Correspondance de Napoléon – Juin 1806

Saint-Cloud, 25 juin 1806

Au roi de Hollande

Je reçois votre lettre du 21 juin. Vous devez commencer aujourd’hui à être établi depuis longtemps dans le pays. Aussitôt que cela sera possible, faites placer un trône dans une salle de votre palais.

Faites-moi connaître ce que rendait le cap de Bonne Espérance, ce que rendent Batavia et Surinam. J’ai ordonné qu’on envoyât à l’île de France une frégate pour y annoncer votre élévation au trône. Faites-moi connaître comment cette nouvelle a été envoyée par votre ministre de la marine à Curaçao, à Batavia, etc.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1806

Au roi de Naples

Je vois, par votre lettre du 17, que vous avez reçu du biscuit et 12,000 paires de souliers. Ayez soin de m’instruire, au fur et mesure de l’arrivée du biscuit et des souliers, afin que, dans mes conseils d’administration, je m’assure qu’on ne me trompe point. Faites compter le biscuit un à un.; il doit être de bonne qualité. Les souliers me coûtent 5 francs 50 centimes; ce doit être de bonne marchandise et non du carton ; s’il en était autrement, faites-le-moi connaître; je retiendrai sur la liquidation générale.

Le général Saint-Cyr demande des troupes parce qu’il aura quelques frégates russes. Mais les généraux ne sont point content s’ils n’ont une armée. Vous lui avez sans doute répondu qu’on a toujours assez de troupes quand on sait les employer, et lorsque les généraux ne couchent point dans les villes, mais bivouaquent avec leurs troupes. S’il faut une armée pour garder chaque quartier général, toutes les troupes de France ne suffiraient pas pour garder les côtes de Naples. Qu’au moindre événement le général Saint-Cyr se mette en campagne avec quelques colonnes mobiles de 5 à 600 hommes chacune, infanterie, cavalerie, artillerie, tout compris, et il soumettra les rebelles, arrêtera les brigands, et sera partout où l’ennemi voudra débarquer.

Je vous prie de me dire si vous avez renvoyé les 3e, et 4e bataillons et 4e escadrons; cela diminuera votre solde et me mettra à même de vous envoyer un bon corps de troupes de vos dépôts pour maintenir toujours vos bataillons à une certaine force.

Ne ralentissez point l’expédition de Sicile. Croyez-moi, la poudre ne vous manquera point. Pour peu qu’on apporte de l’économie devant Gaète, ce siège ne vous mangera pas plus de trois à quatre cents milliers.

Vous regretterez d’avoir renvoyé les officiers de marine; vous en sentirez le besoin au moment où vous commencerez votre expédition de Sicile.

Deux batteries de trois pièces de 24 ne sont pas suffisantes à Cannetello et à Seilla. Si, comme le dit votre écuyer, vous comptez faire le rassemblement de vos troupes à Seilla, il faut là un plus grand nombre de pièces; il vous faut une trentaine de pièces de 18, de 24 et de 36.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, les troupes italiennes sont réduites à rien; il est cependant temps de s’en occuper. Faites-moi connaître où en est la conscription.

Les trois régiments italiens que j’ai en France vont être réunis à Bayonne. Dirigez sur ce point un millier de conscrits pour compléter les bataillons. Je vois que tous les corps italiens qui sont dans le royaume de Naples sont presque réduits à rien.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois les lettres du général Lauriston. Il est bien fâcheux que le 23e ne soit pas arrivé en même temps que les autres troupes. J’imagine qu’il sera arrivé à cette heure. Le général Molitor serait bien coupable d’avoir mis le moindre délai dans le départ ce régiment.

J’ai peine à croire que, si le général Lauriston a réuni tous les détachements de ses régiments, ils restent aussi faibles qu’il le dit, c’est-à-dire que les deux ne forment que 3,000 hommes. Je vois par votre correspondance que le bataillon brescian est parti; mais, avant son arrivée, il sera réduit à peu de monde; également, le nouveau bataillon du 3e et du 4e que vous formez. J’estime qu’il est nécessaire que vous fassiez des levées de conscrits, et que vous fassiez plus tôt possible partir 500 hommes pour compléter ces deux bataillons, savoir : 200 le 15 juillet et 300 le 15 août.

