Correspondance de Napoléon – Septembre 1812

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de se rendre avec son corps et le 3e corps de cavalerie à Zvenigorod, de jeter de suite deux ponts sur la route de Koubinskoïé, pour être en communication avec le roi de Naples qui s’y rend, de faire battre tout le pays de droite et de gauche, d’envoyer des nouvelles et de m’envoyer des guides, etc.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl d’appuyer le roi de Naples, qui se rend à Koubinskoïé. Donnez ordre au duc d’Elchingen de se porter aujourd’hui à trois heures en avant de la ville. Faites revenir la bri­gade de cavalerie que le roi de Naples a laissée sur le champ de bataille, le duc d’Abrantès étant suffisant.

 

De notre quartier impérial de Mojaïsk, 10 septembre 1812.

CIRCULAIRE AUX ÉVÊQUES DE L’EMPIRE.

Monsieur l’Évêque de , le passage du Niémen, de la Dvina, du Borysthène, les combats de Mohilef, de la Drissa, de Polotsk, d’Ostrovno, de Smolensk, enfin la bataille de la Moskova, sont autant de motifs pour adresser des actions de grâces au Dieu des armées. Notre intention est donc qu’à la réception de la présente vous vous concertiez avec qui de droit.

Réunissez mon peuple dans les églises pour chanter des prières, conformément à l’usage et aux règles de l’Église en pareille circon­stance.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon cousin, écrivez au duc de Bellune que le 8e régiment westphalien, le régiment saxon de Low, celui de Rechten, le 3e régiment de marche d’infanterie formé à Königsberg, les 3e bataillons des 4e, 7e et 9e régiments polonais, les 8e, 9e, 10e et 11e régiments de marche de cavalerie, doivent tous être dirigés sur Smolensk ; que l’ennemi attaqué au cœur, ne s’amuse plus aux extrémités; qu’il fait tout pour nous empêcher d’entrer à Moscou et montre la résolution de tout faire pour nous en chasser le plus tôt qu’il lui sera possible. C’est donc de Smolensk à Moscou qu’il faut se porter, les nombreuses troupes qui arrivent derrière et celles du grand-duché de Lithuanie étant suffisantes pour garder les derrières. IL est nécessaire également que le duc de Bellune se tienne prêt avec tout son corps d’armée réuni pour se porter de Smolensk sur Moscou, afin de renforcer l’armée à mesure que l’ennemi renforcera la sienne. Vitebsk n’a besoin de rien; si peu de troupes qu’il y ait, l’ennemi le laissera tranquille; je n’y tiendrai même personne aussitôt que mon hôpital sera évacué. Il faut donc que le duc de Bellune dirige tout, bataillons, escadrons, artillerie, hommes isolés, sur Smolensk, pour de là pouvoir venir sur Moscou.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, vous m’assurez qu’il y a à Kovno 9,000 fusils fran­çais, et à Vilna 2,000, ce qui fait 11,000. Vous les répartirez de la manière suivante : 3,000 à Mojaïsk, 4,000 à Smolensk, 2,000 à Vilna, 2,000 à Minsk, total 11.000.

