Correspondance de Napoléon – Février 1814
Troyes, 6 février 1814, quatre heures après midi.
Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la garde impériale à Saint-Julien :
Je porte ce soir mon quartier général aux Grès, pour être demain de bonne heure à Nogent. Si vous pouvez le faire sans que l’ennemi s’en aperçoive, faites filer votre cavalerie et votre artillerie pour prendre position à Troyes, dans le faubourg du côté de Nogent. Laissez au pont 300 chevaux et, si vous le jugez nécessaire, deux pièces de canon avec un seul caisson. Ces 300 cavaliers entretiendront beaucoup de feux toute la nuit; ils se retireront au grand trot, à six heures du matin, laissant vingt-cinq des meilleurs coureurs, qui ne se retireront que lorsque l’ennemi s’apercevra de la retraite; ce qui ne doit être que vers les neuf ou dix heures du matin. Vous aurez le commandement de l’arrière-garde, qui sera composée de la 2e division de vieille Garde et de la division du général Gérard. Je donne ordre au général Gérard de repasser à la nuit dans le faubourg où vous vous trouverez vous-même. Il laissera un bataillon au pont de la Seine et deux pièces de canon, lesquels rejoindront demain matin. Je pense donc que, vers six heures du matin, vous pourrez vous mettre en marche de Troyes et venir coucher à six lieues de Nogent. J’ai placé une brigade de dragons sur l’ancienne route de Paris. Le major général vous donnera d’ailleurs une instruction plus détaillée.
II est de la plus haute importance que l’ennemi ne s’aperçoive point de ce mouvement.
- S. Prenez toutes les mesures pour que l’ennemi ne s’aperçoive de votre mouvement que demain vers les dix heures.
Nogent, 7 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, il résulte de l’état de situation de la Garde qui a été mis sous mes yeux que, telle qu’elle était au 5 de ce mois, 1° il y avait 700 hommes de vieille Garde à Paris, ce qui peut faire deux bataillons de vieille Garde, très-précieux pour servir de tête de colonne ou de réserve; 2° qu’il y avait 5,000 hommes de voltigeurs et tirailleurs. Sur ces 5,000 hommes, le général Ornano en a fait partir 1,000 aujourd’hui 7; il ne reste donc plus que 4,000 hommes. Mais le 6, le 7, le 8, le 9 et le 10 doivent donner au moins 6,000 hommes; je compte donc sur 10,000 hommes existant à Paris aux dépôts de la Garde le 10.
Il y a à Paris 20 ou 22 cadres de bataillon : cela formerait donc une vingtaine de bataillons à 500 hommes, et qui seraient successivement portés à deux divisions, chacune de 5,000 hommes. Les bataillons seraient portés, à mesure de l’arrivée des conscrits, au complet de 800 hommes. Il est convenable que, dans la journée de demain, les 6 ou 7,000 conscrits qui sont à Paris aux dépôts de la Garde soient répartis entre tous les cadres; il vaut mieux avoir beaucoup de compagnies de 60 hommes qu’un petit nombre de compagnies de 120 hommes. Je compte donc que demain au soir vous pourrez passer la revue de deux divisions formant quatre brigades, ayant vingt-deux ou vingt-quatre bataillons, formant, présents sous les armes, 5 ou 6,000 hommes, et qui s’augmenteront successivement tous les jours. La cavalerie a 1,200 hommes; l’artillerie a vingt-deux pièces de canon. L’habillement ne peut pas tarder ; il y a à Paris une grande quantité de capotes, de gibernes et de shakos; il faut donner aux uns des capotes et aux autres des habits, parce que tous ces hommes seraient utilisés de suite; et, recevant chaque jour de 1,000 à 2,000 hommes, vous les répartiriez entre les vingt-quatre bataillons.
Il faut donner ordre au général Boyer de se rendre en poste pour prendre le commandement de la seconde division. Le général Charpentier en commandera une. Il y a des cadres à Lille et à Amiens : on pourrait, en cas de besoin, en faire venir en poste une partie à Paris. Je suis fondé à espérer que, du 10 au 12, vous aurez à Paris deux beaux bataillons de vieille Garde, deux escadrons de cavalerie, deux divisions d’infanterie et vingt-deux bouches à feu faisant un total de 22,000 hommes.
Donnez ordre que ces hommes tirent tous les jours à la cible, afin d’apprendre à se servir de leurs fusils.
Quant à la ligne, j’ignore absolument ce qu’elle peut fournir; mais je suis fondé à penser qu’elle doit pouvoir vous fournir une vingtaine de bataillons à 3 ou 400 hommes. Il faut partir du même principe : étant pressé et n’ayant point le temps d’instruire le soldat, il vaut mieux avoir deux compagnies de 50 hommes qu’une de 100 hommes. Si la ligne pouvait vous fournir vingt bataillons à 300 hommes, cela ferait une réserve de 6,000 hommes; vous en formeriez deux divisions, et vous leur donneriez quatre batteries servies par les marins de Cherbourg ou par les jeunes gens de l’École polytechnique. Vous auriez donc dans la main, le 10, quatre divisions, une soixantaine de pièces de canon, 2,000 hommes de cavalerie, formant une armée de plus de 30,000 hommes. Les gardes nationaux de Soissons, ceux de Meaux, doivent former 6,000 hommes. Vous auriez donc cinq divisions, une division de cavalerie et la valeur de 40,000 hommes, ce qui serait un grand résultat. Réunissez le général Hulin et Gérard, de la guerre, pour voir ce qu’il est possible de faire. Aussitôt que je serai assuré que cette réserve peut exister, je nommerai un maréchal pour la commander. En calculant la quantité de conscrits qui arrivent à la Garde, j’ai l’espérance que la ligne pourra me fournir autant que la Garde, c’est-à-dire vingt à trente bataillons de 3 à 500 hommes. Des capotes, des shakos, etc., existent à l’administration de la guerre, et on est bien malhabile si on ne fait pas 3 ou 4,000 capotes par jour; et en donnant, comme je vous l’ai déjà dit, aux uns des habits et aux autres des capotes, tout cela remplira le but. Écrivez-moi en détail là-dessus.
Tout ne se fait que par le chef, et, si vous n’entrez point dans tous ces détails, un tas d’hommes resteront inutiles aux dépôts, qui pourraient être employés à la défense de la capitale.
Je donne ordre au général Bordesoulle de retourner à Paris pour prendre le commandement de toute la cavalerie que vous pourrez former à Versailles.
Faites faire une copie de cette dépêche pour l’envoyer au ministre de la guerre.
Je vous répète qu’il vaut mieux avoir de petits bataillons, a6n de pouvoir utiliser tous les cadres. J’ai ici à l’armée de très-petits bataillons qui me rendent tous les jours ce que me rendraient des bataillons plus nombreux. C’est bien assez, en général, que 140 hommes par compagnie; si ce sont des conscrits, c’est deux fois trop fort.
Je compte que votre réponse à cette dépêche me parviendra demain au soir, et que vous me ferez connaître positivement les ressources que vous avez.
