[ed-logo id=’7324′]

Latest Posts

Le Var sous l’empire

Le Var en 1800

Société des Études Historiques Révolutionnaires et Impériales

Carte du Var sous l’empireEn vertu de l’arrêté des consuls du 17 ventôses an VIII, le Var compte quatre arrondissements dont les chefs-lieux sont  Brignoles Draguignan, Grasse, Toulon. Un arrêté du 11 ventôse an VIII nomme le premier préfet ; Joseph Fauchet « ex-ministre plénipotentiaire à Philadelphie ».  Le 17 germinal an VIII, Fauchet se présente devant les administrateurs du département qui le reconnaissent pour leur successeur et déclarent cesser leur fonctions.

Mais avant cette prise de pouvoir du préfet, le département est soumis à la coupe réglée de l’armée, le département étant une base arrière de l’armée d’Italie, d’autant plus que depuis la chute de Toulon dans la contre-révolution, le contrôle des administrations du département va devenir la cible de factions royalistes issues notamment de la bourgeoisie plus que de la noblesse.

Des problèmes frumentaires

Alors que l’an VIII commence, au mois de vendémiaire le général commandant le Var déplore que les vivres manquent totalement alors que le département doit fournir 1 800 quintaux de bled. Cette pénurie se fait ressentir dès nivôse an VIII dans l’arrondissement d’Antibes, dès lors des mesures sont prises par le commandant de la 8e division militaire[1] pour faire arrêter à Golf Juan les navires chargés de grains destinés à la Ligurie. Cette pénurie touche aussi les fourrages et le 13 frimaire an VIII, le capitaine Bonnet se résout à écrire : « le détachement d’artillerie légère…est arrivé hier soir. L’administration municipale de cette commune [Vence] est dans le plus grand embarras pour fournir le fourrage nécessaire à leurs chevaux »[2]. Des mesures sont prises pour que l’hôpital d’Antibes ne manque de rien, ou du moins, soit au mieux, afin que les soldats blessés « y soient bien traités ainsi que les malades et que chacun des agents civils et militaires qui sont en charges fassent exactement leur devoir »[3]. Les troupes aussi sont dans le plus grand dénuement au point de vouloir tirer tout « ce [qui est] nécessaire aux troupes »[4] du magasin général d’habillement d’Antibes, car de l’aveu de Saint-Hilaire, « on me berce ici et l’on ne m’envoi rien »[5]. Dès le 15 vendémiaire, Motte arrive déjà à donner des paires de souliers aux hommes sous son commandement, et ce à la plus grande satisfaction de Saint-Hilaire qui, lui, n’arrive pas à en faire venir de Marseille.

Afin de ne pas grever les subsistances[6] des soldats de son arrondissement, le 23 vendémiaire an VIII, Saint-Hilaire prend sur lui d’amoindrir des ordres donnés par le général Quantin, conséquemment à des directives du général en chef qui ont déjà réduit la solde suite au séquestre des caisses. En cet hiver de l’an VIII, l’état des subsistances à Antibes est si désastreux que Motte se tourne vers Ernouf pour essayer d’en obtenir. Ce dernier, le 24 brumaire, lui annonce que sa situation est toute aussi pénible, que l’armée est dans le dénuement le plus total et le renvoi auprès du commissaire ordonnateur de la 8e division militaire.

Un département de garnisons à sécuriser

Le département du Var, base arrière des campagnes en Italie, comme tout ceux du quart Sud-Est de la France, est un dépôt permanent des troupes. Celles-ci sont à ce moment souvent des troupes étrangères, ou des détachements étrangers que l’on case là provisoirement et pas toujours pour le meilleur du service.

Ainsi, « on se plaint du service des Suisses, j’espère que sous vos ordres, ils serviront mieux »[7]. En vendémiaire an VIII, le bataillon auxiliaire du Mont-Blanc est destiné à se rendre en cantonnement à Antibes et le 2e bataillon de l’Isère à Grasse. Dans cette même ville se trouve déjà le dépôt Cisalpin qui devient dépôt de chasseurs de la montagne pour y mettre en subsistances, dès le 12 vendémiaire, les officiers de la garde nationale, ou d’autres troupes, qui se trouvent en ville afin que le dépôt puisse partir sur Lyon ce qui arrive par ordre du 8 vendémiaire applicable dans les 24 heures. Suite à des méprises graves, le dépôt de la 3e demi-brigade de ligne doit retourner à Cannes, le 3 vendémiaire an VIII, et celui de la 39e, monté à Lyon, sera arrêté.

