Correspondance de Napoléon – Juin 1813
Neumarkt, 4 juin 1813, trois heures du matin.
Au général Arrighi, duc de Padoue, commandant le 3e corps de cavalerie, à Leipzig.
Monsieur le Duc de Padoue, le major général vous a fait connaître que mon intention est de réunir à Leipzig un corps de réserve de cavalerie, infanterie et artillerie. Vous devez avoir dans ce moment à Leipzig, 1° une colonne de cavalerie arrivée le 25 mai, sous les ordres du général Lorge, forte de 1,400 hommes; 2° une seconde colonne de cavalerie, sous les ordres du général Ameil, forte de 1,000hommes; 3° des détachements de cavalerie partis de Mayence du 20 an 28, et qui dans ce moment doivent être arrivés à Leipzig, forts de 2,000 hommes; total, 4,400 hommes de cavalerie, avec douze pièces d’artillerie à cheval. Le 9 juin, il arrivera à Leipzig une brigade wurtembergeoise de 1,200 hommes de cavalerie, et la 3e brigade d’infanterie wurtembergeoise forte de 3,000 hommes, avec six pièces de canon. Le 15, il arrivera à Leipzig la division Dombrowski, forte de 1,800 hommes d’infanterie, 1,200 de cavalerie et six pièces d’artillerie à cheval. Le 3e bataillon du 3e régiment de la marine arrivera le 26 juin à Leipzig. Vous pourrez tirer de Torgau et de Wittenberg deux bataillons des 123e et 124e ce qui fera un corps de 2,000 hommes. Enfin vous pourrez tirer de Magdeburg quatre bataillons de la division Teste, avec ce général qui est dans cette place, et six bataillons des 1e et 4e divisions d’infanterie, ce qui formera une division de dix bataillons, et vous donnera ainsi un corps de 7,000 chevaux, 12,000 hommes d’infanterie et douze pièces d’artillerie. Ce corps s’accroîtra tous les jours par l’arrivée des détachements du 3e corps de cavalerie; des détachements sont en marche pour le porter à 9,000 hommes. Vous connaissez les généraux qui entrent dans la composition de ce 3e corps : la plupart sont à Francfort ou à Mayence ; écrivez à ceux en qui vous avez le plus de confiance pour qu’ils vous rejoignent en poste.
Vous avez le commandement supérieur de Magdeburg et de Wurtemberg ; vous devez tirer de ces places ce qui vous est nécessaire. Je crois que vous pouvez en tirer une batterie d’artillerie à pied pour le général Teste. Ce général sait que deux batteries sont destinées à sa division, il doit connaître où elles se trouvent. Aussitôt que vous aurez des forces suffisantes, vous vous porterez sur Dessau pour brûler le pont qu’on dit que l’ennemi y a construit, et vous établirez ainsi la communication entre Wittenberg et Magdebourg. Vous organiserez trois ou quatre colonnes d’infanterie et de cavalerie, s’il le faut avec de l’artillerie, pour se mettre aux trousses des partisans ennemis, les détruire et maintenir libre toute la rive gauche de l’Elbe.
Quand ce but sera atteint, vous pourrez passer l’Elbe, vous placer en avant de Wittenberg, et là faire ce qui sera nécessaire pour assurer vos lignes de communication avec Torgau, Wittenberg et Magdeburg, et seconder les corps qui manœuvrent sur Berlin.
Vous devez correspondre, d’abord avec le général Durosnel, qui commande toute la Saxe ; avec les gouverneurs de Torgau, Wittenberg et Magdeburg; avec celui d’Erfurt; avec le prince d’Eckmühl à Hambourg; avec le roi de Westphalie; avec le duc de Castiglione à Francfort; avec le baron Saint-Aignan, mon ministre près les princes de Saxe, à Weimar; avec le baron Reinhard, mon ministre à Cassel; avec le général Bourcier, directeur des dépôts à Hanovre; afin de pouvoir être instruit de tout, et de pourvoir à tout ce qui arriverait sur la rive gauche de l’Elbe.
C’est vous qui dirigerez tous les détachements que le général Bourcier envoie à l’armée pour le 1er et le 2e corps de cavalerie. Vous les réunirez en forces suffisantes, et vous les ferez passer à Dresde pour rejoindre ces corps, de manière qu’il ne leur arrive aucun accident. Enfin chargez-vous de la direction supérieure du dépôt de cavalerie de Leipzig. Tout ce qui devra partir de ce dépôt pour se rendre à l’armée, vous le réunirez qui détachements qu’envoie le général Bourcier, de manière qu’ils arrivent d’une manière sûre.
