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Mémoires du capitaine Marcel – Chapitre 7

CHAPITRE VII

 

Maximilien Sébastien Foy
Maximilien Sébastien Foy

La division recommença ses courses, tantôt aux trousses d’El Pastor, tantôt à celles de Mina ou de Longa, mais ce furent des fatigues inutiles. Voyant que nous ne pouvions saisir les bandes pendant le jour, le général Foy donna l’ordre de ne marcher que la nuit; la chose n’alla pas facilement, surtout pendant les premiers jours quoique ayant de bons guides, il nous arrivait souvent de nous perdre dans ce pays montagneux, sans chemins, et l’obscurité forçait les soldats à allumer les chandelles dont ils étaient toujours munis : on aurait dit une procession de pénitents. Mais l’ennemi était toujours mieux renseigné que nous et il venait immanquablement de partir lorsque nous arrivions; un matin pourtant, au moment où les 2e et 3e bataillons du régiment arrivaient à la petite ville de Léquétio où ils devaient séjourner, 300 bandits vinrent se jeter dans nos jambes et se rendirent sans résistance (1).

Nous restâmes douze jours à Léquétio et y fûmes fort bien de toutes façons. J’étais logé chez un riche bourgeois, très versé dans la littérature et auteur de plusieurs ouvrages renommés. Il avait quatre filles, peu jolies mais fort instruites et spirituelles, et parlant toutes le français. La maison possédait un magnifique jardin, donnant au bord de l’Océan, et souvent minuit sonnait que j’y étais encore avec Adèle, l’aînée des quatre; que de ressources j’ai trouvées en cette femme sous le rapport de l’amabilité et de la conversation, et que ces douze jours passèrent donc promptement! Je n’avais encore jamais rien voulu promettre à aucune femme lorsqu’elle me faisait des offres d’établissement, mais je ne pus résister à Adèle. Soit pressentiment des désastres que nous allions essuyer, soit raisons données par mon hôte qui, au courant de la politique, savait ce qui allait arriver, je fus tenté d’accepter les offres du señor Alvarez, car j’étais bien certain d’être heureux avec Adèle. La nuit de notre séparation fut à la fois bien douce et bien pénible, mais il fallut pourtant se quitter pour ne plus se revoir.

La brigade devait se concentrer près de Bergara mais, en cours de route, les compagnies de voltigeurs du régiment se réunirent à celles du 6e léger pour aller à Irun chercher l’épouse du général Foy qui venait rejoindre son mari et l’escorter jusqu’au quartier général. Deux jours de marche nous suffirent pour gagner presque les frontières de notre patrie que nous saluâmes avec joie et que nous ne devions d’ailleurs pas tarder à franchir.

De retour à Bergara, le régiment fut envoyé en expédition à la petite ville d’Ybar (2), célèbre par sa manufacture d’armes : quelques paysans nous dirent qu’une grande bataille avait dû se livrer dans les environs de Vitoria, car ils avaient entendu une violente canonnade. L’expédition fut rapidement terminée, et le régiment rejoignit Bergara. Au moment où nous entrions dans la ville, nous vîmes une troupe en débandade arriver et se jeter dans nos rangs : c’était la garnison de Mondragon qui, sans ordre et sur le bruit que l’armée était en pleine retraite, avait abandonné son poste. Le général Foy, très mécontent du chef de cette troupe, lui ordonna d’y retourner et d’y rester sous peine d’être fusillé : pour plus de sûreté il fit partir avec eux les voltigeurs du 69e. Ma compagnie, dont c’était le tour, prit l’avant-garde, sans avoir posé les sacs ni s’être reposée et fit, sans broncher, les 4 lieues qui nous séparaient de Mondragon. Cette petite ville était déjà occupée par les guérillas qui s’y installaient : je lançai mes tirailleurs mais, aux premiers coups de fusil, tous les partisans s’enfuirent et disparurent dans la montagne.

La bataille de Vittoria
La bataille de Vitoria

Nous ne savions encore rien sur l’affaire de Vitoria; nous n’avions vu personne, ni fuyard, ni courrier sur la grande route que nous occupions, mais la joie qui était peinte sur le visage des bourgeois et paysans espagnols nous donnait à penser que nous n’avions pas été victorieux; plusieurs soldats du régiment, qui avaient su sans doute la nouvelle par des femmes, dirent à leurs officiers que des courriers espagnols étaient allés partout annoncer que notre armée était en déroute. Vers le soir le général Foy, sur la figure duquel se lisait l’inquiétude, donna l’ordre de départ et envoya à la division italienne, qui était vers Bilbao (3), l’ordre de marcher à notre rencontre et de se joindre à nous. Je me souviendrai longtemps de cette nuit (4) : toujours en route et n’ayant pas fermé l’oeil depuis cinq jours, la fatigue et le sommeil finirent par m’accabler tellement que je me laissai tomber dans un sillon dès que l’on fit halte : rien ne put me tirer de mon sommeil pendant les deux heures que dura cette halte, pas même la pluie qui tomba pourtant avec une telle violence que j’étais, sans m’en apercevoir, dans un vrai ruisseau.

Ce fut cette nuit-là du 21 au 22 juin que nous eûmes, par quelques fuyards, des détails sur la bataille. Les Anglais, dirent-ils, débouchèrent par où on ne pouvait supposer qu’ils arriveraient; nos troupes, attaquées par derrière et n’ayant pas le temps de recevoir les ordres, se mirent dans une affreuse confusion (5) : il n’y eut que deux divisions de l’armée de Portugal qui se battirent avec un courage héroïque; tout le reste, infanterie, cavalerie, artillerie, fut saisi d’une terreur panique et se sauva si vite et dans des directions si différentes que les Anglais ne ramassèrent que 800 prisonniers, pour la plupart hommes attachés aux bagages (6). Le butin fait par l’ennemi était considérable car l’armée française emmenait avec elle ce qu’il y avait de plus précieux dans Madrid, la fortune particulière de plus de 15 000 familles espagnoles qui s’étaient dévouées à nous et nous suivaient, 4 millions venus de France et 150 pièces de canon (7). Jamais, assuraient-ils, on n’avait vu pareille chose.

Honoré Charles comte Reille
Honoré Charles comte Reille

Au régiment, nous fûmes tous heureux d’apprendre que le comte Reille, ne pouvant parvenir à rallier un seul bataillon, fut heureux de pouvoir faire couvrir la retraite par la brigade du général Fririon, notre ancien colonel, qui ne se laissa pas entamer par l’ennemi et recueillit le roi Joseph qui, culbuté dans un fossé, avait été secouru par un dragon français mais allait tomber aux mains des Anglais. Nous sûmes aussi que Mme Gazan, femme du général chef d’état-major de l’armée de Portugal, était tombée aux mains de l’ennemi avec ses filles.

Notre division, la division italienne et toutes les garnisons que nous avions appelées à nous pouvaient porter à 15 000 le nombre d’hommes placés sous les ordres du général Foy; notre artillerie était en bon état et nous avions un général aussi habile en tactique et connaissant mieux la topographie du terrain que le général anglais : nous étions donc en état de faire une retraite honorable (8).