Nogent, 7 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je vous ai écrit aujourd’hui pour une armée de réserve de 30 à 40,000 hommes qu’il serait possible de former en vidant le fond de tous les dépôts, et d’avoir disponible pour le 10 à Paris. Je pense qu’on peut également organiser pour cette réserve une centaine de pièces de canon.
Si l’on manque de chevaux, il faut faire un appel de 2,000 chevaux, que l’on aura bientôt trouvés à Paris. Si l’on manque de soldats du train, il faut que les particuliers envoient leurs chevaux avec les palefreniers.
Nogent, 7 février 1814.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai reçu vos deux lettres de ce matin à une heure. Je ne crois point que l’ennemi ait été à la Ferté-sous-Jouarre; je ne crois pas non plus qu’il ait été à Meaux: ce sont là de vaines alarmes. Le maréchal Macdonald m’a écrit de Chalons, le 5, qu’il couvrait les trois routes d’Épernay, de Montmirail et de Sézanne. Au moment même, je fais partir 20,000 hommes pour occuper Sézanne. Je m’y porterai dans la nuit, avec ce qui sera nécessaire pour battre et culbuter ce qui serait sur cette communication. Je me porterai de là rapidement sur la communication de Meaux. Je crois par mes manœuvres avoir obligé la grande armée à se porter de devant Troyes sur Bar-sur-Aube, et avoir au moins trois marches sur elle.
La division Leval est arrivée à Provins.
Il faut me donner des détails militaires plus précis. Vous avez envoyé deux bataillons à Meaux, mais vous ne me dites pas lesquels. Je dois savoir cela pour ramasser les troupes. Comme vous m’envoyez un détachement de cavalerie, dites aussi de quel corps.
Je ne vous donne point d’ordres pour la Bouillerie; je ne crois pas que cela soit nécessaire. Toutefois il peut, en six heures de temps, charger tout ce qu’il a sur quinze voitures avec des chevaux que fourniront mes écuries, pour le transporter d’abord à Rambouillet; mais je ne pense point que les choses en soient encore là. Je ne crains point l’ennemi : je suis plein d’espérance dans l’événement.
Tenez ferme aux barrières de Paris ; faites placer deux pièces de canon aux différentes barrières. Que la garde nationale, qui a des fusils et des fusils de chasse, y ait des postes. Surtout faites en sorte que le ministre de la guerre envoie des fusils à Montereau, à Meaux et à Soissons. On peut laisser à Soissons un bataillon de gardes nationaux et faire venir les autres à Meaux en poste.
Envoyez le duc de Valmy à Meaux pour correspondre avec moi et se mêler de tous ces détails.
Comme les nouvelles me doivent venir par vous, tenez-moi très au fait de tout. Ayez des observateurs sur les trois routes d’Épernay à Meaux, de la Ferté-sous-Jouarre à Montmirail et de Meaux à Sézanne. Indépendamment des officiers que doit y avoir le ministre de la guerre, que la police y ait aussi des agents secrets, car la connaissance des mouvements de l’ennemi est un des grands éléments d’une parfaite réussite.
11 doit y avoir à chaque barrière 50 hommes armés de fusils d’ordonnance, 100 hommes armés de fusils de chasse, et 100 hommes armés de piques; ce qui fera 250 hommes à chacune des principales barrières.
Vous devez former tous les jours une réserve de 4 ou 500 hommes armés de fusils d’ordonnance, du double de fusils de chasse et d’un tiers armés de piques ; ce qui fera une réserve de 2,000 hommes pour se porter partout où il serait nécessaire, avec des batteries attelées de la Garde ou de l’École polytechnique.
Nogent, 7 février 1814.
Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, je suis arrivé à Nogent. Un corps de 20,000 hommes est parti pour manœuvrer sur les routes de Meaux à Vitry et de Meaux à Chalons. Je l’appuierai, si cela est nécessaire. La grande armée russe, commandée par l’empereur Alexandre, et en présence de laquelle je me suis trouvé à Troyes, a rétrogradé de deux marches ; ce qui m’a mis en mesure de me porter de ce côté-ci.
Nogent, 7 février 1814.
Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, je reçois voire lettre du 6. Je vois qu’au lieu de soutenir l’Impératrice vous la découragez. Pourquoi perdre ainsi la tête? Qu’est-ce que c’est que ces Miserere et ces prières de quarante heures à la chapelle? Est-ce qu’on devient fou à Paris? Le ministre de la police dit et fait des sottises, au lieu de s’instruire des mouvements de l’ennemi. Je ne conçois pas qu’il n’ait pas des agents dans toutes les parties de la France, pour l’informer parfaitement, par des courriers, de ce qu’il est important de savoir; parlez-lui-en. Ce serait un soin bien plus important.
Nogent, 7 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Les quatre compagnies de canonniers dont j’ai ordonné l’organisation à Cherbourg sont-elles arrivées à Paris, ainsi que celles de Saint-Cyr ?
Les trois compagnies dont j’ai ordonné l’organisation à l’École polytechnique sont-elles en état, de même que celles des Invalides? J’attache la plus grande importance à ce qu’il y ait le plus tôt possible des canons en batterie aux principales barrières, et à ce qu’on en ait de disponibles pour envoyer à Corbeil, à Choisy et au pont de Melun. La présence seule de ces canons en imposera aux partis de cavalerie ennemie.
Nogent, 7 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, écrivez au général Saint-Germain que je l’autorise à rejoindre le 2e corps de cavalerie; qu’il prenne le commandement de toute la cavalerie qui se trouve à Meaux, pour assurer les points importants de Meaux et de la Ferté-sous-Jouarre ; que nous sommes en mouvement pour tomber sur les derrières de ce qui a débouché par les trois communications qui aboutissent à Meaux. Envoyez cette lettre au général Saint-Germain par un officier.
Nogent, 7 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, envoyez sur-le-champ un bon courrier à Coulommiers pour y faire connaître que le quartier général et le parc doivent se porter sur Rozoy et Nangis. Vous direz à l’ordonnateur qu’il fasse connaître que le duc de Raguse, avec 20,000 hommes, part de Nogent pour se porter à Sézanne; qu’il est donc nécessaire que les troupes qui couvrent Coulommiers se portent en avant dans la direction de Sézanne, avec les précautions convenables; qu’il y a à Provins un corps de 15,000 hommes qui viennent d’arriver de l’armée d’Espagne, et une division de 6,000 hommes de la Garde; qu’il envoie quelqu’un à Meaux pour savoir ce qui se passe et nous avoir promptement des nouvelles.
Ainsi, moyennant cette disposition, le quartier général se trouvera en arrière sur la ligne de Nogent à Paris.
Il est nécessaire que les quatre batteries de trente-deux pièces de canon destinées pour les deux divisions d’Espagne gagnent Provins le plus tôt possible.
Nogent, 7 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Raguse de se rendre à Sézanne.
Donnez ordre au général Defrance de venir avec sa division de cavalerie passer, cette nuit, le pont de Nogent.
