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La mort de Lannes – Constant

 

Portrait de Constant Wairy, dit Constant (1778-1845), premier valet de chambre de Napoléon Ier jusqu'en 1814 - Johann Heinrich Schmidt - Base de données Joconde
Portrait de Constant Wairy, dit Constant (1778-1845), premier valet de chambre de Napoléon Ier jusqu’en 1814 – Johann Heinrich Schmidt – Base de données Joconde

« Le duc de Montebello reçut l’ordre de conserver le champ de bataille, et prit position, appuyé sur le village d’Essling, au lieu de continuer à poursuivre les autrichiens, comme il avait déjà commencé. Le duc de Montebello tint bon depuis neuf heures du matin jusqu’au soir. A sept heures la bataille était gagnée; mais à six heures l’infortuné maréchal, étant sur un mamelon à observer les mouvements, fut frappé d’un boulet qui lui fracassa la cuisse droite et la rotule du genou gauche.

Il crut d’abord qu’il n’avait plus que quelques minutes à vivre, et se fit transporter sur un brancard auprès de l’Empereur, qu’il voulait embrasser, disait-il, avant de mourir. L’Empereur, en le voyant ainsi baigner dans son sang, fit poser le brancard à terre, et, se jetant à genoux, il prit le maréchal dans ses bras, et lui dit en pleurant: <Lannes, me reconnais-tu ? – Oui Sire.(..) vous perdez votre meilleur ami. –  Non, non, tu vivras. N’est-il pas vrai, M. Larrey, que vous répondez de sa vie ? »

Les chirurgiens transportèrent le maréchal dans un petit village au bord du fleuve, appelé Ebersdorf, et voisin du champ de bataille. On trouva dans la maison d’un brasseur une chambre au-dessus d’une écurie, dans laquelle il faisait une chaleur étouffante, que rendait encore plus insupportable l’odeur des cadavres dont la maison était entourée… Mais il n’y avait rien de mieux: il fallut s’en contenter. Le maréchal supporta l’amputation de la cuisse avec un courage héroïque; mais la fièvre qui se déclara ensuite fut si violente que, craignant de le voir mourir dans l’opération, les chirurgiens différèrent à couper l’autre jambe. Cette fièvre était en partie causée par l’épuisement; lorsqu’il fut blessé, le maréchal n’avait pas mangé depuis vingt-quatre heures. Enfin MM Larrey. Yvan, Paulet et Lannefranque se décidèrent à la seconde amputation; et quand ils l’eurent faite, l’état de tranquillité du blessé leur donna l’espoir de sauver sa vie. Mais il ne devait pas en être ainsi. La fièvre augmenta; elle prit le caractère le plus alarmant; et, malgré les soins de ces habiles chirurgiens et ceux du docteur Frank, alors le plus célèbre médecin de l’Europe, le maréchal rendit le dernier soupir, à cinq heures du matin. Il avait à peine quarante ans.

Pendant ses huit jours d’agonie (car les souffrances qu’il éprouvait peuvent être appelées de ce nom), l’Empereur vint le voir très souvent; Il s’en allait toujours désolé. J’allais voir le maréchal tous les jours de la part de l’Empereur; j’admirais avec quelle patience il supportait son mal, et pourtant il n’avait pas d’espoir; car il se sentait mourir, et toutes les figures le lui disaient. Quelle chose touchante et terrible de voir autour de sa maison, à sa porte, dans sa chambre, ces vieux grenadiers de la Garde, toujours impassibles jusqu’alors, pleurer et sangloter comme des enfants! Que la guerre, dans ces moments là, semble une chose atroce ! »