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Mémoires du capitaine Marcel – Chapitre 6

CHAPITRE VI

Huit lieues plus loin, nous entrâmes dans la province de Murcie et il nous sembla que le printemps était subitement arrivé. Le bataillon fut cantonné avec l’artillerie dans la jolie petite ville d’Albacete, pendant que la division poussait jusqu’à Alicante en attendant la reddition de Valence (1).

Logé comme un prince à Albacete, je fus quelques jours sans voir mes hôtes : j’étais servi par plusieurs domestiques qui étaient restés. Un matin on vint m’annoncer le maître de la maison, qui, rassuré par la façon dont nous nous comportions, venait pour rentrer chez lui. Nous dînâmes ensemble et il me pria de l’accompagner à deux lieues de la ville pour aller chercher sa famille et la ramener en ville : comme je lui témoignais quelques craintes, il me jura qu’il répondait de ce qui pouvait arriver et nous partîmes pour ramener sa femme, ses deux filles et son fils, jeune homme qui parlait français; à tout hasard je pris un fusil mais je n’eus pas occasion de m’en servir. Je fus fort bien accueilli par l’épouse de don Juan Lopez, mon hôte, et par ses filles; ces dames furent on ne peut plus joyeuses en apprenant la conduite que nous tenions dans le pays; plusieurs familles vinrent demander si la ville n’était pas brûlée. Je fus fêté par un grand nombre de dames charmantes et j’entendais qu’on faisait des compliments à l’infini sur mes manières et ma tenue j’aurais certainement rougi si je n’eusse été officier de voltigeurs.

Je n’avais pas demandé de permission au commandant Duthoya et j’étais dans des transes terribles au sujet de ce qui pouvait arriver pendant mon absence; j’aurais voulu que l’on partît le soir mais il me fut impossible de l’obtenir. Je pourrais compter cette soirée comme une des plus agréables que j’aie passées, sans la crainte que j’avais qu’il n’arrivât du nouveau à mon bataillon : « Convenez, disaient les dames, qu’on rencontre rarement autant de galanterie chez nos officiers. » On passa presque toute la nuit aux petits jeux et je fus traité comme le fameux marquis d’Alorna, un des plus galants cavaliers de la péninsule.

Au jour levant, nous partîmes en voiture pour Albacete; j’étais placé entre les deux sœurs, dont la modestie était si grande, qu’elles rougissaient toutes les fois que je les regardais. L’aînée, doña Rosalia, avait vingt-trois ans et la seconde, doña Aldegunda, n’en avait que dix-huit; néanmoins l’aînée me plut davantage que l’autre : brune, d’une taille svelte et d’un air enjoué, elle avait un petit pied mignon qui eût donné des tortures au plus chaste des hommes. Fort heureusement il n’y avait eu rien de nouveau en mon absence et même nous restâmes quinze jours dans la ville. Comme je l’ai déjà dit, je n’avais ni l’habitude ni le temps de filer le parfait amour, ayant pour principe, quand je ne réussissais pas, ce qui arrivait assez souvent, de ne point avoir de regrets : aussi je ne n’ennuyai pas pendant le temps que nous passâmes à Albacete, et mon aimable Rosalia se ressentit fort bien de ce que la fièvre m’avait quitté depuis quinze jours.

Louis Gabriel Suchet, duc d'Albufuera. Adèle Gault. Musée de l'Armée
Louis Gabriel Suchet, duc d’Albufuera. Adèle Gault. Musée de l’Armée

Cependant la ville de Valence s’était rendue au duc d’Albufera qui fit là 20 000 prisonniers dont 20 généraux et 800 officiers (2). Le 20 janvier, notre division, revenant d’Alicante, nous apporta l’ordre de déguerpir pour escorter un aide de camp qui se rendait près du roi Joseph pour lui annoncer la prise de la ville. Il ne me fut pas possible de cacher ce départ à doña Rosalia et ce fut un coup de foudre pour elle; le père, désolé, vint dans ma chambre et me fit les offres les plus avantageuses pour m’engager à rester chez lui; la mère me supplia, les mains jointes, de ne point abandonner sa chère fille qui lui avait confié ses secrets les plus cachés : doña Rosalia aurait tout quitté pour me suivre. Je ne pus partir qu’en promettant de revenir, « car, leur dis-je, je ne puis trouver un moyen une permettant de rester sans éveiller la méfiance de mes chefs ». Je m’évadai et partis rapidement pour attendre le bataillon sur la route, afin de ne plus être témoin de la désolation de toute la famille. Mon petit domestique, qui resta pour préparer les bagages, m’apporta le soir une bague de ma tendre Rosalia avec le billet suivant :

« Vous fuyez, ingrat ! J’avais tout avoué à maman pour qu’elle décidât mon père qui me chérit à vous faire des propositions qui devaient vous flatter; rien n’a pu vous décider à faire le bonheur de celle qui vous aime plus que la vie! Peut-être ne serez-vous jamais aussi heureux que vous l’auriez été au milieu de nous tous. Si je pouvais compter sur vos promesses, la vie me serait encore supportable, sinon il me faudra mourir pour vous oublier! »

J’aurais voulu qu’une balle vînt me frapper à ce moment afin de m’obliger à rester et retourner consoler cette fille adorable… Je fus longtemps avant d’oublier la maison de don Lopez.

Nous marchions très vite et nous fîmes 72 lieues en sept jours : les habitants étaient tous rentrés et nos soldats trouvaient, en arrivant dans chaque gîte d’étape, des baquets de vin pour se rafraîchir et des vivres tout préparés. Arrivé à Tolède, le bataillon attendit la division qui entra dans la ville cinq jours après (3). Nous devions, disait-on, marcher sur Salamanque où le maréchal Marmont réunissait l’armée pour aller au secours de Ciudad-Rodrigo (4) que les Anglais assiégeaient, mais, le our du départ, nous apprîmes que cette place venait d’être enlevée : la garnison qui n’était que de 600 hommes dut se porter tout entière aux brèches, laissant le derrière de la ville sans défense : pendant ce temps un habitant fit passer les Anglais par un passage souterrain et nos soldats durent capituler. Les Anglais ne mirent pas plus de temps à s’emparer de Rodrigo que les Portugais qui, en 1706, prirent la ville en quatre jours (5).

Notre division alla occuper les environs de Talavera de la Reyna, pays très fertile mais ruiné par le séjour continuel de nos armées. On ne peut pas dire que nous vécûmes, mais bien que nous végétâmes pendant trois mois, mourant de faim, obtenant avec peine quelques vivres, allant de village en village, et nous fûmes réduits à une telle extrémité que nos soldats, ne recevant que deux onces de riz par jour, vivaient d’oseille sauvage et de gros chardons très communs dans ce pays. Il fallait pourtant faire des détachements de 7 à 8 lieues sans manger. Notre 2e bataillon, qui occupait Oropesa, fut quinze jours sans recevoir de pain et vécut de pommes de terre toutes germées et de quelques châtaignes. Nous reçûmes cependant quelques voitures de biscuit de Madrid pour faire une expédition urgente. Il s’agissait de repousser deux divisions anglo-portugaises, commandées par le général Hill, qui marchaient sur Lugar-Nuevo où le duc de Raguse avait fait construire deux petits forts pour garder le pont que nous avions jeté sur le Tage à cet endroit. Nous retournions, bien malgré nous, dans cette maudite Estramadure où nous avions tant souffert l’année précédente.

Maximilien Sébastien Foy
Maximilien Sébastien Foy

Malgré la misère extrême, le général Foy donna aux officiers un bal où l’on fut tenu d’assister et qui dura jusqu’à six heures du matin. Comme on sortait, on apprit que les deux forts avaient été enlevés à une heure du matin, que les deux garnisons, à l’exception de quelques fuyards, avaient été prises et les fortifications détruites (6). Les troupes n’en marchèrent pas moins avec autant de vitesse que si le coup n’eût pas été fait; nous prîmes le chemin des montagnes, espérant arriver derrière les deux divisions ennemies, mais le général Hill était mieux informé de nos mouvements que nous des siens, et quand nous arrivâmes devant les forts, nous ne trouvâmes que quelques cadavres anglais et français et les échelles qui avaient servi à l’escalade. Les soldats. sentant l’inconvenance d’avoir donné un bal dans un moment aussi sérieux, disaient tout haut quand le général Foy passait : « Le général anglais est meilleur ménétrier que le nôtre, il nous fait mieux danser. » A Truxillo, l’ennemi était parti le matin, nous dit-on, et avait pris la route de Medelina. On le poursuivit encore une journée et, reconnaissant l’inutilité de ce mouvement, on s’arrêta et on fit séjour le 25 mai : nous faisions sécher du seigle qui n’était pas encore mûr et nous le dévorions pour calmer la faim qui nous déchirait.

Un capitaine du 6e léger obtint l’autorisation d’aller porter de l’argent à un de ses camarades qui avait été fait prisonnier de guerre dans un des forts de Lugar-Nuevo. A son retour, cet officier nous donna des détails sur la manière dont l’attaque avait eu lieu. La garnison du fort qui se trouvait sur la rive gauche du Tage, se composait de deux compagnies du 6e léger et de deux compagnies du 39e, soit, en tout, 350 hommes : c’était suffisant pour garder l’enceinte. Vers le soir, l’ennemi parut sur les mamelons environnants tout le monde prit les armes et repoussa vigoureusement ceux qui s’approchaient de trop près. A une heure du matin, deux régiments anglais vinrent en masse jusqu’aux bords du fossé de la première enceinte. Les soldats du 6e léger se battirent comme des lions : les officiers faisaient le coup de feu et maniaient la baïonnette comme les simples fusiliers : à peine les Anglais étaient-ils repoussés sur un point qu’ils couraient à un autre endroit, toujours encourageant leurs hommes avec ce sang-froid et ce calme qui caractérisent l’officier français. Une telle réception avait commencé à rebuter fortement messieurs les Anglais, lorsqu’une panique se déclara parmi les grenadiers du 39e qui abandonnèrent lâchement leur poste, coupèrent les cordes du pont-levis et allèrent se jeter avec tant, de confusion dans un bateau amarré au bord du Tage que le bateau chavira et presque tous périrent; l’ennemi revint alors à la charge et, trouvant le fort ouvert, y entra facilement. Les braves officiers du 6e léger furent tous blessés. Le major Aubert du 24e léger, qui commandait en chef, reçut quatre coups de baïonnette et trois coups de feu; il s’était placé sur le pont-levis baissé par les lâches du 39e et traversait de son épée tous les Anglais qui se présentaient. Deux vieux sergents du 6e léger, après s’être battus aussi vaillamment que leurs officiers, se firent sauter la cervelle plutôt que de se rendre. Ces braves compagnies du 6e léger qui, depuis dix ans, étaient de brigade avec nous, réclamaient, au moment de l’assaut, les officiers et les soldats du 69e.