De Pont-sur-Seine, j’ai ordonné que le duc de Bellune tiendrait position avec le 5e corps sur les hauteurs de Saint-Hilaire, et qu’une brigade du général Milhaud serait à Saint-Martin-de-Bossenay ; envoyez un officier, par la vieille route de Nogent à Troyes, porter directement cet ordre au général Milhaud.
Donnez ordre au général Pajol de se porter à Sens et à Pont-sur-Yonne.
Donnez ordre d’établir à Trainel et à Thorigny des relais pour les estafettes. Écrivez aux maires de ces deux villages d’organiser leurs gardes nationales, de faire leur levée en masse et de barricader leurs villages pour être à l’abri des incursions des partis.
Donnez ordre au général Leval de faire distribuer dans la journée quatre paquets de cartouches à chaque homme, de se procurer pour deux jours de pain, et d’être prêt à partir une heure après qu’il en recevra l’ordre.
Écrivez au duc de Tarente pour lui faire connaître que le duc de Raguse, avec 20,000 hommes, se porte sur Sézanne; que le parc et le grand quartier général vont à Nangis ; que je n’ai pas de ses nouvelles depuis le 5 à deux heures du matin; que cependant j’ai besoin d’avoir de ses nouvelles fréquemment et en détail, afin de pouvoir tomber sur les partis ennemis.
Nogent, 7 février 1814.
Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps, à Nogent.
Monsieur le Duc de Raguse, partez sur-le-champ pour vous porter sur Sézanne; arrivez de bonne heure. Portez-vous, avec votre avant-garde, composée de 2,000 chevaux, de six pièces d’artillerie légère et de 1,000 hommes d’infanterie, sur Sézanne. Le reste vous suivra de près. Comme vous avez l’initiative du mouvement, l’ennemi ne sait pas ce que vous avez derrière. Les habitants doivent vous communiquer ce qu’il y a à Sézanne.
6,000 hommes de la cavalerie de la Garde vont se porter sur la route de Sézanne, et, si cela est nécessaire, demain, à la pointe du jour, j’y serai avec la vieille Garde à pied, 6,000 chevaux et autant de canons qu’il sera nécessaire. J’ai donné l’ordre au comte de Valmy de retourner de Coulommiers sur Sézanne avec ce qu’il a de forces.
Arrivé à Sézanne, envoyez une forte avant-garde sur la route de Vitry et de fortes reconnaissances sur Montmirail. Faites prévenir à la Ferté-sous-Jouarre, où il y a des troupes, et à Meaux de votre mouvement, et que vous arrivez avec 30,000 hommes.
Ordonnez à deux de vos aides de camp de laisser un cheval à mi-chemin de Nogent à Sézanne, avec un petit poste de cavalerie, pour que mes ordres et vos rapports puissent arriver rapidement. Il faut que mes ordres et vos rapports arrivent de Nogent à Sézanne en deux heures.
Nogent, 7 février 1814, trois heures après midi.
Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps, à Nogent.
Mon Cousin, je reçois des nouvelles du duc de Tarente d’hier 6 à trois heures après midi. Il était à Épernay ; il se battait continuellement contre l’ennemi. Son arrière-garde était à Cherville et à Champigneul sur Somme-Soude. Il n’avait pas pu occuper la communication de Montmirail ni celle de Sézanne. Hier le quartier général était à Coulommiers, où le comte de Valmy avait quelques troupes. La communication de Montmirail est donc la seule dont je n’ai pas de nouvelles. Arrivé à Sézanne, vous ne serez qu’à quatre lieues de Montmirail.
J’ai envoyé de fortes reconnaissances sur Saron par l’une et l’autre rive.
Parlez-moi dans votre dépêche de ce soir, que je désire bien recevoir avant minuit, de l’état des chemins.
Je compte, d’après les nouvelles que je recevrai, me mettre en marche à la pointe du jour, avec les 6,000 chevaux de la cavalerie de ma Garde et les 10,000 hommes d’infanterie de la vieille Garde. Mais, comme je ne peux pas faire un faux mouvement, il me faut les renseignements précis que vous m’enverrez de Sézanne.
La division Levai est à Provins, et je la dirigerai sur le point où je me porterai ; ce qui fera une trentaine de mille hommes de nos meilleures troupes, indépendamment d’une réserve qui pourra filer demain, et d’un gros corps d’observation qui restera à Nogent.
Nogent, 7 février 1814, quatre heures après midi.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je reçois des nouvelles du duc de Tarente du 6 à trois heures après midi. Son arrière-garde était encore entre Épernay et Chalons, à peu près à la hauteur de Cherville; mais il n’avait personne sur la route de Montmirail ni sur celle de Sézanne, n’ayant pas pu y envoyer de troupes. Dans deux heures j’occuperai la route de Sézanne. Le duc de Raguse est parti depuis midi pour marcher sur cette ville. De là nous verrons à marcher sur Montmirail. Comme de la Ferté-sous-Jouarre à Paris il n’y a que quatre heures pour un courrier, vous devez savoir promptement ce qui se passe sur la route de Montmirail. Pour peu qu’il y ait un bataillon à la Ferté-sous-Jouarre et quelques pièces de canon pour arrêter les troupes légères, elles n’arriveront pas jusqu’à Paris, et mon mouvement les enveloppera.
Nogent, 7 février 1814, sept heures du soir.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 6, mais je crois l’avoir reçue après votre lettre du 7, à laquelle j’ai répondu. La situation des affaires n’en est pas où en est l’alarme. Je suis surpris que les ministres de la guerre et de la police n’aient pas trois fois par jour des nouvelles des routes qui les inquiètent; on perd la tête, et cela ne mène à rien de bon. Le duc de Tarente n’était pas le 4 à Épernay, puisqu’il était le 5 à Chalons; il était encore à une lieue de Chalons le 6 à trois heures après midi ; je ne sache pas qu’aucun parti se soit présenté à la Ferté, puisque ses courriers ont passé par là. D’ailleurs, il paraît que le duc de Tarente n’a pas pu couvrir la route de Montmirail: c’est un malheur; mais, si on avait été instruit, on aurait pu envoyer 300 hommes à la Ferté-sous-Jouarre avec du canon, afin de remédier à tout.
Je vous ai écrit longuement sur les ressources de Paris. Je suppose qu’il y a des armes pour ces troupes, puisque le ministre de la guerre en a promis 60,000.
Je n’ai point encore de nouvelles du duc de Raguse; mais je vais tomber à bras raccourci sur l’ennemi dans la direction des communications de Meaux et de Chalons. L’alarme reviendra peut-être alors du côté de Sens : mais le général Pajol s’y organise. Je pense qu’il serait convenable de lui envoyer une batterie d’artillerie.
Aussitôt que j’aurai la réponse à l’instruction générale que j’ai donnée pour la formation des quatre divisions, je désignerai les emplacements sur les différentes routes.