Je vois avec peine que le 8e d’infanterie légère occupe toujours l’île de Cherso. Donnez donc l’ordre qu’il soit envoyé à Zara, et faites occuper l’île de Cherso, par 1100 hommes du 60e de ligne, qui est en Istrie; mettez la plus grande rapidité dans ces mouvements. La garde de Sabioncello et du poste de Stagno appartiendra au général Molitor, de manière que le général Lauriston n’aura que Raguse à garder. Si le général Lauriston était sérieusement attaqué, le général Molitor devrait le secourir avec toute sa réserve. D’ailleurs, je ne doute pas que, lorsque le général Lauriston aura reçu ses renforts, les Monténégrins ne soient obligés d’évacuer le vieux Raguse et ne finissent par rester tranquilles.

De l’état de situation que vous m’avez remis, il résulterait que le 5e de ligne aurait 2,400 hommes présents, et que le 23e en aurait 2,100, ce qui ferait 4,500 hommes, et 1,300 aux hôpitaux. Il vous est encore arrivé des recrues de Strasbourg; c’est sur ces deux régiments qu’il faut les diriger; mais ayez soin qu’ils soient habillés bien armés lorsqu’ils partent.

Du moment que le 3e régiment italien sera arrivé à Ancône, donnez ordre qu’il se rende à Padoue. Vous compléterez ce régiment à trois bataillons et à 3,000 hommes, pour pouvoir l’employer contre les Monténégrins. Faites-moi un rapport sur le bataillon dalmate. Y aurait-il sûreté de l’envoyer aux bouches de Cattaro ? Vous ne me parlez point de ce que vous espérez pour la légion dalmate.

Donnez ordre à l’adjudant commandant Plauzonne, qui est employé au corps du général Marmont, de se rendre en toute diligence à Raguse, où il sera sous les ordres du général Lauriston.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, voici quelques observations sur le projet de Peschiera. En supposant les ouvrages UX et SR achevés et perfectionnés, Peschiera n’offre pas une résistance assez considérable pour qu’on puisse y confier une garnison de 3,000 hommes. Ainsi on se propose d’employer 2,400 000 francs, qui ne seront que la moitié de la dépense, puisqu’il faudra des casernes et des établissements militaires qui iront à pareille somme, et cela pour avoir une place qui sera toujours une très-mauvaise place. Si on met dans Peschiera 3,000 hommes de bonnes troupes, ce sont 3,000 hommes qu’on donne à l’ennemi, après un mois de résistance.

Il faut ici fixer les idées sur l’utilité des places fortes. Il est des places fortes qui défendent une gorge et qui, par cela seul, ont un caractère déterminé; il est des places fortes de dépôt et qui, pouvant contenir de grandes garnisons et résister longtemps, donnent moyen à une armée inférieure d’être renforcée, de se réorganiser et de tenter de nouveaux hasards. Dans le premier cas, un fort ou une petite place peuvent être indiqués; dans le second cas, une grande place où il ne faut épargner ni argent ni ouvrages.

Hors ces deux cas, il en est un troisième, c’est la fortification entière d’une frontière. Ainsi la frontière depuis Dunkerque jusqu’à Maubeuge présente un grand nombre de places de différentes grandeurs et de différentes valeurs, placées en échiquier sur trois lignes, de manière qu’il est physiquement impossible de passer sans en avoir pris plusieurs. Dans ce cas, une petite place a pour but de soutenir l’inondation qui va d’une place à l’autre, ou de boucher un rentrant. Il s’établit alors, au milieu de toutes ces places, un autre genre, de guerre. L’enlèvement d’un convoi, la surprise d’un magasin, donnent à une armée très-inférieure l’avantage, sans se mesurer ni courir aucune chance, de faire lever un siége, de faire manquer une opération. C’est, en peu de mots, l’affaire de Denain, affaire de peu de valeur en elle-même, et qui cependant sauva bien évidemment la France des plus grandes catastrophes.

Voyons dans lequel de ces cas se trouve Peschiera.

Elle n’est et ne peut être une place de dépôt, dominée de tous côtés, n’ayant que la capacité d’une place de quatre ou cinq bastions, étant enfin voisine de Mantoue, qui a évidemment cette destination. Une place de dépôt suffit pour une frontière. Sous ce point de vue on ferait donc mieux de renfermer à Mantoue l’artillerie, les vivres et la garnison, et d’y dépenser tout l’argent que coûterait Peschiera soit en faisant un fort à Saint-Georges, soit en fortifiant les divers points d’attaque.

