Correspondance de Napoléon – Mai 1815

Paris, 12 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je vous prie de me faire un rapport pour me faire connaître si vous avez la quantité d’officiers qu’exige la formation des bataillons de gardes nationales. J’ai levé, je crois, quatre cents ba­taillons; cela exige 200 majors, 400 chefs de bataillon et 400 capi­taines-adjudants. Je viens de lever pour Paris vingt-quatre bataillons, qui exigent 1 lieutenant général (ce sera le général Darricau), 6 maréchaux de camp (employez à cette destination les plus dévoués), 12 colonels, 24 chefs de bataillon et environ 500 capitaines, lieu­tenants et sous-lieutenants. Ne mettez pas là de jeunes gens, mais beaucoup de vieux officiers.

Je compte lever douze bataillons semblables à Lyon, destinés à la défense de cette grande ville; ce qui emploiera encore un nombre d’officiers égal à la moitié du nombre que je viens de calculer pour Paris.

Combien vous restera-t-il encore d’officiers non employés, les cadres des 4e, 5e et 6e bataillons de la ligne étant formés ? S’il reste des officiers, il sera bon d’en attacher à toutes les places fortes, de manière que les commandants puissent en mettre dans les batail­lons de gardes nationales pour remplacer les officiers qui seraient mauvais, et donner an peu de mouvement et d’esprit à ces bataillons.

 

Paris, 12 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il y a aujourd’hui, dans les divisions militaires des frontières, des lieutenants généraux commandant les divisions terri­toriales , des lieutenants généraux commandant les gardes nationales mises en activité, et enfin des gouverneurs dans toutes les places. Les gouverneurs de toutes les places, les lieutenants généraux comman­dant les divisions, les lieutenants généraux commandant les gardes nationales, doivent être sous les ordres du commandant en chef de l’armée dans le territoire de laquelle ils se trouvent, savoir : ceux de la 5e division, sous les ordres du commandant de l’armée du Rhin; ceux de la 3e et de la 4e division, sous les ordres du commandant de l’armée de la Moselle ; ceux de la 2e et de la 16e y compris la Sommes et l’Aisne, sous les ordres du commandant de l’armée du Nord; la 6e division, sous le commandant du corps d’observation du Jura; la 7e et la 19e, sous le commandant en chef de l’armée des Alpes ; la 8e, sous le commandant du corps d’observation du Var ; la 11e, la 9e et la 10e, sous le commandant du corps d’observation des Pyrénées.

Vous devez leur donner l’instruction suivante :

Les lieutenants généraux commandant les divisions militaires ne s’enfermeront pas dans les places qui doivent toutes avoir leur commandant; mais ils sont destinés, avec les maréchaux de camp commandant les départements, les officiers de gendarmerie, les officiers forestiers, les administrations départementales, etc., à se tenir tou­jours dans l’enceinte de la division militaire , en prenant une position qui leur sera désignée par le général en chef, de manière à tenir le plus longtemps possible le territoire et à rester à portée de donner des ordres pour l’organisation des levées en masse, pour les évacua­tions de dépôts, enfin de prendre toutes les mesures pour insurger la population et présenter le plus d’obstacles à l’ennemi. Ainsi, par exemple, le général commandant la 5e division militaire tiendra tant qu’il sera possible son quartier général dans la 5e division, en conservant tout ce qui lui restera de moyens pour défendre le pays et pour veiller à la défense de la seconde ligue. Il en sera de même des généraux commandant la 16e division, la 2e, la 3e et la 4e. Ces généraux doivent toujours sortir des places qui seraient bloquées et se porter sur d’autres places ou d’autres points qui ne sont pas menacés, pour y continuer de recevoir le rapport des autres places , réunir autour d’eux les préfets, aviser aux moyens de défense, faire enfin le plus de mal possible à l’ennemi.. S’ils étaient forcés de quitter le territoire de la division, ils devraient du moins se tenir dans des positions à portée, pour être toujours en mesure d’y faire passer leurs ordres.

Les lieutenants généraux chargés du commandement des bataillons d’élite des gardes nationales ne doivent pas non plus se laisser ren­fermer dans des places; mais ils doivent rester jusqu’au dernier moment, pour soigner l’armement et l’habillement des gardes nationales, et, s’ils sont obligés de s’en aller, ils peuvent se porter aux divisions de réserve de gardes nationales, partager avec le commandant de la
division territoriale le commandement de la levée en masse, ou se retirer auprès du général commandant en chef l’armée.

Les maréchaux de camp chargés du commandement dés gardes nationales dans les départements se trouveront les commandants naturels des levées en masse. Les généraux commandant les gardes nationales doivent, en outre, avoir des instructions spéciales du commandant en chef de l’armée sur les points à retrancher, à mettre en état de défense et à garder dans leur arrondissement.

Donnez cette première instruction ; faites-moi connaître les objections qu’on y fera et les questions auxquelles elle donnera lieu.