L’Impératrice avait eu l’idée de se rendre à Sainte-Geneviève : je crains que cela ne fasse un mauvais effet et n’ait pas d’autre résultat. Faites donc cesser ces prières de quarante heures et ces Miserere. Si l’on nous faisait tant de singeries, nous aurions tous peur de la mort. Il y a longtemps que l’on dit que les prêtres et les médecins rendent la mort douloureuse. Le moment est difficile sans doute ; mais, depuis que je suis parti, je n’ai guère eu jusqu’à cette heure que des avantages. Le mauvais esprit des Talleyrand et des hommes qui ont voulu endormir la nation m’a empêché de la faire courir aux armes, et voici quel en est le résultat. Dans cette situation des choses, il faut montrer de la confiance et prendre des mesures hardies.
Il serait possible que des partis de cavalerie allassent actuellement du côté de Soissons. L’ennemi a une cavalerie immense dont il inonde la France. Quelques Villes comme Chalon-sur-Saône ont résisté; Lyon même s’est mis à l’abri. Mais ceux qui sont à la tête de l’administration ont donné une fausse direction à l’esprit public.
Je suppose que le ministre de la guerre a donné des ordres positifs pour que Soissons se défende.
Je ne conçois pas pourquoi vos lettres pressées ne me sont pas envoyées par estafette extraordinaire, ce qui ferait au moins gagner trois heures sur les courriers. Cependant je trouve qu’il est quelquefois avantageux d’envoyer des courriers qui soient des hommes intelligents et sûrs, parce que moi-même je les interroge et que vous pouvez faire de même. Lorsqu’il y a des affaires pressées, dites à Lavalette d’envoyer vos lettres par estafette extraordinaire.
Napoléon.
- S. Tenez gaie l’Impératrice; elle se meurt de consomption.
Nogent, 7 février 1814, neuf heures du soir.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, écrivez au duc de Trévise que, quoique je n’aie pas de nouvelles de lui aujourd’hui, vous lui envoyez les mouvements pour demain; qu’on suppose qu’il a couché aux environs de Granges; qu’il tâche de venir demain jusqu’à Nogent-sur-Seine. Il laissera à Pont-sur-Seine le général Gérard avec sa division, pour faire l’arrière-garde, et il laissera sous ses ordres le 5e corps de cavalerie. Il amènera la 2e division de la vieille Garde, la division Defrance et tous les détachements qui lui appartiennent à Nogent.
Écrivez au duc de Bellune que la position à deux lieues en avant de Pont-sur-Seine, sur les hauteurs de Saint-Hilaire, sera occupée par le général Gérard, qui aura sous ses ordres le 5e corps; que le duc de Bellune doit donc se tenir prêt à partir pour Nogent aussitôt qu’il en recevra l’ordre, et probablement pour demain à la pointe du jour ; donnez de même ordre au duc de Reggio de se rendre à Nogent ; donnez communication au général Gérard de ce que vous écrivez au duc de Bellune ; de manière que j’aie demain disponibles ici trois divisions de jeune Garde, les deux de la vieille Garde et les deux divisions du duc de Bellune; total, sept divisions.
Mandez au général Gérard d’envoyer son état de situation en infanterie, cavalerie et artillerie, en y comprenant le 5e corps, qui a douze pièces d’artillerie à cheval. Donnez ordre à la vieille Garde et aux deux divisions de la jeune Garde du prince de la Moskova, qui sont aujourd’hui aux portes de Nogent, d’être prêtes à partir à cinq heures du matin, si elles en reçoivent Tordre. Il leur sera fait une distribution de pain et de riz.
Dites au duc de Trévise que je pars demain avec le duc de Raguse, une division d’Espagne et la vieille Garde, pour tomber sur les derrières de l’ennemi ; qu’il parte donc d’aussi bonne heure qu’il pourra pour passer demain 4e bonne heure le pont de Nogent.
Nogent, 8 février 1814, quatre heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, l’ennemi n’a jamais été à Montmirail, par conséquent il ne peut pas avoir été à la Ferté-sous-Jouarre. Le 7, l’ennemi n’avait pas encore dépassé Chalons. Le duc de Raguse est entré à Sézanne; ce qui ferme la troisième route. L’ennemi n’a jamais eu à Sézanne que quelques partis de cavalerie.
Je vous recommande de nouveau de m’envoyer l’état de toutes les troupes que vous avez envoyées sur Meaux, car les troupes isolées ne servent à rien. J’enverrai alors des ordres pour les réunir.
Napoléon.
- S. Faites mettre dans le Moniteur, article de Châtillon-sur-Seine, que le 6 les membres du congrès ont dîné chez lord Castlereagh ; que l’on a remarqué qu’il règne les meilleures formes entre tous les ambassadeurs et surtout entre ceux de France et d’Angleterre, qui sont pleins d’attentions l’un pour l’autre.
Nogent. 8 février 1814, quatre heures du matin.
Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps, à Fontaine-Denis.
Je reçois vos deux lettres, dont une datée d’une heure après minuit. 11 est fâcheux que vous ne soyez pas arrivé hier à Sézanne. Tâchez d’y être aujourd’hui de bonne heure. Coupez aujourd’hui la route de Montmirail, et envoyez-nous des nouvelles le plus tôt possible. Tous les renseignements que j’ai sont que rien n’a passé à Montmirail. Envoyez un officier à la Ferté pour donner des nouvelles au duc de Tarente et en avoir de lui. Je ne puis pas croire que l’ennemi marche sur la route d’Épernay. J’ai des nouvelles de Saron : il n’y avait là rien qu’une douzaine de Cosaques ; le pont a été brûlé, et il ne serait pas facile de le rétablir. J’attendais de vos nouvelles de Sézanne pour partir. Je suppose que je ne tarderai pas à recevoir du duc de Tarente le rapport de ce qui s’est passé dans la journée du 7.
Ramassez beaucoup de pain, mais ne gardez pas tout pour vous. Vous avez trois fois plus qu’il ne vous faut, et nous mourons de faim.
Nogent, 8 février 1814, onze heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je pense que c’est spécialement du côté de Sens et de Pont-sur-Yonne qu’il faut être attentif. IL paraît que c’est Wittgenstein et York qui attaquent du côté de Chalons. J’aurai dans la journée des troupes sur la route de Montrai rail.
Nogent, 8 février 1814, onze heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 7 à onze heures du soir; elle m’étonne beaucoup. J’ai lu la lettre du roi Louis. Je vous ai répondu sur l’éventualité de Paris; vous n’avez plus à y revenir. Cette fin-là touche à plus de gens qu’à nous. Quand cela arrivera, je ne serai plus; par conséquent, ce n’est pas pour moi que je parle. Je vous ai ordonné, pour l’Impératrice et le Roi de Rome, et notre famille, ce que les circonstances indiquent. Soyez bien certain que, si le cas arrivait, ce que je vous ai prédit arrivera infailliblement; je suis persuadé qu’elle-même a ce pressentiment.
Le roi Louis parle de la paix : c’est donner des conseils bien mal à propos. Du reste, je ne comprends rien à votre lettre. Je croyais m’être expliqué avec vous ; mais vous ne vous souvenez jamais des choses, et vous êtes de l’opinion du premier homme qui vous parle et qui parait refléter une opinion.
Je vous répète donc en deux mots que Paris ne sera jamais occupé de mon vivant.
