’Impératrice.
Ayez les vingt-deux pièces de la Garde, les 1,200 chevaux et les vingt-quatre bataillons de la Garde à 500 hommes, prêts à partir au premier moment. Mon intention est de les faire camper dans une position intermédiaire; ne mêlez donc pas cela avec la défense de Paris.
Envoyez à Compiègne un bataillon de la Garde de 2 à 300 hommes, qui se complétera à 500, avec deux pièces de canon, pour défendre le palais et la ville contre des incursions de partis ennemis.
Envoyez un autre bataillon de la Garde à Fontainebleau pour défendre également le palais et la ville contre des partis ennemis.
Les officiers que vous enverrez pour commander sur ces deux points organiseront la garde nationale de la ville pour qu’elle concoure avec eux à la garde des palais ; ce que ces villes feront volontiers, puisque ces palais sont presque leur propriété.
Dites à Desmazis d’enlever de Compiègne et de Fontainebleau l’argenterie et tout ce qui pourrait être trophée. 11 y a à Compiègne les portraits de tous mes ministres et des personnes de ma famille. Il faut qu’il fasse cette opération sans esclandre et sans bruit.
Nogent, 9 février 1814, deux heures après midi.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je pars pour me rendre à Sézanne, et j’espère demain attaquer l’armée de Silésie. J’ai ordonné au général Milhaud, que vous avez envoyé à la Ferté-sous-Jouarre, de pousser sur Montmirail, où Sacken se trouve avec une quinzaine de mille hommes. Je débouche sur loi par Sézanne et Champaubert. Si cette opération a un succès complet, la campagne peut se trouver décidée.
Voici les dispositions que j’ai faites, et qu’il importe que vous connaissiez. Je laisse à Nogent le doc de Bellune avec ses deux divisions, la division du général Gérard et le 5e corps de cavalerie du général Milhaud. Cela forme on corps d’infanterie, cavalerie, artillerie de 14 à 15,000 hommes ; il a ordre de défendre les hauteurs de Pont-sur-Seine, la ville de Nogent, que j’ai fait barricader, et enfin, si toute l’armée de Schwarzenberg venait déboucher sur lui et qu’il ne pût défendre Nogent, de faire sauter le pont et de prendre position sur la rive droite.
Le grand parc, le quartier général de l’intendant et la plus grande partie de ma Maison prennent position à Provins, sous l’escorte de la division de jeune Garde du général Rottembourg.
Le duc de Reggio commande le 7e corps composé des vingt-six bataillons qui viennent d’Espagne et de Bordeaux. Une de ses divisions est à Provins; l’autre sera ce soir et demain à Nangis; il tient son quartier général à Provins. La division Rottembourg et tout le quartier général sont sous sa garde. La division de garde nationale qui est à Montereau et Sens, le général Pajol, la défense de la Seine à moitié chemin de Nogent à Bray, Bray, Pont-sur-Yonne, Sens, et en seconde ligne Moret, Nemours, Montargis, jusqu’à la Loire, sont sous les ordres du duc de Reggio. Je compte que les deux divisions d’Espagne, augmentées de tous les bataillons de Bordeaux, forment 12,000 hommes; Pajol doit avoir 2,000 hommes de cavalerie; les gardes nationales de Montereau doivent former 6,000 hommes; la division Rottembourg est de 4,000 hommes : le duc de Reggio a donc la valeur de 25,000 hommes dans les mains. Si l’armée de Schwarzenberg, qui est à Troyes, marche sur Sens et Pont-sur-Yonne, négligeant Nogent ou seulement le masquant, ou si, après l’avoir forcé, il jette le duc de Bellune sur la rive droite, dans toutes ces hypothèses, le duc de Reggio, soutenu du duc de Bellune, se portera, si le mouvement de l’ennemi est sérieux, sur l’Yonne, sur Montereau, où il réunira toutes ses troupes.
Prévenu que le grand mouvement offensif de l’ennemi est sur Fontainebleau, vous aurez le temps de garnir les ponts de Corbeil et de Choisy, et de faire marcher nos réserves sur Moret et le Loing.
Si je réussis en deux ou trois jours à écraser l’armée de Silésie, je déboucherai sur Nogent ou sur Montereau. Je pourrai, avec vos réserves, avoir 80,000 hommes et donner aux affaires une tournure inattendue.
Mon armée est donc divisée en trois corps :
Corps agissant sous mes ordres. —Il est composé de deux divisions de la vieille Garde, 8,000 hommes; de deux divisions de la jeune Garde, qui sont avec le prince de la Moskova, 6,000 hommes; du corps du duc de Raguse, 6,000 hommes; total, 20,000 hommes d’infanterie; de la cavalerie de la Garde, 6,000 hommes; du 1er corps de cavalerie, 2,000 hommes; de la cavalerie du général Defrance, 2,000 hommes; total, 10,000 hommes de cavalerie. J’ai donc sous mes ordres 30,000 hommes et environ cent vingt pièces de canon. On évalue les généraux York, Blücher et Sacken de 40 à 45,000 hommes. Mais le duc de Tarente doit occuper au moins 5,000 hommes : je serai donc 30,000 contre 40,000, proportion qui me fait espérer du succès.
Le point d’appui de mon corps est, ce soir, à Sézanne, et son mouvement sur les routes de Montmirail et de Château-Thierry.
Corps du centre. — Le duc de Bellune, comme j’ai dit, avec 14,000 hommes.
Corps de droite. — Le duc de Reggio, comme j’ai dit, avec 25,000 hommes.
La totalité de mes forces est ainsi de 60 à 70,000 hommes de toutes armes, y compris le génie et l’artillerie. Je compte que j’ai affaire à 45,000 hommes de l’armée de Silésie et à 150,000 hommes de Schwarzenberg, mais en y comprenant Bubna et les Cosaques; de sorte que, si j’obtiens un succès sur l’armée de Silésie, et que je la mette pour quelques jours hors de la lutte, je pourrai me retourner sur Schwarzenberg avec 70 à 80,000 hommes, y compris les renforts que vous m’enverrez de Paris, et je ne pense pas qu’il puisse m’opposer sur ce point plus de 110 à 120,000 hommes. Si je ne me trouve pas assez fort pour l’attaquer, au moins le serai-je assez pour le contenir parfaitement pendant quinze à vingt jours, ce qui donnera lieu à de nouvelles combinaisons.
