Correspondance de Napoléon – Avril 1804
Saint-Cloud, 14 avril 1804
Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur
Le plan de joindre le Rhin au Rhône est sans doute un grand projet; mais il y a bien de l’inconvénient à faire beaucoup espérer à l’opinion, et ensuite à tenir peu. On dit que cette dépense monterait à 13 millions; on peut hardiment la porter à 15. Il faudrait donc quinze ans si l’on pouvait y dépenser un million par an. Il serait nécessaire de proposer aux trois départements les plus bénéficiés par ce canal de s’imposer pour 5 ou 6 centimes; ce qui produirait une somme qui pourrait être augmentée chaque année, selon les besoins et les circonstances, par des fonds généraux ; car, avec les fonds généraux du trésor public, nous ne pourrons jamais sensiblement travailler à ce canal. Écrivez donc sur cet objet aux différents conseils de départements. Ce qui n’empêche pas que, d’ici à ce que les fonds soient faits par les départements et rentrés, on n’accorde quelques fonds pour pousser la navigation du Doubs jusqu’à Besançon. Il faudrait d’abord être bien sûr que ce projet est ce qu’il y a de meilleur pour la navigation du Doubs; il y a des ingénieurs qui seraient d’avis qu’on ôtât tous les barrages.
Saint-Cloud, 14 avril 1804
Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer
Citoyen Général Soult, j’ai reçu votre dernière lettre. Les conseils généraux des départements, les collèges électoraux et tous les grands corps de l’État demandent que l’on mette enfin un terme aux espérances des Bourbons, en plaçant la République à l’abri des secousses des élections et de l’incertitude de la vie d’un Homme. Mais, jusqu’à cet instant, je ne me suis encore décidé à rien ; cependant je désire que vous m’instruisiez en grand détail de l’opinion de l’armée sur une mesure de cette nature. Vous sentez que je n’y serais porté que dans le seul but de l’intérêt de la nation, car le Peuple français m’a fait si grand et si puissant que je ne puis plus rien désirer.
Vous devez prévenir le colonel du 4e régiment que je l’ai nommé général de brigade. J’envoie, pour le remplacer comme colonel, mon frère Joseph ; il a, dans les premières campagnes de la révolution, servi comme chef de bataillon ; il a à cœur, comme moi, de devenir militaire ; car, dans les temps où nous vivons, ce n’est pas assez de servir l’État par ses conseils dans les négociations les plus difficiles ; il faut encore pouvoir si les circonstances le veulent, le servir avec son épée. Mais, comme il faut que j’informe déjà le Sénat de cette mesure, il faut tenir cela secret. Je pense que Joseph sera à Boulogne avant le ler du mois prochain ; il doit y faire son métier avec la plus grande rigueur. Seulement, au moment de son arrivée, vous pourrez le recevoir avec tous les honneurs dus à un grand officier de la Légion d’honneur, à un sénateur et à une personne qui m’est si chère. Il descendra pour cela à mon quartier général. Mais, ces honneurs une fois rendus, il devra mettre son habit de colonel et être subordonné comme le veut la loi militaire.
J’ai nommé capitaine dans le même corps Stanislas Girardin, qui était capitaine lorsqu’il est entré au Corps législatif. Je désire que vous me fassiez connaître le meilleur capitaine du 4e, que je veux faire entrer dans la Garde, afin que cela ne fasse aucun tort à l’avancement du corps. Faites connaître au général Suchet que j’ai accordé à son frère la place qu’il m’a demandée.
Je désire beaucoup être débarrassé de ce procès, ce qui sera, j’espère, sous dix jours, pour venir vous voir.
Berthier, je crois, part demain.
Saint-Cloud, 14 avril 1804
Au général Ney, commandant le camp de Montreuil
Citoyen Général Ney, je reçois avec plaisir les rapports que vous m’envoyez. Je prends beaucoup d’intérêt à l’état de la crue des eaux de la baie d’Étaples. Avant de construire un fort sur le banc des Chiens, il faut que les deux forts de Boulogne soient achevés ; nous verrons d’ailleurs cela plus amplement à mon prochain voyage, qui, j’espère ne tardera pas.