Par sa capacité, Peschiera serait dans le cas d’être considérée comme ayant une destination spéciale, celle de donner un pont sur le Mincio; mais le Mincio est une si petite rivière que cela ne mérite aucune considération.

Comme frontière, la ligne de l’Adige n’est point fortifiée. Si on proposait de faire une place de Peschiera, une à Valeggio, une à Goito, une à Governolo, et qu’on en proposât autant sur l’Adige, qu’en troisième ligne on en proposât à Lonato, Montechiaro,,Castiglione, Solferino, on aurait alors, en Italie, une frontière pareille à celle de Flandre; l’ennemi, eût-il une armée quadruple, ne pourrait passer sans avoir pris deux ou trois places.

Mais ici, au contraire, l’ennemi laisserait devant Peschiera un corps de troupes, en laisserait un autre devant Mantoue, passerait à Valeggio et Goito, ou par tout autre point, et continuerait ses opérations sur le Mincio et sur l’Adda, si, d’ailleurs, sa supériorité était bien décidée. En masquant ces deux places, il se serait affaiblit de peu de chose, peut-être pas de 14,000 hommes, ce qui, dans l’hypothèse de supériorité où nous l’avons placé, serait beaucoup moins considérable que l’affaiblissement qu’auraient occasionné à l’armée française les garnisons de Mantoue et de Peschiera, en supposant 3,000 hommes dans Peschiera et 7,000 dans Mantoue, total 10,000 hommes. On conviendra que l’ennemi n’aurait pas besoin d’en laisser plus de 14,000, et même, si une bataille devait avoir lieu dans les environs de Castiglione ou dans les plaines de Montechiaro, l’ennemi, s’il est habile, fera en sorte, au moment décisif de la bataille, de retirer 8,000 hommes de son corps d’observation, tandis que les garnisons ne feront rien que des sorties devant des corps légers qui fuiront devant elles. C’est ainsi que nous avons vu dans les dernières guerres d’Allemagne que les grandes garnisons que l’Autriche avait laissées à Philippsburg , Mayence, Mannheim , n’avaient jamais exigé un nombre égal de troupes pour les observer.

Cependant l’ennemi assiégera Peschiera; il la prendra en douze ou quinze jours de tranchée ouverte : on perdra beaucoup d’artillerie, de munitions, 3,000 hommes et l’argent qu’on aura employé pour défendre cette place.

La place de Peschiera est-elle donc sans utilité ? Faut-il donc n’avoir pas de place à Peschiera ? Dans ce cas, toutes les fortifications qu’on doit y faire seraient superflues. C’est ici une autre question., que nous allons examiner.

Si on pouvait me proposer de placer Peschiera à Saint-Georges, ou dans tout autre point de la sphère de Mantoue, c’est-à-dire que, dans toute autre position telle qu’on ne pût pas en couper la communication avec Mantoue, on pût trouver une place de la valeur de Peschiera, il n’y aurait pas à hésiter un moment. On donnerait un nouveau degré de force à l’artillerie, à la garnison de la grande place de dépôt, qui doit donner le temps à une armée de revenir, de se reformer et de ressaisir la supériorité.

Mais Peschiera existe où elle est; elle est de la plus grande utilité sous le point de vue offensif. Son enceinte met à l’abri des courses de l’ennemi des dépôts, des hôpitaux, des munitions de guerre, une flottille qui transporte à Torbole, dans tous les points du lac, des troupes et des munitions, et qui favorise singulièrement une armée qui est à Trente; elle barre la route directe de Vérone à Brescia, sert de point d’appui à l’armée qui défend le Monte-Baldo et le haut Adige; elle appuie la gauche d’une armée qui agit sur le Mincio, lui facilite les moyens de porter toutes ses forces sur Mantoue, ou de faire toute autre opération, en offrant un refuge assuré aux troupes qu’on laisserait derrière le Mincio, pendant deux ou trois fois vingt-quatre heures, pour tromper l’ennemi. Quoique place de fortification permanente, Peschiera est une place que j’appelle une place de campagne, qu’un général habile fera beaucoup valoir, qui ne sera d’aucune utilité à un général malhabile.