Dans la journée du 22 juin, nous arrivâmes à Tolosa où passe la grande route de Pampelune; l’ennemi s’était dirigé de ce côté pour essayer de nous couper la retraite. Au moment où les voltigeurs d’avant-garde approchaient, ils virent un régiment portugais se dirigeant vers la ville : les portugais se retirèrent en voyant arriver le reste de la division et il n’y eut guère que quelques coups de fusil échangés de part et d’autre : les troupes prirent position sur la route de Pampelune, gardant les ponts de la Doria. La position fut maintenue le 23; mais, si cette journée fut tranquille, il n’en fut pas de même de celle du lendemain.

Dès le matin, les Anglais essayèrent de forcer la position (9) : le 69e leur montra qu’il n’était pas abattu par les revers et reçut de la bonne façon tous ceux qui se présentèrent; toutes les attaques furent repoussées. Vers les 6 heures du soir le bruit se répandit dans les rangs que nous allions être coupés de la ville par une colonne anglaise qui défilait sur nos derrières depuis longtemps Aucun trouble ne se manifesta parmi nos vaillants soldats qui continuèrent de se battre sans émotion. Un bataillon du 76e alla s’embusquer dans un défilé que devait suivre cette colonne et l’arrêta instantanément. Nous ne quittâmes nos positions qu’à 9 heures du soir après une journée bien longue pour tous, mais bien courte aussi pour d’autres, car le 69e perdit là 70 hommes et 6 officiers dont 3 morts (10) :je laissai là aussi le sergent Caillot de ma compagnie et le voltigeur Buot, tous deux mes compatriotes et tués glorieusement. En rentrant en ville, ma compagnie qui formait l’arrière-garde fut serrée de près par les Anglais jusqu’au pont : nous en fusillâmes quelques-uns qui s’étaient glissés dans les broussailles sur nos flancs, mais ils ne poussèrent pas plus loin, car deux bataillons du 6e léger, qui furent laissés dans Tolosa, y restèrent jusqu’à 3 heures et nous rejoignirent, sans être inquiétés, à notre bivouac installé à 2 lieues de la ville. L’ennemi ne fit plus aucune tentative d’attaque : notre petite armée se dirigea tranquillement vers la frontière et entra en France par Irun (11), le ler juillet 1813, avec toute son artillerie, sans avoir perdu une seule voiture de ses bagages et après avoir laissé une bonne garnison dans Saint-Sébastien.

La division fut établie dans les fougères sur la montagne en face du pont de la Bidassoa (12) on avait d’abord eu l’intention de conserver le pont et on avait établi un fortin de l’autre côté de la rivière, mais ce projet fut abandonné, le fortin (13) démoli et la position que nous occupions adoptée en fin de compte. Le temps était épouvantable, il pleuvait sans arrêter : les soldats, pour s’abriter, construisirent des petites baraques en fougère, mais l’eau les traversait assez vite et, pendant les trois semaines que nous restâmes là, il fut impossible d’arriver à se sécher. L’ennemi, occupé aux sièges de Pampelune et de Saint-Sébastien, nous laissa en repos.

Jean de Dieu Soult
Le maréchal Jean de Dieu Soult

Le maréchal Soult, qui avait été rappelé par l’Empereur à l’ouverture de la campagne d’Allemagne, revint prendre le commandement en chef de notre armée, qui fut réorganisée en moins de quinze jours et mise sur un pied plus respectable qu’avant l’affaire de Vitoria. Jusqu’alors je ne connaissais ce maréchal que de réputation, mais l’activité et l’habileté qu’il apporta à cette importante opération, confirmèrent la haute idée qu’avaient de lui les militaires qui avaient servi sous ses ordres. Il nous passa en revue et nous annonça que nous prenions le nom d’armée des Pyrénées (14); l’effectif était de 60 000 hommes, malgré le grand nombre de soldats que nous avions envoyés à Dresde, et tous les officiers manquants furent remplacés. Je fus nommé capitaine de voltigeurs et maintenu à la tête de la compagnie que je commandais depuis si longtemps.

Nous apprîmes bientôt la prise de Saint-Sébastien que les Anglais attaquaient vigoureusement mais que la garnison défendait non moins bravement (15). Cinq assauts avaient vainement été donnés; le général anglais Hill forma une colonne de 1 500 hommes d’élite pour faire un dernier effort : ses premières troupes furent écrasées, mais le feu prit parmi des piles de grenades et d’obus disposés sur le rempart pour être lancés aux attaquants et les deux compagnies de grenadiers qui défendaient la brèche sautèrent en l’air. Les Anglais entrèrent alors dans la ville et la garnison se retira dans la citadelle, où elle fut obligée de capituler quelques jours après, faute de vivres.

Malgré cela, l’ennemi n’eût jamais osé pénétrer en France sans la malheureuse expédition que nous fîmes pour délivrer Pampelune (16).

Ce fut le 22 juillet que toute l’armée se mit en mouvement pour marcher sur cette ville.

Les vivres étaient rares et difficiles à se procurer : pour en donner un exemple, il me suffira de dire qu’à Saint-Jean-de-Luz, il fut impossible de partir pour se rendre à la localité fixée pour le cantonnement du régiment : à 9 heures du soir, les rations n’étaient pas encore distribuées. La pluie avait tombé à torrents toute la journée et les états-majors et tous les employés de l’armée avaient pris les logements de la petite ville; ou mit le régiment dans les églises. Traversés comme nous l’étions, il ne nous restait qu’à chercher un petit coin pour nous sécher. Le capitaine Thomas, du 3e bataillon, et moi allâmes chez une dame qui, prenant pitié de notre état, nous fit donner un matelas sur lequel nous reposâmes quelques heures plus mollement que dans le meilleur lit. A 4 heures du matin, nous partîmes pour Saint-Jean-Pied-de-Port où nous prîmes les sentiers conduisant aux Pyrénées; ces sentiers étaient pénibles à suivre, tellement étroits qu’on n’y pouvait marcher que par un et tellement dangereux qu’il ne fallait pas chanceler, sous peine de tomber dans des précipices de 100 toises de profondeur. Le 25 juin, nous nous heurtâmes aux troupes anglaises gardant les défilés qu’elles avaient retranchés (17). Bien entendu, les voltigeurs étaient à l’avant-garde du régiment, qui, lui-même, précédait la division. Les premiers postes anglais furent enlevés vivement avant d’avoir eu le temps de se reconnaître et, si la marche eût été continuée rapidement, nous eussions pu nous emparer en un moment de ces passages, sans perdre beaucoup de monde (18). Mais on tâtonna, on attendit que la division fût réunie, puis on voulut régler notre mouvement sur celui des troupes à notre gauche; cette manœuvre, raisonnable en plaine, ne doit pas être effectuée dans des montagnes inaccessibles où on ne craint point d’être coupé et où chaque colonne doit forcer les passages où elle se trouve sans s’occuper des autres. Si chacun attend que l’autre ait réussi, personne ne fera jamais rien et on restera inactif, ce qui sera tout profit pour l’ennemi (19).