Écrivez au général commandant la division de réserve de Colmar de presser l’achèvement des ouvrages de campagne ordonnés le long du Rhin ; au commandant de la division de Nancy de s’occuper des retranchements à faire dans les passages des Vosges; au commandant de la division de Sainte-Menehould de veiller sur les retranchements à faire dans les défilés de l’Argonne ; enfin aux commandants des divisions de Vesoul et de Besançon, qui sont sous les ordres du général commandant le corps d’observation du Jura, pour les ouvrages à faire de leur côté, et pour la formation du camp de Belfort.

Il est nécessaire que les généraux commandant les armées tiennent des conseils avec les généraux commandant les divisions territoriales avec les généraux commandant les divisions de réserve des gardes nationales, enfin avec les généraux chargés de l’organisation des gardes nationales, pour que chacun sache bien ce qu’il doit faire en cas d’invasion. Les officiers du génie et de l’artillerie devront assister à ces conseils pour assurer le concours de leur arme dans l’exécution des mesures de défense qui seront arrêtées. Les préfets seront égale­ment appelés dans ces conseils.

On ordonnera aux villes qui ont une enceinte de faire des retran­chements et de se mettre en mesure de ne pas recevoir la loi des troupes légères.

Excitez le zèle des généraux ; qu’ils prévoient tous les cas, et que d’avance chacun sache ce qu’il peut faire pour arrêter l’ennemi.

 

Paris, 12 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au maréchal Brune et au général Delaborde de laisser filer les troupes pour leur destination. Faites connaître au général Delaborde qu’il doit avoir reçu 300 hommes des canonniers de marine de Rochefort; qu’il doit recevoir un des sept régiments destinés à la frontière des Pyrénées; qu’il doit recevoir 500 gen­darmes, dont la moitié est partie et l’autre moitié partira demain en poste; qu’avec cela il doit former des colonnes mobiles et dissiper les bandes ; qu’enfin il faut faire un appel, s’il est nécessaire, aux con­fédérés de Nantes, mais qu’il est indispensable de laisser filer les ré­giments pour l’armée.

Donnez ordre au duc de Padoue, en Corse, de faire partir sur-le-champ et sans aucun retard, sous quelque prétexte que ce soit, les régiments qui sont dans cette île. Donnez ordre au maréchal Brune d’expédier un aviso pour porter votre lettre et d’en charger un officier qui restera dans l’île jusqu’à ce que les régiments partent. Envoyez des explications au duc de Padoue : que, sous aucun prétexte, il ne retienne rien, hormis la compagnie d’artillerie qui a été désignée ; que, si même on peut former en Corse deux bataillons de volontaires de 5 à 600 hommes, ayant des officiers qui aient déjà servi en France, il les expédie sur Toulon; mais que les régiments français doivent déjà être en Provence, et que le moindre retard dans l’exécution de vos ordres aurait des conséquences funestes.

Le maréchal Brune doit déjà avoir trois régiments de cavalerie et trois régiments d’infanterie. Il est bien important que tous les régi­ments qui doivent arriver de Bretagne et de l’Ouest arrivent promptement.

Le plus grand malheur que nous ayons à craindre, c’est d’être trop faibles du côté du Nord et d’éprouver d’abord un échec.

J’attends l’état que je vous ai demandé pour faire le travail de l’armée du Nord. Il paraît que les seize régiments qui la composent sont bien faibles et ont bien peu de moyens de s’augmenter. C’est ce qui me porterait à réunir les seize dépôts sur la Somme et à faire, dans les meilleurs départements, un appel de 24 à 30,000 hommes de la conscription de 1815, pour renforcer ces régiments, il faudrait écrire à Lemarois, à Vedel et au préfet Girardin, de former des colonnes mobiles de 25 gendarmes et de 100 hommes d’infanterie pour faire rejoindre les anciens militaires. Le générai Vedel peut prendre cette infanterie à Cherbourg ; peut-être que ces militaires partiraient plus facilement, si on les destinait pour la jeune Garde3. Écrivez an préfet et au commandant au département de la Somme pour qu’on fasse également des colonnes mobiles pour faire rejoindre les militaires. Peut-être faudrait-il changer la direction de celle du Nord, du Pas-de-Calais et les envoyer sur Paris, pour la jeune Garde; mais cela augmenterait le déficit des seize régiments du 1ercorps, qui doivent se recruter dans ces départements.

Il faudrait donner ordre aussi au général commandant la 1e divi­sion de faire faire des colonnes mobiles et même d’employer la voie des garnisaires pour faire rejoindre. Il faudrait nommer un officier général qui fût à la tête du recrutement et eût la correspondance, comme l’avait jadis le général d’Hastrel.

J’ai augmenté la jeune Garde de quatre autres régiments, ce qui le portera à seize régiments, devant former à peu près 20.000 hommes. Faites aussi connaître si, par le rappel des anciens militaires, vous espérez qu’on puisse obtenir ce nombre d’hommes.

Écrivez au général commandant la 18e division militaire que j’ai mis tous les militaires de la Bretagne dans les régiments qui ont leurs dépôts dans cette province; qu’ainsi il doit y avoir moins de difficultés pour les faire rejoindre.