Lors des affaires de Castiglione, Peschiera fut laissée avec 500 hommes et la plupart estropiés, et abandonnée à ses propres forces pendant sept à huit jours; elle fut d’un grand avantage à l’armée française, parce qu’au lieu de 500 hommes l’ennemi dut supposer qu’il y en avait 1,500, et laissa 4,000 hommes devant Peschiera, parce que cela masquait les opérations de l’armée, et qu’enfin, lorsque après Castiglione une division française retourna à Peschiera, l’ennemi, qui ne pouvait pas retarder d’une heure le passage du Mincio, craignit pour sa retraite et manqua effectivement d’être coupé.

Le général francais y laissa 500 hommes; un général pusillanime aurait pu en laisser 1,000; mais un général habile n’y aurait laissé de garnison qu’autant que l’ennemi n’aurait pas pris de supériorité décidée, que l’on se battrait encore, et que dès lors il y aurait des chances pour que l’armée revînt.

Mais dans ces événements, où Peschiera a joué un si grand rôle, supposons que le général français se fût résolu à réunir toutes ses troupes à Rivoli, à livrer là une bataille décisive; qu’il y eût perdu en tués ou prisonniers, une portion de son armée; qu’il n’y eût plus eu aucun espoir de recevoir des renforts qui n’existaient pas au-delà des Alpes et de repasser le Mincio, croit-on qu’il eût donné des prisonniers à l’ennemi ? Il eût fait sauter deux ou trois bastions de Peschiera, ou tout au moins l’aurait évacuée, s’il eût été impossible de la faire sauter; il n’eût pas diminué d’un homme son armée.

Si on demande ce que veut dire une place de campagne en fortification permanente, qu’on jette un coup d’œil sur les événements qui se sont passés en vendémiaire dernier; que l’on voie de quelle utilité a été ce mauvais château de Vérone : peut-être a-t-il eu dans les événements une influence incalculable. Ce mauvais château a rendu maître de l’Adige, ce qui a tout de suite donné une autre physionomie à toutes les affaires de la campagne. Cette mauvaise place de Legnano n’est aussi qu’une place de campagne.

Si, au lieu de cela, le prince Charles eût passé l’Adige à Ronco ou sur tout autre point, qu’il eût battu l’armée française, à peu près comme Scherer fut battu en l’an VII, le château de Vérone et Legnano seraient tombés tout d’abord.

Or, pendant tout le temps qu’une armée manœuvre, évacue une aile pour se porter sur une autre aile, fait quelques marches en arrière pour se réunir à des secours ou renforts qui sont restés sur le Tessin ou l’Adda, ou qui arrivent d’Alexandrie, peut-être même à Bologne, pendant toutes ces manœuvres, l’ennemi n’a ni le temps ni les moyens de faire un siège; il bloque toutes les places, tire quelques obus, quelques salves d’artillerie de campagne; c’est juste le degré de force que doit avoir une place de campagne.

Peschiera doit être une place de campagne et avoir le degré de force suffisant; mais elle n’a pas les qualités d’une place de cette nature; ces qualités doivent être de pouvoir donner protection à une division qui arriverait de Vérone et serait poursuivie : elle sera obligée d’évacuer les hauteurs, les feux de la place ne pouvant pas découvrir là et l’y protéger.

Peschiera n’est pas une place de campagne, parce qu’elle n’a pas le degré de force convenable pour donner quelque sûreté à un commandant d’un courage ordinaire. Le bastion C est tout d’abord découvert des hauteurs, mis en brèche; de sorte qu’on n’est pas certain qu’un ennemi entreprenant, et ayant quelques pièces de 18 ou de 24, n’ait pas la possibilité de l’enlever pendant les douze ou quinze jours de manœuvres. Ce sont là seulement les qualités et le degré de force qu’il faut donner à Peschiera; point, ou très-peu d’accroissement de garnison, car une place de campagne doit pouvoir être gardée par la moindre garnison possible.

Quel est le parti à prendre aujourd’hui ? L’ouvrage X existe; il faut le finir, mais de la manière la plus économique. Il donne assez de force à tout le front ED, même DC; il n’est pas situé à plus de deux cents toises du point N, et seulement à trois cents toises de l’extrémité 1. L’ouvrage R doit également être fini de la manière la plus simple. Ce sera une redoute intermédiaire, car il faut occuper la hauteur en avant de la Mandella par une autre redoute. Ces deux ouvrages nous paraissent suffisants. Le chemin couvert ou une contre-garde au bastion C nous paraît surtout indispensable.

