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La retraite de Russie

Il était donc fatal, dans de telles conditions, que le Tsar opposât un silence méprisant aux ouvertures de l’Empereur. Pourtant ce dernier, ancré dans ses illusions, s’en étonne et, sans oser le reconnaître, commence à s’en inquiéter. Ses maréchaux eux-mêmes s’interrogent. Combien de temps va t-on rester dans cette ville désolée où les vivres ne vont pas tarder à manquer, menacé par les rigueurs de l’hiver qui peut à tout instant succéder à la douceur de l’automne, exposé aux attaques des troupes du maréchal Koutousov que l’on sait aux aguets quelque part au Sud de la capitale et à celles des colonnes de partisans qui s’enhardissent de plus en plus fréquemment à couper les lignes de communications avec l’arrière ?

Michail Illarionovich Kutuzov
Michail Illarionovich Kutuzov

A plusieurs reprises, ils ont fait part de leur impatience, mais l’Empereur, manifestement agacé, a toujours refusé de prendre en compte leurs récriminations. En attendant des nouvelles de plus en plus improbables en provenance de Saint-Pétersbourg, il affecte la plus grande sérénité. Pour donner le change, il travaille, s’occupe des affaires de l’Etat comme s’il se trouvait aux Tuileries, passe ses troupes en revue, visite des cantonnements, des hôpitaux, des dépôts et des magasins situés à l’intérieur de la ville ou dans ses proches faubourgs : chaque soir, il assiste ostensiblement à un spectacle.

Pourtant, il ne cesse de réfléchir à la situation.

Le 3 octobre, après une nuit d’insomnie, il convoque au Kremlin ses chefs de corps et leur expose son plan : il faut rassembler toutes les troupes disponibles, brûler ce qui reste de Moscou et, en empruntant la route de Tver (aujourd’hui Kalinin), marcher sur Saint-Pétersbourg où l’armée du maréchal Macdonald, toujours aux prises avec les Russes aux abords de Riga, viendra les rejoindre.

Les maréchaux semblent frappés de stupeur et gardent un silence obstiné. Napoléon insiste :

 » Quelle gloire et que dira le monde en apprenant que nous avons conquis en trois mois les deux grandes capitales du Nord ! « 

Ses interlocuteurs objectent que l’on ne peut raisonnablement entreprendre une nouvelle campagne à la veille de l’hiver avec une armée diminuée et  » les forces de Koutousov dans le dos « . Ils invoquent la fatigue, la disette, les routes stériles et déserte « , l’obstination des Russes. L’un d’eux murmure même :  » Il veut nous faire périr jusqu’au dernier ! « 

Napoléon se tait et les congédie.

Quelques heures plus tard, il demande à Caulaincourt de se rendre auprès du Tsar et de discuter avec lui des conditions auxquelles on pourrait conclure la paix. Ce dernier lui répond que cette nouvelle démarche est vouée à l’échec, comme l’ont été les deux précédentes, et n’aurait pour seul résultat que d’apporter aux Russes la confirmation des difficultés au milieu desquelles se débattent les Français.

 » Bien, tranche l’Empereur, j’enverrai Lauriston « 

Jacques-Alexandre-Bernard Law, comte Lauriston
Jacques-Alexandre-Bernard Law, comte Lauriston

Ce dernier, après avoir développé les mêmes arguments que Caulaincourt. accepte pourtant de se rendre auprès du maréchal Koutousov afin de lui demander un laissez-passer pour Saint-Pétersbourg. Napoléon le remercie et lui communique ses dernières consignes :

 » Il me faut la paix, il me la faut absolument, coûte que coûte, mais sauvez l’honneur « 

Lauriston s’incline et prend sur-le-champ les dispositions nécessaires à l’accomplissement de sa mission.