J’ai droit à être aidé par les hommes qui m’entourent, par cela même que je les ai moi-même aidés.
Après cela, si, par des circonstances que je ne puis prévoir, je me portais sur la Loire, je ne laisserais pas l’Impératrice et mon fils loin de moi, parce que, dans tous les cas, il arriverait que l’un et l’autre seraient enlevés et conduits à Vienne. Cela arriverait bien davantage si je n’existais plus.
Je ne comprends pas comment, pendant ces menées auprès de votre personne, vous couvrez d’éloges si impolitiques les propositions de traîtres indignes de conseiller rien d’honorable. Ne les employez jamais, même dans le cas le plus favorable.
C’est la première fois, depuis que le monde existe, que j’entends dire qu’il faudrait une somme de 30,000 napoléons à l’Impératrice-Reine pour pouvoir vivre trois mois. D’ailleurs, nul n’est tenu à l’impossible; je ne peux plus payer aucun officier, et je n’ai plus personne.
J’avoue que votre lettre du 7 à onze heures du soir m’a fait mal, parce que je ne vois aucune tenue dans vos idées et que vous vous laissez aller aux bavardages et aux opinions d’un tas de personnes qui ne réfléchissent pas. Or je vous parlerai franchement. Si Talleyrand est pour quelque chose dans cette opinion de laisser l’Impératrice à Paris, dans le cas où nos forces l’évacueraient, c’est une trahison qu’ils doivent comploter. Je vous le répète, méfiez-vous de cet homme. Je le pratique depuis seize années ; j’ai même eu de la faveur pour lui ; mais c’est sûrement le plus grand ennemi de notre Maison, à présent que la fortune l’abandonne depuis quelque temps. Tenez-vous aux conseils que j’ai donnés. J’en sais plus que ces gens-là.
S’il arrivait bataille perdue et nouvelle de ma mort, vous en seriez instruit avant mes ministres. Faites partir l’Impératrice et le Roi de Rome pour Rambouillet; ordonnez au Sénat, au Conseil d’État et à toutes les troupes de se réunir sur la Loire; laissez à Paris ou le préfet, ou un commissaire impérial, ou un maire.
Je vous ai fait connaître que je pensais que Madame et la Reine de Westphalie, logée chez Madame, pourraient bien rester à Paris. Si la vice-reine est revenue à Paris, vous pourriez aussi l’y laisser. Mais ne laissez jamais tomber l’Impératrice et le Roi de Rome entre les mains de l’ennemi.
Soyez certain que, dès ce moment, l’Autriche serait désintéressée et qu’elle l’emmènerait à Vienne avec un bel apanage, et sous le prétexte de voir l’Impératrice heureuse; on ferait adopter aux Français tout ce que le régent d’Angleterre et la Russie pourraient leur suggérer. Tout notre parti se trouverait par-là détruit par cette horrible ligue entre les républicains et les royalistes qui l’auraient tué, au lieu que, dans le cas opposé, l’esprit national et le grand nombre d’intéressés à la Révolution rendraient le résultat incalculable.
Au reste, il est possible que l’ennemi s’approchant de Paris, je le batte; alors tout cela n’aurait pas lieu. Il est possible aussi que je fasse la paix sous peu de jours. Mais il résulte toujours de cette lettre du 7 à onze heures du soir que vous n’avez pas de moyens de défense. Pour comprendre les choses que je vous conseille, je trouve toujours votre jugement faux. D’ailleurs l’intérêt même du pays est que l’Impératrice et le Roi de Rome ne restent pas à Paris, parce que l’intérêt du pays ne peut pas être séparé de leurs personnes, et que, depuis que le monde est monde, je n’ai jamais vu qu’un souverain se laissât prendre dans des villes ouvertes. Ce malheureux roi de Saxe eut le tort de se laisser prendre à Leipzig; il perdit ses États et fut fait prisonnier.
Dans les circonstances bien difficiles de la crise des événements, on fait ce qu’on doit et on laisse aller le reste. Or, si je vis, on doit m’obéir, et je ne doute pas qu’on s’y conforme ; si je meurs, mon fils régnant et l’Impératrice régente doivent, pour l’honneur des Français, ne pas se laisser prendre, et se retirer au dernier village avec leurs derniers soldats. Souvenez-vous de ce que disait la femme de Philippe V. Que dirait-on, en effet, de l’Impératrice ? Qu’elle a abandonné le trône de son fils et le nôtre. Et les alliés aimeraient mieux en finir en les conduisant prisonniers à Vienne. Je suis surpris que vous ne conceviez pas cela. Je vois que la peur fait tourner toutes les têtes à Paris.
L’Impératrice et le Roi de Rome à Vienne, ou entre les mains des ennemis, vous et ceux qui voudraient se défendre seraient rebelles.
Quant à mon opinion, je préférerais qu’on égorgeât mon fils plutôt que de le voir jamais élevé à Vienne, comme prince autrichien ; et j’ai assez bonne opinion de l’Impératrice pour être aussi persuadé qu’elle est de cet avis, autant qu’une femme et une mère peuvent l’être.
Je n’ai jamais vu représenter Andromaque que je n’aie plaint le sort d’Astyanax survivant à sa maison, et que je n’aie regardé comme un bonheur pour lui de ne pas survivre à son père.
Vous ne connaissez pas la nation française : le résultat de ce qui se passerait dans ces grands événements est incalculable !
Quant à Louis, je crois qu’il doit vous suivre.
Nogent, 8 février 1814.
ORDRE.
Article premier. Il sera formé un 7e corps de la Grande Armée.
Art. 2. Ce corps sera composé de vingt-six bataillons venant d’Espagne et de Bordeaux, formant deux divisions de treize bataillons chacune, conformément à l’état joint au présent ordre.
Art. 3. La division Levai (7e) se réunira à Provins, et la division Boyer (9e) à Nangis.
Art. 4. Deux batteries à pied seront attachées à chacune des deux divisions.
Une batterie à cheval sera attachée au 7e corps d’armée.
Art. 5. Le maréchal duc de Reggio commandera le 7e corps d’armée.
Art. 6. Le général de brigade Gressot est nommé chef d’état-major du V corps.
Le général Sorbier, commandant l’artillerie, désignera un officier d’artillerie pour commander l’artillerie du 7e corps.
Art. 7. L’intendant général attachera au 7e corps une compagnie d’équipages complète, de 40 voitures.
Art. 8. La division des tirailleurs (5e division de la jeune Garde) et la 2e division de vieille Garde seront sous les ordres du duc de Trévise.
Nogent, 8 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J’ai donné ordre au vice-roi, aussitôt que le roi de Naples aurait déclaré la guerre, de se porter sur les Alpes. Réitérez-lui cet ordre par le télégraphe, par estafette, et en triplicata par un officier. Vous lui ferez connaître qu’il ne doit laisser aucune garnison dans les places d’Italie, si ce n’est des troupes d’Italie, et qu’avec tout ce qui est français il doit venir sur Turin et Lyon, soit par Fenestrelle, soit par le mont Cenis; qu’aussitôt qu’il sera en Savoie il sera rejoint par tout ce que nous avons à Lyon.