Quant à l’inondation de l’ouvrage 0, cela dépend des ouvrages qui sont faits. Le mémoire ne fait pas assez connaître l’état actuel des ouvrages d’eau, écluses, etc., et ce qu’il en coûterait pour les faire, pour qu’on puisse décider. Il faut donc que l’officier du génie fasse bien connaître le système des ouvrages d’eau et écluses, leur situation au ler juin 1806; et, quand on saura ce que tout cela coûtera, on décidera. Il ne faut pas outre-passer les fonds faits pour cette année.

Moins on proposera de dépenses pour Peschiera, mieux cela vaudra, car, la somme d’argent qu’on peut dépenser aux fortifications étant déterminée, c’est autant de moins qu’on pourra employer à Legnago, Mantoue; et c’est surtout à Mantoue, comme on le sent bien, qu’il serait plus nécessaire de dépenser de l’argent. Il faudrait, avec un million réparti en trois années, sans compter ce qui a été accordé pour l’année courante, qu’on pût parfaitement, achever Peschiera.

Il faut rendre les ouvrages X et R le plus petits qu’on pourra.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, écrivez au général, Molitor d’envoyer de la poudre au pacha de Bosnie, par Spalatro, et, de lui faire connaître qu’il a l’ordre de tenir à sa disposition l’artillerie, les fusils et la poudre dont il aura besoin, en prévenant quelques jours d’avance; qu’on a été obligé de se servir de la poudre du Grand Seigneur, qui était à Raguse, parce que la nôtre n’était pas arrivée, mais qu’il y en a une grande quantité à Spalatro, qu’il peut la faire prendre, et que le transport en sera plus facile de cette place que de Raguse.

 

Saint-Cloud, 28 juin 1806

DÉCISION

M. Oberkampf, de Jouy, prie l’Empereur de permettre à un Anglais, employé dans sa manufacture, de se rendre en Angleterre pour y étudier des procédés de fabrication et rapporter en France le résultat de ses observations. Renvoyé au ministre de la guerre, pour lui donner une permission d’aller en Angleterre.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, envoyez vos jeunes aides de camp, qui n’ont point fait la guerre, faire la campagne sous Lauriston, avec le bataillon de ma garde royale; envoyez des jeunes gens qui auraient du courage et qui auraient envie de se distinguer.

 

 Saint-Cloud, 28 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, voici mes dispositions générales pour Raguse et les bouches de Cattaro. Le général Molitor, ayant sous ses ordres le 8e d’infanterie légère, les 7e et 81e, occupera toute la Dalmatie. Il tiendra à Stagno deux bataillons du 8e, forts de 1,500 hommes, un bataillon du 79e complété à 800 hommes, et une compagnie d’artillerie complétée à 100 hommes., Cette colonne, forte de 2,400 hommes, avec un officier du génie pour faire tous les plans, croquis et reconnaissances, sera sous les ordres du général Guillet. C’est une réserve qui, suivant les événements, pourra ou retourner en Dalmatie ou se porter sur Raguse, et venir ainsi au secours des points attaqués. Une seconde colonne, composée d’un bataillon du 81e et d’un bataillon du 79e, tous deux complétés à 700 hommes chacun, se tiendra du côté de Macarsca, toujours prête à partir et à marcher au secours, soit de Raguse, soit de tout autre point attaqué. Un général de brigade avec deux bataillons du 5e de ligne et deux bataillons du 23e de ligne, trois compagnies d’artillerie et des officiers du génie, occupera Raguse. Les deux premiers bataillons du 23e et deux bataillons du 5e, le bataillon brescian, le 3e bataillon du 4e régiment italien, le bataillon de ma garde italienne, que vous expédierez, trois compagnies d’artillerie, une de sapeurs, commandés par les généraux Delegorgue et Delzons, prendront possession des bouches de Cattaro, sous les ordres du général Lauriston. Une fois maîtres des bouches de Cattaro, Raguse ne peut plus être attaquée, puisqu’elle confine avec la Turquie, la Dalmatie et les bouches de Cattaro, et ne confine point avec les Monténégrins. Les bouches de Cattaro ainsi occupées avec 4 ou 5,000 hommes, les Monténégrins seront réduits à se cacher dans leurs montagnes; ou ils viendront traiter, et alors on leur accordera une trêve pendant laquelle on se mettra bien en possession des bouches de Cattaro; ou ils voudront continuer les hostilités, et alors, maîtres de Risano, il sera facile de les contenir. Mon intention est de m’emparer des Monténégrins. Leur population n’est pas de plus de 30,000 âmes; ils ne peuvent pas avoir plus de 4 ou 5,000 hommes sous les armes. On pourra s’entendre avec le pacha de Scutari. Lorsque le général Lauriston jugera le moment propice pour les attaquer, il fera venir la colonne du général Guillet et formera une nouvelle colonne de ce qui sera disponible à Raguse, de manière à réunir 4 ou 5,000 hommes, entrera de tous les côtés sur le territoire des Monténégrins, les désarmera, enlèvera le couvent de Cettigne, fera construire un fortin sur le point le plus important des routes de communication, enrégimentera même des hommes pour nous, ou, selon les événements, fera garder le territoire par le pacha de Scutari.

