Correspondance de Napoléon – Août 1806

Saint-Cloud, 6 août 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie quelques observations sur le traité de paix avec l’Angleterre. Sa rédaction me paraît encore loin de la maturité.

OBSERVATIONS SUR LE PROJET DE TRAITE AVEC L’ANGLETERRE

Je ne puis adopter l’article 4, parce qu’il a l’air de subordonner l’article 5 à l’article 4. Je n’ai point d’États à donner au roi de Naples. Je ne puis prendre cette forme. A effacer.

Article 5 : Pas besoin de m’embarrasser du roi d’Étrurie. Effacer. Ridicule de parler du prince de Neufchâtel et des arrangements d’Italie. Il ne faut pas plus que les Anglais se mêlent des affaires d’Italie que moi des affaires de l’Inde. Ne pas parler de cela.

Article 7 [8] : effacer le roi d’Étrurie.

Article 8 [9] : mettre l’Espagne. Il est vrai qu’elle n’a rien de pris; mais elle pourrait avoir quelque chose de pris dans l’intervalle.

Point d’article 10 [11] : Pourquoi la Suède ne conserverait- elle : la Poméranie, puisque personne ne la lui a prise ? Chose absurde. Si les Anglais persistent, on pourra dire que je reconnais la séparation faite de la Poméranie et son incorporation aux États de Suède.

Article 14 [15] : ajouter : « Les deux parties contractantes reconnaissent à S. M. le roi de Naples et de Sicile la décoration de l’ordre de Malte et le droit de la conférer à ses sujets, et ce comme un ordre privé et particulier à son royaume, sans que cela puisse lui donner aucun droit à Malte, car l’Empereur des Français renonce pour lui à tout droit de souveraineté et autre sur Malte. »

Effacer l’article 15 [16], comme contraire à l’unité respective des deux puissances; c’est un article d’armistice et non d’un traité de paix.

Article 16 [17] : effacer, idem.

Article 17 [18 ] : effacer. Qu’est-ce qu’une république que j’ai cédée à la Russie ? C’est ridicule.

L’article 18 [19] est mal rédigé. On pourrait mettre : « Les deux parties contractantes reconnaissent l’acte de médiation comme unique constitution et droit public de la Suisse. » Si cette rédaction conduit le négociateur anglais à ne pas vouloir de cet article, j’y consens.

ARTICLES SECRETS

L’article 1er parait vague. Faire aussi intervenir l’Angleterre dans les cessions avec l’Espagne; surtout ne pas parler de la Russie, ce qui est une chose qui ne regarde pas l’Angleterre.

Article 3 : évidemment ridicule.

  1. M. le roi du royaume uni de la Grande-Bretagne comme roi de Hanovre n’est rien; c’est avec le roi d’Angleterre que je stipule. D’ailleurs il n’y a pas assez de franchise dans cette rédaction. Mettre dans ce sens : « Les deux hautes parties contractantes s’engagent à réunir leurs efforts pour que S. M. le roi de Prusse restitue le Hanovre à l’Angleterre, sans délai, moyennant, 1° une restitution de toutes les prises, etc., comme à la fin de l’article second; 2° une indemnité prise autour de lui et équivalant à 400,000 âmes de population. Surtout ne parler en rien d’Anspach, ni de Clèves, ni de Neufchâtel.

Article 7 : si on ne veut rien dire de plus, inutile. Y suppléer par cet article patent : « Les deux parties contractantes prendront de bonne foi les mesures nécessaires pour que ce qui intéresse l’honneur des deux nations ne soit blessé d’aucune manière par les écrivains, orateurs, etc., de chaque nation. Toutefois il ne sera pas licite à l’une ni à l’autre de s’attribuer tout ce qui pourrait être fait et dit dans l’intérieur de leur gouvernement et de leurs assemblées, de part ou
d’autre.»

De sorte que ce traité est bien loin de me paraître encore mûr.

 

Le projet de traité auquel se rapportent les observations de Napoléon n’a pu étre retrouvé aux archives des affaires étrangères; la commission s’est adressée au comte de Flahault, ambassadeur de France à Londres, qui a obtenu du Foreign Office communication du document suivant, lequel porte en marge Projet. – R. by Mr. Godard, august 1 1806. (Voir aussi lettre à Talleyrand du 18 août.)

