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Louis de Cadalvène (1756-1847) Commissaire des Guerres sous la Révolution et l’Empire

Parmi ceux qui, au moment de la Révolution, avaient un emploi dans la Maison du Roi ou des Princes et qui ne se virent pas dans la nécessité d’émigrer, il en est un certain nombre qui trouvèrent un refuge dans le corps des Commissaires des Guerres où l’on avait besoin d’hommes pondérés et consciencieux. Parmi ceux-là se trouvaient Louis-Marie Gros de Cadalvène, huissier de la Chambre de S.A. le Comte de Provence dont il nous a été donné de pouvoir retracer la carrière grâce, en grande partie, aux archives conservées au Ministère de la Guerre. Emmanuelle Visseaux

Louis-Marie Cadelven, d’après son acte de naissance, était né à Versailles le 18 décembre 1756 de Jean-François Cadelven, bourgeois de Versailles et commis aux fermes générales, originaire de Mèze en Languedoc, et de Marie-Gabrielle Crespé son épouse.Sa marraine fut Marie-Claude de Ville, fille de M. François de Ville, garçon de la Chambre de Madame la Dauphine.

Faut-il voir dans l’emploi occupé par le père de la marraine la raison pour laquelle dès 1773, c’est-à-dire âgé de 17 ans, le jeune Cadalven était déjà en possession d’une charge d’Huissier de la Chambre de Monsieur, Comte de Provence et frère du Roi ?

Quoiqu’il en soit, le père de celui-ci, Jean-François Cadalven, après avoir été premier Commis aux Fermes Générales, avait pour son compte acheté en 1774 une charge de valet de chambre, également dans la Maison de Monsieur.

Si bien qu’au moment de la Révolution on pouvait lire dans l’almanach de Monsieur, ce qui est d’ailleurs confirmé par des brevets authentiques (Les brevets de retenue sur parchemin sont signés Louis Stanislas Xavier et contresignés par le duc de Laval et par le duc de la Châtre, premiers gentilshommes de la Chambre de Monsieur, entre les mains desquels les intéressés prêtent serment) :

1° Parmi les valets de chambre par quartier
Juillet: M. Gros de Cadalven à Versailles, et
M. son fils en survivance.

2° Dans les huissiers de la chambre par quartier
Janvier: M. Gros de Cadalven fils, à Versailles, et
M. son père en survivance.

On peut noter en passant ce fait curieux: le père et le fils ayant chacun une charge près du frère aîné du Roi, et chacun étant en possession d’un brevet lui assurant la survivance de la charge de l’autre.

Sous la Restauration, Louis-Marie de Cadalven déclare:

« Dès ma plus tendre jeunesse attaché au service de Sa Majesté (le comte de Provence étant devenu Louis XVIII) en qualité d’huissier de la chambre, et sans ressources par la perte de deux charges restées sans remboursement par le départ de la famille royale, je sollicitai et j’obtins une place de commissaire des guerres. »

Ailleurs il déclare « avoir été assez heureux pour avoir particulièrement prouvé à S.M. mon dévouement dans des moments bien difficiles en 1792, j’en ai donné de nouvelles preuves au malheureux 10 août en faisant mon devoir au château des Tuileries »

Ailleurs encore il déclare s’être réfugié aux armées, le grand âge de son père étant un obstacle à ce qu’il rejoignit Sa Majesté.

Ce qui est certain est qu’il réussit à s’échapper des Tuileries et que grâce à la protection du savant Monge, alors ministre, il fut nommé à la date du 16 octobre 1792 Commissaire des Guerres du département de l’Aude. En marge de sa demande on trouve cette mention: « Madame Monge prend un vif intérêt à cette demande. » – il avait alors près de 36 ans…

A l’appui de sa demande, il avait fourni un certificat de la Garde Nationale de Versailles, où il habitait « chez son père, Boulevard ci-devant de la Reine, n°8 », daté du 9 octobre 1792.

Une feuille de renseignements le concernant établie en 1794 indique comme services antérieurs sa nomination de commissaire: Élève pour le Génie, Garde nationale, employé au bureau des Postes de Paris, et sous la rubrique « profession des parents avant et depuis la Révolution »: « commis aux fermes, travaillant aujourd’hui au dépouillement des bibliothèques nationales »…

Nous sommes donc maintenant renseignés sur les services, avoués ou inavoués, de Louis de Cadalvène et sa famille avant sa nomination le 16 octobre 1792 comme Commissaire des Guerres du Département de l’Aude. Cette affectation l’éloignait de Paris au moment où le séjour dans la capitale était rendu difficile et dangereux pour ces anciens serviteurs de la famille royale.

Dès son arrivée à Carcassonne, il fait preuve de zèle pour organiser les services et les établissements militaires de cette place aussi bien que ceux de la place de Narbonne. Il eut également à mettre sur pied la levée en masse du département de l’Aude et sut se faire apprécier de ses chefs et des autorités civiles.

Il paraît qu’il se fit aussi rapidement bien voir de la société locale, car il allait se marier quand, au mois de septembre 1793, il fut affecté à l’armée des Pyrénées qui avait envahi la Cerdagne espagnole, sous les ordres de Dugommier.

Le 1er octobre 1793, il arrive à Puycerda et, par arrêté des représentants du peuple, le 18 Ventôse de l’An II, il est nommé Commissaire ordonnateur en Chef de la Division du Montlibre (Mont Louis) et lieux circonvoisins.

Voici ce qu’écrivait à son sujet l’ordonnateur en chef de l’armée des Pyrénées Orientales:

« Le Commissaire en Chef certifie que le citoyen Cadalven, commissaire ordonnateur de la Division du Montlibre, arrivé dans la Cerdagne espagnole lors des premiers moments de la conquête de ce pays, y a créé hospices, casernes, établissements pour les vivres, fourrages, bois et lumières, transports militaires, et a organisé tous les services nécessaires à cette division de l’armée confiée à son administration, que, malgré les localités et les neiges qui ont souvent intercepté les passages, il n’a rien laissé à désirer dans le service, qu’il a lors des mouvements et expéditions qui ont eu lieu donné des preuves de son zèle et de son activité et de ses connaissances administratives en procurant aux généraux, malgré la pénurie générale des ressources, ce qui était nécessaire pour mettre l’armée à même de marcher à l’ennemi, que les maladies successives qu’il a essuyées à Puycerda sont le résultat d’un travail pénible et opiniâtre et qui font que sous tous les rapports je n’ai que des éloges à faire de lui.