J’ai nommé voire beau-frère sur la demande que vous m’en avez faite, à la place d’administrateur des droits réunis ; et j’ai été fort aise de trouver cette occasion de vous donner une nouvelle preuve de mon estime.
Quoique Cayeux ne soit pas de l’arrondissement de votre armée, puisque vous êtes instruit qu’il y a des communications avec l’ennemi, il n’y a pas d’inconvénient à ce que vous y envoyiez des gendarmes d’élite et même un agent secret. Dans la guerre passée, Cayeux a été un rendez-vous de mauvais sujets.
J’ai peine à me persuader que l’abbé Ratel, qui est des environs de Boulogne n’ait pas eu part à l’incendie du magasin de Montreuil. Prenez des informations pour connaître les individus qui sont à Étaples, Montreuil et aux environs, qui ont des liaisons de parenté et de connaissance avec ce misérable.
Saint-Cloud, 14 avril 1804
Au contre-amiral Decrès
J’ai lu le rapport du ministre de la République à Gênes, du 7 germinal. Il n’en résulte pour moi rien de clair.
Je désirerais que vous chargeassiez un officier de marine, qui eût l’habitude de ces travaux,
1° De se rendre à Gênes, d’y visiter les constructions qui s’y font, pour s’assurer qu’elles sont bonnes, car de mauvais vaisseaux ne servent de rien ;
2° De voir si l’arsenal actuel est bien situé, si l’opération de jeter les bâtiments à l’eau se fera sans difficulté, enfin si l’on a pourvu à tout, surtout à ce qui est relatif à l’opération de mâter (il faudrait lui communiquer mon projet, mais dans le plus grand secret, afin qu’il puisse faire sa mission avec plus de succès ).
Je voudrais pouvoir tenir à Gênes, en temps de paix, une escadre de six vaisseaux de guerre, de quatre frégates, et dès lors pouvoir les radouber, les refondre, les remâter et les armer ; et cette escadre, je voudrais l’armer en grande partie avec des matelots génois. A cet effet, il faut donc, 1° savoir si l’on peut se servir de la darse comme bassin ; 2° reconnaître le mouillage d’une escadre, soit dans le port de Gênes, soit dans la rade.
Et, comme cette affaire devra être un objet de négociation avec Gênes, il faut bien en savoir les éléments, afin de tout prévoir dans ladite négociation. Il faudrait que tous nos magasins fussent dans un ensemble qui formât une petite ville dans Gênes.
L’amiral Rosily pourrait être très-bon pour cette mission, qui doit être faite dans la saison actuelle, pour être à même de bien vérifier la sonde et de procurer toutes les lumières propres à détruire tout préjugé sur cet objet. Ce général pourrait être aussi chargé de faire un rapport sur Villefranche et le golfe de la Spezzia.
Saint-Cloud, 14 avril 1804
Au contre-amiral ver Huell, commandant la flottille batave
Monsieur le Contre-Amiral Ver Huell, Commandant en chef la flottille batave, nous n’avons pu nous entendre pour le cartel d’échange avec l’Angleterre. Elle a refusé d’y comprendre les prisonniers hanovriens. Le temps est arrivé de ne recevoir les modifications que l’Angleterre veut faire au droit commun, ni en temps de paix ni en temps de guerre.. Vous ne sauriez trop vous méfier des commodores anglais; tous ces parlementaires qu’ils envoient n’ont pour but que l’espionnage.
Apprenez-moi bientôt que la seconde partie de la flottille est arrivée à Ostende.
Saint-Cloud, 16 avril 1804
Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice
Citoyen Grand Juge, je vous ai fait connaître mes intentions relativement aux prêtres dissidents et qui sont encore dans la communion des évêques rebelles à la religion et à la patrie. Je suis cependant instruit que le préfet de Loir-et-Cher continue à professer des principes opposés, qu’il a longtemps protégé Habert, correspondant de M. de Thémines, évêque rebelle, et qu’il avait placé des sœurs hospitalières à Vendôme, qu’il a érigées eu communauté et autorisées à ne pas être dans la communion de l’évêque d’Orléans, et qu’enfin il a placé-là un foyer de rébellion contre le concordat. On assure même qu’il a souffert qu’on renvoyât un novice parce qu’il était dans les principes du concordat. Faites-vous rendre compte de ce fait, et faites-moi connaître quel caractère je dois donner à la conduite de ce préfet : est-ce irréflexion ou rébellion contre mes ordres ? Faites-moi aussi connaître si les prêtres dissidents de Loir -et-Cher sont arrêtés, et donnez ordre que ces sœurs hospitalières soient remises dans la communion de l’évêque, ou que sur-le-champ elles soient chassées.