Écrivez également à la Grande-Duchesse et au général Miollis que, du moment que le roi de Naples a déclaré la guerre, le grand-duché de Toscane et Rome ne sont plus tenables; qu’en conséquence ils remettent toutes les places au roi de Naples, en y mettant pour condition que tous les Français et employés se retireront sur les Alpes, le mont Cenis et Briançon, avec armes et artillerie.
Adressez au duc d’Otrante, s’il se trouve encore en Toscane, l’ordre d’aller vers le roi de Naples pour arranger cette convention. Les troupes et les employés se rejoindront dans la même direction.
Expliquez-vous bien : sous quelque prétexte que ce soit, aucune troupe de la France ne doit rester dans aucune place d’Italie, et tous doivent revenir en masse sur Chambéry, Lyon et Grenoble.
Vous écrirez au prince Borghèse que, si la marche de l’ennemi obligeait à évacuer le Piémont, je pense que des garnisons sont inutiles à Casale et à Plaisance, qui sont de mauvaises places; qu’on pourrait mettre dans la citadelle de Turin quelques troupes piémontaises ; et quant à Alexandrie, il suffirait d’y mettre 4,000 conscrits français. Tout le reste rejoindrait le vice-roi. Ces 4,000 hommes seront suffisants i Alexandrie, tant que l’ennemi ne fera pas le siège; et en cas d’attaque, ils auront la citadelle où ils pourront se retirer. J’ai déjà donné tous ces ordres; réitérez-les. Vous en donnerez communication au rot Joseph.
Nogent, 8 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
J’ai ordonné au duc d’Albufera d’envoyer des troupes et toute la cavalerie à Lyon. Je ne puis qu’être vivement mécontent de ce qu’il a différé d’obéir à un ordre aussi pressant.
Je suppose que les bataillons de Nîmes sont en marche pour Lyon. Faites aussi mettre en marche pour Lyon les bataillons de Toulouse et ceux de Montpellier.
Laissez carte blanche au duc d’Albufera ; qu’il démolisse Barcelone ou garde ce qui lui conviendra.
Quant au roi Ferdinand, nous n’entendons pas parler de ce que devient le traité. Il paraît qu’on a retenu San-Carlos quelque part. Dans cette situation de choses, si le roi Ferdinand vent aller à Barcelone, qu’il parte incognito. On lui remettra les places fortes moyennant le renvoi des garnisons françaises. Vous vous servirez du canal du comte Laforest pour cette affaire, et la correspondance passera par l’intermédiaire du conseiller d’État d’Hauterive, que vous ferez appeler chez vous.
Le duc d’Albufera a commis une grande faute en retardant l’exécution des premiers ordres ; qu’il fasse ce qu’il veut, mais que des troupes arrivent sur Lyon.
Nogent, 8 février 1814.
À M. Daure, commissaire ordonnateur de l’armée, à Sézanne.
L’armée meurt de faim; tous les rapports que vous faites qu’elle est nourrie sont controuvés. Douze hommes sont morts de faim, quoiqu’on ait nais tout à feu et à sang sur la route pour en tirer des subsistances. Cependant, si j’en crois vos rapports, l’armée est nourrie. Le duc de Bellune n’a rien; le général Gérard n’a rien; la cavalerie de la Garde meurt de faim. C’est un double mal, mais qui devient sans remède, lorsqu’on se fait illusion et qu’on trompe l’autorité. Il eût été facile de distribuer une livre de riz à Troyes et de faire suivre de la viande. On ne peut prendre aucune mesure pour arrêter le mal, lorsque l’administration se trompe et trompe l’état-major général. Faites-moi connaître l’état du riz qui existe dans les différents corps d’armée ; faites-moi connaître ce qui est [arrivé ce soir ; mais donnez-moi le rapport exactement et sans doubler ce qui existe. Faites-moi connaître ce qu’il y a à espérer des dépôts. Enfin, à défaut de pain, il faudrait distribuer de la farine à la troupe.
Envoyez au général Gérard, qui fait l’arrière-garde, une compagnie d’équipages chargée de foin avec de la farine ; il pourra faire du pain à Pont-sur-Seine et dans les villages voisins, et nourrir ses troupes.
Nogent, 8 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, donnez ordre au duc de Trévise de garder Nogent avec la 5e division de jeune Garde et la 2e de vieille Garde, et d’être prêt à partir demain ou aujourd’hui, selon les ordres qu’il recevrait, en procurant à sa troupe le pain et les vivres nécessaires.
Faites connaître au duc de Bellune qu’il a sous ses ordres les deux divisions du 2e corps, les deux du général Gérard, et les trois divisions de cavalerie du 5e corps ; qu’il a derrière lui le duc de Trévise à Nogent, avec deux divisions de la Garde; que le général Pajol est à Sens et le duc de Reggio à Provins et Nangis, avec le 7e corps; que ce soir mon quartier général sera à Sézanne avec le 6e corps, la 1e division de la vieille Garde, et les deux divisions de la jeune Garde que commande le prince de la Moskova ; que j’enverrai des ordres selon les circonstances ; qu’à tout événement, s’il était sérieusement menacé dans sa position, sa retraite doit être sur Nogent ; que j’ai ordonné qu’on construisît trois redoutes et qu’on barricadât la ville. S’il y était forcé, il pourrait passer sur la rive gauche, en faisant sauter le pont; mais que cette opération serait malheureuse, puisque déjà le pont de Bray a sauté, et que dès lors nous n’aurions plus aucun débouché pour en imposer à l’ennemi ; qu’il faudrait donc se maintenir à l’arrière-garde, où il a été placé, et à Nogent.
Donnez ordre au duc de Reggio de se rendre à Provins ; que demain je lui ferai passer des ordres selon les circonstances, soit pour se porter de Provins sur Sézanne, soit dans toute autre direction; mandez-lui que le général Allix est à Sens, et le général Pajol à Pont-sur-Yonne, chargé de la défense de Montereau, de Pont-sur-Yonne, de Sens, et des ponts sur le canal de Loing depuis Moret jusqu’à la Loire ; qu’il faut qu’il envoie un officier au général Pajol pour être instruit de tout ce qui se passe et m’en informer exactement, parce que, si les événements devenaient pressants de ce côté, je le ferais manœuvrer avec son corps pour couvrir la Seine, Montereau et secourir Sens ; qu’il envoie un officier à Bray pour savoir qui garde ce poste important et dans quelle situation se trouve ce point; qu’il envoie à la rencontre de tous les bataillons qui doivent former la 9e division pour les tenir à Nangis; qu’une brigade doit arriver aujourd’hui et une autre demain ; qu’il se mette en correspondance avec le préfet de Seine-et-Marne pour être instruit de toutes les nouvelles que le -préfet peut avoir de l’ennemi ; que je lui donne pour chef d’état-major le général Gressot.
Nogent, 8 février 1814, six heures du soir.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, faites remettre cette lettre en main propre à l’impératrice Joséphine. Je lui écris pour qu’elle écrive à Eugène. Vous lui direz qu’elle vous envoie sa lettre, que vous ferez partir par l’estafette.