Les 40,000 fusils étrangers seront tenus à la disposition du gouverneur général de la Lithuanie. Il n’en faut pas à Smolensk.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, donnez l’ordre au régiment de Mecklenburg, qui est à Vilna et à Minsk, de se rendre à Smolensk. Donnez ordre au régi­ment de Hesse, qui est à Vilna, de se rendre à Smolensk. Donnez ordre que les vélites de la garde, de Turin, qui arrivent le 19 septembre à Berlin, se rendent à Varsovie. Donner le même ordre pour les gardes d’honneur et les vélites de la Toscane. Réitérez l’ordre que les 1e, 2e, 3e et 4e demi-brigades de marche se rendent à Smolensk. Donnez l’ordre que deux compagnies d’artillerie de l’équipage de siège de Magdeburg se rendent à Smolensk. Donner l’ordre qu’il ne reste à Pillau qu’une compagnie d’artillerie; que l’autre se rende à Smolensk. Donner le même ordre pour la Poméranie suédoise, pour Spandau, pour Thorn, ce qui fera six nouvelles compagnies d’artil­lerie à Smolensk. Donnez ordre que le 7e régiment wurtembergeois qui est à Danzig, se rende à Smolensk. Donnez ordre que le batail­lon de marche étranger qui est à Thorn se rende à Smolensk. Donnez l’ordre que le bataillon du 22e léger qui est à Thorn se rende à Smolensk. Donnez ordre que le 1er bataillon de la Méditerranée, qui est à Glogau, se rende à Varsovie. J’ai donné ordre que les douze bataillons qui font partie de la division Morand, en Poméranie, se rendis­sent à Danzig. Donnez ordre qu’aussitôt que sa tête sera arrivée l’on fasse partir les régiments n° 4 et 5 de la Confédération et celui du prince Primat pour Smolensk, et les Napolitains pour Kovno; il suffit qu’il reste toujours à Danzig 8 bataillons et 2 à Königsberg. Une brigade de six cohortes de gardes nationales, formant 4,000 hommes, était arrivée à Bremen, donnez l’ordre qu’elle se rende à Hambourg, et que la division Heudelet se rende dans la Poméranie suédoise avec quatre de ses demi-brigades, et laissant les deux autres dans le Mecklenburg.

Donnez l’ordre que la 32e division, sous les ordres d’un général de brigade et composée des régiments de Belle-Île, de Ré, de Walcheren et de la Méditerranée, se rende à Varsovie. Il ne restera plus au duc de Castiglione que les 30e et 31e divisions, ce qui, avec des brigades de gardes nationales, est suffisant dans la saison actuelle.

Donnez l’ordre au 4e régiment westphalien, qui de Stralsund se rend à Danzig, de se rendre à Smolensk. Donnez le même ordre au régiment de Hesse-Darmstadt, qui arrive de Stralsund à Danzig. Donnez l’ordre aux trois bataillons de Würzburg qui sont à Berlin de se rendre à Varsovie.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, je vous ai envoyé divers ordres pour que toute mon infanterie et cavalerie fussent réunies à Smolensk. Je crois n’avoir rien oublié. Mon intention est qu’il ne reste, du Rhin à Smolensk, que la division Heudelet, la division Lagrange (le manchot), la bri­gade de dragons et 12 cohortes de gardes nationales;

A Danzig, 8 bataillons, savoir : un du 3e de ligne, un du 105e, deux du 29e, deux du 113e deux du régiment n° 6 de la Confédération ;

A Pillau et à Königsberg, 2 bataillons de marche.

Si j’avais oublié quelque chose et laissé en arrière quelques déta­chements ou bataillons, remettez-m ‘en la note sous les yeux. Les neuf régiments du grand-duché de Lithuanie doivent seuls tenir gar­nison en Pologne.

 

 

Mojaisk, 11 septembre 1812

 

Ma bonne amie. Je reçois ta lettre du 26. Tu as trouvé Trianon très riant ; c’est sa belle saison. Cela m’a fait penser au beau séjour que nous y avons fait l’an passé. Ici, la chaleur a cessé, il fait froid. Ma santé est bonne, cependant un peu de rhume qui tire à sa fin. Mes affaires vont bien, embrasses le petit roi deux fois pour moi. Écris à ton père par un courrier, l’on me dit qu’il est inquiet de ne pas recevoir de tes nouvelles. Adio, miou ben. Tout à toi

 

Nap.

 

 

Mojaïsk, 12 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi :

« L’Empereur n’approuve pas que vous n’ayez pas occupé hier la ville de Zvenigorod. Le roi de Naples était à Karymskoïe, ayant toute l’armée devant lui et étant en mesure. Avancez sur la route de Moscou aussi loin que vous pourrez; il est probable que l’armée sera aujourd’hui à Maly-Viazemka ; avancez jusqu’à l’endroit où la route repasse la Moskova, pour toujours tourner la gauche de l’ennemi. L’Empereur sera ce soir à l’avant-garde. »

 

Mojaïsk, 12 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que l’on dit que l’ennemi a 18 bat­teries à vingt-cinq verstes de Moscou, c’est-à-dire près de Perkhouchkino ; qu’il est nécessaire qu’il tourne tout cela par la position de Ousovo. Dites-lui aussi que l’ennemi a des retranchements sur la montagne des Moineaux, mais que la route que le 4e corps suivra ne débouche pas sur cette montagne et la tourne.