Figuières, quartier général, le 15 Pluviôse, IIIe année de la République Française une et indivisible (3 février 1795), l’Ordonnateur en chef: Probst. »

Ces notes élogieuses confirmaient celles que lui donnait déjà le 22 Fructidor An II le commandant de la Division:

« Il s’est conduit avec tout le zèle et l’activité possible, il n’a cessé de donner des preuves de civisme et il s’est donné tous les soins nécessaires pour l’approvisionnement de Campredon et dans la retraite qui eut lieu il a constamment conservé son poste.
Général de Division Charlet. »

De même, le Général Dugommier, commandant de l’armée le notait de la manière suivante:

« Blessé grièvement, cet ordonnateur, par son zèle et son activité, sauva de la disette l’armée de Catalogne (armée dite « du Centre », ou Division du Montlibre) cernée du côté de Campredon et Ripoli. »

Ailleurs on trouve les notes suivantes:

« Cet ordonnateur rendit pendant cette campagne des services importants à l’armée notamment dans l’expédition de Campredon et de Ripoli, pendant laquelle sa prévoyance sauva l’armée de la disette où l’avait réduit le parti que l’ennemi avait adopté de tout détruire en se retirant. »

Après avoir mentionné ces notes élogieuses, il y a lieu de relater que le séjour du Commissaire ordonnateur Cadalven à la division de Montlibre n’a pas été de tout repos et sans incident.

Datées de l’an II, nous possédons plusieurs lettres écrites par Cadalven père au Ministre de la Guerre pour demander que son fils soit envoyé en congé pour rétablir sa santé ébranlée par la rigueur du climat. Certaines demandes mettent en avant qu’il voudrait voir son fils se rapprocher de lui qui habite toujours Versailles et si possible le faire affecter à l’armée de Normandie.

Toutes ces demandes sont appuyées, en plus des certificats médicaux, par des certificats de civisme délivrés par les municipalités, en particulier celle de Carcassonne, et par la société populaire des Sans-Culottes et Montagnards séant au Montlibre le trentième jour de pluviôse an II (18 février 1791).

L’hiver 1793-1794 passé dans la montagne avait en effet déjà sérieusement éprouvé notre commissaire ordonnateur lorsqu’il fit partie, en prairial an II (mai-juin 1794) de l’expédition exécutée sur Campredon et Ripoli.

Au cours des opérations, il fut renversé dans un ravin par son cheval atteint d’une balle: il eut la partie inférieure du visage coupée, les quatre dents incisives cassées et des douleurs à la jambe qui le firent souffrir longtemps. En outre, ses papiers et tous ses bagages tombèrent dans un précipice avec le mulet qui les portait, un procès-verbal de cette perte fut donné mais la réclamation qui suivit ne sembla pas avoir reçu satisfaction.

La retraite par laquelle se termina l’expédition de Campredon ne se fit pas sans dommages et sans désordres au milieu des populations soulevées. Un témoin certifie en effet que « le commissaire Cadalven est resté le dernier avec lui à Campredon, qu’il a été à la poursuite des différents employés des administrations pour les arrêter, que n’ayant pu y parvenir il vint rejoindre la troupe au bivouac à 9 heures du soir, le 2 messidor an II (20 juin 1794) »

Comme récompense de ses efforts et de l’énergie déployée vis-à-vis de ses subordonnés, il fut, par l’effet d’une dénonciation calomnieuse, suspendu de ses fonctions le 30 vendémiaire an III (21 octobre 1794) par le représentant du peuple Delbret qui cherchait des responsables à l’état d’anarchie dans lequel se trouvait l’armée après le 9 thermidor. Il prétend quelque part qu’il avait été dénoncé comme royaliste.

Mais sa disgrâce ne dura pas longtemps car le 18 nivôse (7 janvier 1795) il était réintégré et le commissaire ordonnateur en chef pouvait écrire aux citoyens et membres composant la Commission de l’Administration de l’Armée:

« Par ma lettre du 6 Brumaire dernier je vous ai informé de la suspension du Commissaire Cadalven, ordonnateur de la Division du Montlibre, par le représentant du peuple Delbret, et je vous en ai adressé l’arrêté. Je vous annonce aujourd’hui avec plaisir que les représentants mieux informés ont levé la suspension et l’ont rendu à ses fonctions; je vous adresse copie de leur arrêté à cet effet. Salut et fraternité. Signé: Probst. »

Si, donc, au début de 1795 le Commissaire ordonnateur de la Division de Montlibre avait obtenu réparation et avait mérité de ses chefs les notes élogieuses reproduites plus haut, sa santé n’en restait pas moins ébranlée par un nouvel hiver passé dans la montagne tandis qu’il cherchait à faire face, par un labeur acharné, à une situation qui, nous le savons, était devenue inextricable (Fervel, Campagnes de 1793, 1794 et 1795 dans les Pyrénées Orientales.).

On le voit alors réclamer, tant pour se marier qu’en raison d’un rhumatisme qu’il a attrapé en bivouaquant sur la neige et qui souvent lui a ôté l’usage du bras gauche, une place d’ordonnateur à l’intérieur au lieu de celle du Montlibre, la température de ce pays lui étant absolument contraire et ayant éprouvé plusieurs maladies à Puycerda.

