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Monuments des Victoires et Conquêtes – Introduction

MONUMENTS DES VICTOIRES ET CONQUETES DES FRANCAIS DE 1792 A 1815

 

L’AMOUR de la liberté et de la patrie a toujours ennobli, aux yeux du sage même, l’art terrible des combats: si son humanité déplore les maux de la guerre, son âme généreuse applaudit aux héros qui se dévouent pour leur pays. Ainsi, l’équitable histoire a dû consacrer les nobles efforts de la Grèce libre, repoussant à Marathon,à Salamine , à Platée, les innombrables armées des Darius et des Xerxès : ainsi elle a célébré la lutte héroïque des enfans de Rome contre les princes et les peuples ligués pour detruire sa liberté naissante; le courage des Suisses défendant leurs rochers contre les phalanges de 1’Autriche, exterminant à Grandson et à Morat les bandes de Charles-le-Téméraire; la résistance des Bataves chassant de leurs marais les soldats fanatiques de Philippe second et les bourreaux du duc d’Albe.

Le burin burin de nos Thucydide et de nos Tacite futurs gravera, sur des tablettes immortelles, les exploits de nos compatriotes opposant un rempart de fer aux premières attaques des nombreux bataillons de l’Europe armée contre la France, et la plume véridique de l’historien célébrera ces triomphes mémorables qui, après avoir fait si longtemps d’un territoire défendu par l’enthousiasme de l’indépendance nationale, un territoire sacré, conduisirent nos armées victorieuse partout où des légions nagnères menaçantes avaient été rassemblées pour envahir le sol français.

C’est le désir de réunir les immenses matériaux que cette glorieuse époque fournit à l’histoire, les monumens immortels qui élèvent si haut la dignité du nom français, étendent sa renommée dans les contrées les plus reculées ; c’est l’ambition de contribuer à en perpétuer la durée, qui nous ont ont engagés à dédier à l’honneur patritotique le recueil des Victoires et Conquêtes des Français, éclatants témoignages de l’héroisme national dans l’une et l’autre fortune.

A ces monumens que rassemble l’histoir, se joignent naturellement d’autres monuments que tous les arts s’empressent d’élever, et que 1’amour de 1a patrie et l’admiration publique disputent à la main du temps. Ces monuments des arts, fruits les plus précieux du courage et de la victoire, servent aussi à en fixer, à en perpétuer le souvenir. Témoins muets, mais fidèles, des faits glorieux, ils entretiendront aussi parmi nos descendans le feu sacré de l’honneur, et les enflammeront d’une noble émulation, mère des vertus.

Tous les peuples belliqueux, tous les guerriers célèbres qu’animaient des sentimens élevés, se sont montrés jaloux d’offrir à leur pays l’hommage de leurs trophées. Ils voulaient, par un noble emploi, légitimer la possession de l’or et des objets rares, de ces tributs imposés aux vaincus, soit en montrant à leurs contemporains et à la postérité les monumens des arts, fruits de leurs conquêtes, comme autant de signes destinés à en rappeler la mémoire, soit en consacrant la rançon des nations domptées à l’érection de monuments utiles ou pompeux que l’architecture, la sculpture, la peinture, que tous les arts libérauy, en un mot, se faisaient honneur de marquer d’un sceau qui en attestât à jamais l’origine.

C’est aux conquêtes, c’est aux produits de la victoire, c’est au désir d’en rendre le souvenir ineffacable, que les Egyptiens, les Grecs, les peuples soumis au sceptre d’Alexandre, et les Romains, ont dû ces temples dont les augustes débris nous frappent encore d’admiration; ces pyramides qui semblent défier les siècles; ces palais, ces obélisques, ces colonnes superbes, ces vastes portiques, ces magnifiques statues, cespeintures, chef-d’oeuvre malheureusement plus fragiles d’un art ingénieux, qui décorèrent si longtemps l’enceinte de Thèbes, de Mamphis, d’Alexandrie, qui, à Athènes, à Corinthe, à Rome et dans la ville de Constantin, rassemblèrent autour d’eux tant de générations avides de contempler, dans ces monuments, la gloire et la puissance de leurs ancêtres.