PREAMBULE. – [ One was proposed by general Clarke, but he said that it was ill writien, and that the Emperor would adopt any that might suit his Majesty.]
ARTICLE ler. – [As usual in treaties,friendship, amity, etc.]
ART. 2. [Cessation of hostilities.]
ART. 3. [Article about the prisoners, as usual; except, after] : soit  par terre, soit par mer, les otages enlevés ou donnés pendant la guerre et jusqu’a à ce jour, et tout sujet des puissances ci-dessus nommées qui aurait pu être retenu, etc. »
ART. 4. – Par suite des circonstances, et de concert avec Sa Majesté imperiale de toutes les Russies, la famille qui régnait à Naples et en Sicile devant obtenir d’autres États, les deux hautes parties contractantes se réuniront et se concerteront au sujet du nouvel établissement de cette famille.
Ou bien :
La France et la Russie s’étant entendues sur l’indemnité à donner à la famille royale ci-devant régnante à Naples et en Sicile, S. M. le roi du royaume de la Grande-Bretagne et de l’Irlande y déclare son adhésion.
ART. 5. – S. M. le roi du royaume uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande reconnaît le prince Joseph-Napoléon de France en qualité de roi des deux Siciles, le prince Louis en qualité de roi de Hollande, les rois d’Etrurie, de Bavière et de Wurtemberg, les grands-ducs de Bade, de Clèves et de Hesse-Darmstadt, le prince de Neufchâtel et les arrangements faits en Italie jusqu’à ce jour, desquels il a été donné connaissance.
ART. 6. – Quelque chose de très-clair sur les dettes; commissaires si l’on veut.
ART. 7. – S. M. l’Empereur Napoléon reconnaît S. M. le roi du royaume de1a Grande-Bretagne et d’Irlande comme souverain du Hanovre. Cette Souveraineté comprend toutes les possessions de Sadite Majesté Britannique dans le nord de l’Allemagne avant la présente guerre.
ART. 8. – Le présent traité est déclaré commun à LL. MM. le roi d’Espagne et des Indes; Joseph-Napoléon , roi des Deux-Siciles; S. M. Très-Fidèle la reine de Portugal; Louis-Napoléon, roi de Hollande; le roi de Suède; le roi d’Etrurie, et aux autres rois et princes désignés dans l’article 5, à moins que, par une déclaration expresse, l’un ou l’autre de ces princes ne fasse connaître qu’il ne veut prendre aucune part au présent traité. Les hostilités cesseront parmi ceux qui y participeront. [An additional article in case of the king of Sweden’s refusal]

ART. 9. – S. M. le roi de la Grande-Bretagne restitue à S. M. l’Empereur des Français, roi d’Italie, et à S. M. le roi de Hollande, toutes les possessions ou colonies qui leur appartenaient respectivement, dans quelque partie du monde qu’elles soient situées, soit qu’elles étaient été occupées ou conquises par les forces britanniques dans le cours de la guerre actuelle, soit qu’elles aient continué à être occupées par S. M. le roi de la Grande-Bretagne depuis le 25 mars 1802 à l’exception du cap de Bonne-Espérance.
ART. 10. Renonciation par l’Empereur, au nom du roi de Hollande, sur le Cap, etc., en faveur de Sa Majesté Britannique, qui le possédera en toute souveraineté; Sadite Majesté Britannique s’engage à y former un port franc, ouvert aux vaisseaux et bâtiments de toutes les nations et suffisant pour les recevoir.
ART. 11. Intégrité de la Suède. [In the project it was worded Intégrité de la Poméranie suédoise; but, on general Clarke being asked whether there would be any objection to the quaranty of all the king of Sweden’s dominions, he rep1ied none.]
ART. 12. – Si l’une des deux hautes parties contractantes, ou si l’une des puissances participant au présent traité avait perdu, au moment de la signature du présent traité ou subséquemment par suite des événements de la guerre actuelle, une ou plusieurs possessions, elles lui seraient restituées dans le délai prescrit par l’article.
ART. 13. – Les deux hautes parties contractantes se garantissent réciproquement l’indépendance et l’intégrité entière ét absolue de l’Empire Ottoman. [This article was said to be framed in conformity to an idea which prevails in the French government, that Great-Britain has sent out an expedition against some part of Spanish America. It was asked whether the words se and réciproquementmight be omitted. The reply was probably they might.»
ART. 14.. – Les deux hautes parties contractantes ne reconnaissent plus l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans leurs États, considérant l’impossibilité de le restituer dans l’île de Malte, déclarent qu’elles le regardent comme dissous quant à sa réunion en diverses Langues et nations et quant à l’obligation jadis contractée par ces Langues et nations unies de combattre les infidèles. En conséquence, S. M. l’Empereur des Français ne s’opposant plus à ce que Malte reste entre les mains de S. M. le roi de la Grande-Bretagne, il reconnaît que les îles de Malte, Gozzo et Comino appartiennent à Sadite Majesté en t6oute propriété et souveraineté.
ART. 15. – Renonciation, au nom du nouveau roi des Deux-Siciles, sur tout droit de souveraineté sur Malte, Gozzo et Comino.
ART. 16. – S. M. le roi du royaume uni, etc., déclare qu’elle ne tiendra pas en Malte plus de 3,000 hommes en temps de paix. Les bâtiments armés des puissances barbaresques ne pourront être admis dams les ports de Malte, de Gozzo et de Comino, lorsqu’ils seront en guerre avec la France ou avec le royaume des Deux-Siciles.
ART. 17. – S.M. l’Empereur des Français déclare que la garnison de Pondichery n’excédera pas 1,000 hommes.
ART. 18. – La  république des Sept-Îles est reconnue.  [As in the Russian treaty with France.]
ART. 19. – S. M. l’Empereur Napoléon déclare qu’il ne sera porté aucune atteinte à l’indépendance de la Suisse régie par l’acte de médiation. [The words underlined were the Emperor’s own.]
ART. 20. – Les territoires et possessions de S. M. Très-Fidèle sont maintenus dans leur intégrité, tels qu’ils étaient en vertu des traités existants, etc., reconnus par S. M. Britannique à l’époque du 25 mars 1802.
ART. 21. –  [Evacuations, cessions, etc., as usual.]
ART. 22. – [The 13th, article of the treaty of Amiens, sauf rédaction.]
ART. 23. – [14th of the same treaty]
ART. 24. – [15th of the same treaty.]
ART. 25. – [16th of the same treaty.]
ART. 26. – [17th of the same treaty.]
ART. 27. – [20th of the same treaty.]
ART. 28. – [22nd of the same treaty.]