L’ennemi, content d’avoir rempli sa mission, se replia sur l’armée de Wellington qui marchait sur Salamanque : il essaya d’enlever un détachement de 150 hommes du 6e léger qui occupait le vieux fort de Mirabella sur un sommet escarpé, mais ceux-ci résistèrent vigoureusement et nous pûmes ramener le détachement avec nous.

De retour à Talavera, la division reçut l’ordre de rejoindre, aux environs de Salamanque, l’armée dont elle était détachée depuis dix mois. Nous quittâmes ce pays avec joie, espérant trouver quelques ressources dans la Castille, mais la misère y était au comble (7). Celle que nous avons éprouvée dans l’Aube en 1816 et 1817 (8) n’est rien en comparaison de ce qu’ont souffert les malheureux Castillans pendant six mois de 1812. J’ai vu de mes yeux des gens aisés, riches même avant la guerre, disputer aux chiens des morceaux de mulets ou de chevaux morts depuis six jours. Un soir, avec plusieurs officiers, nous fûmes témoins d’une scène horrible : un enfant qui venait de mourir d’inanition fut mangé par ses petits camarades qui dévoraient devant nous ses membres décharnés.

A Avila, je fus désigné, contre mon gré, pour faire les fonctions de capitaine d’état-major auprès du général Foy : quoique sa table fût splendide en comparaison de celle des officiers du régiment, le service me déplut d’une telle manière que je le quittai sans rien dire au bout de quelques jours, ce qui me valut dix jours d’arrêts avec factionnaire à la porte; je trouvai cette captivité étrange, n’ayant jamais été puni de ma vie. Le colonel Guinand, qui était fort content que je ne restasse plus à l’état-major, me redonna ma compagnie de voltigeurs où le capitaine manquait toujours; à la tête de ces vieilles moustaches, j’étais aussi fier qu’un empereur romain.

Auguste Fredéric Louis Viesse de Marmont
Auguste Fredéric Louis Viesse de Marmont

L’armée manœuvra pendant quelques jours vers Toro et Fuentès de Saoüco où Marmont passa le régiment en revue : nous arrivâmes jusque devant la position qu’occupait l’armée anglaise, et la 2e division eut avec leurs avant-postes une affaire assez chaude qui resta sans résultat (9). Nous restâmes dix jours dans cette position, où tous, officiers et soldats, n’avions pour faire notre soupe que de grands chardons secs que nos hommes se procuraient : le bois était excessivement rare et il fallut démolir plusieurs villages pour faire du feu. On attendait la 8e division, commandée par le général Bonnet, qui se trouvait dans les Asturies et était forte de 8 000 hommes. Ce renfort nous eût été bien nécessaire pour reprendre Salamanque et dégager 600 voltigeurs qui, sur la promesse qu’on viendrait à leur secours avant huit jours, étaient restés de bonne volonté dans un couvent fortifié; il avait été convenu que, tant qu’ils n’auraient pas été obligés de se rendre, ils tireraient toits les soirs à minuit trois coups avec un canon qu’on leur avait laissé. Assiégés pendant douze jours et perdus au milieu de toute l’armée anglaise, ils repoussèrent cinq assauts; mais on tira sur eux à boulets rouges, le feu prit à des poutres renfermées dans l’enceinte et ils furent obligés de capituler. Wellington invita tous les officiers à dîner et les félicita de leur intrépide résistance. Le treizième jour nous n’entendîmes plus les coups de canon, signe que les voltigeurs avaient cessé toute résistance et, la division du général Bonnet n’arrivant toujours pas, nous décampâmes et allâmes tenir la ligne du Douro de Tordesillas à Zamora.

Le régiment fut envoyé à Toro (10) pour ramasser des vivres; on s’occupa de suite de moissonner, battre, moudre et fabriquer du pain et du biscuit. Un jour que le régiment revenait de faire une réquisition, ma compagnie, étant restée d’arrière-garde aux bagages, fut obligée de s’arrêter et de coucher à Arrevalo. Là je fis la rencontre d’une fort jolie petite Espagnole qui suivait le général Foy depuis Talavera ; j’avais eu l’occasion de la voir lorsque j’étais à l’état-major, de sorte que je liai conversation avec elle et l’engageai à venir le soir faire un petit tour de promenade; elle ne refusa point. Je me souvenais toujours des dix jours d’arrêts qui m’avaient été infligés à tort par le général Foy et je fus enchanté d’en tirer vengeance en ornant le front du général de division si cela ne lui causa aucune douleur, j’eus en tout cas beaucoup plaisir à passer une nuit délicieuse avec sa Gertrude qui était jeune et jolie.

Les Anglais étant venus occuper la rive gauche du Douro, nous nous resserrâmes en face du camp qu’ils avaient établi à Pollios; la rivière seule nous séparait. Concentrés comme nous l’étions, nous ne pouvions plus moudre le blé et ce fut alors qu’on se servit des moulins portatifs qui donnaient bien dix livres de farine pour soixante-dix hommes quand on avait passé une journée à tourner la manivelle. On fit racheter aux officiers d’infanterie tous les chevaux propres au service de la cavalerie, pour remonter les soldats de cette arme qui avaient perdu leurs montures; chargé de recevoir le prix de ceux qu’on avait trouvés bons dans le régiment et d’aller, par suite, à l’état-major, j’eus l’occasion de causer longtemps avec le duc de Raguse qui se montra fort honnête à mon égard : j’en fus agréablement surpris, car ce n’est pas toujours l’habitude des officiers généraux, comme si l’affabilité n’était pas profitable à la bonne exécution du service.

Le 14 juillet, nous retournâmes à Toro où arriva enfin la division Bonnet : elle était composée de beaux régiments et nous retrouvâmes avec grand plaisir plusieurs officiers qui avaient quitté le régiment pour former les cadres du 118e. Ce même jour, on fit réparer le pont de Tordesillas et le bruit se répandit que nous allions le passer pour marcher sur Salamanque (11). En effet, à la brune, les six compagnies de voltigeurs de la brigade le passèrent, mais, à deux lieues de là, on nous fit arrêter, puis rétrograder en détruisant le pont. Nous regagnâmes notre camp et l’armée passa à gué le Douro. Ce mouvement avait été si bien exécuté que l’ennemi, persuadé que nous passions à Tordesillas, avait porté toutes ses forces sur ce point et fait un faux mouvement : l’armée fut de l’autre côté avant que les Anglais en eussent connaissance. Ils firent une contre-marche immédiatement, mais nous avions eu le temps de nous mettre en mesure (12); les deux armées côtoyèrent pendant quatre jours les côtés d’un même vallon, s’arrêtant souvent, manœuvrant l’une devant l’autre et s’envoyant quelques boulets et obus qui n’avaient pas grand effet. Si nous avions eu une cavalerie aussi nombreuse que celle de Wellington, nous lui aurions pris quantité de bagages qui se trouvaient souvent fort en arrière. Le général anglais subordonnait ses mouvements aux nôtres et, loin de nous attirer, comme il le désirait, dans sa position près de Salamanque, ce fut nous qui le conduisîmes jusqu’à la Thormès, que l’armée franchit le 20 juillet près de Babilafuente.

Pendant ces journées de marche, toutes nos provisions furent mangées et plusieurs divisions commencèrent à se trouver sans pain. On attendait de Madrid un renfort de 18 à 20 000 hommes, infanterie et cavalerie, car notre armée ne comptait que 32 000 baïonnettes et au plus 1 500 dragons; bien que les Anglais eussent 56 000 hommes d’infanterie et 10 000 cavaliers, ils évitaient toujours le combat quand ils n’étaient pas dans une situation avantageuse.

Le 22 juillet, les Anglais se trouvaient placés sur des mamelons qu’on appelle « los Arapilès » la fusillade s’engagea dès le matin entre les postes avancés. On a dit que, comptant sur les bonnes dispositions de nos soldats, le maréchal Marmont avait voulu avoir seul la gloire de remporter la victoire sur les Anglais, sans le secours des troupes du roi Joseph (13). Je dois à la justice de dire que, pendant le peu de temps que je fus employé à l’état-major du général Foy, il passa sous mes yeux des demandes réitérées de renforts que le duc de Raguse adressait à Joseph par l’intermédiaire du général Foy, disant que, sans de nouvelles troupes, il ne pourrait conserver le pays que son armée occupait (14). Que l’on ne reproche donc point au maréchal Marmont de ne pas avoir attendu les troupes de Madrid : ses demandes sont restées infructueuses (15), et pourtant le roi Joseph ou ses ministres devaient recevoir les estafettes, car nous n’étions qu’à quatre jours de marche de Madrid.

Cependant la fusillade devenait de plus en plus violente de part et d’autre : chaque armée prit ses dispositions de combat et les Anglais envoyèrent plusieurs régiments pour s’emparer du village des Arapilès qui était à notre gauche; ils furent repoussés par la 8e division qui se battit avec un courage héroïque et qui leur fit 1 800 prisonniers. Un lieutenant du 118e, M. Guillemard, ancien sergent du 69e, coupa d’un coup de sabre le bras d’un porte-drapeau ennemi et s’empara du drapeau anglais.