Réintégré dans son emploi à Carcassonne, il finit par obtenir un congé pour Versailles, où son père était mourant, pour le mettre à même de rétablir sa santé épuisée par l’effet d’une maladie grave. A plusieurs reprises il demande des prolongations alléguant , outre qu’il est toujours souffrant, que des affaires de famille, dont sa fortune dépend, ne sont point terminées. En effet, en arrivant à Versailles il a trouvé son père décédé et les scellés mis chez lui, ses affaires dans le plus déplorable état et un testament surpris à sa religion dans ses derniers moments. Il observe qu’il ne manque plus à la date du 25 pluviôse an IV (14 février 1796) que quelques formes judiciaires pour annuler ce testament et le mettre à même de vendre le peu qu’il a, pour aller ensuite se fixer dans le Midi où sa résidence est arrêtée. Il est pressé de quitter Versailles, qui est un pays ruineux et où il n’a plus de parents, pour aller à Carcassonne où son goût pour le service l’attire.

Et de fait, tout le monde le réclame à Carcassonne, aussi bien ses supérieurs que le Préfet, la Municipalité et peut-être aussi celle qu’il désire épouser.

Les sentiments qu’on a pour lui sont résumés dans ces notes de son supérieur hiérarchique, l’ordonnateur de la 10e Division:

« Le citoyen Cadalven a du talent, de l’esprit, une bonne moralité et jouit de l’estime publique. 25 frimaire an IV (19 décembre 1795). Signé Doni. »

Voilà donc le commissaire des guerres Cadalven rentré à Carcassonne à la satisfaction de tous et il va pouvoir s’y marier.

Aussi lorsqu’en 1797 ses supérieurs veulent le voir résider à Narbonne au lieu de Carcassonne tout le monde intervient.

Après avoir retardé son départ le plus possible, il finit par obtempérer, mais aussitôt chacun s’emploie pour le faire revenir. Il ne tarde pas à rentrer à Carcassonne où les notes de son dossier pour l’an VII s’expriment ainsi:

« a de la capacité, une bonne instruction, l’esprit juste, de la probité et du patriotisme. »

Il semble avoir passé sans encombre les premières années du siècle. Mais en juillet 1808 il doit encore quitter sa chère ville de Carcassonne. Napoléon est en guerre avec l’Espagne, on a constitué un corps d’observation et on a prélevé le personnel des services sur la région la plus proche des opérations. C’est ainsi que le Commissaire Cadalven est affecté à la 3e Division du Corps d’observation des Pyrénées Orientales commandée par le Général Reille.

Mais il était écrit que cette région des Pyrénées ne devait pas lui être favorable.

Voici en effet à la date du 21 juillet 1808 les officiers du 29e Régiment de Chasseurs à cheval qui « certifient que le Commissaire des Guerres Cadalven a perdu ses équipages tombés au pouvoir des Espagnols et qu’il a été atteint au milieu d’eux de deux balles à la main gauche et que son cheval a été tué sous lui, en Catalogne, près du pont de Cammagne (devant Figuières) ».

Puis à la date du 22 juillet, c’est-à-dire le lendemain, on trouve une lettre de l’intéressé, datée du Fort de Figuières:

« Cadalven, Commissaire des Guerres du département de l’Aude, détaché provisoirement à l’Armée des Pyrénées Orientales, à Monsieur le Général de Division Reille, Aide de Camp de Sa Majesté Impériale et Royale.

Monsieur le Général,
vous savez qu’il est notoire que dans la journée d’hier, il m’a été enlevé par les révoltés, à la suite de l’affaire qui a eu lieu, tous mes bagages consistant savoir: une voiture neuve, trois chevaux, dont deux tués sur le champ de bataille et le troisième mort vingt quatre heures après mon arrivée au fort, une vache remplie de linge neuf et tous les accessoires destinés à résider à Perpignan pendant quelques mois, destination changée par vos ordres que je me suis empressé d’exécuter, uniforme, boucle et épée d’argent, portefeuille contenant mes papiers, une bourse remplie de 20 Napoléons d’or, un volumineux paquet de papiers etc… »

Il se croit d’autant plus en droit de solliciter une indemnité qu’il a été atteint d’un coup de feu à la main.

Le 28 juillet il est noté comme incapable de faire aucun service à la suite de sa blessure et du choc consécutif. Aussi, le 14 août, de Bellegarde où il a été évacué, le commissaire Cadalven, blessé et épuisé, demande à « rentrer chez lui, à Carcassonne »; il se plaint de fièvre continue, de douleur et de gonflement de la jambe, immobilité de deux doigts paralysant les mouvements jusqu’au coude et il renouvelle sa demande de remboursement de ses chevaux et équipages restant aux mains de l’ennemi.

Mais la nouvelle est déjà parvenue à Carcassonne et on s’emploie aussitôt pour le faire revenir.

Le 19 août, le Préfet du département de l’Aude demande au Ministre que M. de Cadalven, dont le poste est resté vacant à Carcassonne, y revienne:

« Il est passé pour mort, il n’est que blessé, sa santé était déjà très faible quand il partit à l’armée, elle a été complètement délabrée par la fatigue de la journée où il a été blessé, il sera longtemps hors d’état de faire du service actif, dans la montagne surtout. »

En demandant l’envoi d’un Commissaire des Guerres à Carcassonne, il demande de préférence M. Cadalven:

« Les bonnes intentions qui animent ce militaire, le zèle qu’il apporte dans l’exercice de ses fonctions, l’harmonie qui a toujours régné dans nos relations sont pour moi de puissants motifs de le désirer. Signé: Trouvé. »

Satisfaction fut donnée au préfet de l’Aude et au commissaire Cadalven qui est de nouveau affecté à Carcassonne. Mais, chose curieuse, à peine arrivé, il demande à repartir aux armées dès qu’il sera guéri, car ayant déjà été ordonnateur il désire mériter ce grade d’ordonnateur dont il a déjà exercé les fonctions en 93 et 94.

Cette demande ne semble pas avoir été renouvelée, sa santé, d’ailleurs, s’y opposant. Un certificat des officiers de santé de l’hôpital de Carcassonne constate à cette époque l’état de gêne continuelle et souvent l’impossibilité de se servir de son bras gauche par suite de sa blessure, douleur au genou et à la jambe gauche occasionnée par la chute qui s’ensuivit et qui résistait à tous les traitements, Eaux de Dax ou Rennes.

