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La mort de Lannes – Larrey

Dominique Larrey. Portrait de Girodet. Base de données Joconde
Dominique Larrey. Portrait de Girodet. Base de données Joconde

« …C’est à une très courte distance de ce poste extrêmement périlleux, que S.E. le maréchal duc de Montebello fut frappé mortellement: il était à pied, revenant du champ de bataille au quartier impérial. Un boulet de gros calibre, après avoir fait un premier ricochet dans le fort de sa course, rencontra le genou gauche du maréchal, le traversa dans son épaisseur, et, changeant de direction, sans perdre de sa force, effleura la cuisse droite, dont il coupa les tegumens et une portion du muscle vaste interne, au lieu le plus saillant, et très près de l’articulation du genou, laquelle, fort heureusement, n’avait pas été entamée. Le duc fut renversé sur le coup, en éprouvant une forte commotion au cerveau, et un très grand ébranlement dans tous les organes….

Je me rendis précipitamment au lieu même où le maréchal avait reçu sa blessure, et je le fis transporter à mon ambulance. Il avait le visage décoloré, les lèvres pâles, les yeux tristes, larmoyans, la voix faible, et son pouls était à peine sensible. Ses facultés morales étaient dérangées au point qu’il ne connaissait pas son danger……Je réclamais l’assistance de plusieurs chirurgiens majors expérimentés: Nous examinâmes d’abord avec le plus grand soin les deux blessures….Celle du genou gauche était effrayante par le fracas des os, la déchirure des ligamens, la rupture des tendons et de l’artère poplitée. Tous mes camarades reconnaissaient la nécessité de faire sur le champ l’amputation de ce membre; mais personne n’aurait osé l’entreprendre à cause du peu d’espérance de succès que présentait cette opération…..Cependant, encouragé par plusieurs exemples de réussite, dans des cas analogues, éclairé par une lueur d’espérance et soutenu par le désir formel que manifestait le malade de subir l’opération, je me déterminai à la faire: elle fut pratiquée en moins de deux minutes, et le maréchal donna très peu de signes de douleur… »

« Je m’empressai d’aller visiter S.E. le duc de Montebello, qu’on avait placé dans la maison d’un brasseur à Ebersdorf: il occupait une chambre fort petite, répondant d’un coté à la brasserie, et de l’autre à une cour humide et assez malsaine…Je trouvai M. le duc extrêmement faible, dans une tristesse profonde et avec la pâleur de la mort… »