Le 7 vendémiaire an VIII, le général Vignolle donne l’ordre pour que les dépôts des régiments présents à l’armée d’Italie soient placés dans la 8e division militaire. Le dépôt de la 34e demi brigade, fort de 200 hommes, reste sur Nice. Le 21 messidor an VIII, le dépôt de la 33e demi-brigade stationné à Cannes à ordre de se rendre à Mâcon. Celui de la 4e compagnie d’artillerie légère quitte Cannes pour Coni. Le 2 vendémiaire, le dépôt des troupes cisalpines se trouvant à Grasse se rend à Draguignan où il arrive le 4e jour complémentaire de l’an IX où il rejoint le 7e dragons pour quitter la ville le 6e jour complémentaire. Le 5e jour complémentaire, 2 officiers, 2 tambours et 30 chasseurs de la 31e légère arrivent à Grasse.

Chasser les déserteurs

A ces dépôts, se joignent des regroupements de déserteurs, notamment aux Isles Margerites. Ce dépôt à pour but de regrouper le département des déserteurs et réfractaires s’y trouvant afin de le sécuriser et de faire baisser les possibilités de brigandages. Ainsi, les ordres sont clairs : « grossissez votre dépôt de déserteurs aux Isles, que votre arrondissement soit balayé de tous ces hommes de mauvaise volonté. Nous saurons en tirer party plus tard et je vous dirai comment. Instruisez les à force en attendant »[8]. Sécuriser et aussi employer ces déserteurs pour les mettre à même de servir. Ainsi, ils sont instruits pour pouvoir être incorporés.

En vendémiaire an VIII, on met sous surveillance la ligne et des passages de Seranon, le Broc et Sougassier, pour que les déserteurs ne s’échappent pas. Le bois de l’Estrelle ne doit pas devenir un refuge de déserteurs ou une zone d’insécurité, il faut le surveiller et y patrouiller, notamment avec l’hiver qui approche. Pour Saint-Hilaire, il faut prendre « tout les moyens pour maintenir la sureté publique et balayé cet arrondissement de tous les scélérats, émigrés, brigands, déserteurs…car le débouché de Nice va être le seul praticable pour l’armée d’Italie dans le département du Var »[9]. Dès le 15 vendémiaire, les mesures contre les déserteurs portent leur fruit, mais cet afflue met au jour des dérèglements graves de l’administration et de la justice : « je vous recommande plus que jamais la réclusion des déserteurs qui vous seront amenés, le nombre en augmente tous les jours et nous n’avons que ce moyen de les punir puisque les lois ni les tribunaux ne veulent point en employer d’autres. Resserrer les inexorablement aux iles Marguerites »[10]

Si le département est souffre de la mauvaise volonté des conscrits réfractaires et la compagnie de canonniers les recueille au lieu de leur fermé les portes pour les envoyer à la conscription, « à la faveur de la cupidité du capitaine »[11]. De même, la compagnie de canonniers de la Côte, est composée, de par la faute de son capitaine, d’ignorants, et fait preuve de mauvaise volonté. Saint-Hilaire demande à Motte de la reprendre en main afin qu’elle fasse un service similaire à de l’artillerie de ligne.

L’organisation de la force armée

Après avoir essayé de juguler les problèmes de subsistances, récurrents, l’état-major départemental car avoir à cœur d’organiser l’afflux des troupes et de rendre efficace les déserteurs, s’attèle à organiser les dépôts. Au 11 vendémiaire an VIII, le dépôt de la 18e demi-brigade de ligne quitte Antibes et est remplacé par celui de la 24e demi-brigade de ligne sur lequel tous les conscrits et réquisitionnaires doivent être dirigés depuis les îles Marguerites. Il faut « y envoyé…des officiers et des sous-officiers instructeurs »[12]. Le 24 vendémiaire an VIII, le dépôt de la 5e demi-brigade de ligne se rend de Nice à Antibes. Le 17 brumaire, le dépôt de la 18e légère, fort de 25 hommes, est transféré de Grasse à Draguignan[13]. Le 10 brumaire, suite au départ de l’armée de la 5e demi-brigade de ligne, son dépôt situé à Grasse est transféré sur Grenoble. Le bataillon de l’Isère, fort de 1 200 hommes, arrive à Cannes le 23 brumaire, ce qui embarrasse la commune car elle n’est pas alors en mesure de leur fournir de la viande, les bestiaux étant partis pour Cony. Dès lors, on peut commencer à armer les hommes : le 23 vendémiaire, suite aux ordres de Championnet, 850 000 cartouches sont dirigées d’Antibes à Nice.

