Correspondance de Napoléon – Juin 1806

Saint-Cloud, 14 juin 1806

Au vice-amiral Decrès

Envoyez-moi une note qui me fasse connaître ce que c’est qu’une pirogue, qu’une caïque, qu’une djerme, une demi-gabare, un trabacco, une canonnière, une obusière et une anson vénitienne, en les comparant à des bâtiments de la flottille et autres bâtiments de marine que je connaisse.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je n’ai aucun détail sur votre tournée en Istrie, à Palmanova, sur les bords de l’Isonzo. Je ne reçois pas non plus les mémoires de vos aides de camp sur la Dalmatie, de manière que je ne sais pas ce que c’est que Zara, Knin, Spalatro. Ils dorment donc, ou ils n’ont rien vu; car je n’ai vu aucun rapport. Cependant vous en avez un qui est officier du génie, et l’autre d’artillerie.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, il faut laisser entier le corps du général Marmont, qui est rassemblé pour pouvoir agir, en cas d’événement, sur tous les points. Il paraît que vous avez donné l’ordre d’envoyer le 18e en Dalmatie, parce que Meneval s’était trompé en vous écrivant; mais il vous a, le lendemain , écrit que c’était le 8e d’infanterie légère. Ma lettre du 3 vous aura fait connaître que je ne veux envoyer en Dalmatie que le bataillon brescian ou un autre bataillon de troupes italiennes. Vous verrez, par l’ordre que j’ai donné, que j’ai fait des dispositions inverses des vôtres; je mets les bataillons de dépôt au camp, parce qu’ils doivent être exercés, et qu’il faut que toute l’administration y soit réunie.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1806

Au vice-amiral Decrès

Envoyez le capitaine Daugier à Venise, au vice-roi, et chargez-le de voir le nombre de petits bateaux qu’on pourrait expédier côte à côte par Ancône et Otrante, pour contribuer à l’expédition de Sicile.

Vous ordonnerez à ce capitaine, après qu’il aura vu Venise en grand détail, d’aller voir les ports d’Istrie et de Dalmatie. Il vous écrira.

Il me semble utile qu’une personne que j’ai sous la main à Paris puisse me donner, lorsqu’il en sera besoin, des renseignements sur un théâtre qui, un peu plus tôt, un peu plus tard, sera l’objet des calculs militaires.

Vous chargerez aussi le capitaine Daugier de tout ce qui est relatif à la sortie du port de Venise des vaisseaux de 74, avec chameaux e de toute autre manière.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1806

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES

Sa Majesté désire que S. Exc. le ministre des cultes écrive au général Menou et à l’archevêque de Turin qu’ils ont agi irrégulièrement en faisant faire le jeudi la procession de la Fête-dieu. Cette fête, n’étant point conservée par le concordat, devait être remise au dimanche.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1806

DÉCISION

Le ministre de la guerre fait un rapport relatif à des armes et pièces d’armes qui encombrent l’arsenal de Douai. Le ministre propose d’en faire la remise à l’administration des domaines, pour être vendues et le produit en être versé à la caisse d’amortissement. Il y a toujours beaucoup d’inconvénients à ces ventes. Il faudrait faire faire l’inventaire de tout ce qu’il y a à vendre, en constater l’état, et soumettre à mon approbation l’inventaire. S’il y a des fusils de chasse, pourquoi les vendre ? Il peut y avoir des temps où peut-être ils deviendraient utiles

 

 

Saint-Cloud, 17 juin 1806

A M. Fouché

Envoyez sur-le-champ un courrier extraordinaire à Strasbourg pour donner ordre que, si M. d’Oubril, envoyé de Russie, se présente pour continuer sa route sur Paris, on le retienne en lui faisant les plus grands honneurs, et qu’on lui observe qu’il faut des ordres de la police pour son passage et qu’on va expédier un courrier extraordinaire à Paris pour les demander. Faites en sorte que le courrier que vous enverrez ne soit pas connu, et que la difficulté qui sera faite à M. d’Oubril paraisse toute naturelle et l’effet d’ordres positifs donnés de ne laisser entrer dans l’intérieur de l’Empire aucun étranger, même muni de passe-port des relations extérieures, sans une permission émanée de la police et approuvée par l’Empereur.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, envoyez-moi la note des officiers et administrateurs autrichiens qui ont rendu des services à nos blessés à Braunau, afin que je vous envoie des présents que vous leur ferez en mon nom lorsqu’on évacuera cette place.