Le 7e de ligne, qui est à Grenoble, a déjà 1,000 hommes à son dépôt; ainsi ce régiment devrait être très-beau. Un appel de la conscription de 1815 dans le Dauphiné, auprès des régiments qui sont à l’armée des Alpes, pourrait compléter promptement ces trois régiments et les porter chacun à 3,000 hommes. Il me semble que l’appel de la conscription de 1815 pourrait se faire de la même manière qu’on a rappelé les anciens militaires. Je vous ai déjà écrit sur cet objet.

Moyennant les fonds que j’ai accordés pour l’habillement par la distribution de mai, les corps doivent avoir tout l’argent dont ils ont besoin. J’ai déjà demandé la note des ordonnances distribuées pour assurer leur paiement.

Donnez ordre que le dépôt du 10e, qui est à Perpignan, se mette en marche pour se rapprocher de Paris.

Le général Fririon est, je crois, chargé de tous les dépôts de la 1e division; écrivez-lui de les parcourir, afin d’activer l’organisation des 3e, 4e, et 5e bataillons, ainsi que l’équipement des hommes.

 

Paris, 12 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je vous prie de m’envoyer la situation des corps d’ar­mée, en donnant aux régiments les numéros qu’ils avaient en 1813 et qui viennent de leur être rendus. Cet état présentera les corps par armée, par corps d’armée et par division. Une colonne indiquera, pour chaque régiment, le lieu où est le dépôt et les départements qui doivent fournir de vieux soldats à ce dépôt. Je désire avoir cet état demain.

Je désire avoir après-demain les mêmes situations, par division militaire et par ordre numérique, où tous les corps soient inscrits sous leur numéro impérial. Dans les états que j’ai actuellement sous les yeux, les corps sont mentionnés, ici sous leur numéro royal, là sous leur numéro impérial, et il en résulte une confusion qui ne me permet de faire aucun travail. Je suis donc très-pressé d’avoir les états que je vous demande.

 

Paris, 12 mai 1815.

Au comte Carnot, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur le Comte Carnot, le commissaire extraordinaire Bedoch me fait de justes observations sur le département de la Marne, qui a ordre de lever quatorze bataillons de gardes nationales et qui déjà en a fourni dix. Le département de la Marne est porté, au tableau que le Conseil d’État a placé à la suite du décret du 10 avril, pour qua­rante-deux bataillons, ce qui fait quatre-vingt-quatre compagnies de grenadiers et de chasseurs, ou quatorze bataillons d’élite. Mais le département de la Meuse n’est porté que pour vingt et un bataillons, ce qui fait quarante-deux compagnies de grenadiers et chasseurs, ou sept bataillons. Or on ne conçoit pas comment la Meuse, qui a une population de 284,000 individus, n’est portée que pour vingt et un bataillons, quand la Marne, qui a 311,000 individus, c’est-à-dire 27,000 seulement de plus, est portée pour quarante-deux bataillons. Il est indispensable que vous donniez sur-le-champ ordre au préfet de la Marne de ne pas aller au-delà du nombre de dix bataillons d’élite qu’il a fournis, et que vous me proposiez de faire sur la Meuse et les Ardennes une augmentation équivalente à cette réduction.

En général, il faudrait refaire la colonne du nombre de bataillons que doivent avoir les départements. J’ai levé en France trois mille bataillons de gardes nationales, ce qui, sur 26 millions d’habitants, fait trois bataillons pour 26,000 habitants. Dans cette proportion, le département de la Marne, ayant 300,000 habitants, n’aurait dû avoir que trente-six bataillons au lieu de quarante-deux. Ces trente-six bataillons n’auraient fait que soixante et douze compagnies de chasseurs et de grenadiers, c’est-à-dire douze bataillons d’élite au lieu de quatorze.

Le département des Ardennes, qui a une population de 275,000 in­dividus, aurait dû avoir trente bataillons au lieu de vingt et un, et dès lors dix bataillons de grenadiers et chasseurs; on ne lui en a demandé que sept; il peut donc en fournir encore deux.

Le département de la Meuse, ayant 284,000 habitants, aurait dû avoir trente et un bataillons, ce qui fait soixante-deux compagnies d’élite ou dix bataillons à marcher; on ne lui en a demandé que sept : on peut donc encore lui en demander au moins deux. Ainsi la Meuse et les Ardennes peuvent fournir, chaque département, deux batail­lons de plus, en compensation de ce qui serait diminué sur le con­tingent de la Marne.

Je vous prie donc de faire rectifier la colonne de ce tableau im­primé indiquant le nombre des bataillons de gardes nationales que chaque département doit avoir, et de rectifier ensuite le nombre de bataillons d’élite à organiser, ce nombre ayant été réglé dans le pre­mier état qui sert de base.

Le département, de l’Aisne est également susceptible d’une rectifica­tion. Ce département, qui a 432,000 habitants, n’est porté que pour quarante-deux bataillons comme la Meuse, qui n’a que 311,000 ha­bitants; il est évident que l’Aisne devrait avoir cinquante et un ba­taillons au lieu de quarante-deux; et, comme dans ce département je n’ai pris que les compagnies de grenadiers, cela devrait faire cinquante et une compagnies, ou huit bataillons au lieu de sept. Si j’avais demandé, dans ce département, les compagnies de chasseurs, cela aurait fait seize bataillons d’élite.