Cependant, les nécessités de la guerre d’Espagne vont obliger à envoyer encore une fois le commissaire Cadalven à Narbonne. Aussitôt des démarches sont faites pour le faire rester à Carcassonne: c’est la municipalité, Dejean frère du Ministre, le Général Guillet, commandant le département de l’Aude, Lacuée, conseiller d’État, le préfet Barante, etc… si bien que, par décision du 12 avril 1810, le ministre fait rentrer le commissaire Cadalven de Narbonne à Carcassonne qu’il ne quittera plus avant la fin de sa carrière militaire.

La moralité de ces divers déplacements est tirée par l’auteur de la note suivante:

« Cadalven, commissaire titulaire: bon commissaire des guerres, dans une place, qu’il ne faut pas sortir du lieu où il est et qui peut y rester. » – Toulouse, 31 juillet 1810, signé: le Comte de Chabau.

Depuis cette date jusqu’à la chute de l’Empire il semble que, comme les peuples heureux, le commissaire Cadalven n’ait pas eu d’histoire. Installé dans la ville où il s’est marié à Demoiselle Pauline Jacquette Thoron, née en 1775 d’une famille considérée et nombreuse, il mène une existence fort peu militaire pour l’époque, soigne ses rhumatismes et s’occupe de l’éducation de ses enfants:

  • Jules Charles Antoine, né le 6 octobre 1798,
  • Edouard Pierre Marie, né le 24 août 1799,
  • Maxime Louis Germain, né le 8 novembre 1800 (mort en bas âge),
  • Pauline Julie Sabine, née le 17 mars 1811.

Mais nous allons le voir rentrer en scène lors du retour des Bourbon. En effet, dès le 26 avril 1814, par une lettre avec l’en-tête « Cadalven Commissaire des Guerres du département de l’Aude, fesant fonction de Sous-Inspecteur aux revues – à Son Excellence le Ministre de la Guerre », il envoie son adhésion individuelle et enthousiaste au nouveau Gouvernement: il exprime « sa vive allégresse et l’étendue du bonheur qu’il éprouve à l’exprimer, Monseigneur, eh! quelle expression pourrait peindre mon ivresse, mon amour, non, il faudrait en créer. Le Ciel a exaucé mes vœux, les descendants de Henri IV et Saint-Louis nous sont rendus. Vive Louis XVIII! » et il signe, comme avant la Révolution, Gros de Cadalven.

En post-scriptum il ajoute:

« Attaché dès ma jeunesse à la personne de Sa Majesté, vous trouverez bon que je vous prie de m’accorder un congé pour me rendre auprès de mon Roy ».

A la suite de cette demande, on lui accordera un congé de deux mois, mais ne voyant pas le congé arriver aussi vite qu’il l’avait désiré il écrit à nouveau, disant:

« Depuis ma première jeunesse attaché à S.M. en qualité d’Huissier de la Chambre et comblé ainsi que mon père de ses bontés, j’allais peut-être de tous ceux qui eurent le bonheur d’approcher de près S.M. me trouver le seul qui à son arrivée serait privé de cette jouissance à la fois si douce et si vive de lui exprimer s’il est possible ce qui se passe dans mon cœur. »

Cette requête est appuyée par une lettre du marquis de Vernon au comte Dupont, Ministre de la Guerre.

Sitôt arrivé à Paris, il commence ses démarches pour tirer de la situation nouvelle le meilleur parti possible. Tout d’abord il obtient pour lui et ses deux fils du Jules et Édouard, âgés à peine de 16 et 15 ans, la décoration du Lys: les brevets datés du du 30 juillet 1814 sont signés du duc de Pienne, premier gentilhomme de la Chambre du Roi et adressés à « Monsieur Gros de Cadalven, Commissaire des Guerres du département de l’Aude, Sous-Inspecteur aux revues et ancien huissier de la Chambre du Roi. »

Puis, dans une lettre datée du 1er août 1814, par laquelle il demande au Ministre la Croix de Saint-Louis, il expose les titres dont il pense devoir faire état:

« Je suis un des plus anciens Commissaires des Guerres, dès ma plus tendre jeunesse attaché au service de Sa Majesté en qualité d’Huissier de la Chambre, et sans ressources par la perte de deux charges restées sans remboursement par le départ de la famille Royale, j’obtins une place de commissaire des Guerres.

En 1793, j’ai rempli les fonctions d’ordonnateur en Espagne et seul j’ai organisé tout ce qui était nécessaire pour se préparer à guerre et la soutenir, j’y ai connu des dangers et j’y ai été pillé.

J’ai été blessé en 1808 dans une affaire longue et sanglante en Espagne, mon cheval a été atteint sous moi de plusieurs coups de feu dont il est mort. J’étais alors chargé de la direction du 3e Corps d’Armée. J’ai constamment rempli les fonctions de Sous-Inspecteur aux revues depuis le 22 ventôse an XII, époque à laquelle j’ai été désigné pour les exercer cumulativement avec celles de Commissaire des Guerres. De retour de l’armée et par suite de ma blessure et maladie, j’ai suffi seul dans le département de l’Aude en 1813 et 1814 malgré les mouvements considérables de troupes tant au service de l’Administration militaire qu’à celui de la Sous-Inspection, même pendant le séjour des armées de MM les Maréchaux duc d’Albufera et duc de Dalmatie. Votre Excellence a dans ses bureaux les originaux des pièces qui prouvent le degré de confiance que m’accordaient MM. les généraux Dugommier, Dagobert et Charlet, qinsi que ceux qui attestent ma blessure, pièces adressées en 1811 à l’appui d’une demande d’admission dans la Légion d’Honneur et à l’appui d’une demande d’indemnité accordée par décision du 9 mars 1812, mais non payée. »

Cette demande est transmise par le Commissaire ordonnateur de la 10e Division:

« Je certifie les faits exposés par la lettre de M. Cadalven et je m’empresse de rendre justice aux talents, au zèle et au dévouement dont ce commissaire des guerres a fourni des preuves multipliées. M. Cadalven est d’ailleurs distingué par ses qualités personnelles, par une exacte probité, il mérite de toute manière la distinction qu’il sollicite. Signé: le Chevalier de Chef-de-Bien. »

A la suite de ces démarches, par décision du 23 août 1814, il est maintenu sur le tableau d’activité en qualité de Commissaire des Guerres de 1e classe.