ARTICLES SECRETS.

La France et la Russie s’étant engagées à obtenir de la cour de Madrid cession des îles Baléares au fils de Ferdinand IV, pour en jouir ainsi que ses héritiers, successeurs, etc., il aura le titre de roi en dédommagement de ce dont il devait hériter de Naples. S, M. le roi de la Grande-Bretagne déclare ne point s’opposer à cet arrangement, et l’aura pour bon et agréable. Il est convenu que le roi des îles Baléares ne pourra recevoir, ni en paix ni en guerre, d’autres troupes que celles d’Espagne.

AUTRE ARTICLE [2]. – S. M. l’Empereur ne s’oppose point à ce que le roi prenne le titre de grand-duc ou roi de Hanovre, et le reconnaîtra en cette qualité dès qu’il le désirera. Le roi s’engage à indemniser les sujets prussiens des pertes éprouvées sur terre ou mer. [It was observed to MM. Talleyrand and Clarke that this was absolutely impraticable. Upon which M. Talleyrand  said that these stipulations were usual in treaties, but seldom observed.
ARTICLE [3]. – S. M. l’Empereur et Roi et S. M. le roi de la Grande- Bretagne réuniront leurs efforts pour faire avoir au roi de Prusse, en Allemagne, une indemnité territoriale suffisante avec population de 400,000 âmes pour Clèves, Anspach et Neufchâtel, qu’il n’a plus.
AUTRE ARTICLE [4]. – Le roi pensionnera les chevaliers de Malte et autres attachés à l’ordre qui avaient des pensions sur Malte, Gozzo, Comino, et s’oblige à dédommager par un équivalent ceux de ses propres États.
AUTRE ARTICLE [5]. – Le roi de la Grande-Bretagne, etc., déclare que, pour montrer ses intentions amicales envers S. M. l’Empereur des Français, elle a résolu d’interdire aux membres de la famille Bourbon l’entrée de l’Angleterre proprement dite; et, si la cour se rendait en Écosse ou en Irlande, ils seraient tenus de s’en éloigner de 40 milles. [ General Clarke declared that this article was by no means founded on any personal hatred against the Bourbon family, but for the purpose of preventing a similar scene to that which took place at the lord Mayor’s dinner four years ago, when M. Otto was here, and also to prevent their intriguing spirit from having food for itself as hitherto. ]
AUTRE ARTICLE [6]. – S. M. le roi de la Grande-Bretagne déclare qu’elle fixera au Canada, ou qu’elle ne souffrira pas enfin dans ses possessions d’Europe, les principaux chouans qui seront désignés par la France ou dont l’existence en Europe parait contraire à la bonne harmonie rétablie entre les deux États.
AUTRE ARTICLE [7]. – Les hautes parties contractantes prendront de bonne foi et sincèrement tous les moyens que la constitution et les lois de leur pays leur permettent d’employer pour faire cesser, dès à présent, toutes invectives, personnalités et excès qu’on pourrait vouloir insérer soit dans les feuilles périodiques, soit dans tout autre écrit publié dans leurs États respectifs.
Elles s’appliqueront principalement à empêcher la publication et le cours de toutes feuilles périodiques ou écrits publics contenant de telles invectives, personnalités et excès qui seraient imprimés dans une autre langue que celle dont on se sert habituellement dans les pays qui leur sont soumis.
AUTRE ARTICLE [8]. – Les dispositions de l’article des évacuations, etc., sont déclarées communes aux habitants des possessions de S. M. Britannique en Allemagne, lesquels voudront en sortir dans l’espace de trois ans. [Il was observed to M. Talleyrand and Clarke that neither by the public nor secret article was any engagement taken by the Emperor to compel Prussia to evacuate Hanover; nor any time fixed for such evacuation. They replied that the bonnefoi de l’Empereur, was a sufficient guarant, but that they apprehended an article to this effect might be introduced.]