Vous devez correspondre tous les jours avec le major général, afin de l’instruire de tout.
Vous avez l’autorité nécessaire pour frapper fortement sur Leipzig. Cette ville doit fournir tout ce qui est nécessaire pour l’armée et les hôpitaux.
Pesez sur la ville de Halle, s’il est vrai que ses habitants se soient aussi mal comportés. Faites des exemples sur les villes et villages, et même sur les petits princes qui favoriseraient les partisans ennemis.
Mon intention est que, moyennant ces dispositions, vous ne gardiez aucun détachement de marche, soit d’infanterie, soit de cavalerie, et que vous les mettiez tous, bien équipés et bien armés, en mouvement pour rejoindre l’armée.
En cas de mouvement combiné, le roi de Westphalie pourrait fournir une colonne d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie pour seconder vos opérations.
Vous aurez pour commander votre infanterie un général de brigade wurtembergeois, le général de division Teste, et un général de brigade polonais de la division Dombrowski, et enfin, s’il est nécessaire, vous pouvez employer le général Lapoype, en vous assurant qu’il reste un bon commandant à Wittenberg.
Neumarkt, 4 juin 1813, trois heures du matin.
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre par laquelle vous m’annoncez que vous partez à neuf heures de Liegnitz. Il est trois heures du matin et tout est encore incertain sur l’armistice. Il se pourrait que ces messieurs eussent voulu gagner du temps; mais cela ne peut tarder.
Donnez partout la bonne nouvelle que nous nous sommes emparés, entre Breslau et Brieg, de soixante bâtiments chargés de munitions de guerre et de bouche qui avaient été destinées à l’armée de siège de Glogau et qui viennent d’être dirigées sur cette place.
Le plénipotentiaire danois est arrivé à Dresde. Retenez-le, envoyez-moi la lettre du roi. Faites un traité avec ce plénipotentiaire ; que ce traité soit offensif et défensif ; qu’il garantisse mes États et que je garantisse ceux du roi. Dans ce traité, je mettrai une armée de tant à la disposition du roi pour défendre le Holstein, et il mettra une armée de tant à ma disposition pour le même objet.
Neumarkt, 4 juin 1813, trois heures du matin.
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris
Monsieur le Duc de Bassano, j’ai organisé à Leipzig, sous les ordres du duc de Padoue, un corps de réserve de 8 à 10,000 hommes de cavalerie, de trente à quarante pièces d’artillerie et de 12 à 15,000 hommes d’infanterie; total, 25 à 30,000 hommes. Vous trouverez tous les détails chez le général Durosnel. Je vous en instruis pour que vous correspondiez avec ce général, qui est chargé de remédier à tout ce qui arrive sur les derrières, et que vous lui envoyiez tons les renseignements qui pourraient arriver à votre connaissance.
D’un autre côté, le général Durosnel réunit à Dresde une brigade de flanqueurs de la Garde de quatre bataillons, une division de voltigeurs de la Garde, commandée par le général Delaborde, de quatorze bataillons, total dix-huit bataillons de la Garde ; un bataillon illyrien, plusieurs bataillons westphaliens et plusieurs bataillons saxons ; ce qui fait à Dresde, pour la défense de la ville et de la tête de pont, un corps considérable.
Neumarkt, 4 juin 1813, dix heures du matin.
Au général Caulaincourt, duc de Vicence, ministre plénipotentiaire, à Fleischwitz.