Pour la période qui suit le retour des Bourbon, il existe au ministère de la Guerre de nombreuses lettres signées tantôt Cadalven, tantôt Gros de Cadalven.

Le 1er octobre, de Paris où il est encore à l’Hôtel de France, rue Coq Héron, il demande une prolongation de congé parce que le Roi n’a pas encore fait connaître l’organisation de sa maison et parce que les intérêts d’une famille ruinée par la Révolution réclament sa présence à Paris. Il voudrait qu’une des charges qu’il avait jadis près de S.M. passe à ses enfants.

Le 30 octobre, il demande encore à prolonger son congé pour les mêmes motifs – puis ce sont des demandes réitérées pour la Croix de Saint-Louis.

Parti en mai pour Paris, il y est encore en décembre 1814, mais on le réclame à Carcassonne et il doit se décider à y retourner. Le 2 mars 1815, il réclame de nouveau la Légion d’Honneur, toujours apostillé par le Commissaire ordonnateur de la 10e Division, le Chevalier de Chef-de-Bien.

Le retour de Napoléon pendant les Cent Jours est pour notre Commissaire des Guerres une véritable catastrophe.

Le 21 avril 1815 il est dénoncé au ministre par le général Chartrand comme « royaliste distingué, qui depuis 20 ans exerce les mêmes fonctions à Carcassonne, ses dépravations ont fait beaucoup de mal à Sa Majesté, il y a lieu de le remplacer. »

Il est mandé à Paris pour rendre compte de sa conduite, on révoque ses lettres de service en raison de ses principes politiques et il est remplacé dans son emploi. Nous verrons plus loin comment il explique les événements qui se sont passés et ont motivé sa disgrâce, mais en attendant il fait de son mieux pour tâcher de recouvrer sa place. Le 15 mai, il supplie le Commissaire ordonnateur de la 10e Division d’obtenir son maintien à Carcassonne: il ne pouvait lui arriver d’événement plus désastreux sous le rapport de la santé de sa femme, de la sienne, de l’éducation de ses enfants, et de ses propriétés qu’il faut abandonner non affermées. Il fait apostiller sa demande, signée Cadalven, par le comte Maurice Mathieu, commandant de la 10e Division, et le 22 juin il est mis à la disposition de l’ordonnateur de la 1e Division.

Survient alors la deuxième abdication et le retour de Louis XVIII. Notre commissaire ordonnateur ne perd pas de temps. Dès le 13 juillet il écrit:

« Dénoncé comme royaliste par le Général Chartrand, j’ai reçu l’ordre de remettre le service du département de l’Aude qui m’était confié et de me rendre à Paris où je suis malade; je réclame de votre justice d’être réintégré dans ma résidence, où je me glorifie d’avoir mérité l’estime générale. »

Puis, sans désemparer, le 26 juillet, il réclame à nouveau la Légion d’Honneur, toujours appuyé par le Chevalier du Chef-de-Bien, commissaire ordonnateur. C’est à cette même date du 26 juillet 1815 qu’il fut réintégré à Carcassonne.

Sur ces entrefaites, l’ordonnance du 1er août 1815 relative à la réorganisation de l’armée amène notre commissaire des guerres à craindre la perte de sa situation; immédiatement il reprend la plume. Le 10 août il réclame de la justice du ministre à être conservé dans la nouvelle organisation et avec avancement dans le rayon le plus approché du séjour de Sa Majesté. Puis il insiste pour tâcher de conserver au moins sa fonction actuelle et éviter la retraite « car d’elle, dit-il, dépend l’existence de sa famille, les charges non remboursées qu’il avait près de Sa Majesté faisant toute sa fortune. »

A défaut d’avancement il demande au duc d’Angoulême à rester sur place.

Enfin, voyant ses chances d’être maintenu en fonction diminuer chaque jour, le 15 décembre 1815 il écrit que si on ne peut lui garder sa place il demande une place d’adjoint pour son fils aîné:

« Depuis plus de trois ans il travaille avec avantage dans mes bureaux quoique n’étant âgé que de 19 ans ½ (d’après la date de naissance de Jules de Cadalven, il venait en réalité d’avoir 18 ans), il a la taille et la tenue d’un homme de 25, il est connu par une moralité épurée et professe toujours selon les principes de son père et de sa famille, il l’a prouvé surtout depuis le retour de son Souverain. »

A cet effet il abandonne une revue de 500 livres pour gratification d’entrée en campagne où il a tout perdu. Il se croit revenu au temps où les charges s’obtenaient en survivance et s’appuie plusieurs fois à cette époque sur la protection du duc d’Angoulême, auquel il a été présenté par le comte de Damas, sur la proposition du marquis de Vernon.

Cette présentation au duc d’Angoulême semble avoir eu lieu le 11 novembre 1815 lors du voyage que fit celui-ci dans le Midi:

« Le soir, au cercle auquel S.A.R. voulu bien admettre la Société, mon épouse crut devoir remercier le Prince de la promesse qu’il avait eu la bonté de me faire le matin. S.A.R. voulut bien lui répondre: oh! oui, Madame, je me souviens très bien, je lui ai promis et croyez que je lui tiendrai parole. »

Mais les promesses des princes sont choses fragiles et, en raison de son âge (il était dans sa soixantième année), sa demande ne put être accueillie et il fut mis à la retraite à la date du 1er janvier 1816.