Il est nécessaire qu’Allent porte cette lettre aux ministres de la guerre et de l’administration de la guerre, afin que chacun sache bien ce qu’il a à faire pour son service.
Comme demain j’attaquerai l’ennemi sur ses derrières, s’il poussait sur la Ferté et sur Meaux, il n’y aurait pas d’alarmes à en concevoir.
Je n’ai pas compté dans mes ressources la division de gardes nationales de Meaux, que je suppose devoir être bientôt de 8 à 10,000 hommes.
Napoléon.
- S. J’ai ordonné à Saint-Germain, qui est à Meaux avec ‘ 800 hommes de cavalerie, de se porter sur la Ferté-sous-Jouarre. La division de gardes nationales armées pourrait s’y porter.
Sézanne, 10 février 1814, dix heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je reçois vos deux lettres du 9. Votre aide de camp et l’officier vous ont porté mes lettres d’hier.
Je suis arrivé ici hier au soir ; je monte à cheval pour me porter à Champaubert. Je suis un peu contrarié par les chemins; ils sont affreux, il y a six pieds de boue.
On m’assure ce matin que l’ennemi commence son mouvement rétrograde de Montmirail sur Vauchamps.
Je ne conçois pas que le duc de Tarente fasse sa retraite avec tant de précipitation. Comme le plus court pour communiquer avec lui est de passer par Paris, mandez-lui qu’aujourd’hui 10, à quatre heures du matin, j’étais à Champaubert, sur les derrières de la colonne ennemie qui est à Montmirail.
Champaubert, 10 février 1814, dix heures du soir.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai attaqué aujourd’hui l’ennemi à Champaubert. Il était fort de douze régiments; il avait quarante pièces de canon. Le général en chef Olsoufief a été pris avec tous ses généraux, tous ses colonels, officiers, canons, caissons et bagages. On compte à cette heure 6,000 prisonniers, quarante canons, 200 voitures. Le reste a été jeté dans un étang ou tué sur le champ de bataille. Ce corps est entièrement détruit.
On marche sur Montmirail, où nous serons ce soir à dix heures. J’y serai de ma personne demain matin avant le jour pour marcher sur Sacken avec 20,000 hommes…. Je talonne l’ennemi de très-près….. (…. des mots devenus illisibles par l’altération du papier). Le duc de Tarente, 8 à 10,000 hommes avec la garde nationale de Meaux et tout ce que vous pourrez détacher de Paris, seraient …….suffisants pour le contenir. J’ai les espérances les plus flatteuses que Sacken est perdu; et si la fortune nous seconde comme aujourd’hui, les affaires seront changées dans un clin
d’œil ; car c’est dans le corps de Sacken que consiste toute la force de l’armée russe, puisqu’il a dix divisions ou soixante régiments. Blücher est coupé de Sacken; il a avec lui deux divisions. Il est à huit lieues d’ici, sur le chemin de…. contenu pendant ma marche. Je ne crois pas que nous ayons 200 hommes à regretter.
Champaubert, 11 février 1814, au matin.
Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps, à Étoges.
Mon Cousin, tous les canons ou caissons pris à l’ennemi seront jetés dans un étang voisin ou dans des puits, sur procès-verbal qui en sera tenu par un officier d’artillerie, de manière qu’on puisse les retirer dans quelques jours. Par ce moyen, nous aurons cet embarras de moins et des attelages de plus.
11 février 1814, huit heures du soir.
De la ferme de l’Épine-au-Bois (Ferme de la Haute-Épine), entre Montmirail et Vieux-Maisons.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, Berthier vous a expédié un courrier sur le champ de bataille. J’ai, depuis, expédié le jeune Montesquiou. Il est huit heures, et, avant de dormir, je vous expédie ces deux mots pour vous faire connaître que la journée d’aujourd’hui a été décisive. L’armée ennemie de Silésie n’existe plus ; je l’ai mise dans une complète déroute. Nous avons pris tous ses canons, ses bagages et fait bien des milliers de prisonniers, peut-être plus de 7,000. Il nous en arrive à chaque instant. Il y a 5 à 6,000 ennemis sur le champ de bataille. Tout cela a été obtenu en engageant seulement la moitié de ma vieille Garde, qui a fait plus qu’on ne peut attendre des hommes. L’ennemi, à la débandade, s’est sauvé du côté de Château-Thierry. Je suppose que le duc de Tarente les aura suivis sur la Ferté-sous-Jouarre et de là sur Château-Thierry. Ces deux journées changent entièrement la situation des affaires. Sacken a été tué (Les récits des prisonniers avaient fait croire, un moment, à la mort de ce général). Beaucoup de leurs généraux sont pris, quelques-uns sont blessés et plusieurs sont restés sur le champ de bataille. Voilà donc dix divisions russes, formant soixante régiments, à peu près anéanties. Je crois qu’à la nuit nous avons eu affaire au corps d’York qui arrivait sur le champ de bataille; il a subi le sort des Russes. J’écris à l’Impératrice de faire tirer soixante coups de canon. Notre perte a été légère. Le général Michel, de la Garde, a été blessé au bras. Je ne crois pas avoir perdu plus de 1,000 hommes. Ma Garde à pied, mes dragons, mes grenadiers à cheval ont fait des miracles. J’espère demain être en communication avec la Ferté-sous-Jouarre. Je pense donc que ces deux journées feront disparaître tous les dangers de Paris, car cette armée de Silésie était la meilleure armée des alliés.
Donnez-moi des nouvelles de ce qui se passe du côté de Sens et de Montereau. Cela m’est nécessaire pour diriger mes opérations ultérieures.
Ferme de l’Épine-au-Bois, 13 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, au quartier-général.
Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse que l’ennemi s’est retiré sur Château-Thierry; que nous l’avons repoussé de tons côtés.
Qu’il marche sur Vertus; de cette ville il se décidera à marcher sur Épernay ou sur Chalons.
Que fera l’ennemi ? De Château-Thierry passerait-il le pont pour se jeter sur Reims, ou voudra-t-il forcer la chaussée à Épernay pour arriver à Chalons ? Dans tous les cas, sa position me paraît bien difficile.