On envoyait compagnie par compagnie contre les Anglais, qui, bien postés dans des retranchements et voyant tout ce que nous faisions, nous fusillaient à découvert. Ma compagnie qui était de 132 hommes, tous solides et vieux soldats, reçut l’ordre d’enlever des tranchées qui contenaient sûrement un bien plus grand nombre d’Anglais; je fis sonner la charge par les cornets et nous marchâmes à la baïonnette, mais, comme nous allions arriver, un planton vint me dire, de la part du colonel, de m’arrêter où j’étais, de faire embusquer mes hommes et de tirailler sans avancer nous étions dans un fond, couvert de broussailles dont les balles coupaient toutes les branches; jugez quel abri et si nous n’eussions pas préféré marcher en avant. Nous n’étions pas à portée de pistolet des épaulements et j’eus en un instant plusieurs voltigeurs tués auprès de moi : je fus ajusté par un Anglais que, fort heureusement, je vis à temps : je me baissai et la balle traversa mon shako au milieu de la plaque qui portait le numéro 69 : sans mon mouvement, j’étais atteint en pleine figure. Je n’avais pas encore ramassé mon shako, qui avait roulé à terre, que le caporal Dastal avait déjà étendu à terre l’Anglais qui avait tiré ce brave caporal, vieux soldat qui avait vingt ans de service, fut tué un instant après. J’avais déjà 28 hommes hors de combat lorsque la compagnie de voltigeurs du 1er bataillon et une compagnie de fusiliers de ce même bataillon, vinrent me relever : je recommandai aux deux capitaines de montrer le moins possible leurs soldats, puisqu’on ne voulait pas avancer, mais, malgré tout, ces compagnies perdirent beaucoup de monde.

Le capitaine Callet, des voltigeurs du 1er bataillon, reçut une balle dans le ventre et mourut deux jours après. Ce fut une perte immense, d’abord pour moi qui n’avais pas de meilleur camarade, ensuite pour le 69e qui voyait disparaître un de ses meilleurs officiers, un homme qui aurait pu prendre avec justice la devise du chevalier Bayard. Un vieux serviteur, le sergent Harvier, fut tué à côté de son capitaine. Nous restâmes dans cette position jusque vers 2 heures du matin : à ce moment, une patrouille vint avertir que les retranchements étaient évacués et le régiment se remit en marche. Les Anglais avaient abandonné plusieurs blessés dans les tranchées, ce qui nous étonna beaucoup, car ce n’est pas leur habitude nous dûmes en conclure qu’ils avaient perdu beaucoup de monde.

Il fallut, pendant plus de deux heures, traverser des forêts épaisses qui n’avaient sûrement jamais été parcourues depuis l’époque du fameux Roland, puis nous débouchâmes dans la vallée de Roncevaux, où les différents corps de l’armée arrivaient de tous côtés pour se rassembler (20). Les autres colonnes n’avaient eu à vaincre que de légères résistances, l’ennemi se repliant toujours pour se concentrer plus en arrière.

La division appuya fortement à gauche, traversa pendant deux jours des montagnes élevées et désertes, mais facilement praticables, et découvrit enfin devant elle une sorte de plaine assez grande et assez fertile où était la ville de Pampelune; nous pûmes distinguer une citadelle très forte.

Depuis une quinzaine de jours, la division était commandée par le général Maucune et notre brigade par le général Fririon, dont la venue avait été saluée avec joie par les soldats aussi bien du 6e léger que du 69e (21).

Le général François-Nicolas Fririon
Le général François-Nicolas Fririon

Nous étions tout disposés à agir vigoureusement, mais n’en eûmes pas l’occasion. Le gros de notre armée avait suivi la grande route, mais cette route, avant de déboucher dans la plaine dont j’ai parlé, passe au pied d’une position très forte que les Anglais avaient fortifiée; malgré des attaques réitérées, nos troupes ne purent jamais l’enlever et, pendant ce temps, c’est-à-dire pendant quatre jours, nous restâmes, par une chaleur très forte, à contempler la plaine et la ville (22). Je ne sais si, réellement, on voulait délivrer la garnison de Pampelune, mais il est à présumer que, si l’on eût fait passer la majeure partie de notre infanterie et de notre cavalerie par le chemin que la division avait suivi, le gros des forces serait arrivé à une lieue de la ville sans rencontrer d’obstacle, aurait fait facilement sa jonction avec les 4 000 hommes de la garnison, et les Anglais auraient été contraints d’abandonner la montagne contre laquelle se brisèrent les efforts de l’armée.

Le général anglais Rowland Hill
Le général anglais Rowland Hill

Après cela, il était urgent de partir, car nous savions que le général Hill détachait sur nous une partie des 30 000 hommes qu’il avait à Saint-Sébastien et, d’autre part, nous n’avions que les quatre jours de vivres emportés de Saint-Jean-de-Luz, et il était impossible de s’en procurer d’autres dans ce pays presque inhabité. Avant que notre mouvement commençât, les Anglais envoyèrent vers la division quelques détachements qui eurent affaire aux compagnies d’élite du 6e léger le combat fut assez vif et un capitaine de ce régiment fut tué. A la nuit, la retraite commença; nous laissâmes filer le 6e léger et primes sa place. Les chemins étaient tellement affreux que, à la pointe du jour, les compagnies de voltigeurs du 69e, qui devaient soutenir la retraite et se mettre en marche les dernières, n’avaient pas encore fait un demi-quart de lieue. Nos hommes avaient le ventre vide car, depuis quatre jours, notre nourriture se composait de quelques pommes de terre cuites sous la cendre : malgré tout ils escaladèrent rapidement le sommet d’une montagne à droite du chemin et nous y prîmes position (23).

L’ennemi, paraissait vouloir nous attaquer, mais, vu notre emplacement, nous étions bien sûrs d’avoir l’avantage lorsque, d’un rocher où nous n’aurions jamais cru qu’on pût amener du canon, partirent cinq à six coups à boulets qui tuèrent les deux lieutenants de voltigeurs des ler et 2e bataillons, huit soldats et emportèrent les jambes à trois hommes de ma compagnie à qui je donnais un ordre. Peu d’instants auparavant, le général comte Reille était venu et avait dit, en ma présence, au général Maucune de ne pas tenir longtemps les positions qu’occupait sa division. En dépit de cet ordre que j’avais distinctement entendu, on tint longtemps, plusieurs mamelons furent chaudement disputés, et finalement ma compagnie et celle du capitaine Thomas restèrent les dernières, très loin de notre régiment mais fort près des Anglais; le général Fririon était resté avec nous. Je lui fis remarquer que les Anglais venaient de mettre sac à terre pour mieux monter et que plusieurs de leurs compagnies étaient bien en arrière de nous sur nos flancs et pouvaient facilement nous couper la retraite :

« Morbleu, me répondit-il, vous avez une compagnie de voltigeurs et de voltigeurs du 69e : si les Anglais vous cernent, on fera brèche avec les baïonnettes et, si nous ne pouvons passer, nous mourrons tous ensemble! »

La mêlée fut rude, les officiers durent se servir de leurs épées et mon lieutenant, M. Frédure, abattit plusieurs Anglais à coups de pierre. Un officier ennemi nous criait de nous rendre, que nous serions respectés; je lui répondis d’arrêter ses soldats et de venir se mesurer avec moi seul, pour savoir lequel des deux se rendrait; mais il fit la sourde oreille et finalement nous pûmes passer les Anglais haletants ne pouvaient plus monter et s’arrêtaient à chaque pas. Cette journée fut épouvantable : la chaleur, la fatigue, la faim et la soif nous accablaient, on ne trouvait pas d’eau, même dans les vallons les plus profonds, et plusieurs soldats moururent brusquement en quelques minutes. Nos deux compagnies marchèrent tout le reste du jour et toute la nuit à travers la montagne, sans suivre de chemin, sans rencontrer un village ou une maison, et ce ne fut qu’à l’aube que nous pûmes rejoindre la division. A Saint-Martin d’Arrosa, près de Saint-Jean-Pied-de-Port, des vivres furent enfin distribués et, deux jours après, l’armée avait repris ses positions. Cette fatale expédition nous coûtait au moins 8 000 hommes, sans aucun résultat (24).