 

Mojaïsk, 12 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, tout ce que les 3e, 4e et 1er corps ont laissé sur le champ de bataille pour le garder rejoindra les corps respectifs. Le duc d’Abrantès portera son quartier général à Mojaïsk; il tiendra un bataillon et 100 chevaux aux ambulances près du champ de bataille; un bataillon, 100 chevaux et deux pièces de canon au monastère, à deux lieues en arrière; un bataillon, deux pièces de canon et 50 chevaux à Koubinskoïé sur la route de Moscou, et le reste ici. Il visitera le monastère, les ambulances du champ de bataille, et il fera ce qu’il pourra pour améliorer le sort des soldats blessés. Il fournira une escorte pour les pièces et caissons que l’artillerie renvoie sur les derrières. Il fera achever les six fours, et aura soin d’approvisionner la ville par des patrouilles d’au moins 150 hommes qu’il enverra pour chercher du blé, des farines et du fourrage.

Le petit quartier général partira à midi pour faire un jour de marche. Le grand quartier général partira demain avec l’escorte de 150 chevaux, de six pièces de canon et de 1,200 hommes fournis par le duc d’Abrantès.

 

Borisovka. 13 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Borisovka.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de partir demain, à huit ou neuf heures. Le vice-roi est ce soir à Bouzava; il se dirige demain de bonne heure sur Tatarova, où le chemin passe la rivière. Il faut que le Roi se mette en communication avec lui. Le prince Poniatowski est arrivé à Charapovo; il a dû continuer sa route et se mettre en communication avec lui; il reçoit l’ordre de continuer demain sa route. Mandez au prince Poniatowski où est le roi de Naples et où sera le quartier général.

 

Borisovka, 13 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Borisovka.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que le roi de Naples est ce soir à Odintsovo, à trois lieues de Moscou ; que l’Empereur sera demain de bonne heure à l’avant-garde; que le 4e corps tout réuni, en rap­pelant tout ce qu’il aurait derrière et surtout toute son artillerie, doit se rendre de bonne heure à Tatarova, où l’on rencontre la Moskova, et se tenir en communication avec le roi de Naples ; que le Roi se rendra vis-à-vis Fili; qu’on dit que l’ennemi a retranché la montagne des Moineaux et une autre montagne; que le vice-roi aura des nou­velles , et fera de suite travailler à trois ponts sur le chemin, afin que, si l’Empereur le juge convenable, il reçoive l’ordre d’entrer à Moscou.

 

 

Tarchi, 13 septembre 1812.

 

Mon amie. J’ai reçu ta lettre du 29 août. La saison doit actuellement être bonne à Paris, ici, après avoir fait froid, le temps s’est radouci. Mon rhume tire vers sa fin. Je te prie d’embrasser le petit roi de ma part. Je suis à six lieues de Moscou. Adio, miou ben. Tout à toi.

 

Nap.

 

 

Moscou, 14 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, il est nécessaire que vous écriviez au général Saint-Germain que le parc d’artillerie de campagne des Russes est dans le quartier au-delà de Zemlianoï-Gorod ou Ville-de-Terre, à côté d’un petit lac, près la route de Pétersbourg; qu’il est nécessaire d’y envoyer un fort parti. Il ne doit rien laisser entrer en ville et avoir continuellement des détachements occupés à ramasser les Russes, qui se trouvent en grande quantité de tous côtés.

 

Moscou, 15 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, commandez vingt patrouilles de dragons, chacune de 30 hommes commandée par un officier, et partagées en quatre pour occuper les quatre parties de la ville, ramasser tous les Russes qui s’y trouvent et les conduire au prince d’Eckmühl dans le village, hors la ville. Commandez également dix patrouilles de grenadiers à cheval, qui feront le même service dans le Kremlin et resteront là pour y mettre de l’ordre, ramasser tous les prisonniers, etc. Tout le reste des grenadiers à cheval et les chasseurs viendront également sur le Kremlin, pour qu’on puisse s’en servir dans la journée.