Sans doute, cette gloire ne fut pas toujours pure; sans doute le sang et l’or des peuples injustement asservis payèrent plus d’une fois les monuments élevés par les vainqueurs, et consacrèrent d’iniques triomphes : mais quand les victoires furent légitimes, comme celle des Miltiade et des Thémistocle, des Camille et des Scipions, qui pourraît blamer l’érection de ces trophées ? Qui, bien plutôt, n’applaudira pas à cet instinct conservateur de la gloire à la patrie et des vertus de ses enfants ? Ce sont les couronnes décernées aux Miltiade, qui empêchent les Themistocle de dormir, et qui allument dans leur coeur les flammes de l’héroisme et du génie.

La France, belliqueuse comme la Grèce et Rome; la France, terre classique des héros, comme ces anciennes républiques, s’est montrée l’émule de leur courage et de leur patriotique énergie. Attaquée comme elles dans ses foyers, elle opposa, comme elles, à la furie de ses agresseurs, l’enthousiasme d’un peuple jaloux de sa gloire et de son indépendance;car de fâcheux souvenirs n’effaceront jamais l’honneur de ce noble élan d’une nation qui, libre alors, s’arma et se dévoua tout entière au premier signal d’une invasion ennemie. L’enthousiasme national conduisit nos guerriers à la victoire; ce fut encore l’enthousiasme national qui les fit accourir en foule sous les drapeaux de celui qui, pour dissimuler ses projets ambitieux, leur montra partout d’implacables ennemis de leur indépendance. C’était au nom seul du salut de la France qu’il les faisait voler de victoires en victoires, qu’il les entraînait de conquêtes en conquêtes. Et comment la France entière ne serait-elle point précipitée partout sur ses pas, quand il attachait la liberté, la gloire, la paix à ses triomphes sur l’Europe. Comment ces prix si glorieux et si désirables, montrés aux vainqueurs, leur autaient-ils permis de reculer dans la carrière ?

Si les abus de la victoire ont été produits par la politique, l’amour de la patrie n’en a pas moins guidé nos armes, l’héroisme n’en a pas moins décoré de palmes immortelles les faisceaux de nos généraux et la hache de nos guerriers.

Des triomphes souvent commandés par l’intérêt sacré de la patrie ont mis dans nos mains d’honorables trophées, qui doivent être transmis à la postérité par des monuments durables. Ces monuments subsisteront ppour attester à quel degré se sont élevées la gloire et la puissance de notre pays, de cette France qui, malgré d’épouvantables revers supportés avec un courage héroique, se montre encore si forte de l’esprit belliqueux de ses habitants, de l’expérience et de la vigueur de ses légions, du génie de ses savants, de ses écrivains et de ses artistes.

Ce sont le monuments de la gloire française que nous nous proposons, aujourd’hui, de réunir dans une collection de dessins, que tout Françaispuisse parcourir avec un juste orgueil. Chacun de ces monuments se rattachera à un souvenir glorieux, soit que le crayon retrace à nos compatriotes les chefs-d’oeuvre de sculpture et de peinture que nous avions conquis, soit qu’il leur représente avec fidélité les arcs-de-triomphe, les statues, les tableaux, les gravures et les médailles, que la palette ou le ciseau de nos artistes ont créés pour célébrer nos héros et leurs exploits, soit qu’enfin il leur rappelle ces travaux utiles, ces nombreuses constructions de routes, de canaux, de ponts, de quais et de fontaines, auxquels nos succès militaires ont donné naissance.

Déjà notre patrie, sous plusieurs monarques, avait obtenu de brillants succès, s’était assuré des conquêtes utiles et glorieuses : Louis XIV avait aussi élevé très-haut la gloire du nom français, et de beaux monuments attestent encore celle de son règne.Le canal qui réunit les deux mers, les remparts élevés par le génie de Vauban, l’asile magnifique ouvert dans la capitale aux guerriers que l’âge, les infirmités ou d’honorables blessures, ont éloignés des camps, suffiraient pour immortaliser le prince qui ordonna ces nobles travaux; cependant, la plupart des monuments de ce long règne ont pour objet unique la gloire du monarque : on regrette que ses ordres n’en aient consacré aucun aux braves qui l’entouraient, aux grans hommes qui illustrèrent son règne, à tant de rares génies, l’éternel honneur de la France.