Je vous renvoie la note qui a été remise à M. de la Rochefoucauld. Répondez que l’armement de Palmanova n’est qu’une suite de l’occupation des bouches de Cattaro, et qu’on n’aurait pas pensé à palissader Palmanova sans cette circonstance.

Il me semble qu’après l’assurance que vous a donnée M. de la Rochefoucauld que les ordres sont partis pour la remise des bouches de Cattaro, vous pouvez mettre en mouvement les prisonniers autrichiens pour l’Autriche. Cependant faites que ce mouvement s’opère le plus lentement possible.

Lorsque mes troupes auront passé le Rhin, vous pourrez permettre aux maréchaux de se rendre à Paris.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 12 juin. Je suis bien aise que les Sages de Bologne soient revenus de leurs sottises. J’apprends aussi avec plaisir que Dandolo est enfin parti pour la Dalmatie. Quant à Lagarde, je ne sais ce qu’il veut; il est placé à Venise, qu’il y reste. C’est un homme d’un caractère inconstant et qui ne considère que ses intérêts, sans considérer le bien de la chose.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, j’approuve votre idée de réparer la citadelle de Monfalcone. Donnez ordre au commandant du génie d’en faire prendre le plan; mais je ne veux pas que cela puisse coûter plus 1,200,000 francs ou au plus deux millions.

Je n’ai jamais entendu faire d’Osoppo un seul fort. Je veux y dépenser trois millions; mais il faut que le projet soit conçu de manière que 600 hommes puissent défendre cette place, et qu’elle puisse contenir 4 on 5,000 hommes. Je suis fâché que le général du génie ne m’en ait pas encore envoyé les plans. Je suis étonné qu’on y travaille, car j’avais demandé qu’avant tout on m’en soumît les projets et qu’on m’envoyât les devis. J’approuve vos idées, dont j’attends les plans.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je vous ai fait connaître la difficulté que j’aurais de vous procurer l’argent que vous m’avez demandé; mais envoyez vos pouvoirs à quelqu’un pour ouvrir un emprunt soit à Paris, soit Hollande. Les Hollandais ont beaucoup de capitaux. Je garantirai volontiers l’emprunt que vous ferez comme roi de Naples. Je ne doute pas que, moyennant cela, vous ne trouviez tout l’argent que vous voudrez. Les rois de Wurtemberg et de Bavière ont fait de pareils emprunts .