La cavalerie du duc de Raguse doit faire un ravage affreux sur leurs derrières, vu que leur cavalerie est en avant et que ces gens-ci ne sont pas accoutumés à voir leurs derrières compromis. Que le duc de Raguse fasse des proclamations pour que partout on se lève et les arrête ; qu’il fasse imprimer ces proclamations par la première imprimerie qu’il trouvera; qu’il annonce que soixante régiments russes ont été détruits; qu’on leur a pris 120 pièces de canon; que leur général en chef est tué ou blessé mortellement; qu’il est temps que le peuple français se lève pour tomber sur eux; que l’Empereur est à leur poursuite; qu’on arrête tous les Cosaques, tous les détachements; qu’on coupe les ponts devant eux et qu’on arrête les bagages; qu’on ne leur donne aucuns vivres.
Si le duc de Raguse va à Épernay et que l’ennemi y vienne, le maréchal a là une belle position à prendre pour le resserrer contre la Marne.
Faubourg de Château-Thierry, 12 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je suis dans le faubourg de Château-Thierry. J’ai poursuivi l’arrière-garde de l’armée ennemie. Lui ayant coupé le chemin de Chalons, toute l’armée a été obligée de passer la Marne pour se jeter sur la route de Soissons. Je lui ai enlevé toute son arrière-garde composée de quatre bataillons russes, trois bataillons prussiens et trois pièces de canon ; tout a été enlevé, même le général russe qui les commandait. On a fait aujourd’hui 2,000 prisonniers. Le duc de Raguse va se porter d’Étoges sur Épernay ou Chalons. Si le maréchal Macdonald, comme je l’avais espéré, avait agi sur la rive droite de la Marne, pas un homme n’aurait échappé. Cependant nous avons fait 8 à 10,000 prisonniers, dont cinq à six généraux, qui partent demain pour Paris. Nous lui avons pris presque toute son artillerie, tous ses bagages et tué énormément de monde. Cette armée, qui était forte de 35,000 hommes, ne l’est pas certainement de 12,000 aujourd’hui, l’ennemi se trouve dans une horrible confusion. Si je ne suis pas rappelé sur la Seine par les mouvements des Autrichiens, je prendrai les derrières. Pour de si grands résultats, je n’ai engagé que très-peu de troupes. Ma Garde à pied et à cheval s’est couverte de gloire.
Ferme de Lumeront, 12 février 1814.
Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.
Monsieur le Duc de Rovigo, j’ai reçu votre lettre du 11 à cinq heures du matin; je suppose que c’est une erreur, et qu’elle devait être datée de cinq heures du soir, car vous n’avez pas pu savoir le 11 au matin la nouvelle de l’affaire du 10 au soir.
Vous aurez appris les résultats de la bataille de Montmirail et du combat de Château-Thierry. La meilleure armée de la Russie est détruite. Ma vieille Garde à pied et ma Garde à cheval ont fait des miracles; les dragons se sont distingués. Je n’ai presque eu d’engagés que 2,000 hommes de ma vieille Garde. Ce qu’ils ont fait ne peut se comparer qu’aux romans de chevalerie et aux hommes d’armes de ces temps où, par l’effet de leurs armures et l’adresse de leurs chevaux, un en battait trois ou quatre cents. L’ennemi doit être frappé d’une singulière terreur. Redoublez les mesures pour arrêter les traînards; qu’on ouvre des hôpitaux à Paris pour les malades, et qu’on veille à ce que cette multitude de gens de l’armée n’y soit pas inutilement.
Je voudrais des nouvelles plus précises de tout ce que fait l’armée autrichienne; le quartier général est toujours à Troyes; vous ne m’en dites rien.
Ferme de Lumeront, 12 février 1814, au soir.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
L’ennemi a passé la Marne à Château-Thierry et brûlé le pont; j’ai été obligé de m’arrêter. Je suis logé près du faubourg de Château-Thierry. J’ai enlevé aujourd’hui à l’ennemi toute son arrière-garde, composée de quatre bataillons russes, trois bataillons prussiens et trois pièces de canon. Tout a été pris, depuis le général jusqu’à la dernière voiture.
Le nombre de pièces que nous avons prises ne doit pas s’éloigner de soixante à quatre-vingts. Le nombre de voitures est immense; les prisonniers sont 8 à 10,000. Le corps de Sacken et d’York ne doit pas être aujourd’hui de 12,000 hommes.
Les prisonniers vont être envoyés à Paris. Je désire que vous les fassiez entrer avec un peu de pompe et de manière que le public en soit prévenu.
Je suppose que l’ennemi se porte sur Soissons pour gagner Reims. J’ai donné ordre que Soissons fût mis en état de défense; ainsi, j’espère qu’il tiendra. L’Aisne est débordé, et ce sera un obstacle de plus pour l’ennemi. Si le mouvement des Autrichiens sur la Seine ne me rappelle pas, j’espère avoir le dernier homme de cette année.
Si le duc de Tarente s’était porté de la Ferté-sous-Jouarre sur la rive droite de la Marne, comme il devait le faire, pas un homme n’aurait échappé.
Le général Sacken a été mortellement blessé. Cette armée de Silésie était de beaucoup la meilleure armée de l’ennemi. On peut compter que les Russes ont soixante régiments d’anéantis. C’était là la consistance de leur armée, car le général Sacken avait sons ses ordres le corps de Langeron. La quantité de fusils qui se trouve sur le champ de bataille est énorme. Il faudrait envoyer de Paris des entrepreneurs et des individus chargés spécialement de les ramasser. On a pris des voitures chargées de fusils ; on a recommandé à l’artillerie de les garder; mais les paysans en sont avides.
J’ai donné le combat de Champaubert, la bataille de Montmirail et le combat de Château-Thierry en engageant quelques bataillons de ma Garde et la cavalerie de ma Garde. Les dragons se sont couverts de gloire. La vieille Garde a de beaucoup surpassé tout ce que je pouvais attendre d’une troupe d’élite. C’était absolument la tête de Méduse!
Le général Sacken, à Montmirail, s’était joint au général York et espérait la victoire. Malheureusement, j’ai fait venir la division Levai qui n’arrive que ce soir à Vieux-Maisons et qui ne m’aura servi de rien.
Il paraît que le duc de Reggio n’a point encore la division du général Boyer ; elle devait cependant arriver le 9, et il serait bien important qu’elle fût arrivée.
Il faut que l’artillerie lasse ramasser les pièces dispersées sur le champ de bataille.