Nogent, 8 février 1814, six heures du soir.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je viens d’écrire au ministre de la guerre relativement à l’évacuation de l’Italie et au roi Ferdinand. Vous ferez venir le ministre de la guerre chez vous; il vous donnera communication de mes lettres. Toute la correspondance avec M. de Laforest relativement aux affaires d’Espagne sera suivie par M. d’Hauterive, que votas ferez venir également chez vous.
Nogent, 9 février 1814, trois heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, je reçois votre lettre du 8 février à midi, que m’apporte votre aide de camp. Vous me dites que le général Minot commande à la Ferté-sous-Jouarre une colonne composée du 6e bataillon du 86e, du 1er du 28e léger et du 4e du 70e, formant ensemble 2,000 hommes. Le ministre de la guerre compose cette colonne différemment; il la forme du 6e bataillon du 86e et des 1e et 2e des gardes nationales du Nord. D’où vient cette différence ?
J’écris au ministre de la guerre qu’il ne faut compléter les bataillons qu’à 4 ou 500 hommes, puisque nous avons plus de cadres que de conscrits, et qu’il vaut mieux avoir six bataillons de 400 hommes que trois bataillons de 800 hommes. Je pense, en effet, que c’est d’un service double ; c’est-à-dire que trois bataillons de 400 hommes composés de conscrits me rendront à peu près le même service que trois bataillons de 800.
Je suis étonné que Soissons n’ait pas suffisamment d’hommes pour se défendre; il doit y avoir six bataillons ou 4,000 hommes. Il était donc préférable d’y envoyer un millier de fusils plutôt que des troupes.
D’après un rapport du ministre de la guerre, il y aura demain 10 à Meaux une division de gardes nationales, forte de 8 à 9,000 hommes bien armés. Pressez le ministre de la guerre d’y envoyer des majors pour commander les régiments, des capitaines pour faire les fonctions d’adjudants-majors et des officiers pour faire le service dans les cadres. Cette division serait déjà de ressource. Il faudrait un général de division et deux généraux de brigade. Il faut y envoyer aussi des cartouches, pour que ces hommes puissent s’exercer en tirant tous les jours à la cible.
Les divisions de Soissons et de Montereau, qui s’accroissent tous les jours, seraient également d’un bon service. Paris devait fournir deux bataillons qui devaient se rendre à Montereau ; ce régiment est-il parti ?
Le duc de Raguse est arrivé hier de bonne heure sur la route de Montmirail à Champaubert, marchant sur Épernay; ma Garde à pied et à cheval est arrivée à Sézanne, le soutenant. J’attends des nouvelles à chaque instant pour m’y porter moi-même. Je regarde donc que la diversion en faveur du duc de Tarente est déjà faite et que l’ennemi va, de ce côté, se reployer sur Chalons.
Nogent, 9 Février 1814, onze heures du matin.
Au roi Joseph, lieutenant général de l’Empereur, à Paris
Mon Frère, j’ai eu ici tant d’affaires toute cette nuit que je n’ai pu partir pour Sézanne. Le duc de Raguse est arrivé à Champaubert. Le général Sacken, avec 15,000 hommes, était à Montmirail ; son parc a passé le 8 à Champaubert arrivant de Chalons. Je le fais attaquer demain. Ce qui n’empêche pas que des partis de cavalerie ne se soient montrés du côté de Coulommiers et dans différentes directions. Ce sont des rôdeurs; cela ne signifie rien.
Nogent9 9 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, donnez ordre au général Pajol d’envoyer en toute diligence à Orléans un officier d’état-major pour faire partir les bataillons des gardes nationales qui seraient armés et capables de faire quelque service; il les dirigerait sur Montargis. Il doit y avoir actuellement à Orléans 12,000 hommes de gardes nationales; 5 ou 6,000 étaient déjà arrivés au 10 janvier.
Nogent, 9 février 1814.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Nogent.
Mon Cousin, donnez ordre au général Grouchy de partir sur-le-champ avec la division Defrance pour se rapprocher ce soir autant que possible de Sézanne. Il laissera à Villeneuve 100 chevaux sous les ordres du duc de Trévise, pour l’éclairer. Donnez ordre au général Sorbier de lui remettre une batterie à cheval avec un approvisionnement complet. Comme j’ai envoyé directement Tordre à Defrance, Grouchy le trouvera sûrement prêt à se mettre en route.
Donnez ordre au duc de Trévise de partir sur-le-champ de sa personne avec la 2e division de la vieille Garde, le bataillon de service et deux batteries de la Garde formant seize pièces. Il se rendra sur Sézanne et tâchera de coucher à Villenauxe ou plus loin, sans cependant marcher de nuit; demain, à la petite pointe du jour, marchera sur Sézanne, où le quartier général sera ce soir. Il fera connaître à quelle heure il pourra y arriver. Je donne ordre à Defrance de lui laisser à Villenauxe 100 chevaux pour l’éclairer. Qu’il ait soin, avant de partir, de s’assurer que les hommes ont leurs cinq paquets de cartouches. Je suppose qu’avec ses deux batteries il mène des caissons. La division Rottembourg, qui est sous ses ordres, restera la nuit tout entière ici et partira demain pour Provins, escortant le parc de réserve de la Garde.
Donnez ordre au duc de Bellune de porter ce soir son quartier général à Nogent. Vous lui ferez connaître que la ville est gardée par la division déjeune Garde du général Rottembourg; mais qu’elle part demain matin pour se rendre à Provins avec le parc de réserve de la Garde. Vous lui ferez connaître qu’il est nécessaire qu’à la petite pointe du jour le 2e corps prenne position à Nogent, afin que le général Rottembourg puisse partir. Le général Gérard portera son quartier général à Pont-sur-Seine et prendra là position, en la concentrant et la prenant le plus militaire possible. En cas qu’il soit attaqué par des forces supérieures, il se reploiera sur Nogent. Vous ferez connaître au duc de Bellune que le quartier général sera ce soir à Sézanne, où nous avons l’espérance d’avoir enveloppé le corps de Sacken. Vous lui ferez connaître que le grand quartier général et le grand parc seront à Provins, où le duc de Reggio est avec le 7e corps, et que le général Pajol est à Pont-sur-Yonne et Sens, occupant en force Montereau. Vous lui ferez connaître aussi qu’il doit défendre les abords de Nogent, accélérer la confection des redoutes et des barricades; et que, si enfin il y était forcé, il passerait sur la rive droite en faisant sauter le pont, si cela était indispensable; mais que je regarde cela comme désavantageux, puisque cela mettrait l’ennemi en sûreté pour opérer sur Sens et nous empêcherait de prendre l’offensive. Il doit rester à Nogent le plus possible, puisque, de retour de mon expédition, je reviendrais sur l’ennemi qui se’ serait mis en position devant lui.