On prétend que Wellington, le soir de la bataille de Vitoria, avait invité à dîner la femme et les filles du général Gazan, prises avec les bagages, et qu’il avait demandé à ces dames si les généraux français avaient perdu la tête. En revenant de Pampelune, nous aurions pu faire la même demande.

Il y eut une période de tranquillité jusqu’au 28 août : ce jour-là, la division alla occuper le camp d’Espelette (25) où nous ne restâmes qu’un jour; à la nuit il fallut partir pour aller tenter le passage de la Bidassoa (26). Vers 10 heures du soir éclata un orage affreux qui rendit la nuit si noire que l’on ne voyait l’homme qui marchait devant soi qu’à la lueur des éclairs ; je tombai dans un chemin creux qui avait bien quinze pieds de profondeur et j’eus le dessous du coude coupé par les pierres : la blessure que j’avais reçue à cet endroit pendant la retraite des Arapiles, se rouvrit aussitôt et me fit terriblement souffrir.

Quand nous traversâmes Saint-Jean-de-Luz, la canonnade roulait déjà depuis la petite pointe du jour : on nous fit presser le pas. Le régiment reçut l’ordre de se former à la gauche du 6e léger sur les hauteurs bordant la Bidassoa : j’envoyai quatre de mes voltigeurs aider à transporter un général de division, le général Lamartinière (27), blessé mortellement, et que deux soldats, blessés eux-mêmes, ne pouvaient soutenir. Le feu commençait à se ralentir et nous n’avions pu débusquer l’ennemi des fortes positions où il s’était retranché : un autre général de division, nommé Van der Maëssen (28), avait été tué aussi et sa division avait perdu beaucoup de monde. Le maréchal Soult vint sur notre front et donna l’ordre au général Maucune d’aller bivouaquer sur la route de Pau. De là les régiments allèrent cantonner dans de pauvres villages autour de Saint-Jean-Pied-de-Port et les soldats furent employés à construire beaucoup de petites redoutes qui ne servirent d’ailleurs jamais.

Le 7 novembre, le bruit se répandit que l’armée ennemie, composée d’Anglais, de Portugais et d’Espagnols, avait passé la Bidassoa (29). Nous en eûmes confirmation le soir même et, le lendemain 8, toute l’armée fit un mouvement pour s’opposer à l’entrée de l’ennemi en France. Notre division reçut l’ordre de gagner, par Bidarey, les derrières de l’ennemi et de tomber sur les bagages qui étaient restés dans une vallée à deux lieues en arrière : les sacs furent déposés et l’on marcha rapidement. Ma compagnie formait l’avant-garde. Des bataillons espagnols, que les Anglais avaient laissés en arrière pour garder les bagages et les défilés qui conduisaient de ce côté, furent promptement repoussés et le régiment tomba à l’improviste sur les voitures. Le butin allait être complet lorsque l’ennemi, qui s’était avancé sur 0rogne, surpris d’entendre la fusillade sur ses derrières, détacha deux divisions pour venir nous couper la retraite; nous fûmes forcés de lâcher prise, mais mes voltigeurs prirent quantité de chevaux de main et de hardes des officiers anglais : plusieurs trouvèrent cinq ou six mille francs en portugaises et en quadruples, et si la nuit ne nous eût pas empêchés de continuer, nous eussions certainement fait une expédition fructueuse (30).

Bataille de la Bidassos
Bataille de la Bidassos

J’ai déjà dit que ma compagnie formait l’avant-garde : je veux dire quelques mots sur la bravoure de mes voltigeurs au moment de l’attaque. La compagnie du capitaine Rose vint avec moi quand le régiment se rassembla sur un plateau : nos deux compagnies continuèrent à marcher en avant, les deux capitaines en tête. Je reçus deux balles l’une traversa la capote que je portais roulée devant moi et s’arrêta au-dessus du téton gauche; l’autre me coupa la botte gauche et me fit une légère contusion. Pour empêcher l’ennemi de se reconnaître, les braves voltigeurs couraient toujours, une compagnie s’arrêtant et tirant pendant que l’autre avançait et ainsi de suite. Je n’eus que deux tués et huit blessés, et la compagnie du capitaine Rose à peu près autant. Mes voltigeurs enlevèrent une espèce d’étendard qui fut remis au général Maucune : j’ignore ce qu’il est devenu. Le 69e ne perdit qu’un seul officier et ce fut justement le colonel Guinand, qui avait remplacé le colonel Fririon et qui fut frappé d’une balle dans la tête vers la fin du combat; cet infortuné et brave officier avait vingt-neuf ans et quatre mois de service et n’attendait plus que la fin des huit mois qui lui restaient à faire pour demander sa retraite; il laissait une femme qui l’adorait et cinq enfants.

La division battit lestement en retraite, ne resta qu’une heure à Bidarey pour achever le ralliement et nous partîmes pour aller garder le pont de Cambo sur la Nive ; le régiment occupa des retranchements que l’on avait établis à un quart de lieue en avant de ce village (31). Ma compagnie occupait une tranchée vers la gauche et mes voltigeurs étaient tellement fatigués qu’ils s’endormirent dès qu’ils eurent déposé leurs sacs. Vers le soir les Anglais parurent et, comme nous nous apprêtions à combattre, plusieurs officiers me crièrent en français de ne pas tirer, leur intention étant de ne pas attaquer, ni maintenant ni la nuit : ils placèrent leurs sentinelles en face des nôtres et si près que ces hommes pouvaient se parler; je dois ajouter que ni Anglais ni Français ne se firent de démonstrations hostiles, ce qui arrivait fréquemment en dehors des combats (32), les soldats de ces deux nations manifestant plutôt une haine commune contre les Espagnols et les Portugais. Malgré tout, je passai la nuit en ne dormant que d’un oeil, quoique je puisse compter sur la surveillance de mes vieux compagnons. En pareille circonstance, il ne faut se fier qu’à soi-même et j’avais pour habitude, dans toutes mes gardes avancées, de laisser reposer la moitié de mon monde et de tenir l’autre sous les armes; de cette façon mes hommes n’étaient jamais accablés de sommeil, et mes sentinelles, que je visitais souvent, n’étaient pas susceptibles de s’endormir et de se laisser surprendre. A la tombée de la nuit, je leur faisais prendre un autre emplacement que celui où l’ennemi les avait vues le jour et je mettais un soin particulier à reconnaître les chemins qui conduisaient de mon poste aux factionnaires afin que, dans les nuits obscures, je ne fusse pas exposé à les dépasser et à recevoir des coups de fusil, ce qui arriva à plusieurs officiers que l’on prit pour des ennemis. D’ailleurs, toutes les fois que ma gourde était remplie, je leur faisais boire une goutte pour les tenir éveillés. Et il me fallait absolument agir moi-même, car je ne pouvais compter pour cela sur mes deux officiers, le lieu-tenant Frédure et le sous-lieutenant Gremont de Courtranges; tous deux étaient de bons officiers, fort dévoués et très braves, mais la jeunesse les accablait de sommeil et le second surtout était comme le prieur de Vendôme (33) : il dormait si fort que souvent j’étais obligé de lui passer les molettes de mes éperons sur les jambes pour l’éveiller.