Je vous ai répondu au sujet de M. Roederer qu’il n’était guère possible qu’il fût ministre à Naples et sénateur ayant une sénatorerie en France; mais je vous répète que rien ne vous empêche de le garder tant que vous voudrez, sans lui donner aucun titre ostensible.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, faites connaître constamment à M. Alquier que je dois considérer le Pape sous le point de vue du temporel et du spirituel. Comme prince temporel, il fait partie de fait de ma confédération, qu’il le veuille ou non. S’il fait des arrangements avec moi, je lui laisserai la souveraineté de ses États actuels; s’il n’en fait pas, je m’emparerai de toutes ses côtes. Pour la partie spirituelle, on doit toujours faire connaître que, si l’on n’aplanit point les difficultés qui existent à l’occasion du royaume d’Italie , j’établirai dans ce royaume le concordat français; que, notre religion étant toute vraie et non de convention , tout ce qui peut sauver en France sauve en Italie, et ce qui ne peut sauver dans un pays ne sauve pas dans un autre; et que, puisqu’on est aussi bien sauvé en pratiquant le concordat français que le concordat d’Italie , le Pape fait de mauvaises chicanes quand il s’oppose à l’établissement de ce dernier; que, du reste, je ne reviendrai sur rien.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, voici la réponse à faire à la lettre d’Ali-Pacha : « Que ses bonnes dispositions me sont connues; que j’ai reçu avec plaisir son sabre; que je suis ami de la Sublime Porte, et que je le distingue; qu’il faut s’étudier à dompter les Serviens et à contenir les Grecs, qui sont les véritables auxiliaires de la Russie; qu’il peut compter sur ma protection; qu’ayant envoyé une partie de mes flottes dans les Grandes Indes, et ayant besoin des autres pour faire une descente en Angleterre, je ne puis envoyer devant Corfou une flotte égale à celle des Russes et des Anglais, mais qu’il ne faut rien précipiter; que la Russie s’est résolue à me remettre les bouches de Cattaro; que, par ce moyen , je serai à portée de lui fournir tous les secours possibles; que ses bâtiments seront toujours bien accueillis dans mes ports, et que j’ordonne que des présents soient faits à ceux qui ont bien traité mon corsaire l’Étoile-de-Bonaparte.  » Il faudra s’entendre pour cet objet avec M. Marescalchi, à la disposition duquel j’ai mis 60,000 francs pour les présents à faire. Vous écrirez dans ce sens à M. Pouqueville, et vous lui ajouterez que, si jamais Corfou tombe en mon pouvoir, je ne pourrai le confier à une meilleure garde qu’à celle d’Ali-Pacha. Il faut que ma lettre et les instructions soient rédigées de manière que, si elles étaient soumises à la Porte, elle n’y trouvât rien à redire, car cela ne me paraît pas si clair qu’à mes agents, et je crois qu’Ali-Pacha communique beaucoup de choses à la Porte. J’ai envoyé la copie de ma lettre au sultan Selim à M. Maret, pour qu’il la fasse transcrire dans la forme usité. Vous la ferez traduire en turc.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, la note pour la Porte est bonne en soi, quoique un peu faible. Elle aurait pu être travaillée avec plus d’énergie et de force. Instruisez le général Lauriston à Raguse et le prince Eugène à Milan, des dispositions du nouveau pacha de Bosnie, et envoyez-leur copie de la lettre de mon vice-consul à Salonique.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1806

DÉCISION

Le docteur Jenner demande pour ses deux amis, MM. Williams et Wickham, prisonniers de guerre, la permission de retourner en Angleterre. Accordé, et renvoyé au ministre de la guerre.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, j’ai lu votre note du 18 juin. Moyennant les trente-neuf millions d’obligations de coupes de bois que la Banque consent à prendre, le trésor public se trouve avoir vingt millions par mois. Pour les traites des douanes, il y a de la mauvaise grâce à la Banque de ne pas vouloir les escompter, dans un moment surtout ou elle n’a aucun papier; certainement il n’y a rien qui sait davantage un papier sûr et de commerce. Si elle persiste dans cette résolution, mon parti est pris, je me formerai une banque par les receveurs généraux, qui recevra ces billets. Il est extraordinaire que la Banque préfère garder des millions en caisse et ne pas se servir de son privilège, à réaliser le crédit du trésor public dans des papiers aussi bons. Quant au service de l’année prochaine, il faut proposer à M. Collin de rendre à la Banque toutes les traites des douanes payables à Paris, si la Banque consent à les prendre pour la dette publique. La situation des receveurs généraux sera toujours la même, et on me fera en janvier la même objection qu’on me fait aujourd’hui. Quant aux rescriptions des receveurs généraux, ou ils doivent au trésor, ou le trésor leur doit; si le trésor leur doit, il est tout simple que les rescriptions entrent en compte et soient d’abord payées dans chaque caisse de receveur; s’ils doivent au trésor, il est encore tout simple qu’ils remboursent. C’est un mauvais système que celui de ne pas vouloir tirer le meilleur parti possible de ses recettes.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