Ferme de Lumeroat, 13 février 1814, dix heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, l’ennemi a attaqué, pendant toute la journée du 11, la ville de Nogent. Le duc de Bellune s’était porté sur la rive droite avec tout son monde et n’avait laissé dans la ville que 1,200 hommes sous les ordres du général Bourmont. Ce Bourmont est le fameux chef de Chouans, dont je suis extrêmement content. L’ennemi a voulu entrer en colonne serrée : on Ta fusillé des maisons et des barricades. Bref, il a été repoussé à trois assauts consécutifs et a perdu, comme cela est croyable dans une pareille échauffourée, près de 2 à 3,000 hommes. Le général Bourmont a été blessé ; mais, do reste, notre perte a été assez légère. Alors, de rage, l’ennemi a fait avancer des obusiers et a mis le feu dans la ville; ce qui n’a rien fait : le 12 on était prêt à recevoir l’ennemi de la même manière. On assure que le général Schwarzenberg, avec toute son armée, suivait ce mouvement.
Je n’ai pas de nouvelles de Montereau depuis le 11. Le général Pajol se trouvait à Fossard, près Montereau. J’ai donné ordre au duc de Reggio de se porter sur Montereau avec la division Rottembourg et la 9e division arrivant d’Espagne. Mais cette 9e division, qui devait arriver le 9, n’était pas arrivée le 10 au soir; le ministre de la guerre doit savoir ce qui en est. C’est sur Montereau que cette division doit être dirigée. J’ai appelé à mot la division Levai, et comme je n’en ai pas eu besoin, ce mouvement devient un faux mouvement.
Par l’état de situation que je reçois du général Ornano, je vois que la Garde a sous les armes 2,000 nommes de cavalerie et 8,000 d’infanterie, formant 10,000 hommes et vingt-deux pièces de canon. J’ai ordonné qu’on y joignît deux antres batteries, de manière à avoir trente-deux pièces. Le ministre de la guerre me fait des rapports et attend mon approbation pour exécuter mes ordres : ce n’est pas ainsi qu’il faut agir dans les circonstances actuelles; c’était bon quand j’étais à Paris. Il faut que sur-le-champ on mette à la disposition du général Ornano les deux compagnies d’artillerie venant d’Espagne, avec seize bouches à feu. Cela seul formera un joli corps de réserve. Faites-les marcher dans la direction de Fontainebleau. Les généraux Charpentier et Boyer doivent y aller. S’il manquait des généraux de brigade, il faut que le ministre de la guerre en désigne. Il ne faut pas cependant éloigner toutes ces troupes de Paris; mais, au lieu de leur faire prendre leurs cantonnements sur la route de Meaux et de la Villette, il faut les leur faire prendre sur Charenton, Villejuif, Essonne, et garder toujours une division à Paris.
Le ministre de la guerre mea fait aussi un rapport sur la formation de deux divisions de réserve de la ligne. Je n’ai pas encore lu ce rapport avec attention. Le principal est d’exécuter, et de ne pas perdre de vue qu’avec des conscrits il vaut mieux n’avoir que des bataillons de 300 hommes que d’en avoir de plus nombreux.
Expédiez un courrier à Soissons pour avoir des nouvelles de l’ennemi, et que le commandant de cette ville y tienne jusqu’à extinction ; car, si l’ennemi ne peut entrer à Soissons, il va se trouver bien embarrassé.
Je ne pense pas que le prince Schwarzenberg s’enfourne sur Fontainebleau tant que nous serons maîtres du pont de Nogent; les Autrichiens connaissent trop ma manière d’opérer et en ont trop longtemps porté des marques ; et ils se doutent bien que, s’ils nous laissent maîtres du pont de Nogent, je déboucherai sur leurs derrières, comme je l’ai fait ici. Toutefois, si le mouvement de l’ennemi était prononcé et en grandes forces, je ferais dire au duc de Bellune de se porter de Nogent à Montereau pour appuyer le duc de Reggio. Il ferait sauter le pont de Nogent et laisserait vis-à-vis, sur la rive droite, les troupes nécessaires pour empêcher l’ennemi de rétablir le pont.
Je ne suis pas encore décidé sur le plan d’opération que je vais suivre aujourd’hui. Mais, avec le corps du duc de Bellune, le duc de Reggio et la réserve d’Ornano, je me porterai en toute diligence de ma personne sur Montereau, et j’aurai suffisamment de forces pour contenir Schwarzenberg.
Je tremble que ces coquins de Russes ne me mettent le feu à Fontainebleau en représailles.
J’espère, dans la journée, avoir rétabli le pont de la Marne à Château-Thierry. Je prendrai alors mon parti. Les nouvelles que j’ai reçues de Sens prouvent que le général Allix avait repoussé l’ennemi et tenait le 11 au soir ; il avait contraint l’ennemi à ouvrir la tranchée.
Toute la cavalerie qui arrive d’Espagne doit se rendre, comme je l’ai ordonné, sur Montereau, sous les ordres du général Pajol et du duc de Reggio.
Ferme de Lumeront, 13 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai vu l’officier que vous m’avez envoyé. On dit que cet officier est un très-brave homme, mais il n’a pas l’instruction et l’esprit que doit avoir votre aide de camp. Il ne m’a dit que des bêtises de Nogent et de Provins. Il faut des hommes plus déliés, qui aient plus de connaissances et plus d’esprit pour être employés comme aides de camp auprès de vous. Cet homme, qui était très-bon capitaine de grenadiers, serait peut-être très-bon à la tête de quelque bataillon.
Ferme de Lumeront, 13 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à la ferme de Lumeront.
Mon Cousin, donnez ordre au général Ricard de se mettre en marche aussitôt la réception de ce présent ordre, pour aller se joindre au duc de Raguse. Faites connaître au duc de Raguse que l’ennemi s’est retiré sur Soissons; que je n’ai pas de nouvelles de son entrée à Vertus ; que, s’il a marché sur Épernay, il serait important qu’il marchât sur Chalons; et, s’il n’a pas marché sur Épernay, qu’il marche droit sur Chalons.
Château-Thierry, 13 février 1814.
À M. Fouché, duc d’Otrante, à Florence.