Bataille de Salamanque (Clarke Dubourg)
Bataille de Salamanque (Clarke Dubourg)

A six heures du soir tout allait bien, nos divisions avaient partout l’avantage, bien que nous n’ayons pu en profiter faute de cavalerie; or cette arme décide toujours de la victoire, surtout en plaine, quand l’infanterie ennemie est ébranlée. A ce moment, notre général en chef était à examiner quelques mouvements de l’armée anglaise lorsque, assure-t-on, Wellington s’aperçut que le maréchal était dans le groupe formé par les officiers de l’état-major général et fit diriger le feu de son artillerie sur ce point; un boulet creux, éclatant près de Marmont, envoya des éclats dont l’un fractura le bras et l’autre traversa le côté du duc de Raguse (16). Il fit transmettre aussitôt ses dispositions au général Clauzel que son ancienneté appelait au commandement, mais, par une fatalité inconcevable, celui-ci venait justement d’être blessé : alors on chercha le général Bonnet (17) qui devait remplacer Clauzel (18), mais il venait aussi d’être blessé, de sorte que l’armée resta près de deux heures sans recevoir d’ordres. La confusion et l’anarchie succédèrent au calme et à la tranquillité qui avaient régné jusqu’à ce moment.

La 3e division, commandée par le général Ferret, n’avait pas encore combattu et occupait à notre gauche un mamelon pareil à ceux où l’ennemi avait pris position; 7 000 Portugais vinrent pour l’attaquer et furent repoussés avec des pertes considérables; dans cette occasion nous pûmes juger une fois de plus de l’intrépidité française : on ne pouvait retenir les soldats et ils couraient à la baïonnette au moindre mouvement de retraite des Portugais. Mais le général Ferret (19) fut blessé mortellement à son tour et notre aile gauche se replia.

L’artillerie, qui se trouvait au centre de la ligne de bataille, continuait son feu sans s’inquiéter des mouvements rétrogrades que pouvait faire l’infanterie; elle était servie par de vieux artilleurs pour lesquels le bruit du canon était une musique aussi agréable que le bruit des balles l’était pour le héros suédois Charles XII; depuis huit heures du matin ils ne cessaient de servir leur soixante-dix pièces et chaque coup portait dans les masses ennemies qui s’avançaient. Quel malheur que nous n’ayons point eu de cavalerie pour tomber sur les Anglais ébranlés par le feu continuel de l’artillerie!

Notre division n’avait pas encore donné. On nous mit en marche pour aller vers la gauche, mais bientôt l’ordre arriva de rétrograder et de couvrir la retraite de la 3e division (20). Les trois compagnies de voltigeurs du 69e et celles du 6e léger formèrent l’arrière-garde avec ordre de tenir le plus longtemps possible; nous devions être relevés quand la division serait en position. Des nuées de tirailleurs furent envoyées contre nous, mais, bien qu’ils fussent quatre contre un, nous les tînmes de façon à ce qu’ils ne pouvaient avancer que quand nous le voulions bien. Plusieurs voltigeurs étaient déjà blessés et on nous avait oubliés car la division marchait sur un point différent de celui qui avait été indiqué. J’avais eu soin de placer quelques hommes en observation et bien m’en prit, car bientôt le voltigeur Defrance, originaire des Riceys, vint m’avertir que les Anglais venaient d’envoyer plusieurs escadrons qui paraissaient vouloir nous tourner; je fus reconnaître le fait et essayai de mettre face à l’ennemi qui arrivait quelques soldats et la section de réserve, mais le bruit du canon et des feux d’infanterie était tel que je ne parvins pas à me faire entendre.

La cavalerie que je croyais encore assez loin fut sur nous en un instant : plusieurs artilleurs furent sabrés. Un chevau-léger anglais arrivait sur moi; je l’attendais de pied ferme croyant qu’il serait assez brave pour me faire prisonnier, voyant que je n’avais d’autre arme qu’un sabre; au contraire, en arrivant, il m’allongea un coup de pointe que je parai fort heureusement et, voyant qu’il ne me ménagerait pas, je résolus de ne point l’épargner non plus. Je parvins à le blesser à la cuisse, mais je chancelais sur un sol labouré et inégal : néanmoins je serais sorti victorieux de cette lutte si cet homme eût été seul, mais soudain je me sentis appliquer sur le derrière de la tête un coup qui fit tomber mon shako et en même temps j’en reçus un autre au-dessus de la tempe gauche qui me fendit la tête : perdant du sang en abondance, je tombai sans connaissance et restai là quelques minutes (21). Bientôt je revins à moi et entendis un feu de bataillon dont les balles vinrent tomber autour de la place où j’étais étendu : ce feu épouvanta la cavalerie ennemie qui fit demi-tour au plus vite. J’essayai alors de gagner un petit bois que j’avais remarqué non loin de là, mais, dès que je voulais me relever, tout tournait autour de moi et je retombais; à ce moment j’entendis la voix de mon petit Portugais qui me cherchait : il tenait un cheval par la bride, m’aida à me hisser dessus et je pus gagner ainsi le bataillon du commandant Giraud. C’est lui qui, prévoyant ce qui allait arriver à ma compagnie, avait fait faire demi-tour à son bataillon et fait exécuter le feu qui sauva la plupart d’entre nous. Mon camarade Charpentier vint me donner une goutte d’eau-de-vie et cela me fit le plus grand bien. Nous rejoignîmes le régiment bivouaqué à quelque distance et je pus me reposer et faire panser ma blessure l’os n’était pas entamé et j’avais seulement été éprouvé par la force du coup et la perte du sang. Le jour ne tarda pas à paraître et ma compagnie, que je croyais dispersée et perdue, se rassembla auprès de moi : il ne manquait que 19 hommes. Nous nous mîmes en route; le régiment, le 6e léger et un bataillon du 76e formaient l’arrière-garde l’infanterie ennemie ne nous poursuivait pas et il faut croire qu’elle n’était pas en état de le faire. Au moment où nous franchissions un petit ruisseau, quelques dragons qui marchaient sur nos flancs vinrent au galop nous prévenir que la cavalerie ennemie arrivait (22). Au lieu d’arrêter et de prendre des dispositions nécessaires pour la recevoir, notre général de brigade voulut faire allonger le pas et gagner une hauteur; on n’eut ni le temps d’arriver ni celui de se former.

Nous pensions d’abord que cette cavalerie ne voulait qu’attaquer les dragons et ramasser les traîneurs, mais nos cavaliers firent demi-tour et les Anglais chargèrent le bataillon du 76e dont les soldats s’étaient éparpillés pour boire dans le ruisseau : presque tous furent faits prisonniers. Ils se jetèrent ensuite sur le 6e léger qu’ils mirent dans le plus grand désordre : la plupart des officiers de ce régiment avaient été envoyés dans les hameaux environnants pour faire rentrer les soldats qui y étaient allés en grand nombre chercher des vivres, de sorte qu’aucun mouvement ne put être exécuté. Notre bataillon n’avait pas eu le temps de former le carré, mais s’était tellement serré en masse que les cavaliers ne purent l’enfoncer et se contentèrent de sabrer quelques soldats. Je me trouvais presque à l’extérieur et je reçus encore un coup de sabre sur le bras droit. Les Anglais espéraient sans doute traverser ainsi toute notre armée; ils continuèrent leur course mais, arrivés sur le plateau, se trouvèrent en présence de notre 2e bataillon tout disposé pour les recevoir : le calme et le silence étaient tellement bien observés que le feu de deux rangs sur toutes les faces du carré ne fut commandé qu’au moment où les cavaliers étaient sur les baïonnettes et il fut exécuté avec la même précision qu’à l’exercice. Des dix escadrons dont se composait cette cavalerie, il ne resta pas 80 hommes qui ne savaient où se réfugier, car les prisonniers qu’ils avaient laissés derrière eux avaient repris leurs armes et les fusillaient de tous côtés. Les lieutenants Turc et Chastaignac, du 2e bataillon, ne pouvant se servir de l’épée puis-qu’ils étaient à l’intérieur du carré, lancèrent des pierres si adroitement et avec tant de force que plusieurs officiers anglais furent atteints et tombèrent de cheval, sérieusement blessés.

Le sergent Andréol de ma compagnie, arrêté par deux de ces cavaliers, en tua un d’un coup de fusil et fit l’autre prisonnier; cet homme nous dit qu’il était Hanovrien et faisait partie de 4 000 dragons royaux arrivés récemment d’Angleterre. Tous ces cavaliers étaient de haute taille et leurs chevaux magnifiques. Chose surprenante, 13 escadrons de chasseurs qui nous arrivaient de l’armée du Nord, faisaient tranquillement la halte à dix minutes de là comme si nous eussions été en pleine paix.

Une autre masse de cavalerie ennemie se présenta bientôt, pensant surprendre ces chasseurs. Nos cavaliers parurent vouloir éviter le combat et les Anglais s’engagèrent à fond quand, tout à coup, les chasseurs firent demi-tour et tombèrent sur eux avec un tel entrain qu’ils leur taillèrent maintes croupières; cette réception refroidit considérablement messieurs les Anglais qui ne reparurent plus et nous laissèrent nous retirer fort tranquillement.

Ces combats nous coûtèrent d’ailleurs beaucoup moins d’hommes que les cinq jours de marche que nous fîmes pour gagner Valladolid (23) : officiers et soldats mouraient de faim et il n’était pas possible de retenir les soldats qui s’écartaient pour trouver des vivres et se faisaient prendre par les guérillas qui nous entouraient.

Nous cantonnâmes à 10 lieues de Valladolid dans des villages abandonnés : au bout de huit jours on n’eût pas reconnu nos régiments, tellement tout était rallié et en bon ordre (24). J’ai souvent fait la réflexion que nous ressemblions à ces fourmilières que l’on dérange et éparpille le soir et que l’on trouve de nouveau bien rangées le lendemain matin.