 

Moscou, 15 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig de se rendre avec la vieille Garde au Kremlin, où il sera exclusivement chargé de la police de ce quartier.

Le général Durosnel fera les fonctions de gouverneur de la ville.

Le roi de Naples fera occuper par le prince Poniatowski et par sa cavalerie depuis la route de Kolomna jusqu’à la route de Troïtskoï.

Le vice-roi portera son quartier général à la barrière de Saint-Pétersbourg et fera occuper la route depuis Troïtskoï inclusivement jusqu’à la route qu’il a prise.

Le prince d’Eckmühl fera occuper toutes les routes depuis celle qu’a prise le vice-roi jusqu’à celle du prince Poniatowski.

Le vice-roi et le roi de Naples avanceront de forts postes sur la route de Saint-Pétersbourg et sur la route qu’a prise l’ennemi, afin d’avoir des nouvelles et de ramasser les traineurs.

 

 

Moscou, 16 septembre 1812.

 

Mon amie. Je reçois ta lettre du 31, où je vois que tu avais reçu les lettre de Smolensk. Je t’ai écris déjà de Moscou, où je suis arrivé le 14 septembre. La ville est aussi grande que Paris. Il y a 1600 clochers et plus mille beaux palais, la ville est garnie de tout. La noblesse en est partie, on a obligé aussi les marchands à partir, le peuple est resté. Ma santé est bonne, mon rhume est fini. L’ennemi se retire, à ce qu’il paraît, sur Kazan. La belle conquête est le résultat de la bataille de la Moskova. Tout à toi.

 

Nap.

 

 

Moscou, 18 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, vous m’écrivez en chiffre, et je n’ai point de chiffre, ce qui me met fort en peine, parce que je ne sais pas si ce que vous m’écrivez est pressant.

J’approuve fort que l’on demande à la Prusse 3,000 hommes à tirer soit de Kolberg et de Graudenz, soit de Silésie, pour la garnison de Memel.

J’ai nommé le comte Tyzenhaus que vous m’avez proposé pour remplacer le prince Sa pie ha.

Nous suivons l’ennemi, qui se retire au-delà du Volga. Nous avons trouvé une immense quantité de choses à Moscou, qui était une ville extrêmement belle. De deux cents ans la Russie ne se relèvera pas de la perte qu’elle fait. Ce n’est pas exagérer que de l’évaluer à un milliard.

 

Moscou, 18 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, tous les Français qui étaient domiciliés à Moscou, hommes, femmes et enfants, et qui se trouvent sans asile, seront placés dans une maison près du Kremlin. Trois syndics seront nommés pour être leurs chefs et en dresser le contrôle; il leur sera donné des rations. Il sera donné des emplois à ceux qui en seront susceptibles, et un traitement en subsistance à tous les autres.

 

Moscou, 18 septembre 1812.

Au général comte de La Riboisière, commandant de l’artillerie de la Grande Armée, à Moscou.

Monsieur le Général la Riboisière, je désire que les deux compa­gnies des marins de la Garde aient chacune six pièces de 12 et deux obusiers. Vous prendrez les pièces à l’arsenal de Moscou; les cais­sons existent également dans l’arsenal de Moscou. Les chevaux et les soldats du train seront pris parmi ceux des caissons que vous vouliez renvoyer. Par ce moyen, la réserve de la Garde se trouvera aug­mentée de seize pièces de canon. Il est également nécessaire d’aug­menter la réserve du prince d’Eckmühl de huit bouches à feu, dont six pièces de 12 et deux obusiers. Si cela était nécessaire, vous les feriez servir par les deux compagnies prussiennes qui sont à la suite de la vieille Garde. Le prince d’Eckmühl ayant un corps de cinq divisions, seize pièces de réserve ne sont pas suffisantes. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître quand toute la réserve de la Garde se trouvera aussi considérable qu’au moment où elle est partie de Paris, et quand tout ce qui a été démonté à Vilna sera parti. Il y a 200 petits caissons à l’arsenal de Moscou, je désire qu’ils soient employés ; on s’en servira avec plus de rapidité dans les mauvais che­mins et on pourra les atteler avec des cognats. Faites-moi un rapport général sur mon artillerie et sur les moyens de réparer toutes les pertes. Mon intention n’est pas de perdre une seule pièce, mais de conserver le complet de mon organisation, qui déjà n’est pas trop fort. Enfin voyez s’il serait possible d’établir à Moscou des moulins pour faire de la poudre.