Je vous prie de faire suivre cet examen sur tous les autres dépar­tements; et, pour tous ceux que cette rectification fera reconnaître en état de fournir un bataillon d’élite de plus, mon intention est de le demander.

Vous remarquerez, dans l’état imprimé, qu’on a oublié le dépar­tement des Pyrénées-Orientales.

 

Paris, 12 mai 1815.

Au général Savary, duc de Rovigo, premier inspecteur général de la gendarmerie, à Paris

Monsieur le Duc de Rovigo, je désirerais que, dans ce moment-ci, il parût un petit récit de ce qui s’est passé à Austerlitz avec l’empereur Alexandre, lorsqu’il fut coupé par Davout; on y joindrait la copie signée du petit billet qu’il écrivit au crayon et qui doit être aux ar­chives de la Secrétairerie d’État.  Comme personne n’est plus à même que vous de faire ce récit, faites-le avec le plus de détails possible. Ce sera un bon article non signé pour le Journal de l’Empire.

 

Paris, 13 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il paraît que nous avons huit compagnies de pon­tonniers : laissez-en une à Strasbourg pour l’armée du Rhin, une à Metz à la disposition du général commandant l’armée de la Moselle, et ordonnez aux six autres de se rendre à Douai, à Paris et à Laon. Ces six compagnies, commandées par le meilleur officier de pontonniers –que vous ayez, seront attachés à l‘équipage de ponts de l’armée du Nord.

Votre rapport du 12 mai, sur les équipages de pontons, me parait un peu vague ; vous ne faites pas connaître le nombre de chevaux d’artillerie qu’il faut pour atteler ces pontons ni quand ils seront attelés ; vous me dites que les baquets et les pontons sont réunis à Lille, la Fère et Saint-Omer; que vous faites organiser à Paris un équipage de même force que celui de Douai ; répondez plus catégo­riquement : quelle est la largeur des canaux de Condé, de l’Escaut du côté de Mons, de la Sambre du côté de Charleroi, du canal de Bruges, et celui de Bruxelles, et enfin de la Meuse du côté de Maëstricht ? Combien nous faut-il de pontons pour faire un pont sur chacune de ces rivières ? Combien ai-je de pontons sur baquets, prêts à partir à Paris ? Combien en ai-je à Douai, à Saint-Omer, à Lille ? Quand pourront-ils être réunis dans une position entre Avesnes et Laon ? Combien faudra-t-il de compagnies pour le service de ces pontons ?

 

Paris, 13 mai 1815.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, nous sommes au 13 mai ; il est indis­pensable que, mercredi 17, vous m’apportiez la distribution de juin, qui doit toujours être faite dix jours avant la fin du mois, sans quoi tous les services souffrent. Demandez donc aux ministres les élé­ments de la distribution de juin, afin que vous puissiez me la remettre le 17 au soir, et qu’expédiée avant le 20 elle soit connue dix jours à l’avance.

J’ai autorisé le ministre de la guerre à ordonnancer pour les tra­vaux de l’artillerie, et par avance sur la distribution de juin, jusqu’à concurrence de deux millions, que vous payerez d’urgence et que vous comprendrez dans la distribution que je vous demande.

 

Paris. 13 mai 1815.

À M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris.

Il paraît qu’à Dijon les nobles ont refusé de répondre à l’appel pour la formation de la garde nationale. Faites-moi un rapport pour savoir comment on doit agir contre eux.

 

Paris, 14 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.     ,

Mon Cousin, donnez ordre que la 1e division de la jeune Garde, composée du 1er de voltigeurs et du 1er de tirailleurs, commandée par le lieutenant général Barrois et par le général de brigade Chartrand, parte après-demain mardi pour se rendre à Compiègne. Prenez des mesures pour que les 2e régiments de tirailleurs et de voltigeurs puissent partir jeudi 18, sous les ordres d’un autre général de bri­gade. Les trois batteries d’artillerie que j’ai vues aujourd’hui à la revue partiront également mardi. Faites partir aussi, avec la division Barrois, quatre ambulances de la Garde, avec leur personnel en administration et chirurgiens. Ces troupes seront cantonnées de manière à pouvoir facilement se réunir par bataillon, par régiment, et travailler à leur instruction.

Donnez des ordres pour que l’artillerie soit repeinte et complétée en pièces de rechange, conformément à l’ordonnance, et que les quatre ambulances se composent de dix caissons garnis de tout ce qui est nécessaire.

Donnez des ordres pour que tous les régiments de vieille et jeune Garde qui seront formés aient leur ambulance de peloton. Il est nécessaire que chaque homme, en partant d’ici, ait ses 40 car­touches.

Donnez ordre au 10e régiment de partir mardi pour rejoindre sa division du côté de Laon. Autorisez le comte de Lobau à porter une de ses divisions d’infanterie du côté de Guise, pour ménager Laon.

Donnez ordre que trois autres batteries, une à cheval et deux à pied, soient prêtes à partir avec les régiments qui partiront jeudi.

Faites-moi connaître quand le 4e régiment de la division du corps de réserve sera arrivé à Paris, et quand je puis compter qu’arrivera la 3e division. Écrivez aux généraux pour qu’on ne retienne pas ces corps en route.

