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Discours sur l’État de l’Empire – 1806

L'empire en 1806

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif,

Je suis chargé par S. M. l’Empereur de vous rendre compte de la situation de l’Empire pendant l’année qui vient de s’écouler.

Ses destinées venaient d’être fixées sur une base immuable; une cérémonie dont le souvenir formera une époque dans nos annales avait élevé le chef de l’État et son auguste famille à la dignité qui demandaient et les vœux et les besoins de la France, lorsque , l’année dernière, vous vous réunîtes dans cette enceinte que vint consacrer sa présence. Ce fut au milieu de vous que brillèrent les premiers rayons de cet éclat immortel dont l’ont environné les hommages du peuple et les bénédictions du ciel, augure heureux pour les travaux auxquels vous alliez vous livrer : aussi vos opérations ont-elles ré- pondu à son attente, car toutes ont été utiles. L’amour du bien public , l’inspiration du génie ont guidé tous vos pas, et l’unité établie dans l’Empire et si solennellement proclamée a semblé mettre plus d’harmonie encore dans vos sentiments et dans vos délibérations.

L’Empereur, à son tour, vous avait annoncé qu’il envisageait une grande dette dans ses nouveaux honneurs. Tous ses instants ont été consacrés à l’acquitter. Vous savez s’il a rempli ses promesses, et à quel point il a surpassé votre attente; vous savez de quels événements, peut-être direz-vous de quels prodiges, une année, à peine écoulée, a été remplie; je les rappellerai, sans prétendre les raconter ni en décrire les immenses résultats. L’Europe, encore immobile d’étonnement et de crainte, la France, transportée d’admiration et d’amour, me dispensent de dire ce que j’essayerais vainement d’exprimer.

A peine vos travaux étaient terminés, lorsque l’Empereur entreprit de visiter une partie de la France. Si partout il a été salué par les témoignages, les plus vifs et les plus unanimes des affections publiques, si les habitants des villes et des campagnes sont accourus au-devant de lui en lui offrant l’hommage de leur reconnaissance et de leur amour, il n’a pas éprouvé une jouissance moins chère à son cœur en voyant de ses propres yeux les résultats d’une administration constamment animée  depuis six ans, par la plus généreuse sollicitude pour le bien des peuples et la restauration de l’ordre public.

Il a vu les traces de nos malheurs effacées, et leurs souvenirs même presque éteints, les lois respectées , les magistrats livrés avec zèle à leurs devoirs , les mœurs épurées , les idées religieuses en honneur, l’urbanité française rendue à son ancienne délicatesse. Si quelques améliorations restaient encore à opérer, ce n’étaient plus ces réparations qui succèdent à de grands désastres, c’étaient ces perfectionnements qui appartiennent à un temps de calme et de prospérité; cependant l’Empereur a voulu les connaître, les accomplir.  Il a appelé à lui tous ceux qui, par leurs fonctions ou leurs lumières, pouvaient seconder ses vues , admis tous ceux qui avaient des grâces à solliciter, accueilli les demandes, écouté , provoqué les observations, récompensé les services, vu lui-même les moindres détails, et partout il a laissé , dans les mesures d’une haute sagesse, des monuments durables de son passage.

Troyes reçoit ses premiers regards, et obtient ses premiers bienfaits; ces bienfaits lui promettent une existence digne de son ancienne célébrité.

Le projet d’une navigation de la Seine se faisant par les mêmes bateaux de Paris à Châtillon, non loin de sa source, est conçu; les détails en sont arrêtés. L’amélioration de celle de la Saône est projetée; les villes qu’elle baigne reçoivent des embellissements; les quais de Chalon, Tournus, Macon, doivent être restaurés et agrandis. Macon verra s’élever dans ses murs une cathédrale plus belle que celle dont elle regrette la destruction; l’Empereur contribue à cette construction d’une somme considérable prise sur ses propres revenus. La Seille, rendue navigable, sera un nouveau bienfait pour le département de Saône-et-Loire. Le département de l’Ain se réveille à la vue de son souverain qui vivifie tout , et qui s’occupe avec intérêt d’accroître son industrie et de corriger l’insalubrité d’une partie de son territoire.

Lyon , déjà comblée des bienfaits de celui qui releva ses édifices et repeupla ses ateliers, croit n’avoir plus de vœux à former, et n’éprouve que le besoin d’entourer de ses justes transports le libérateur qu’elle chérit. Mais la sollicitude de l’Empereur pour cette capitale de l’industrie française n’est point épuisée, et, lorsqu’on ne l’entretient que de reconnaissance , son regard découvre encore les moyens d’accélérer les progrès d’une prospérité toujours croissante depuis son règne; les parties méridionales de la ville seront assainies; le Rhône sera contenu dans ses rives et rapproché de la ville qu’il semble vouloir abandonner.

De sages règlements fixent la fidélité dans les ateliers et garantissent la confiance du consommateur étranger, sans gêner la liberté de l’industrie; des récompenses décernées par l’Empereur lui-même redoublent l’émulation des ouvriers; une école de dessin assurera le perfectionnement de l’art. Lyon communiquant avec la mer par le midi, bientôt avec le Rhin par le canal Napoléon, avec l’Océan et la Manche par la Saône, la Loire et la Seine, débouché de la Suisse et du Piémont, jouira d’un entrepôt qui, développant le bienfait d’une situation si heureuse, achèvera de la rendre le centre d’un vaste commerce.