 

 

Moscou, 18 septembre 1812

 

Mon amie.

 

Je t’ai déjà écris de Moscou. Je n’avais pas d’idée de cette ville. Elle avait 500 palais aussi beaux que l’Élysée Napoléon, meublés à la française avec un luxe incroyable, plusieurs palais impériaux, des casernes, des hôpitaux magnifiques. Tout a disparu, le feu depuis 4 jours la consume. Comme toutes les petites maisons des bourgeois sont en bois, cela prend comme des allumettes. C’est le gouverneur et les Russes qui, de rage d’être vaincus, ont mis le feu à cette belle ville. 200.000 bons habitants sont au désespoir et dans la rue et dans la misère. Il reste cependant assez pour l’armée, et l’armée a trouvé bien des richesses de toute espèce, car dans ce désordre tout est au pillage. Cette perte est immense pour la Russie, son commerce en sentira une grande secousse. Ces misérables avaient poussé la précaution jusqu’à enlever ou détruire les pompes. Mon rhume est fini, ma santé est bonne. Adieu, mon amie. Tout à toi.

 

Nap.

 

 

Moscou, 18 septembre 1812, 8 heures du soir.

 

Ma bonne Louise.

 

J’ai reçu ta lettre du 27, avant les nouvelles de Smolensk. Tu auras actuellement reçu celles de Moscou. J’ai été aujourd’hui visiter les quartiers. La ville est belle. La Russie, en la brûlant, a fait une perte immense, il ne reste que le tiers des maisons. Le soldat a trouvé bien des provisions et des marchandises, il a des vivres, de l’eau de vie de France en quantité. Ma santé est bonne. Tu ne dois pas te donner la peine d’écrire par les auditeurs, puisqu’ils n’arrivent que dix jours après l’estafette. C’est une sujétion inutile et inconvenante. Tu écriras seulement quand tu auras quelque chose à dire. Ce que tu me dis de ce pauvre Lucet m’afflige. C’était un bon homme, je plains bien sa femme. Adieu, moi ben.

 

Nap.

 

Moscou, 19 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre que tous les officiers et sous-officiers russes, prisonniers de guerre, qui seraient à Danzig, Marienburg, Thorn ou Modlin, soient sans délai dirigés sur France; les soldats seuls resteront dans les places de la Vistule. Vous ferez connaître au général Lagrange que je n’approuve pas votre décision du 4 août, par laquelle vous avez autorisé les déserteurs russes à entrer dans les dépôts des régiments polonais qui sont à Danzig; mon intention est que ces déserteurs, s’ils sont arrivés comme déserteurs et non comme prisonniers, soient dirigés sur France ; on ne doit en souffrir aucun dans la garnison de Danzig. Quant aux Polonais, ils pourront être placés dans les régiments du Grand-Duché et envoyés à Modlin.

 

Moscou, 19 septembre 1821.

ORDRE.

L’Empereur veut que le gouverneur général de Moscou (il s’agit du maréchal Mortier) four­nisse à M*** (le nom manque) les moyens de temps et la protection nécessaires pour se rendre avec sa famille et ses paysans à sa terre près Voskresensk.

 

Moscou, 20 septembre 1812.

A Alexandre 1er, Empereur de Russie.