 

Paris, 14 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, les batteries de réserve sont actuellement de quatre pièces de 12 et de deux obusiers. Il faudrait les porter à six pièces de 12 et deux obusiers, ainsi que les batteries à pied. Toutes les batteries, tant à pied qu’à cheval, seraient alors composées de même.

 

Palais des Tuileries, 14 mai 1815.

RÉPONSE A L’ADRESSE DU COLLÈGE ÉLECTORAL DE SEINE-ET-OISE.

Monsieur le Président et Messieurs les Députés du Collège élec­toral de Seine-et-Oise, je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez au nom de votre Collège. Nous voulons tous la paix, et nous sommes tous prêts à la guerre. La nation, à aucune époque de son histoire, n’a montré plus d’unanimité et plus d’énergie. En cas de guerre, tout nous présage d’heureux succès. Cependant les circon­stances sont graves. J’attends beaucoup du patriotisme et des lumières des Chambres. J’ai appris avec plaisir les sentiments qui ont animé votre assemblée, et les choix qu’elle a faits.

 

Paris, 14 mai 1815

REPONSE À l’ADRESSE DES FÉDÉRÉS DES FAUBOURGS SAINT-ANTOINE ET SAINT-MARCEAU :

Soldats fédérés des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, je sois revenu seul parce que je compatis sur le peuple des villes, les habitants des campagnes et les soldats de l’armée, dont je connais­sais l’attachement à l’honneur national. Vous avez justifié ma confiance. J’accepte votre offre. Je vous donnerai des armes. Je vous donnerai pour vous guider des officiers couverts d’honorables bles­sures, et accoutumés à voir fuir l’ennemi devant eux. Vos bras ro­bustes et faits aux plus pénibles travaux sont plus propres que tous autres au maniement des armes. Quant au courage, vous êtes Français. Vous serez les éclaireurs de la garde nationale. Je serai sans inquiétude pour la capitale, lorsque, la garde nationale et vous, vous serez chargés de sa défense; et s’il est vrai que les étrangers persistent dans le projet impie d’attenter à notre indépendance et à notre honneur, je pourrai profiter de la victoire sans être arrêté par aucune sollicitude. Soldats fédérés, s’il est des hommes nés dans les hautes classes de la société qui aient déshonoré le nom français, la patrie doit remettre avec confiance des armes à ceux qui ont versé leur sang pour elle, l’amour de la patrie et le sentiment de l’honneur national se sont conservés tout entiers dans le peuple des villes, les habitants des campagnes et les soldats de l’armée. Je suis bien aise de vous voir. J’ai confiance en vous. Vive la nation !

 

Paris, 15 mai 1815.

DÉCRET.

Article premier. Il sera formé vingt-quatre bataillons de tirailleurs de fédérés de notre bonne ville de Paris.

Art. 2. Ces bataillons seront composés des habitants et ouvriers de Paris et de la banlieue qui ne font pas partie de la garde natio­nale de Paris et voudront se faire inscrire pour la défense de la capitale et pour le service des ouvrages sur les hauteurs au moment où le besoin le requerrait.

Art. 3. Ces vingt-quatre bataillons formeront six brigades; deux bataillons formeront un régiment, et quatre bataillons formeront une brigade.

Chaque bataillon sera composé de six compagnies, avec le même nombre d’officiers que dans la ligne; les compagnies seront de 120 hommes; ce qui portera la force de chaque bataillon à 720 hommes.

Art. 4. Un lieutenant général et six maréchaux de camp seront chargés de l’inspection et du commandement des bataillons de Paris.

Les colonels, lieutenants-colonels et officiers de ces bataillons seront pris parmi les officiers en activité dans les troupes de ligne. Les maréchaux de camp, colonels et officiers demeureront dans l’ar­rondissement où sera la population destinée à remplir les cadres placés sous leurs ordres.

Art. 5. On désignera d’avance à chaque brigade les hauteurs et fortifications qu’elle aura à défendre.

Art. 6. Les contrôles par compagnies seront exactement tenus.

Les sous-officiers seront nommés parmi les volontaires et par eux. On nommera de préférence ceux qui ont déjà servi.

Art. 7. Tous les dimanches, les capitaines réuniront leur com­pagnie et feront l’appel.

Art. 8. Chaque compagnie aura deux tambours aux frais de la ville de Paris.

Art. 9. Il y aura en magasin un nombre de fusils suffisant pour armer ces vingt-quatre bataillons. Il y aura aussi la quantité suffi­sante de gibernes. La buffleterie sera noire.

Art. 10. Nos ministres de l’intérieur, de la police et de la guerre sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Paris, 15 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je suppose que vous avez donné des ordres pour la mise en état des places de la Somme. Je désire que le général Rogniat, avec un officier d’artillerie, parte demain pour visiter Abbeville, Amiens, Ham et Péronne, et tous les postes intermédiaires. Ils seront accompagnés par les généraux commandant les départements. Ils reconnaitront tous les ponts qu’il faudrait garder ou couper. Le génie du 2e corps enverra un officier pour mettre en état Saint-Quentin. Il se concertera avec le général, le sous-préfet et le maire pour que la place soit mise à l’abri de la cavalerie légère.