Ainsi donc on doit distinguer deux choses, l’état défensif et l’état offensif.

ÉTAT DÉFENSIF

Une réserve de 2,400 hommes de Dalmatie à Stagno, une autre de 1,500 hommes, également des corps de Dalmatie, entre Spalatro et la Narenta; les îles de Cherso, Osero, Veglia, Pago, défendues par le général Seras et la division d’Istrie; Raguse fortifiée pour soutenir un siège; quatre bataillons au moins, trois compagnies d’artillerie occupant cette place, et ayant toujours une réserve d’un millier d’hommes prêts à se porter par Incanali au secours de Castelnovo.

Le général Lauriston, avec deux bataillons de chacun des 5e et 23e régiments de ligne formant au moins 2,400 hommes, trois compagnies d’artillerie formant 300 hommes, les chasseurs d’Orient, une compagnie de sapeurs italiens de 100 hommes, le bataillon brescian, le 3e bataillon du 4e régiment italien, et un bataillon de ma garde royale, le tout composant une force de plus de 5,000 hommes, et deux généraux de brigade, occupera les places et se tiendra en force sur les débouchés des Monténégrins, prêt à les attaquer. Il faut qu’il fasse construire, aux moulins de Raguse, une redoute armée de six pièces de petit calibre; à la pointe de Santa-Croce, une redoute de huit pièces de gros calibre, et à Raguse-le-Vieux, des redoutes fraisées et palissadées, armées de six pièces de gros calibre du côté de la mer, et de huit pièces de petit calibre du côté de la terre.

Quand le général Lauriston aura réuni tous ses approvisionnements, connaîtra bien le pays et sera bien en mesure, il commencera l’offensive.

ÉTAT OFFENSIF

La réserve de 1,500 hommes placée entre Spalatro et la Narenta se mettra en marche sur Stagno. La réserve de Stagno, de 2,400 hommes, se portera sur Castelnovo. La réserve de 900 à 1,000 hommes de Raguse se portera également sur Castelnovo.

Ainsi, un corps de 7,000 hommes de troupes entrera par plusieurs colonnes sur le territoire des Monténégrins, préviendra le pacha de Scutari, arrivera à Cettigne, et s’emparera du pays. On lèvera parmi les catholiques un bataillon, et on complétera, autant qu’il sera possible, le bataillon des chasseurs d’Orient; on aura soin que chaque soldat ait une bonne paire de souliers dans le sac; qu’on ait quelques rations de biscuit, de manière qu’en partant pour l’attaque on en ait pour quatre jours, et en réserve pour quatre autres jours; on trouvera d’ailleurs dans le pays des Monténégrins des bestiaux et toutes sortes de ressources.

Du moment que les Monténégrins seront soumis, et qu’ils connaîtront le danger qu’il y a de se révolter contre la France, la réserve du général Guillet retournera à Stagno, celle de Raguse retournera à Raguse, et le général Lauriston enverra une réserve considérable à Castelnovo, qui puisse se porter au secours de Raguse, si elle était attaquée.