J’ai reçu vos différentes lettres. La conduite du roi de Naples est infâme, et celle de la reine n’a pas de nom. J’espère vivre encore assez pour venger moi et la France d’un tel outrage et d’une ingratitude aussi affreuse. Rendez-vous à Lyon ou à Marseille, selon l’endroit par où vous venez, et arrivez à Paris.
Château-Thierry, 13 février 1814.
Au général Caulaincourt, duc de Vicence, ministre plénipotentiaire de l’Empereur, au Congrès de Chatillon.
Monsieur le Duc de Vicence, le roi de Naples m’ayant déclaré] la guerre, vous voudrez bien signifier à l’ambassadeur de Naples de quitter Paris dans les vingt-quatre heures, et le territoire de l’Empire dans le plus bref délai. Vous voudrez bien donner avis de cette déclaration â mes ministres, notamment au ministre de la marine, pour que tous mes bâtiments de guerre et corsaires courent sur les bâtiments napolitains; au ministre du commerce et au grand juge, pour le conseil des prises. Il sera nécessaire aussi que vous écriviez au comte d’Hauterive, à Paris, de préparer tous les documents relatifs à cette étrange guerre, l’usage étant que ces sortes de manifestes soient communiqués au Sénat et connus de la nation. Le grand juge aura aussi une déclaration à faire pour rappeler tous les Français qui sont au service de Naples, soit civils, soit militaires.
Château-Thierry, 13 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Château-Thierry.
Mon Cousin, vous trouverez ci-jointe une lettre du ministre de la guerre relative au mouvement de 600 chevaux polonais; ils sont, aujourd’hui 13, à Nangis. Donnez ordre qu’ils se rendent à Montereau, où ils seront sous les ordres du général Pajol. On leur fera connaître qu’aussitôt qu’ils joindront la Garde ils feront partie de la division où ils ont déjà un détachement de 300 hommes.
Château-Thierry, 13 février 1814
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, le général Drouot m’annonce qu’il a distribué le quatorzième million.
Je reçois votre lettre du 12 à dix heures du matin.
Je vous envoie une lettre du duc de Trévise; vous pourrez en faire mettre l’extrait dans les petits journaux.
Tous les renseignements que j’ai ici prouvent de plus en plus le désastre de l’ennemi. Les habitants assurent que, de cette immense armée, il n’en est pas revenu 12,000.
Je n’entends plus parler de la formation de la 2e division de la ligne. Je vous ai mandé d’envoyer une division de la Garde d’abord sur Essonne; ce que vous avez envoyé à Fontainebleau comptera pour cette division.
Je vous ai expédié ce matin mon premier officier d’ordonnance Gourgaud.
Si Soissons tient, l’ennemi va se trouver bien embarrassé. Ils auraient voulu se retirer sur Reims ; ils ont en vain cherché des chemins. Si le général Berruyer fait son devoir à Soissons, ils ne sauront que devenir. À tout hasard, expédiez à Berruyer un officier pour lui recommander de tenir.
Le pont de Château-Thierry n’est pas encore raccommodé.
Château-Thierry, 13 février 1814, deux heures après midi.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, le major général vous fera connaître les dispositions que j’ai faites pour la défense de Montereau ; aussitôt qu’elles vous seront connues, adressez-les par estafette au duc de Reggio.
Il est nécessaire que vous fassiez partir de suite le général de division Charpentier, avec deux batteries d’artillerie à pied et une division de la Garde de douze bataillons; il peut arriver demain à Essonne. Il occupera Corbeil, la Ferté-Alais et tous les petits ponts sur l’Essonne. Il sera nécessaire de lui donner 1,000 chevaux de la Carde. L’autre division et les autres 1,000 chevaux se cantonneront à Charenton et Paris, et seront prêts à prendre poste sur l’Verres, s’il était nécessaire. Je ne sais où en est l’organisation de la ligne. Si vous avez une division déjà organisée, dirigez-la sur Villeneuve-sur-Seine, et faites-moi connaître où en est la réserve de Paris.
11 est nécessaire que toutes ces divisions reçoivent l’artillerie convenable.
Il est probable que la nouvelle du désastre de Sacken et d’York arrêtera le mouvement de l’ennemi. Il faut que la police et la guerre envoient des agents pour être instruits de l’effet que cela a produit sur eux.
Bans ce moment j’ai ordonné que la partie disponible de la division des gardes nationales qui est à Meaux se porte sur Montereau, sous les ordres du duc de Tarente.
Château-Thierry, 13 février 1814
DISPOSITIONS GÉNÉRALES.
Le major général donnera l’ordre au duc de Valmy de mettre sous les ordres du duc de Tarente la division de gardes nationales qui est à Meaux, armée et dans le cas de servir.
Donner l’ordre au duc de Tarente de se porter en toute diligence sur Montereau.
La division de gardes nationales arrivera demain 14 à Guignes; la division de Coulommiers arrivera le 14 à Nangis.
Donner l’ordre au général de cavalerie Saint-Germain, qui sera sous les ordres du duc de Tarente, de partir sur-le-champ de Vieux-Maisons et de se diriger sur Nangis par Coulommiers, pour se réunir au duc de Tarente. Le quartier général du duc de Tarente sera demain de bonne heure à Guignes ; il enverra un officier d’état-major au général Pajol et au duc de Reggio pour savoir ce qui se passe. Il se portera, après-demain 15, à Montereau avec tout son corps réuni. Il aura ainsi 10,000 hommes d’infanterie, compris les gardes nationales, et 4,000 hommes de cavalerie. En cas que le duc de Tarente soit malade, le général Sébastiani prendra le commandement du tout.
Le duc de Reggio sera à Montereau avec la division Rottembourg, la 9e division d’Espagne, la division de gardes nationales du général Pacthod, la cavalerie des généraux Pajol, Bordesoulle, Roussel, et la division sous les ordres du comte de Valmy et formant 4,000 chevaux qui arrivent d’Espagne. Le duc de Reggio aura donc sous ses ordres 17,000 hommes d’infanterie et 8,000 hommes de cavalerie, y compris celle d’Espagne.
Le 15 on pourra donc avoir réuni à Montereau une armée composée de 27,000 hommes d’infanterie et 10 ou 12,000 de cavalerie.