Monsieur mon Frère, ayant été instruit que le frère du ministre de Votre Majesté Impériale à Cassel était à Moscou, je l’ai fait venir et je l’ai entretenu quelque temps. Je lui ai recommandé de se rendre auprès de Votre Majesté et de lui faire connaître mes sentiments. La belle et superbe ville de Moscou n’existe plus. Rostopchine l’a fait brûler. Quatre cents incendiaires ont été arrêtés sur le fait ; tous ont déclaré qu’ils mettaient le feu par les ordres de ce gouverneur et du directeur de la police : ils ont été fusillés. Le feu parait avoir enfin cessé. Les trois quarts des maisons sont brûlées, un quart reste. Cette conduite est atroce et sans but. A-t-elle pour objet de priver de quelques ressources ? Mais ces ressources étaient dans des caves que le feu n’a pu atteindre. D’ailleurs, comment détruire une ville des plus belles du monde et l’ouvrage des siècles pour atteindre un si faible but ? C’est la conduite que l’on a tenue depuis Smolensk, ce qui a mis 600,000 familles à la mendicité. Les pompes de la ville de Moscou avaient été brisées ou emportées, une partie des armes de l’arsenal données à des malfaiteurs qui ont obligé à tirer quelques coups de canon sur le Kremlin pour les chasser. L’humanité, les intérêts de Votre Majesté et de cette grande ville voulaient qu’elle me fût confiée en dépôt, puisque l’armée russe la découvrait : on devait y laisser des administrations, des magistrats et des gardes civils. C’est ainsi que l’on a fait à Vienne, deux fois, à Berlin, à Madrid. C’est ainsi que nous-mêmes avons agi à Milan, lors de l’entrée de Souvarof. Les incendies autorisent le pillage, auquel le soldat se livre pour disputer des débris aux flammes. Si je supposais que de; pareilles choses fussent faites par les ordres de Votre Majesté, je ne lui écrirais pas cette lettre ; mais je tiens pour impossible qu’avec ses principes, son cœur, la justesse de ses idées, elle ait autorisé de pareils excès, indignes d’un grand souverain et d’une grande nation. Dans le temps que l’on emportait les pompes de Moscou, on laissait cent cinquante pièces de canon de campagne, 60,000 fusils neufs, 1,606,000 cartouches d’infanterie, plus de 400 milliers de poudre, 300 milliers de salpêtre, autant de soufre, etc.

J’ai fait la guerre à Votre Majesté sans animosité : un billet d’elle, avant ou après la dernière bataille, eût arrêté ma marche, et j’eusse voulu être à même de lui sacrifier l’avantage d’entrer à Moscou. Si Votre Majesté me conserve encore quelque reste de ses anciens senti­ments, elle prendra en bonne pari cette lettre. Toutefois elle ne peut que me savoir gré de lui avoir rendu compte de ce qui se passe dans Moscou.

 

 

Moscou, 20 septembre 1812

 

Mon Amie.

 

J’ai reçu ta lettre du 3 septembre. Il pleut beaucoup aujourd’hui, l’on assure que la saison des pluies va commencer. Heureusement que nous sommes arrivés. L’armée est ici très bien cantonné et caserné. Ma santé est bonne. Je te prie d’être gaie et de te bien porter. Mes affaires vont bien. Adieu mon amie. Tout à toi.

 

Nap.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai reçu votre lettre du 14 sep­tembre, par laquelle vous me faites connaître que 930 voitures d’artillerie sont parties depuis le 22 juillet jusqu’au 13 septembre, indépendamment des 90 caissons que la Garde impériale aurait fait partir, ce qui ferait près de 1,000 voitures.

