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L’aigle du 2e régiment d’infanterie de ligne.

Le 13 avril 1809, à Wilten, près d’Innsbruck, le général de division Bisson (ci-contre) capitule et rend son épée au Tyrolien Martin Teimer, affublé du titre de Major de l’armée impériale et royale et Commissaire général (et habillé d’un uniforme qui ne lui appartient pas et qui est trop grand pour lui). Bisson conduisait vers le nord une colonne de 2.000 hommes environ, pour la plupart des conscrits pris dans les dépôts italiens, destinés à renforcer le corps d’armée de Masséna, sur le théâtre d’opérations de la vallée du Danube. Il s’agit là essentiellement des 3e bataillons du 2e de ligne et du 3e léger, accompagnés de quelques 350 cavaliers (remplacements pour les 3e chasseurs et 14e chasseurs).

Mon fils, les 4,000 hommes du camp de Plaisance doivent être partis de Brescia. Faites-les passer par Lodrau et par Trente, cette route est plus courte que celle de Vérone. Faites leur faire de bonnes marches, afin qu’ils arrivent le plus tôt possible à Innsbruck. Mettez à la tête de ces 4,000 hommes un officier d’état-major intelligent, qui marche avec précaution. Il y a de la  cavalerie et de l’infanterie; joignez à cette colonne deux pièces de canon de 4. Puisque l’on dit qu’il y a du mouvement dans le Tyrol, cette colonne pourrait être employée utilement par les autorités bavaroises. Pendant son passage, si cela était nécessaire. Cette colonne, qui doit être composée de 4,000 hommes d’infanterie et de 600 chevaux, pourra être partagée en deux et marcher à une journée d’intervalle. Le général qui la commandera marchera avec la première partie. Il suffira que les deus pièces de canon aient chacune un caisson, et que les troupes aient deux cuissons de cartouches avec elles. Vous recommanderez que d’Innsbruck on vous envoie votre artillerie, si toutefois cette colonne n’en a plus besoin. (Napoléon à Eugène – 22 mars 1809)

Mon Cousin, les 4,000 hommes d’infanterie, les 600 hommes de cavalerie et les deux pièces de canon qui traversent le Tyrol pour rejoindre le corps du duc de Rivoli, me sont relatés comme devant arriver à Augsbourg le 19; ce qui me ferait penser qu’ils arriveraient le 12 ou le 13 à Innsbruck. Envoyez-leur des instructions pour que, si l’ennemi faisait des mouvements, il ne leur arrive aucune mauvaise venture, et qu’ils ne prennent point une fausse direction. (Napoléon à Berthier – 10 avril 1809)

La veille, Innsbruck était tombée aux mains des Tyroliens. Bisson, d’abord incrédule, avait été convaincu de cet événement par le général bavarois Kinkel, qui, fait prisonnier, a été autorisé à s’entretenir avec lui. Par ailleurs, dans la nuit du 12 au 13, les deux compagnies du 3e léger, qui étaient les plus près d’Innsbruck, avaient été attaquées et se sont rendues le matin même, lorsqu’elles se sont retrouvées à court de munitions.

Plaque commémorative de la capitulation du général Bisson
Plaque commémorative de la capitulation du général Bisson

La capitulation est signée à 8 h 15 (plaque commémorative au n° 35 de la Leopoldstrasse) : 2 généraux, 17 officiers généraux, 113 officiers supérieurs, 3860 Bavarois et 2050 Français, au total 6042 hommes tombent aux mains des insurgés tyroliens (aux troupes de Bisson sont venues s’ajouter celles du général de division Lemoine : 4e compagnies des 67e et 93e de ligne et environ 300 cavaliers, qui elles aussi remontaient vers la vallée du Danube). Ceux-ci récupèrent également 3 drapeaux, six pièces de 6, trois pièces de 3 et 2 obusiers, 800 chevaux, la totalité des bagages… et une Aigle !

Cette Aigle a été capturée par le Tyrolien Hans Lang, des Chasseurs d’Inzing, qui, pour s’en emparer, a tout simplement abattu d’un coup de crosse le porte-aigle du 2e régiment d’infanterie de ligne !

Lieu de la capitulation du général Bisso
Lieu de la capitulation du général Bisson

Cette Aigle aura une histoire compliquée. Elle fut longtemps jalousement conservée par les Chasseurs d’Inzing, qui, dit-on, en changeaient fréquemment la cachette, pour éviter qu’elle ne fut retrouvée !

Plus de 80 ans plus tard, le 12 janvier 1886, ce trophée fut prêté par la commune d’Inzing, et le descendant de Hans Lang, Peter Hendl, à qui il appartenait, au Musée Ferdinand (Ferdinandeum) d’Innsbruck, pour qu’il soit exposé dans la « Salle Patriotique », à la condition qu’il serait retourné à la compagnie de Chasseurs d’Inzing, lorsqu’ils en feraient la demande.

C’est ce qui advint, mais à une date qu’il est impossible de retrouver, soit dans les archives du musée, soit dans celles de la compagnie de Chasseurs de cette localité.

Durant la période d’occupation française du Tyrol, à la fin de la IIe Guerre mondiale, les Français cherchèrent par tous les moyens à retrouver l’unique Aigle datant du soulèvement tyrolien, encore en possession des Tyroliens. Sans succès : les habitants d’Inzing l’avait de nouveau parfaitement cachée.

C’est à l’occasion du 150e anniversaire du soulèvement de 1809, en 1964, que l’Aigle fut restauré et présentée à Innsbruck, en grande pompe.

Compte tenu de l’état dans lequel se trouvait le trophée, après de si nombreuses pérégrinations (il ne se trouvait alors plus qu’à l’état de relique), la commune d’Inzing décida, en 1976, de le donner une seconde fois au musée d’Innsbruck. C’est désormais là que l’on peut voir cet intéressant objet, symbole de la résistance tyrolienne de 1809.

Aigle du 2e de ligne
Aigle du 2e de ligne