Le duc de Bellune continuera à garder Nogent et placera ses troupes pour protéger toute la rive droite depuis Nogent jusqu’à Montereau. S’il avait quitté Nogent ou que le mouvement de l’ennemi fût davantage marqué sur l’Yonne, il se portera à Montereau, coupera le pont de Nogent en laissant sur la rive droite ce qui .est nécessaire pour s’opposer au rétablissement du pont de Nogent.
Le quartier général et le parc de réserve se rendront demain à Guignes, et, si cela est nécessaire, ils repasseront l’Yerres et se rapprocheront de Brie-Comte-Robert.
Le général Ricard joindra le duc de Raguse sur le chemin de Chalons.
Le duc de Trévise, avec la division de cavalerie du général Colbert, se mettra à la suite de l’ennemi sur le chemin de Soissons.
La vieille Garde restera à Montmirail et Château-Thierry pour pouvoir se réunir à la Ferté-sous-Jouarre avec les deux divisions de cavalerie de la Garde et les deux divisions de jeune Garde des généraux Curial et Meunier.
Château-Thierry, 13 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Château-Thierry.
Mon Cousin, donnez ordre au général Defrance de passer le pont sur-le-champ avec sa division, et de poursuivre l’ennemi sous les ordres du duc de Trévise.
Faites connaître au duc de Trévise qu’il commande la 2e division de vieille Garde, une compagnie de sapeurs avec un officier du génie, et les divisions de cavalerie Colbert et Defrance.
Qu’il fasse une proclamation pour faire connaître aux habitants les avantages que nous avons obtenus, et que c’est le moment de se lever contre les ennemis, de les arrêter et de couper les ponts devant eux pour arrêter ou retarder leur mouvement.
Château-Thierry, 13 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Monsieur le Duc de Feltre, le bataillon de 800 Polonais se rendra à Meaux et rejoindra le 11e corps.
Quant aux 200 canonniers, ils iront à Vincennes pour le service, de l’artillerie de Paris et pour être employés selon les circonstances.
Château-Thierry, 14 février 1814, trois heures du matin.
Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps, à Fromentières.
Mon Cousin, je ne reçois qu’aujourd’hui à trois heures du matin voire lettre d’hier, par laquelle vous me faites connaître que vous vous êtes retiré sur Fromentières. Le prince de la Moskova est parti sur-le-champ, et j’envoie l’ordre, à Vieux-Maisons, aux généraux Leval et Saint-Germain d’en partir avant le jour pour Montmirail.
J’envoie le même ordre aux généraux Friant et Cariai, qui étaient restés du côté de Montmirail ; ils ont Tordre de marcher à votre rencontre. J’espère moi-même être à Montmirail avant sept heures du matin, et pouvoir avant midi attaquer l’ennemi et lui donner une bonne leçon.
Choisissez une bonne position qui couvre Montmirail. Il est convenable que l’ennemi ne se doute et ne s’aperçoive de rien.
Château-Thierry, 14 février 1814
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Château-Thierry.
Le général Drouot donne ordre à la division Meunier de prendre sur-le-champ les armes et de se diriger de suite sur Montmirail. Il donnera l’ordre à la division Guyot et à la division Laferrière de partir à quatre heures pour Montmirail.
Il fera battre à trois heures et demie ; les grenadiers prendront les armes avec les bataillons de la vieille Garde qui sont ici, pour être en route à quatre heures pour Montmirail.
Je me mettrai moi-même en route à leur tête pour Montmirail.
Il sera laissé ici, pour garder le pont, deux pièces de canon et un bataillon de la division Meunier et 150 chevaux de la division Defrance.
L’officier d’ordonnance Pailhou prendra un bon guide et partira en toute diligence pour Vieux-Maisons, où il arrivera à six heures du matin ; il fera sur-le-champ mettre en marche toute la division Levai, ainsi que l’artillerie de la Garde qui se trouverait à Vieux-Maisons, et dirigera tout sur Montmirail. Si le général Saint-Germain n’était pas encore parti, il lui donnerait ordre de se rendre à Montmirail.
Château-Thierry, 14 février 1814, trois heures du matin.
Au général comte Leval, commandant la 7e division d’infanterie, à Vieux-Maisons.
Le major général vous a expédié vos ordres; mais je juge convenable de vous expédier en outre mon officier d’ordonnance Pailhou pour vous faire connaître qu’aussitôt la réception du présent ordre, ce qui, j’espère, aura lieu avant six heures du matin, vous devez vous mettre en marche sur-le-champ pour Montmirail, où je serai de ma personne avant le jour, afin de soutenir le duc de Raguse contre des forces qui ont débouché hier d’Étoges.
Si le général Saint-Germain, qui est à Vieux-Maisons, n’était pas encore parti pour se rendre à Montereau, il partira avec vous pour se rendre à Montmirail. La présentation de la présente lettre lui servira d’ordre.
Château-Thierry, 14 février 1814.
Au général comte Friant, commandant la 1e division de la vieille Garde, à Château-Thierry.
Je vous ai envoyé l’ordre par Drouot de prendre sur-le-champ les armes et de passer le défilé de Montmirail avec toute ma vieille Garde et la division Curial; d’envoyer prévenir le général Levai et le général Saint-Germain, à Vieux-Maisons, qu’ils doivent sur-le-champ marcher sur Montmirail et faire venir toute l’artillerie de la Garde qui est entre Vieux-Maisons et votre position pour lui faire repasser le défilé.
Je pars moi-même avec de la cavalerie et de l’infanterie pour Montmirail, où je serai avant le jour, mon intention étant de marcher dans la direction de Fromentières pour battre la colonne qui a débouché sur le duc de Raguse.
Le prince de la Moskova lui-même part pour me devancer.
Château-Thierry, 14 février 1814.
Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant supérieur du camp de Meaux.
Mon Cousin, le duc de Tarente doit être parti de Meaux avec son corps d’armée pour Montereau. Le duc de Reggio, le duc de Bellune s’y rendent également. J’ai rétabli hier le pont de Château-Thierry, et le duc de Trévise s’est mis à la poursuite de l’ennemi, qui fuit dans un épouvantable désordre par la traverse d’ici à Reims, c’est-à-dire par des chemins affreux; aussi est-il forcé de faire sauter et de brûler ses voitures.