 

Saint-Cloud, 6 août 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, il ne faut pas souffrir que le consul d’Angleterre retourne à Livourne.

Autorisez mon consul à Tanger à faire partir sur un bâtiment neutre les chevaux arabes que veut m’envoyer l’empereur de Maroc, et chargez-le d’y joindre quelques muffoli, s’il y en a dans le pays.

 

Saint-Cloud, 6 août 1806

Au maréchal Soult

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 28 juillet. J’apprends avec plaisir la formation des magasins autrichiens. Si la cour de Vienne n’adhère pas à l’ultimatum que je lui ai fait notifier, ces magasins nous serviront; mais la paix avec la Russie et les négociations qui j’ai avec l’Angleterre me font croire que tout va se calmer, et qu’une paix profonde succédera à tous ces mouvements guerriers. Je n’en ai pas moins fait passer du renfort à mon armée; elle a près de 30,000 hommes de cavalerie. J’ai placé des réserves sur les différents points de la côte pour prévenir toute descente. J’ai une assez bonne armée en Italie, indépendamment des 40,000 hommes que j’ai dans le royaume de Naples, et j’ai signé un décret pour la levée de 60,000 conscrits. Je crois tout cela ensemble des raisons de paix plus que de guerre. Toutefois il vaut mieux en finir tout d’un coup que de poser le glaive et être fous les jours à recommencer.

 

Saint-Cloud, 6 août 1806

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous ai demandé un rapport sur Saint-Domingue; je vous prie de le faire et de répondre à ces questions :

1° Quels sont les ports sur la partie espagnole de l’île; s’en trouve-t-il où les frégates puissent entrer ?

2° Qu’est-ce que c’est, l’île de la Tortue ? Donnez-moi sa description, son étendue ; y a-t-il des mouillages ou des ports où des frégates puissent entrer ? Y a-t-il quelque établissement, de l’eau, du bois ?

3° Les mêmes questions sur l’île de la Gonave, sur l’île à Vache et sur la petite île de Cayemite. Donnez-moi une note sur cette question : Qu’est-ce que c’est, que le fort de Filet dans la rade du Port-au-Prince, ainsi que toutes les petites îles qui sont situées dans cette rade ? Donnez-moi la description de toutes les localités qui environnent le Port-au-Prince, le môle Saint-Nicolas et le Port et Fort- Liberté ; quel nombre d’hommes serait nécessaire dans chacune de ces places pour les défendre contre les noirs; les plans détaillés de ces trois villes; quelle est la largeur de l’isthme depuis le Port-au- Prince jusqu’au morne Rouge; quel nombre de troupes devrait occuper la presqu’île du sud, et de quel avantage serait l’occupation de cette presqu’île ? Quel plan le ministère de la marine propose-t-il pour soumettre Saint-Domingue; et, lorsque la paix sera faite, quel plan doit-on suivre pour que le commerce tire tout le parti possible de cette île ?

 

Saint-Cloud, 6 août 1806

OBSERVATIONS SUR VENISE CONSIDÉRÉE COMME PLACE FORTE

On peut venir sur les monti di Sabbia et au village de Cava Zuccarina. De là, on peut placer des batteries et passer il porte di Piave Vecchia, qui parait ne pas avoir plus de 50 à 60 toises de large. La batterie n° 14 ne peut en empêcher, puisqu’on en serait à plus de 1,000 toises. On se trouve sur-le-champ maître de tout le littoral de Cavellino, et on arriverait à la première heure du blocus sur le porto di Tre Porti. La batterie n° 14 tomberait ainsi d’elle-même ou serait enlevée. Ainsi l’aile gauche du blocus serait appuyée au porto di Tre Porti.

D’un autre côté, il paraît que rien ne peut empêcher de se porter sur le bord des paludi di Mella; que la petite île de Torcello ne parait pas suffisamment défendue, et qu’on se trouve assez facilement maître. de Barano; ce qui appuierait la gauche du blocus. Mestre en formerait le centre, et la droite serait à l’embouchure de la Brenta. Il paraît que des ouvrages aussi légers ne pourraient empêcher de pénétrer jusqu’à Chioggia. Ainsi on serait bientôt maître de Chioggia. Là, on trouverait le fort San_Felice. Comme on n’a pas de plan en grand, on ignore quelle espèce de respect on peut lui porter; cependant, cet ouvrage étant revêtu, il paraît qu’il serait susceptible de résister huit à dix jours.