De même, la demande qu’il avait faite d’obtenir pour son fils une place d’adjoint ne semble pas avoir eu plus de succès. Mais il ne se décourage pas pour cela et dès le 20 février 1816 il demande au Ministre pour ce même fils une sous-lieutenance dans les Dragons de l’Hérault:

Carcassonne, le 20 février 1816

Monseigneur,

Mon fils aîné, Jules Charles Antoine, sous-lieutenant au Régiment de Languedoc, réclame de Votre Excellence la faveur que lui promettent vos lettres du 11 et du 19 décembre, portant que les officiers de ce régiment sont admis dans les Dragons de l’Hérault et en forment le noyau.

Mon fils, Monseigneur, né au milieu des orages politiques, n’a cessé d’entendre autour de lui les expressions d’amour pour son Roi légitime et d’indignation pour le gouvernement usurpateur. Il a reçu pour leçon des faits à l’appui des conseils et a su que son père, possesseur de deux charges d’huissier de Sa Majesté, a été du petit nombre de ceux qui au 10 août ont pu échapper au château des Tuileries, où ils faisaient leur devoir de sujets fidèles, qu’en avril dernier il fut destitué par l’usurpateur pour avoir refusé au Général Chartrand, trop connu dans le Midi, de se rendre à la tête de la garnison pour prêter serment à son maître rebelle et participer à sa proclamation et qu’il refusa une lettre de service qui lui parvint pour être employé à Paris.

Mon fils, Monseigneur, nourri d’amour pour son Roy, a saisi la première occasion qui s’est présentée pour défendre une aussi belle cause que celle de la légitimité des Bourbon; il a obtenu de faire partie du Régiment de Languedoc à ce moment si glorieux pour les fidèles de S.M. où ce n’était plus par des vœux stériles, quoique fervents, qu’il fallait prouver son dévouement, mais par des actions énergiques. Vu ces conditions, Monseigneur, veuillez combler les vœux de mon fils et de sa famille en lui accordant le brevet de sous-lieutenant dans les Dragons de l’Hérault, dans ce régiment dont les officiers regardent comme un titre de gloire l’époque à laquelle a été formé celui de Languedoc, où ils ont commencé leur carrière militaire.

Présenterais-je mes anciens titres et mon dévouement au Roi, ils sont contresignés dans les renvois et recommandations que voulut bien faire S.A.R. Monseigneur le Duc d’Angoulême pour que, malgré mes années de service, je fisse exception, s’il était possible, à l’ordonnance du Roy du 1er août et dans les réponses de Votre Excellence lorsqu’elle voulut bien, le 15 février, m’informer que S.M. avait daigné accueillir ma faible offre de 500 francs et qu’elle voyait avec plaisir cette nouvelle preuve de mon dévouement à son service.

Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.

Gros de Cadalven
Commissaire des Guerres en retraite depuis l’ordre de Sa Majesté du 1er août. »

La requête fait état de nombreuses recommandations, en particulier celles de l’inspecteur de la cavalerie en tournée dans le Midi, lieutenant général de La Mothe (vicomte Paultre de la Mothe, dont Édouard de Cadalvene  – fils du commissaire – épousa la parente en 1844), du colonel des chasseurs à cheval du Languedoc Borie de Vintimille, du comte Partouneaux, du comte Maurice Mathieu de la Redorte.

Le père renouvelle cette requête à plusieurs reprises et insiste sur ce fait qu’il n’a jamais reçu aucune grâce – il fait état de ses services et de ceux de ses pères depuis 1686, soit dans les Gardes du Roi, soit dans la ligne, et il les énumère:

  • En 1696, Sous-Lieutenant dans Royal Roussillon
  • En 1698, 8 avril, Lieutenant dans le Régiment de la Reine
  • En 1701, 1er mai, Lieutenant dans le Régiment D’Oléron
  • En 1702, 15 avril, Capitaine dans Royal Picardie
  • En 1706, Cornette dans les Carabiniers
  • En 1717, Lieutenant dans les Carabiniers
  • En 1745, Garde du Corps du Roy, Compagnie d’Harcourt, Brigade de Pont.

Une demande du mois d’août 1816 est apostillée de la façon suivante par le Maréchal de Camp, Commandant le département de l’Aude, Baron de Viomenil:

« Accueillir favorablement cette demande serait récompenser à la fois les services du père et ceux que le fils a rendus à la cause royale dans les Chasseurs du Languedoc, où il avait été admis comme Sous-Lieutenant; connaissant les bons sentiments et le dévouement de M. Cadalven fils dont la famille est recommandable sous tous les rapports, je dois le signaler de nouveau à S.E. comme étant digne de ses bontés.
Carcassonne, le 3 août 1816.

Ces démarches n’ayant pas abouti, elles furent renouvelées en 1818, mais alors le temps où l’on obtenait des charges par faveur était passé et on opposa au jeune candidat le nouveau règlement qui imposait, pour être nommé sous-lieutenant, 4 ans de service, dont deux comme sous-officier. Il ne put donc obtenir sa sous-lieutenance bien que le comte Fournier Sarloveze, inspecteur général de la cavalerie l’eut ainsi noté:

« J’ai examiné ce jeune officier et je trouve que d’après l’éducation qu’il a reçue, sa constitution physique et ses inclinations militaires, il est apte à la cavalerie légère. A ce titre et en considération des droits que le service du père et le dévouement du fils leur ont acquis à la bienveillance du Roi, je prends la liberté de proposer M. Jules Gros de Cadalven pour un emploi de sous-lieutenant dans les Chasseurs à cheval. »

La recommandation de Barthe la Bastide, député de l’Aude, du marquis de Puivert et même une pétition appuyée par le duc d’Angoulême restèrent sans effet et quand le jeune homme voulut plus tard connaître ses états de service on lui envoya l’extrait suivant:

Extrait de l’état nominatif des officiers du Régiment de Chasseurs à cheval du Languedoc adressé dans le mois de février 1816:

« M. de Cadalven, sous-lieutenant provisoire à l’armée de la Drôme, rejoignit un des premiers le rassemblement à Béziers. S.A.R. Monseigneur le Duc d’Angoulême le nomma sous-lieutenant dans les Chasseurs du Languedoc. Il s’est conduit jusqu’à ce jour de manière à donner les plus belles espérances, sa conduite politique est au-dessus de son âge. »

L’appréciation originale qui termine l’extrait est à signaler car l’intéressé, né en 1798, n’avait alors que 17 ans.