Je désirerais avoir l’état de départ, par jour et par voiture, afin de connaître la nature des voitures et des attelages. Promenez-vous à l’arsenal de Vilna et voyez combien il y a encore de pièces de canon et de caissons remplis qui ne sont pas partis. Lors de mon départ de Vilna, il .y avait, je crois, soixante à quatre-vingts pièces et plus de deux cents caissons. Faites-moi également connaitre si les quatre compagnies d’artillerie légère de la ligne et les quatre d’artillerie à pied, qui avaient été laissées à Vilna, formant la réserve de la Garde, sont parties. Du reste, nous avons trouvé ici 2 millions de cartouches, 300 milliers de poudre, 300 milliers de salpêtre et de soufre, ce qui nous met à même de faire de la poudre, et une grande quantité de pièces et de boulets; de sorte que nous avons trouvé ici le triple de ce que nous avons dépensé à la bataille. Cette circonstance est extrêmement heureuse. Ces objets ne nous donnent plus d’inquié­tude. Nous avons en munitions de quoi livrer quatre batailles comme la dernière, mais j’en profite pour augmenter mon artillerie et utiliser les pièces prises à l’ennemi. Il est toujours agréable de se procurer dans le pays même une augmentation d’une centaine de pièces de canon.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, écrivez au duc d’Abrantès qu’il convient d’organiser son corps d’armée en une seule division, et de m’en présenter l’or­ganisation ; que je donne des ordres pour que tous ses bataillons et détachements restés en arrière, tant infanterie que cavalerie et artil­lerie, le rejoignent ; qu’il vous rende compte si cet ordre s’exécute ponctuellement, et qu’il écrive au général Baraguey d’Hilliers et aux différents commandants pour leur recommander l’exécution de cette mesure ; recommandez-lui de bien organiser son artillerie ; que deux nouveaux régiments westphaliens sont partis pour le rejoindre, ce qui lui mettra dans la main une belle division; qu’il ait soin aussi que son artillerie soit approvisionnée et en bon état, puisque aussitôt que son corps sera réuni il recevra l’ordre de rejoindre l’armée. Faites venir le général wurtembergeois qui commande le corps, pour savoir définitivement à quoi est réduite cette division.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre an général Lahoussaye, commandant le 3e corps de cavalerie, de se porter avec ce 3e corps à Podolsk, sur la route de Toula. La brigade de cavalerie du prince d’Eckmühl appuiera le 3e corps de cavalerie ; le roi de Naples fera appuyer ce 3e corps par le prince Poniatowski, qui se portera également à Podolsk. L’avant-garde se portera sur Bronnitsy, sur la route de Kolomna, si l’ennemi a laissé du monde sur cette route; car, s’il s’était porté tout entier sur la route de Toula, il serait nécessaire que l’avant-garde manœuvrât en conséquence.

Vous donnerez ordre au duc d’Istrie d’envoyer aujourd’hui le générai Colbert avec les deux régiments de lanciers de la Garde pour appuyer le général Girardin en se portant sur la route de Podolsk. Ce maréchal prendra aussi sous ses ordres le 3e corps de cavalerie. Le prince d’Eckmühl mettra à la disposition du duc d’Istrie la 4e divi­sion commandée par le général Friederichs. Ces troupes formeront un corps d’observation qui recueillera des renseignements sur la marche de l’ennemi et couvrira la route de Podolsk jusqu’à ce que le prince Poniatowski et l’avant-garde se soient replacés sur les traces de l’ennemi.

Vous ferez connaître au prince d’Eckmühl qu’il doit occuper avec son corps d’armée le faubourg de Kalouga, et vous lui désignerez un tiers de la ville du côté de Kalouga et de Toula; il ne doit rien occuper hors de la limite que vous lui tracerez ; il doit également n’envoyer fourrager que dans le pays compris entre les routes de Toula et de Kalouga. Vous manderez au duc d’Elchingen que l’en­nemi n’est pas encore assez éloigné pour que je puisse lui permettre de se rendre jusqu’à Bogorodsk, mais que je donne ordre que sa cavalerie légère y soit envoyée et que je ne vois pas d’inconvénients à ce qu’il dirige un fort parti, tant d’infanterie que de cavalerie et d’artillerie, sur Bogorodsk, en occupant encore avec son corps d’armée le quart de la ville du côté de Bogorodsk, et entre autres les casernes qui sont derrière l’hôpital.