La journée du 11 novembre se passa bien tranquillement, mais, le 12 novembre, la cavalerie anglaise parut subitement en masse sur la droite de la compagnie et força à la retraite plusieurs sections qui avaient été presque surprises : en même temps je voyais l’infanterie s’avancer vers moi comme pour m’attaquer (34). Je fis prendre les armes et, au même instant, l’adjudant-major Gugliéry arriva au grand galop me porter l’ordre de me retirer vers une seconde ligne de fortes tranchées et en faisant bonne contenance, car la cavalerie me débordait sur les flancs. Nous n’avions pas fait deux cents pas que nous aperçûmes les dragons anglais : je fis accélérer le pas sans courir et marcher avec beaucoup d’ordre et je passai moi-même derrière la compagnie pour m’assurer que tout allait bien. Voyant que les escadrons ennemis s’apprêtaient à nous charger, je fis arrêter et commandai le feu de deux rangs en recommandant de ne l’exécuter que quand l’ennemi serait sur nous; en voyant ces dispositions, les dragons firent demi-tour, et ma compagnie gagna sans encombre les retranchements. L’infanterie déboucha bientôt, mais elle ne fit que tirailler pendant quelques heures sans chercher à enlever nos retranchements. J’eus néanmoins 8 hommes blessés pendant cette journée.

Le 3e bataillon fut bivouaqué dans le cimetière de Cambo : je fis mon lit d’une pierre tombale et dormis fort bien. Mais je vis avec peine que nos soldats ne faisaient nullement attention qu’ils étaient dans un village français; les habitants s’étaient sauvés à l’approche de l’ennemi et le soldat n’épargna pas plus leurs maisons que celles de l’Espagne que nous venions de quitter. Le temps était froid et pluvieux, j’en conviens, et les hommes avaient absolument besoin de se réchauffer, mais ils auraient dû souffrir plutôt que faire du mal à leurs compatriotes déjà éprouvés par le fléau de la guerre; mais les dangers et les privations avaient endurci les coeurs, et ni les représentations ni les menaces des officiers ne purent empêcher la dévastation.

Dans la nuit du 14 novembre, le régiment partit pour aller bivouaquer près d’Hiscubeguya où il resta huit jours par une pluie continuelle, d’abord en plein air, ensuite dans des bergeries qui nous parurent des palais après ce que nous venions d’endurer. Le maréchal Soult, ayant reconnu que l’ennemi n’était pas encore disposé à passer la Nive (35), ordonna au général de division de laisser seulement un bataillon du régiment au Bas-Cambo et de placer les autres dans des maisons situées un peu partout dans les vallons de ce charmant pays. La maison qui fut assignée à ma compagnie, servait de retraite à une charmante demoiselle, nommée Gracieuse, que j’avais eu le plaisir de voir au Haut-Cambo, la première fois que le régiment s’y était arrêté, et où elle était venue nous offrir des pêches. Nous renouvelâmes connaissance et elle m’apprit qu’elle s’était sauvée de la maison paternelle, lors de l’occupation de son village par les Anglais, et s’était retirée dans la maison que nous venions d’occuper; elle me pria de vouloir bien lui laisser le petit cabinet qu’elle habitait et je recommandai à mes voltigeurs d’avoir pour cette demoiselle tout le respect que devait inspirer sa position. Comme elle ne pouvait plus communiquer avec son père et se trouvait dans la plus extrême pénurie, je lui offris ma table pour tout le temps que nous séjournerions là. Gracieuse était aussi aimable que charmante; fille d’un ex-prêtre marié, elle avait fait quelques études et parlait très purement le français, ce qui est assez rare dans cette contrée. Tous les officiers du bataillon se réunissaient dans mon logement pour jouir de sa conversation et l’entendre chanter; bien que les circonstances fussent tristes, elle cédait à nos prières et nous chantait de fort jolies romances et de belles chansons espagnoles.

Le 8 décembre, la division fut avertie que l’ennemi devait nous attaquer le lendemain à six heures du matin sur plusieurs points, afin de passer la Nive (36). Le 9, on battit la diane de bonne heure et nous étions prêts à l’heure dite pour recevoir l’attaque; rien ne se produisant, le régiment allait regagner ses logements lorsque la canonnade et la fusillade retentirent sur toute la ligne. Le régiment n’était pas avantageusement placé et reçut l’ordre de battre en retraite après une courte résistance. Éveillée par le bruit du canon, Gracieuse vint me demander ce qu’elle devait faire : je l’engageai à retourner dans la maison paternelle, mais les balles et les boulets tombaient de façon à lui en enlever l’envie. Le régiment commençait à se retirer et ma compagnie fut désignée pour former l’arrière-garde avec la 2e du 3e bataillon : je fis placer la pauvre fille à côté de moi et nous commençâmes notre mouvement de retraite, mais, lorsque les compagnies furent sorties du village, les cris des Anglais qui passaient la rivière l’effrayèrent tellement qu’elle voulut s’en retourner. Je n’avais pas beaucoup de temps pour réfléchir, les Anglais n’étaient pas à 50 mètres de nous : heureusement J’aperçus quelques-uns de leurs officiers et je leur criai d’accorder leur protection à cette demoiselle : ils me firent signe que oui. Alors je la quittai, lui assurant que je me souviendrais toujours de Gracieuse, mais que le devoir m’était plus cher que l’amour; je n’eus que le temps de rejoindre mes hommes en courant.

Les deux compagnies purent gagner sans encombre les hauteurs qui leur étaient assignées les Anglais, qui n’avaient pas tiré sur moi, nous laissèrent également faire tranquillement notre mouvement de retraite et n’avancèrent que très lentement. Sur ces hauteurs, nous nous trouvâmes seuls de nouveau et j’entendis sur la route de Saint-Jean-Pied-de-Port à Bayonne, en arrière de nous, une vive fusillade : je pensai que l’ennemi effectuait aussi le passage de la Nive à Ustaritz (37). En tout cas la division était, loin, je ne recevais aucun ordre et je résolus de me retirer; il était temps, les Anglais n’avaient éprouvé presqu’aucune résistance de la part du 39e qui était devant eux, et ils arrivaient promptement pour s’emparer de la route; nous étions cernés, on peut le dire. Je fis former en pelotons mes voltigeurs et la 2e et nous marchâmes sur les tirailleurs écossais en jupe courte, « les sans-culottes » comme disaient les soldats; ils s’écartèrent pour nous livrer passage.

Bataille de Nivelle
Bataille de Nivelle

Quand je fus tiré de ce mauvais pas, j’embusquai mes hommes derrière un fossé et, par un feu bien ajusté, j’arrêtai un régiment anglais qui se hâtait d’arriver à la route pour couper les fuyards du 39e. Je fus averti par un soldat que le 3e bataillon du régiment s’était arrêté et formé pour m’attendre me sentant soutenu, il fallut alors que les Écossais arrivassent sur moi pour me faire quitter mon poste. Un joueur de cornemuse me lâcha son coup de carabine de si près que la flamme me brûla le collet de ma capote et que la balle m’érafla l’oreille droite; le voltigeur Pensot fut plus adroit que ce sans-culotte et le coucha par terre de son coup de fusil : comme il n’y avait que le tronc d’un arbre arraché qui me séparait de l’Écossais, je courus lui passer mon épée à travers le corps car il me semblait qu’il n’était pas bien mort et je craignais nue autre attaque de sa part. L’ennemi n’alla pas plus loin : je rejoignis le régiment à 2 lieues de là et le bivouac fut pris dans un terrain si humide que l’on enfonçait jusqu’au-dessus du soulier; il ne fut pas possible d’allumer du feu et les malheureux soldats ne purent se reposer dans un pareil margouillis. Je restai debout à causer jusqu’à 10 heures du soir avec l’adjudant-major Charpentier qui partait à minuit pour Bordeaux avec quelques officiers et sous-officiers pour former le cadre d’un 6e bataillon (38).