Monsieur le Duc de Vicence, cette rédaction, « L’armistice sera de deux mois, à condition que le second sera la conséquence des bases de paix qui auront été établies dans le premier mois, est inadmissible ». C’est un style de capitulation et non d’armistice entre deux armées égales et qui, par amour de la paix, font cesser les hostilités. Cela ferait supposer qu’une des deux parties contractantes ne ferait la paix que pressée par la force. Or, comme la proposition est faite par les ennemis, cela indique assez que ce serait convenir que c’est moi qui fais la paix par la crainte de leurs armes. Il faut qu’ils soient bien fous et aient une bien fausse idée des choses, s’ils nourrissent encore cette idée. Toutefois il n’en serait pas moins vrai que cet article, ainsi rédigé, serait déshonorant pour moi, et propre à rompre toute négociation de paix, car l’idée seule que les ennemis croient me menacer me porterait à les braver; et, pour leur faire voir que je ne demande pas un armistice indéfini, restez toujours au terme du 20 juillet, toujours sur le même raisonnement qu’il faut quarante jours pleins pour essayer si l’on peut s’entendre. N’excluez pas toutefois les deux mois s’ils y adhèrent. En y réfléchissant, et lorsque vous aurez développé cette idée, ils sentiront eux-mêmes l’inconvenance et l’absurdité de leur modification. S’il y a suspension d’hostilités pendant deux mois, l’avantage n’est ni pour eux ni pour moi, et peut-être même qu’en approfondissant ce point il serait facile de leur faire comprendre que tout ce qui tend à leur faire gagner l’hiver est, militairement parlant, à leur avantage.
Je suis vraiment fâché que cette négociation dure si longtemps. Pendant ces délais, l’ennemi gagne tout ce qu’il peut gagner; ses troupes se réorganisent, et moi je reste en l’air. Je suis plus fâché encore que vous ne sentiez pas la conséquence d’un article comme celui que vous m’envoyez. Toute négociation de paix entre les deux parties serait impossible, si les ennemis continuaient à avoir t’idée que je puis être, en désirant la paix, influencé par la peur de la guerre. La proposition de cet article serait une chose funeste, si je ne la considérais pas comme irréfléchie.
Si nous ne voulions pas traiter de la paix, nous n’aurions pas la sottise de traiter d’un armistice dans le moment actuel, et surtout nous ne l’aurions pas prolongé pendant ces quatre jours qui ont été tout à l’avantage des alliés. Tâchez d’en finir avant midi.
Neumarkt, 4 juin 1813, quatre heures après-midi.
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Dresde
Monsieur le Duc de Bassano, l’armistice a été signé aujourd’hui à deux heures après midi. Envoyez un courrier au duc de Valmy pour qu’il fasse passer la dépêche ci-jointe, par le télégraphe, à l’Impératrice. Instruisez aussi de cette nouvelle à Cassel et à Hambourg. Faites-en part au roi de Saxe. La durée de l’armistice est jusqu’au 1er août. Les États du roi sont couverts par la ligne que nous conservons.
Mon intention est d’établir mou quartier générai à Dresde, parce que je serai plus près de mes États. Faites-le connaître au roi de Saxe; mais je ne veux pas loger au palais, parce qu’il n’y a pas de jardin. Je voudrais être logé dans une maison de campagne à un quart de lieue de la ville. Pilnitz est un peu loin; cependant je logerai à Pilnitz s’il y a un logement suffisant; à défaut de Pilnitz, il faudrait me trouver une autre campagne également voisine de la ville.
DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE A L’IMPÉRATRICE.
Un armistice de deux mois, pendant lequel on doit négocier la paix, a été conclu entre les deux armées le 4 juin, entre Schweidnitz et Breslau.
Neumarkt, 4 juin 1813.
A Marie-Louise, impératrice-reine et régente, à Saint-Cloud
Vous recevrez ci-joint un décret que j’ai pris pour élever un monument sur le mont Cenis. Vous ferez mettre ce décret au Moniteur.
DÉCRET.
Article premier. Un monument sera élevé sur le mont Cenis. Sur la face de ce monument qui regardera le côté de Paris seront inscrits les noms de tous nos cantons des départements en deçà des Alpes. Sur la face qui regardera Milan seront inscrits les noms de tous nos cantons des départements au-delà des Alpes et de notre royaume d’Italie.
A l’endroit le plus apparent du monument sera gravée l’inscription suivante
« L’Empereur Napoléon, sur le champ de bataille de Wurschen, a ordonné l’érection de ce monument, comme un témoignage de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie, et pour transmettre à la postérité la plus reculée le souvenir de cette époque célèbre où, en trois mois, 1,200,000 hommes ont couru aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’Empire et de ses alliés. »
Art. 2. Nos ministres de l’intérieur de France et d’Italie sont chargés de l’exécution du présent décret.
En notre camp impérial de Klein-Burschwitz, sur le champ de bataille de Wurschen, le 21 mai 1813, à quatre heures du matin.
Napoléon.
Neumarkt, 4 juin 1813.