Au sultan Selim

Nous avons reçu, de la main de votre envoyé extraordinaire, la lettre que vous avez voulu nous écrire. Nous l’avons entretenu longuement et secrètement sur les vrais intérêts de votre Empire; nous lui avons fait connaître que nous étions résolu à employer toute notre puissance à mettre un obstacle aux desseins des ennemis de la Sublime Porte. Par celle-ci, nous voulons lui en donner à sa propre personne de nouvelles assurances. Nous espérons que Votre Hautesse voudra que nos sujets soient traités dans ses États comme les sujets d’une puissance son alliée depuis trois cents ans , et de la nation la plus favorisée. Et si Votre Hautesse veut nous permettre de finir par un conseil , nous lui dirons que les vrais intérêts de son Empire veulent qu’elle ne laisse intervenir aucune puissance étrangère dans ses discussions avec les Serviens ; qu’elle doit employer les moyens les plus vigoureux pour soumettre ces rebelles, qui sont excités et encouragés par la Russie ; la demande qu’elle a faite de leur accorder l’indépendance le prouve assez.

Quant à la Moldavie et à la Valachie, si Votre Hautesse veut que ces provinces ne lui échappent pas, elle doit saisir toutes les occasions favorables d’y rappeler les anciennes maisons; les princes grecs qui les gouvernent actuellement sont les agents des Russes. A ces mesures elle doit ajouter celles d’empêcher les bâtiments russes de passer le Bosphore, et de ne point permettre qu’aucun bâtiment ne navigue sous pavillon russe. Que Votre Hautesse méprise les menaces de ses ennemis, qui ne sont point si redoutables qu’ils veulent faire croire, et qu’elle compte , dans toutes les circonstances, sur notre assistance. C’est le seul prix que nous attachons à la possession de la Dalmatie et de l’Albanie.

Nous avons donné ordre à notre ambassadeur, en qui nous avons pleine confiance, d’employer ses talents et son éloquence à convaincre Votre Hautesse des sentiments d’amitié et d’estime qui nous animent pour elle.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

DÉCISION

Le ministre de la guerre met sous les yeux de l’Empereur une lettre de la classe d’histoire de l’Institut demandant le retour sur parole en Angleterre d’Alexandre Hamilton, homme de lettres. Accordé le renvoi.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

A M. Fouché

La conduite que l’on tient avec le mameluk Ahmed, qui arrive de Smyrne, est absurde; il faut lui laisser toute liberté de venir à Paris, ne l’environner d’aucune défaveur, ne point faire d’éclat de son voyage. Il est envoyé ici par le bey. Un imbécile de commissaire à Alexandrie s’est imaginé que tous les mameluks étaient des assassins; cela est ridicule. Écrivez pour que ce mameluk soit bien traité et qu’on lui donne tous les moyens de venir à Paris aussitôt que sa quarantaine sera finie. Qu’on le protège, mais sans rien d’ostensible.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean , écrivez aux différents préfets qu’ils peuvent accorder des congés à la moitié de leurs compagnies de réserve pou le temps de la moisson, en tenant bien la main à ce que les hommes auxquels ils auront accordé des congés rejoignent leurs compagnies lorsque les travaux de la moisson seront finis. Ils feront connaître le nombre d’hommes auxquels ils ont accordé des permissions et le temps auquel ils doivent rejoindre.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, je reçois votre lettre du 12 juin. Si les soldats du Pape n’obéissent pas à vos ordres, faites-leur évacuer le duché d’Urbin et la province de Macerata jusqu’aux Apennins. Faites-en la déclaration positive, et dites qu’il ne peut pas y avoir deux commandants de la force armée. Vous les chasserez effectivement, et vous ferez connaître dans ce cas aux magistrats que vous vous chargez de la police.

 

 Saint-Cloud, 20 juin 1806

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, j’ai appris avec plaisir votre entrée à Raguse. Vous aurez reçu mes ordres par lesquels je vous ai nommé commandant général de Raguse et de l’Albanie, et prescrit les dispositions nécessaires pour l’armement et l’organisation militaire de ces provinces. Le général de division Barbou est parti pour s’y rendre. Je désire que vous m’envoyiez des mémoires sur Raguse et sur l’Albanie. J’ai été satisfait de ceux que vous m’avez envoyés sur l’Istrie et la Dalmatie. Faites faire une description exacte de ses routes, depuis Spalatro jusqu’à Raguse, et depuis Raguse jusqu’à l’extrémité des Bouches. Je vous fais envoyer une lettre de mon consul de Salonique sur les dispositions du nouveau pacha de Bosnie; ce pacha est de nos amis. Maintenez la meilleure intelligence avec les Turcs, et recommandez cela parmi les soldats. Je suis très-bien avec le Grand Seigneur, et je veux bien vivre avec lui.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1806