A l’époque où un grand mouvement national appela des institutions fondées sur la liberté et qui eussent pour but le bonheur de la France, tout ce qui devait perpétuer le souvenir d’une révolution à jamais mémorable fut consacré à la nation, et ce fut alors par des fêtes nationales que s’alimenta l’enthousiasme patritotique pour les institutions nouvelles. Pendant la première et terrible lutte qui mit le peuple français aux prises avec ses ennemis, des péribles imminents, des discordes et des guerres intestines, la pénurie du fisc, ne permirent guère de penser à l’érection de monuments durables; et ce fut seulement par des fêtes nationales que l’on célébra nos triomphes, et que la France reconnaissante rendit hommage à ses héros.

Lorsque la victoire, qui avait guidé nos phalanges en Italie et en Egypte sous la conduite de Napoléon, l’eut élevé sur les débris d’un gouvernement éphémère, il sembla, pendant quelque temps, vouloir suivre l#exemple qu’il avait donné lui-ême, d’ériger des monuments à la gloire nationale. C’était en effet à la patrie qu’avaient été consacrés les chefs-d’oeuvre des arts, les plus beaux prix de nos conquêtes : c’était l’armée d’Italie surtout, dont les triomphes avaient peuplé ce Musée, devenu le point de réunion des plus magnifiques productions de l’art antique et moderne, dépôt si heureusement placé au centre de la civilisation, et dans le plus beau palais de l’Europe, où, de toutes les contrées amies des arts, on aurait pu, en tout temps, venir contempler cette collection de chefs-d’oeuvre, maintenant dispersée. Ce fut ‘a l’aurore du pouvoir de Napoléon, que le ciseau de nos plus habiles statuaires, que le pinceau des disciples de Raphael et de Michel-Ange, furent mis en oeuvre ppour graver sur le marbre ou sur la toile nos plus brillants exploits, les traits de nos plus grands guerriers. Quelque jaloux qu’il fut d’occuper, à lui seul, les cent voix de la renommée, ne fallait-il pas en effet, pour entretenir cette ardeur belliqueuse, pour ne pas laisser reposer un instant nos légions; ne fallait-il pas que sa gloire se confondit avec la gloire nationale, qu’elles fussent toutes deux réunies dans des monuments consacrés à l’utilité publique, aux honnes éminents par la bravoure et le mérite, qui avaient bien servi la patrie, ou qui étaient morts pour elle dans les combats ? Nul homme ne sut d’abord mieux que lui captiver l’opinion publique, et faire tourner au profit de ses projets tous les sentiments généreux qui exaltent les hommes et surtout les Français. Aussi, à l’exemple du grand Frédéric, l’un des souverains absolus qui ont le mieux senti tout ce que l’enthousiasme militaire et l’amour de la patrie peuvent donner d’énergie à une nation, Napoléon, faisant construire des places publiques, des ponts, des quais, des colonnes triomphales, s’empressa-t-il de les décorer des noms de guerriers qu’avaient illustrés leur bravoure et leur dévouement, ou d’attacher à ces monuments le souvenir de nos plus beaux triomphes. Tout, par ses ordres, servit à les retracer, servit à les retracer ou à consoler la nation de tant de sacrifices, par l’application de son or et de l’or de l’étranger à des travaux utiles. Des canux, des routes, qui devaient multiplier les communications du commerce, et féconder les opérations de l’industrie nationale, en même temps qu’ils facilitaient les mouvements des armées du conquérant, furent créés à sa voix. Les rocs du Simplon s’abaissérent, et des montagnes inaccessibles, cédant aux efforts du génie français, nous livrèrent un nouveau passage en Italie. Anvers, jadis si florissant par le commerce, vit se former, dans son sein, ces bassins destinés à la construction des mille vaisseaux qui devaient le protéger. Dans la capitale, des fontaines disribuèrent partout avec abondance et facilité cet élément si nécessaire aux premiers besoins de ses habitants. Une colonne construite avec le bronze enlevé aux ennemis, rivalisa dans les airs avec la colonne Trajane, et présenta, gravés sur l’airain, les simulacres de nos plus brillants exploits. La fortune a respecté ce monument de notre gloire. Nous avons parlé des arcs de triomphe, des quais, des ponts, etc., où Napoléon consentait à s’associer la nation dans les hommages qu’il demandait aux arts. Dominé par cette déférence au voeu public, il allait le satisfaire tout entier, en ordonnant qu’un temple de la gloire rassemblât, sur un point et dans un magnifique édifice, tous ces symboles éclatants.

