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Napoléon et la Pologne – Allocution

Allocution de Napoléon aux officiers polonais (du 28 octobre 1813)[1]D’après « Précis historique sur le 8e corps depuis la mort du prince Joseph Poniatowski jusqu’au moment où le prince Antoine Sukolwski qui lui avait succédé dans le commandement de ce … Continue reading

Prince Paul Antoni Sulkowski XIXe siècle
Prince Paul Antoni Sulkowski XIXe siècle

En avant de Schlüchterne  [2]Su la chaussée de Fulda, par Gelnhausen à Hanau.  , dans le courant de la marche, l’Empereur, passant devant les Polonais appela le prince Sulkowski  et, après l’avoir bien accueilli, il lui demanda :

« Est-il vrai que les Polonais veuillent me quitter ? »

« Oui, Sire, ils vous demandent, étant tout à fait insignifiants déjà par leur nombre, de leur permettre de retourner dans leurs foyers, où, quand vos victoires vous ramèneront, vous les retrouverez comme un noyau d’armée ; ils supplient, en conséquence, Votre Majesté de leur accorder un décret qui les autorise à cette démarche. »

L’Empereur répondit à cela vaguement :

« Comment voulez-vous que je renvoie les soldats, ils seront forcés de combattre contre moi, et je voudrais bien garder aussi ceux des officiers qui désireraient rester. Individuellement, cependant, je ne m’oppose pas á ce que (ceux) qui ont des intérêts urgents chez eux, s’en aillent. »

Et, s’adressant au prince :

« Me quitteriez-vous aussi ? »

 « Sire, n’ayant voulu être toujours que l’organe de la masse, mes compatriotes auraient droit de se plaindre de moi, si je n’envisageais que mon intérêt personnel, et, en outre, je me suis lié par ma parole de ne pas dépasser le Rhin. »

L’Empereur repris alors :

« Leur décision est-elle bien inaltérable ? Que pensez-vous, si je leur parlais, cela ne leur ferait-il pas changer d’opinion ? »

 « Je ne crois pas, Sire, mais daignez le faire. »

Le prince Sulkowski était enchanté que cette idée fut venue à l’Empereur, sûr, après tout ce qui s’est passé, que ce discours resterait infructueux ; il espérait ainsi se disculper ainsi aux yeux de l’Empereur de tout soupçon que le désir universel de partir pouvait jeter sur lui. Tous les officiers furent donc arrêtés autour de l’Empereur qui ordonna qu’aucun Français ne restât avec lui, outre le prince de Neuchâtel et le duc de Vicence, et Napoléon parla ainsi :

« Votre chef vient de me dire que vous retournez dans votre patrie. – Il est vrai, vous avez rempli tous vos engagements envers moi. Vous vous êtes toujours très bien battus, vous avez constamment eu une conduite brillante, vous ne voulez me quitter qu’après m’avoir reconduit dans mon empire, et, voyant que vous êtes trop peu nombreux pour m’être utiles. Je ne puis rien désirer de plus, vous êtes de braves gens ; ainsi envers moi vous vous êtes tout à fait acquittés ; mis il vous reste des devoirs  envers votre patrie. Vous me demandez un décret qui vous autorise à vous en retourner en masse. Je ne puis vous le donner ; cela pourrait avoir de grandes conséquences. Les Polonais qui sont à Dantzig, Modlin et Zamosc, pourraient s’en prévaloir, et ces places tomberaient. Je vous répète que, quant à moi, il ne vous reste rien à faire de plus ; mais comme hommes d’Europe, j vous conseille de rester avec moi. Individuellement, je permettrai à chacun de s’en retourner, mais je ne peux décréter le renvoi de la masse. – Ce sont des polissons qui ont fait naître des inquiétudes parmi vous. Je tiens au Duché de Varsovie, c’est le fruit de mon sang.