A une heure du matin, nous primes les armes il pleuvait très fort et le froid était assez vif : il s’agissait d’attaquer les Anglais qui étaient restés sur la route de Saint-Jean-de-Luz et qui s’étaient retranchés dans une maison, soutenus par un régiment portugais (39). Je précédais le régiment avec ma compagnie et j’étais suivi par le 3e bataillon qui devait marcher directement sur la maison. On repassa la Nive; le terrain était si mauvais que les soldats y laissaient leurs souliers : malgré tout nous avancions, couverts par des haies et des arbres, et nous fûmes sur l’ennemi avant qu’il ait eu le temps de faire deux décharges. Je courais en avant avec quelques-uns de mes voltigeurs et je n’étais pas à 30 mètres des Anglais lorsqu’ils firent feu : je les vis distinctement faire demi-tour malgré les cris et les coups de plat de sabre de leurs officiers, et je m’écriai : « En avant la cavalerie! » bien que je susse parfaitement que nous n’en avions pas. Par un hasard extraordinaire, le maréchal Soult venait d’arriver sur notre droite avec une escorte de 20 chasseurs à cheval du 15e régiment : en entendant ma voix, le maréchal les envoya aussitôt et l’ennemi, en les voyant, craignit d’être sabré et sa déroute fut complète. Le lieutenant Massaubert, qui commandait ces cavaliers, fit charger à fond bien que le terrain fût peu favorable et, en moins de cinq minutes, fit 150 prisonniers. J’arrivai seul au milieu de cette bagarre, sabrant de tous les côtés. Un soldat anglais, en escaladant un mur bas, me lâcha son coup de fusil à bout portant, mais, comme il était plus haut que moi, il inclina trop son canon et ne toucha que le bout de ma botte : je crus bien que c’était mon dernier moment, mais il n’avait pas fait demi-tour qu’il était traversé d’un coup d’épée par le lieutenant Gouley de Clérey du bataillon : ce brave officier avait aperçu mon shako que je mettais au bout de mon sabre, lorsque je précédais mes voltigeurs en tirailleurs, afin qu’ils me reconnussent et ne tirassent pas sur moi; il s’était élancé et s’était trouvé à temps pour me secourir. Tous les voltigeurs et quelques fusiliers du 3e bataillon étaient arrivés : nous fîmes avec eux une vingtaine de prisonniers dont 5 officiers d’une taille gigantesque mes mains étaient pleines d’épées et de sabres (40). Le voltigeur Charbonnier fut seul blessé, mais, quelques instants après, je vis rapporter le lieutenant Massaubert assez grièvement atteint d’un coup de feu.

Au moment où le bataillon se reformait, le maréchal Soult arriva, me prit la main et promit de ne pas laisser ce trait dans l’oubli. Je ralliai mes voltigeurs et ils mangèrent la soupe que l’ennemi avait laissée. Le régiment nous dépassa et marcha en avant : les Anglais, voyant la manœuvre du duc de Dalmatie, firent repasser les troupes qu’ils avaient sur la rive droite de la Nive, pour secourir celles que nous attaquions; mais bien que deux régiments allemands eussent passé à l’ennemi au cours de l’engagement (41), la journée se passa simplement en tiraillerie assez forte où l’ennemi perdit plus de monde que nous. A 5 heures du soir d’autres divisions vinrent relever la nôtre et le régiment alla bivouaquer près d’une maison de campagne magnifique sur la route de Saint-Jean-de-Luz; le temps était si pluvieux que nous étions toujours mouillés jusqu’aux os : aussi, après m’être réchauffé au feu de mes braves voltigeurs qui avaient un soin tout particulier de moi, j’allai visiter la maison que je trouvai remplie de blessés français et anglais. Je finis par trouver un petit cabinet, servant à placer les cadavres de ceux qui venaient à mourir de leurs blessures : je fis ranger tous ces cadavres dans un coin et j’eus ainsi une place où mes officiers et moi passâmes deux nuits meilleures que dans la boue.


NOTES

(1) « Dans la nuit du 27 au 28 mai 1813, Foy porte sa division en deux colonnes sur Villaro pour cerner une bande dénommée le 1er bataillon de la Biscaye; mais l’ennemi est averti de notre approche et parvient à s’échapper… De Villaro, par une autre marche de nuit, Foy se dirige sur Guernica, où un autre « bataillon » de la Biscaye lui est signalé; il le pousse sur Lequeytio, l’accule à la côte :…traqués de toutes parts, les Espagnols… sont abordés à la baïonnette, jetés à la mer ou faits prisonniers. (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 204.)

A ce propos, pour prouver le moral de nos fantassins, le général Foy dit « que l’esprit et le sentiment font aller au delà des forces physiques, à la différence des peuples sans passion et des bêtes de somme qui, après un temps donné, succombent sous une certaine charge ».

El Pastor occupait dans le Guipuscoa une position menaçante pour nos communications… il finit par se réfugier dans les montagnes de la Navarre. (Ibidem, p. 206.)

(2) Ce doit être la ville de Elgo-Ybar qui fait l’objet du rapport suivant du général Foy au général Reille.

« … J’appris que Ybar était occupé par le 50e régiment anglais et un bataillon de chasseurs portugais aux ordres du colonel Harrisson… Cette action a duré peu de temps niais a été vive… L’ennemi a perdu 30 hommes tués ou blessés, nous avons fait 8 prisonniers. »

(3) La division italienne se composait de deux brigades que commandaient les généraux Balathier et Saint-Paul. La brigade Saint-Paul, qui avait participé aux opérations du siège de Castro, était à Bilbao et rejoignit le général Foy avec les garnisons de Durango, El Ovico et Salinas.

(4) « Le général Foy, détaché depuis plusieurs mois de l’armée de Portugal, dans la Biscaye… avait été rappelé trop tardivement de Bilbao vers Vitoria pour pouvoir se réunir à l’armée française… Foy gagna Irun » (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne à la suite du maréchal Soult, p. 111-114.)

« Laissant dans la place de Saint-Sébastien 2 000 bons soldats et une centaine de canonniers, Foy ramène ses troupes sur Ernani et Yartzun » (Girod de l’Ain, Vie utilitaire du général Foy, p. 213.)

(5) « On doit attribuer ce désastre aux mauvaises dispositions et à l’entêtement de Jourdan, qui ne voulut tenir aucun compte des observations de plusieurs généraux et persista à garder une position très défectueuse… Vers midi nos ailes, tout à fait débordées, furent attaquées par des forces considérables. Jourdan, voyant l’aile gauche tournée, la fait rapprocher du centre; 40 pièces contiennent pendant quelque temps les masses anglaises… mais le général Hill culbute la gauche… Le roi Joseph, voyant l’ennemi déjà maître de la route de Bayonne, ordonna la retraite par la seule voie qui restât alors, celle de Pampelune, et chargea le comte Reille de la soutenir » (D’Espinchal, Souvenirs militaires, t. 11, p. 147, 148, 150, 151.)