J’avais laissé le duc de Raguse en position à Étoges; hier au soir 13, il a fait un mouvement rétrograde sur Fromentières, ayant vu déboucher sur lui une colonne qu’il évalue de 10 à 15,000 hommes. Je me porte pour attaquer ce corps. On se battra aujourd’hui entre Montmirail et Champaubert. Je suppose que cette colonne est celle de Wittgenstein, qui bloquait les places d’Alsace et qu’on annonçait venir ici au secours. Il y aura donc aujourd’hui une affaire, et je suis plein de confiance de détruire encore cette colonne.
Envoyez un commandant de place à la Ferté-sous-Jouarre. Faites réorganiser les postes. Faites rétablir les ponts de Trilport et de la Ferté; faites-y établir provisoirement, s’il le faut, des ponts de bateaux. Enfin prenez des mesures pour que mes mouvements de ce côté n’éprouvent aucun obstacle.
Le duc de Trévise, qui suit l’ennemi du côté de Reims, pourra retirer de Soissons les gardes nationales qui s’y trouvent, pour renforcer son corps.
Envoyez des officiers à Montereau et à Melun pour savoir ce qui se passe, et ordonnez que les relais de Meaux à Montereau soient bien garnis, afin que je puisse rapidement me porter par cette route sur Montereau aussitôt que l’affaire d’aujourd’hui sera, terminée.
Château-Thierry, 14 février 1814.
Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la vieille garde, à Oulchy le Château.
Il est trois heures du matin, je pars pour me rendre à Montmirail et de là attaquer Blücher, qui a débouché avec 10,000 hommes sur le duc de Raguse, qui, le voyant en nombre supérieur, s’est replié sans se battre sur Fromentières ; j’espère donc avoir aujourd’hui un événement très-heureux, car j’aurai réuni à neuf heures du matin 30,000 hommes. Je suppose que c’est Wittgenstein qu’on m’annonçait depuis longtemps venir du côté de Bar-sur-Aube.
Le général Defrance ne passe que dans ce moment ; je lui ai ordonné de laisser 250 chevaux à Château-Thierry; j’y fais laisser également un bataillon de la division Meunier et deux pièces de canon pour garder le pont.
Tâchez d’organiser toutes les trois lieues des relais de chevaux de poste ou de paysans pour pouvoir communiquer promptement, et que vous puissiez être instruit des événements d’aujourd’hui. Il est probable que vous entendrez la canonnade aujourd’hui du côté de Fromentières.
Écrivez aussi directement par estafette à Paris quand il vous arrivera quelque chose de nouveau. Donnez de vos nouvelles à Laon et à Soissons.
Il y a à Soissons 4,000 hommes de gardes nationales ; vous pouvez appeler à vous ce qui est armé et en état aussitôt que vous vous trouverez en position pour couvrir cette place.
Château-Thierry, 14 février 1814, trois heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, il est trois heures du matin. Le duc de Trévise a passé hier le pont de Château-Thierry à cinq heures du soir, et s’est porté à la suite de l’ennemi, qui s’est embarrassé dans des chemins de traverse d’ici à Reims par Fère-en-Tardenois, où il a abandonné ce qui lui restait de ses voitures. Le duc de Raguse était à Étoges; hier il s’est reployé sur Fromentières, ayant vu déboucher sur lui Blücher avec une force qu’il estime supérieure à la sienne. Je pars au moment même; j’y serai à huit heures du matin, j’attaquerai l’ennemi; j’espère le bien battre dans la journée, et détruire encore ce corps-là. Il parait que c’est Wittgenstein.
Comme il paraît que l’ennemi ne passe pas par Soissons, j’ai ordonné au duc de Trévise, aussitôt qu’il aura couvert cette ville, d’en retirer une partie des troupes et des gardes nationales qui s’y trouvent, pour renforcer son corps, en laissant cependant à Soissons quelques troupes pour le défendre. Que le ministre de la guerre donne des ordres pour que l’on continue de fortifier ce poste important.
J’ai reçu votre lettre du 13 sans date d’heure. Passez des revues de gardes nationaux; excitez-les à se mettre en état. Je pense que le ministre de l’intérieur ferait bien d’envoyer un conseiller d’État ou autre pour prendre connaissance des horreurs que l’ennemi a commises dans le pays qu’il évacue, et de la conduite des communes; il écrirait des dépêches, qui seraient insérées dans le Moniteur, pour faire connaître comment l’ennemi s’est conduit partout.
Le duc de Bellune me mande, en date d’hier 13 à midi, qu’il a pris position à Provins; qu’il a fait sauter le pont de Nogent; qu’il a été conduit à cette opération parce qu’il a appris que l’ennemi se renforçait sur Montereau et menaçait Paris du côté de Fontainebleau, et qu’il a voulu s’approcher de Montereau.
J’ai donné ordre au duc de Tarente de se porter sur Montereau avec toutes ses forces, qui se montent à plus de 16,000 hommes, y compris les gardes nationales de Meaux. Le duc de Reggio doit y être avec la division du général Rottembourg et la division n° 9 d’Espagne, que le ministre de la guerre m’assure y être arrivée le 12.
La situation des troupes qui sont à Montereau est donc la suivante :
Le duc de Bellune, 10,000 hommes d’infanterie, 3,000 hommes de cavalerie avec quarante pièces de canon; le duc de Reggio, 15,000 hommes d’infanterie, y compris la division des gardes nationales de Montereau, 4,000 hommes de cavalerie du général Bordesoulle et du général Roussel, et cinquante pièces de canon ; le duc de Tarente 12,000 hommes d’infanterie, 3,000 hommes de cavalerie et quarante pièces de canon. Voilà donc une force de 50 à 30,000 hommes, sans comprendre la réserve de Paris.
Si la journée d’aujourd’hui est heureuse, comme je l’espère, et si je parviens à me défaire de ce corps, que je suppose être celui de Wittgenstein qui venait du Rhin, je pourrai aller sur-le-champ de ma personne à Montereau, à moins que l’ennemi n’ait cessé ses mouvements offensifs.
Donnez ordre au ministre de l’intérieur de faire rétablir, sous vingt-quatre heures, le pont de Trilport et celui de la Ferté-sous-Jouarre. Si on ne peut pas rétablir ces ponts, qu’on fasse des ponts de bateaux de manière que je puisse passer. Que le ministre de la guerre envoie un commandant à la Ferté-sous-Jouarre avec un bataillon, et un autre à Meaux. Que le ministre de l’intérieur écrive au maire de Meaux que je ne suis pas content de la conduite des habitants; qu’il faut qu’ils se conduisent de manière que je n’aie pas d’exemples à faire.