Donnez ordre au génie du 6e corps de mettre sur-le-champ Laon en état.. Faites-y diriger de l’artillerie, de manière que le 10 juin cette ville soit en état de défense et à l’abri d’un coup de main.

Le général commandant le département de l’Aisne se concertera avec le préfet pour réunir de la levée en masse un nombre suffisant pour garder Laon en cas d’événement.

Le 6e corps enverra un officier du génie qui se rendra à Reims pour faire travailler aux portes et mettre la ville à l’abri d’un coup de main et de la troupe légère.

On pourra fournir aux habitants quelques pièces de canon, aussitôt qu’on verra qu’ils sont disposés à se défendre.

 

Paris, 15 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, faites connaitre au général Delaborde que 600 gen­darmes d’élite, formant six compagnies à pied, se rendent en poste pour le rejoindre; que quatre compagnies sont déjà parties de Ver­sailles, et qu’on lui en enverra jusqu’à douze; que le 43e doit rester tout entier à sa disposition dans la Vendée ; qu’il doit employer aussi les gardes nationales et les confédérés; mais qu’il faut laisser partir les troupes de ligne ; qu’elles sont nécessaires aux frontières ; qu’une victoire dans le Nord fera plus pour le calme intérieur que des troupes qu’on laisserait dans l’Ouest; que j’ai besoin de réunir toutes mes troupes pour arriver à ce résultat ; que je n’en excepte que le 43e.

 

Paris, 15 mai 1815

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, les états de cavalerie que j’ai sous les yeux, sont du 1er mars. Remettez-moi une situation du personnel, des chevaux et du harnachement au 1er mai. Vous devez connaître actuellement le résultat de la livraison des 4.000 chevaux de gendarmerie. Une partie n’a pas été reçue par la grosse cavalerie et ira au profit de la cavalerie légère. J’ai levé aussi 8,000 chevaux dans les départe­ments. Votre correspondance vous dit-elle ce qu’on peut espérer à cet égard ? Proposez-moi de lever 4.000 autres chevaux sur la gendarmerie, en prenant sur les parties qui n’ont pas encore fourni. Ces 4,000 chevaux pourront être dirigés sur Versailles, Troyes, Beauvais, où sont les trois dépôts centraux; bien entendu que les cinq à six régiments qui sont à Lyon et dans le Midi recevront directement les chevaux de Lyon et des départements voisins.

L’existant au 1er mars était de 20,000 chevaux. Cela ferait donc, depuis le 1er mars, les augmentations suivantes : reçu d’après les marchés, 3,000 chevaux; Maison du roi (pour mémoire, parce que je crois qu’elle n’a rien produit); première levée sur la gendarmerie, 4,000; appel dans les départements, 8,000; marchés du dépôt de Versatiles, 7,000; deuxième levée, que je fais faire sur la gendarmerie, 4,000; total, 26,000 chevaux. Ce qui fait 46,000 chevaux, sans y comprendre la Garde.

Les hommes n’étaient, au 1er mars, que 39,000; mais probablement, du 1er mars au 15 mai, ils auront reçu plus de 6,000 hommes; total, 45,000 hommes.

Nous avions 26,000 harnachements, sans y comprendre la Garde ; 2,600 autres devaient être reçus par d’autres corps, ce qui faisait 28,600 environ. Il y en avait 6,000 dans les magasins, et enfin la gendarmerie fournissait ses chevaux avec selles et brides.

Présentez-moi un projet de décret pour ordonner cette nouvelle fourniture de chevaux par la gendarmerie.

 

Paris, 15 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, comme les lieutenants généraux commandant les divisions militaires et les lieutenants généraux commandant l’orga­nisation des gardes nationales ne doivent pas s’enfermer dans les places, le général Molitor doit être chargé, aussitôt que le pays sera menacé, de réunir toutes les levées en masse du Haut-Rhin ; la divi­sion de gardes nationales de Colmar sera à cet effet à sa disposition. Le général Desbureaux aura les mêmes instructions pour le dépar­tement du Bas-Rhin. L’un et l’autre, dans le cas où ils seraient obligés de quitter l’Alsace, se concentreraient pour la défense des gorges des Vosges, où ils se réuniraient au général qui commande la division de réserve de Nancy et les 3e et 4e divisions, qui arriveraient pour le renforcer. Le général Molitor se concerterait avec le général Lecourbe, qui est à Belfort. Il est donc nécessaire que chacun sache bien le rôle qu’il a à remplir. Le général Lecourbe pourrait envoyer sa cavalerie sur Huningue, pour observer les bords du Rhin et les débouchés de Râle. Le général Vandamme, le lieu­tenant général commandant la 2e division, le lieutenant général com­mandant la réserve de Sainte-Menehould, se concerteront pour les mesures à prendre, par chacun, pour la défense de tous les ponts de la Meuse et des débouchés qui vont sur la Marne. Cela est dans l’hypothèse que le général Vandamme, avec son corps d’armée, sor­tirait de ce pays. Il est donc nécessaire que j’aie le plus tôt possible le résultat des conseils qui seront tenus, à Strasbourg, entre les généraux Rapp, Molitor, Desbureaux et Lecourbe; car, si la Suisse est neutre, il est possible que je mette tout le Haut-Rhin sous les ordres du général Lecourbe.