Néanmoins la perte de la bataille des Arapiles fut la première cause de l’évacuation de l’Espagne. L’armée anglaise entra dans Madrid sans coup férir, malgré le fort du Retiro qui se rendit; elle marcha ensuite sur Valence où le roi Joseph s’était retiré avec son armée (25). Ce mouvement et l’abandon de Salamanque par nos troupes obligèrent le maréchal Soult à lever le siège de Cadix : ce siège durait depuis un an et avait exigé des dépenses considérables : on avait fait fondre à Séville des mortiers dont chaque coup revenait à 300 francs au gouvernement; en levant le siège, il fallut en outre abandonner 300 pièces d’artillerie (26).

Capitulation de la ville d'Astorga
Capitulation de la ville d’Astorga

Le 17 août, nous partîmes pour Astorga afin d’en délivrer la garnison, mais la ville avait capitulé la veille de notre arrivée. Il y eut là un nouvel exemple de la déloyauté espagnole : la garnison s’était rendue avec la condition d’être ramenée aux avant-postes français; dès qu’elle eut mis bas les armes et fut sortie de la ville, on la força, la baïonnette sur la gorge, à suivre la route de la Corogne pour aller aux pontons.

Nous revînmes par Rio Seco et Palencia : à Burgos on laissa une garnison dans le fort et l’armée vint prendre position à Pancorbo au pied d’une chaîne de montagnes qui rejoint les Pyrénées. Wellington, revenu de son expédition d’Andalousie, mit le siège devant Burgos.

Nous restâmes près d’un mois dans de mauvais villages à une lieue de la petite ville de Posa, bâtie sur des rochers et renommée pour ses salines (27). C’est à Posa que se retirait habituellement un chef de partisans espagnols, nommé Longa, que les habitants avaient surnommé Papel, parce qu’il ne leur donnait jamais que du papier pour payer ses réquisitions; cet individu avait un millier d’hommes environ sous ses ordres. Le général Foy était fort pour les attaques de nuit; aussi, ayant fait reconnaître les chemins et pris tous ses renseignements sur la situation des partisans, il fit partir le bataillon, le 16 octobre à trois heures du matin, par des sentiers détournés. Les 4 voltigeurs d’avant-garde avaient l’ordre de tomber à l’improviste sur toute sentinelle et de l’égorger sans bruit; à peine voyait-on à deux pas, tant la nuit était noire, et cependant notre guide nous conduisit si adroitement que les ordres furent ponctuellement exécutés et le poste avancé de l’ennemi passé à la baïonnette avant d’avoir pu crier. Nous entrâmes dans la ville au moment où les tambours espagnols battaient la diane : qu’on juge de la surprise! Plusieurs partisans s’échappèrent par les croisées et en escaladant les murs et les rochers Nous primes 240 hommes après en avoir tué une centaine; nous ne perdîmes qu’un seul homme tué. Une trentaine de soldats espagnols s’étaient retirés dans un vieux fort bâti par les Maures sur la cime d’une roche escarpée et d’une hauteur à faire frémir; un homme eût pu en défendre l’accès à une armée, car on ne pouvait y arriver que un par un et en s’aidant des pieds et des mains; la moindre glissade vous faisait tomber dans des précipices affreux. J’y montai avec ma compagnie, et mes voltigeurs finirent par découvrir ces pauvres Espagnols cachés dans des souterrains où ils ne croyaient pas nous voir arriver; on les fit prisonniers. Je frissonnais encore en redescendant et en voyant l’horrible chemin que nous avions parcouru.

Nous n’avions pas trouvé Longa, qui se trouvait absent avec la majeure partie de sa bande au moment de notre attaque; aussi, de retour dans nos villages et de crainte qu’il ne vint nous jouer pareil tour, les soldats durent, jusqu’à nouvel ordre, coucher avec le fourniment et le fusil au bras. Nous fûmes d’ailleurs fort tranquilles, rien ne se produisit; aussi, deux jours avant notre départ, informés que Longa était revenu dans son repaire, nous y retournâmes par un chemin différent et prîmes 50 hommes, mais sans pouvoir saisir le chef.

Mes blessures s’étaient guéries sans que j’aie un instant de repos, toujours en marche sous un soleil brûlant : aussi une fièvre chaude me saisit, me tint pendant dix jours et me mit dans un état si pitoyable que je perdis entièrement conscience de mes actes; dans mon délire je voulais toujours monter sur les rochers de Posa. Tout le monde, au régiment, était persuadé que j’allais mourir, et ce qui m’affectait le plus était de savoir que l’armée allait se reporter en avant pour faire sa jonction avec l’armée du maréchal Soult. En voyant partir sans moi le 69e, mon régiment, il me sembla que je quittais ma famille, mon cœur était déchiré. On me conduisit dans la petite ville de Briviesca où je restai huit jours sans médecins ni drogues, soigné seulement d’une façon assidue par mon pauvre petit domestique. Heureusement, au bout de ces huit jours, un bataillon, formé d’hommes de tous les régiments, passa pour rejoindre l’armée; je le suivis et revins à mon régiment où je fus accueilli avec joie par les officiers et par mes chers voltigeurs.

Le général Jean-Louis Dubreton
Le général Jean-Louis Dubreton

L’armée anglaise avait employé tous les moyens possibles pour prendre Burgos, mais le général Dubreton (28) et ses braves soldats se défendirent si bien que les assauts donnés par les Anglais furent tous vigoureusement repoussés : la fusillade avait été si vive que des palissades de dix pouces de diamètre étaient devenues comme des manches à balais, tant les balles avaient enlevé d’esquilles (29).

Notre cavalerie joignit la cavalerie anglaise à Célada. On avait fait croire aux Anglais que les douze escadrons de gendarmerie française étaient composés de jeunes gens nouvellement recrutés qui ne pourraient leur résister. Ils les attendirent donc de pied ferme mais ne tardèrent pas à reconnaître que les coups de sabre qui leur étaient administrés n’étaient pas allongés par des conscrits; si les dragons eussent combattu comme les gendarmes, le 15e chasseurs et le 3e hussards, l’armée ennemie eût été entamée (30). Les Anglais laissèrent 1 800 prisonniers et bon nombre de chevaux car plus de 800 des leurs avaient été sabrés; nous perdîmes peu de monde. Le colonel Thévenet, des gendarmes, reçut quatorze coups de sabre dont aucun ne fut mortel. L’Empereur nomma officiers 72 gendarmes, et 83 d’entre eux furent décorés (31).

Nous marchions à petites journées pour donner aux soldats de Soult le temps d’arriver derrière les Anglais, mais ils filaient lestement. A Palencia il fallut ouvrir les portes à coups de canon; pendant qu’on cherchait un gué pour passer le Carion derrière cette ville, le 2e bataillon du 69e arriva au pont que les Anglais venaient de miner; leurs sapeurs allaient mettre le feu à la mèche lorsqu’un boulet bien ajusté jeta 7 d’entre eux par terre; aussitôt le lieutenant Rose cria : « En avant! » à ses soldats, traversa le pont le premier, malgré une fusillade terrible, et empêcha que le feu fût mis à la mèche (32).

Aux faubourgs de Valladolid, nous eûmes beaucoup de peine pour débusquer quelques bataillons anglais qui avaient crénelé les maisons. Le lendemain, à Tordesillas, nous trouvâmes un fort détachement posté dans une vieille tour au milieu du pont et soutenu par un bataillon placé de l’autre côté de la rivière. Le feu de notre artillerie éloigna bien vite ce bataillon, mais les hommes postés dans la tour étaient à l’abri du canon : pour les débusquer, on demanda 400 nageurs de bonne volonté dans toute la brigade, et le commandement de ce détachement fut donné au capitaine Guingret du 6e léger, aidé du lieutenant Rose du 69e. Malgré une violente fusillade, les nageurs se jetèrent dans le Douro; le lieutenant Rose arriva le premier, mais les défenseurs de la tour ne l’avaient pas attendu et tous s’étaient sauvés en voyant commencer le mouvement. Seul un grenadier du régiment se noya.

Nos cdux armées firent leur jonction dans les plaines d’Alba, mais le gros de l’armée ennemie et ses bagages étaient déjà dans les rochers de Rodrigo et nous eûmes encore l’amertume de voir les Anglais nous échapper.

Depuis quelques jours la pluie tombait continuellement, les chemins étaient affreux : malgré tout, revenus et bivouaqués auprès des Arapiles, nous en partîmes à 7 heures du soir pour gagner Salamanque par une marche de nuit. Nous traversâmes le champ de bataille dans l’obscurité : nous marchions et nous nous entravions dans les cadavres; c’étaient déjà des squelettes, les têtes roulaient et les os sur lesquels nous montions faisaient, en se brisant, un bruit sinistre. Nous arrivâmes à 2 heures du matin devant Salamanque mais n’y pûmes entrer qu’une heure après (33) ; il n’avait cessé de pleuvoir, nous étions trempés jusqu’aux os et, brusquement, le temps s’était éclairci, la pluie avait cessé et il gelait très fort. Qu’on juge de notre situation!

Salamanque fut livrée au pillage, c’est-à-dire qu’on abandonna au soldat toutes les maisons où il n’y avait pas d’officier logé. Cette ville méritait ce châtiment. Jugez-en : depuis cinq ans elle était l’entrepôt de tous vos approvisionnements, tout ce qui arrivait de France pour l’armée se déposait à Salamanque, tout l’argent que nous recevions se dépensait chez les marchands de cette ville et, malgré bien des traverses, aucun bourgeois n’avait jamais été volé ou molesté; en récompense, les habitants se conduisirent d’une façon atroce envers nos blessés des Arapiles, arrachant des bandes de pansement et mettant à nu les blessures, mutilant ignoblement d’autres malheureux et empoisonnant tous les amputés entrés aux hôpitaux. Il n’y avait aucune pitié à avoir pour de pareils sauvages. Il y avait là des magasins immenses contenant de telles quantités de biscuits, viande salée et rhum qu’on laissa chaque soldat puiser dedans à sa fantaisie. Nos hommes ne furent bientôt plus de sang-froid, et le désordre et la violence prirent des proportions terribles.