Château-Thierry, 14 février l814
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
10 à 12,000 prisonniers sont partis hier de Montmirail pour se rendre à Paris. Je pense que le Roi pourrait les faire recevoir par la garde nationale sous les traies. Il ne faut pas les laisser séjourner à Paris ; ils continueront leur route sur Tours. Vous aurez soin que les officiers et sous-officiers ne soient pas avec eux.
Je pars pour Montmirail pour attaquer un corps que je crois celui de Wittgenstein et qui a débouché hier sur Étoges. Le duc de Raguse ne s’est pas battu et a fait un mouvement rétrograde d’une lieue. J’espère attaquer l’ennemi ce matin, et avec l’aide de Dieu avoir une belle journée.
Montmirail, 14 février 1814, neuf heures du soir.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, il est neuf heures du soir; je vous écris un mot pour vous faire connaître l’heureuse issue de la bataille de Vauchamps. Le général Blücher, qui s’était séparé de son armée et dont le quartier général était à Vertus, avait été rejoint par le corps de Kleist, qui venait d’Allemagne et était fort de vingt-quatre bataillons, et par bu nouveau corps russe de douze bataillons, ce qui faisait en tout trente-six bataillons ou 20,000 hommes. Il se porta le 13 sur Étoges et Champaubert. Le duc de Raguse, qui était instruit de ce mouvement, battit en retraite sans être engagé. Je suis parti aujourd’hui à trois heures du matin de Château-Thierry et suis arrivé à Montmirail an moment où l’ennemi était presque aux portes. J’ai fait marcher à l’ennemi, qui avait pris position am village de Vauchamps. Je l’ai battu, lui ai fait 8,000 prisonniers, pris trois pièces de canon et dix drapeaux, et je l’ai mené battant jusqu’aux portes d’Étoges. Sa perte en morts et blessés doit être de plus de 4,000 hommes. Je n’ai pas perdu 300 hommes tués ou blessés. Ce grand résultat tient à ce que l’ennemi n’avait pas de cavalerie et que moi j’en avais 6 à 8,000 hommes de très-bonne, avec lesquels je l’ai fait constamment envelopper et déborder; qu’il a dû mettre la plus grande partie de son artillerie en sûreté, de crainte de la perdre, et que toute la journée je l’ai écrasé par la mitraille de cent pièces de canon. Mes trois escadrons de service se sont couverts de gloire. Les ayant sous la main, je leur ai fait faire plusieurs charges, et ils ont fait 1,000 prisonniers.
Je crois vous avoir mandé hier que le duc de Trévise suivait vivement, par la traverse de Reims, les débris de Sacken et d’York.
Montmirail, 15 février 1814, trois heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je reçois votre lettre du 14, que m’apporte le jeune Montesquiou.
Je partirai à la petite pointe du jour et je serai avec ma Garde de bonne heure à la Ferté-sous-Jouarre, d’où je continuerai de ma personne la route sur Meaux.
Je ne conçois pas la bêtise du duc de Reggio de ne pas avoir défendu le passage de Bray.
Je vois qu’hier 14 les ducs de Bellune, de Reggio et de Tarente ont dû se réunir entre Nangis et Guignes; je ne tarderai pas sans doute à apprendre ce qui se sera passé.
Dans la note que vous mettrez au Moniteur sur la bataille de Vauchamps, il faudra porter comme prisonniers le général de division russe Orousof, et un général de brigade de cette nation, qui ont été faits prisonniers. Leur corps ayant pris l’arrière-garde à la nuit, on les a chargés, mis en déroute ; on leur a pris 1,200 prisonniers et quatre pièces de canon.
Il paraît que l’ennemi opère entièrement sur la rive droite de la Seine. La division de cavalerie d’Espagne aura pu ainsi se réunir à Fontainebleau; les ponts de Melun et de Montereau étant coupés, elle n’aura pour rejoindre d’autre ressource que le pont de Corbeil.
Il paraît qu’il y a encore un millier d’hommes de la garde nationale de Montereau qui ne sont pas armés et que tous manquent d’effets de campement ; donnez ordre qu’on leur en donne.
Envoyez à la rencontre des 7 ou 8,000 prisonniers qui partent d’ici les gendarmes du général Radet, qui doivent arriver aujourd’hui à Paris.
Les paysans ont ramassé ici, survie champ de bataille, plus de 40,000 fusils, que la rapidité du mouvement n’a pas permis de recueillir. Peut-être la garde nationale de Paris, en envoyant ici des commissaires auprès des paysans, pourrait-elle s’en procurer beaucoup.
Napoléon.
- S. L’ennemi paraissant opérer sur la rive droite de la Seine, et nous n’ayant que des partisans sur la rive gauche, il est important de renforcer le cordon qui couvre Paris sur la rive gauche.
Montmirail, 15 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Montmirail.
Mon Cousin, donnez ordre à la division Levai et à la division de cavalerie Saint-Germain de partir à cinq heures du matin, avant le jour, pour faire une grande journée sur la route de la Ferté-sous-Jouarre. Vous direz à ces généraux de se réunir en route pour marcher ensemble. Faites-leur sentir tout ce que cela a d’important, puisqu’il est question de couvrir Paris.
Montmirail, 15 février 1814, quatre heures du matin.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Montmirail.
Mon Cousin, donnez ordre à la division Meunier, de la jeune Garde, de partir à cinq heures avec son artillerie pour se diriger sur la Ferté-sous-Jouarre.
Donnez ordre à la vieille Garde de partir à six heures avec son artillerie pour la Ferté-sous-Jouarre.
Donnez ordre à la cavalerie de partir à sept heures également pour la Ferté-sous-Jouarre. Donnez ordre à l’artillerie du duc de Trévise, qui est ici, de suivre la vieille Garde. Chaque division de cavalerie aura avec elle ses batteries d’artillerie légère.
Donnez ordre au général Curial d’attendre les premières troupes du général Levai et de partir aussitôt après leur arrivée également pour la Ferté-sous-Jouarre.
Donnez ordre aux divisions Saint-Germain et Leval d’arriver de bonne heure à la Ferté-sous-Jouarre, afin de pouvoir s’y réunir.