Il est nécessaire que je connaisse aussi les dispositions du conseil qui sera tenu entre le général Gérard, le général commandant les 3e et 4e divisions, et le général commandant les gardes nationales de Nancy; enfin les dispositions du conseil que tiendra le général Vandamme.

Ce sera après l’arrivée de ces procès-verbaux que vous présenterez à ma signature l’instruction pour chaque lieutenant général.

 

Paris, 15 mai 1815.

Au prince Lebrun, à Paris.

J’ai reçu votre lettre ; je ne vous dissimulerai pas que je ne vous considérais plus comme architrésorier, parce que vous avez accepté du gouvernement royal une place inférieure dans la chambre des Pairs. Mais j’ai trouvé tant d’affection et de sentiments de cœur dans l’adresse d’hier et la manière dont vous l’avez dite, que je ne puis vous rien refuser, et que j’éprouve une vive satisfaction d’oublier entièrement des torts que vous pouvez avoir eus pendant mon ab­sence. Je vais vous faire expédier le brevet d’architrésorier ; il vous est dû, car vous l’avez reconquis.

 

Paris, 15 mai 1815.

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris.

Faites une bonne proclamation aux départements de la Vendée, qui leur fasse sentir qu’on veut les égarer et les perdre, tout ce qu’ils me doivent de reconnaissance et combien on les trompe. Cette pro­clamation serait affichée dans tous les départements de l’Ouest. Parlez aussi aux chefs; ils vous connaissent tous, et ont eu tous affaire à vous. Je pense que cette proclamation, que vous pourriez faire sous la forme d’une circulaire aux préfets, aux administrateurs, aux maires et aux curés de ces départements, serait utile.

 

Paris, 16 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, avez-vous ordonné la formation des hôpitaux dans les places et sur la ligne d’évacuation par Soissons ? Cela est de la plus haute importance.

 

Paris, 16 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, je vous envoie un rapport du général Dejean sur les services des vivres dans le Nord. Il paraît que ce service est bien mal fait, surtout pour le pain. La guerre va avoir lieu, et le soldat ne pourra pas entrer en campagne avec quatre jours de pain. Il est urgent de prendre un parti. Vous devez savoir ce que les munitionnaires veulent ou peuvent faire. Il faut prendre un parti dans la journée. J’attends votre rapport.

Il me paraît que vous avez deux partis à prendre : conserver l’entreprise, si vous avez confiance; mais faire des magasins extraordi­naires au compte de l’armée, en ne lui faisant aucune avance ; à cet effet, considérer les 1,800,000 francs que l’entrepreneur a reçus pour avances comme s’ils lui avaient été donnés pour le service de mai, et envoyer des fonds sur-le-champ à l’intendant pour faire des magasins à Soissons, Laon et Avesnes ; il ne serait touché à ces magasins qu’en cas de guerre ; mais si vous n’avez aucune confiance dans l’entreprise, la dissoudre et former une régie. Présentez-moi un prompt rapport, car notre situation est honteuse, n’ayant pas quatre jours de pain, dans un pays où l’on ne manque de rien. Il n’y a que vous qui puissiez savoir si l’entrepreneur vous a manqué de parole et si l’on peut se fier à ce qu’il dit.

Je ne conçois pas que l’armée du Nord puisse rester dans la posi­tion où elle est, ni pourquoi l’entrepreneur laisse ainsi dégarni un service aussi important.

Je vous envoie aussi une lettre de Pire, qui crie misère de son côté. Il y a de l’absurdité ou de la malveillance. Il faut prendre un parti dans la journée.

 

Paris, 16 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, ordonnez an général Lecourbe de faire venir à Belfort la division de gardes nationales qui est à Vesoul. Elle campera aux environs de cette place, de manière à être protégée par les fortifications. Alors il pourra placer ses troupes de ligne à portée de Huningue, se mettre en communication avec la garnison de cette place et porter des détachements de cavalerie le long du Rhin jusqu’à Neuf-Brisach. La position d’Altkirch me paraît être convenable pour placer son infan­terie et son quartier général. Son artillerie mobile pourrait être placée à sa portée, aux passages du Rhin, où elle paraîtrait nécessaire.

La division de réserve qui est à Besançon prendra position sur le mont Jura.

Donnez ordre au duc d’Albufera de choisir un emplacement pour placer la division de réserve de Lyon aux débouchés de Genève, de manière à se mettre en communication avec la division de réserve de Besançon, qui gardera les débouchés du mont Jura, et à couvrir Lyon.

Faites part de ces dispositions au général Lecourbe, qui doit veiller à ce que le fort de l’Écluse soit en bon état et en faire aug­menter les fortifications.

Instruisez aussi le général Rapp des ordres que vous donniez au général Lecourbe.

 

Paris, 16 mai 1815

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, un seul maréchal de camp suffit pour la place de Maubeuge. Quand je voulais un lieutenant général et deux maré­chaux de camp pour cette place, c’est que je voulais garder le camp retranché. Depuis, j’ai changé d’idée, et il a été convenu qu’on mettrait seulement en état les redoutes du camp retranché.