(6) Les Français avaient un effectif de 49 000 hommes environ (Gazan, 22 000 hommes; Reille, 7 000 hommes; d’Erlon, 10 000 hommes) : les Anglais en avaient plus de 80 000. Nous perdîmes environ 5 000 hommes tués ou blessés; beaucoup de prisonniers s’échappèrent, de sorte que l’ennemi n’en garda guère qu’un millier entre ses mains.

(7) « Les Anglais prirent : 120 pièces de canon, 400 caissons avec plus de 14 000 gargousses et environ 2 millions de cartouches, 1 500 voitures de bagages, le trésor et les équipages du roi… Le butin pouvait s’estimer, y compris l’artillerie, le trésor de l’armée, du roi et les fortunes des particuliers, à 100 millions » (D’Espinchal, p. 153-154.) 

« On vit Anglais et Français puiser en même temps au même tas d’or et remplir leurs poches sans faire attention les uns aux autres » (S. Blaze, Mémoires d’un aide-major). Cf. History of the War in the Peninsule, by Napier, livre XX, chap. viii, p. 346-347.

(8) Le général Foy avait 16 000 baïonnettes, 400 sabres et 10 pièces. (J.-B. Dumas, p. 113.)

(9) « La division Maucune était à Tolosa où elle avait laissé 7 à 800 voitures qu’elle escortait; par ordre du général Foy, elle vient prendre position au débouché de la vallée de Ségura pour arrêter les Anglo-Portugais… « Le mouvement de retraite, commencé dans la nuit du 24, s’effectue avec ordre malgré les attaques assez vives dirigées par l’ennemi, d’une part contre la division Maucune, d’autre part contre la brigade italienne qui forme notre queue de colonne. Le 24 au soir, Foy prend position à Tolosa et décide d’y tenir toute la journée du 25… L’armée anglo-portugaise, dirigée par le général Graham, s’avance en trois colonnes concentriques pour tourner notre gauche. Par une résistance énergique et savamment calculée, Foy parvient à gagner du temps en obligeant son adversaire à de longues marches de flanc dans les montagnes, puis, au dernier moment, se dérobant à une lutte inégale, il laisse les Anglais venir buter contre le poste de Tolosa qui ferme le défilé… Après avoir repoussé l’attaque et fait subir aux assaillants des pertes considérables, la nuit venue, il se retranche sur la forte position d’Andoain où il est rejoint par de nouveaux renforts venus d’Irun. Du reste, l’ennemi démoralisé ne cherche plus à nous poursuivre » Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 211-212.)

(10) « … Le 69e est un des meilleurs de l’armée; il a fait plusieurs feux de bataillon à bout portant, il a dû charger à la baïonnette; il est rentré à Tolosa sans pertes trop considérables. On doit les plus grands éloges à M. Guinand, colonel, et à M. Vincent, chef de bataillon » (Rapport du général Foy sur les opérations du 21 au 28 juin 1813.)

(11) « Foy, ayant appris que Reille, commandant en chef l’armée de Portugal, est arrivé sur la Bidassoa, considère sa tâche comme remplie, se met en relation avec lui et ramène ses troupes sur Ernani et Yarzun » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 213.)

(12) « La division vient camper à la Croix-des-Bouquets sur la rive gauche de la Bidassoa » (Ibid.)

(13) « C’était le blockhaus de Béhobie » (Cf. J.-B. Dumas, Neuf Mois avec le maréchal Soult, p. 114.)

(14) « … Le duc de Dalmatie procède à la réorganisation de l’armée qui comprendra 9 divisions et une réserve. Le général Foy reste à la tête de la 1re division, qui, avec la 7e (Maucune) et la 9e (Lamartinière), constitue l’aile droite sous les ordres de Reille. Les généraux Clauzel et d’Erlon commandent respectivement l’aile gauche et le centre, le général Villatte la réserve. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 215.)

Effectifs : aile droite (Reille), 18 000 hommes; centre (d’Erlon), 21 000 hommes; aile gauche (Clauzel), 18 000 hommes; réserve (Villatte), 15 000 hommes. (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne â la suite du maréchal Soult, p. 123.)

(15) Saint-Sébastien était défendu par le général Rey, qui avait sous ses ordres 2 862 hommes des 1er, 22e, 34e, 62e et 119e régiments de ligne. La garnison était réduite au tiers et n’avait plus un canon en état de faire feu quand elle sortit de la place avec les honneurs de la guerre.

« Le général Rey fut fait général de division en récompense de la vigueur qu’il avait déployée. Il prétendit qu’on aurait dû le faire « comte de Saint-Sébastien » et il répéta cette prétention si fréquemment que le sobriquet lui en resta.  » (Mémoires du général Thiebault, t. IV, p. 583, note.)

(16) « … Le maréchal Soult se décida à un mouvement offensif pour dégager Pampelune, car c’était là que s’était réfugié le roi Joseph après Vitoria; le général Cassan commandait la place. Laissant la réserve de Villatte sur la Bidassoa, il dirige le centre par la route de Bayonne à Pampelune » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 216.)

(17) Dès le 25 juin, Wellington avait fait couronner toutes les hauteurs qui aboutissent à Pampelune, notamment la montagne d’Oricain. (Mémoire sur la campagne de l’armée française dite des Pyrénées, par Pellot, p. 29.)

(18) « Le 25 juillet, la 1e division formant tête de colonne de l’aile droite gravit la chaîne qui sépare le Val Carlos de la vallée des Aldules… arrive au col de Lindux qu’elle trouve occupé par les Anglais… le combat dégénère en fusillade meurtrière; un brouillard épais permet à l’ennemi de décamper sans être poursuivi » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 216-217.)

(19) A rapprocher ce que dit Marcel des principes exposés par Kuhn dans son ouvrage sur la guerre de montagnes :

 » … On voit que l’engagement décisif ne peut avoir dans la montagne le caractère qu’affecterait une bataille rangée livrée dans une plaine ou sur un terrain ondulé, mais qu’il consiste en plusieurs combats isolés, souvent livrés à des jours différents et qui ne donnent de résultat que par leur ensemble. Il n’y a donc ni unité de temps, ni unité de lieu pour une bataille dans la montagne. » (La Guerre de montagnes, par le baron de Kuhn, Dumaine, 1880, p. 168.)

(20) Pendant que la colonne du centre suivait la grande route de Bayonne à Pampelune, les divisions des ailes devaient se réunir dans la vallée de Roncevaux.

(21) La 1re division avait la composition suivante : 1re brigade, général Fririon : 6e léger, 69e de ligne, 76e de ligne; 2e brigade, général Berlier : 36e de ligne, 39e de ligne, 65e de ligne – Les effectifs étaient bien réduits, car ces régiments ne comptaient en tout que 4 654 hommes.

(22) « La forte position était la montagne d’Oricain, au pied de laquelle est le petit village de Sorauren. … La position de Sorauren devenait de moment en moment plus formidable, les ennemis y arrivaient en foule… Il était glorieux d’entreprendre de pénétrer jusqu’à Pampelune, mais il eût été téméraire de persister à prendre les hauteurs que l’ennemi défendait » (Mémoire sur la campagne de l’armée des Pyrénées, par Pellot, p. 30.)

« L’attaque de Sorauren a été terrible… Tenter une nouvelle attaque nie paraîtrait une folie. Une bataille gagnée débloquerait Pampelune où nous ne pourrions rester… une bataille perdue conduirait les Anglais aux portes de Toulouse » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 217 et suiv.)

