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Eugène Rose de Beauharnais Vice-roi d’Italie, prince d’Eichstaedt, duc de Leuchtenberg (1781 – 1824)

Eugène de Beauharnais naît à Paris le 3 septembre 1781. Il est le fils du vicomte Alexandre de Beauharnais, officier de l’armée royale, et de la créole Marie-Josèphe Rose de Tascher de La Pagerie. Pendant les années 1789-1790, alors que sa mère et sa jeune sœur, Hortense de Beauharnais, sont en Martinique, il assiste aux séances de l’Assemblée constituante auxquelles participe son père.

Le 20 avril 1792, l’Assemblée législative déclare la guerre à l’Autriche. Alexandre de Beauharnais rejoint l’armée et fait venir son fils auprès de lui. Le jeune Eugène, âgé de 11 ans, partage alors son temps entre un collège strasbourgeois et le quartier général de Wissembourg. Mais l’avènement de la Convention modifie considérablement la situation de la famille. En 1794, les époux Beauharnais sont arrêtés et enfermés à Paris dans l’ancien couvent des Carmes. Alexandre de Beauharnais est guillotiné ; son épouse sera relâchée. À l’automne 1795, les deux enfants sont mis en pension à Saint-Germain.

Il veut être soldat. Après le 9 Thermidor, Joséphine, à nouveau libre, renoue avec ses amis, les nouveaux maîtres de la France. Eugène est incorporé dans l’état-major du général Hoche.

Sous le Directoire, Joséphine de Beauharnais, qui tient salon à Paris, rencontre le général Bonaparte. (Bonaparte à Sainte-Hélène raconte l’anecdote suivante : Eugène serait venu lui demander l’autorisation de conserver l’épée de son père et c’est ainsi qu’il aurait connu Joséphine) Ils se marient le 9 mars 1796.

Eugène rejoint le général, devenu son beau-père, vers la fin de la première campagne d’Italie et le suit en Egypte en qualité d’aide de camp. Pas de traitement de faveur; Eugène doit faire ses preuves. Le jeune homme entre l’un des premiers dans Suez, le 8 novembre 1798, et reçoit une blessure lors de l’assaut de Saint-Jean d’Acre (ce sera la seule de sa carrière de soldat). Bonaparte apprécie. Il le prend avec lui à son retour en France et lui donne, après le 18 Brumaire, le commandement des chasseurs à cheval de la Garde consulaire.

C’est à ce poste qu’Eugène fait la seconde campagne d’Italie, en 1800. La charge de sa cavalerie à Marengo est brillante. Il est promu chef d’escadron. Les années suivantes sont paisibles. Eugène reçoit un traitement confortable. Les autres membres de la famille Bonaparte le considèrent avec méfiance : qui est ce jeune homme tranquille, qui ne demande rien, et quelle place a-t-il dans le cœur du Premier Consul ? Ce n’est pas la dernière.

Avec l’avènement de l’Empire, Eugène est nommé général de brigade et prince le 14 juin 1804, jour anniversaire de Marengo. En février 1805, il est grand amiral et grand officier de l’Empire. En mai, Napoléon a ceint la couronne de fer du royaume de Lombardie ; le 7 juin 1805, Eugène est proclamé vice-roi d’Italie. Ce jeune homme de 24 ans est chargé de veiller sur un royaume hétérogène. Il suit à la lettre les instructions de son beau-père, organise une armée, introduit le Code civil, dote le pays de canaux, de fortifications, de lycées… Bientôt, Napoléon lui fait suffisamment confiance pour le nommer commandant général de l’Armée d’Italie à la place de Masséna.

Le 12 janvier 1806, Napoléon informe le Sénat :

MESSAGE AU SÉNAT

Sénateurs, le sénatus-consulte organique du 28 floréal an XII a pourvu à tout ce qui était relatif à l’hérédité de la couronne impériale en France.

Le premier statut constitutionnel de notre royaume d’Italie, en date du 19 mars 1805, a fixé l’hérédité de cette couronne dans notre descendance directe et légitime, soit naturelle, soit adoptive.