Mais si le ministre ne donna pas satisfaction à la demande du fils, entre-temps, pour calmer le père, qui demandait toujours à être réintégré malgré son âge, le duc de Feltre, ministre de la guerre, avait fait aboutir sa demande pour la Croix de Chevalier de Saint-Louis, qu’il reçut le 29 janvier 1817 des mains du duc de la Châtre, premier gentilhomme de la Chambre du Roy, entre les mains duquel il avait déjà prêté serment avant la Révolution.

Il habitait à ce moment à Paris, 10, rue des Prouvaires.

Tout en s’occupant de caser son fils aîné, le commissaire des guerres, maintenant retraité, n’oubliait pas de faire valoir ses titres à une récompense, et l’on trouve, datées de 1816, plusieurs demandes pour obtenir la Légion d’Honneur ou la Croix de Saint-Louis. On trouve même, à la date du 19 septembre 1816, une demande pour une place de sous-préfet adressée à M. Melcion d’Arc.

Il est probable que les démarches faites ne s’arrêtèrent pas là, mais si nous ne les connaissons pas toutes, nous pouvons au moins en constater les résultats:

En 1821, Louis Gros de Cadalven apparaît dans l’Almanach de la Cour avec le titre qu’il avait autrefois dans l’Almanach de Monsieur, c’est-à-dire comme Huissier de la Chambre du Roy.

Puis, titulaire d’une charge à la Cour qui n’était d’ailleurs que la reconnaissance des charges qu’il avait acquises avant la Révolution, le nouvel huissier de la Chambre du Roy voulut en obtenir la consécration par l’obtention de lettres de noblesse. Voici quelles furent les lettres échangées à ce sujet entre la Chancellerie et le Ministère de la Guerre:

14 août 1820:

« Une demande de lettres de noblesse vient d’être présentée par M. de Gros de Cadalven Louis Marie, ancien commissaire ordonnateur et commissaire des guerres en retraite. J’ai recours à Votre Excellence, M. le Marquis, pour savoir quel a été dans ces deux places la conduite du suppliant, quels services il peut y avoir rendus, quel dévouement il a montré, de quel degré d’estime et de considération il a joui, et enfin quelles sont les véritables causes de sa mise à la retraite qui a eu lieu en 1816, etc… Signé: Comte Pastoret. »

Réponse:

« M.de Cadalven est entré au service comme commissaire des guerres le 16 octobre 1792 et a toujours servi en cette qualité jusqu’au 1er janvier 1816, époque à laquelle il fut mis à la retraite à cause de son âge avancé (60 ans) par application des dispositions de l’ordonnance du 1er août 1815. Il a fait trois campagnes. Il n’est parvenu au Ministère de la Guerre que des renseignement favorables sur M. de Cadalven pendant tout le cours de sa carrière. Il refusa en 1815 de prêter serment à Bonaparte et fut éloigné de ses fonctions dans le département de l’Aude pour son rattachement à la cause du Roi. Par avance avait été huissier de la Chambre du Roi avant la Révolution et avait donné au 10 août des preuves de son dévouement. M. de Cadalven est Chevalier de Saint-Louis et je le crois digne à tous égards d’obtenir la nouvelle faveur qu’il sollicite. »

Cette fois, l’attente de M. de Cadalven fut de courte durée: par lettres patentes du 15 février 1821, le Roi, voulant lui donner une marque de bienveillance et en raison des services rendus, le décore du titre de Noble et l’autorise à se qualifier écuyer.

Les armoiries qui lui sont concédées par les mêmes lettres patentes portent un lévrier comme symbole de la fidélité dont il a toujours fait preuve vis-à-vis de son roi. Elles s’énoncent ainsi:

D’argent au chevron de gueules, accompagné en chef de deux chênes arrachés de sinople et en pointe d’un lévrier courant de sable collecté d’azur bouclé d’or, au chef abaissé et ondé d’azur chargé de trois mollettes d’or.  

Le 21 juillet 1822, de nouvelles lettres patentes lui décernent le titre de Chevalier héréditaire avec le même règlement d’armoiries.

Cependant, l’amour-propre du nouveau Chevalier n’était pas encore satisfait puisqu’il lui restait à obtenir cette Croix de la Légion d’Honneur à laquelle il pensait avoir droit depuis longtemps.

Il existe aux Archives du Ministère de la Guerre tout un dossier relatif à ses demandes successives. Le 17 septembre 1811, dans une lettre adressée au Ministère Directeur de l’Administration de la Guerre, le priant de lui faire obtenir la décoration de la Légion d’Honneur, il énumère ses services et envoie le certificat des officiers du 29e régiment de chasseurs à cheval relatant sa conduite et sa blessure, le 21 juillet 1808, ainsi qu’un certificat des officiers de santé de l’hôpital de Carcassonne constatant son état de santé consécutif à la campagne.

En 1815 il adresse deux nouvelles demandes, l’une le 2 mars, avant les Cent Jours, et une immédiatement après, le 26 juillet de la même année.

Dans une supplique adressée en 1821 pour le même motif, il énumère ses titres en invoquant quelques raisons nouvelles:

  • Commissaire des Guerres, commissaire ordonnateur faisant fonction de Sous-Inspecteur aux revues de 1792 à 1816, sans interruption,
  • Antérieurement inscrit dans les Gendarmes de la Garde du Roi,
  • Commissaire ordonnateur en 1794, renversé dans un ravin par son cheval atteint d’une balle, partie inférieure du visage coupée, les quatre dents incisives cassées,
  • La Croix fut demandée par moi comme méritée dès la création de l’Ordre; j’ai avis et lettre de M. le Grand Chancelier de Lacépède;
  • En 1808 (21 juillet), mon cheval fut tué sous moi, criblé de coups de feu, je fus blessé au bras et à la main;
  • Je fus porté en mai 1821 sur le premier état qui devait être présenté au Roi.