A Marie-Louise, impératrice-reine et régente, à Saint-Cloud.
Madame et chère amie, je vous prie de parler à l’archichancelier et au ministre de la guerre pour qu’ils chargent nos jeunes et meilleurs orateurs de faire l’oraison funèbre des ducs d’Istrie et de Frioul. Il faudrait faire faire des ouvrages soignés, et qui fussent terminés dans deux mois. Vous pourriez aussi en dire deux mots au maitre de l’Université, qui pourrait désigner les individus.
Neumarkt, 4 juin 1813.
Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris
Mon intention est de garder Wittenberg et de faire mettre cette place dans le meilleur état de défense. J’ai donné ordre au général Rogniat d’y faire faire de grandes dépenses et d’y réunir une grande quantité d’ouvriers. J’ai également ordonné de grands travaux à Glogau.
Mon intention est que deux nouvelles places soient construites sur l’Elbe, l’une à l’embouchure du Havel, et l’autre à l’embouchure du canal de Plauen. Ce doivent être des places de troisième ordre. J’ai chargé le général Haxo, gouverneur de Magdeburg, d’en choisir les points et d’en arrêter les plans. Le directeur du génie à Magdeburg doit être chargé des détails de la comptabilité. Ces places seront construites sur les fonds de l’armée.
Neumarkt, 5 juin 1813.
Au général comte Rapp, gouverneur de Danzig
Le major général vous fait connaître la situation des affaires. J’espère que la paix sera conclue dans le courant de l’année ; mais si mes vœux étaient déçus, je viendrais vous débloquer. Nos armées n’ont jamais été plus nombreuses ni plus belles. Vous verrez par les journaux toutes les mesures que j’ai prises et qui ont réalisé 1,200,000 hommes sous les armes et 100,000 chevaux. Mes relations sont fort amicales avec le Danemark, où le baron Alquier est toujours mon ministre. Je n’ai pas besoin de vous recommander d’être sourd à toutes les insinuations, et, dans tout événement, de tenir la place importante que je vous ai confiée.
Faites-moi connaître, par le retour de l’officier, ceux des militaires qui se sont distingués. L’avancement et les décorations que vous jugerez qu’ils auront mérités et que vous demanderez pour eux, vous pouvez les considérer comme accordés et leur en faire porter les marques jusqu’à la concurrence de dix croix d’officier et de cent croix de chevalier. Choisissez des hommes qui aient rendu des services importants, et envoyez-en la liste par le retour de l’officier, afin que le chancelier de la Légion d’honneur soit instruit de ces nominations.
Vous pouvez également remplir dans vos cadres toutes les places vacantes jusqu’au grade de capitaine inclusivement. Envoyez aussi l’état de toutes ces promotions.
Neumarkt, 5 juin 1813.
ORDRE.
Le prince de la Moskova aura son quartier général à Liegnitz ; il administrera le cercle de Liegnitz et celui de Lübben.
Le 7e corps pourra se mettre en marche demain pour se rendre à petites journées à Gœrlitz et camper sur les hauteurs de la ville.
Le 3e corps pourra commencer son mouvement demain pour se rendre sur Liegnitz, Parchwitz et Lübben, où camperont les différentes divisions de ce corps.
Le prince de la Moskova pourra laisser une division à Neumarkt ainsi que la cavalerie légère, pour maintenir la communication avec le 5e corps, qui est à Breslau.
Le 5e corps restera à Breslau autant que le permettra la convention ; après, le 5e corps se retirera sur Goldberg, où ce cercle sera à la disposition du général Lauriston, et formera deux ou trois camps en avant des petites villes de ce cercle.
Le duc de Tarente se retirera sur Lœwenberg et fera deux ou trois camps de son corps d’armée ; le cercle de Lœwenberg sera à sa disposition.
Le duc de Raguse pourra partir demain pour se rendre à Bunzlau, où sera son quartier général; le cercle de Bunzlau sera à sa disposition pour son corps donnée.
Le général Bertrand commencera son mouvement demain pour se rendre à Sprottau, où sera son quartier général ; le cercle de Sprottau sera à sa disposition.
Le général Lauriston conservera la division Chastel
Le général Latour-Maubourg se mettra en mouvement pour Sagan, où il cantonnera son corps dans les lieux les pins favorables pour sa cavalerie.
Le général Sébastiani se rendra à Steinau; il cantonnera sa cavalerie le long de l’Oder.
