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Discours sur l’État de l’Empire – 1806

L'empire en 1806

Vos regards, à votre retour dans la capitale, ont été frappés de la trouver plus embellie dans le cours d’une année de guerre qu’elle ne le fut jadis en un demi-siècle de paix. De nouveaux quais se prolongent sur les rives de la Seine; deux ponts avaient été exécutés les années précédentes; le troisième, le plus important de tous par son étendue, sa construction et l’utilité de la communication qu’il établit, est sur le point de s’achever; il sert déjà au passage des hommes à pied et des chevaux. Dans son voisinage est tracé un nouveau quartier destiné à en compléter la décoration. Les rues de ce quartier portent les noms des guerriers qui ont trouvé une mort honorable( dans le cours de la campagne; digne récompense décernée par l’Empereur à leurs mânes, à leurs familles, à l’armée ! Le pont lui-même prend le nom d’Austerlitz. Ainsi la Seine, en entrant à Paris, rencontrera d’abord un monument de la gloire de nos guerriers, comme en sortant elle embellit la magnifique retraite destinée à leurs vieux jours, et les bosquets où ils viennent s’entretenir de leurs faits d’armes et de celui dont le génie prépara leur gloire. On projette de débarrasser le cours de cette rivière des entraves de tout genre qui en flétrissent l’aspect et en rendent, dans son passage à Paris, la navigation presque impraticable.

En s’éloignant de ses bords, un arc de triomphe, placé à rentrée des boulevards, deviendra un nouveau monument de ces événements dont le souvenir doit être plus durable que tout ce que nous pourrons faire pour le perpétuer. Qu’au moins ces ouvrages attestent à la postérité que nous avons été aussi justes qu’elle le sera et que notre reconnaissance a égalé notre admiration.

De l’autre côté de cet arc de triomphe, le boulevard sera prolongé jusqu’à la Seine, servant de quai à une vaste gare alimentée par les eaux de l’Ourcq, dernier service que rendra cette rivière destinée à la fois à donner à Paris une abondante provision d’eau excellente, à l’embellir par son cours et par ses fontaines, à entretenir dans ses rues une propreté inconnue, et à l’approvisionner par un canal qui, remontant jusqu’à l’Oise, apportera dans tous les temps les denrées que la Marne et l’Oise ne transportent que pendant quelques mois de l’année.

Les Capucines, la Madeleine vont changer de face; le Louvre s’achève avec rapidité, et les travaux de François Ier et de Louis XIV touchent à leur fin; ces rois n’avaient fait que la moitié de ce bel ouvrage. Le Panthéon, prêt à être terminé, rendu à une destination religieuse, s’ouvrant pour recevoir les mausolées que le malheur des temps déplaça, acquiert aussi un grand et nouveau caractère, et deviendra envers les premiers magistrats de l’Empire, envers ceux qui auront rendu des services éclatants à l’État, le témoin de la reconnaissance du souverain et des hommages de la postérité. Saint- Denis, déjà réparé et mis à l’abri des intempéries des saisons, va retrouver ses tombeaux et s’ouvrir de nouveau aux plus augustes funérailles.

Depuis son retour, l’Empereur à consacré tous ses jours, et je dirai presque toutes ses nuits, à revoir dans le plus grand détail toutes les branches de l’administration. Il n’y en a aucune qui n’ait été l’objet de plusieurs conseils extraordinaires, auxquels ont été appelés tous ceux qui la dirigent. Il a imprimé à toutes un mouvement plus rapide, en les ramenant de plus en plus vers le but qu’elles doivent atteindre. Ce qu’elles ont été, ce qu’elles sont, ce qu’elles peuvent devenir, a été examiné, conçu, exécuté. Vous serez, Messieurs, appelés à sanctionner le résultat de ces profondes délibérations. Les infatigables soins donnés à ces travaux de cabinet ne sont peut-être pas moins étonnants que ces prodigieux travaux de la guerre auxquels ils succèdent, et avec lesquels ils forment un si admirable contraste.

La comptabilité de la ville de Paris a été éclairée par un examen auquel l’Empereur a voulu présider lui-même, et qui promet à la capitale de nouvelles ressources, de précieuses économies, et avec elles les moyens de multiplier les entreprises utiles à sa prospérité et à sa splendeur.

Les hospices de cette capitale ont continué d’être régis par une administration qui économise les fonds en multipliant les secours et qui, en faisant le bien du moment, le prépare pour l’avenir par des réparations solides et d’utiles constructions; ils ont acquis une nouvelle ressource par le bénéfice résultant du privilège exclusif donné au Mont-de-Piété, dont tous les produits leur sont accordés. Le pauvre est garanti d’une usure dévorante, et la modique rétribution qui lui est demandée est tout entière consacrée au soulagement de ses maux ou de son indigence.

Des boîtes de médicaments envoyées dans toute la France pour l’usage des pauvres sont encore une institution de cette année, qui comme tout ce qui est utile, sera continuée les années suivantes.

La comptabilité de tous les hospices de l’Empire a été régularisée et soumise à une forme plus lumineuse et plus simple. Pendant qu’une sage économie préside à l’emploi de leurs revenus, la masse en a été de nouveau accrue par l’émulation de la bienfaisance privilège. Les legs et donations, qui s’étaient élevés pendant les quatre années du gouvernement consulaire à 3,300,000 francs, pendant le cours de l’an XII à 2,200,000 francs, ont atteint 4,500,000 francs pendant le courant de l’an XIII et les cent premiers jours de l’an XI, sans compter un grand nombre de valeurs qui ne sont point encore suffisamment appréciées; progression frappante qui atteste, avec le développement de la confiance publique, celui des nobles sentiments de l’humanité ! La mendicité a été affaiblie ou éteinte dans quelques départements; les dépôts placés dans quelques villes centrales offriront des remèdes plus efficaces encore pour la détruire.

L’état des prisons s’améliore. Encombrées un instant par les prisonniers de guerre, dont le nombre excédait les ressources, dont l’arrivée était presque inattendue, dont la situation était déplorable, elles ont vu naître, sur quelques points, des maladies qui en étaient la suite presque inévitable; mais de prompts secours ont été apporté, des médecins ont été envoyés par le Gouvernement, des mesures ont été prises, la bienfaisance individuelle les avait secondées. Quelques êtres généreux, victimes de leur zèle, ou succombant sous le poids de l’âge, qui rend toutes les maladies plus dangereuses, ont laissé d’honorables regrets, en donnant de sublimes exemples; mais la population de nos cités a été exempte de la contagion qui, dans ce moment, est à peu près dissipée, même à sa source.

Le fléau qui a désolé l’Espagne pendant deux ans (la fievre jaune)  a excité toute l’attention du Gouvernement, quoiqu’il reste aux yeux des hommes éclairés beaucoup de doutes sur le caractère contagieux dont on le supposait accompagné. Avant le retour de l’époque à laquelle il a continué de se réveiller, une commission médicale était sur les lieux, pour examiner sa naissance, la manière dont il se propage, rechercher, soit les remèdes qui le combattent, soit les précautions qui peuvent le prévenir. Des dispositions seront faites, si nos voisins devaient encore en être affligés, pour le tenir, dans tous les cas, éloigné des frontières de cet empire.