Ce recueil de monuments est destiné à servir, en quelque sorte, d’appendice à celui des Victoires et Conquêtes des Français. En les réunissant, le lecteur suivra, avec les progrès de notre gloire militaire, ceux des efforts de tous les arts pour l’immortaliser ou la rendre utile. Chaque dessin rappellera à la mémoire le souvenir d’un ou de plusieurs évènements.

Puissions-nos ainsi réaliser pour la postérité l’ensemble de tous les trophées de cette gloire si chèrement acquise, dont les monuments auraient été achevés, et dont nous aurions goûté longtemps tous les fruits, si une trop faible ambition ne nous eût précipités dans des maux dont nous ne pouvons nous consoler que par le noble souvenir des exploits de nos compatriotes.

La même impartialité qui préside au recuel des Victoires et Conquêtes des Français dirigera la collection nouvelle; ainsi que la première, elle sera uniquement consacrée à la gloire française. Tout ce qui honore les guerriers français; tout monument acheté par leur sang, conquis par leur bravoure, ou érigé à la suite ou avec les fruits de leurs exploits, soit à l’utilité publique, soit à la gloire de la nation, en fera partie. Tout ce qui n#aurait rapport qu’à des calculs d’ambition, qu’aux intérêts particuliers de ceux qui ont exercé le pouvoir, en sera excluss. C’est la gloire française seule que nous nous efforcons de promulguer. En célébrant ainsi de nouveau les noms de nos guerriers, nous rendrons en même temps hommage au génie de nos grands artistes, dont le pinceau ou le ciseau a reproduit leurs traits et leurs exploits, aux peintres français David, Gérard, Girodet, Gros, Isabey, Lejeune, Lethiers, Renaud, Taunay, C. et H. Vernet, etc.; auy sculpteurs Bosio, Cartelier, Chaudet, Dejoux, Lemoux, Moitte, Rolland, etc.; aux architectes Chalgrin, Fontaine, Gisors, Gondouin, Lecomte, Percier, Peyre (neveu), Poyet, Vignon, etc.; aux ingénieurs Becquey, Cachin, Céard, Dausse, Deschamps, Dillon, Girard, Hageau, Prony, Sévestre, Tarbé, etc.; aux savants Berthollet, Denon, Fournier, Geoffroy Saint-Hilaire, Jomard, Monge, Norry, etc.;

Les objets conquis par nos armes, les chefs-d’oeuvre des Raphael, des Dominiquin, des Titien, des Corrège, les statues que la Grèce semblait nous avoir léguées, et que la agesse et la magnanimité d’un puissant souverain avaitn laissés entre nos mains, reparaîtront aussi dans nos dessins, pour adoucir au moins nos regrets par le souvenir de nos triomphes. Ces trophées ayant été trop nombreux pour que nous pussions les retracer tous, nous nous sommes bornés aux merveilles des arts, dont le souvenir suffisait pour rendre chaque victoire présente à notre mémoire.

La galerie fondé par le prince Berthier contient huit tableaux, sujet des batailles des Français, par nos premiers artistes; nous avons obtenu de les faire dessiner; ils paraîtront ici gravés pour la première fois.

Nous avons cru devoir aussi nous réduire à un simple trait, suffisant pour fonner ecatement le dessin des objets, et révéler toute la pensée de l’artiste. Par ce moyen, nous pourrons réunir un plus grand nombre de monuments, et en rassembler une collection plus complète. Les decriptions, faites par des écrivains distingués, suppléeront au peu de luxe que nous avons cru devoir admettre dans ce recueil; ils s’attacheront à dépeindre l’effet général du tableau, á rappeler ses couleurs, et à en animer les représentations.

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