Le duc de Trévise aura l’administration du cercle de Glogau et de celui de Steinau; il commencera demain son mouvement pour se rendre à Parchwitz et à Rauden, où il campera la jeune Garde comme il le voudra. La place de Glogau sera sous ses ordres. La cavalerie du générai Sébastiani sera aussi sous ses ordres.
Tout le monde sera prévenu que le quartier général sera ce soir à Liegnitz, où chacun fera connaître le lieu où il se trouve. On fera de petites marches. On cantonnera d’abord les troupes jusqu’à ce que les généraux aient choisi des camps et aient le temps de faire faire des baraques.
L’intendant général nommera autant d’auditeurs qu’il y a d’arrondissements, lesquels seront chargés d’administrer sous les ordres des maréchaux, pour subvenir et faire pourvoir à tous les besoins de l’armée.
Le duc de Bellune continuera sa route pour Sagan, il lui sera donné des ordres pour son mouvement ultérieur ; il fera connaître quand il y arrivera.
Liegnitz, 6 juin 1813.
Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Seichau.
J’ai reçu votre lettre. Il est vrai que je n’ai pas été satisfait de la manière dont vos troupes se sont trouvées placées le 19, et de ce qu’au premier coup de canon vous ne vous êtes pas informé de ce que c’était et n’avez pas marché au secours de la division italienne. Je ne l’ai pas été davantage de ce que vous avez évacué le plateau en avant de Jauer, lorsque vous n’aviez devant vous que vingt-deux bataillons ennemis, et que les divisions Peyri et Morand étaient encore tout entières. Vous avez fait preuve, dans différentes circonstances, de talents distingués ; mais la guerre ne se fait qu’avec de la vigueur, de la décision et une volonté constante ; il ne faut ni tâtonner ni hésiter. Employez le temps de l’armistice à bien organiser votre corps, et, à l’ouverture des hostilités, on pourra compter sur lui. L’expérience que vous avez déjà acquise, quoique en peu de mois, doit être d’un grand profit dans un esprit comme le vôtre.
Au lieu d’un mauvais général, vous avez actuellement à la tête de la division italienne un excellent général de division, le général Fontanelli.
Le roi de Wurtemberg vous envoie sa 36e brigade et des renforts pour le reste de son corps; cette division sera donc fort belle. La division italienne a de nouveaux renforts en route. Établissez une sévère discipline, et, dans les affaires, n’hésitez pas à avoir confiance en vos troupes.
Croyez, du reste, que mes sentiments pour vous sont toujours les mêmes, et que je pense qu’avec encore un peu d’expérience de manier les troupes vous mériterez de moi dans l’arme de l’infanterie, comme vous en avez mérité dans votre arme primitive.
Liegnitz, 6 juin 1813
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Dresde.
Monsieur le Duc de Bassano, le corps du prince Poniatowski arrivera, à ce qu’il parait, à Zittau vers le 10 juin; nous sommes aujourd’hui le 6, il n’y a donc plus un moment à perdre pour pourvoir aux besoins de ce corps. Le baron Bignon doit être près de vous ; il doit connaître l’emploi qu’il a fait de tout ce que j’ai mis à sa disposition. Mon intention est de pourvoir sur-le-champ à tous les besoins du corps polonais sur les fonds qui sont portés dans votre budget. Le baron Bignon doit avoir une idée de ses besoins en armement, en habillement, en solde. Je prendrai ce corps à ma solde depuis le 1er juin. Aussitôt que vous m’aurez répondu et que j’aurai donné mes ordres, il sera nécessaire que le baron Bignon se rende à Zittau.
Envoyez un courrier au prince Poniatowski pour qu’il envoie à Dresde quelqu’un qui connaisse les besoins de son corps. Écrivez-lui qu’à dater du 1er juin son corps est à ma solde. Faites-moi connaître à combien se monte un mois de solde, afin qu’à leur arrivée à Zittau l’argent nécessaire pour leur payer un mois s’y trouve. La solde sera la même que la solde polonaise, et je suppose qu’avec 400,000 francs on doit pouvoir assurer la solde de ce corps pour le mois de juin. Faites connaître aussi au roi de Saxe qu’à dater du 1er juin je prends le corps polonais à ma solde. Ce corps aura probablement besoin d’effets d’habillement et d’équipement; il faut voir sur-le-champ si on peut lui en procurer en Saxe.
