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1812 -Sixième Bulletin de la Grande Armée

Wilna, le 13 juillet 1812.

Le roi de Naples a continué à suivre l’arrière-garde ennemie. Le 5, il a rencontré la cavalerie ennemie en position sur la Dziana ; il l’a fait charger par la brigade de cavalerie légère, que commande le général baron Subervie[1]. Les régiments prussiens, wurtembergeois et polonais qui font partie de cette brigade, ont chargé avec la plus grande intrépidité. Ils ont culbuté une ligne de dragons et de hussards russes, et ont fait deux cents prisonniers, hussards et dragons montés. Arrivé au-delà de la Dziana, l’ennemi coupa les ponts et voulut défendre le passage. Le général comte Montbrun fit alors avancer ses cinq batteries d’artillerie légère, qui, pendant plusieurs heures, portèrent le ravage dans les rangs ennemis. La perte des Russes a été considérable.

Le général comte Sébastiani est arrivé le même jour à Vidzoui, d’où l’empereur de Russie était parti la veille.

Notre avant-garde est sur la Dwina.

Le général Étienne-Marie-Antoine Champion, comte de Nansouty
Le général Étienne-Marie-Antoine Champion, comte de Nansouty

Le général comte Nansouty était le 5 juillet à Postavoui. Il se porta, pour passer la Dziana, à six lieues de là, sur la droite du roi de Naples. Le général de brigade Roussel[2], avec le neuvième régiment de chevau-légers polonais et le deuxième régiment de hussards prussiens, passa la rivière, culbuta six escadrons russes, en sabra un bon nombre et fit quarante-cinq prisonniers avec plusieurs officiers. Le général Nansouty se loue de la conduite du général Roussel, et cite avec éloge le lieutenant Boske, du deuxième régiment de hussards prussiens, le sous-officier Krance, et le hussard Lutze. S.M. a accordé la décoration de la Légion-d’Honneur au général Roussel, aux officiers et au sous-officier ci-dessus nommés.

Le général Nansouty a fait prisonniers cent trente hussards et dragons russes montés.

Le 3 juillet, la communication a été ouverte entre Grodno et Vilna par Lida.

L’hetman Platow, avec six mille cosaques, chassé de Grodno, se présenta sur Lida, et y trouva les avant-postes français. Il descendit sur Ivie le 5.

Emmanuel de Grouchy
Emmanuel de Grouchy

Le général comte Grouchy[3] occupait Wichnew, Traboui et Soubonicki. Le général baron Pajol était à Perckaï; le général baron Bordesoult était à Blakchtoui ; le maréchal prince d’Eckmühl était en avant de Bobrowitski, poussant des têtes de colonne partout.

Platow se retira précipitamment, le 6, sur Nikolaew.

Le prince Bagration, parti dans les premiers jours de juillet de Wolkowisk, pour se diriger sur Wilna, a été intercepté dans sa route. Il est retourné sur ses pas pour gagner Minsk ; prévenu[4] par le prince d’Eckmühl, il a changé de direction, a renoncé à se porter sur la Dwina, et se porte sur le Borysthène par Bobruisk, en traversant les marais de la Bérésina.

Le maréchal prince d’Eckmühl est entré le 8 à Minsk, Il y a trouvé des magasins considérables en farine, en avoine, en effets d’habillement, etc. Bagration était déjà arrivé à Novoi-Sworgiew ; se voyant prévenu, il envoya l’ordre de brûler les magasins ; mais le prince d’Eckmühl ne lui en a pas donné le temps.

Le roi de Westphalie était le 9 à Nowogrodek ; le général Reynier[5], à Slonim. Des magasins, des voitures de bagages, des pharmacies, des hommes isolés ou coupés tombent à chaque moment dans nos mains. Les divisions russes errent dans ces contrées sans directions prévues, poursuivies partout, perdant leurs bagages, brûlant leurs magasins, détruisant leur artillerie, et laissant leurs places sans défense.

Le général baron de Colbert a pris à Vileika un magasin de trois mille quintaux de farine, de cent mille rations de biscuit, etc.

Il a trouvé aussi à Vileika une caisse de vingt mille francs en monnaie de cuivre.

Tous ces avantages ne coûtent presque aucun homme à l’armée française : depuis que la campagne est ouverte, on compte à peine, dans tous les corps réunis, trente hommes tués, une centaine de blessés et dix prisonniers, tandis que nous avons déjà deux mille à deux mille cinq cents prisonniers russes.

Le prince de Schwarzenberg a passé le Bug à Droghitschin, a poursuivi l’ennemi dans ses différentes directions, et s’est emparé de plusieurs voitures de bagages. Le prince de Schwarzenberg se loue de l’accueil qu’il reçoit des habitants, et de l’esprit de patriotisme qui anime ces contrées.

Ainsi dix jours après l’ouverture de la campagne, nos avant-postes sont sur la Dwina. Presque toute la Lithuanie, ayant quatre millions d’hommes de population, est conquise. Les mouvements de guerre ont commencé au passage de la Vistule. Les projets de l’empereur étaient dès-lors démasqués, et il n’y avait pas de temps à perdre pour leur exécution. Aussi l’armée a-t-elle fait de fortes marches depuis le passage de ce fleuve, pour se porter par des manœuvres sur la Dwina, car il y a plus loin de la Vistule à la Dwina, que de la Dwina à Moscou et à Pétersbourg.

Les Russes paraissent se concentrer sur Dunabourg ; ils annoncent le projet de nous attendre et de nous livrer bataille avant de rentrer dans leurs anciennes provinces, après avoir abandonné sans combat la Pologne, comme s’ils étaient pressés par la justice, et qu’ils voulussent restituer un pays mal acquis, puisqu’il ne l’a été ni par les traités, ni par le droit de conquête.

La chaleur continue à être très-forte.

Le peuple de Pologne s’émeut de tous côtés.

L’aigle blanche est arborée partout. Prêtres, nobles, paysans, femmes, tous demandent l’indépendance de leur nation. Les paysans sont extrêmement jaloux du bonheur des paysans du grand-duché, qui sont libres ; car, quoi qu’on dise, la liberté est regardée par les Lithuaniens comme le premier des biens. Les paysans s’expriment avec une vivacité d’élocution qui ne semble pas devoir appartenir aux climats du nord, et tous embrassent avec transport l’espérance que la fin de la lutte sera le rétablissement de leur liberté. Les paysans du grand-duché ont gagné à la liberté, non qu’ils soient plus riches, mais que les propriétaires sont obligés d’être modérés, justes et humains, parce qu’autrement les paysans quitteront leurs terres pour chercher de meilleurs propriétaires. Ainsi le noble ne perd rien ; il est seulement obligé d’être juste, et le paysan gagne beaucoup. Ça dû être une douce jouissance pour le cœur de l’empereur, que d’être témoin, en traversant le grand-duché, des transports de joie et de reconnaissance qu’excite le bienfait de la liberté accordée à quatre millions d’hommes.

Six régiments d’infanterie de nouvelle levée viennent d’être décrétés en Lithuanie, et quatre régiments de cavalerie viennent d’être offerts par la noblesse.

 

[1] Jacques-Gervais Subervie (1776 – 1856), commandant la 16e brigade de cavalerie légère, du 2e corps de cavalerie (Montbrun)

[2] Nicolas-François Roussel d’Hurbal (1763 – 1849).

[3] Emmanuel de Grouchy (1768 – 1847), commandant le 3e corps de cavalerie.

[4] Devancé

[5] Jean-Louis-Ébénezer Reynier  (1771 – 1814), commandant le 7e corps (saxon).