Maître de Chioggia, on trouve des matériaux et des moyens pour organiser en deux mois une flottille avec des bâtiments tout plats. Maître de Burano, on ferait même chose de l’autre côté, et Venise se trouverait assiégée sur trois points et par deux flottilles, dans le temps qu’on attaquerait le fort de Malghera.

On aurait d’autant plus de facilité que, par la prise de porto di Piave Vecchia, on ferait entrer jusqu’à Barano les bateaux qu’on aurait construits à Trieste et ailleurs, et que, par Chioggia, on ferai entrer ceux qu’on aurait fait construire sur l’Adige et la Brenta. En moins d’un mois de temps, l’assiégeant serait maître des lagunes par la grande supériorité de ses forces et de son monde. Alors toute les petites batteries et bastions seront pris les uns après les autres  et Venise sera prise sans avoir touché ni au fort San-Nicolo, ni San-Lazaretto, ni à Alberoni, ni à San-Pietro, ni aux ouvrages de  Malghera. Il faut donc, pour qu’on se fasse une idée de la résistance dont Venise est susceptible, un plan de tous les forts, avec un mémoire, et de chaque batterie ou bastion dans l’eau.

Les porti di Malamocco, di San-Nicolò, di Sant’ Erasmo, paraissent assez bien défendus.

Le siège de Venise est d’un genre particulier; mais, pour pouvoir y confier 12,000 hommes de troupes et le matériel considérable qu’il y faut, cette place doit offrir quelque perspective de défense.

Deux mois de temps qu’il faut pour construire un matériel propre aux lagunes offrent d’autant moins de sûreté que l’ennemi, pouvant avoir dès longtemps médité l’attaque de cette place, peut s’y présenter dès les premiers jours du blocus avec 200 chaloupes canonnières et 200 bateaux plats. Si on lui laisse il porto di Piave Vecchia libre ou les Tre Porti, il fera entrer cet immense matériel par là, ainsi que par Chioggia, si on la laisse si faiblement défendue.

Il prendra le fort San-Felice, et tout le matériel tirant plus d’eau pourra sur-le-champ s’introduire dans les lagunes. Alors la batterie de Caroman tombera d’elle-même, et tout le littoral de Pelestrina, et Venise sera bien près d’être prise.

Il faut donc considérer Venise, 1° sous le point de vue de la difficulté à la bloquer et de la difficulté de faire des sorties; 2° sous celui de la défense de ses six entrées ou bouches, et ces six entrées ne sont pas les seules qui doivent attirer l’attention, car la Cava Zuccarina, qui se jette dans la mer, peut remonter des bateaux jusqu’au palude di Maggiore Valle.

On n’a pas besoin de dire que, pour peu qu’il y ait d’eau, cela sera suffisant, parce qu’on aura des bateaux plats, qu’on s’aidera par un fort halage, et qu’on amènera les bateaux où il y aura plus d’eau.

Maitre de la mer, on peut se maintenir maître de toutes les embouchures; mais, comme l’hypothèse où nous raisonnons est celle où on serait bloqué par terre et par mer, il est à croire que les mêmes moyens qui rendront l’ennemi maître de la mer lui donneront de grandes facilités, s’il y a quelques passages, de s’étendre dans les lagunes et d’en être maître.

Une escadre de 10 vaisseaux de guerre anglais, d’autant de frégates, d’une centaine de chaloupes, offrira une quantité immense de matelots, caronades, canons; ce qui n’empêchera pas l’armée de terre de faire construire sur la Piave et la Brenta une grande quantité de bateaux, qu’on pourrait même construire sur les lagunes. Avec les seuls constructeurs qu’on trouverait sur les rivières, on aurait bien des bateaux de cette espèce en un mois et demi on deux mois.

Les Autrichiens ont voulu conserver Venise; mais ils ne l’ont fait que parce qu’ils étaient certains d’être maîtres de la mer. Dans cette hypothèse-là même, ils ont fait une opération hasardeuse.

Aujourd’hui on pose toujours la question : Peut-on concevoir l’espérance de se maintenir dans Venise comme place forte si on n’est pas maître de la mer ? Les 12 ou 15,000 hommes qu’on laissera dans cette place ne seront-ils pas en l’air ? Et enfin quelles sont les dépenses, les travaux à faire pour se maintenir à Venise ?

Il faut une place à Malghera. Il paraît qu’il n’y a rien aujourd’hui. Cette place ne peut coûter moins de trois millions à construire; il en faudrait une à Chioggia, qui coûtera à peu près autant, il en faudra une qui garantisse Burano, c’est-à-dire bien occuper l’île de Torcello. Enfin il faudrait des forts pour occuper toutes les passes.