Haynau, 6 juin 1813.
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Dresde.
Monsieur le Duc de Bassano, d’après tout ce qu’on m’a dit des Polonais, il paraît que ces troupes sont fort mal habillées. Il y a huit régiments d’infanterie qui font 6,200 hommes. Il y a seize régiments de cavalerie faisant 5,200 hommes, avec 5,000 chevaux de cavalerie, une compagnie d’artillerie à cheval, une compagnie de pontonniers, 600 hommes d’artillerie à pied et 100 hommes de troupes du génie. Ce corps est à habiller : il faudrait calculer sur 12,000 hommes; mais on m’assure que 7,000 habits suffiront. Voyez les fournisseurs du roi de Saxe, afin de faire fournir, à Dresde ou à Gœrlitz, les draps nécessaires, et de faire confectionner les habits. Écrivez-en au prince Poniatowski, afin qu’il vous fasse connaître les dispositions qu’il aurait prises, pour l’habillement de son corps. Il faut que cela soit poussé avec une grande activité, pour qu’au 10 juillet tout ce corps se trouve habillé et enharnaché.
Demandez à Erfurt l’état de situation des régiments polonais qui s’y trouvent, provenant de la garnison de Spandau ; demandez également l’état des troupes polonaises qui sont à Wittenberg. Il me semble qu’il faudrait réduire chaque régiment à deux bataillons, ce qui ne ferait que des bataillons de 400 hommes et des compagnies de 60 hommes. Cela serait faible, mais cela pourrait se manœuvrer et emploierait la plupart des officiers. Joint au régiment qu’a le général Dombrowski, qui a aussi deux bataillons, cela ferait dix régiments ou vingt bataillons. On recruterait quelques prisonniers et quelques hommes qu’on pourrait trouver pour former 10,000 hommes, ce qui ferait une bonne division d’infanterie. Afin d’employer tous les généraux que le prince Poniatowski peut avoir dans son corps, ces vingt bataillons seraient formés en deux divisions et cinq brigades, chacune de quatre bataillons, la 1e division étant de trois brigades et la 2e de deux. Écrivez en France pour savoir si au nombre des prisonniers il se trouve des Polonais.
On donnera à la 1e division, de trois brigades, deux batteries d’artillerie à pied, chacune de huit pièces, ce qui fait seize pièces ; à la 2e division, de deux brigades, une batterie d’artillerie à pied de huit pièces ; à la cavalerie deux batteries d’artillerie à cheval de six pièces chacune, et enfin, pour tout le corps, une batterie de réserve de huit pièces de 12, ce qui ferait en tout quarante-quatre bouches à feu. Je crois que ce corps en a vingt; ce serait donc vingt-quatre pièces à lui fournir.
Les seize régiments de cavalerie seraient joints aux deux régiments du général Dombrowski, et réduits à seize; chaque régiment de quatre compagnies et chaque compagnie de 100 hommes, ce qui met le régiment à 400 hommes. Ces seize régiments formeront deux divisions, chacune de deux brigades ; chaque brigade de quatre régiments ou 1,600 hommes, et chaque division de huit régiments ou 3,200 hommes. Une batterie d’artillerie à cheval serait attachée à chaque division.
Récapitulation du corps polonais : quatre divisions, deux d’infanterie, deux de cavalerie.
Infanterie. — le division : trois brigades, six régiments, douze bataillons; 2e division : deux brigades, quatre régiments, huit bataillons.
Cavalerie. — 1e division : deux brigades, huit régiments; 2e division : deux brigades, huit régiments.
Artillerie. — Artillerie à cheval, deux batteries ; artillerie à pied, trois batteries; réserve, une batterie.
Total, 8,000 hommes d’infanterie, 6,400 hommes de cavalerie, 44 bouches à feu.
Une compagnie de sapeurs, avec son caisson d’outils.
Une compagnie de pontonniers, avec son caisson d’outils.