 

Paris, 16 mai 1815.

NOTE.

Le major général ne donnera des ordres qu’à l’armée du Nord, à moins qu’il ne mentionne qu’il transmet un ordre spécial de l’Empe­reur présent à l’armée.

Toutes les fois que l’Empereur ne sera point présent à l’armée, le major général ne donnera des ordres qu’à l’armée du Nord.

L’intendant général ne dirigera que l’administration de l’armée du Nord. Si, par un décret, les armées de la Moselle et du Rhin venaient à être supprimées et réunies à l’armée du Nord, elles rentreraient sous l’administration de l’intendant général ; mais jusque-là elles doivent en être séparées.

Chacune de ces armées doit avoir un ordonnateur en chef, qui cor­responde avec le ministre de la guerre directement, et un payeur, qui corresponde avec le ministre du trésor.

L’ordre sera donné aux officiers de santé en chef, au payeur et à toutes les administrations de l’armée du Nord de se rendre à Laon. Ils devront partir dans la journée de demain. L’ordonnateur en chef de l’armée du Nord devra s’y rendre aussi.

L’intendant général se rendra à Soissons et y fera un marché pour un achat de farines, à placer : 8,000 quintaux, poids de marc, à Soissons, 5,000 à Guise, 1,000 à Maubeuge, 1,000 à Philippeville, 500 à Avesnes, 500 à Laon.

Il verra s’il est avantageux de faire des achats du côté de Guise et d’Avesnes, ou s’il est préférable de les faire en totalité à Soissons.

Il fera un rapport tendant à faire connaître quelle perte il y aurait à envoyer des farines de Paris à Soissons, pour former un approvi­sionnement de réserve de 20,000 quintaux poids de marc.

L’intendant général fera également un achat de 2,000 quintaux de riz, poids de marc; 2,000 quintaux de sel, poids de marc; 2 mil­lions de rations d’eau-de-vie, et de l’avoine pour 20,000 chevaux pendant vingt jours.

Le riz, le sel, l’eau-de-vie seront répartis dans la même proportion que les farines.

L’avoine sera répartie entre Avesnes et Laon.

Le ministre de la guerre écrira par le télégraphe au comte Maret de se rendre sur-le-champ à Paris.

 

Paris, 17 mai 1815.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, ministre de la guerre, à Paris.

Mon Cousin, il y a à Douai 30 pontons et 10 bateaux; cet équi­page me paraît suffisant. Il faut, pour atteler ces 40 voitures, 200 à 250 chevaux ; faites-les atteler sans délai, non pas par des chevaux de réquisition, mais par de bons chevaux d’artillerie. Mettez-y cinq compagnies de pontonniers, et faites-les venir un peu derrière le parc de réserve du général Reille.

Vous garderez l’ancienne compagnie de Vincennes, et vous ferez mettre en état le parc de Vincennes : s’il en était besoin, on attelle­rait plus tard ce parc avec des chevaux d’artillerie ou même avec des chevaux de réquisition.

 

Paris, 17 mai 1815.

Au général comte Drouot, aide-major de la Garde impériale, à Paris

Faites partir un cadre de régiment de tirailleurs de la jeune Garde pour Rouen; faites-en partir un pour Amiens. Ces cadres doivent être, avant de partir, bien habillés et bien armés.

Donnez ordre à l’ordonnateur d’envoyer un commissaire dans chacune de ces deux villes pour y établir un atelier d’habillement, de manière à avoir avec promptitude, dans l’une et l’autre place, de quoi habiller et équiper 2,000 hommes. Cela soulagera d’autant les ate­liers de Paris.

Ces cadres feront des détachements dans les départements de la Normandie et de la Picardie, et prendront tous les moyens pour re­cruter des volontaires et attirer les militaires retirés dans ces dépar­tements. Vous aurez soin d’y envoyer d’abord 500 fusils, et, au fur et à mesure des besoins, d’envoyer ce qui sera nécessaire pour ces deux régiments, qui doivent se compléter dans les localités.

Faites-moi connaître s’il ne serait pas convenable aussi d’envoyer un cadre à Orléans, pour attirer également les militaires. On pourrait aussi en envoyer un en Bourgogne.

Il faut que vous donniez aux chefs des instructions pour qu’on batte la caisse, qu’on promène les drapeaux, qu’on fasse des affiches, que les hommes qu’on enverra dans les communes prennent enfin tous les moyens possibles de recruter.

Le régiment qui est à Amiens enverra à Saint-Quentin, auprès des ouvriers des fabriques.

Il y avait à Lyon un bataillon de volontaires que le général Brayer avait formé pour la jeune Garde : pourquoi ce bataillon n’est-il pas arrivé ? Parlez-en au général Brayer.

Je vous ai dit plusieurs fois qu’il fallait que les chefs de la jeune Garde fissent afficher et se donnassent quelque mouvement pour re­cruter dans Paris. Vous n’avez pas fait ce que je vous ai indiqué à cet égard; faites-le. Envoyez des officiers dans les différentes mairies; faites-les annoncer par la musique et les tambours, et qu’on fasse tout ce qui convient pour exciter l’enthousiasme des jeunes gens.