Cela ne paraîtrait pas suffisant; il faudrait en outre douze ou quinze forts, non en simples batteries de bois, mais des forts en règle, en maçonnerie et même avec contrescarpe, contenant chacun au moins huit pièces de canon, avec une casemate à l’abri de la bombe, pouvant se défendre et résister aux prames ou espèces de radeaux qu’on fabriquerait pour venir les attaquer. Mais que coûtera chacun de ces forts ?

Alors on comprend que la défense de Venise se trouve circonscrite; Chioggia prise, Malghera prise, on appuie la gauche de sa défense à Malamocco, la droite aux Tre Porti, et le centre sur la circonférence de douze à quinze forts. On ne peut pas supposer que ces forts pourraient se faire pour moins de 300,000 francs l’un. Ce ne serait jamais qu’une dépense de cinq à six millions. Ces forts seraient ainsi éloignés de 1,000 toises l’un de l’autre. Il y a des bastions revêtus 33, 34, 32. Il faudrait savoir ce que c’est, ce que coûterait un fort pareil. Sant’ Angelo della Polvere et Poveglia, éloignés l’un de l’autre de 2,500 toises, appuieraient bien cette ligne de forts. San-Giorgio in Alga, San-Secondo, Murano, San-Giacomo, il Lazaretto novo, la Madona del Rosario, San-Francesco del Deserto sont autant de points dont il faut avoir les détails.

Ainsi donc on considère qu’il n’est possible de mettre sa confiance dans Venise, d’y confier 12 à 15,000 hommes et un grand matériel qu’autant qu’on aurait à Chioggia un fort qui défende bien la passe et donne des facilités pour les sorties, une place à Malghera, qu’on se procure pour cette place des inondations telles qu’elles fussent d’une grande défense, qu’on construirait des forts à tous les canaux ou bouches qui entrent dans les lagunes, et qu’à cette défense, extrêmement incertaine, on en ajouterait une plus sûre et infaillible : des forts en maçonnerie appuyant la gauche au fort Alberoni, venant de là sur Poveglia, passant ensuite à Sant’ Angelo della Polvere, San-Giorgio, San-Secondo, San-Giacomo, l’île de Torcello, et enfin un fort qui serait établi dans l’île Sant’ Erasmo pour bien défendre le passage di Tre Portî; ce qui formerait la défense immédiate de Venise, ce qui lui conserverait le passage de ses trois grandes bouches et formerait une enceinte de 10 à 12,000 toises.

Cette enceinte serait flanquée à 1,000 toises par des forts en arrière, formant une ligne de douze à quinze batteries en bois, avec une estacade à fleur d’eau protégée et couverte par les forts. Cela donnerait à Venise une sûreté convenable.
Il ne resterait plus qu’à trouver un point central pour toute la défense.

Le plan et le mémoire qu’on a envoyés sont faits pour des personnes qui connaissent déjà Venise; il faut des détails sur les lagunes : combien de profondeur ? y a-t-il de la vase ? si un homme tombe, se noie-t-il ? est-il difficile d’y piloter, d’y fonder une maconnerie ?

Pour bien raisonner, il ne faut pas considérer les lagunes comme une défense insurmontable; il ne serait pas juste non plus de considérer comme s’il n’y avait pas de lagunes. Cependant on peut faire un raisonnement approché, vu que les lagunes peuvent être rendues praticables par une construction de 100 à 150 bateaux plats, ne tirant que 6 pouces d’eau, lesquels bateaux ne craindraient même pas d’être échoués pendant les basses eaux, parce qu’ils s’échoueraient les uns près des autres et formeraient un front inattaquable, et que toutes ces suppositions, un peu plus difficiles si on n’est pas
maître de la mer, sont très-faciles si on est maître de la mer.

Il faut considérer Chioggia comme une petite place à part qui contribue à la défense de Venise, avec laquelle il faut toujours conserver une communication par le littoral.

 

Saint-Cloud, 6 août 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous employiez à Milan M. Pugnani. Je n’ai point de renseignements sur le compte de M. Kevenhuller; vous pouvez le recevoir comme il vous conviendra. Au moindre sujet de plainte qu’il vous donnera, vous n’avez qu’à le chasser.

La disposition que vous vous proposez de prendre contre les sujets italiens qui ont porté les armes contre leur patrie est bonne; mais au lieu d’une mesure partielle, je ferai rédiger un décret général que je vous enverrai. Au préalable, faites arrêter ceux dont la police aurait à se plaindre, et retenez-les en prison jusqu’à ma décision. Envoyez-m’en la liste. En général, il n’y a pas de mal de montrer un peu de fermeté dans l’administration.