Écrivez au vice-roi pour lui assigner le quart de la ville du côté des routes de Saint-Pétersbourg et de Dmitrof ; vous l’autoriserez à envoyer à six lieues sur la route de Pétersbourg une avant-garde d’infanterie et de cavalerie, pour prendre position jusqu’à ce que l’éloignement de l’ennemi soit assez considérable pour que je juge convenable de lui faire occuper les districts de Kline et de Dmitrof. Enfin présentez-moi un projet de répartition de tout le gouvernement de Moscou entre les différents corps d’armée, en donnant un, deux ou trois districts à chacun, selon sa force. Les maréchaux organise­ront ces districts en y tenant quelques troupes et en tireront des moyens de subsistance.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre qu’aussitôt que les troupes de Hesse-Darmstadt, de quelque bataillon que ce soit, seront arrivées à Smolensk, elles continuent leur route pour Moscou. Donnez ordre à Vilna, à Smolensk, à Vitebsk, à Minsk, à Mohilef et sur toute la ligne, de faire partir tous les hommes isolés appartenant aux corps qui sont à Moscou, de les armer si on a des armes, et si on n’en a pas de les envoyer sans armes, vu que nous avons trouvé 60,000 fu­sils à Moscou. Donnez ordre au général Baraguey d’Hilliers de faire rétrograder sur Moscou tous les hommes légèrement blessés et qui peuvent marcher, vu qu’ils seront mieux ici et qu’on pourra les y armer et les utiliser.

Donnez ordre au régiment illyrien de partir de Smolensk pour se rendre à Moscou, où il rejoindra sa division au 3e corps ; donnez le même ordre au 129e régiment. Donnez ordre que, aussitôt que le régiment de marche du 3e corps sera arrivé, il me soit rendu compte de quels bataillons sont les cadres, afin que je décide s’ils doivent être incorporés. Donnez ordre que le régiment de la Vistule qui est à Smolensk se dirige sans délai sur Moscou. Donnez ordre que tous les bataillons westphaliens qui ont été laissés en route depuis Smolensk rejoignent leur corps à Mojaïsk, ainsi que tous les détachements, tant infanterie que cavalerie et artillerie ; ils seront remplacés sur la ligne de communication par les trois batail­lons de la Vistule. Donnez ordre que le 8e régiment westphalien con­tinue sa route sur Mojaïsk pour y rejoindre son corps. Donnez ordre que tous les régiments de marche de cavalerie, à mesure qu’ils arrivent à Smolensk, continuent leur route pour Moscou. Aussitôt que les deux bataillons du 33eseront arrivés, ils rejoindront la 4e division du 1er corps.

Donnez ordre dans toute l’armée que tous les détachements de Wurtembergeois qui se trouvent dans les différentes places soient dirigés sur Moscou. Donnez ordre que les 1er, 2e et 3e régiments de marche d’infanterie, après avoir séjourné un ou deux jours à Smo­lensk, continuent leur route sur l’armée, ainsi que tous les bataillons et régiments de marche. La garnison de Smolensk sera formée des 3e bataillons des 4e, 7e et 9e régiments polonais, et jusqu’à nouvel ordre du régiment saxon de Low et du régiment saxon de Rechten. Faites-moi connaître la composition du bataillon de marche étranger qui arrive à Minsk le 30 septembre, pour que je sache s’il appar­tient aux troupes qui sont à Moscou ou au corps du général Saint-Cyr. Donnez ordre que le régiment des flanqueurs de la Garde se repose deux jours, à Smolensk, après quoi il partira pour Moscou. Recommandez au gouverneur de la Lithuanie que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne retienne aucun homme isolé, mais qu’il les forme en bataillons armés le plus possible et les dirige sur Smolensk; de là on les dirigera sur Moscou.

 

 

Moscou, 21 septembre 1812.

 

Ma bonne maie

 

Je reçois ta lettre du 4 septembre. Je t’ai écrit tous les jours, je suis surpris que tu restes quelquefois un jour sans de mes nouvelles. Ce que tu me dis du petit roi me plait fort. Je considère quelquefois le portrait de Gérard, que je trouve très beau. Je suppose que tu as écrit à ton père. Ma santé est fort bonne. Tu ne me dis jamais rien de la duchesse, se porte elle bien ? Tu ne dois jamais prêter l’oreille aux bavardages de Paris. Moscou était une très belle ville, mais il n’en reste pas le quart des maisons. Adieu, moi ben. Tout à toi.

 

Nap.