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1812 – Septième Bulletin de la Grande Armée

Wilna, le 16 juillet 1812.

S.M. fait élever sur la rive droite de la Vilia un camp retranché fermé par des redoutes, et fait construire une citadelle sur la montagne où était l’ancien palais des Jagellons. On travaille à établir deux ponts de pilotis sur la Vilia. Trois ponts de radeaux existent déjà sur cette rivière.

Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier
Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier

Le 8, l’empereur a passé la revue d’une partie de sa garde, composée des divisions Laborde[1] et Roguet[2], que commande le maréchal duc de Trévise[3], et de la vieille garde, que commande le maréchal duc de Dantzick, sur l’emplacement du camp retranché. La belle tenue de ces troupes a excité l’admiration générale.

Le 4, le maréchal duc de Tarente fit partir de son quartier-général de Rossiena, capitale de la Samogitie, l’une des plus belles et des plus fertiles provinces de la Pologne, le général de brigade baron Ricard[4], avec une partie de la septième division, pour se porter sur Poniewiez ; le général prussien Kleist[5], avec une brigade prussienne, a été envoyé sur Chawli ; et le brigadier prussien de Jeanneret[6], avec une autre brigade prussienne, sur Telch. Ces trois commandants sont arrivés à leur destination. Le général Kleist n’a pu atteindre qu’un hussard russe, l’ennemi ayant évacué en toute hâte Chawli, après avoir incendié les magasins.

Le général Ricard est arrivé, le 6 de grand matin, à Poniewiez. Il a eu le bonheur de sauver les magasins qui s’y trouvaient, et qui contenaient trente mille quintaux de farine. Il a fait cent soixante prisonniers, parmi lesquels sont quatre officiers. Cette petite expédition fait le plus grand honneur au détachement de hussards de la Mort prussien, qui en a été chargé.

S.M. a accordé la décoration de la Légion-d’Honneur au commandant, au lieutenant de Raven, aux sous-officiers Werner et Pommereit, et au brigadier Grabouski, qui se sont distingués dans cette affaire.

Les habitants de la province de Samogitie se distinguent par leur patriotisme. Ils ont un grief de plus que les autres Polonais : ils étaient libres ; leur pays est riche ; il l’était davantage ; mais leurs destinées ont changé avec la chute de la Pologne. Les plus belles terres ayant été données par Catherine aux Soubow, les paysans, de libres qu’ils étaient, ont dû devenir esclaves.

Le mouvement de flanc qu’a fait l’armée sur Wilna, ayant tourné cette belle province, elle se trouve intacte, et sera de la plus grande utilité à l’armée. Deux mille chevaux sont en route pour venir réparer les pertes de l’artillerie. Des magasins considérables ont été conservés. La marche de l’armée de Kowno sur Wilna, et de Wilna sur Dunabourg et sur Minsk, a obligé l’ennemi à abandonner les rives du Niémen, et a rendu libre cette rivière, par laquelle de nombreux convois arrivent à Kowno. Nous avons dans ce moment plus de cent cinquante mille quintaux de farine, deux millions de rations de biscuit, six mille quintaux de riz, une grande quantité d’eau-de-vie, six cent mille boisseaux d’avoine, etc. Les convois se succèdent avec rapidité : le Niémen est couvert de bateaux.

Le passage du Niémen a eu lieu le 24, et l’empereur est entré à Wilna le 28. La première armée de l’Ouest, commandée par l’empereur Alexandre, est composée de neuf divisions d’infanterie et de quatre divisions de cavalerie. Poussée de poste en poste, elle occupe aujourd’hui le camp retranché de Drissa, où le roi de Naples, avec les corps des maréchaux ducs Elchingen et de Reggio, plusieurs divisions du premier corps, et les corps de cavalerie des comtes Nansouty et Montbrun, la contient.

Le général Bagration. (Georges Dawe)
Le général Bagration. (Georges Dawe)

La seconde armée, commandée par le prince Bagration, était encore, le premier juillet, à Kobrin, où elle se réunissait. Les neuvième et quinzième divisions étaient plus loin, sous les ordres du général Tormazow. À la première nouvelle du passage du Niémen, Bagration se mit en mouvement pour se porter sur Wilna ; il fit sa jonction avec les cosaques de Platow, qui étaient vis-à-vis Grodno. Arrivé à la hauteur d’Ivié, il apprit que le chemin de Wilna lui était fermé. Il reconnut que l’exécution des ordres qu’il avait serait téméraire et entraînerait sa perte, Soubotnicki, Traboui, Witchnew, Volojink, étant occupés par les corps du général comte Grouchy, du général Pajol, et du maréchal prince d’Eckmühl. Il rétrograda alors, et prit la direction de Minsk ; mais arrivé à demi-chemin de cette ville, il apprit que le prince d’Eckmühl y était entré. Il rétrograda encore une fois : de Newij il marcha sur Slousk, et de là il se porta sur Bobruisk, où il n’aura d’autre ressource que de passer le Borysthène[7]. Ainsi, les deux armées sont entièrement coupées, et séparées entre elles par un espace de cent lieues.