Saint-Cloud, 16 avril 1804
Au citoyen Gaudin, ministre des finances
Je désire, Citoyen Ministre, que, dans le courant de la semaine, vous preniez des mesures pour mettre un terme au scandale qu’offre dans le public la succession de la Tour-d’Auvergne.
De retour de mon voyage dans le département de l’Eure, il y a dix-huit mois, j’eus l’éveil sur l’immense fraude qui existait au détriment du Gouvernement. J’ai depuis tenu plusieurs conseils ; mais, je dois l’avouer, l’intérêt et la friponnerie ont été plus puissants que la justice et ma volonté.
La France a encore le scandale de voir une province entière être devenue le revenu d’un faiseur d’affaires, ce qui ne peut avoir été que par la négligence de l’administration. Je veux enfin que cela finisse.
Je désire que vous en manifestiez l’intention dans vos bureaux et dans ceux de l’enregistrement, et que ceux qui auraient été d’intelligence avec ces faiseurs d’affaires sachent que le Gouvernement ne veut plus être trompé.
Je vous envoie un relevé que j’ai fait faire des différents actes relatifs à cette affaire. La Tour-d’Auvergne n’a, je crois, plus d’héritiers ; j’avais chargé l’enregistrement de mettre d’abord le séquestre sur ses biens, et j’avais entendu qu’au plus tard dans un mois il eût fait entrer la nation en jouissance de la propriété.
L’enregistrement a mis le séquestre ; mais les questions auxquelles il aurait pu donner lieu n’ont pas été présentées et il paraît que le fermier, de son propre droit, a reconnu héritier qui il a voulu.
Cet état d’incertitude est très-avantageux aux faiseurs d’affaires, qui, par là, sont soustraits aux recherches de la nation comme à celles des héritiers réels ; et je vois avec peine que vous n’avez pas été instruit et que vous n’avez pas réprimé des abus aussi criants.
Dans F-arrêté de l’an VIII, comme dans les actes des années suivantes, les bois ont toujours été exceptés, et cependant je suis instruit que l’on a poussé l’impudence jusqu’à affranchir les fermiers de toute forme et de toute règle sur leur exploitation ; aucunes formes légales voulues pour la vente des biens nationaux n’ont été exécutées, de manière qu’ils ont pu évaluer à leur profit les coupes de bois, comme ils l’ont voulu.
Mon intention est que les fermiers soient tenus de traiter de clerc à maître.
Quant au fond de la question, s’il n’y a plus d’héritiers, il est naturel que cette succession rentre dans la loi des forêts et domaines nationaux; s’il y a des héritiers, il est juste qu’ils soient mis en possession, au terme de la dernière loi du Corps législatif; car, si les biens qu’a échangés la maison de Bouillon n’existent plus, il est constant que c’est par son refus d’obéir à la loi et de se remettre en possession des biens de Sedan.
Dans tout état de cause, je veux que les héritiers de cette ancienne et illustre maison , s’il en existe, aient promptement ce que la dernière loi veut qu’il leur soit donné ; mais, dans aucun cas, je n’entends que des faiseurs d’affaires adroits, astucieux, qui ont poussé l’impudence jusqu’à faire entendre le cri de l’immoralité à la tribune nationale, lèvent la tête et volent l’État bannière déployée.
Saint-Cloud, 16 avril 1804
Au général Lannes
Citoyen Général Lannes, Ministre Plénipotentiaire de la République à Lisbonne, je suis content du traité que vous avez fait. Nous y perdons des sommes considérables, puisque l’Espagne s’était engagée à nous faire donner des subsides par le Portugal pendant tout le temps de la guerre; mais cela paraît se compenser par les avantages acquis à notre commerce, et tous les sacrifices qui seront faits à notre commerce seront toujours dans mon goût et dans l’intérêt public.
