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Monuments des Victoires et Conquêtes – Montenotte

Panckoucke - Montenotte
Panckoucke – Montenotte

Défense de la redoute de Monte-Legino sur le Momtenotte par le Colonel Rampon

Montenotte - Berthon
Montenotte – Berthon

 Berthon René Théodore (1776-1859).
Le chef de brigade Rampon défend la redoute de Monte-Legino contre les austro-sardes, prés de Montenotte le 10 avril 1796 (RMN)

Depuis la victoire de Loano, les soldats de l’armée d’Italie languissaient dans l’inaction et le besoin. Leur nouveau général, Bonaparte, âgé de vingt-six ans, ne leur offrit d’autre remède à leurs longues souffrances, que des victoires. On lui objectait la faiblesse de son armée, obligée de lutter contre les forces réunies du roi de Sardaigne et des Autrichiens. J’en ai assez, dit-il, si nous sommes vainqueurs; j’en ai trop si nous sommes vaincus. Malgré les renforts qu’elle avait reçus, l’armée d’Italie était de beaucoup inférieure en nombre aux ennemis qu’elle avait à combattre.

Quarante-cinq mille Allemands, commandés par Beaulieu, devaient seconder cinquante mille Piémontais, sous les ordres de Colli. Beaulieu surpassait en audace la plupart des généraux autrichiens. Chasser les Français de l’Etat de Gènes, et leur faire repasser les Alpes, lui semblait l’entreprise la moins difficile. Il espérait à son tour descendre dans le comté de Nice, et entrer en conquérant dans la Provence: aussi n’attend-il point les forces nouvelles que lui avait promises l’Autriche; l’armée piémontaise s’apprête seulement à seconder ses mouvemens. Il occupe tous les débouchés des Alpes qui dominent la rivière de Gènes.

Les Français avaient leur droite appuyée sur Savonne, leur gauche sur Montenotte, et deux demi-brigades en avant de leur droite, sur Voltri, à six lieues de Savonne et à trois de Gènes. Beaulieu se :présente, le 9 avril, devant Voltri, défendu par trois mille hommes que commandait le général Cervoni. Celui-ci, après un combat inégal soutenu avec intrépidité, se retire dans la nuit sur la Madone de Savonne, où Bonaparte avait placé quinze cents hommes pour le soutenir.

Le lendemain, les postes français sont attaqués à la fois, dès quatre heures du matin, et Beaulieu culbute toutes les positions sur lesquelles s’appuyait le centre des Français. Bonaparte oppose à cette attaque impétueuse toutes les ressources de son génie. Cependant, plusieurs redoutes des Français sont emportées. A une heure après midi, Beaulieu se présente devant celle de Montenotte : elle est défendue par le colonel Rampon, à la tête de quinze cent hommes sans artillerie. Quinze mille ennemis, Beaulieu à leur tête, s’acharnent en vain jusqu’à la nuit à l’attaque de ce poste. Les soldats avaient juré, devant l’intrépide Rampon, de mourir tous avant de l’abandonner. Après avoir abattu sous leur feu de longues files d’Austro-Sardes, ils voient les Autrichiens à portée du pistolet; ces braves renouvellent leur serment:: Mourons tous dans la redoute ! s’écrient-ils. Pendant leur résistance opiniâtrre, sur laquelle Bonaparte avait compté, il développe tout son plan de bataille : deux divisions françaises descendent précipitamment des montagnes; celle du général Laharpe tourne cette redoute, si vaillamment défendue. Bonaparte part à minuit d’Altare, porte les troupes de sa gauche et de son centre sur les flancs et les derrières des Autrichiens. Le 11 avril, au lever de l’aurore, Laharpe tombe sur les Autrichiens qui attaquaient la redoute, les taille en pièces ou les met en fuite. Masséna attaque les corps piémontais qui venaient au secours de Beaulieu. Les Autrichiens sont séparés d’avec les Sardes; la déroute des ennemis est complète sur tous les points.

Telle fut la première victoire de Bonaparte : plusieurs drapeaux, quinze cents ennemis morts et deux mille prisonniers en furent le résultat. Cette bataille prit le nom du village de Montenotte, situé à une lieue de Monte-Legino, où la bataille se livra; mais il était juste d’immortaliser l’action du colonel Rampon et des braves qu’il commandait, en consacrant le nom du lieu qui avait servi de théâtre au plus glorieux exploit de cette journée.

C’est aussi cette même action qui a inspiré l’artiste auteur du tableau que nous allons décrire. Sur le sommet glacé des Alpes est située la redoute de Montenotte, une des clés de l’Italie. Le seul régiment du colonel Rampon compose la garnison de ce poste. De vieilles murailles ruinées, de trois à quatre pieds de hauteur, défendent les approches de la redoute, où se sont groupées ls troupes françaises. C’est derrière ces frêles retranchements que ce brave régiment doit reposusser l’armée austro-sarde qui l’attaque de toutes parts.

Le colonel, craignant quelque hésitation à la vue d’un danger si imminent, s’empare d’un drapeau, monte sur le point le plus ´levé de la redoute, et, appuyé sut cette enseigne, il jure, le sabre à la main, de défendre ce poste jusqu’à la mort. Les officiers, les grenadiers qui l’environnent, répètent ce serment; ils étendent leurs mains, brandissent leurs armes, élèvent leurs châpeaux; ils mourront avec leur colonel. Autour de ce groupe de braves, nombre de leurs camarades tirent sur l’ennemi, près des murailles où ils sont agenouillés.

Aucune action particulière ne vient détourner l’attention; celle du colonel fixe tous les regards et semble avoir électrisé ses compagnons d’armes. Son attitude exprime la bravoure qui caractérise le Français. Le généreux dévouement de ces guerriers modernes réveille le souvenir de ces Saprtiates fiers de mourir aux Thermopyles ! Mais plus heureux que Léonidas et ses compagnons, le colonel français survécut à sa glorieuse action; il fut vainqueur et vit encore pour son pays.

On doit des éloges à Berthon pour la composition de ce tableau et la manière dont il est exécuté. Le dessin n’offre aucune incorrection, le coloris est brillant, et peut-être trop. Les têtes ont du caractère; celui du sapeur français est étudié avec soin. En général, ce tableau doit plaire par son effet agréable, plutôt encore que par la vérité de son coloris. Il apparitent à la collection de la chambre des Pairs, conservés au palais du Luxembourg. (L. V.)