(23) « Vers sept heures du matin, le canon s’est fait entendre dans la vallée du Médiano… nous étions obligés de gravir des montagnes pour nous retirer… Sorauren avait été évacué, l’ennemi se précipitait sur la division Lamartinière, culbutait sur le chemin de Sorauren à Lanz les divisions du général Clauzel, prenait la grande route et faisait une pointe sur les contreforts de retraite… La brigade Fririon a été presque coupée. Vers une heure de l’après-midi, ralliement au-dessus du village d’Esain. Il y avait là en tout un corps de 10 à 12 000 hommes ramassés confusément des corps de Reille et d’une partie du corps de Clauzel. Il faisait très chaud, les hommes étaient exténués de fatigue… L’ennemi n’a pas poursuivi » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 220.)

(24) « Nous y laissâmes plus de 8 000 hommes » (Commandant Vivien, Souvenirs de ma vie militaire.)

(25) Camp de Souraïde près d’Espelette.

(26) « Le maréchal Soult tentait une nouvelle démonstration pour secourir Pampelune. La 1re division devait se placer en réserve du corps de Reille. Arrivée à la Croix-des-Bouquets, un contre-ordre l’envoie à Ainhoué pour s’opposer à une attaque possible des Anglais » (Cf. G.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne avec le maréchal Soult, p. 185 à 203.)

Ce combat est connu sous le nom d’affaire de Pont de Vera.

(27) Lamartinière (Thomas Mignot de), né en 1768, mort le 5 septembre 1813. Général de brigade en 1807, baron en 1808, général de division le 11 février 1813. Fut enterré à Saint-Jean-de-Luz. (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne, p. 203, note 2.)

(28) « … Ce général, resté avec ses troupes sur la rive gauche de la Bidassoa, conduit lui-même une compagnie pour forcer le passage. Atteint d’un coup de feu, il expire; ses dernières paroles sont des ordres de service » (Pellot, Mémoire sur la campagne de l’armée des Pyrénées, p. 52-53.) – Il fut enterré au sommet du mont de la Baïonnette.

(29) « L’attaque des alliés se prononçait le 7 au matin et la surprise des troupes françaises fut complète : Wellington lançait au même moment 20 000 hommes contre la Rhune et 24 000 hommes pour forcer la ligne de la Bidassoa… Les colonnes lancées au delà de la Bidassoa avaient déjà passé la rivière et étaient sur la rive droite quand l’alarme était donnée aux troupes françaises. Pas un coup de fusil n’avait été tiré devant Hendaye… L’attaque des alliés, dirigée en même temps contre les hauteurs de la Rhune et de la Baïonnette, était également couronnée de succès » (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne avec le maréchal Soult, p. 218 et passim.)

(30) « Cet engagement est connu sous le nom de combat de Gorospile. Les bagages étaient gardés par environ 5 000 Espagnols de Morillo et de Mina… Les Espagnols, abordés à la baïonnette, ont été enfoncés et poussés avec une telle vigueur qu’ils n’ont pas eu le temps de faire halte et de se rallier… On les a culbutés dans la vallée de Bastan, où ils se sont enfuis au delà d’Errazu. Les équipages de plusieurs régiments anglais étaient à Maya sous la garde d’un détachement de la 6e division anglaise et d’une centaine de chevaux des 13e et 14e dragons. Ces équipages ont été pris… Les soldats ont pris 150 chevaux ou mules, chargés d’effets… Le colonel Guinand du 69e fut tué… Se sont distingués particulièrement… le capitaine Rose du 69e » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 406.)

(31) La brigade Fririon avait été envoyée à Cambo pour améliorer les défenses de la tête de pont.

(32) Au sujet des « relations déplacées et contraires à l’esprit de la guerre » qu’on remarquait alors entre les avant-postes des deux armées, le lieutenant-colonel J.-B. Dumas (Neuf Mois de campagne, etc., p. 218, note 2) cite entre autres exemples le suivant : « Le 43e régiment anglais était réuni en colonne sur un terrain découvert à 20 mètres des sentinelles françaises. Durant plus d’une heure, celles-ci continuèrent à aller et venir comme si elles ne s’apercevaient de rien et avec une sécurité si complète que l’une d’elles déposa son sac à terre. Lorsque les Anglais reçurent l’ordre de marcher, un soldat anglais, quittant son rang, vint engager cette dernière à se retirer et l’aida à remettre son sac au moment où le feu commençait… C’est ainsi que ces vieux soldats comprenaient la guerre. »

(33) Vendôme (Philippe de) dit le Grand Prieur, né en 1655, mort en 1727, avait tous les défauts de son frère sans en avoir les qualités. Paresseux, entêté, brutal, digérait sur place comme un boa, le vin et les viandes dont il se gorgeait à chaque repas.

(34) « Le 12 novembre, vers midi, les colonnes anglaises se montrent, se disposant à franchir les gués soit en amont à Ptsassu, soit en aval à l’Aressore… Le feu s’engage de part et d’autre entre la brigade Fririon et les Anglais et dure jusqu’à la nuit… la pluie se met à tomber à torrents… la Nive grossie n’est plus guéable » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 228.)

(35) La Nive n’était plus guéable le 12 au soir, en raison des pluies continuelles. (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne…, p. 260.)

(36) « Dès le 15 novembre, le maréchal Soult avait constaté que la tête de pont ne pouvait pas offrir de résistance sérieuse et avait, en conséquence, ordonné de se retirer à la première attaque de l’ennemi, d’évacuer le matériel et de tout préparer pour la destruction du pont… Le 9 décembre au matin, l’armée anglaise franchit la Nive sur cinq points différents depuis Comba jusqu’au-dessous d’Ustaritz » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p 229-230.)

Les alliés font passer la Nive à six divisions (Pellot, Mémoire sur la campagne de l’armée des Pyrénées, p. 81) – Cf. J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne à la suite du maréchal Soult, p. 259 et suiv.

(37) « La division Clinton repoussait sans difficulté les trois bataillons de la division d’Armagnac, postés en face d’Ustaritz et commandés par le général Gruardet »(J.-B. Dums, Neuf Mois de campagne…, p. 269).

(38) « Vingt cadres de bataillons furent renvoyés pour former les divisions de l’armée de réserve à Bordeaux et à Toulouse » (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne…, p. 314).

(39) Cet engagement est connu sous le nom de combat du Baroillet.

 » …Dans la nuit du 9 au 10 décembre, le duc de Dalmatie masse toutes ses divisions sur l’étroit espace compris entre la Nive et l’Océan. Le général Hope occupait avec deux divisions anglaises et trois brigades portugaises le plateau de Bidart et couvrait par sa droite le chemin d’Arbonne avec un poste avancé vers Bassussarry. Ce poste est vivement enlevé… on fait 300 prisonniers » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 231-232.)

(40) Marcel fut cité pour ce fait d’armes.

(41) « Profitant de l’obscurité, le régiment de Nassau et le bataillon de Francfort, qui faisaient partie de la division Villatte, abandonnèrent nos drapeaux. Ils refusèrent d’ailleurs de prendre du service contre nous dans les rangs de l’armée de Wellington et se rendirent à Passages pour s’embarquer et rentrer en Allemagne » (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne â la suite du maréchal Soult, p. 280-281.