Dans les affaires diplomatiques, il faut marcher doucement et avec réserve, et ne rien faire de ce qui n’est pas contenu dans les instructions, parce qu’il est impossible à un agent isolé de pouvoir apprécier l’influence de ses opérations sur le système général. L’Europe forme un système, et tout ce qu’on fait dans un point rejaillit sur les autres; il faut donc du concert.
J’ai vu avec plaisir que vous ayez fait insérer le rapport du grand juge dans la Gazette de Lisbonne. Je vous sais gré de l’attention que vous portez à soutenir notre dignité et notre influence à Lisbonne. N’ajoutez aucune espèce de confiance aux bruits qu’on vous ferait parvenir. Le pays ici va au mieux, et le petit nombre des malveillants sont dans une parfaite impuissance.
J’ai vu ici avec plaisir M. d’Aranjo. Il m’a paru dans des sentiments tels qu’on peut les désirer.
Vous resterez encore quelque temps à Lisbonne; mais, soyez tranquille, on ne frappera pas de grands coups que vous n’y soyez.
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Mille choses aimables et respectueuses à madame Lannes.
Saint-Cloud, 17 avril 1804
Au citoyen Talleyrand
Je prie le ministre des relations extérieures d’écrire particulièrement à Hambourg, Francfort et dans les autres villes d’Allemagne, pour se procurer adroitement des renseignements sur les auteurs de ces bulletins par ceux qui les reçoivent, et de faire des recherches sur l’écriture de ceux qui habituellement en envoient.
Saint-Cloud, 17 avril 1804
Au général Marmont, commandant le camp d’Utrecht
Citoyen Général Marmont, je réponds à votre lettre du 28 ventôse (19 mars). Si le nouveau chef du 28e régiment de ligne ne répondait pas dans trois mois aux espérances que j’en ai conçues, on le changerait. Je vais m’occuper de donner un nouveau chef au 11e de ligne; cela remédiera à tout. Vous ferez passer au ministre de la guerre des renseignements plus détaillés sur le colonel du 8e de chasseurs; j’en avais une opinion différente de celle que vous m’en donnez.
Je tremble à votre idée de former des camps en Hollande; les maladies nous ont fait bien du mal l’année passée, et je préfère laisser entrer les Anglais, pour les en chasser après, à perdre toutes nos troupes à l’hôpital. La frégate qui est à l’embouchure de la Meuse ne partira point.
Continuez à m’instruire de la situation de l’esprit de la Hollande. On m’a promis que les écrivassiers de ce pays seraient plus discrets. Envoyez un officier d’état-major pour faire descendre les chaloupes de la Meuse. Faites mettre sur chacune une garnison et faites-les diriger sur Helvoet-Sluys, où le capitaine de la frégate doit les équiper, et, quand vous saurez que les six de Strasbourg et de Liège sont arrivées, vous leur donnerez la même direction. Quoique cela ne soit point du ressort de la terre, vous devez vous en occuper. Cela augmentera d’autant la protection de vos côtes, et quelques chaloupes canonnières françaises vous seront fort utiles.
Saint-Cloud, 17 avril 1804
Au contre-amiral Decrès
Le général Marmont m’instruit que les trois chaloupes canonnières de Liège sont à Dordrecht. Écrivez-lui de prendre des mesures pour les faire descendre jusqu’à Helvoet-Sluys, et ordonnez au capitaine de la frégate de les faire sur-le-champ armer. Les canons doivent avoir été fournis de ceux de Liège. Il pourra, en attendant, en fournir de la frégate.
Faites-moi connaître les ordres que vous donnez à celles construites à Colmar, Mézières et autres endroits sur la Meuse et sur le Rhin. Il sera fort utile à la frégate d’en avoir cinq ou six sous sa direction, puisque, par ce moyen, cette flottille pourra servir dans l’occasion à accompagner l’expédition du Texel, commandée par le général Marmont, soit à défendre l’entrée des canaux de la Hollande. Je désire savoir où nous en sommes des constructions du Rhin et de la Meuse.