Le duc de Bellune correspondra avec le duc de Reggio, car celui-ci, si Montereau et Sens ne sont pas menacés, est autorisé à se porter à son secours, et vous lui ferez connaître que ce maréchal a 16 à 18,000 hommes de bonnes troupes venant d’Espagne.
Vous donnerez ordre au quartier général, au grand parc de l’armée, au parc de réserve de la Garde, à vos gros bagages et à ceux du quartier général de se rendre à Provins. Tout cela sera sous l’escorte de la division du général Rottembourg, lequel lui-même serait, en cas imprévu, sous les ordres du duc de Reggio.
Vous ferez connaître au duc de Reggio que le quartier général sera à Sézanne, où je me porte pour attaquer Sacken et l’armée de Silésie, sur les derrières desquels nous nous trouvons; que je laisse le duc de Bellune avec le 2e corps et avec la division Gérard et le 5e corps de cavalerie pour garder Nogent ; que le duc de Reggio doit avoir des officiers à Nogent, à Bray, à Sens, pour savoir ce qui se passe ; que je donne ordre au duc de Bellune de défendre Nogent et de ne passer sur la rive droite qu’en cas de nécessité absolue, va que j’ai besoin du pont de Nogent pour me reporter sur l’ennemi et l’attaquer, si je réussis dans mon opération contre l’armée de Silésie.
Vous ferez connaître au duc de Reggio que le général Pajol est sous ses ordres ainsi que le général Allix ; qu’un général de brigade de cavalerie avec 600 hommes, étant venu près de Bray, sera également sous ses ordres, ce qui lui donnera plus de 2,000 hommes de cavalerie; que je suppose que dans la journée d’aujourd’hui la division du général Levai sera bien organisée à Provins, et la division Boyer bien organisée à Nangis ; que 6,000 hommes de bonne cavalerie viennent d’Espagne, arrivent sur Montereau, mais que je ne pense-pas qu’ils y soient arrivés avant le 15 ; qu’il y a à Montereau une division de gardes nationales que je crois de 6,000 hommes et que je renforce tous les jours, qu’elle est aussi sous ses ordres; que le duc de Reggio est chargé de la garde de la Seine à une lieue au-dessous de Nogent; il s’entendra avec le duc de Bellune sur le point où commencera son commandement; que les ponts de Bray et de Montereau, Pont-sur-Yonne, Moret, Montargis, appartiennent au duc de Reggio ; que de longue main on a préparé la défense de tous ces ponts; que la division Rottembourg, le grand parc, la réserve de la Garde, les bagages sont sous ses ordres, puisqu’ils sont tous à Provins ; que, si je ne me trouvais pas assez en force pour attaquer l’ennemi, il serait possible que j’appelasse une de ses divisions sur Montmirail ou sur la Ferté-Gaucher, mais cela ne me paraît pas probable; il serait bon cependant qu’il envoyât un parti de cavalerie commandé par un officier intelligent, qui l’instruisît de ce qui se passe de ce côté. De deux choses l’une : ou le prince Schwarzenberg se portera sur Nogent, ou il se portera décidément sur Sens pour pénétrer à Paris en passant l’Yonne, le canal de Loing et la forêt de Fontainebleau ; il est probable que ce général ne fera cette dernière opération qu’après avoir pris Nogent et rejeté le duc de Bellune sur la rive droite. Le duc de Reggio sera maître de venir au secours du duc de Bellune, s’il est nécessaire. Si, contre toute attente, toute l’armée ennemie se portait sur Sens, le duc de Reggio pourrait prendre la position de Montereau au confluent des deux rivières, appuyé ainsi à l’Yonne et à la Seine ; dans ce cas, le parc et les voitures rétrograderaient sur Nangis, Guignes et même Brie-Comte-Robert. Je ne serai jamais assez loin pour ne pas pouvoir accourir moi-même pour parer à ce mouvement de l’ennemi avec Defrance. Dans le cas où la marche décidée de l’ennemi, au mépris de Nogent, serait sur Pont-sur-Yonne, le duc de Reggio ferait bien garder la rive gauche de la Seine, et pourrait même appeler à lui le duc de Bel lune si celui-ci avait passé sur la rive droite. Dans ce cas, on brûlerait tous les bateaux de charbon et autres qui sont sur la Seine.
Les ponts de Melun, de Corbeil et de Choisy sont occupés. Une centaine de pièces de canon sont au parc de réserve de la Garde et au parc de la ligne; le duc de Reggio, dans une circonstance importante, pourrait s’en servir.
Recommandez au duc de Reggio de déranger le moins possible les dispositions du général Pajol, qui a déjà organisé toute la défense de l’Yonne, du Loing et des ponts de la Seine, dans l’hypothèse qu’on ne serait attaqué que par des partis de cavalerie et même par des avant-gardes.
Mon intention, si je réussis contre l’armée de Silésie, est de me reporter sur Nogent, d’y centraliser mes troupes et de déboucher sur l’ennemi.
Le duc de Reggio, dans un cas pressant, donnerait de ses nouvelles au ministre de la guerre. Au fait, dans le cas où l’ennemi prendrait l’offensive sur Sens et sur l’Yonne, on ferait, de Paris, occuper les ponts de Corbeil et de Choisy.
Instruisez de toutes ces dispositions l’Intendant. Donnez ordre que le général Sorbier soit avec le grand parc à Provins, a6n de pourvoir à la réorganisation des approvisionnements et à la réunion de tout son service. L’ordonnateur Daure et les ambulances nécessaires se rendront ce soir à Sézanne. Réitérez les ordres pour que tous les magasins de vivres et d’artillerie soient sur la rive droite de la Seine à Nogent.
Recommandez à l’intendant d’augmenter les magasins de Provins et de Nangis. Il est convenable qu’il connaisse l’ensemble de toutes les dispositions.
Le général Blein, avec deux compagnies de sapeurs et la compagnie du train du génie, restera à Nogent pour augmenter les fortifications de la ville. Mon intention est de les augmenter progressivement, si l’ennemi m’en donne le temps, de manière à former là un camp retranché inexpugnable. Il préparera tout ce qui est nécessaire pour faire sauter le pont. C’est ce général qui en sera responsable et qui mettra le feu au pont de sa propre main, au moment, où le duc de Bel lune l’ordonnera.
Enfin, le général Lery, avec l’autre portion de sapeurs et les officiers du génie, se rendra ce soir, avec le duc de Trévise, à Villenauxe. Les sapeurs et les voitures suivront le mouvement du duc de Trévise. Les officiers supérieurs qui pourront aller jusqu’à Sézanne, iront.
L’ordonnateur de la Garde se rendra ce soir à Sézanne. Tous les caissons vides seront envoyés pour se remplir de pain dans la direction de Paris ; et s’il y a des caissons chargés de pain et d’eau-de-vie, on les fera suivre, en ayant soin qu’ils soient bien attelés, car les chemins sont très-mauvais.
Nogent, 9 février 1814.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Donnez donc des ordres pour qu’on ne monte au dépôt de Versailles aucun Hollandais ni aucun Belge. De 150 hommes du 11e de hussards presque tous Hollandais, 40 ont déserté à cheval.