J’attends, pour prononcer définitivement, les observations du prince Poniatowski et le projet de répartition de ses généraux et officiers dans les cadres. Vous lui ferez observer que ces bataillons sont bien faibles, ainsi que les brigades et les divisions ; mais que je suppose qu’il a un grand nombre de généraux et d’officiers supérieurs, ce qui rend ces cadres nécessaires pour les employer. Il y aura par division un commissaire des guerres. Une compagnie de gendarmerie sera formée de tous les gendarmes. Quant aux officiers qui resteraient sans être placés d’après cette nouvelle organisation, s’ils étaient plus de 200, on pourrait en former un escadron de garées d’honneur de deux ou trois compagnies, pour en disposer au besoin et à mesure que les cadres s’augmenteraient. Aussitôt que nous serons dans le pays, ces vingt bataillons pourront être portés à 16,000 hommes, et ensuite on pourra former les 3e bataillons de ces régiments, ce qui fera encore 8,000 hommes.
Moyennant ces dispositions, les cadres des régiments qui étaient à Spandau et qui sont À Wittenberg, ainsi que ceux de la légion de la Vistule, se trouveraient fondus dans ce corps. La solde, l’équipement, l’habillement, le harnachement, l’achat des chevaux d’artillerie et de remonte pour la cavalerie de ce corps, tout cela sera aux frais de votre département. Vous pourrez vous servir du baron Bignon pour diriger tous les détails ; mais prenez toutes les mesures nécessaires pour assurer l’habillement, le harnachement et l’achat des chevaux d’artillerie, et enfin pour mettre ce corps complètement en état. Je suppose que, dans une ville comme Dresde, il sera facile de faire deux cents habits par jour.
Il faudra aussi qu’il soit organisé dans ce corps une compagnie d’équipages militaires de 40 voitures, dont 6 pour l’ambulance.
Haynau, 7 juin 1813.
A Marie-Louise, impératrice et régente, à Saint-Cloud
Madame et chère amie, j’ai reçu la lettre par laquelle vous m’avez fait connaître que vous avez reçu l’archichancelier étant au lit : mon intention est que, dans aucune circonstance et sous aucun prétexte, vous ne receviez qui que ce soit étant au lit. Cela n’est permis que passé l’âge de trente ans.
Haynau, 7 juin 1813.
Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris
Mon Cousin, je n’approuve pas que l’Impératrice aille à Notre-Dame. Ces grandes pompes doivent être rares, sans quoi elles deviennent triviales. Si l’Impératrice y allait pour la victoire de Wurschen, elle serait obligée d’y aller pour toutes les autres victoires. Autant il était bien fait d’y aller pour la victoire de Lützen, victoire inattendue et qui a changé la position de nos affaires, autant cette fois ce serait inutile. Avec un peuple comme le nôtre, il faut plus de tenue que cela.
Je n’approuve pas non plus qu’on n’ait pas chanté le Te Deum à cause de la Pentecôte. Je désire qu’en général le Te Deum soit chanté le dimanche qui suit immédiatement la réception de la nouvelle. Le retard n’a que des inconvénients; la guerre a ses chances. Il serait ridicule de chanter un Te Deum pour une victoire, lorsque, dans l’intervalle, on aurait appris une défaite.
Haynau, 7 juin 1813
Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris
Mob Cousin, vous recevrez un décret par lequel je transmets le duché de Frioul à la fille du grand maréchal. Je désire que vous fassiez connaître ce décret à sa veuve, et que vous régliez tout ce qui est relatif au placement des 108,000 francs par an, ainsi qu’au placement des intérêts. Le duché étant de plus de 200,000 francs, il restera donc 100,000 francs à la disposition de la veuve.
Je suppose que, moyennant cette disposition, je n’ai plus rien à régler à cet égard; si cependant quelque mesure restait encore à prendre, je désirerais que, de concert avec le comte Defermon, vous m’en présentassiez le projet, car j’ai à cour que les intérêts de la pupille soient bien ménagés et indépendants des intérêts de la mère, afin qu’à sa majorité elle puisse ajouter 100,000 francs de revenu au revenu du duché, ce qui en fera un des plus riches partis de France.
S’il y a un tuteur ou curateur à nommer, je désire que vous nommiez un conseiller d’État, tel, par exemple, que le comte Molé, qui, étant jeune encore, pourrait assister au mariage de la pupille.
Haynau, 7 juin 1813.
A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des enfants de France, à Saint-Cloud.
Madame la Comtesse de Montesquiou, je vois avec plaisir que mon fils grandit et continue à donner des espérances. Je ne puis que vous témoigner ma satisfaction pour tous les soins que vous en prenez.
La mort du duc de Frioul m’a peiné. C’est depuis vingt ans la seule fois qu’il n’ait pas deviné ce qui pouvait me plaire.