Saint-Cloud, 18 avril 1804
MESSAGE AU SÉNAT CONSERVATEUR
Citoyens Sénateurs, le sénateur Joseph Bonaparte, grand officier de la Légion d’honneur, m’a témoigné le désir de partager les périls de l’armée campée sur les côtes de Boulogne, afin d’avoir part à sa gloire.
J’ai cru qu’il était du bien de l’État et que le Sénat verrait avec plaisir, qu’après avoir rendu à la République d’importants services, soit par la solidité de ses conseils dans les circonstances les plus graves, sait par le savoir, l’habileté, la sagesse, qu’il a déployés dans les négociations successives du traité de Mortefontaine, qui a terminé nos différends avec les États-Unis d’Amérique, de celui de Lunéville, qui a pacifié le continent, et, dans ces derniers temps, de celui d’Amiens, qui avait rétabli la paix entre la France et l’Angleterre, le sénateur Joseph Bonaparte fût mis en mesure de contribuer à la vengeance que se promet le Peuple français pour la violation de ce dernier traité, et se trouvât dans le cas d’acquérir de plus en plus des titres à l’estime de la nation.
Ayant déjà servi sous mes yeux dans les premières campagnes de la guerre et donné des preuves de son courage et de ses bonnes dispositions pour le métier des armes, dans le grade de chef de bataillon, je l’ai nommé colonel commandant le 4e régiment de ligne, l’un des corps les plus distingués de l’armée et que l’on compte parmi ceux qui, toujours placés au poste le plus périlleux, n’ont jamais perdu leurs étendards et ont très-souvent ramené ou décidé la victoire.
Je désire, en conséquence, que le Sénat agrée la demande que lui fera le sénateur Joseph Bonaparte de pouvoir s’absenter de ses délibérations pendant le temps où les occupations de la guerre le retiendront à l’armée.
Saint-Cloud, 18 avril 1804
Au citoyen Melzi, vice-Président de la République italienne
Citoyen Melzi, je consens avec plaisir à -ce que Cicognara retourne chez lui et soit de nouveau employé pour le service de la République.
S’il a commis quelques fautes, je dois me souvenir des services qu’il a rendus dès la naissance de la République, où il a fait preuve de courage et de dévouement.
Saint-Cloud, 18 avril 1804
Au général Berthier
Je désire, Citoyen Ministre, que vous écriviez au général Gardanne qu’il m’est revenu beaucoup de plaintes sur les vexations qu’il exerce envers les habitants du pays; qu’il ait à se comporter d’une manière digne de l’armée, et à ne me faire entendre désormais aucune plainte. On doit s’étudier à se faire aimer en Italie, et non à se faire haïr.
Demandez au général Jourdan des renseignements sur le citoyen Berthelot, chef de la 1e demi-brigade de ligne, qui, à ce qu’il paraît, s’abandonne au jeu, conduite indigne d’un officier qui, père de famille et ayant 2,000 enfants à soigner, leur doit l’emploi de tout son temps et l’exemple d’une bonne conduite.
Donnez l’ordre au général Jourdan de confier la place de Vérone à un commandant sûr, et de prendre des mesures pour que les commandants particuliers ne se livrent point à ces petites vexations qui, isolées, sont peu de chose, mais, en masse, peuvent indisposer les habitants du pays.
Quant aux commandants des places, il me paraît convenable que le général Jourdan donne la note de celles où il faut mettre des commandants français, ce qui ne devrait avoir lieu que pour les places où il y a des troupes françaises. Dans les autres, le ministre de la guerre de la République italienne doit nommer des commandants italiens.
Saint-Cloud, 18 avril 1804
Au général Berthier
Le vice-président et le ministre de la guerre de la République italienne, Citoyen Ministre, pensent que le projet du général Chasseloup pour Mantoue entraînerait la République italienne dans des dépenses gigantesques. Ils parlent d’un barrage du lac de Mantoue, qu’ils croient devoir coûter vingt ans de travail et soixante millions, et qu’ils estiment même de peu d’utilité pour la défense de la place. Il paraît que la confiance se trouve un peu affaiblie à Milan envers le général Chasseloup. Je pense qu’il est convenable que le comité des fortifications envoie sur les lieux une commission d’un général et d’un officier, qui se concertera avec le vice-président, le ministre de la guerre et le général Chasseloup, donnera une nouvelle confiance au Gouvernement italien, et dissipera les préjugés qu’il peut s’être formés.