On a donné la Légion d’Honneur à des jeunes gens qu’il a dressés, et faute d’avoir cette décoration il est obligé de payer mille francs par an pour l’éducation de sa fille à Saint-Denis, ne pouvant demander la gratuité.

En juillet 1824, nouvelle demande pour la Légion d’Honneur dans laquelle il dit notamment:

« Réintégré par S.A.R. le Duc d’Angoulême à son premier passage dans le Midi, à une deuxième visite du Duc d’Angoulême, S.A.R., à qui j’eus l’honneur d’être présenté ainsi que ma famille, voulut bien donner des éloges à ma conduite et me promettre ses bontés et sa protection – d’après tant de titres on me conseilla de payer la pension de ma fille à la maison royale de Saint-Denis et depuis plusieurs années je paye, malgré des pertes considérables, ne pouvant, faute de décoration, solliciter une place gratuite – mes autres enfants sont également sans emploi.

Je réclame donc de votre justice, Monseigneur, et ce sera une double grâce et d’autant plus précieuse que vu mon âge, pouvant d’un moment à l’autre manquer à ma fille âgée de 14 ans, et privée de sa mère, l’éducation de cette pauvre orpheline se trouverait assurée après moi.

Signé: Le Chevalier de Cadalvene, rue de l’Odéon, 35. »

Cette fois-ci, c’est l’Officier de la Chambre du Roi qui vient de recevoir des preuves de la faveur du souverain qui plaide sa cause beaucoup plus que l’ancien militaire. Il est dans la place, aussi ne va-t-il pas tarder à recevoir satisfaction – et le 23 mai 1825, sur le brevet signé de Macdonald, alors ministre de la guerre, qui le nomme Chevalier de la Légion d’Honneur, il est désigné: M. de Cadalven, Huissier de la Chambre du Roi. De ses titres militaires, il n’est plus question et le maréchal Macdonald, duc de Tarente, avise de sa nomination le duc d’Aumont, premier gentilhomme de la Chambre du Roi, qui sera chargé de le recevoir Chevalier dans l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur.

Ainsi donc, âgé maintenant de 69 ans, ayant obtenu les diverses distinctions auxquelles il pouvait, semble-t-il, prétendre, le nouveau décoré était à même désormais de faire graver sur son argenterie, au-dessous de ses armoiries timbrées d’un casque de chevalier, l’insigne de la décoration du Lys, la Croix de Saint-Louis et celle de la Légion d’Honneur. Ce qu’il ne manqua pas de faire.

Vers la même époque, une autre satisfaction lui était réservée: le 29 mai 1825, il figure au sacre du nouveau roi dans l’exercice de ses fonctions de sa charge d’huissier de la Chambre et reçoit en souvenir un brillant monté en épingle avec un médaillon portant ces mots: « donné par le Roi, Rheims, 29 mai 1825. »

Mais l’ancien ordonnateur voulut encore avant de mourir ordonner jusqu’à son nom que nous avons vu varier à de maintes reprises au cours de ces pages. Aussi le 22 janvier 1827, M. Louis-Marie, chevalier de Cadalvene, écuyer, Chevalier de Saint-Louis et de la Légion d’Honneur, Officier de la Chambre du Roi, demeurant à Paris, rue de l’Odéon, n° 35, expose au Président du tribunal de Première Instance séant à Versailles que dans les actes de naissance de l’exposant, de ses pères et de ses enfants, ainsi que dans ses titres de noblesse et autres actes établissant son état et sa famille, il existe sur l’orthographe de son nom patronymique de Cadalvene des erreurs et variations qu’il est de son intérêt de faire réformer.

Dans un long exposé, il explique que la véritable manière d’écrire son nom est « de Cadalvène » et que toutes les autres manières d’écrire le nom sont erronées.

Attendu qu’il résulte des pièces produites que le véritable nom de famille du requérant est « de Cadalvène », le Tribunal ordonne que les actes de l’État-Civil concernant le requérant et sa famille soient rectifiés en conséquence.

Une chose cependant lui tenait encore à cœur, c’était d’assurer à un de ses enfants la survivance de la charge d’Huissier de la Chambre du Roi dans laquelle il avait été rétabli – de ce côté aussi il fut exaucé et si, dans l’Almanach Royal de 1828, on voit encore figurer parmi les huissiers de la Chambre le chevalier de Cadalvène, en 1829 et 1830 il est remplacé par de Cadalvène fils.
Ce fut son second fils Edouard qui lui succéda dans sa charge.

Ainsi ayant mis en ordre toutes ses affaires, le chevalier de Cadalvène, âgé de 70 ans, n’avait plus qu’à attendre la mort en toute sérénité. Il l’attendit vingt ans encore et mourut à Paris âgé de 90 ans, au mois de janvier 1847, précédant de peu ses deux fils dans la tombe.

Son fils aîné Jules, qui avait succédé à son frère cadet comme Directeur des Postes Françaises à Constantinople, y mourut d’une chute de cheval en 1852. Il laissait de trois mariages successifs trois filles dont la descendance existe encore et deux fils qui moururent sans postérité.

Le second fils, Edouard, égyptologue et numismate distingué, Directeur des Postes françaises de Constantinople, y tomba gravement malade et dût revenir en France en 1848; il mourut à Paris, également, en 1852, ne laissant qu’une fille, dont la postérité existe toujours.

En 1847, il avait marié sa fille Pauline, à un agent de change parisien qui fut ruiné par la Révolution en 1848.

Avec Hubert de Cadalvène, son petit-fils, décédé à Lyon en 1918, s’éteignit le nom de Cadalvène et la postérité mâle de l’ancien Commissaire des Guerres qui avait donné à ce nom sa forme définitive et qui, grâce à son travail consciencieux, à ses loyaux services et à sa persévérante opiniâtreté, l’avait empanaché de son mieux.

Général Lambert-Daverdoingt – 1934

Brochure publiée en 1934 par l’Imprimerie moderne – 3, place Robillard – Auxerre