Le demande du général Lauriston me paraît sensée. Donnez ordre que tous les objets qui seront demandés par l’ordonnateur, pour le service de sa division , lui soient envoyés en argent. Comme je sais que le général Lauriston a un grand besoin d’argent, envoyez-lui un fonds de 50,000 francs pour dépenses secrètes et imprévues. Vous prendrez cet argent sur les fonds que j’ai destinés aux dépenses extraordinaires des généraux, et, s’ils ne sont pas suffisants, vous prendrez le reste sur mon trésor d’Italie. Envoyez-lui tout cet argent le plus promptement possible et en bons sequins.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

A M. Fouché

Lancez un mandat d’arrêt contre le nommé Fragneau accusé, dans votre bulletin du 2 août, d’avoir distribué, à la porte du théâtre de Montauban, des billets aux armes des Bourbons, et faites-le conduire à Paris sous bonne et sûre garde. Donnez ordre qu’on joue Richard Coeur-de-Lion à Montauban tant qu’on voudra. Faites arrêter six des jeunes gens les plus tumultueux et qui se sont le plus mal comportés dans cette affaire, et faites faire une liste de six autres à éloigner à trente lieues de la ville. Le maire doit avoir des renseignements sur tout ce qui s’est passé. Vous lui ferez dire que j’ai connaissance de cette affaire et que je n’entends pas que cela finisse ainsi. Vous me ferez connaître, avant dix jours, le nom des individus que vous aurez fait arrêter, et les familles à renvoyer de Montauban. Vous aurez soin qu’on saisisse les papiers de ceux qu’on arrêtera. Il faudrait s’assurer de deux ou trois meneurs comme celui qui est désigné dans votre rapport. Mon intention est, quand le crime sera bien constaté, de les punir de manière qu’ils servent d’exemple aux agitateurs. Envoyez à Montauban un observateur, qui donnera de fréquents rapports sur ce qui se passe, et ordonnez qu’un officier de gendarmerie s’y rende avec quelques brigades, si cela est nécessaire. Vous ferez expédier, dans la même nuit, pour Paris les individus qui seront arrêtés.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, j’approuve le fort projeté pour Kehl. Je désire cependant qu’on agrandisse le réduit H qui doit couvrir le pont éclusé sur la Kintzig, et qu’on y travaille cette année. Il sera nécessaire de construire les deux demi-lunes qui flanquent ce réduit.

Si les fonds faits pour le fort de Kehl étaient dépensés avant la fin de la saison des travaux, je déciderais alors s’il convient d’affecter un fonds supplémentaire pour ces travaux.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, j’adopte le projet pour l’île de Büderich. Je préfère l’hexagone à tous les autres projets. Je désire qu’il y ait une lunette immédiatement à la tête de pont, à peu près à la hauteur de la maison de Noé, que cette lunette se rattache à l’île de Büderich et qu’elle soit jointe par une caponière ayant fossé et palissade ait bastion P de l’hexagone, et que cela soit fait de manière que l’hexagone, par la nouvelle flèche, soit entier et exige une attaque séparée. Mon intention est que, cette année, on ne travaille qu’à l’île de Büderich et à la lunette formant la tête de pont de Wesel, et qu’on emploie la fin de la campagne à étudier les projets de l’hexagone pour m’en soumettre les devis, afin qu’on sache bien en détail la dépense dans laquelle on s’engagera, laquelle devra être terminée l’année prochaine. Comme j’approuve la masse des travaux, le génie les fera faire comme il l’entendra; mais comme, en fait de fortifications, le présent ne doit pas être perdu de vue, il faut que, cette année, on mette en état de défense l’île de Büderich et la lunette de la tête de pont; ce qui m’établira, dès cette année, une communication sûre entre la rive gauche et Wesel. Dans les nouveaux tracés de l’hexagone, on verra à tracer la lunette D de manière qu’elle dépende de Büderich et que, l’île prise, la lunette ne tombe
pas pour cela.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je désire qu’on travaille, cette année, aux contrescarpes de l’enceinte de Palmanova et aux neuf lunettes, afin qu’elles puissent être finies l’année prochaine. On a dû travailler, cette année, à réparer les casernes existantes. Ce qu’on propose pour les établissements militaires ne doit pas être pressé, excepté les magasins à poudre, s’il n’en existait pas à l’épreuve de la bombe.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, dans les projets envoyés pour Osoppo, je n’en vois pas pour la citadelle; c’est un projet que je désire surtout avoir. Il me parait assez inutile d’occuper par une enceinte bastionnée le bas de la hauteur d’Osoppo. Cette hauteur est impraticable; elle demande d’être améliorée dans plusieurs points, et je crois qu’il est nécessaire d’établir au pied des flèches qui protègent les sorties. Un chemin couvert, qui contournerait le pied de la hauteur en forme de camp retranché, ne peut être que convenable.

Le but de ces flèches serait aussi d’avoir des batteries rasantes qui flanqueraient bien le pied de la montagne, de manière que tous les accès du rocher soient vus, découverts et battus.