Haynau. 7 juin 1813.
A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Haynau
Monsieur le Duc de Bassano, donnez ordre à mon ministre à Weimar de se retirer à Erfurt, et de remettre une note au duc, où il lui fera connaître que je suis extrêmement mécontent de sa conduite; qu’il sera responsable de tout le tort fait à l’armée par des partis ennemis dans ses États; que je n’admettrai comme force supérieure que les détachements qui auraient de l’infanterie et de l’artillerie. Mon ministre lui dira en même temps qu’il ne tient aucun de ses engagements ; qu’il n’a point fourni son contingent, tandis qu’au contraire ses troupes ont servi contre moi devant Glogau ; que le commandant qu’il avait choisi l’a trahi, et que cependant je n’apprends point qu’il ait sévi contre lui, ni témoigné quelque indignation de sa conduite; qu’il doit enfin prendre garde aux suites de tout cela. La même note sera remise au duc de Saxe-Cobourg, et mon ministre témoignera, au contraire, ma satisfaction au prince de Reuss-Schleiz.
Écrivez à mon ministre près le grand-duc de Würzburg que je préfère la cavalerie à l’infanterie : la cavalerie est fort bonne ; je préfèrerais donc que Würzburg me fournît moins d’infanterie, et me fournît un escadron de cavalerie de plus.
Haynau, 7 juin 1813.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Haynau.
Mon Cousin, il sera organisé un 4e corps de cavalerie. Ce corps sera composé, 1° des deux divisions de cavalerie polonaise, fortes de 6,000 chevaux; 2° d’une division de grosse cavalerie que je me réserve de désigner. Le comte de Valmy commandera ce corps; il se rendra à Zittau, où il devra être du 11 au 12. C’est à Zittau que ce corps se réunira. Il y sera attaché quatre batteries d’artillerie à cheval, savoir : deux d’artillerie polonaise et deux d’artillerie française.
Haynau, 7 juin 1813.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Haynau.
Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie pour qu’il complète son contingent. Sa division fera partie du 11e corps. Remettez-moi sous les yeux l’état de l’infanterie et de l’artillerie westphaliennes qui se trouvent ici, et proposez-moi de les diriger sur le 11e corps. Cette division a, je crois, un numéro. Prévenez le duc de Tarente de cette disposition, qui augmentera son corps d’armée d’une division. Je crois que l’artillerie se trouve sous les ordres du duc de Raguse; elle doit passer également au corps du duc de Tarente. Toutes les troupes westphaliennes qui sont à Dresde rejoindront également le 11e corps, aussitôt qu’il y aura dans celte ville huit bataillons de la jeune Garde ; quatre y sont déjà arrivés.
Haynau, 7 juin 1813.
Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Haynau.
Mon Cousin, vous ferez connaître au comte Bertrand et aux différents généraux que mon intention est que les troupes soient campées.
Elles pourront cantonner jusqu’à ce que les emplacements aient été choisis et les camps formés. Je laisse les généraux maîtres de former un seul camp, ou de faire camper leurs corps par division, à portée des petites villes où il y aurait le plus de ressources. Les camps seront placés dans des lieux sains et à portée des forêts, afin que les troupes puissent profiter de l’ombrage, chose si importante dans cette saison.
Faites faire l’état de tout ce qui appartient à la division du général Sébastiani, qui est avec le duc de Bellune, afin que de Dresde on dirige tous ces hommes sur Krossen, sans les envoyer d’abord au corps du général Sébastiani.
Donnez ordre que la division de cavalerie du général Doumerc, qui est au 11e corps, se rende à Sagan pour se joindre au 1er corps de cavalerie.
Donnez ordre de faire l’état des régiments de la division Chastel qui reste avec le général Lauriston.
Haynau. 7 juin 1813.
Au comte Daru, directeur de l’administration de la grande armée, à Haynau.
Monsieur le Comte Daru, le grand maréchal duc de Frioul était dépositaire de la clef (que nous devons tenir près de nous) de notre trésor de réserve, soit du domaine extraordinaire, soit de la Couronne. Notre intention est que vous vous fassiez faire la remise sans délai de ladite clef et que vous en soyez dépositaire; vous ferez connaitre cette disposition au baron de la Bouillerie, et vous y verrez une preuve de la confiance que nous avons en vous.