Le lendemain matin, après une nuit troublée par les cris et le bruit du pillage, j’allai voir mon ancienne hôtesse, doña Symphorosa Martel, qui était mariée depuis peu avec un « jeanjean » de la ville. Elle me reçut fort mal et me fit des reproches très vifs sur mon ingratitude, disant que j’aurais dû venir loger chez elle pour la préserver des violences de la soldatesque. Elle me déclara avoir été victime de 15 ou 20 dragons : elle était en effet dans un état pitoyable et ne pouvait plus marcher. Malgré tout je ne fus pas très chagriné de son aventure, car, bien que m’ayant accordé les dernières faveurs, elle détestait les Français et ne pouvait me cacher son aversion pour nous; un jour même, après avoir passé ensemble les instants les plus doux, elle m’avait mis un stylet sur la poitrine en disant : « Tu vois combien je t’aime puisque je t’accorde ce que j’ai de plus précieux! Eh bien, si je pouvais détruire tous les Français en te poignardant, tu serais un homme mort. » Ses lamentations ne produisirent donc pas grand effet sur moi et je la quittai pour aller voir son amie Juana Gonzalès, celle qui avait fait les délices de mon camarade Labaith. Cette aimable personne avait su prévoir l’orage et se mettre à l’abri en saisissant un officier qu’elle amena chez elle. Je ne cherchai d’ailleurs pas à renouveler connaissance avec mes anciennes dulcinées, car j’avais dans mon logement une charmante petite brune qui, sur la promesse que je lui fis de la protéger contre la brutalité des soldats, partagea sans aucune difficulté mon lit; c’était, disait-elle, pour être plus en sûreté.

Le désordre devint bientôt tel que, pour le faire cesser, il fallut faire sortir toutes les troupes de la ville. Le roi Joseph passa une revue de toute l’armée : il y avait là 90 000 hommes d’infanterie et 20 000 cavaliers dont les plus jeunes avaient quatre ans de service (34). Quelle déconfiture pour l’armée anglo-portugaise si elle nous avait attendus dans les plaines de Castille!

Joseph Bonaparte
Joseph Bonaparte

Le roi, avec une partie de l’armée, revint à Madrid et la division fut envoyée à Villa-Pando, à 5 lieues de Toro (35); en nous rendant à cette ville, nous passâmes par Ledesma où j’appris avec peine la mort de doña Rosa de Pax. Nous entrâmes dans Villa-Pando le 1er décembre 1812 et, pendant le mois que nous y passâmes, on peut dire que nous eûmes tous lés agréments dont on peut jouir en Espagne : nous dansions presque tous les soirs avec nos hôtesses. J’étais logé chez lé vicaire dé l’église qui venait dé marier sa nièce, fort jolie personne, avec un niais, un vrai Blaise, dont la señora Therésina Garcia n’était pas plus contente qu’il né fallait. Le señor Garcia fut chargé de fournir et de distribuer le pain aux troupes : sa charmante femme convint avec mon petit domestique que, toutes les fois que son cher époux irait au magasin, il le suivrait et ne reviendrait qu’avec lui, de façon à ce qu’il ne pût jamais nous surprendre car, avec son air simple, il était jaloux comme un Italien. L’heure de la distribution était pour nous le signal de bien doux épanchements.

Le 1er janvier 1813 nous nous mîmes en route pour Avila; avant d’arriver à la Mota de Toro, qui devait être notre première étape, l’avant-garde surprit 25 hommes de la bande de El Pastor (36). Ces partisans n’avaient pas eu le temps de brider leurs chevaux; ils se retranchèrent dans une maison et s’y défendirent jusqu’à la mort. Il fallut enfoncer les portes et en sabrer huit pour que les autres consentissent à se rendre. L’adjudant sous-officier Charpentier du régiment se trouvait à l’avant-garde avec les fourriers pour faire le logement il entra un des premiers dans la maison, sabra deux partisans et prit deux chevaux qu’il revendit bien.

Notre séjour à Avila fut de deux mois et c’est le temps le plus long que nous fussions restés dans une ville depuis notre entrée en Espagne. Le général Foy donnait bal deux fois par semaine et, presque tous les jours, nous faisions avec les principaux habitants du pays des parties de chasse fort agréables : on rentrait rarement sans rapporter 12 ou 15 lièvres, des bécasses et quelques perdrix rouges. J’étais logé chez la veuve Aguezo, dont le mari avait été colonel; cette dame réunissait chez elle une aimable société, composée de plusieurs parents et parentes qui venaient passer leurs soirées chez elle; on faisait de la musique, on chantait, on jouait aux petits jeux. Je fis la connaissance d’une jeune fille qui venait là avec ses parents et se nommait doña Angela; malgré ses promesses, elle me planta là pour un capitaine du 76e qui arrivait de Madrid et qui lui fit plusieurs cadeaux : je dois avouer que je n’en faisais jamais aucun. Je me consolai de mon échec auprès de l’inconstante Angela par une connaissance que me procura le chirurgien-major du régiment; il était logé chez des gens de la plus haute volée qui avaient deux filles aussi spirituelles que jolies; je conduisis l’aînée au premier bal du général Foy et je sus si bien lui faire partager mes sentiments qu’au bout de peu de jours je fus le plus heureux des hommes.

General Espoz y Mina (José Vallespin).
General Espoz y Mina (José Vallespin).

Dans les premiers jours de mars, plusieurs divisions partirent pour la France (37) : la division dite du Midi et la nôtre se concentrèrent. Le 25 mars, notre division partit pour aller faire le siège de Castro, petite ville de Biscaye sur les côtes de l’Océan à 6 lieues de Bilbao. En passant près de Posa où nous avions escaladé des rochers si abrupts l’année précédente, le 6e léger qui formait l’avant-garde tomba sur 60 hommes de la bande à Mina (38) qui avaient barricadé un pont et prétendaient le défendre. En un clin d’oeil les soldats du 6e léger en prirent 28 et massacrèrent le reste. Le 16 avril, ma compagnie était d’avant-garde; à un moment donné mon petit domestique m’amena un cheval que j’avais acheté depuis peu et, pour monter dessus, je lui remis un fusil de chasse et un carnier que je portais toujours avec moi : peu après il aperçut des perdrix à droite de la route et il s’éloigna pour les tirer. Le soir, à l’étape, je l’attendis en vain :je fis toutes les démarches imaginables et pris tous les renseignements possibles, il ne reparut plus. Le colonel, les officiers et même tous les soldats du régiment qui le connaissaient, firent pareillement des recherches, mais toutes demeurèrent infructueuses. Le pays était infesté de partisans, et j’appris plus tard que le malheureux, saisi par une bête fauve de la bande de Mina, avait été mutilé, torturé, puis crucifié la tête en bas : je regrettai longtemps ce pauvre enfant qui m’était tout dévoué et qui m’était aussi cher que le meilleur ami.

La petite ville de Castro est au bord de la mer et au pied de hautes montagnes couvertes de rochers énormes; elle n’est entourée que de murailles peu épaisses. Nous ne pûmes la cerner que du côté de terre, laissant toujours à l’ennemi une issue par mer; il fallut plusieurs jours pour amener quelques pièces de gros calibre, tant les chemins étaient impraticables, et on ouvrit une espèce de tranchée pour s’abriter, seulement dans les endroits où on ne rencontrait pas le roc. Nous n’eûmes d’ailleurs pas un moment de repos pendant le mois que nous restâmes devant cette bicoque : quand nous n’étions pas de garde ou de tranchée, il fallait aller à 7 ou 8 lieues dans les montagnes pour ramasser le maïs nécessaire à notre subsistance.

La garnison de Castro (39) n’était que de 800 hommes; ils essayèrent de faire quelques sorties mais nous les reçûmes si mal qu’ils finirent par s’en tenir aux menaces; avant que nos pièces ne fussent en état de faire feu, des femmes du peuple venaient tous les jours nous agoniser de sottises et, soulevant leurs cottes, nous montraient leur derrière.

La brèche ne fut pas longue à faire et, en deux jours, le mur fut abattu. Le général savait que la garnison ne pouvait être faite prisonnière puis-qu’elle avait toujours la mer pour se sauver, mais afin d’épargner les habitants qui, après un assaut, deviendraient victimes des soldats, il somma trois fois la garnison d’évacuer la ville. Par une lâche fanfaronnade, le gouverneur espagnol, toujours sûr de se sauver par la porte de derrière, répondit qu’il défendrait la place pied à pied.

L’assaut fut résolu pour le 11 mai à 9 heures du soir; sans que l’ordre en ait été donné, nos soldats avaient d’avance affilé leurs baïonnettes. On croyait que, ainsi que le règlement le prescrit, ce serait les grenadiers qui monteraient les premiers à l’assaut, mais le général, ayant fait assembler les officiers, nous dit que les voltigeurs marcheraient en tête. Les officiers de grenadiers réclamèrent aussitôt le droit que leur conféraient les ordonnances, mais les voltigeurs, flattés de cet honneur, répondirent qu’ils préféraient périr plutôt que de céder la place; il y eut altercation et je faillis aller sur le pré avec Bernachot, capitaine de grenadiers, qui avait haussé le ton. Malgré tout, le général maintint son ordre, et nos voltigeurs, ayant tous bu un bon coup de vin, allèrent à la brèche aussi gaiement qu’à la noce. La division italienne, arrivée l’avant-veille, donnait l’assaut sur un autre point avec des échelles (40).