Les dangers que nous avons courus au milieu de la guerre et que se sont encore exagérés nos peuples d’Italie, ceux que nous pouvons courir en combattant les ennemis qui restent encore à la France, leur font concevoir de vives inquiétudes. Ils ne jouissent pas de la sécurité que leur offrent la modération et la libéralité de nos lois, parce que leur avenir est encore incertain.

Nous avons considéré comme un de nos premiers devoirs de faire cesser ces inquiétudes.

Nous nous sommes, en conséquence, déterminé à adopter comme notre fils le prince Eugène, archichancelier d’État de notre Empire et vice-roi de notre royaume d’Italie. Nous l’avons appelé, après nous et nos enfants naturels et légitimes, au trône d’Italie; et nous avons statué qu’à défaut, soit de notre descendance directe, légitime et naturelle, soit de la descendance du prince Eugène notre fils, la couronne d’Italie sera dévolue au fils ou au parent le plus proche de celui des princes de notre sang qui, le cas arrivant, se trouvera alors régner en France.

Nous avons jugé de notre dignité que le prince Eugène jouisse de tous les honneurs attachés à notre adoption, quoiqu’elle ne lui donne des droits que sur la couronne d’Italie : entendant que, dans aucun cas, ni dans aucune circonstance, notre adoption ne puis autoriser, ni lui, ni ses descendants, à élever des prétentions sur la couronne de France, dont la succession est irrévocablement réglée par les constitutions de l’Empire. L’histoire de tous les siècles nous apprend que l’uniformité des lois nuit essentiellement à la force et à la bonne organisation des empires, lorsqu’elle s’étend au delà de ce que permettent, soit les mœurs des nations, soit les considérations géographiques.

Nous nous réservons, d’ailleurs, de faire connaître par des dispositions ultérieures les liaisons que nous entendons qui existe après nous entre tous les États fédératifs de l’Empire français. Les différentes parties indépendantes entre elles, ayant un intérêt commun, doivent avoir un lien commun.

Nos peuples d’Italie accueilleront avec des transports de joie les nouveaux témoignages de notre sollicitude. Ils verront un garant de la félicité dont ils jouissent dans la permanence du gouvernement de ce jeune prince, qui, dans des circonstances si orageuses, et surtout dans ces premiers moments si difficiles pour les hommes même expérimentés, a su gouverner par l’amour et faire chérir nos lois.

Il nous a offert un spectacle dont tous les instants nous ont vivement intéressé. Nous l’avons vu mettre en pratique, dans des circonstances nouvelles, les principes que nous nous étions étudié à inculquer dans son esprit et dans son cœur pendant tout le temps où il a été sous nos yeux. Lorsqu’il s’agira de défendre nos peuples d’Italie, il se montrera également digne d’imiter et de renouveler ce que nous pouvons avoir fait de bien dans l’art si difficile des batailles.

Au moment même où nous avons ordonné que notre quatrième statut constitutionnel fût communiqué aux trois collèges d’Italie, il nous a paru indispensable de ne pas différer un instant à vous instruire de dispositions qui assoient la prospérité et la durée de l’Empire sur l’amour et l’intérêt de toutes les nations qui le composent. Nous avons aussi été persuadé que tout ce qui est pour nous un sujet de bonheur et de joie ne saurait être indifférent ni à vous, ni à mon peuple.

Son beau-père lui avait également exprimé son désir de le voir épouser Auguste-Amélie, fille du roi de Bavière. Cela renforcerait l’alliance entre la France et ce nouveau royaume. On raconte qu’Eugène proposa à la princesse de refuser cette union si elle lui répugnait, c’est lui qui en prendrait toute la responsabilité. Mais non, elle accepta. C’est un mariage tant politique que d’amour qui est donc célébré le 14 juin 1806. Eugène est docile.