 Vous êtes inquiets de n’avoir point des ordres de votre roi. Il est resté à Leipzig. C’est moi qui l’ai voulu. Il a désiré me suivre, mais si je l’avais amené, les Saxons se seraient donné le duc de Weimar comme roi. – Au reste, le roi de Saxe, votre duc de Varsovie, n’était qu’un souverain de circonstance. Je savais bien qu’un allemand ne vous convenait pas. C’est moi qui suis votre duc. Le roi de Saxe est un homme sans épaules. Ce n’est pas l’homme qu’il vous fallait. J’ai bien voulu que vous fussiez un royaume, lisez le Moniteur à cet égard, vous trouverez dans les actes officiels du temps, entre l’Autriche et moi, que la reconstitution de la Pologne était stipulée. Si j’étais resté entre Witebsk et Smolensk, vous existeriez déjà. J’ai été trop loin. J’ai fait des fautes. La fortune, depuis deux ans, me tourne le dos. ; mais c’est une femme, elle changera. Qui sait ? Peut-être votre mauvaise étoile a-t-elle entraîné la mienne. Du reste, avez-vous perdu confiance en moi ? N’ai-je plus de …. Dans mes c…. ? Ai-je maigri ? Le 16, j’ai gagné la bataille, le 18, je ne l’ai pas perdue ; le 19, je me retirais. – Un caporal a fait saute le pont trop tôt, cela m’a coûté à la vérité 1,000 hommes. – Mais si j’avais même perdu la bataille, qu’est-ce qu’une bataille perdue ? Les Allemands ont pris le mors aux dents, mais je reviendrai, je les….

 Je voudrais bien que les alliés me brûlent deux ou trois rues de mes bonnes villes en France, cela me donnerait un million de soldats. Je livrerais bataille, je la gagnerais, et je les mènerais tambour battant jusqu’à la Vistule.

 Vous êtes inquiets de ce que le prince Poniatowski n’est plus avec vous. Consolez-vous, il n’est pas mort, il est prisonnier. Il s’est travesti, dit-on, il sait le russe, il reviendra. Stanislas va arriver, vos ministres aussi, et j’aurai soin de tout cela. Vous n’en seriez pas où vous en êtes, si votre gouvernement avait plus de vigueur. Votre ministre des finances a fait des sottises. Les Czartoryski m’on contrarié. Votre levée en masse s’est mal faite. Je vous ai envoyé là un abbé, un imbécile qui n’a pas bien rempli mes intentions.

 Militairement, maintenant, si peu nombreux, 2,000 hommes, quelque braves que vous soyez, vous ne m’êtes d’aucune importance, mais je vous conseille, pour vos propres intérêts, de rester avec moi. – Je vous enverrai dans l’intérieur de la France. Je vous mettrai tous à cheval. Vous y passeriez tranquillement quelques mois et quel mal y-a-t-il de rester six mois dans un bon climat, un bon pays ? Vous serez toujours payé sur les dépenses du ministère des relations extérieures. – Je ferai la guerre tant que mon peuple le voudra. Il faudrait que je meure bien jeune – si j ne répare mes affaires. – La paix ne tardera pas, je penserai alors á vous. Je compte sur l’existence du duché de Varsovie ; mais si je suis forcé d’y renoncer, je m’occuperai de vous individuellement. Vous retourneriez alors avec honneur ou vous resteriez avec moi, comme vous voudrez. Si vous retournez à présent, vous serez traités comme prisonniers. La paix faite, il y aura un article pour vous. Vous reviendrez libre. Qu’en pensez-vous ? »

L’Empereur avait réussi. C’est le général Tolinski (qui a) dit le premier :

« Sire, nous vous suivrons partout »

Plusieurs le répétèrent, le cri devint enfin général, accompagné de l’acclamation ordinaire : Vive l’Empereur. L’Empereur jeta un regard de…[3] Illisible sur le prince Sulkowski, salua l’assemblée et partit.


 

References

References
1 D’après « Précis historique sur le 8e corps depuis la mort du prince Joseph Poniatowski jusqu’au moment où le prince Antoine Sukolwski qui lui avait succédé dans le commandement de ce corps, le quitta du consentement de l’empereur Napoléon ». Ce « précis », dont les copies sont gardées dans les archives de la famille princière de Sulkowski à Rydzyna (Posnanie) et parmi les manuscrits de la Bibliothèque de l’Université à Cracovie, est de la main d’un des officiers de l’état-major de Sulkowski ou de la main du prince lui-même. Le texte du discours de Napoléon, rapporté dans le « précis » est préférable à ceux qu’on trouve dans le vingt-sixième volume de la Correspondance (p. 385-7). Deux autres versions, celle de la main de Jean Skrzynecki et celle de François Morawski, sont publiées par le professeur Askenazy dans la revue « Kwartalnik historyczny », Léopold, 1899, p. 73-83
2 Su la chaussée de Fulda, par Gelnhausen à Hanau.
3 Illisible