La muraille était toute tombée du côté où nous arrivions et, de l’autre côté, il y avait au moins douze pieds; mais arrivés en haut de la brèche et bien que salués de la jolie façon que vous imaginez, nous ne cherchâmes ni escalier ni échelle les officiers se précipitèrent et les soldats suivirent. Les défenseurs des murailles eurent à peine le temps de gagner le fort où s’était réfugié le reste de la garnison et qui faisait feu de tribord et de bâbord. Nous recevions à chaque pas des coups de fusil par les fenêtres, par les soupiraux des caves et les pierres tombaient comme la grêle de dessus les toits ; mais rien ne nous arrêtait et nous fîmes notre jonction avec les troupes italiennes dont les hommes étaient comme des lions. Le major du 6e léger, qui avait tous les voltigeurs de la brigade sous ses ordres, me chargea d’aller, avec le sous-lieutenant Bataillard, reconnaître s’il était possible de parvenir au fort. Nous partîmes avec le sergent Marisot et le perruquier de la compagnie, mais, arrivés devant les murailles, nous fûmes accueillis par une fusillade telle qu’on aurait dit que chaque coup de fusil était la décharge d’une pièce de petit calibre tirant à mitraille : Bataillard fut blessé à la fesse, Morisot et le perruquier furent tués à mes côtés et je dus reconnaître l’impossibilité de pénétrer dans le réduit. Je pris Bataillard dans mes bras et allai faire mon rapport : le major fit barricader toutes les rues conduisant au fort, rechercher des échelles et nous attendîmes la pointe du jour pour escalader les murs.

Toute la nuit les Espagnols entretinrent le feu, criblant la ville de boulets et d’obus qui allumaient des incendies par-ci par-là. Vers deux heures et demie du matin, le jour commença à paraître et, avec des échelles, nous montâmes par les embrasures des canons; abandonnant leurs postes, les Espagnols se précipitèrent vers un escalier, taillé dans le roc, qui conduisait à la mer où des embarcations les attendaient, et gagnèrent vivement le large : une soixantaine d’entre eux qui n’étaient pas arrivés assez tôt furent précipités à coups de baïonnette dans les flots.

L’enceinte de cette espèce de citadelle était spacieuse, une grande église était au milieu : elle servait de magasin à la garnison, et nous y trouvâmes une grande quantité de biscuit, de riz et d’eau-de-vie de France; sur les murailles se trouvaient des fusils, des tromblons abandonnés, tous chargés d’une poignée de balles coupées en quatre, ce qui m’expliquait la fusillade effroyable que j’avais essuyée avec Bataillard. Du côté de la mer était un magasin à poudre en contenant plus de 50 milliers; au moment ou j’y arrivai, il avait déjà été envahi par plusieurs soldats du régiment, munis de chandelles allumées : j’avoue que, moins brave que Jean-Bart (41), je fus effrayé de cette imprudence et fis déguerpir ces hommes par des moyens un peu vifs.

N’ayant plus personne à combattre, je retournai en ville et fus témoin des horreurs qui se commettent dans une ville prise d’assaut. Nos soldats avaient trouvé quantité de liqueurs, de vin, d’eau-de-vie : tous ou à peu près étaient ivres et ils se portèrent à des excès abominables, que les officiers furent impuissants à empêcher. Ils jetaient les habitants par les fenêtres, et ces malheureux étaient reçus sur la pointe des baïonnettes; toutes les femmes furent violées sans que l’enfance ou la vieillesse fussent respectées par le soldat déchaîné. Quelques jeunes femmes et filles, préférant la mort à cette honte, feignirent d’accéder aux désirs brutaux des soldats, mais voulant, disaient-elles, chercher un endroit écarté, elles conduisirent ces hommes au bord de la mer et s’y précipitèrent en cherchant à les entraîner avec elles. On ne voyait dans les rues que cadavres, femmes mises à nu fuyant devant les soldats, surtout les Italiens qui se montraient encore plus animés que les Français. En voulant sauver une femme des mains de ces cannibales, je manquai de recevoir un coup de fusil et ne dus mon salut qu’à un homme du 6e léger qui m’obéit : je parvins à leur faire lâcher cette proie, qui, probablement, devint bientôt celle d’autres forcenés.

Je me remémorais les vers fameux du cours de littérature de M. de la Harpe (42).

Hélas! qu’il est cruel pour de jeunes beautés,
A qui l’hymen gardait de chastes voluptés,
. . . . . . . . . . .
D’assouvir des soldats la brutale insolence.

Le capitaine Callet, des voltigeurs du 1er bataillon, fit une tournée dans les maisons où étaient logés les voltigeurs du régiment et ramassa au moins 40 femmes qu’il amena dans la maison que nous occupions, avec ordre de sabrer le premier soldat qui leur manquerait; ces infortunées, tout en larmes, pleuraient leurs maris, leurs pères, leurs frères, leurs enfants; malgré tout elles ne savaient que faire pour nous remercier et allaient nous chercher des comestibles, des vins exquis qu’elles avaient cachés, en nous disant : « Vous nous avez sauvé la vie qui est plus que tout. » Plusieurs étaient jeunes et jolies, mais comment cueillir des baisers amoureux sur une bouche qu’entrouvrent les sanglots!

Le feu avait pris dans différentes maisons, et il s’était tellement propagé que, lorsque nous quittâmes Castro deux jours après, on ne pouvait passer dans la plupart des rues. La garnison, tirée de la division italienne, l’éteignit après notre départ.

Le régiment revint dans les villages que nous avions occupés pendant le siège, et le 2e bataillon rendit les honneurs funèbres au commandant Giraud, mort des suites d’une blessure reçue pendant l’assaut; tous les officiers du régiment vinrent saluer la dépouille mortelle de ce brave.

Le 69e fut envoyé aux environs de Bilbao pour tâcher de surprendre les partisans mais n’y put réussir (43) : l’expédition se borna à des cantonnements dans d’atroces masures où j’eus la bonne fortune de découvrir un jour une fort belle fille qui y était cachée et qui ne me fut point cruelle.

Le capitaine Guingret du 6e léger remplaça comme chef de bataillon le commandant Giraud, et le lieutenant Rose fut promu capitaine.


NOTES

(1) « … L’opération est devenue inutile par suite de la capitulation de Valence (8 janvier 1812); néanmoins le général Montbrun, désirant profiter de son commandement en chef, persiste dans sa marche en avant, sous prétexte de poursuivre les débris de l’armée espagnole réfugiés dans Alicante. Il y eut, le 16 janvier 1812, une tentative infructueuse sur cette place. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 115 et suiv.)

(2) « Après la prise de Tarragone, jugeant que sa présence n’était plus nécessaire en Catalogne, le général Suchet se disposa à marcher sur Valence. Le général Blake, à qui le gouvernement espagnol venait d’en confier le commandement, avait appelé à lui les troupes de Murcie, recueilli les débris de celles de Catalogne, fait de nouvelles levées et organisé une armée… Le maréchal Suchet, après avoir défait le général Blake sous les murs de Sagonte, s’empara de cette ville et franchit le Guadalaviar le 26 décembre… Pendant les jours suivants, les divers ouvrages construits autour de Valence furent successivement attaqués et emportés. Il ne restait plus à la ville, pour défense, qu’une simple muraille facile à détruire… L’artillerie ouvrit une large brèche et on se disposait à donner l’assaut lorsque le général Blake consentit à remettre la ville. La nombreuse garnison fut prisonnière de guerre, et une commission militaire fit fusiller quelques-uns des misérables qui avaient égorgé les Français au commencement de la guerre. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 362.)

(3) « Après la prise de Valence, le général Montbrun décide de revenir sur ses pas. La 1re division, prenant la tête de la colonne, se dirige à marches forcées sur Valladolid, mais, arrivée à Tolède, elle reçoit une autre destination et se porte sur Talavera et Lugar-Nuevo. » (Maurice Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 115 et suiv.)

(4) « La ville était défendue par le général Barié et une garnison de 1 700 hommes. « …Maître du fort Marmont, cheminant par nos tranchées qu’il eut seulement à déblayer… battant les brèches que nous avions faites et qui, mal réparées, se trouvèrent promptement ouvertes, le duc de Wellington fut, au bout de trente-six heures, en état de donner l’assaut et, pendant que d’un côté il attaquait la place de vive force, don Julian, qui la connaissait parfaitement et qui avait des intelligences dans la ville, l’escalada d’un autre; elle se trouva donc prise avec une incroyable rapidité. » » (Mémoires du général Thiébault, t. IV, p. 552.)

(5) « En 1706, pendant la guerre de la Succession d’Espagne, Ciudad-Rodrigo fut assiégée et prise en neuf jours par les Portugais, aidés des Anglo-Hollandais. « Le 20 mai, les Portugais investirent Ciudad-Rodrigo. Cette ville (on ne peut l’appeler place) n’avait ni dehors, ni fossé, ni chemin couvert, ni flanc; une simple muraille en faisait l’enceinte. Toutefois, quoiqu’il n’y eût qu’un bataillon et quelques milices, elle se défendit jusqu’au 28 au soir et ne se rendit que la brèche faite; elle obtint même une capitulation honorable. » (Mémoires du maréchal de Berwick, à Paris, chez Moutard, 1778, t. I, p. 322.)

(6) » … La position était susceptible d’une défense sérieuse. Sur la hauteur trois ouvrages fermés : les forts de Miraverte, Colbert et Sénarmont… au bord du fleuve, les forts Napoléon sur la rive gauche et Raguse sur la rive droite.., un pont de bateaux qui n’est pas toujours tendu a remplacé le pont de pierre détruit. La garnison… est commandée par un brave officier piémontais, le major Aubert. Le 13 mars 1812, le général Hill franchit le Guadiana à la tète de deux divisions; le 17, ayant reconnu que les ouvrages du col de Miraverte étaient trop forts pour être enlevés par une attaque brusquée, il portait le 18 une forte colonne de l’autre côté de la chaîne des montagnes qui dominent le Tage. Le 19, à sept heures du matin, les Anglais qui étaient parvenus à la faveur du brouillard jusqu’à une portée de fusil du fort Napoléon et y attendaient couchés à plat ventre, se lèvent et avancent… Malgré la fusillade ils atteignent les fossés… Une terreur panique s’empare des défenseurs, ils abandonnent les parapets… se précipitent dans Lugar-Nuevo. Le pont étant coupé au centre, on franchit le fleuve dans des barques… Le fort Raguse est pris… Les Anglais mettent le feu aux bâtiments, font sauter les magasins à poudre, enclouent les canons, coulent une partie des barques et se retirent. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 159 et suiv.) Cf. Mémoires du duc de Raguse, t. IV, p. 111; Mémoires du maréchal Jourdan, p. 384.