Saint-Cloud, 18 avril 1804
DÉCISION
| Mme Souham proteste de l’innocence de son mari et réclame sa liberté. |
S’il n’est pas survenu dans la procédure d’autres charges contre le général Souham, on pourrait le faire sortir et le renvoyer dans son pays, ou dans quelque ville, à plus de trente lieues de Paris, jusqu’à ce que les affaires soient entièrement terminées.
(Joseph Souham, 1760-1837. Ses relations amicales avec Moreau lui coûtent un enfermement de quarante jours à l’Abbaye) |
Saint-Cloud, 19 avril 1804
Au citoyen Régnier
Donnez ordre, Citoyen Ministre, que M. d’Hauteville, ancien ministre du roi de Sardaigne, qui est à Turin, se rende en surveillance à Cahors.
Faites éloigner de Calais les demoiselles Monsigny et Lange, qui se servaient d’un oratoire desservi par des prêtres en correspondance avec des évêques rebelles; faites-les mettre en surveillance à quarante lieues de la côte.
Je suis surpris d’apprendre que mademoiselle de Cicé a quitté Aix; elle n’est sortie de prison qu’à condition quelle ne rentrerait pas à Paris. Il parait cependant convenable, si elle est revenue à Paris sans permission , de la faire arrêter.
Saint-Cloud, 20 avril 1804
EXTRAIT D’UNE LETTRE DE DECRÈS RAPPORTANT LES PAROLES DU PREMIER CONSUL A L’OCCASION DU MARIAGE DE JÉRÔME BONAPARTE
(Adressée au citoyen Pichon, commissaire de la République française aux États-Unis)
Jérôme a tort de penser qu’il trouvera en moi des sentiments qui se prêtent à sa faiblesse; le titre auquel je lui appartiens ne comporte pas de condescendance paternelle, car, n’ayant point sur lui les droits d’un père, je ne puis en éprouver le sentiment; un père, aveugle, se plaît lui-même à s’aveugler, parce que son fils et lui s’identifient; ils se sont tant donné et ont tant reçu l’un de l’autre qu’ils ne font qu’un; mais moi, que sais-je à Jérôme ? Quelle identité peut exister entre nous ? Seul instrument de ma destinée, je ne dois rien à mes frères; dans ce que j’ai fait pour la gloire, ils ont trouvé de quoi faire eux-mêmes récolte abondante; mais pour cela il ne faut pas qu’ils abandonnent le champ où il y a à recueillir; il ne faut pas qu’ils m’y laissent isolé et privé de l’aide et des soins que j’ai le droit d’attendre d’eux. Ils cessent d’être quelque chose pour moi s’ils ne servent pas près de ma personne et s’ils prennent une route opposée à la mienne.
Si j’exige autant de ceux de mes frères qui ont déjà rendu tant de services, si je livre à un entier abandon celui qui, dans la maturité de l’âge, a voulu se soustraire à mes intentions, à quoi doit s’attendre Jérôme, tout jeune encore, et qui n’est connu que par l’oubli de ses devoirs ? Certes, s’il ne fait rien pour moi, j’y vois l’arrêt du destin qui a décidé que je ne devais rien faire pour lui!…..
Saint-Cloud, 20 avril 1804
Au citoyen Talleyrand
Je vous envoie, Citoyen Ministre, une lettre du général Saint-Cyr. Faites connaître à Alquier que, le jour où il entrerait dans le royaume de Naples un corps de l’Albanie, je déclarerai la guerre au roi de Naples. Donnez-lui ordre de prendre toutes les mesures pour faire cesser les menées dont se plaint le général Saint-Cyr, et de s’en expliquer ouvertement.
Faites connaître au général Saint-Cyr les ordres que vous donnez, et qu’on s’oppose par tous les moyens à l’arrivée des Albanais.