Ces mesures s’accompagnent de mesures militaires de sécurisation des arrières et notamment de préventions d’un débarquement, celui des anglais à Toulon étant encore en mémoire. Le 3 vendémiaire, Saint-Hilaire distribue les responsabilités au sein de l’arrondissement d’Antibes et donne les mesures à prendre en cas de débarquement ennemis. Il recommande d’étendre la surveillance, de maintenir la tranquillité publique et la discipline parmi les troupes cantonnées. Un commandant militaire est placé à Grasse où circulent beaucoup de troupes. Le 15 vendémiaire, l’administration centrale du Var s’étonne de la mise en état de siège du département par le général Quantin. Ce dernier s’en explique et rassure l’administration. Cette dernière s’en prend alors à Motte, qu’elle accuse de vouloir empêcher les administrations d’exercer les droits que leur donnent les lois. De fait, la présence de Motte et ses courses contre l’inorganisation et la désertion doit se montrer comme lourde, voir peut-être humiliante pour l’administration civile. Toutefois, dès le mois de brumaire, les dispositions prises par Motte donnent un effet positif sur les troupes sous son autorité à Antibes. Toutefois, tout en le félicitant, le 17 brumaire, Saint-Hilaire reconnait ne pas pouvoir adopter ses mesures à cause du trop grand nombre d’hommes sous ses ordres, 3 000. Il en profite aussi pour rappeler Motte à l’ordre, ce qui ne l’empêche pas de continuer à organiser le département : le 15 frimaire, le général Motte réorganise et remet en place le service des ordonnances.

 

LA GARDE D’HONNEUR DE TOULON

1808-1810

Didier Davin

Président du Bivouac, membre de la SEHRI

En 1808, le bruit courait en Provence que l’Empereur viendrait visiter les départements du Midi dont les villes de Marseille et Toulon. Aussi les préfets se mirent à rechercher des volontaires qui s’équiperaient à leurs frais pour constituer des Gardes d’honneur locales qui escorteraient Sa Majesté.

La chose n’était pas facile dans le Var où, déjà en 1805, le préfet notait que les plus riches habitants du pays n’avaient que des fortunes médiocres, d’où un manque d’enthousiasme certain pour dépenser de l’argent pour une ou deux parades. Une décision du conseil municipal de Toulon le 13 Juin 1808 créait néanmoins une Garde d’Honneur à pied qui serait équipée par la commune pour le fourniment, mais dont la tenue serait à la charge des « heureux élus » désignés d’office. La tenue coutait quand même 200 francs !

Garde d’honneur de Toulon

Mais comme le disait le maire Mr Chaubry des Blottières : « il y avait l’espoir de posséder bientôt dans nos murs la personne sacrée de Sa Majesté l’Empereur et Roi, Napoléon le Grand »…et cela n’avait pas de prix. On comptait sur 120 hommes, il y en eut 60.

Le 5 Février 1809, la Garde reçut un drapeau de la part des autorités municipales. Drapeau qui fut consciencieusement béni, ce qui ne l’empêcha pas de finir dans un placard, la Garde d’Honneur ayant été dissoute à la fin de 1810 sans jamais avoir vu l’Empereur.

Le contrôle de l’effectif de 1810 nous donne les noms suivants :

Commandant de la Garde : Manco, général de division et inspecteur de l’ Hôpital militaire de Toulon.

Capitaine en 1er : Piffard. Capitaine en second : Baux.

Sous lieutenants : Rose et Valavieille.

Sergent porte drapeau : Mistral

Il y a par ailleurs 4 sergents, 1 fourrier, 4 caporaux, 2 tambours et 38 gardes

La tenue : chapeau demi claque noir, cocarde nationale ganse dorée, plumet blanc à sommet rose.