(7) « A Madrid le pain se vendait 30 sous la livre et, tous les matins, on enlevait dans les rues nombre de personnes de tout âge et de tout sexe, mortes de faim. » (Mémoires du maréchal Jourdan, p. 370.)

« La famine faisait de tels ravages dans toute l’Espagne qu’on manquait même de grain pour ensemencer les terres. (Belmas, Journaux des sièges, t. I, p. 223.)

(8) « En mars 1817, on était aux prises avec les plus grandes difficultés amenées par la disette. Partout le pain, même de la plus mauvaise qualité, était monté, ainsi que celui de toutes les denrées, à un prix si élevé que le pauvre, l’ouvrier même dont la journée était le mieux payée, se trouvait dans l’impossibilité d’y atteindre… Dans les campagnes, la bienfaisance des riches ne pouvait suffire aux demandes dont ils étaient assaillis. » (Mémoires du chancelier Pasquier, t. IV, p. 162-163)

(9) « Il y eut à Rueda un combat à soutenir dans des conditions désavantageuses, mais aucune conséquence fâcheuse et aucun désordre n’en résultèrent. » (Mémoires du duc de Raguse, t. IV, p. 118.)

« Les Anglais ont publié qu’ils atteignirent l’arrière-garde des Français à Rueda et lui firent essuyer des pertes : il n’est nullement fait mention de ces pertes dans les rapports. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 406.)

(10) « Le 7 juillet la 1re division (général Foy) est envoyée à Toro pour réparer les ponts et pour voir les mouvements que l’ennemi tenterait entre Castromunos et Zamora… En même temps Marmont fait rétablir les ponts d’Aniago sur l’Adaja et de Puente-Duero. Il donne de la jalousie à l’ennemi sur les deux extrémités de sa ligne… Inaction de Wellington qui parait attendre d’être rejoint par la division Hill… Du côté des Français la division Bonnet venant des Asturies a rejoint et le maréchal a pu remonter 800 hommes à pied de sa cavalerie. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 168.)

(11) …Décidé à sortir de l’inaction, mais pour manœuvrer plutôt que pour combattre, le duc de Raguse prescrit à la 1re division de simuler le passage à Toro et, tandis que Wellington trompé par cette démonstration descend le Duero par la rive gauche, le maréchal le remontant par la rive droite, débouche le 17 juillet, à la pointe du jour, par le pont de Tordesillas pour venir prendre position à Nava del Rey (GIROD DE L’AIN, Vie militaire du général Foy, p. 171).

(12) « Le 19, les deux armées se trouvèrent massées à portée de canon l’une de l’autre et séparées seulement par la Guarena; vers le soir elles se mettent en mouvement pour remonter parallèlement le cours de ce ruisseau. Le lendemain, cette marche parallèle continue. L’armée française s’avance en deux colonnes formées chacune de quatre divisions. Les bataillons sont en colonne par pelotons à demi-distance, ce qui, avec les allongements de la marche, aurait donné la distance entière pour permettre la formation en bataille; l’artillerie et les bagages forment des colonnes séparées. L’armée anglaise se présente dans le même ordre, guettant une occasion propice pour engager le combat, mais elle est retenue par la crainte de ne pouvoir se former aussi vite que nous (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 172 et suiv.).

« On a beaucoup vanté le spectacle imposant qu’offraient les deux armées marchant parallèlement et souvent à demi-portée de canon l’une de l’autre. » (Mémoires du maréchal Jourdan, p. 410.)

(13) « Je n’avais à compter sur aucun secours et j’en avais reçu l’assurance de toute part. Cependant Joseph avait changé d’avis sans m’en prévenir et avait réuni 8 000 fantassins et 3 000 chevaux pour venir me rejoindre. Si j’eusse été informé de ces nouvelles dispositions, j’aurais modifié les miennes. On a supposé que, instruit de sa marche, c’est en connaissance de cause que j’ai précipité mon mouvement afin de ne pas une trouver sous ses ordres. C’est étrangement méconnaître mon caractère. » (Mémoires du duc de Raguse, t. IV, p, 141)

(14) « …Le 15 juin j’écrivis à Caffarelli, au Roi, à tous ceux qui, d’après les instructions de l’Empereur, devaient donner à l’armée de Portugal, par leur concours, la force nécessaire pour combattre l’armée anglaise. » (Ibid., t. IV, p. 116.)

(15) Le Roi refuse tout secours. (Lettre du maréchal Jourdan en date du 30 juin 1812.)

(16) « … Je me portais au plateau qui allait être l’objet d’une lutte opiniâtre; niais, dans ce moment, un boulet creux m’atteignit, me fracassa le bras droit et nie fit deux larges blessures au côté droit; je devins ainsi incapable de prendre aucune part au commandement. Ce temps précieux, que j’aurais employé à rectifier l’emplacement des troupes sur la gauche, se passa sans fruit. De l’absence de commandement vient l’anarchie et de là le désordre ». (Extrait du Rapport du duc de Raguse au ministre de la guerre, daté de Tudela sur le Douro le 31 juillet 1812.)

(17) Bonnet (le comte), soldat au régiment de Boulonnais avant la Révolution, général de brigade en 1794, général de division en 1802. Se distingua à Bautzen, à Lützen. Chevalier de Saint-Louis en 1814, commandant les places de Dunkerque puis de Rennes en 1815. (Tables du Temple de la gloire, t. XXV, p. 51.)

(18) « Ce fut le général Clauzel qui assuma la tâche du commandement. « Le général Clauzel prit le commandement de l’armée qu’il sauva par d’habiles manœuvres » (Parquin, p. 305).

Clauzel (Bertrand, comte), né à Mirepoix (Ardèche) en 1772, mort en 1842. Général de brigade en 1799, général de division en 1802. Condamné à mort en 1816, amnistié en 1820, député de 1827 à 1830, maréchal de France en 1831, gouverneur de l’Algérie en 1835, échoua devant Constantine en novembre 1836.

(19) Ferret ou plutôt Férey, général de brigade, faisait partie du corps du maréchal Soult en 1807, dans la campagne de Pologne, et se fit remarquer devant la tête de pont du village de Lormitten; tué le 22 juillet 1812 à la bataille des Arapiles. (Tables du Temple de la Gloire, t. XXV, p. 161 et 162.)

(20) La 1re division, chargée de faire l’arrière-garde, se forma en carré, couverte par des tirailleurs.  » La division Foy, qui était de réserve, se forma en carré et arrêta la cavalerie ennemie. » (Parqin, p. 305).

(21) Malgré cette blessure, Marcel devait continuer à commander sa compagnie et à combattre le lendemain, comme en fait foi cet extrait de ses états de service : Quoique grièvement blessé de la veille aux Arapiles, il voulut se trouver dans les rangs et il contribua beaucoup à maintenir les soldats du bataillon qui fut chargé par la cavalerie ennemie.

(22) « La 1re division, chargée de faire l’arrière-garde, ne devait partir qu’à 9 heures, mais, justement alarmé des dispositions faîtes par l’ennemi pour l’attaquer et le tourner, Foy prit sur lui d’avancer d’une heure le départ; à peine la colonne était-elle en marche que la cavalerie anglaise fond sur elle, met nos dragons en fuite, enfonce le 6e léger qui ne sait pas se former en carré, défile devant les baïonnettes du 69e qu’elle ne peut rompre et enfin atteint la queue de la 8e division; repoussée à coups de fusil, elle repasse lentement devant un carré du 39e et disparaît après avoir perdu beaucoup de monde dans cette audacieuse chevauchée, tentée par des hommes dont l’ivresse a fait des héros. Cette charge fut exécutée par la brigade de chevau-légers du général Anson et par la brigade de grosse cavalerie allemande du général Bock. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 179.)

Cf. Rapport du duc de Raguse au ministre de la guerre, daté du 31 juillet 1812.

« … Le lendemain matin (23 juillet) l’armée s’avança vers Alba Où la cavalerie passa et bientôt atteignit l’arrière-garde ennemie. Une charge fut exécutée contre eux par le général Bock avec une brigade de dragons de la légion allemande » (Relation de la bataille des Arapiles, extraite de l’Histoire de la guerre d’Espagne et du Portugal, par le colonel sir Jones Jones).

(23) Aux Arapiles nous perdîmes 6 000 hommes et les Anglais 5 220 (Rapports officiels de Marmont et de Wellington).

(24) « La retraite continue d’Alba de Thormès sur Olmedo et Valladolid; craignant de ne pouvoir conserver la ligne du Douro, Clauzel remonte la vallée de l’Esgueva pour se replier sur l’Èbre, mais, s’apercevant qu’il n’est que mollement suivi, il s’arrête derrière l’Arlanza… et détache le général Foy avec deux divisions pour observer Aranda del Duero. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 180).

(25) « Le roi Joseph campait le 22 juillet à Espinar avec 14 000 hommes, lorsqu’à la nouvelle de la bataille des Arapiles il se dirigea sur Ségovie où il établit son quartier général le 26. » (Mémoires militaires du maréchal Jourdan, p. 420.)

(26) « Le maréchal Victor avec le 1er corps bloquait Cadix que défendaient 30 000 Anglo-Espagnols aux ordres du général Graham; 8 vaisseaux espagnols et 8 frégates venus du Ferrol, 4 vaisseaux anglais et 2 frégates croisaient à l’entrée de la baie. Le maréchal Soult favorisait de Séville les travaux du blocus de Cadix et s’occupait d’organiser des moyens de défense en Andalousie; mais la situation était mauvaise, Victor n’avait que 10 000 hommes et était lui-même presque bloqué. Après la bataille des Arapiles, Soult se vit contraint d’évacuer l’Andalousie. Le 25 août il leva le blocus de Cadix et… opéra sa retraite à travers le royaume de Murcie en longeant les montagnes. » (Belmas, Journaux des sièges, t. I, p. 138 et passim.)