On ne voit pas ce que l’ennemi pourrait faire pour prendre un point de cette force, tandis que, si on portait les trois ou quatre millions qu’on propose de dépenser en bas, ce serait en pure perte. Quatre ou cinq petites lunettes ayant le but développé ici sont tout ce qu’il faut. Ces lunettes seraient des points forts, appuieraient le camp retranché, éclaireraient le bas des hauteurs, protégeraient les sorties, donneraient des feux rasants.

Quant au projet d’établir une place qui embrasse les deux hauteurs, il faut l’ajourner. Si on prend le parti d’occuper Venise comme place forte, il sera impossible de faire une place à Osoppo. Le grand avantage d’Osoppo, c’est qu’avec très-peu d’argent 500 hommes peuvent s’y défendre pendant un temps déterminé, et qu’une division tout entière doit pouvoir y trouver son refuge, s’y réorganiser sous sa protection, y avoir ses magasins et son dépôt.

Le général Lery ne fait pas connaître la situation de la forteresse, les points qui ont besoin d’être escarpés, les batteries faites ou à faire, la situation des bâtiments militaires, et ce qu’on fait aujourd’hui. Il faut lui demander un travail sur ces divers objets.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, le prytanée de Saint-Cyr va mal. Comme il est placé dans les attributions du ministre de la guerre, je désire que vous vous y transportiez un jour où on ne vous y attendra pas. On m’assure qu’il y a malprpreté et peu de discipline.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

DÉCISION

Le ministre directeur de l’administration de la guerre présente un rapport sur la demande du colonel les chasseurs hanovriens à cheval qui sollicite l’autorisation d’enrôler des Français dans ce corps. Défendre à ce régiment d’admettre aucun Français. Recommander aux inspecteurs aux revues d’être très-sévères sur cet objet, puisque ce n’est pas un corps français que j’ai voulu former. Me rendre compte de la situation de ce régiment, qu’il est convenable de réduire à raison de 150 hommes par escadron. Le ministre de la guerre me fera un rapport là-dessus mercredi prochain. Le Hanovre n’étant plus en notre pouvoir, il est clair qu’il ne sera pas possible de maintenir ce régiment à quatre escadrons.

 

 Saint-Cloud, 7 août 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, il est inutile de travailler à la ville de Monfalcone, qui est dominée de tous côtés. Quant an château situé sur une hauteur, il faut connaître, 1° si elle n’est pas dominée; 2° si de cette hauteur on peut se rendre sur les hauteurs de Gradisca en suivant le plateau, ce qui supposerait qu’on empêcherait l’ennemi de garnir le plateau jusqu’à la crête des hauteurs, puisque cela fournirait une bonne position.

Quant à l’enceinte bastionnée, elle paraît inutile. Il faut que l’ingénieur fasse connaître la situation actuelle du fort, si les fosséssont profonds et les contrescarpes bonnes. Il ne s’agirait plus alors que de faire un chemin couvert.

Je donnerai des ordres lorsque j’aurai une description de ce point. On comprend que 100 ou 150 hommes en vedette, occupant ce fort avec cinq ou six pièces de canon, protégeraient le chemin de l’Istrie à Palmanova, et, pendant les moments qui précèdent la reprise des hostilités, seraient une cause d’inquiétude pour l’ennemi. Mais cela ne peut jamais valoir la peine de dépenser plus de 10 à 12,000 francs.

 

Saint-Cloud, 7 août 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je ne sais pas pourquoi je ne reçois qu’aujourd’hui 7 août, vos lettres du 2; il me semble que j’aurais dû les recevoir hier.

Je vous ai déjà dit que c’était une très-grande maladresse que d’envoyer des hommes isolés en Dalmatie; c’est les exposer à périr. Réunissez-les aux dépôts, et, lorsqu’il y en aura un certain nombre, vous m’en rendrez compte; je les ferai passer par mer, quand la saison sera moins chaude. Envoyer un conscrit ou un homme sortant des hôpitaux faire vingt lieues sur le littoral de la Dalmatie par le temps qu’il fait, c’est l’envoyer à la mort.

Les Croates sont voleurs; il ne faut donc pas s’étonner de tout les voleries qu’ils peuvent avoir faites à nos troupes. Il n’y a là de sérieux que d’avoir attaqué les derrières de troupes. Il faut en écrire à M. de la Rochefoucauld, qui en portera plainte à la cour de Vienne.

En général, tout ce qui est contenu dans le rapport du général Charpentier me paraît un peu ridicule. Nous sommes au mieux avec les Turcs, et je ne vois pas là de faits qui puissent faire suspecter beaucoup les Autrichiens.

Il faut faire arrêter les déserteurs brescians, et faire en sorte qu’ils ne restent point tranquilles chez eux.