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre rapport. Il doit y avoir des péniches et des canons au Havre. Comment ne prend-on pas des mesures pour intercepter les chaloupes ennemies ?  J’en rends responsable le commandant d’armes. Tenez de petits bâtiments au Havre et à Honfleur, et lorsque les canots ennemis entrent en Seine, qu’on leur coupe le chemin.

 

Saint-Cloud , 20 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, à votre lettre du 13 juin était jointe une note des lieux appartenant aux comtés de Goritz et de Gradisca sur la rive droite de l’Isonzo, et qui sont de la domination de l’Autriche. Faites mettre dans ces différents endroits des garnisons françaises; incorporez-les dans les départements. Faites-leur payer des contributions, et traitez-les comme pays vénitiens. La république de Venise a dû avoir des droits sur tous ces biens. Ne faites cependant l’incorporation parfaite que des endroits enclavés. Quant à ceux qui bordent l’Isonzo il sera, je crois, difficile que l’empereur consente à les abandonner puisque cela n’a pas été mis dans le traité. Quant aux autres, cela sera plus facile, surtout en y mettant sur-le-champ des troupe françaises, et en ayant soin de n’y pas laisser entrer des troupe autrichiennes.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1806

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, j’ai reçu votre lettre du 31 mai . J’ai fait chef de bataillon et membre de la Légion d’honneur le capitaine Serrant. J’ai vu avec grand plaisir que vous aviez déjà quarante pièces de 36 et de 18. J’ai ordonné qu’on vous envoyât de la poudre d’Ancône. Le général Lemarois commande dans cette ville; équipez quelques petits bâtiments pour correspondre avec lui. Il a ordre de vous faire passer tout ce qui est nécessaire. J’attends avec impatience une carte du pays, une description des ports; et j’imagine que, dès que cela sera possible, vous ferez en sorte que mes vaisseaux de guerre et mes frégates puissent avoir une entrée à l’abri des forces supérieures. S’il vous est possible de vous procurer une carte des provinces turques voisines de Raguse , envoyez-la-moi. Expédiez un courrier à Constantinople pour informer de tout ce qui se passe. Correspondez également avec mes agents auprès d’Ali- Pacha et du pacha de Scutari. Mettez-vous aux aguets pour avoir des nouvelles de tout ce qui se passe en Servie et dans les provinces voisines. Je vous ai fait connaître que j’étais bien avec la Porte et que je désirais fortement entretenir cette bonne harmonie. Le vice-roi a dû vous envoyer des instructions pour la reprise de Curzola et l’armement de la presqu’île de Sabioncello. Le général Barbou est parti depuis plusieurs jours. J’espère qu’il arrivera en même temps que cette lettre. C’est un homme sage auquel vous donnerez le commandement des bouches de Cattaro, sous vos ordres.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, il faut imprimer peu. On a imprimé le décret sur la cession de Guastalla; je ne l’avais pas publié, parce que je ne l’avais pas jugé nécessaire. On a imprimé, de même inutilement, la proclamation du général Lauriston. En général, le moins que vous ferez imprimer sera le mieux.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je vous envoie une lettre du général Duhesme; l’arrivée de votre aide de camp le tirera d’embarras. Il faut qu’il prenne possession d’Ostie; cela est extrêmement important, afin d’empêcher toute marchandise anglaise d’entrer dans le Tibre. Donnez ordre qu’on confisque à Ancône et à Cività-Vecchia toutes les marchandises anglaises. Il faut beaucoup plus surveiller la partie de la côte de Cività-Vecchia à Gaète que celle de Cività-Vecchia à Orbitello. Je vous ai fait connaître que les généraux Lemarois et Duhesme doivent faire nourrir leurs troupes par le Pape et par les revenus du pays. Donnez aussi ordre qu’on arrête partout les agents anglais et les anciens agents napolitains.