(27) « Le général Foy est chargé d’une reconnaissance sur Poza, qu’occupent 7 à 8 000 Espagnols et la bande de Longa. Sachant que la garnison se rassemble tous les matins sur l’esplanade située en dehors de la ville, Foy règle en conséquence la marche de sa petite colonne. Il atteint Poza au point du jour; la grand’garde est égorgée et les Français tombent comme la foudre au milieu des soldats réunis sur la place et répondant à l’appel… Ils en tuent plus de 250 et font 160 prisonniers dont 8 officiers. Ce coup de main ne leur coûte qu’un homme assassiné par un Espagnol… Une opération semblable, tentée quinze jours plus tard contre ce même village de Poza que l’avant-garde de l’armée de Galice est venue occuper, ne donne pas un résultat aussi complet. La troupe, avertie par la première surprise, avait choisi un point de rassemblement plus en arrière, à mi-côte de la montagne. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 185-186).

Cf. Rapport du général Foy au général Clauzel, daté de Posa même.

(28) Dubreton (Jean-Louis, comte), né en Bretagne en 1773, fit l’expédition de Saint-Domingue. Colonel du 5e léger en 1803, général de brigade en 1811, général de division en 1812.

(29) La garnison de Burgos se composait de : 2 bataillons du 34e de ligne, un bataillon du 130e, un détachement de la garde de Paris, une compagnie et demie du 6e d’artillerie à pied.

(30) Six légions de gendarmerie avaient été envoyées à l’armée d’Espagne (Historique de la gendarmerie, lieutenant-colonel LEMAITRE). A Célada une légion de gendarmerie faisait brigade avec le 15e chasseurs.

« Les gendarmes exécutèrent avec une énergie incroyable des charges à fond et successives sur la cavalerie anglaise qui fut mise en une déroute complète. Les Anglais prirent cette troupe d’élite pour des gentilshommes : le chapeau bordé d’argent et la grande tenue magnifique dont ces gendarmes étaient revêtus, en faisaient la plus belle troupe de l’armée, comme elle en fut l’orgueil à cette occasion. Parfaitement montés et armés de leurs grands sabres si dangereux par la pointe, ils avaient fait un carnage affreux dans la cavalerie ennemie. » (Parquin, p. 306-307).

(31) « Ce corps… fut décimé par l’Empereur en honneurs et récompenses » (Ibid., p. 307).

(32) « Wellington, menacé par les armées du Centre et du Midi et par l’armée de Portugal, battait en retraite sur Rueda, poursuivi par Souham qui s’avançait par la grande route avec Foy (1re et 7e divisions) sur la droite. Le pont sur le Carrion fut enlevé avant que les Anglais aient eu le temps de le faire sauter. Le pont de Tordesillas était coupé et le passage en était surveillé par un bataillon de Brunswick; une cinquantaine d’hommes postés dans une tour en maçonnerie et derrière un mur en terre en défendaient les abords immédiats.

Le capitaine Guingret du 6e léger propose de franchir le Douro à la nage; 440 sous-officiers et soldats se présentent pour tenter cette entreprise, sans se soucier du froid qui la rend pénible et des balles qui la rendent dangereuse. Le sabre et la baïonnette aux dents, poussant leurs fusils et leurs cartouches sur deux planches assemblées à la hâte en forme de radeau, ces braves traversent le fleuve large et profond en cet endroit, courent tout nus à la tour, s’en rendent maîtres et mettent en fuite le bataillon de Brunswick frappé d’épouvante par un coup si hardi  » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 186-187). – Cf. Rapport du général Foy au général Souham.

(33) « La cavalerie légère, soutenue par une division de dragons, marcha sur le mamelon des Arapiles où nous fûmes reçus par une décharge de 1.2 pièces qui enleva plusieurs hommes et bon nombre de chevaux… les deux armées étaient sur le point de se livrer un combat terrible, lorsqu’une brume épaisse… permit au duc de Wellington d’effectuer sa retraite en abandonnant Salamanque » (Hippolyte d’Espinchal, Souvenirs militaires, t. II, p. 73).

« Quand notre cavalerie légère entra dans Salamanque, il s’y trouvait encore quelques Anglais qui s’enfuirent par la rive droite de la Thormès. Les Anglais ont laissé intact le pont de Salamanque; ils ont abandonné dans la ville quelques magasins de rhum et de blé » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 191.)

(34) Le roi Joseph avait sous ses ordres (chiffres officiels) Armée du Centre et armée d’Andalousie, 50 000 hommes; Armée de Portugal, 30 000 hommes.

« Le roi a passé l’armée en revue le 17 novembre 1812 sur les hauteurs du Téjarès au sud-ouest de Salamanque. Il ne sait ni se présenter aux troupes ni parler à l’officier et au soldat » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 192).

(35) « … Le général Foy, à la tête des 1re et 7e divisions renforcées d’une brigade de dragons, franchissait la Tormès… à Ledesma, poussant devant lui quelques centaines de fuyards de l’armée anglo-portugaise, établissant une de ses divisions vers Zamora, l’autre à Benavente. A la fin de décembre 1812, la 1re division revenait à Avila (Girod de l’Ain, Vie Militaire du général Foy, p. 194-195).
Villa-Pando est à quatre lieues de Benavente.

(36) El Pastor (le berger), célèbre chef de partisans. Parquin raconte sur lui une anecdote curieuse. Parquin, adjudant-major d’un détachement aux ordres du commandant de Varigny du 20e chasseurs à cheval, cantonnait avec un escadron à Nava del Rey, près de Salamanque. Les officiers furent servis par une sorte de Figaro qui les amusa beaucoup. C’était El Pastor qui s’était déguisé pour voir lui-même comment les Français se gardaient et comment ils vivaient. « Je vous en félicite de tout coeur, dit-il dans un billet à Parquin, vous êtes de vrais Carajos (diables) qui savez vivre comme vous savez vous battre. Comme il m’en coûte de me mesurer avec des hommes que j’estime, je vais aller dans une autre province chercher d’autres adversaires. » (Voir Parquin, p. 249.)

(37) « … Réitérez les ordres pour que les régiments soient resserrés de manière qu’on ne garde qu’autant de bataillons qu’on aura de fois 840 hommes… Que tous les majors et capitaines à la suite partent sans délai … ne laissez que ce qui est nécessaire (6 mars 1813).

« Si vous avez besoin d’officiers et de sous-officiers, l’armée d’Espagne est une pépinière inépuisable : je vous autorise à en faire venir (5 mai 1813) (Correspondance de Napoléon, t. XXV, p. 39 et 316).

Suchet envoie à l’armée de l’Est 10 183 hommes en janvier, et 9661 le 9 mars avec Beurmann (J.-B. Dumas, Neuf Mois de campagne à la suite du maréchal Soult).

(38) Espoz y Mina, le plus célèbre chef des partisans espagnols, surnommé le « Roi de la Navarre » . Il avait fait paraître la proclamation suivante en 1811 :

« ARTICLE PREMIER. La Navarre déclare la guerre à mort et sans quartier à tous les officiers et soldats français ainsi qu’à leur Empereur.
« ART. 2. Tout officier ou soldat français qui sera pris avec ou sans armes, dans un combat ou non, sera pendu sur les chemins publics en uniforme et on attachera sur son cadavre son nom et le corps auquel il appartient. » (Extraits des gazettes espagnoles tirés de l’Edimbourg annual Registar, cité p. 378 par de Rocca, Mémoires sur la guerre des Français en Espagne.)

(39) Castro-Urdialès. Sa garnison se composait d’environ un millier d’hommes des bataillons dit régiment d’Ibérie. Elle était armée de 27 bouches à feu : 7 bricks anglais et 3 chaloupes canonnières espagnoles appuyaient la défense (Rapport du général Foy au général Clauzel).

« Aussitôt qu’on le put, les opérations furent poussées avec activité et, la brèche aussitôt praticable, l’assaut fut donné… les Anglais se sont rembarqués… une partie des Espagnols cherche à se sauver sur des barques… d’autres sont précipités à la mer. » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 202-203.)

(40) « La division italienne était commandée par le général Palombini qui rentrait en France. Seule, la brigade du général Saint-Paul assista à l’assaut. Elle comprenait 2474 fantassins dont 762 hommes du 2e léger, 934 du 4e de ligne et 778 hommes du 6e de ligne. Un escadron de cavalerie du régiment des dragons de Napoléon (1 officier, 122 cavaliers) lui était adjoint » (J. Belas, Journaux des sièges faits et soutenus dans la Péninsule de 1807 à 1814, t. IV, p. 181.)

(41) Allusion à l’anecdote si connue du combat de Lagos en 1693 où Jean-Bart met sa pipe allumée au-dessus d’un tonneau de poudre défoncé et menace d’y mettre le feu si les Hollandais, qui l’ont assailli, ne se rendent immédiatement.

(42) Le Cours de littérature, l’ouvrage le plus connu et le seul qui ait une valeur. Paru en 1799.

(43) « Après avoir laissé dans Castro la brigade italienne et réuni quelques jours de vivres, le général Foy chercha à atteindre les bandes, fortes de 8 à 900 hommes, qui tenaient encore le pays » (Girod de l’Ain, Vie militaire du général Foy, p. 204.) 

Le pays était infesté par de nombreuses bandes, notamment celles de et Pastor (le berger), et Capuchino (le capucin) qui avait pris le général Franceschi, et Ferrero (le forgeron), et Medico (le médecin), et Cura (le curé), et Manco (le manchot), et Cantarero (le potier), et Abuelo (l’aïeul).