Et dans la foulée, le 16 janvier, un décret daté de Münich, approuvant la traduction en latin (à l’usage des Provinces Illyriennes) et en français, du Code Napoléon, en fixe l’application dans le royaume d’Italie au 1er avril 1806.

Un an plus tard, nouveau présent : Venise, qui vient d’être conquise à l’Autriche. Eugène y introduit le système administratif français. Le 2 avril 1808, son royaume se voit agrandi de territoires enlevés au pape. Eugène tente en vain de réconcilier l’Empereur et Pie VII.

En 1809, l’Autriche décide de faire une nouvelle tentative pour reconquérir ses anciens territoires et, éventuellement, remettre de l’ordre en Europe. Elle amasse près de 100 000 hommes aux frontières du royaume d’Italie. Eugène n’a que 75 000 hommes environ à lui opposer. Après une première défaite, il est forcé de céder du terrain. Il est en situation critique quand Napoléon lui envoie du renfort, des hommes et le général Macdonald, en avril 1809. Eugène garde officiellement le commandement mais c’est le vieux soldat qui est la tête pensante. L’armée d’Italie reprend le terrain perdu. Avec la victoire de Raab, Eugène bat de façon décisive l’archiduc Jean et fait sa jonction avec la Grande Armée. C’est ainsi qu’il prend part à la bataille de Wagram, avec honneur.

Eugène est alors charger de pacifier le Tyrol, en pleine insurrection. La mission remplie, le royaume d’Italie a gagné un nouveau département. L’Istrie et la Dalmatie lui sont en revanche soustraites pour être incorporées à la France.

A la fin de l’année, il est à Paris pour le divorce entre Napoléon et sa mère. L’Empereur trouve en lui un allié inattendu pour convaincre Joséphine d’accepter la séparation. Eugène espère-t-il ainsi mériter une vraie couronne ?

Eugène consacre les années suivantes à administrer son royaume, toujours sous l’égide de Napoléon. Les Lombards n’apprécient pas toujours d’être gouvernés par celui qu’il considèrent comme le pantin de Napoléon; de plus, le Blocus Continental représente des pertes commerciales importantes. Eugène doit en conséquence faire face à des débuts d’insurrection. Sévère avec les meneurs, il sait être clément envers ses « sujets » et bientôt les troubles disparaissent.

En 1812, ses 40 000 hommes et 5 000 chevaux forment l’aile gauche de la Grande Armée pour la campagne de Russie. Il prend une part importante aux batailles de Smolensk et de Borodino. Il est également brillant en arrière-garde pendant la retraite. Quand, au début du mois de décembre, Napoléon les quitte pour rentrer rapidement à Paris, Murat et Eugène se retirent derrière le Niémen. Mais Murat part à son tour, inquiet pour son royaume et transmet le commandement à Eugène, qui se retrouve seul, à la tête des quelques milliers d’hommes qui ont survécu au désastre. Il organise ce débris d’armée et parvient, au prix de grandes difficultés et de multiples louvoiements, à joindre les nouvelles troupes réunies par l’Empereur.

Son rôle est décisif à Lützen, en 1813. Peu de temps après, Eugène retourne en Italie avec mission de trouver des hommes à enrôler, des armes et de l’équipement militaire. Il rassemble environ 50 000 hommes et les mène à la bataille. Il chasse les Autrichiens de Villach mais perd ensuite petit à petit les provinces Illyriennes puis son propre territoire. Il parvient à tenir quelque temps l’armée autrichienne en respect mais en avril 1814, Napoléon abdique. Eugène signe une convention et attend que les Alliés statuent sur son sort. Il se rend ensuite à Munich, chez son beau-père le roi de Bavière.

Quand Napoléon revient de l’île d’Elbe, il ne trouve plus Eugène. Ce dernier a promis aux souverains alliés de ne pas intervenir et il est homme de parole. Le 14 novembre 1817, le roi de Bavière le fait duc de Leuchtenberg et prince d’Eichstädt.

Le 21 février 1824, Eugène meurt d’une attaque d’apoplexie, âgé 43 ans.