Le général Molitor ne doit avoir aucune inquiétude; il doit savoir que la Dalmatie n’a point de frontières étrangères, et que les Français peuvent y faire passer tous les secours qui seraient nécessaires. Il faudrait 10,000 Russes pour l’attaquer; mais les Russes n’ont pas 6,000 hommes à Corfou.  Ils pourraient faire un débarquement à Raguse; mais la réserve de Stagno s’y porterait dans ce cas; la division de Spalatro s’y porterait également, celle de Castelnovo y serait aussi dirigée, et le général Lauriston aurait bientôt, pour débloquer Raguse, 4 ou 5,000 hommes. Il n’y aurait plus que la supposition que l’on attaquât Raguse pendant l’offensive; mais cette expédition ne durerait que quinze jours, et, en la tenant secrète , l’ennemi ne pourra faire ses dispositions pour profiter de l’absence des troupes; ainsi toute opération de sa part est impossible.

Le général Lauriston voit les choses un peu en noir, lorsqu’il pense que Raguse peut être attaquée. Maître de Castelnovo, les Monténégrins, qui sont les seuls ennemis que nous ayons de ce côté, n’ont aucune communication avec Raguse. L’esprit des Monténégrins est comme celui de toutes les peuplades barbares; toute paix avec eux est impossible, si on ne les a sévèrement réprimés et si on ne leur a porté la terreur dans l’âme. Il faut ravager leur territoire, brûler leurs maisons, et leur imprimer, par de terribles exemples, une terreur salutaire; cela est nécessaire pour obtenir d’eux la tranquillité.

Ordonnez au général Molitor, auquel vous ferez connaître confidentiellement les dispositions que je prescris pour la défense et pour l’attaque, de faire passer du biscuit et des souliers à Stagno. Faites partir des convois de Venise, et chargez un officier de les suivre et de s’assurer de leur arrivée. Mais, indépendamment des secours dont je vous ai ordonné l’envoi, il faut qu’il y ait suffisamment d’artillerie.

Je vois que la 3e compagnie du le bataillon de sapeurs italiens, partie de Venise, n’est que de 68 hommes : faites-la compléter à 100 hommes; que les 13e et 15e compagnies du le régiment d’artillerie italien ne sont que de 121 hommes : faites compléter ces deux compagnies à 200 hommes, en y envoyant 80 hommes. Quatre compagnies d’artillerie ne suffisent pas pour l’Albanie et les bouches de Cattaro : faites-y passer deux autres compagnies, une française et une italienne, et faites en sorte qu’elles soient complétées à 100 hommes. Par ce moyen, le général Lauriston aura six compagnies d’artillerie. Donnez ordre au général Molitor d’envoyer la 6e compagnie du 3e bataillon de sapeurs francais à Raguse.

Quant à la place de Dalmatie qu’il faut approvisionner et mettre en état de soutenir un siège, c’est Zara. C’est dans cette place qu’on doit réunir tous les moyens d’artillerie et les vivres; c’est la seule place de siége, et celle qui devrait servir de refuge à ma division de Dalmatie, s’il arrivait quelque grand événement qui obligeât mes troupes à se replier. Il faut tenir la main à ce que tout l’argent que vous donnez pour les fortifications ne soit pas jeté à droite et à gauche. La dépense de tant de places serait impossible à soutenir dans le cas d’une attaque générale en Dalmatie, c’est Zara qu’on doit défendre, et cette place doit pouvoir tenir quatre mois. Je vous répète ce que je vous ai déjà dit, mettez tous vos soins à tenir au complet les 5e et 23e régiments de ligne et les troupes italiennes qui se trouvent en Albanie. Il est dans mon intention d’avoir au mois de septembre en Albanie 6,000 hommes de troupes italiennes, indépendamment des troupes françaises. L’importance que j’attache à avoir une contenance respectable en Albanie a moins pour objet le pays que de donner aux Turcs et à tout ce continent une haute idée de ce que je puis. Le général Barbon, qui est indisposé, ne pourra partir pour Raguse que dans sept à huit jours.

Que le général Lauriston forme bien son état-major; qu’il ait quatre ou cinq aides de camp. Il doit être tantôt à Raguse, tantôt en Albanie. C’est une campagne qu’il va faire pendant que chacun restera tranquille. Vous lui ferez aisément comprendre quelle gloire il acquerra. Si vous jugez à propos de laisser le bataillon dalmate en Albanie, vous en êtes le maître.