Habit blanc à revers en pointe, collet et parements en pointe rose ; doublure et retroussis blancs ornés par des aigles dorés ; poches en long. Veste et culotte en casimir blanc. Guêtres noires ou blanches suivant la saison. Boutons dorés à l’Aigle. Contre épaulette et aiguillettes dorés.

Buffleterie blanche, giberne noire ornée d’une Aigle dorée. Sabre briquet à dragonne dorée.

 

UNE LETTRE D’UN SOLDAT DU 2e REGIMENT DE TOULON

« A Mr Jean Siol, négociant à St Ambroix, département du Gard.

Fait à …ce …bre 1813.

Monsieur Jean Siol, je vous écris ce, pour vous faire savoir ce qui se passe dans Toulon. Je vous dirai que nous étions bien fatigués du service, qu’il nous faut monter la garde de deux en deux jours et on voit les anglais très souvent, qu’ils viennent sur la rade et la ville à grand peur de quelques trahisons. C’est pour cela que la troupe est chagrinée du service. C’est la seconde lettre que je vous écris, je ne sais pas si vous n’avez point reçu la lettre que je vous avais envoyé. J’ai écrit trois lettres à mon frère et je n’ai reçu aucune réponse, et je vous prie de me faire passer mon extrait de baptême et de la faire signer au maire et à l’agoynt (sic) est de lui faire pauser le sceau de la commune et de la faire signer à la préfecture et je vous prie de me faire savoir ce qui se passe de la garde nationale. Je vous prie de me faire passer 24 francs que j’ai besoin. Je vous prie de m’envoyer, si on nous doit relever, je vous salue, Jean Clauzel.

Je vous prie de me mon… monsieur Barot  ce fait payer à cette veuve Rouchierce qu’il vous avait promis qu’il vous ferait compte de 100 francs. Je vous prie de même prévenir monsieur Braie ou  sa mère que nous avons arrêté compte avec lui qu’il me doit 100 francs de 4 cartes de tougelle de coude (sic) ou pour le travail que j’ai fait. Il vous dira que je doit à un oncle de Masame, vous lui direz que si il est dû, qu’il se fasse payer que vous voulez être payé autrement, vous êtes forcé de le citer au juge de paix, s’il vous dit de le faire payer vous le ferez payer de même il m’ait dû plusieurs petits comptes, ceux qui n’auront point payé mon frère, vous les ferez payer.

Mon adresse est au second régiment, premier bataillon, de Toulon, département du Var, première compagnie de grenadiers.

Je vous salue Jean Clauzel ».

 

CONGE ACCORDE A UN MATELOT DE LA FLOTTE DE TOULON

4 PRAIRIAL AN 10

Coll. Part. DDV

Le dénommé Joseph Olivier, natif de Dieppe, qualifié de matelot à 30 livres (ce qui vu sa solde correspond à un officier marinier qualifié) a besoin d’un congé de 3 mois chez lui pour une exostose sur une côte (soit une protubérance osseuse post traumatique le plus souvent, exemple une fracture mal consolidée). Le certificat est signé des médecins, du commissaire de la Marine et du préfet maritime de l’arrondissement maritime de Toulon, le contre amiral Vence.

 

 

Certificat de visite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOTES

[1]         Le 21 brumaire an VIII, Saint-Hilaire est chargé provisoirement du commandement de la 8e division à Marseille mais garde son commandement dans le Var.

[2] Lettre du capitaine Bonnet au général Legrand, Vence, 13 frimaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[3] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 2 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[4] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 8 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[5] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 8 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[6] « Je suis convaincu qu’il est impossible que le soldat qui à l’armée touchait sa ration, soit réduit à la seule ration de pain dans une division qui avoisine de si près l’armée ». Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 23 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[7] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 8 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[8] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 8 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[9] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 8 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[10] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 15 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[11] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 8 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[12] Lettre du général Saint-Hilaire, commandant le Var, au général Motte. Toulon, 11 vendémiaire an VIII. Centre de documentation du Musée de l’Empéri.

[13] Le 7 vendémiaire, le transfert du dépôt de la 18e légère avait déjà été suspendu par Ernouf. Ce transfert a été remis à l’ordre du jour le 7 brumaire.