Le prince d’Eckmühl s’est emparé de la place forte de Borisow sur la Bérésina. Soixante milliers de poudre, seize pièces de canon de siège, des hôpitaux, sont tombés en son pouvoir. Des magasins considérables ont été incendiés une partie cependant a été sauvée.

Le 10[8], le général Latour-Maubourg[9] a envoyé la division de cavalerie légère, commandée par le général Rozniecki[10], sur Mir. Elle a rencontré l’arrière-garde ennemie à peu de distance de cette ville. Un engagement très-vif eut lieu. Malgré l’infériorité du nombre de la division polonaise, le champ lui est resté.

Le général de cosaques Gregoriew a été tué, et quinze cents Russes ont été tués ou blessés. Notre perte a été de cinq cents hommes au plus. La cavalerie légère polonaise s’est battue avec la plus grande intrépidité, et son courage a suppléé au nombre. Nous sommes entrés le même jour à Mir.

Le 13, le roi de Westphalie avait son quartier-général à Nesvy.

Le vice-roi[11] arrive à Dockchitsoui.

Les Bavarois, commandés par le général comte Gouvion-Saint-Cyr, ont passé la revue de l’empereur le 14[12], à Wilna. La division Deroy et la division de Wrede étaient très-belles. Ces troupes se sont mises en marche pour Sloubokoe.

La diète de Varsovie s’étant constituée en confédération générale de Pologne, a nommé le prince Adam Czartorinski son président. Ce prince, âgé de quatre-vingts ans, a été, il y a cinquante ans, maréchal d’une diète de Pologne. Le premier acte de la confédération a été de déclarer le royaume de Pologne rétabli.

Une députation de la confédération a été présentée à l’empereur à Wilna, et a soumis à son approbation et à sa protection l’acte de confédération.

Réponse de l’empereur au discours de M. le comte palatin Wibicki, président de la députation de la confédération générale de Pologne.

M. les députés de la confédération de Pologne, J’ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire. Polonais, je penserais et j’agirais comme vous ; j’aurais volé comme vous dans l’assemblée de Varsovie : l’amour de la patrie est la première vertu de l’homme civilisé.

Dans ma position, j’ai bien des intérêts à concilier et bien des devoirs à remplir.

Si j’eusse régné lors du premier, du second ou du troisième partage de la Pologne, j’aurais armé tout mon peuple pour vous soutenir. Aussitôt que la victoire m’a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et à une partie de vos provinces, je l’ai fait avec empressement, sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de mes sujets.

J’aime votre nation : depuis seize ans, j’ai vu vos soldats à mes côtés, sur les champs d’Italie, comme sur ceux d’Espagne.

J’applaudis à tout ce que vous avez fait : j’autorise les efforts que vous voulez faire ; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions, je le ferai.

Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l’espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits ; mais, dans ces contrées si éloignées et si étendues, c’est surtout sur l’unanimité des efforts de la population qui les couvre, que vous devez fonder vos espérances de succès.

Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition en Pologne ; je dois ajouter ici que j’ai garanti à l’empereur d’Autriche l’intégrité de ses états, et que je ne saurais autoriser aucune manœuvre ni aucun mouvement qui tendrait à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des provinces polonaises. Que la Lithuanie, la Samogitie, Witepsek, Polotzi, Mohilow, la Volhynie, l’Ukraine, la Podolie, soient animées du même esprit que j’ai vu dans la grande Pologne, et la providence couronnera par le succès, la sainteté de votre cause ; elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a rendus si intéressants, et vous a acquis tant de droits à mon estime et à ma protection, sur laquelle vous devez compter dans toutes les circonstances.

 

[1] Henri-François Delaborde (1764 – 1833), commandant la 1e division de la (Jeune) Garde

[2] François Roguet (1770 – 1846), commandant la 2e division de la (Jeune) Garde.

[3] Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier (1768 – 1835), commandant la Garde Impériale.

[4] Étienne Pierre Sylvestre Ricard (1771 – 1843)

[5] Lieutenant-Général von Kleist, commandant la 27e division d’infanterie, du corps auxiliaire prussien (Grawert).

[6] Commandant la 26e brigade de cavalerie légère, division de cavalerie (Massenbach) du corps auxiliaire prussien.

[7] Autre nom du Dniepr.

[8] Combat de Mir.

[9] Marie-Victor de Fay de La Tour-Maubourg (1768 – 1850), commandant le 4e corps de cavalerie.

[10] Il commande la 4e dirvision de cavalerie légère du 4e corps de cavalerie.

[11] Eugène de Beauharnais.

[12] Garros donne le 15 juillet.